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Full text of "Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze"

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BULLETIN 


DE  LA 


SOCItTt  SCIERTIFIQUE.  HISTORIQOE 


BT 


ARCHÉOLOGIQUE 


DE 


LA  CORRÈZE 

SIÈGE  A  BRIVE 

leoottiie  d'itlUté  piMiqve  (Décret  du  30  noTembre  1888) 


TOME  TRBNTifeMB 

AVBC     PLANCHES     BT     FIGURBS     DANS     LB     TBXTB 

1"  LIVRAISON 


BRIVE 

ROCHE>  IMPRIMEUR  DE  LA  SOCIÉTÉ 
Janvier-Mars  1908. 


TABLE  DES  MATIÈRES 

DE    LA    !'•   LIVRAISON- 


TEXTE 

Pages 

1 .  Liste  des  Membres  de  la  Société ; i.        5 

2.  Station  préhistorique  de  la  Coumba-del-Bouïtou, 

par  MM,  les  abbés  À.  et  J.  Bouyssonib  et  Babdon      17 

3.  Les  Maîtres  du  Paysage  limousin,  par  M.  Johannés 

Plantadis 51 

4.  Notice  sur  un  jeton  de  Charles  de  Lévis,  baron  de 

-  Charlus,  par  M.  lé  docteur  Charvilhat. 99 

5.  Histoire  de  la  paroisse  de  Saint-Eloi  (2"*  édition), 

par  M.  l'abbé  Joffre • . . . .     101 

6.  Un  Briviste  à  la  Conciergerie  (Thermidor  an  II), 

par  M.  J.  DE  Saint-Germain 1 15 

7 .  Le  Monastère  de  Coiroux,  par  M.  J.-B.  Espéret,  . .     121 

8.  Ecus  d'or  trouvés  au  Mas,  près  Brive,  par  M.  Ph. 

Lalande 123 

9.  Bibliographie,  par  M.  G.  de  Lépinay 125 

GRAVURES 

1 .  Fig.  9  à  28,  silex  de  la  grotte  de  Coumba-del-Bouï- 

tou 18  à  48 

2.  Le  Pont  de  la  Folie,  à  Crozant 58 

3.  La  Dordogne,  à  Beaulieu 67 

4.  L'Inferno,  à  Gimel 72 

5.  Les  Tours  de  Merle  (hors  texte). 

6.  La  Redole,  à  Gimel 74 

7.  Lever  de  Lune  sur  Tétang  (hors  texte). 

8.  Le  Matin,  Bruyères  en  fleurs  (hors  texte). 

9.  Le  Saut  de  la  Virole,  à  Treignac 78 

10.  Le  Plateau  de  Millevaches 83 

11 .  Vallée  de  la  Glane 88 

12.  Le  Meneur  de  Loups. 94 

13 .  Une  Femme  des  Hauls-Plateaux 96 

14.  Jeton  de  Charles  de  Lévis. 99 


BULLETIN 

DE  LA 

S0CI8T8  SCIENTIFIQUE.   HISTORIQUE 

ET 

A.RG  ti  ^  O  H.  O  C3-I Q  XJ  E: 

DE 

LA    CORRÈZE 


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BULLETIN 


DE  LA 


SOCIÉTÉ  SGIENTIFiaUE,  HISTORIQUE 


ET 


ARCHÉOLOGIQUE 

DE 

LA  CORRÈZE 

SIÈGE  A  BRIVE 

leoouae  d'utilité  pvbUqve  (Dicret  do  30  noTembre  1868) 


TOME  TRENTIÈME 

AVEC     PLANCHES     ET     FIGURES      DANS     LB      TEXTE 


BRIVE 

ROCHE.  IMPRIMEUR  DE  LA  SOCIÉTÉ 
1908 


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LISTE 

DES  MEMBRES  DE  LA  SOCIETE 


BUREAU 

Présidents  d'honneur  : 

M.  le  comte  Robert  de  LASTEYRIE,  *,  I.  P.  Ur  niemlne 

de  rinstitut,  à  Paris. 
M.  Ernest  RUPIN,  *,  I.  P.  O,  lauréat  de  rinstitut,  à  Biivc. 

Président  : 
M.  GoDiN  DE  LÉPINAY,  château  de  MorioUes,  par  Ivurchu. 

Vice-Présidents  : 
M.   Philibert  LALANDE,  I.  P.  O,  à  Brive. 
M.  Louis  de  saint-germain,  *,  à  Brive. 

Secrétaire  général  : 
M.  Jean-Baptiste  ESPÉRET,  I.  P.  O,  Professeur,  avciïue 
de  la  Gare,  à  Brive. 

Trésorier  : 
M.  J.-B.  GOURD  AL,  Pharmacien,  à  Brive. 

Bibliothécaire  : 
M.  Alfred  MAS,  à  Brive. 

Membres  du  Bureau  : 
M.  Louis  BONNAY,  Architecte,  Inspecteur  des  Monuments 

historiques,  à  Brive. 
M.  le  D' DUB0U8QUET-LAB0RDERIE,  I.  P.  O,  à  Brive. 
M.  Pierre  FOURNBT,  A.  «,  Architecte,  à  Brive. 
M.  Ludovic  de  VALON,  à  Brive. 


—  G  — 


MEMBRES  FONDATEURS  ET  TITULAIRES 

MM. 

Albe  (l'abbé),  curé  de  Notre-Dame,  à  Cahors. 

Argueyrolles  (l'abbé),  curé  de  Saint-Sernin,  à  Brive. 

AsHER  (A.),  libraire,  13,  Unter  den  Linden,  à  Berlin  W. 

Bar  (Joseph-Louis  de),  propriétaire,  à  Argentat. 

Bellefon  (Aloïs  de  Méric  de),  ancien  magistrat,  3,  rue  de 
l'Hôtel-de-Ville,  à  Montauban  (Tarn-et-6aronne). 

Besse  (le  R.  P.  dom  Martial; ,  religieux  bénédictin,  directeur 
de  la  Revue  Mabi/ion,  à  Ghevetogne,  par  Leignon,  pro- 
vince de  Namur  (Belgique). 

Bessou  (l'abbé),  chanoine  honoraire,  curé-doyen  de  Luber- 
sac  (Corrèze). 

Blanc  (Antoine),  juge  de  paix,  à  Ayen. 

Blanc  (Augustin),  négociant,  rue  Toulzac,  à  Brive. 

BoNNAY  (Louis),  architecte,  place  Champanatier,  à  Brive. 

Bosredon  (M"'  Mathilde  de  Lamberterie  de),  au  château  de 
la  Fauconnie,  par  Terrasson  (Dordogne). 

Bosredon  (Jean-Baptiste),  au  Seuil-Haut,  par  Mansac. 

BoYSSON  (Richard  de),  maire  de  Cénac,  canton  de  Domme 
(Dordogne). 

Breton  (l'abbé  Germain),  chanoine  honoraire,  Ecole  Bossuet, 
par  Cublac. 

Brive  (Bibliothèque  de  la  ville  de). 

Brousse  (l'abbé),  vicaire  à  Arnac-Pompadour  (Corrèze). 

Brugeilles  (Fernand),  ancien  inspecteur  principal  des  che- 
mins de  fer  du  Midi,  30,  rue  Leberthon,  à  Bordeaux,  et 
Conseiller  général  de  la  Corrèze,  à  Obazine. 

Brugère  (Eugène),  à  Saint-Ybard,  par  Uzerche  (Corrèze). 

Buffet  (Paul),  13,  rue  Cassette,  à  Paris,  et  à  la  Borie,  près 
Brive. 

Cars  (le  duc  des),  80,  rue  de  Lille,  à  Paris,  et  château  de 
Sourches,  par  Cernay-Champagne  (Sarthe). 

Celor  (F.),  I-  P-  M>  organiste  et  maître  de  chapelle,  profes- 


—  7  — 

MM. 

seur  aux  écoles  de  la  ville  de  Paris,  49,  rue  Gay-Lussac,  à 

Paris. 
Chabrerie  (Louis),  I.  P.  Q,  principal  honoraire,  maire  de 

Sarran,  par  Corrèze,  à  Flojac,  par  Aubazine. 
Champeval  (Jean-Baptiste),  avocat,  à  Bourganeuf  (Creuse)* 
Charvilhat  (6.),  A.  Q,  docteur-médecin,  4,  rue  Blalin,  à 

Clerraont-Ferrand. 
Chauveron  (Audoin  de),  président  du  Tribunal  de  première 

instance,  à  Louviers  (Eure). 
Chiroux,  ex-vérificateur  des  poids  et  mesures,  à  Ussel  (Cor- 
rèze). 
Clédat  (Gaston  de),  ^,  commandant  au  95™*  territorial»  ïi 

Brive,  et  château  de  Maubec,  par  Uzerche. 
Clément-Simon  (Gustave),  3fe»  ancien  procureur-général ^  au 

château  de  Bach,  par  Naves  (Corrèze). 
Collège  de  Brive  (M.  J.-J.  Redier,  I.  P.  Q,  Principiil  du). 
Conseil  Général  de  la  Corrèze  (Bureaux  de  l'archiviste  de 

la  Préfecture,  à  Tulle). 
CoRBiEB  (Luc  de),  au  château  de  Saint-Martin-Sepert,  par 

Lubersac. 
CosNAC  (la  marquise  Henri  de),  à  Brive. 
CosNAC  (le  comte  Paul  de),  au  château  de  Friac,  par  Meviiisac. 
Decoux-Lagoutte  (Edouard),  A.  Q,  ancien  magistrat,  12^  rue 

Bourdei.les,  à  Périgueux. 
Delisle  (Léopold),  O.  *,  directeur  honoraire  de  la  Biblio- 
thèque nationale,  21,  rue  de  Lille,  à  Paris. 
Dubousquet-Laborderie  (Henri),  A.  Q,  J,  à  Vayrac  (Loi). 
Dubousquet-Laborderie  (Louis),  I.  P.  Q,  docteur-médecin, 

à  Saint-Germain,  près  Brive. 
Ducourtieux  (Paul),  I.  P.  <|,  libraire-éditeur,  7,  rue  des 

Arènes,  à  Limoges. 
Dumas  (André),  avocat,  à  Brive. 
Dutheillet  de  Lamothe,  à  Caramija,  par  Lubersac,  et  10,  rae 

Brichaut,  à  Schaerbeck,  faubourg  de  Bruxelles. 
EspÉRET  (Jean-Baptiste),  L  P.  Q,  professeur  d'histoire  au 

collège  de  Biive. 


—  8  — 

MM. 

Fage  (René),  I.  P.  O,  avocat,  80*  rue  Lauriston,  à  Paris. 

FoROT  (Victor),  L  P.  O,  ^,  ingénieur,  à  Bourrelou,  près  Tulle. 

FouRNET  (Pierre),  A.  O,  architecte,  à  Brive. 

GiRou  (Pabbé  Etienne),  curé  de  Hommes,  canton  de  Château- 
la  Vallière  (Indre-et-Loire). 

GouRDAL  (J.-B.),  pharmacien,  à  Brive. 

Herbette  (Maurice),  secrétaire  d'ambassade,  46,  rue  du 
Général-Foy,  à  Paris. 

JossE  (Gabriel),  à  Payrac  (Lot). 

JouvENEL  (le  baron  Raoul  de),  O.  ijfe,  ancien  préfet,  au  châ- 
teau de  Castel-Novel,  par  Varetz  (Corrèze),  et  195,  rue  du 
Faubourg  Saint-Honoré,  à  Paris. 

Labesse  (comte  de),  au  château  de  Chabrignac,  par  Juillac 
(Corrèze). 

Labrunie  de  Laprade  (André),  au  château  de  Balagé,  par  les 
Quatre-Routes  (Lot). 

Lafarge  (Aimé),  notaire,  à  Lagraulière  (Corrèze). 

Lafarge  (René),  docteur  en  droit,  60,  rue  Gay  Lussac,  Paris. 

Laffont  (Marc),  L  P.  Q,  docteur-médecin,  lauréaî  de  la 
Faculté  de  médecine  de  Paris,  32,  avenue  des  Champs- 
Elysées,  à  Paris. 

Lagane  (Élie),  pharmacien,  à  Brive. 

Lalande  (Philibert),  I.  P.  |>,  receveur  des  HospiceSi  à  Brive. 

Lamberterie  (le  baron  Albéric  de),  10,  rue  de  Duias,  Paris. 

Lapierre  (Gabriel),  8,  boulevard  Poissonnière,  à  Paris,  di- 
recteur des  Eaux  du  Mont-Dore. 

Lasteyrie  (le  comte  Robert  de),  *,  L  P.  ^,  membre  de 
l'Institut,  professeur  d'archéologie  à  l'École  des  Chartes, 
ancien  député  de  la  Corrèze,  10  bis,  rue  du  Pré-aux-Clercs, 
à  Paris. 

Lasteyrie  (Charles  de),  inspecteur  des  Finances,  6,  rue  de 
Solférino,  à  Paris. 

Laval  (Henri),  îjjr,  A.  ^i>,  ingénieur,  à  Paris,  et  avenue  Char- 
les-Rivet, à  Brive. 

Lépinay  (Gaston  de),  au  château  de  MorioUe,  par  Larche 
(Corrèze). 


—  9  — 


MM. 


Lbspinas  (Edmond),  avocat,  ancien  map^strat,  boulevard  de 
Vésone,  35,  à  Périgueux. 

Lbspinâsse  de  Pebeyre  (Charles  de],  au  château  de  Pebeyre, 
par  Laroche-Canillac  (Corrèze). 

Limoges  (Bibliothèque  de  la  ville  de)  (Haute- Vienne). 

Maubeau  (Eugène),  0.  ij^,  ancien  conseiller  d'État,  14,  ave- 
nue Henri-Martin,  à  Paris. 

Marche  (Pabbé  Adolphe),  à  Allassac  (Corrèze). 

Mariel  (Edouard- Alfred),  ij(j,  A.  U,  membre  du  Club  Alpin 
fraiçais,  23,  rue  d'Aumale,  à  Paris. 

Martnie,  C.  *,  I.  P.  ^j  contrôleur-général  de  l'armée  en 
retiaite,  68,  rue  Jouffroy,  à  Paris. 

Mas  (ilfred),  boulevard  des  Sœurs,  à  Brive. 

Masséjat-Déroche  (M"«),  240  bis,  boulevard  Saint-Germain, 
à  Pa'is. 

Maynah)  (Baron  Marc  de),  au  château  de  Copeyre,  par 
Martd  (Lotj. 

MiGiNiAc  (Louis),  avocat,  Brive. 

MoNjAUzi  (Henri),  A.  O,  faubourg  des  Gaulies,  Brive. 

MoRÉLY  (^éopold),  docteur-médecin,  à  Argentat  (Corrèze)'. 

MouRET  (Ceorges),  *,  ingénieur  en  chef  des  Ponts  et  Chaus- 
sées, à  lesançon. 

NoAiLLES  (e  comte  Alexis  de),  16,  rue  Chauveau-Lagarde, 
à  Paris. 

NussAC  (Loiis  de  Clarix  de),  A.  <|,  sous-bibliothécaire  au 
Muséum,  3,  rue  Linné,  à  Paris. 

Perrier  (Ednond),  0.  *,  L  P.  (i>,  membre  de  Tlnstitut, 
directeur  di  Muséum,  rue  Cuvier,  à  Paris. 

Plantadis  (J6annès),  I.  P.  |>>  rédacteur  au  Ministère  du 
Commerce,  secrétaire  général  de  la  Ruche  Corrézienne, 
81,  rue  BouBault,  à  Paris. 

PouLBRiÈRE  (rbbé),  chanoine  honoraire,  inspecteur  de  la 
Société  Franaise  d'Archéologie,  à  Beaulieu  (Corrèze). 

Roche  (Émile),docteur  en  droit,  avoué,  4,  boulevard  Beau- 
marchais, à  (iris. 

Roche,  imprimur,  à  Brive. 


10  — 


MM. 


Roque  (Antoine),  banquier,  à  Brive. 

Rupin  (Ernest),  ijfc,  I.  P.  Q,  lauréat  de  Tlnstitut,  à  Brive. 

Sainte  Fortunade  (comte  Albert  de  Lavaur  de),  au  château 

de  Sainte-Fortunade  (Corrèze). 
Saint-Germain  (Louis  de)  ijfe,  directeur  honoraire  de  TEnre- 

gistrement,  place  Champanatier,  Brive. 
Saint-Germain  (Paul  de),  greffier  en  chef  du  Tribunal  civil, 

à  Brive. 
Salvandy  (comte  Paul  de),  A.  Q,  ancien  député,  18,  rue 

Cassette,  à  Paris,  et  au  Teinchurier,  près  Brive. 
Segol  (Antony),  propriétaire,  à  Beaulieu. 
SouLHiÉ  (Louis),  notaire,  à  Vayrac  (Lot). 
SouLiÉ  (Guillaume),  A.  Q,  conducteur  des  Ponts  et  Ciaus- 

sées  en  retraite,  à  Argentat  (Corrèze). 
SouLLiER  (Fabbé  Martial),  secrétaire-général  de  TÉvê^hé  et 

chanoine  de  la  cathédrale,  à  Tulle. 
Stechert  (G.-E.),  libraire,  76,  rue  de  Rennes,  à  Parif. 
Tardieu  (Ambroise),  historiographe  de  l'Auvergne,  2,  rue 

Bansac,  à  Clermont-Ferrand,  et  10,  boulevard  G<mbetta, 

à  Alger. 
Teyssier  (T.),   ^f   directeur   honoraire  des  Confibutions 

directes,  25,  rue  Saint-Genès,  à  Bordeaux. 
Ussel  (Baron  d'),  6,  rue  Alboni,  à  Paris. 
Vachal  (Joseph),  ancien  député,  maire  d' Argentat  (Corrèze). 
Valat  (Julien),  à  Souillac  (Lot). 

Valon  (Comte  de),  au  château  de  Saint-Priest,  p/r  Gimel. 
Valon  (Ludovic  de),  chef  de  section  au  chemin  ie  fer  d'Or- 
léans, à  Brive. 
ViCANT  (M°**),  boulevard  du  Salan,  à  Brive. 


—  Il  — 


MEMBRES  CORRESE>ONDANTS 


MM. 

Delmond  (P.),  I.  P.  Il,  instituteur,  à  Allassac  (Corrèze). 

JoFFRE  (l'abbé),  curé  de  Saint-Éloi,  par  Ségur. 

Lavialle  (Jean-Baptiste-Ernest),  0.  {,  à  Sanas,  près  Juillac 

(Corrèze). 
Rivière  (l'abbé),  chanoine  à  Tulle. 
SouLiÉ  (Antoine),  A.  <|,  directeur  de  l'École  communale  de 

dessin,  à  Tulle. 


—  12  — 
SOCIÉTÉS  CORRESPONDANTES 

ÉCHANGE    DE    BULLETINS 


Allier 
Société  d'Émulation  du  Bourbonnais,  à  Moulins. 

Alpes-Maritimes 
Société  des  Lettres,  Sciences  et  Arts,  à  Nice. 

Bouches- du  Rhôyie 
Annales  des  Facultés  de  Droit  et  des  Lettres,  à  Aix. 
Société  d'Horticulture  et  de  Botanique  de  Marseille,  52,  A, 
rue  Thubaneau. 

Charente 
Société  Archéologique  et  Historique  de  la  Charente,  à  An- 
gouléme. 

Charente-Inférieure 
Société  des  Sciences  naturelles  de  la  Charente  Inférieure,  à 

La  Rochelle. 
Société  archéologique  de  l'Aunis  et  Saintonge,  à  Saint-Jean- 
d'Angély. 

Cher 
Société  des  Antiquaires  du  Centre,  à  Bourges. 

Constantine  {Province  de) 
Académie  d'Hippône,  à  Bône  (Algérie). 

Corrèze 
Société  des  Lettres,  Sciences  et  Arts,  à  Tulle. 

Càle-d'Or 
Commission  des  Antiquités  de  la  Côte-d'or,  à  Dijon. 

Creuse 
Société  des  Sciences  naturelles  et   archéologiques  de  la 
Creuse,  à  Guéret. 


Dordogne 
Société  Historique  et  Archéologique  du  Périgord,  à  Péri- 
gueux. 

Drôme 
Bulletin  d'Histoire  ecclésiastique  et  d'Archéologie  religieuse , 
dirigé  par  M.  Tabbé  Ulysse  Chevalier,  à  Romans. 

Eure 
Société  d'Agriculture,  Sciences,  Arts  et  Belles-Lettres  df^ 
l'Eure,  à  Évreux. 

Eure-et-Loir 
Société  Archéologique  d'Eure-et-Loir,  à  Chartres. 
Société  Dunoise,  à  Châteaudun. 

Gard 
Société  Archéologique  d'Alais. 

Garonne  (Haute-) 

Académie  des  Sciences,  Inscriptions  et  Belles-Lettres,  10, 
allée  des  Zéphirs,  à  Toulouse. 

Société  d'Histoire  naturelle,  28,  rue  Saint-Rome,  à  Tou- 
louse. 

Société  Archéologique  du  Midi  de  la  France,  hôtel  d'AssezaL 
à  Toulouse. 

Société  de  Géographie,  rue  Lakanal  (ancienne  Faculté  des 
Sciences),  à  Toulouse. 

Gironde 
Société  Archéologique  de  Bordeaux.  Bibliothécaire  :  17,  rue 
Rode. 

Hérault 
Société  des  Langues  romanes,  à  Montpellier. 

Isère 
Société  des  Amis  des  Sciences  naturelles  de  Vienne. 

Landes 
Société  de  Borda,  à  Dax. 


—  14  - 

Loire  [Haute-) 
Société  Agricole  et  Scientifique  de  la  Haute-Loire.  Secré- 
taire-général :  M.  Lascombe,  au  Puy-en-Velay. 

Loire^Inférieure 
Société  Archéologique  de  Nantes  et  de  la  Loire-Inférieure, 

à  Nantes. 
Société  des  Sciences  naturelles  de  l'Ouest  de  la  France 

(secrétariat-général  au  Muséum  de  Nantes). 

Loiret 
Société  Archéologique  et  Historique  de  l'Orléanais,  à  Or- 
léans. 

Lot 
Société  des  Études  Littéraires,  Scientifiques  et  Artistiques 
du  département  du  Lot,  à  Cahors. 

Meurthe-et-Moselle 
Société  de  Géographie  de  l'Est,  24,  rue  des  Tiercelins,  à 
Nancy. 

Pas-de-Calais 
Académie  des  Sciences,  Lettres  et  Arts  d'Arras. 
Commission   des  Antiquités   départementales  du    Pas-de- 
Calais,  à  Arras. 

Puy-de-Dôme 
Académie  des  Sciences,  Lettres  et  Arts,  à  la  Bibliothèque, 

Clermont-Ferrand. 
Société  d'Émulation  d'Auvergne,  à  Clermont-Ferrand. 

Rh^ône 
Société  Littéraire,  Historique  et  Archéologique  de  Lyon. 

Secrétaire-général  :  M.  le  Président,  6,  rue  de  l'Hôpital, 

à  Lyon. 
Bulletin  Historique  du  diocèse  de  Lyon  (M.  l'abbé  J.-B. 

Martin,  directeur),  205,  rue  Duguesclin,  à  Lyon. 

SsLÔne  (Haute-) 
Société  d'Agriculture,  Sciences  et  Arts  de  Vesoul. 


-  15  — 

Sfirthe 
Société  Archéologique  du  Maine,  au  Mans. 

Savoie  (Haute-) 
Société  Florimontane  d'Annecy. 

Seine 
Société  Nationale  des  Antiquaires  de  France  (Palais  du 

Louvre),  à  Paris. 
Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres  (Palais  de  Tins- 

titut),  à  Paris. 
Société  Nationale  d'Agriculture  de  France,  18,  rue  de  Belle- 
chasse,  à  Paris. 
Revue  de  Géographie,  55,  rue  Claude-Bernard,  à  Parij^. 
Annales  du  Musée  Guimet,   30,   avenue  du  TrocadérOi   ri 

Paris. 
Feuille  des  Jeunes  Naturalistes.  Directeur  :  M.  Dolfus,  :îo, 

rue  Pierre-Charron,  à  Paris. 
L'Ami  des  Monuments  (M.  Charles  Normand,  directeur  de), 

98,  rue  de  Miromesnil,  à  Paris. 
Revue  des  Études  historiques.   Picard,  éditeur,  82,   rue 

Bonaparte,  à  Paris. 
Société   Française  d'Archéologie    (Bulletin  Monumenia.1}. 

Directeur  :  M.  Lefèvre-Pontalis,  13,  rue  de  Phalsbourg, 

à  Paris. 

Somme 

Société  des  Antiquaires  de  Picardie,  à  Amiens.  Secrétaire 

perpétuel,  6,  rue  Gloriette. . 
Société  d'Émulation  d'Abbeville,  3,  rue  des  Grandes-Kcole^^. 

Tarn-et-Garonne 
Société  Archéologique  du  Tarn-et-Garonne,  à  Moniauban. 

Vienne 
Société  des  Antiquaires  de  l'Ouest,  à  Poitiers. 

Vienne  (Haute-) 
Société  Archéologique  et  Historique  du  Limousin,  à  Li- 
moges. 


—  16  - 

Archives  départementales  de  la  Haute-Vienne  (Bureaux  de 

la  Préfecture),  à  Limoges. 
Société  Botanique  du  Limousin,  3,  place  des  Carmes,  à 

Limoges. 
Société  des  Amis,  Sciences  et  Arts,  à  Rochechouart. 


SOCIÉTÉS  ETRANGERES 


Angleterre 
Société  des  Antiquaires  de   Londres  :   Burlington  house 
Piccadilly.  W.  Londres. 

Belgique 
Société  d'Archéologie  de  Bruxelles.  Secrétaire  général,  11, 

rue  Ravenstein,  à  Bruxelles. 
Société  des  BoUandistes.  Boulevard  militaire  775,  à  Bruxelles. 
Revue  Bénédictine  de  TAbbaye  de  Maredsous. 

Suède 
Académie  royale  des  Belles-Lettres,  d'Histoire  et  des  Anti- 
quités de  Stockholm. 


STATION  PRÉHISTORIQUE 

DE   LA 

OoTjLm"ba,-dLel-BoTjLïtOTJL 

Près  BRIVE  (Corrèze) 
Par  les  abbés  L.  BARDON,  A.  et  J.  BOUYSSONIE 

(Suite)      ' 


On  peut  répartir  ceux  des  foyers  inférieurs  en  deux  grou- 
pes, assez  artificiellement,  car  entre  eux  existent  bien  «Jes 
transitions. 

Dans  le  premier  groupe,  le  front  est  à  peu  près  semi- 
circulaire  et  voisin  de  la  verticale  (fig.  8,  n***  1  à  7).  Certaines 
pièces  sont  extrêmement  courtes  et  trapues  (n°  5)  et  arrivent 
à  une  forme  pyramidale  (n°*  2,  4  et  6). 

Cette  dernière  forme  se  perpétue  dans  les  séries  magda- 
léniennes  et  devient  ce  que  nous  appelons  le  rabot  propre- 
ment dit,  que  la  fig.  Qn*'  10,  grattoir  caréné  douDle,  repn^^*.^eiite 
aàsez  bien.  On  peut  aussi  y  rattacher  les  nuclei  utilisés  après 
ooup  et  qui  forment,  à  proprement  parler,  des  grattoirs  nu- 
cléiformes.  Mais  ces  pièces  sortent  de  la  série  que  nous  étu- 
dions ;  elles  sont  atypiques. 

D'autres  pièces  présentent  une  partie  à  peine  dégrossie 
qui  permet  de  les  saisir  à  pleine  main  (fig.  8,  n**  1);  quand 
cette  sorte  de  manche  est  plus  large  que  la  partie  retoui^héc, 
celle-ci  s'en  détache  comme  un  nez  ou  un  museau  plus  ou 

T.  XXX.  /  —  2 


—   18  — 


moins  proéminent  (lig.  8,  n"  7).  Cette  forme,  en  s'exagérant, 
donne  naissance  à  un  grattoir-museau  curieux,  abondant 
dans  ce  gisement  (fîg.  8  et  9,  n°*  8  et  9  a)  (voir  plus  loin). 


Fig.  9.  —  Grattoirs  carénés  :  9  et  10,  doubles;  11  à  19.  à  front  elliptique  et  très  oblique 
(2/3  gr.  nat.).  —  Coumba-del-Bouïtou  (Corréze),  foyers  inférieurs. 


—  19  — 

Dans  le  deuxième  groupe,  le  front  est  plutôt  une  courbe 
empruntée  à  l'ellipse,  tantôt  dans  sa  partie  large  (fig.  9,  n"  14, 
18),  tantôt  dans  sa  partie  étroite  ifig.  9,  n"  12  13,  19).  Mais 
surtout  le  profil  de  ce  front  est  beaucoup  plus  oblique  par 
rapport  à  la  base.  Les  lamelles  sont  en  général  plus  régu- 
lières. 

Il  est  bien  difficile  de  se  prononcer  sur  l'usage  ou  les 
usages  de  ces  diverses  pièces  :  les  poussait-on  en  avant 
comme  un  rabot  (1),  ou  les  ramenait-on  à  soi  comme  un 
grattoir?  peut-être  l'un  et  l'autre.  Telle  pièce,  comme  le 
n®  1  de  la  figure  8,  ne  pouvait  pas  être  employée  comme 
un  rabot,  à  moins  que  la  face  plane  ne  fut  en  avant.  D'autres 
sont  de  dimensions  extrêmement  réduites  (fig.  9,  n°  15). 

Une  particularité  assez  étrange  se  remarque  sur  un  bon 
nombre  de  pièces.  La  partie  la  plus  saillante  et  la  mieux 
retouchée  ne  porte  presque  aucune  trace  d'usage.  Mais  à 
côté  de  cette  partie,  le  plus  souvent  à  gauche  du  grattoir, 
parfois  des  deux  côtés,  la  pièce  est  fatiguée  et  comme 
écrasée  assez  profondément,  jusqu'à  faire  une  encoche,  vi- 
sible seulement  par  dessous  (fig.  8,  n"  6  c,  8  ;  fig.  9,  n""  9  6, 
15  b].  Piette  signale  quelque  chose  d'analogue,  et  attribue 
cette  usure  à  ce  que  ces  pièces  ont  servi  de  compresseurs 
ou  de  retouchoirs;  M.  Chabas  aussi,  à  propos  de  celles  de 
GermoUes  (2).  Lartet  et  Christy  ont  émis  l'idée  qu'elles  pour- 
raient être  des  pierres  à  faire  du  feu  (3). 

Nous  avons  parlé  plus  haut  de  retouches  par  lamelles; 
cette  belle  retouche  lamellaire  H)^  qui  parait  aussi  bien  auri- 
gnaciennef  a  porté  aussi  sur  des  éclats  ou  des  bouts  de  lames 


(1)  Voir  les  discussions  engagées  sur  ce  point  à  la  Sociélé  préhis- 
torique de  France,  1905  1906. 

(2)  Lac.  cit.,  p.  275;  ailleurs  l'auteur  y  voit  des  tarières  (p.  261). 

(3)  Cf.  Reliq.  Aquitan.,  p.  85  et  139  de  la  description  des  planches, 
et  fig.  18,  19,  26  et  27. 

(4)  Cette  retouche  lamellaire  arrivera  à  son  apogée  dans  le  Solu- 
tréen. Mais  il  y  a  bien  des  manières,  en  dehors  du  procédé  solutréen 
qui  est  bien  connu,  de  retailler  le  silex.  Dans  l'Âurignacien  supé- 
rieur, il  y  a  des  lames  à  dos  rabattu,  dont  le  bord  a  subi  un  écrase- 
ment qui  constitue  un  mode  bien  différencié.  11  y  a  encore  la  retaille 
par  percussion  violente  que  nous  verrons  plus  loin.  La  retouche  ordi- 


-  20  — 

moins  surélevés.  On  a  ainsi  des  pièces  simples  ou  multiples 
(fig.  9,  divers  et  fig.  10,  n**  3  à  10),  dans  le  genre  de  celles 
qui  ne  portent  que  la  retouche  par  écailles.  On  pourrait  faire 
des  séries  entièrement  parallèles  dans  les  deux  catégories, 


Fig.  10.  —  Prololypcs  des  grattoirs  carénés  :  1  et  2  ;  pièces  à  retouche  lamellaire  :  3  à  10 
(2[3  gr.  nat.),  —  Coumba-del-Bouïtou  (Corrèze),  foyers  inférieurs. 

la  retouche  lamellaire  portant  surtout  sur  les  extrémités 
(comparer  par  ex.  fig.  6,  n**  8,  et  fig.  10,  n°  5).  Par  l'inter- 


naire  ou  par  écaille  elle-même  n'est  pas  la  même  dans  le  Moustérien 
et  l'Aurignacien  ou  le  Magdalénien,  le  bord  d'un  racloir  est  presque 
toujours  plus  rugueux,  la  retouche  plus  brutale  pour  ainsi  dire. 


—  21  — 

médiaire  de  grattoirs  en  ogive,  on  arrive  insensiblement  jus- 
qu'aux formes  circulaires  que  nous  signalions  un  peu  plus 
haut.  La  plupart  de  ces  dernières  pièces  ont  leurs  bords 
assez  abrupts,  et  leur  contour  est  tantôt  à  peu  près  quadran- 
gulaire  (voisin  de  celui  de  la  pierre  à  briquet),  tantôt  plus 
nettement  circulaire  (fig.  10,  n***  7  et  8).  Pour  d'autres  enfin 
les  bords  sont  fort  aplatis,  et  donnent  de  fort  jolies  pièces 
qui  font  pressentir  la  retouche  solutréenne  (fig.  9,  n**  16, 
et  fig.  10,  n'»  9). 

E.  Pièces  à  étranglement.  —  Nous  groupons  sous  ce  titie 
des  pièces  diverses,  en  grand  nombre,  appartenant  à  toutes 
les  catégories  que  nous  avons  énumérées,  et  qui  ont  cette 
particularité  que  la  ligne  de  contour  de  la  pièce  devient  en 
quelque  point  concave  ;  elle  présente  ainsi  une  sorte  d'étran- 
glement dû  à  une  encoche  plus  ou  moins  accentuée,  et  quel- 
quefois à  deux  encoches  placées  symétriquement.  On  peut 
en  trouver  l'origine  dans  certaines  pièces  d'allure  mousté- 
rienne,  ou  racloirs  concaves  (fig.  5,  n***  5  et  6). 

Cet  étranglement  peut  se  trouver  soit  à  la  pointe,  soit  vers 
le  milieu,  ou  vers  la  base  des  lames  retouchées  ou  des  grat- 
toirs. On  a  alors,  suivant  les  cas,  des  perçoirs,  des  grattoirs- 
museau,  des  lames  ou  grattoirs  étranglés  ou  déjetés. 

a)  Perçoirs,  —  Ils  se  rencontrent  déjà  dans  le  Moustérien  : 
on  obtient  naturellement  le  perçoir  quand  la  pointe  présente 
une  double  concavité  latérale,  symétrique.  On  pourrait  même 
se  demander  si,  dans  plusieurs  cas,  ces  sortes  d'encoches 
n'avaient  pas  été  fabriquées  d'abord  pour  elles-mêmes  (pour 
servir,  par  ex.  de  grattoirs  concaves);  leur  usage,  en  les 
approfondissant,  mettait  de  plus  en  plus  en  relief  l'extrême 
pointe,  qui  se  trouvait  à  la  fin  tout  à  fait  apte  à  servir  de 
perçoirs  (fig.  11,  n'^  2). 

Quoiqu'il  en  soit,  les  perçoirs  ne  sont  pas  rares  au  Bouïtou; 
ils  sont  en  général  courts  et  assez  gros  (fig.  11,  n*^  3);  il  en 
est  qui  sont  de  véritables  tarauds  (fig.  11,  n**  5)  :  l'usure  de 
l'extrémité  est  là  pour  le  démontrer.  Dans  plusieurs  exem- 
plaires dont  la  partie  pénétrante  est  assez  longue,  la  pointe 
va  s'infléchissant  et  s'incurvant  curieusement  (fig.  11,  n'  4). 


—  22  - 

Souvent  des  perçoirs  courts  s'associent  au  grattoir  (Qg.  Il, 
n«3)(l). 

Quand  la  lame  est  assez  mince  les  perçoirs  sont  plus  fins 
et  même  assez  délicats.  Plusieurs  sont  multiples  (2),  et  se 


F"ig.  11.  —  1  à  9,  Perçoirs,  types  divers  —  10  à  U,  grattoirs-muscarix  2/3  gr.  nal.). 
Goumba-del-Bouitou  (Corrèze),  foyers  infér. 

présentent  soit  aux  deux  extrémités  d'une  même  lame,  soit 
sur  deux  angles  d'une  même  extrémité  (fig.  11,  n*»*  1  et  7). 

(1)  Comparer  le  n*  4  de  la  fig.  6  de  l'article  sur  les  Cottes  {Revue  de 
l'École  d'Anlhrnpologie,  février  1906).  et  plusieurs  pièces  de  la  plan- 
che LXXV  de  l'ouvrage  de  M.  Girod. 

(2)  Ces  formes  sont  signalées  par  M.  Rivière  à  Cro-Magnon  et  à 
Gorge  d'Enfer.  Elles  abondent  aussi  en  certains  points  de  Laugerie- 
Haute. 


—  23  - 

Dans  d'autres  cas,  le  perçoir  provient  de  deux  encoches 
placées  Tune  à  un  bout,  l'autre  sur  le  bord  de  la  lame  :  c'est 
une  sorte  de  perçoir  d'angle  (fig.  11,  n®  7)  ;  mais  alors  Texlré- 
mitéest  quelquefois  tronquée,  et  forme  vaguement  un  ciseau 
étroit  (1)  (fig.  11,  n°  9).  Enfin  c'est  à  peine  si  l'on  peut  voir 
un  perçoir  dans  le  n°  6  (fig.  11).  C'est  plutôt  un  grattoir  en 
creux  avec  bord  retouché;  mais  jamais  ce  bord  n'a  été  enlevé 
par  un  «  coup  du  burin  »,  comme  cela  est  si  fréquent  dans 
les  stations  aurignaciennes  supérieures  et  solutréennes, 
en  particulier  à  la  grotte  Lacoste  et  à  Noailles  (Corrèzc). 

Tous  ces  perçoirs  peuvent  être  associés  à  des  grattoirs. 
Plusieurs  de  ces  derniers  présentent  latéralement  une  sorte 
de  bec  (2),  différent  du  perçoir  ordinaire,  mais  qui  parait 
bien  cependant  intentionnel  puisqu'il  en  existe  quelques 
exemplaires  typiques  (fig.  11,  n^  8). 

b)  Grattoirs-museaux.  —  Quand  la  double  encoche  symé- 
trique a  porté  sur  l'extrémité  du  grattoir,  on  a  obtenu  ce  que 
nous  appelons  le  grattoir-museau  dont  l'extrémité  porte, 
d'ailleurs,  le  plus  souvent,  la  retouche  lamellaire. 

Ce  travail  a  affecté  toutes  les  sortes  de  grattoirs  :  grattoirs 
en  ogive  (fig.  11,  n°  13  ;  la  pièce  passe  de  ce  côté  au  perçoir), 
ordinaires  (id.,  n*»»  Il  et  12;,  ou  carénés  [id.,  n*»  10).  L'avan- 
cement en  forme  de  museau  est  quelquefois  déjeté  d'un  côté. 

On  avait  là  (fig.  11,  n**  14)  une  sorte  de  pièce  à  usages  mul- 
tiples :  encoches  pouvant  servir  de  grattoirs  concaves,  mu- 
seau servant  de  grattoir  étroit;  sur  la  pièce  figurée,  il  y  a 
même  comme  un  perçoir  latéral  et  un  grattoir  ordinaire.  La 
partie  concave  a  certainement  beaucoup  servi,  car  elle  est 
souvent  plus  usée  que  l'extrémité  même  du  museau,  comme 
nous  l'avons  signalé  plus  haut. 

c)  Lames  étranglées  ou  incurvées,  —  Quand  cette  sorte 
d'entaille  rétrécit  la  largeur  de  la  lame  vers  son  milieu,  on 


(1)  Cette  forme  est  signalée  par  M.  Breuil  aux  Cottes,  mais  plus 
grossière.  Lui  comparer  aussi,  en  beaucoup  plus  grand,  le  biseau 
terminal  des  pièces  fig.  b,  n**  5  et  6. 

(2)  Comparer  le  n*  6,  pi.  LXXl,  de  Gorge  d'Enfer  B  (Girod,  loc.  cit.). 


—  24  — 

obtient  la  lame  étranglée  proprement  dite,  si  caractéristique 
de  TAurignacien  (1).  Il  y  en  a  au  Bouïtou  un  certain  nombre 


Fig.  12.  —  Pièces  étranglées  ou  incurvées  (2,'3  gr.  nat.).  —  Coumba-del-Bouïlou 
(Corrèxe),  foyers  înfér.  (Le  n»  4  est  de  la  collection  Vignard.) 

de  bien  nettes  (fig.  12,  n*  1);  d'autres  où  les  encoches  ne  font 
que  s'esquisser;  il  y  en  a  aussi  de  nombreux  fragments 


(1)  Voir  en  particulier  Tarticle  de  M.  Breuil  sur  les  Cottes. 


%€ 


Fig.  13.  —  Grattoirs  écaillés  par  percussion  f^3  gr.  nat>.  -   CfiumlKa-deJ-Bt^Uïlou 
(Corrèze),  foyers  Inférieurs. 


Fig-  14.  —  Lomes  retouchées,  éclats,  et  fraginenls  ffc  silex  écfiUlés  i\c  borcl  A  M  du  n> 
est  retouché  sur  le  revers).  —  Coumbfl*de]^BouJtou  iCt^rt^Tt^X  foyers  iiifj^pJpurs, 


—  26  — 

(fig.  12,  n°  7).  L'extrémité  est  tantôt  en  pointe  coupante  ou 
non,  tantôt  en  grattoir. 

Plusieurs  fois  Tencoche  n'a  porté  que  sur  un  bord,  et  on 
obtient  alors  des  lames  (fig.  12,  n**  5),  ou  des  grattoirs  curieu- 
sement incurvés  (td.,  n**  6  et  8),  soit  vers  la  droite,  soit 
vers  la  gauche,  comme  on  en  a  signalé  de  bonne  heure  à 
Gorge  d'Enfer.  Enfin  plusieurs  lames  se  terminant  en  pointe 
ou  en  grattoir  à  une  extrémité  sont'  rétrécies  à  l'autre,  ce  qui 
forme  comme  une  sorte  de  soie  ou  de  manche  ;  l'ensemble  a 
une  forme  très  élégante  ifig.  12,  n®*  2  à  4). 

Une  pièce  a  vaguement  la  forme  d'une  pointe  à  cran 
(fig.  12,  n*^  9),  mais  ne  présente  pas  du  tout  la  retouche  solu- 
tréenne (I);  elle  est  d'ailleurs  très  épaisee  et  nullement  poin- 
tue. Avec  son  double  cran,  elle  annoncerait  plutôt  les  pointes 
à  pédoncule  du  Solutréen  primitif  (comme  celles  de  la  Font- 
Robert). 

On  peut  remarquer  qu'un  grand  nombre  de  ces  pièces  sont 
en  fragments,  et  on  pourrait  leur  appliquer  ce  que  nous 
avons  dit  des  longues  lames  retouchées;  les  encoches  pou- 
vaient servir  à  fixer  des  ligatures,  si  la  pièce  était  emman- 
chée. Nous  n'insisterons  pas  davantage  sur  les  usages  de  ces 
pièces  qui  sont  déjà  connues;  elles  sont  surtout  intéres- 
santes pour  dater  notre  gisement. 

F.  Pièces  écaillées  par  percussion,  —  Ce  sont  des  pièces 
qui  n'avaient  été  signalées  nulle  part  et  que  nous-mêmes 
nous  mettions  au  rebut  jusqu'au  jour  où  notre  attention  fut 
attirée  par  leur  grand  nombre.  Le  hasard  nous  servit  bien 
d'ailleurs  en  nous  amenant  à  en  fabriquer  de  semblables  (2). 

(1)  Il  n*a  été  trouvé  en  place  aucune  pièce  solutréenne,  ni  le  moindre 
fragment  à  retouche  solutréenne.  Nous  devons  cependant  signaler  un 
fragment  de  a  feuille  de  laurier  »,  trouvé  sur  le  sol,  en  avant  et  à  une 
distance  de  25  à  30  mètres  de  la  grotte.  Quoiqu'il  soit  en  jaspe  rose  et 
blanc  assez  analogue  à  des  échantillons  trouvés  en  plein  gisement, 
nous  ne  croyons  pas  qu*il  en  provienne,  car,  dans  le  champ  où  il  était, 
il  n'a  été  rencontré  aucun  exemplaire  de  l'industrie  de  la  grotte. 
D'ailleurs  la  vallée  de  Planche-Torte,  qui  n'est  pas  éloignée,  a  fourni 
bien  d'autres  débris  solutréens,  ainsi  trouvés  isolément  sur  le  sol. 

(2)  C'est  en  enfonçait  une  lame  de  silex  comme  un  coin  dans  le 
manche  en  bois  d'une  pioche^  que  nous  avons  obtenu  sans  nons  y 
attendre  une  pièce  écaillée. 


-  27  — 

On  prenait  tantôt  un  outil  déterminé  :  lame  retouchée  ou 
non,  grattoir,  nucleus;  tantôt  un  éclat  quelconque  [\h^.  13 
et  14).  Plaçant  ce  morceau  de  silex  debout  sur  une  piene  on 
le  frappait  d'un  coup  sec  avec  une  autre  pierre.  Le  choc 
enlevait  des  écailles  ou  esquilles  plus  ou  moins  longues  et 
plates  (fig.  15)  sur  le  bord  heurté,  parfois  sur  les  deux  faces 
surtout  lorsque  le  silex  était  mince.  Quant  au  bord  posé  sur 
la  pierre  il  s'écaillait,  lui  aussi,  mais  d'une  manière  moins 
franche. 

On  peut  classer  les  pièces  ainsi  obtenues  en  deux  groupes  : 

I*  Les  pièces  non  caractéristiques  dont  on  ne  peut  dire 
qu'une  chose,  c'est  qu'elles  sont  écaillées  plus  uu  iiioins 
profondément;  et  les  éclats  informes  mais  dénuUiU  dea  per- 
cussions multiples  qui  parfois  réduisaient  la  pièce  à  des 
dimensions  minuscules  et  la  rendaient  peu  commode  â  leair 
entre  les  doigts  (fig.  14,  n***  9  et  11). 

2**  Les  pièces  utilisables  ou  de  forme  déterminée  et  régu* 
lière  Ce  qui  rendait  une  pièce  utilisable,  c'est  le  irauchant 


Fig.  15.  —  ÉcaiHes  ou  esquilles  enlevées  par  percussion  (S/S  gr.  niiL.t. 
Coumba-del-Bou!tou  (Corrèze),  foyers  inrèHeurs. 


vif  que  laisse  Tenlèvement  des  écailles,  surtout  sur  cerlaîns 
silex  particulièrement  cassants  (1).  Ce  tranchant  rectiligne  à 
l'extrémité  d'une  lame  mince  formait  comme  un  ciseau  à 
froid  (fig.  14,  n***  5  et  6)  et  sur  le  bord  de  la  lame  permettait 


(1)  Il  est  à  remarquer,  en  effet,  que  les  silex  d'une  certaine  nature 
ont  été  plus  spécialement  employés  pour  cette  opératioti  :  ainsi  sur 
65  pièces  ou  fragments  d*un  silex  blanc  laiteux,  on  en  compte  30  écaillas, 
et  35  sur  57  d'un  violet  rose  veiné. 


—  28  - 

d'en  faire  une  scie.  Sur  une  pièce  à  bord  plus  épais  et  écaillé 
en  son  milieu,  le  tranchant  devient  curviligne  comme  celui 
d'une  gouge  (fig.  16,  n***  25  à  27).  Parfois  l'écaillé  elle-même 
était  assez  forte,  longue  et  coupante  pour  pouvoir  servir  de 
burin  (fig.  15,  n"  16  et  17).  D'autres  pièces  donnent  l'impres- 
sion d'avoir  été  amenées  à  une  forme  non  seulement  uliie 


Fig.  16.  —  Pièces  écaillées  présentant  une  forme  régulière  ou  en^forme^de  cisenu 
ou  de  gouge  (2/3  gr.  nat.).  —  Coumba-del-Bouitou  (Corréze),  foyers  inférieurs. 


mais  régulière  et  voisine  du  parallélogramme  (fig.  16,  n®»  20 
à  24).  On  y  voit  sur  le  bord  de  fines  relouches  postérieures  à 
Técaillement  qui  envahit  la  surface  de  la  pièce. 

Pourquoi  ce  mode  de  travail,  et  à  quoi  pouvaient  servir 
ces  pièces  tranchantes  et  régulières?  On  frappait  aussi  bien 
de  belles  pièces  bien  retouchées  que  des  éclats  sans  valeur. 


—  29  — 

Était-ce  pour  les  enfoncer  dans  un  manche  dur?  peut-être  en 
certains  cas  ;  mais  la  chose  n'est  pas  possible  pour  des  grat- 
toirs doubles  comme  celui  n**  2  (figure  13).  C'est  peut-être  en 
voulant  fendre  des  os  et  en  prenant  pour  cela  un  silex  en 
guise  de  coin.  On  peut  aussi  y  voir  un  mode  de  retouche 
destiné  à  amincir  la  lame  de  silex  et  qui  arrive  à  imiter  la 
retouche  solutréenne,  dont  on  aurait  comme  un  prototype 
(fig.  16,  n°  24).  Quant  aux  pièces  régularisées  elles  pouvaient 
servir  d'outils  tranchants,  étant  enchâssées  dans  du  bois  de 
renne  par  exemple,  ou  même  de  plaques  d'ornementation. 
Bref,  on  peut  faire  bien  des  hypothèses  dont  aucune  n'est 
pleinement  satisfaisante. 

Il  n'en  reste  pas  moins  vrai  qu'on  est  en  présence  d'un 
travail  intentionnel,  et  qui  ne  se  rencontre  pas  seulement  au 
Bouïtou,  mais  en  bien  d'autres  gisements,  en  particulier 
dans  ceux  de  l'Aurignacien  et  du  Solutréen.  On  a  dû  sou- 
vent les  mettre  au  rebut  et  ne  pas  y  prêter  une  attention 
suffisante;  néanmoins,  l'abbé  Breuil  a  pu  déjà  nous  en  si- 
gnaler des  Cottes  (Vienne)  (  l),  de  Solutré  (surtout  aux  niveaux 
inférieurs),  de  Cro-Magnon;  il  y  en  a  un  grand  nombre  de 
Brassempouy,  dans  la  collection  Piette;  M.  Cartailhac  et 
l'un  d'entre  nous  en  ont  trouvé  de  fort  beaux  à  Tarte.  On 
peut  très  bien  en  rapprocher  une  pièce  trouvée  aux  Baoussé- 
Roussé,  et  qu'à  première  vue  on  pourrait  prendre  pour  un 
fragment  solutréen.  M.  Bourlon  a  trouvé  au  Moustier  (cou- 
che n^  6)  une  excellente  pièce  esquillée,  et  M.  l'abbé  Chas- 
taing  en  signale  de  la  même  station,  fort  analogues  aux 
nôtres  (2).  Il  y  en  a,  mais  très  rares,  à  Chez-Pourré. 

A  Germolles,  certaines  pièces  figurées  ont  l'apparence  des 
nôtres;  les  auteurs  y  voient  des  scies  (3). 

D'autre  part,  on  trouve  quelques  éclats  à  esquilles,  mais 
rares,  dans  les  diverses  stations  des  Pyrénées  fouillées  par 


(1)  Figurés  dans  notre  article.  Revue  de  l'Ecole  d' Anthropologie, 
mai  I90G.  fig.  62. 

(2)  Deuxième  Congrès  préhistorique  de  France.  Corn  pie -rendu,  figu- 
res 3  et  4  du  tiré  à  part. 

(3)  Loc.  cit.,  fig.  6,  p.  277,  et  pi.  !.•  6. 


--  30  — 

M.  Piette;  et  môme  curieux  effet  de  reviviscence  dans  les 
couches  les  plus  supérieures  du  Mas  d^Azil,  celles  à  galets 
coloriés.  Là,  d'ailleurs,  ils  ne  rappellent  que  le  type  le  plus 
informe  du  Bouïtou,  et  n'ont  pas  été  fabriqués  sur  de  belles 
pièces. 

Aux  environs  de  Brive  plusieurs  stations  contenaient  de  ces 
pièces,  surtout  celles  qui  sont  inférieures  au  solutréen  ;  citons 
en  particulier  Bassaler,  la  Font-Robert  et  la  Font-Yves  (1); 
les  deux  grottes  Lacoste  où  nous  avons  fait  à  leur  sujet  des 
observations  intéressantes  que  nous  publierons  un  jour; 
Bos-del-Ser  et  Noailles  en  ont  donné  mais  en  petit  nombre. 

G.  Pièces  diverses.  —  a)  Burins.  Il  y  a  aux  niveaux  infé- 
rieurs un  nombre  très  restreint  de  pièces  se  rapprochant  du 
type  burin  bien  connu,  tandis  qu'ils  abondent  dans  les  foyers 
supérieurs.  Encore  la  plupart  de  ces  pièces  sont  des  burins 
de  fortune,  obtenus  sans  doute  par  hasard,  comme  il  était 
facile  quand  on  esquillait  les  pièces  par  percussion. 

Un  seul  beau  burin  ^ur  belle  lame  retouchée  a  été  trouvé 
au  niveau  du  foyer  inférieur,  mais  à  la  base  d'une  fente 
entre  deux  rochers;  il  a  donc  pu  très  bien  y  glisser  des 
foyers  supérieurs. 

6)  Lames  à  dos  rabattu,  ou  à  arête  médiane  retaillée.  — 
Nous  n'en  parlons  que  pour  constater  l'absence  complète  des 
premières,  tant  des  longues  lames  du  type  de  la  Gravette  ou 
de  Noailles  que  des  fines  lamelles,  dites  lames  de  canif,  si 
nombreuses  dans  le  Magdalénien. 

Quant  aux  secondes,  elles  sont  très  rares. 

c)  Lamelles  à  crête  ou  à  bord  retouché.  —  Les  petits  outils 
si  abondants  dans  le  Magdalénien  sont  ici  extrêmement 
rares,  à  peine  deux  ou  trois  exemplaires  assez  nets.  Évi- 
demment ils  n'entraient  pas  dans  l'outillage  ordinaire  des 
premiers  habitants  du  Bouïtou.  (Ils  sont  plus  nombreux  dans 
les  foyers  supérieurs;  voir  fig.  27,  n*»*  1  à  5.) 

Cette  absence  jointe  à  celle  des  burins  parait  suggestive; 


(1)  Collections  de   M"*  la  comtesse  de  Tbévenard,  au   château  de 
Bassaler. 


—  31  — 

car,  en  revanche,  lamelles  et  burins  se  retrouvent  ailleurs 
toujours  simultanément.  Le  plus  souvent  ces  lamelles  ont 
dû  être  obtenues  par  le  «  coup  du  burin  »  porté  le  long  d'un 
bord  retouché  par  avance.  Du  coup  on  obtenait  deux  instru- 
ments. 

d)  Pièces  usées.  —  En  dehors  des  pièces  écrasées  et  comme 
mâchées  à  une  extrémité,  il  y  a  un  bon  nombre  de  bouts  de 
grattoirs  (fig.  11,  n»  8)  ou  d'angles  de  lames  absolument 
émoussés  par  l'usure,  jusqu'à  être  presque  polies  :  on  a  pu 
s'en  servir  pour  racler  des  ocres,  ou  même  peut-être  (?)  pour 
graver  sur  des  pierres. 

e)  Pièces  à  encoches.  —  En  plus  des  pièces  à  étranglement 
dont  nous  avons  parlé,  il  y  a  quelques  lames  épaisses  portant 
des  encoches  plus  ou  moins  profondes,  disposées  irréguliè- 
rement sur  les  bords.  Quelques  grattoirs  ont  à  la  base  deux 
petites  encoches  se  faisant  vis-à-vis;  celte  double  encoche 
basilaire,  destinée  probablement  à  retenir  une  ligature,  se 
rencontre  un  peu  à  tous  les  niveaux  de  l'âge  du  renne. 

g)  Lames  et  lamelles  sans  retouches.  —  Elles  sont  très 
peu  nombreuses  et  ne  présentent  rien  de  particulier;  par 
contre,  les  fragments  en  sont  nombreux. 

h)  Nucléi  et  éclats.  —  Nous  avons  déjà  dit  que  les  éclats 
de  taille  ou  de  déchet  étaient  relativement  rares  (1).  Les 
nucléi  aussi  sont  en  petit  nombre,  de  faibles  dimensions,  et 
en  somme  mal  caractérisés.  Évidemment,  les  belles  lames 
et  presque  tout  l'outillage  de  cette  grotte  ont  été  importés  et 
non  taillés  sur  place. 

H.  Percuteurs.  —  Bien  qu'il  ait  donné  peu  ou  point  de 
nucléi,  nous  avons  trouvé  plusieurs  bons  percuteurs  au 
Bouïtou;  ils  présentent  ceci  de  particulier  que  le  piquetage, 
les  étoilures  provenant  de  la  percussion  sont  disposés  symé- 
triquement. Ce  travail  parait  bien  intentionnel,  quoique  son 
but  nous  échappe.  Ainsi  un  gros  galet  de  quartz,  de  forme 
ovoïde,  porte  ces  traces  de  percussion  aux  deux  extrémités  et 

(1)  50  0/0  environ,  au  lieu  de  75  0/0  environ,  comme  dans  la  plupart 
des  autres  stations. 


—  32  — 

sur  le  pourtour,  suivant  cinq  points  régulièrement  espacés. 
Un  autre,  en  roche  verte  très  dure  et  à  grain  très  fin,  de 
forme  prismatique  triangulaire,  est  tout  écrasé  aux  deux 
bouts,  sur  les  arêtes,  et  vers  le  milieu  de  chacune  des  trois 
faces  (fig.  17).  Enfin  plusieurs  autres  petits  blots  de  quartz, 
de  granit,  de  gneiss  ou  mêm€  de  grès  fin,  ont  reçu  des  per- 
cussions assez  énergiques  pour  y  creuser  des  sortes  de  petites 
cupules,  qui,  d'ailleurs,  se  retrouvent  symétriquement  de 
chaque  côté  du  bloc. 

Nous  avons  émis  l'hypothèse,  en  ne  considérant  que  l'al- 
lure môme  de  ces  piquetages,  par  exemple  sur  les  faces  du 


>^-*i 


Fig.  17.  —  Galet  prismatique  en  roche  verte  dure,  utilisé  comme  percuteur 
(2/3  gr.  nat.).  — -  Coumba-del-Bouïtou  (Corrèze),  foyers  inférieurs. 


percuteur  (fig.  17),  qu'ils  pourraient  parfois  provenir  des 
chocs  portés  sur  les  lames  écaillées.  Or,  justement,  nous 
avons  vu  des  cupules  identiques  sur  des  galets  de  la  collec- 
tion Piette,  provenant  de  la  couche  à  galets  coloriés,  où  les 
pièces  écaillées  sont  assez  abondantes. 

D'ailleurs  les  Cottes  et  bien  d'autres  gisements  aurigna- 
ciens  ont  donné  des  pièces  analogues. 

I.  Pierres  diverses  utilisées,  —  Nous  avons  dit  que  les  per- 
cuteurs étaient  en  quartz,  en  granit,  en  grès,  en  gneiss,  etc. 
Ces  mêmes  roches  se  retrouvent  en  assez  grande  quantité, 


—  33  — 

plus  ou  moins  brisées,  ou  débitées  même  en  lames  ou  éclals. 
D'ailleurs,  il  est  rare  que  ces  derniers  soient  retaillés  ou 
retouchés.  Ce  sont  surtout  des  variétés  de  gneiss  bleus  ou 
roses,  ou  des  schistes  à  mica  jaune  d'or,  ou  verdâtres,  fort 
décomposés,  qui  abondent  parmi  ces  pierres  étrangères  ;  elles 
ont  évidemment  été  remarquées  pour  leurs  rayures  variées, 
et  ramassées  de  préférence,  [l  y  a  encore  d'autres  roches  : 
des  meulières,  et  même  certains  blocs  grisâtres  et  lourds 
qui  paraissent  être  d'origine  volcanique.  Les  meulières  exis- 
tent sur  les  plateaux  environnants.  Toutes  les  autres  roches 
se  rencontrent  assez  abondantes  dans  les  alluvions  de  la 
Corrèze,  dont  la  vallée  est  voisine  du  Bouïtou,  sauf  les  roches 
volcaniques;  mais  celles-ci  ne  sont  pas  rares  dans  les  allu- 
vions de  la  Dordogne,  à  une  trentaine  de  kilomètres  au  Sud. 

Quant  aux  silex  et  aux  jaspes  dont  sont  fabriqués  les 
outils,  il  y  en  a  de  nombreuses  et  fort  belles  variétés;  le 
silex  noir  est  peu  abondant;  ce  sont  presque  toujours  des 
jaspes  plus  ou  moins  veinés,  rubanés  ou  tachetés.  Telle  série 
d'éclats  ou  de  pièces  rose  veiné  de  blanc;  telle  autre,  jaune 
tacheté  de  noir;  telle  autre,  blanche  opaline,  sont  vraiment 
remarquables. 

Enfin  il  a  été  trouvé  un  grand  nombre  de  fragments 
d'ocrés,  aux  teintes  variant  du  jaune  au  rouge,  avec  les 
nuances  de  rouge- violacé,  rouge-brun,  rouge-brique.  Plu- 
sieurs portent  des  traces  évidentes  de  sciage  ou  de  raclage. 
Quelques  pièces  même  ont  été  fabriquées  en  limonite,  entre 
autres  un  bon  grattoir  caréné  à  museau.  Il  y  a  aussi  des 
fragments  d'oxyde  de  manganèse  noir,  plus  ou  moins  char- 
gés en  fer. 

Ces  ocres  proviennent  surtout  des  plateaux  jurassiques 
qui  ne  sont  éloignés  que  de  quelques  kilomètres  au  Sud. 
Les  silex  noirs  ont  dû  être  importés  du  crétacé,  qui  affleure 
dans  le  département  de  la  Dordogne,  limitrophe  de  la  Cor- 
rèze. Quant  aux  jaspes,  ils  ont  dû  être  recueillis  aussi  sur 
les  plateaux  environnants,  parfois,  sans  doute,  à  d'assez 
grandes  distances  ;  mais  nous  n'avons  pu  encore  déterminer 
de  gisements  auxquels  on  puisse  attribuer  d'une  manière 

T.  XXX  /  -  3 


certaine  Torigine  des  jaspes  du  Bouïtou.  Plus  probablement 
même,  ces  gisements  n'existent  pas  :  il  y  avait  seulement 
quelques  blocs  isolés  (comme  nous  en  avons  trouvé  un  dans 


Flg.  18.  —  1  à  4.  grattoirs 


5  à  8,  Innies  retouchées  (2/3  gr.  nat.).  —  (Ioumba-<!cI-Bouïtou 
((-orr(»ze),  foyers  supérieurs. 


la  vallée  de  la  Vézère,  près  Varelz)  et  que  les  hommes  pré- 
historiques débitaient  sur  place,  quand  ils  avaient  la  chance 
de  les  rencontrer. 

2'  Outillage  des  foyers  supérieurs. 
Ces  foyers  ont  été  moins  riches  :  les  pièces  sont  en  nom- 


bre  moindre,  et  ne  sont  pas  aussi  belles  que  celles  des  foyers 
inférieurs  :  elles  sont  beaucoup  moins  retouchées,  et  d*un 
aspect  moins  agréable  aux  yeux;  enfin  la  proportion  des 
déchets  est  plus  grande.  Cependant,  cet  outillage  est  fort 
intéressant  parce  qu'il  diffère  nettement  de  celui  des  foyers 
inférieurs. 


Fig.  19.  —  Grattoirs  carénés  :  types  divors  (2/3  gr.  notJ.  —  Coumba-del-liourloiuClorrc/o), 

loyers  supérieurs. 


A  part  quelques  détails  secondaires,  l'outillage  des  foyers 
n*"  2,  3  et  4  est  le  même  ;  nous  les  confondrons  pour  l'étude, 
et  nous  suivrons  à  peu  près  le  même  ordre  que  pour  les 
foyers  inférieurs. 

A.  Pièces  d'aspect  mous térien,  —  On  rencontre  encore  des 


-  36  - 


pointes  et  des  racloirs  tout  à  fait  analogues  aux  pièces  raous- 
tériennes.  Ils  iront  aussi  en  évoluant  dans  des  sens  diffé- 
rents, suivant  que  Ton  aura  des  pièces  minces  ou  épaisses. 
Ce  sont  surtout  ces  dernières  dont  le  développement  s'exa- 
gérera et  donnera  des  formes  nouvelles. 

B.  Lames  retouchées,  —  Au  lieu  d'un  grand  nombre  de 
belles  lames  soigneusement  retouchées,  le  plus  souvent  tout 
autour,  nous  n'avons  guère  ici  que  des  éclats  assez  frustes, 


Fig.  20. 


■  Grattoirs  carénés  :  type  allongé,  haut,  étroit  (2/3  gr.  nat.).  —  Coumba- 
del-Bouîtou  (Corrèze),  foyers  supérieurs. 


retaillés  sans  grand  soin  sur  un  bord,  et  donnant  des  sortes 
de  racloirs  ou  de  scies  (fig.  18,  n"  6  et  7). 

Il  y  a  cependant  deux  ou  trois  longues  lames  retouchées 
sur  les  deux  bords  (fig.  18,  n*»*  5  et  8);  la  plus  grande  est 
d'allure  tout  à  fait  nouvelle;  elle  se  termine  en  pointe  effilée 
et  la  retaille  des  bords  ressemble  fort  à  celle  des  grandes 
lames  à  dos  rabattu. 


—  37  — 

C.  Grattoirs.  —  Parmi  les  grattoirs,  quelques-uns  seule- 
ment sont  retouchés  sur  les  bords,  ou  même  à  Tautre  extré- 
mité, à  la  manière  de  ceux  du  niveau  inférieur.  Mais  leur 
présence  parait  accidentelle,  car  ils  tranchent  absolument 
tant  par  leur  forme  que  par  la  nature  et  la  patine  du  silex, 
avec  le  reste  de  l'outillage.  La  plupart  des  grattoirs  sont 
fabriqués  sur  bouts  de  lames  (fig.  18,  n°'  2  à  4),  et  d'allure 
très  magdalénienne.  Deux  ou  trois  sont  retouchés  aux  deux 
extrémités  et  forment  grattoirs-doubles  (fig.  18,  n°  1).  Nous 
verrons  que  très  souvent  le  grattoir  est  associé  au  burin  et 
à  ses  différentes  variétés. 


Fig.  21.  —  Forte  pièce  carénée  (2/3  gr.  nat.).  —  Goumba-del-Bouitou  (Corréze), 
foyers  supérieurs. 


D.  Pièces  à  étranglement.  —  A  part  quelques  grattoirs 
carénés  dont  l'extrémité  s'avance  en  museau,  deux  perçoirs 
ébauchés,  et  une  ou  deux  lames,  il  n'y  a  rien  qui  ressemble 
ici  aux  séries  si  curieuses  que  nous  avons  étudiées  plus  haut 
sous  ce  titre. 

E.  Grattoirs  carénés.  —  Les  grattoirs  carénés  sont  très 
abondants;  ils  diffèrent  un  peu  de  ceux  du  niveau  inférieur  : 
leur  front  est  moins  bien  arrondi;  ils  sont  plus  hauts  et 
moins  larges.  Ils  ressemblent  davantage  à  ceux  de  Cro- 
Magnon  (fig.  19  et  20). 


—  38  — 

Néanmoins  plusieurs  rappellent  encore  les  formes  mous- 
tériennes  :  pointes  (fig.  19,  n°  24),  ou  disques  épais  (fig.  19, 
n°  22).  Il  en  est  de  doubles  (fig.  19.  no  26),  d'incurvés  (fig.  19, 
n°  25),  quelques-uns  sont  de  dimensions  fort  réduites 
(fig.  19,  no  27). 

A  côté  nous  placerons  plusieurs  pièces,  très  originales, 
mais  qui  voisinent  bien  avec  les  grattoirs  carénés  :  ce  sont 
de  fortes  et  longues  pièces,  surélevées  ;  mais  à  Tinverse  des 
autres  pièces  carénées  les  bords  seuls  et  l'arête  médiane, 
non  les  extrémités,  portent  de  la  retouche  (et  de  la  retouche 
par  écailles),  et  en  même  temps  des  traces  évidentes  d'usage. 
Celle  que  nous  figurons  (fig.  21)  est  particulièrement  «  bien 
en  main  »  :  on  peut  commodément  racler  soit  avec  le  bord 
droit,  soit  avec  le  bord  gauche,  ou  trancher  avec  la  crête,  en 
tenant  la  pièce  renversée. 

Le  plus  grand  nombre  est  allongé,  haut,  étroit,  et  dérive 
plutôt  des  types  ovalaires  (fig.  9,  n"  12  et  13).  C'est  tout  à 
fait  «  la  carène  de  navire  renversé  »  (1)  (fig.  19,  n**  20,  et 
fig.  20  et  22,  no*  28  à  33).  Souvent,  les  deux  extrémités  por- 
tent la  retouche  lamellaire  (fig.  20,  n*'  28  et  29)  ;  les  bords 
sont  entaillés  et  comme  écrasés  par  l'usage  (fig.  19,  n*  20,  et 
fig.  20,  n*»-30  et  31). 

Nous  voyons  dans  ces  pièces  l'origine  des  burins;  vues 
posées  sur  le  plat,  elles  deviennent  de  plus  en  plus  étroites 
(fig.  20,  no  29  a);  c'est  surtout  net  quand  on  a  aff'aire  à  de 
minuscules  outils  (fig.  22,  no  34),  ou  mieux  à  des  grattoirs 
carénés  fabriqués  sur  l'épaisseur  même  de  lames,  et  non 
plus  sur  de  petits  blocs  de  silex  (fig.  22,  no  35). 

F.  Burins,  —  Nous  classons  sous  ce  titre  plusieurs  séries 
de  pièces  fabriquées  sur  des  lames  ou  éclats  :  elles  présen- 
tent toutes  un  biseau  dont  le  tranchant  est  perpendiculaire 
au  plan  de  la  lame,  et  a  été  obtenu  par  l'enlèvement  spécial 
d'une  longue  lamelle,  ce  que  M.  l'abbé  Breuil  a  très  heureu- 
sement dénommé  «  coup  du  burin  ». 


(l)  Type  abondant  à  Brassempouy,  à  Cro-Magnon,  à  Tarté  inférieur. 
La  conoparaison  avec  une  carène  est  empruntée  à  M.  Rivière,  loc.  cit. 


—  39  — 

Or,  si  l'on  considère  les  grattoirs  carénés  de  la  figure  22 
(il  y  a  une  nombreuse  série  de  ce  type),  on  voit  rjifils  for- 
ment parfaitement  la  transition  :  vus  de  prolil,  ils  présentent 
le  biseau  caractéristique  (n°*  32  />,  34 ,  35)  :  lune  des  Taces  est 
due  aux  lamelles  de  la  retouche  ;  l'aiiti  c  est  formée  naturel- 
lement par  le  méplat  déjà  existant  sous  le  grattoir,  ou  Lien 
elle  a  été  fabriquée  après  coup  par  renlévement  dit  »  coup 
du  burin  »  (n^  35).  Cet  éclat  a  été  d'ailleurs  quelquefois 
enlevé  sous  les  grattoirs  carénés  eux-riiémeè. 


Fig.  22.  —  Grattoirs  carénés  :  32  à  34,  sur  pctiU  hloc^;  Xi  sur  étiai;  *^«,  avL-i^ 

enlèvement  sous  le  grattoir  (2/3  gr.  nat.)-  —  f-ouniha-dcl-Btuiilnii 

(Corrèze),  foyers  supérituirs. 


On  arrive  ainsi  par  une  sorte  de  lîlialion  aux  instruments 
que  nous  avons  nommés  :  burin  busqué,  burin  d'angle  ou 
burin  latéral,  burin  ciseau  et  burin  ordinaire  ou  en  bec  de 
llûte.  I/usage  de  ces  pièces  nous  est  d'ailleurs  à  peu  près 
inconnu,  et  peut-être  que  ces  catégories  que  nous  réunissons 
étaient  en  réalité  foncièrement  différentes  comme  ulillsu- 
tion;  mais  elles  ont  toutes  le  caractère  commun  cité  plus 
haut. 

a)  Le  burin  busqué,  —  Nous  appelons  ainsi  la  variété  ori- 


-  40  — 


ginale  de  burins  figurés  n*»»  37  à  47  (fig.  23)  (1).  On  voit  qu'ils 
dérivent  directement  du  grattoir  caréné  :  plats  d'un  côté,  de 


Fig.  23.  —  Burins  busqués  :  37  A  44,  types  divers  ;  45  à  47.  associés  à  des  grattoirs 
(*?/3  gr.  nat.).  —  Coumba-del-Bouïtou  (Corréze),  foyers  supérieurs. 

(1)  Cf.  aussi,  Compte- rendu  du  Congrès  préhistorique  de  Péri- 
gueux,  1905,  p.  64,  fig.  3. 


il  — 


l'autre  à  facettes  disposées  en  relief  convexe,  et  recoorhées 
élégamment;  cette  disposition  rendait  le  burin  wth  robuste 
et  comme  renforcé.  En  outre,  le  plus  souveni,  une  sorte 
d'encoche  a  été  faite  sur  l'extrémité  de  l'arc  de  cercle,  à 
l'opposé  du  biseau,  soit  dans  le  but  d'avoir  un  grailair  en 
creux,  soit  pour  aider  à  la  préhension  de  la  pircn  (pour  y 
appuyer  le  doigt,  par  exemple),  soit  plus  probahlemeni  pour 
arrêter  là  l'enlèvement  des  lamelles.  Cette  relouehe  se  re- 
trouve en  effet  souvent  ébauchée  au  sommet  de  certains 
grattoirs  carénés  (n**  32). 

Le  reste  de  la  pièce  ne  présente  en  général  rien  de  parti- 
culier ;  elle  a  été  fabriquée  sur  des  lames  quelquefois  retou- 
chées (fig.  23,  no*  39,  44),  ou  même  sur  des  éclat!?  tle  forme 
bizarre  (n©  40).  Ne  sont  pas  rares  des  exemplaires  où  ce  bu- 
rin est  associé  au  grattoir  caréné  (n^  45),  au  burin  ou  au 
grattoir  ordinaire  (n®*  46  et  47).  L'encoche  peut  deleniiiner 


Fig.  24.  —  Burin  busqué,  double  (2/3  gr.  nat.  —  Coumba-del-Bouîtou  f  UoircEe). 
Foyers  supérieurs. 

une  sorte  de  bec  (n®  46).  Enfin,  il  y  a  quelques  burins  bus* 
qués  doubles  (fig.  24). 

Nous  avons  trouvé  au  Bouïtou  un  si  grand  nomln  e  de  ces 
outils,  qu'ils  sont  incontestablement  caractérisés  comme 
tels  ;  peut-être  servaient-ils  à  sculpter,  ou  à  creuser  des  rai- 
nures comme  le  bouvet  de  nos  menuisiers.  Il  ehi  intéressant 
de  remarquer  que  le  grattoir -museau  indiqué  plus  haut 
(fig.  8,  no  8),  dont  le  profil  est  fort  analogue  à  celui  de  ces 
burins,  pouvait  servir  exactement  au  même  usage. 

Le  burin  busqué  n'a  été  rencontré  ailleurs,  aux  environs 
de  Brive,  qu'à  Bos-del-Ser  ;  mais  il  existe  dans  bien  d  autres 


~  42  - 

gisements.  Dans  un  sondage  au  Moustier,  nous  en  avons 
trouvé  dans  un  niveau  supérieur,  immédiatement  super- 
posé au  moustérien.  M.  Breuil  nous  en  signale  un  de  la 
grotte  du  Trilobite  (niveau  à  pointes  d'Aurignac),  dans  la 
collection  de  l'abbé  Parât,  et  nous  fait  savoir  qu'ils  sont 
nombreux  avec  les  types  de  transition  à  Pair-non-Pair.  dans 
la  collection  de  M.  Daleau.  Nous  en  avons  vu  de  Laugerie- 
Haute,  dans  la  collection  de  M.  Bourlon,  avec  des  grattoirs 
carénés.  Il  y  en  a  à  la  Ferrassie  (fouilles  Capitan  et  Peyrony) 
et  à  Tarte.  M.  Septier  en  a  publié  un  du  gisement  des  Ro- 
ches, à  Pouligny  (Indre^.  En  somme,  de  même  que  les  grat- 
toirs carénés,  ces  outils  appartiennent  au  présolutréen,  et 
plus  précisément  aux  niveaux  moyens,  qu'ils  caractérisent 
nettement  (Ij.  Ils  disparaissent  en  effet  complètement  dans 
les  niveaux  supérieurs  de  l'âge  du  renne,  à  l'inverse  des  bu- 
rins suivants. 

b).  Autres  burins.  —  Nous  nommons  burins  d'angle  ou 
mieux  burin  latéral  les  burins  fabriqués  sur  l'angle  de  la- 
mes, dont  l'extrémité  tronquée  (2)  porte  des  retouches,  la 
ligne  de  cassure  étant  oblique  ou  transversale,  rectiligne  ou 
concave  (3)  et  la  lamelle  due  au  coup  du  burin  étant  enlevée 
le  long  du  bord. 

Plusieurs  grattoirs  carénés,  d'ailleurs  bien  nets,  portent 
une  retouche  sur  le  méplat.  Si  nous  les  disposons  comme 
dans  la  fîg.  25,  n^  48  et  suiv.,  on  voit  que  l'on  arrive  avec 
toutes  les  transitions  jusqu'au  burin  d'angle  absolument  net 
(fig.  25,  no  52  et  suiv.),  ce  burin  se  trouvant  tantôt  à  droite, 
tantôt  à  gauche.  Quand  l'épaisseur  de  la  lame  est  moindre, 
le  nombre  des  facettes  va  diminuant,  en  même  temps  qu'el- 


(1)  Brassempouy  qui,  cependant,  comprend  une  série  fort  caracté- 
ristique de  grattoirs  carénés  et  même  des  formes  de  transition,  n'a 
pas  donné  ce  burin,  du  moins  avec  son  encoche,  mais  plutôt  de  forts 
burins-ciseaux. 

(2)  Nous  excluons  les  burins  de  fortune  sur  angles  de  lames  cassées 
par  hasard,  qui  se  rencontrent  assez  fréquemment  dans  les  divers  ni- 
veaux de  l'âge  du  renne,  mais  ont  moins  d'intérêt. 

(3)  Quand  la  partie  tronquée  est  convexe  et  que  la  lame  est  mince, 
la  pièce  tend  à  devenir  le  bec  de  perroquet,  forme  bien  connue  et  ca- 
ractéristique des  stations  du  magdalénien  supérieur. 


—  43  — 

les  cessent  d'être  disposées  en  saillie  (fig.  25,  n"  51,  53), 
enfin  c'est  le  biseau  franc,  obtenu  d'un  seul  coup  (fig.  25, 
n»  56). 


Fig.  23.  —  Burins  latéraux  sur  angle  de  lames  à  troncature  retouchée  :  48  à  51,  formes  de 
transition  ;  52,  53  et  .'.6,  fonnes  typiques  ;  54  et  55,  associés  au  burin  et  au  grattoir  (2/3 
gr.  nat.».  —  Coumba-del-Bouitou  (Corréze),  foyers  inférieurs. 

Ce  burin  se  trouve  encore  associé  au  burin  ordinaire  (fig. 
25,  n*  54),  au  grattoir  bien  retouché  (fig.  25,  n®  55)  ;  Texem- 
plaire  n®  55  porte  même  nettement  les  traces  de  3  enlève- 
ments successifs  de  lamelles,  dans  le  but  probable  d'obtenir 
un  nouveau  tranchant  vif.  Nous  n'insisterons  pas  davantage 
sur  la  description  de  ce  burin.  Nous  aurons  l'occasion  d'en 
reparler  en  publiant  nos  stations  présolutréennes  des  grottes 


—  44  — 

Lacoste,  où,  sous  un  fades  un  peu  spécial,  il  abonde  d'une 
manière  extraordinaire.  II  y  en  a  aussi  beaucoup  à  la  Font- 
Robert  et  à  Noailles,  et  nous  avons  publié  ici-même  la  va- 
riété minuscule  qui  caractérisait  cette  dernière  station. 

Enfin,  nous  avons  nommé  le  burin-ciseau  et  le  burin  ordi- 
naire ;  ils  sont  ici  en  petit  nombre  ;  ils  sont  bien  plus  nets, 
surtout  le  burin-ciseau,  aux  grottes  Lacoste.  Faisons  remar- 
quer cependant  que  pour  eux  aussi  on  arrive  à  établir  des 
pièces  de  transition  tout  à  fait  nettes  (1).  La  pièce  n^S?  (fig. 
26)  se  placerait  à  côté  des  burins  busqués  avec  son  encoche, 
le  méplat  terminal  entouré  de  facettes  lamellaires  ;  mais  les 
lamelles  enlevées  sont  plus  rectilignes.  Puis  Tangle  dièdre 


Fig.  26.  —  57  à  60  formes  de  transition  vers  les  burins-ciseaux  et  les  burins  ordinaires  ; 
61  à  63  burins  ordinaires  divers  (2/3  gr.  nat.).  —  Coumba-del-Bouîtou  (Corrèze), 
foyers  supérieurs. 


de  Textrémité  devient  plus  aigu  et  plus  syn^élrique  (n^  58). 


(l)  Les  mômes  formes  exactement  se  rencontrent  à  Isturis. 


-  45  - 

Enfin,  apparaît  le  coup  du  burin  sur  l'autre  face  (n«  59  c)* 
Quand  ce  travail  porte  sur  de  fortes  pièces  et  que  Ton  a  des 
enlèvements  sur  les  deux  faces  du  dièdre,  on  arrive  au  bii- 
rin-ciseau.  Si  au  contraire  il  porte  sur  des  lames  minces,  on 
aboutit  avec  quelques  intermédiaires  au  burin  ordinaira 
typique  (fig.  26,  n"  60  à  63).  Dans  ces  derniers  burins  Tarète 
du  dièdre  terminal  est  rectiligne,  au  lieu  d'être  courbe  (ou 
plutôt  en  ligne  brisée),  comme  celle  des  burins  busqués. 

Nous  reviendrons  sur  les  burins-ciseaux,  qui  semblent 
plutôt  appartenir  aux  niveaux  présolutréens.  Quant  aux  bu- 
rins ordinaires,  on  sait  qu'ils  ont  été  remarqués  de  bonne 
heure  et  existent  à  tous  les  niveaux  de  l'âge  du  renne.  M.  Ca- 
pitan  a  nettement  montré  quel  était  leur  usage  (1).  On  en 
trouve  au  Bouïtou  un  bon  nombre  d'associés  au  grattoir  ou 
au  burin  busqué  (fig.  26,  n°»61  et  62). 

G.  Pièces  diverses.  —  a)  Pièces  écaillées.  Elles  soni  ici 
très  rares  (fig.  27,  n*  6)  et  ont  surtout  été  rencontrés  (au 
nombre  de  6)  dans  le  foyer  n^  4,  alors  que  ce  même  foyer 
n'a  fourni  que  4  burins  et  à  peine  un  grattoir.  Nous  avons 
donné  plus  haut  une  explication  de  cette  anomalie. 

b)  Lames  à  dos  rabattu,  ou  à  crête  médiane  écrasée^  J.es 
premières  sont  encore  absentes  (2)  (mais  nous  avons  vu  que 
la  lame  fig.  18,  n^  8,  est  voisine  de  ce  type)  ;  pour  les  secon- 
des, il  y  en  a  plusieurs  de  bien  nettes. 

c)  Lamelles  à  crête  ou  à  bord  retouché.  Elles  sont  a^sRz 
communes  (fig.  27,  n""  1  à  5),  quoique  leur  nombre  n'en  i^oil 
pas  excessif.  Le  burin  d'angle  d'ailleurs  est  lui-même  fni 
nombre  assez  restreint. 

Plusieurs  présentent  à  la  base  (fig.  27,  n"  1  et  3)  une  sorte 
de  soie  ou  de  manche  avec  retouches  ;  ce  modèle  a  été  isi- 
gnalé  par  l'abbé  Breuil,  au  Mas  d'Azil. 

d)  Lames  sans  retouche.    Elles  sont  relativement  plus 

(1)  Congrès  international  de  Monaco^  1905  (Cf.  Anthropologie,  V.^OÙ, 
page  125. 

(2)  Les  lames  à  dos  rabattu  caractérisent  l'Âurignacien  super.,  im 
la  base  du  Solutréen  (la  Gravette,  la  Font-Robert,  Tarte  sup.)  ;  uoua 
u*en  avons  point  ici,  mais  seulement  pour  ainsi  dire  l'ébauche. 


I 


-  iO  — 

abondantes  qu'aux  niveaux  inférieurs,  mais  ne  sont  ni  ré- 
gulières de  forme,  ni  élégantes.  En  outre,  dans  les  foyers 
les  plus  supérieurs  (3  et  surtout  4),  on  peut  faire  remarquer 
la  présence  de  plusieurs  gros  éclats  absolument  frustes  et 


Fig.  27. 


■  1  à  5,  lamelles  à  crête  ou  à  Lord  relouclié  ;  —  G,  pièce  écaillée  (2/3  gr.  not.). 
Coiimba-del-Bouïtou  (Corrèze).  foyers  super. 


sans  aucun  travail.  C'est  un  fait  sur  lequel  nous  aurons  sans 
doute  à  revenir  à  propos  d'autres  gisements. 

e)  Pièces  solutréennes  et  pièces  usées .  Nous  n'avons 
trouvé  aucune  pièce  présentant  la  retouche  solutréenne,  ni 
pièces  usées.  Cependant  un  grattoir  du  foyer  n°  2  est  forte- 
ment mâchonné  à  l'extrémité. 

f)  Nucléi  et  percuteurs.  Il  y  a  plusieurs  nucléi,  dont  un 
assez  volumineux,  et,  d'autre  part,  quelques  blocs  de  quartz 
ou  de  granit  ayant  servi  de  percuteurs.  Mais  les  points  de 
percussion  ne  sont  pas  disposés  symétriquement,  ni  creusés 
en  petites  cupules.  Un  petit  bloc  de  silex  du  foyer  n»  4  est 
fortement  écrasé  sur  toutes  ses  arêtes  (retouchoir?). 

H.  Pierres  diverses  utilisées,  —  Elles  sont  à  peu  près  les 
mêmes  que  dans  les  foyers  inférieurs.  Les  quartz  blancs  et 
calcinés  sont  abondants.  Un  petit  galet  plat  est  fortement 
usé  sur  les  bords  et  porte  des  rayures.  Son  usage  nous  est 
tout  à  fait  inconnu. 

Le  silex  est  incomparablement  moins  beau  et  moins  varié  ; 
peu  ou  point  de  jaspes,  mais  surtout  des  silex  noirs  ou  gris 
terne,  provenant  vraisemblablement  de  la  Dordogne.  Le  si- 


—  4/   — 

lex  gris  paraît  se  prêter  assez  mal  à  la  retouche.  Plusieurs 
fragments  ont  été  curieusement  transformés  :  la  surface 
seule,  patinée  de  blanc,  est  restée  solide  et  consistante  ;  tout 
rintérieur  s'est  effrité  et  vidé.  Au  premier  abord,  nous  avons 
cru  que  c'était  de  l'os. 

Enfin,  nous  avons  trouvé  des  ocres  en  assez  grande  abon- 
dance :  un  éclat  de  silex  large  et  plat  en  était  tout  couvert, 
comme  s'il  avait  servi  de  palette. 

Conclusion 

La  station  de  la  Coumba-del-Bouïlou  n'a  fourni  malheu- 
reusement ni  faune,  ni  œuvre  d'art  proprement  dite»  ni 
instruments  d'os,  d'ivoire  ou  de  bois  de  renne  (l).  Le  sol  de 
nos  grottes  ne  conserve  pas  ces  objets,  il  est  vrai  ;  mais  la 
seule  étude  de  son  outillage  en  silex  nous  permet  de  con- 
clure qu'elle  est  tout  entière  du  vieil  âge  du  renne,  appelé 
TAurignacien  (2),  ou  plutôt  de  la  base  de  ce  niveau. 

D'autre  part,  ses  deux  niveaux,  nettement  distincts,  four- 

(1)  On  sait  que  l'instrument  qui  caractérise  les  grottes  aurignacien- 
nes,  là  où  Tos  s'est  conservé,  est  la  pointe  à  base  fendue. 

(2)  Rappelons  que  ce  terme  nouveau  a  été  définitivement  introduit 
dans  la  classification  du  paléolithique,  au  Congrès  international  de 
Monaco  (1906).  C'est  à  la  suite  de  ses  nombreuses  observations,  corro- 
borées par  celles  de  M.  Cartailhac,  que  M.  Breuil  publia  l'existence 
d'une  industrie  spéciale,  intermédiaire  entre  le  moustérien  et  le  solu- 
tréen, et  qu'il  dénomma  d'abord  pour  cela  «  présolutréenne  »  (Congrès 
Préhistor.  de  France,  Périgueux,  1905).  Il  en  publia  un  gisement  typi- 
que :  les  Cottes,  dans  la  Revue  de  l'Ecole  d'AnthropoL  (février  1906), 
Puis  au  Congrès  de  Monaco,  par  analogie  avec  les  autres  dénomina- 
tions, MM.  Cartailbac.  Rutot  et  Breuil  s'entendirent  pour  adopter  le 
terme  d' o  Aurignacien  »,  emprunté  à  la  station  typique  d'Âurignac, 
découverte  par  Lartet,  et  la  plus  anciennement  connue  de  ce  niveau 
en  France. 

Au  sujet  du  niveau  auquel  on  doit  rapporter  TAurignacien,  une 
note  discordante  s'est  élevée  récemment.  M.  Girod  a  prétendu  qu'il 
était  post-solutréen.  Pour  nous,  nous  avons  constaté  à  la  grotte  La- 
coste qu'il  était  présolutréen.  Mais  nous  ne  saurions  mieux  faire  que 
d'indiquer  à  ce  sujet  la  magistrale  étude  de  M.  l'abbé  Breuil,  parue  en 
réponse  à  M.  Girod,  La  Question  Aurignacienne  in  Le  Préhistori- 
que, juillet  1907. 

Nous  devons  d'ailleurs  des  remerciements  à  M.  Breuil,  qui  à  plu- 
sieurs reprises  nous  a  fait  profiter  de  ses  connaissances  pour  l'étude 
du  Bouïtou. 


—  'i8  - 

Dissent  les  premiers  éléments  d'une  subdivision  de  cet  étage. 
En  bas,  c'est  une  belle  industrie  abondamment  retouchée  : 
grattoirs,  lames  étranglées,  grattoirs  carénés,  pièces  écail- 
lées. En  haut,  l'outillage  beaucoup  moins  relouché  n'a  guère 
de  commun  avec  le  précédent  que  les  grattoirs  et  les  grat- 
toirs carénés  ;  mais,  en  revanche,  il  contient  une  quantité 
de  burins  variés  et  en  particulier  le  burin  busqué.  La  re- 
touche du  silex  paraît  en  décadence  ;  mais  aussi  des  types 
nouveaux  et  plus  tranchés  apparaissent,  dont  quelques-uns 
se  perpétueront  à  travers  tout  le  magdalénien.. 

Enfin,  l'ensemble  de  cet  outillage  était  si  remarquable,  et, 
par  la  multitude  de  ses  formes  de  transition,  se  prêtait  si 
bien  à  un  essai  sur  son  évolution  morphologique,  que  nous 
avons  cru  pouvoir  lui  consacrer  cette  longue  monographie  et 
une  abondante  illustration. 


Note  supplémentaire 

A  propos  des  outils  cassés  en  cours  d'usage,  signalons  une 
pièce  curieuse.  Nous  en  avions  trouvé  un  exemple  à  Noail- 
les  (Bulletin  archéologique,  1905,  fig.  8,  n^  1,  de  notre  arti- 


Fig.  28.  —  Pièce  brisée  et  utilisée  après  cassure,  reconstituée  (2/3)  gr.  nat.). 
Coumba-del-BouItou  ;  foyers  inférieurs. 


cle).  Ici,  c'est  un  joli  grattoir  qui,  s'étant  brisé,  avait  été 
retouché  ou  utilisé  sur  un  bord.  En  examinant  un  lot  de 
débris,  M.  l'abbé  Breuil  a  eu  la  chance  de  rencontrer  les 
deux  fragments  et  a  su  les  reconnaître,  malgré  leur  diffé- 
rence de  patine.  On  voit  que  le  raccord  est  parfait  (fig.  28). 


—  49  - 


Ck>inpte  général  des  pièces  provenant  de  la  Ck>umba-del-BouXtou 

(Notice  collection,  collerlion  Vignnrd  et  di'iersesi  (1) 


Pièces  moustériennes . . 

Lames  retouchées  sur  un 
bord 

Lames  retouchées  sur  les 
bords 

Lames  retouchées  plus 
courtes  'genres  grat- 
toirs doubles  ou  cire). 

Grattoirs  sur  bout  de 
lame 

Grattoirs  en  ogive 

Grattoirs  carénés  et  voi- 
sins   

Grattoirs  à  museau 

Perçoirs 

Lames  étranglées  ou  dé- 
jetées 

Pièces  écaillées 

Burins  busqués 

Burins  d'angle 

Burins  ordinaires  et  di- 
vers (burins  de  fortune) 

Grattoirs  burins 

Pièces  à  encoches 

Lamelles  à  crête  retou- 
chée  

Grandes  lames  sans  re- 
touche plus  ou  moins 
utilisées 

Nucléi 

Eclats  et  fragments  di- 
vers (déchet)  environ. 

Totaux 

Total. 


FOYBUS  INFÉRIEURS 

(n»*  1  et  1  bis) 


pièces 
entières 


70 
64 
92 

152 

242        I 
95        I 

135 
127 
30 

35 

300  eu  V. 

D 
)) 

3 

» 

10 

2 


12 
20 


fragments 


1.  '89 


600  env, 


300  env 

26 
3 

45 
600env 
» 
» 

10 1?) 
» 


6.000 


7.5«^ 


8.973 


FOYERS  SUPÉRIEURS 

(n»«  2.  3  et  4) 


pièces 
entières 


16 

6 

12 

20 
72 

È 

230 
l 

1(?) 

2(?) 
12 
140 
81 

240 
56 

1 

50 


62 
13 


1.014 


fragments 


60env, 


37 

7 


10 
» 
» 

10 


» 
4.000 


4.132 


5.146 


14.119 
Soit  15.000  silex  (en  chiffres  ronds) 


(1)  Maintenant  que  notre  étude  est  terminée,  nous  n'avons  conservé 
qu'une  partie  de  nos  récoltes.  Les  plus  belles  pièces,  et  en  particulier 
presque  tomes  celles  qui  ont  été  fîgurées,  sont  au  Musée  de  Saint- 
Gennain-en-Laye  11  y  en  a  une  série  au  Musée  de  Brive,  une  autre 
au  Musée  de  Toulouse,  et  d'autres  chez  des  particuliers. 


T.  XXX. 


L.  Bardon,  a.  et  J.  Bouyssonie. 

i  —  4 


JDTJ    F» -Al  Y  s -A.  a- E     LIL^OXJSIlSr 

PAR 

JoHANNÈs  PLANTADIS 
(Suite  el  fin) 


II 

L'École  de  Crozant 

Les  deux  Creuses  et  la  Sédelle.  —  Les  ruines  de  Crozant  et  George 
Sand.  —  Maurice  Rollinat  à  Fresselines.  —  Les  premiers  peintres 
de  Crozant  :  Parmentier,  Lansyer,  Donzel.  —  Les  artistes,  de  1882 
à  nos  jours  :  Charles  Hareux,  Léon  Detroy,  F.  Maillaud,  C.  Roiry. 
W.  Didier-Pouget,  etc.  —  Les  maîtres  impressionnistes  :  Claude 
Monety  Armand  Guillaumin,  Allan  Osterlind,  les  frères  Delahogue, 
Paul  Madeline,  Eugène  Alluaud,  etc. 

Par  analogie  avec  l'École  de  Barbizon  —  lieu  de  la  forêt 
de  Fontainebleau  où  J.  Dupré,  Théodore  Rousseau.  Millet, 
Corot,  Chaigneau  et  autres  artistes  vinrent  chercher  l'inspi- 
ration au  cours  du  xix*  siècle,  —  on  a  donné  le  nom  d'Éco/e 
de  Crozant  à  l'ensemble  des  artistes,  de  tendances  et  de 
tempéraments  divers,  qui  vinrent  travailler,  et  qui  travaillent 
encore  dans  le  site  merveilleux  que  forment  le  confluent  de 
la  Creuse  et  de  la  Sédelle,  les  ruines  d'une  vieille  forteresse 
féodale  et  les  hautes  falaises  sur  lesquelles  elles  se  dressent, 
à  la  limite  de  la  Marche  limousine  et  du  Berri.  A  Crozant, 
se  rattachent  les  sites  moins  tragiques  de  Fresselines  et  de 
la  Petite-Creuse,  peu  éloignés  les  uns  des  autres. 

Crozant  fut  en  quelque  sorte  découvert  par  George  Sand. 
Dans  Le  Péché  de  M.  Antoine^  elle  décrivit  ses  aspects  mul- 
tiples et  farouches  et  appela  ainsi  l'attention  des  voyageurs 
et  des  artistes  sur  lui.  Fresselines  dut  sa  notoriété  à  Maurice 
Rollinat,  le  poète  des  Névroses  et  de  Dans  les  Brandes, 
qui  y  fit  un  très  long  séjour  lorsque,  las  de  Paris  et  de  ses 
fièvres,  il  vint  demander  aux  champs  le  calme  repos,  la 
douce  quiétude  de  l'âme  et  du  corps. 


—  52  — 

La  vallée  Noire,  le  Pin,  Châteaubrun  et  Gargilesse,  évo- 
qués dans  les  romans  rustiques  de  George  Sand,  avaient 
attiré  les  peintres  vers  le  milieu  du  siècle  dernier.  Ils  ne 
tardèrent  pas  à  découvrir  Crnzant  et  à  s'y  installer.  Entre 
1860  et  1805,  Lansyer  et  Charles  Donzel  y  vinrent  et  s'épri- 
rent de  sa  beauté  sauvage.  L'Hôtel  Lépinat  les  reçut.  Il 
garde  le  souvenir  de  leur  passage  sur  les  panneaux  de  bois 
qu'ils  peignirent  et  qui  existent  encore. 

Ils  avaient  eu  des  précurseurs  en  Parmentier,  un  artiste 
peintre  qui  enseignait  le  dessin  à  Guéret,  dans  les  dernières 
années  du  xviii*  siècle  et  les  premières  du  xix*,  et  dont  on  a 
un  tableau  des  ruines  du  château  de  Crozant,  qui  est  plutôt 
un  document  graphique  —  de  tout  premier  ordre,  d'ailleurs 
—  qu'une  véritable  œuvre  d'art  (1801),  et  en  quelques  litho- 
graphes dont  Langlade  et  Barbant. 

Après  la  guerre,  Crozant  fut  délaissé.  Mais  vers  1880,  les 
artistes  commencèrent  à  s'y  rendre,  et  d'année  en  année, 
augmentèrent  leur  phalange,  au  point  d'avoir  fait  de  ces 
lieux  aujourd'hui  une  véritable  colonie  de  rapins  de  plus  en 
plus  épris  de  cette  nature,  à  la  fois  tourmentée  et  char- 
mante, qui  ne  cesse  de  les  inspirer,  surtout  à  l'automne. 

M.  Charles  Hareux  y  fut  fidèle  depuis  1882.  On  connaît 
de  lui  :  Pont  de  la  Folies  à  Crozant;  Binage  de  pommes  de 
tervEy  à  Crosant;  Lever  de  soleil,  à  Cro:gant;  Bergère  tri- 
cotant  (1888);  Un  orage  aux  environs  de  Crozant  (1883); 
Les  bords  de  la  Creuse,  à  Crozant,  et  Nuit  d'automne,  bords 
de  la  Sédelle  (1885);  Le  calme  de  la  nuit,  à  Croisant  (1893)  ; 
Bords  de  la  Creuse,  à  Croyant  (1882)  ;  Le  passage  du  per- 
chereau  (1887);  Temps  d'orage,  etc. 

A  la  suite  de  M.  Ch.  Hareux  s'engagèrent  :  M.  Gaston 
Vuillier  —  que  nous  retrouverons  plus  tard  à  Gimel  ;  —  il 
exécute  pour  le  Salon  :  Derniers  jours  d'été  à  Confolent 
(Creuse),  en  1883;  Un  coin  retiré  de  la  Creuse  (1882),  etc.; 
M.  Emile  Cagniart  qui  expose  :  Bords  de  la  Sédelle,  en  1882; 
M.  Pierre  Galerne,  de  qui  on  voit,  en  1888,  Le  moulin 
Brigand,  sur  la  Sédelle;  M.  Pierre  Ballue,  que  séduisent 
les  clairs  reflets  de  la  gelée  blanche;  M.  Léon  Detroy,  le 


—  53  — 

maître  aquarelliste,  que  Gargilesse,  Crozant  et  Fresselines 
surtout,  revirent  à  peu  près  régulièrement  pendant  plus  de 
vingt  ans;  M.  Jules  Adler;  M.  Eugène  Alluaud,  un  jeune 
peintre  de  Limoges,  élève  de  Donzel,  qui  voua  à  Crozant 
une  tendresse  de  fils,  et  Henry  Laurent,  dont  les  nombreux 
séjours  en  cette  contrée  et  la  production  qu'ils  provoquèrent 
fut  des  plus  heureuses. 

Puis  ce  furent,  dans  ces  dernières  années  surtout, 
MM.  Pierre  Lampué,  Charles  Halle,  Pailler,  Charles  Agard, 
Joseph  Rignault,  Paul  et  Pierre  Thomas,  René  Juste,  Hum- 
blot,  Olivier  Chéron,  Henri  Bossu,  H.  Charrier,  Charles 
Peccate,  Nùma  Gillet;  M°"  Palma  Daillion,  Stolz,  Garnier, 
Jones,  Henri  Dabaud,  Gardenty,  Jeannot,  Noblot,  R.  Bour- 
dier,  Gaston  Anglade,  Henri  Jamet,  Joseph  de  La  Néziére, 
Gabriel  Lefèvre,  Léopold  Serre,  Octave  Linet,  Henri  et 
Gustave  Coulon,  Gaston  Béthune,  Henri  Mauprat,  Paul  Gro- 
seille, Albert  Joseph.  Bonnet,  Lyon,  Hippolytc-Jean  Jobart, 
Lefranc,  etc.,  qui  peignirent  la  douceur  de  Fresselines  ou 
Tâpreté  des  coteaux  de  Crozant,  les  ruines,  les  falaises,  les 
moulins,  les  eaux  mouvantes  des  deux  Creuses  et  de  la 
Sédelle,  des  coins  de  village,  les  vieux  ponts  en  pierre  on  en 
bois  —  à  toutes  les  saisons  de  l'année,  mais  surtout  à  Tau- 
lomne  et  l'hiver,  les  temps  de  neige  et  de  gel,  —  dans  toutes 
les  notes  de  l'art  pictural,  note  classique  ou  impressionniste. 


Il  convient  de  donner  une  mention  spéciale  à  deux  ar- 
tistes de  l'École  de  Crozant  qui  travaillent  dans  la  manière 
classique,  M,  Fernand  Maillaud  et  M.  Didier-Pouget. 

Berrichon  de  naissance,  mais  Marchois  par  ses  attaches 
de  famille,  M.  Fernand  Maillaud  s'est  particulièrement 
épris  de  toute  la  région  de  Fresselines  et  de  la  vallée  de  la 
Creuse.  Les  foires  et  les  marchés,  le  charme  heureux  des 
jours  de  fête,  le  profil  caractéristique  des  .habitants  des 
campagnes  l'ont  aussi  servi  à  souhait.  M.  Fernand  Maillaud ^ 


—  54  - 

qui  rappelle,  par  endroits,  le  mattre  paysagiste  anglais, 
Thomas  Gainsborough,  est,  par  excellence,  le  peintre  de  la 
«  douceur  limousine  »  ou  celui  de  la  «  douceur  berri- 
chonne »,  alors  que  d'autres  ont  préféré  traduire  le  côté 
tourmenté,  quelque  peu  sauvage,  de  toure  cette  région  du 
centre  si  variée  d'aspects  (Ij.  La  Creuse  à  Fresselines,  Le 
ruisseau  Martin,  Le  moulin  du  Puy-Rajot,  Intérieur  de 
Véglise  de  Fresselines,  Laboureurs  à  Fresselines,  Jeune 
fille  de  la  Creuse,  Intérieur  k  Fresselines,  Pâques  à  Fresse- 
lines, Bergère  sur  les  côtes  de  Fresselines,  Le  meneur  de 
loups,  Le  Jour  des  Morts  à  Fresselines  (au  Musée  de  Gué- 
ret),  Foire  à  Fresselines,  L'ancien  évêché  de  Guéret,  etc., 
entrent  bien  dans  la  cadre  de  nos  recherches  et  font  de 
M.  Fernand  Maillaud  un  des  jeunes  maîtres  du  paysage 
limousin  lee  plus  intéressants. 

M.  Didier-Pouget,  le  peintre  inspiré  des  bruyères  roses 
et  des  matins  embrumés,  exposa  au  Salon  des  artistes  fran- 
(;ais  :  En  1898,  Le  matin,  vallée  de  la  Creuse  (à  la  ville  de 
Paris);  en  1899,  Brumes  du  matin,  vallée  de  la  Creuse 
(Musée  de  Montpellier);  en  1901,  Ajoncs  et  bruyères,  vallée 
de  la  Creuse  (collection  de  La  Sota  à  Bilbao).  Depuis  lors, 
cet  artiste  s'est  presque  toujours  inspiré  du  Limousin  dans 
la  composition  de  ses  tableaux.  Nous  le  rencontrerons  à 
nouveau  dans  le  bas  pays,  où  il  eut  une  production  abon- 
dante. 

Mentionnons  encore  M.  Camille  Boiry  [Vieilles  maisons, 
La  Creuse j  Effet  de  soleil  sur  de  vieux  logis,  Le  bourg  de 
Fresselines,  La  maison  de  Rollinat,  etc.)»  ainsi  que  M.  Ga- 
briel Mathieu,  que  les  bords  escarpés  de  la  Creuse  —  puis 
ceux  de  la  Vienne  —  retinrent  souvent  (2). 


(1)  Un  autre  artiste  du  Berry,  Jean  Baflfier,  dont  la  mère  était  de 
Fresselines,  s'est  presque  exclusivement  consacré  à  synthétiser,  dans 
son  œuvre  sculpturale,  les  divers  états  d'âme  de  sa  terre  natale  et  de 
celle  de  ses  parents.  Il  est,  dans  la  plus  belle  et  la  plus  large  accep- 
tion du  mot,  un  «  artiste  paysan  »,  gardien  fidèle  des  traditions  et 
interprète  de  la  nature  nourricière. 

(?)  De  préférence,  les  artistes  de  Grozant  exposent  au  Salon  d  au- 
tomne, aux  Indépendants  et  à  la  Nationale. 


—  55  — 


Mais  Crozant  et  Fresselines  ont  surtout  inspiré  les  maîtres 
de  l'art  impressionniste  :  Claude  Monet  et  Armand  Guil- 
laumin,  en  premier  lieu.  Puis,  en  second,  leurs  principaux 
disciples  :  MM.  Paul  Madeline,  les  frères  Delahogue,  AUan 
Osterlind,  Otton  Friestz,  Eugène  AUuaud,  etc. 

En  février  et  mars  1889,  Claude  Monet  se  rendit  à  Fres- 
selines chez  RoUinat,  dont  il  fut  l'hôte.  Les  «  tragiques 
paysages  de  la  Creuse,  voilés  d'un  si  poignant  et  presque 
biblique  mystère  »,  comme  disait  M.  Octave  Mirbeau,  l'in- 
téressèrent, et  il  en  rapporta  de  son  séjour  une  trentaine  de 
toiles  qui  furent  exposées  à  la  galerie  Georges  Petit,  à 
Paris,  la  même  année.  Elles  y  obtinrent  un  succès  reten- 
tissant avec  d'autres  œuvres  du  maître.  Jamais,  peut-être, 
la  «  mise  en  caractère  d'un  terrain  j^,  qui  est  le  propre  de 
l'art  si  probe  et  si  original  de  Claude  Monet,  n'avait  été 
observée  comme  dans  les  œuvres  suivantes  : 

Étude  d'eau;  Ravin  de  la  Creuse,  effet  du  soir;  Pont  de 
Vervit  (Creuse);  Vieil  arbre  au  bord  de  la  Creuse;  Village 
de  la  Rocheblond  (Creuse)  ;  Vervit  [Creuse)  ;  Gelée  blanche, 
soleil  levant;  Avant  le  lever  du  soleil,  gelée  blanche;  Les 
eaux  semblantes  (Creuse) ,  effet  de  soleil  ;  Le  barrage  de 
Vervit  (Creuse);  Les  eaux  semblantes,  temps  sombre;  Ravin 
de  la  Petite-Creuse;  Coucher  de  soleil  aux  eaux  semblantes; 
La  Creuse,  temps  sombre  ;  La  Creuse  ;  Le  vieil  arbre  (Creuse)  ; 
Rocher  de  la  Creuse  (appartient  à  M.  Clemenceau),  etc. 

o  Quel  que  soit  le  coin  de  nature  qui  l'intéresse,  dit 
M.  Georges  Lecomte  dans  L'Art  Impressionniste,  M.  Claude 
Monet  en  restitue  l'ampleur.  Les  combes  abruptes  et  mysté- 
rieuses de  la  Creuse  l'ont  tenté  :  il  a  rendu  la  solitude  des 
cirques,  le  chaos  géant  des  rochers  que  les  déluges  entas- 
sèrent, les  fayes  profondes  dont  le  jour  perce  à  peine  l'ombre. 
Des  végétations  sombres  vêtent  les  parois  des  gouffres.  Des 
taillis  maigrelets  ornent  le  bord  des  ravins  et  les  brusques 
escarpements.  Une  teinte  violàtre  attriste  ces  âpres  sites 
dont  l'effroi  est  accru  par  la  nuit  lugubre  des  gorges. 


-  56  — 

t  Cette  nature  tourmentée  n'est  jamais  mélodramatique. 
Le  peintre  ne  corrompt  pas  sa  simplicité  austère  par  un  vain 
romantisme.  La  grandeur  farouche  du  paysage  suffit  pour 
émouvoir  et  l'imagination  n'a  point  besoin  d'installer  là  des 
personnages  d'allégorie,  des  fabulations  mythologiques  ou 
des  bandits  perpétrant  un  attentat.  Ces  convulsions  de  la 
terre,  interprétée  par  cet  art  généralisateur,  ont  une  solen- 
nité grandiose.  » 


Il  semble  bien  que  c'est  dans  le  cadre  de  la  nature  mar- 
choise  que  M.  Guillaumin  a  pu  donner  toute  sa  mesure,  dit 
M.  Georges  Lacombe  dans  une  notice  qu'il  consacra  à  cet 
artiste,  et  il  ajoute  : 

a  Chaque  peintre  a  ainsi  sa  terre  d'élection,  ses  paysa- 
ges préférés  où  il  travaille  avec  le  plus  de  bonheur  et 
qui  lui  inspirent  ses  œuvres  les  plus  belles,  soit  parce  que 
ce  pays  correspond  le  mieux  avec  sa  vraie  nature,  soit  qu'un 
atavisme  lointain  le  lui  fasse  mieux  comprendre. 

«  La  Creuse  fut  pour  Guillaumin  cette  terre  d'élection, 
parce  que  son  âpre  caractère,  plein  de  délicatesses  éparses 
et  de  joie  intime,  s'accorde  à  merveille  avec  le  tempérament 
fort  mais  délicieux  de  secrètes  douceurs,  qui  est  celui  de 
notre  peintre,  et  aussi  parce  que  son  hérédité  montagnarde 
se  retrouve  à  l'aise  dans  ce  rude  pays.  Il  n'y  a  qu'à  voir 
Guillaumin  pour  reconnaître  en  lui  un  homme  du  Massif 
central.  Sa  tête  puissante,  renflée,  volumineuse,  qui  tout  de 
suite  donne  le  sentiment  de  l'énergie  et  de  l'obstination,  fait 
penser  aux  crêtes  basaltiques  de  là  bas.  Le  bleu  clair  de  son 
regard  fin,  doux  et  franc,  rappelle  les  eaux  transparentes  qui 
dévalent  des  cimes  en  caressant  les  rochers  moussus  dont  le 
lit  des  ruisseaux  s'encombre  et  les  vieux  arbres  des  rives. 
Enfin,  malgré  cinquante  ans  de  séjour  à  Paris,  3a  démarche 
reste  celle  d'un  montagnard  gravissant  une  côte. 

«  Aussi  dès  qu'il  put  reprendre  possession  de  ce  pays  d'où 
sa  famille  est  originaire,  comme  il  en  saisit  vite  la  solide 


-  57  - 

structure,  la  beauté  tour  à  tour  sévère  et  charmante,  la 
poésie  tanlôt  pleine  de  grandeur,  tantôt  exquise  de  grâce  ! 
C'est  là  surlout  qu'il  put  tout  à  la  fois  montrer  ses  ûom  de 
force  et  de  délicatesse.  C'est  dans  ce  pays  mouvementé,  aux 
lointaines  perspectives  de  cimes  et  de  plateaux  enchevêtrés, 
qu'il  se  révéla  le  robuste,  le  puissant  constructeur  de  ter- 
rains  qu'il  est. 

a  Entre  tous  les  mérites  personnels  qui  le  distinguent, 
c'est  peut  être  son  originalité  la  plus  caractéristique,  Gull- 
laumin  aime  la  majestueuse  beauté  des  grands  espaces  de 
montagnes  et  de  plaines  se  développant  à  l'infini,  apei'cus  à 
travers  une  gorge  du  premier  plan,  au  delà  du  ravin  dont  il 
représente  le  mystère  feuillu.  Il  aime  les  vastes  plateaux 
étalés  en  pleine  lumière,  qui,  couronnant  d'étroites  vallées 
toutes  sonores  du  fracas  des  torrents,  donnent  des  fonds 
d'une  variété  et  d'une  profondeur  admirables.  C'est,  dans  un 
grand  charme  de  lumière,  dans  une  gamme  très  riche  de 
couleurs,  une  succession  de  plans  d'un  sûr  équilibre  et 
magnifiquement  raccordés.  Il  faut  être  d'un  tel  pays  par  ses 
origines  ou  par  les  longues  années  qu'on  y  passa,  pour  en 
rendre  avec  tant  de  force  la  structure  si  complexe. 

«  Encore  cette  solide  ossature  n'est-elle  que  le  support 
des  radieuses  et  délicates  harmonies  que  Guillaumin  rôali&e 
sans  cesse  d'après  les  aspects  si  divers  de  cette  région.  Que 
ces  crêtes,  ces  plateaux  et  ces  combes  se  recouvrent  de 
neige  ou  scintillent  sous  la  gelée  blanche  illuminée  de  soleil, 
il  en  évoque  la  candeur  radieuse,  les  subtiles  ombres  bleues 
et  toute  la  rayonnante  féerie.  S'il  traduit  avec  la  plus  fraîche 
délicatesse  le  charme  des  jeunes  verdures  du  printemps^  la 
merveille  des  panaches  blancs  et  roses  des  arbres  en  fleurs 
se  détachant  sur  les  rouges  labours  et  le  vert  tendre  des 
prairies,  c'est  surtout  le  grave  enchantement  de  l'automne, 
avec  sa  gamme  si  magnifiquement  nuancée  d'ors,  de  roux, 
de  verts  pâles,  qui  lui  permit  de  rendre  la  plus  émouvante 
beauté  de  ce  pays  sévère,  mais  plein  de  grâces  intimes. 

«  C'est  dans  cette  région  rocheuse,  couverte  de  bois,  feu- 
trée de  mousses  et  de  lichens,  parsemée  de  ruines  aLtiéres 


—  58  — 

CQ  silhouette  sur  le  ciel  où  passent  les  plus  changeantes 
tapisseries  de  nuages,  que  la  personnalité  de  Guillaumin, 
tout  ensemble  puissante  et  délicate,  se  révéla  le  mieux  en 


A.  Guillaumin  :  Le  Pont  de  la  Folie,  a  Crozant 
(Musée  du  Luxembourg). 


œuvres  vigoureuses,  exquisement  nuancées,  d'un  faste  lumi- 
neux et  rayonnant.  Belles  pages  de  notre  art  moderne  que 
nous  enviera  l'avenir  M)  ». 

(1)  Un  grand  peintre  de  VImpressionisme  [Revue  Bleue,  1906). 


—  59  — 

D'Armand  Guillaumin,  on  peut  citer  :  Neiges  et  gelées 
blanches;  Les  Ruines  de  Croisant;  Le  pont  de  la  Folie 
(Musée du  Luxembourg);  Chemin  des  Gouttes;  Moulin  Bou- 
chardon,  bords  de  la  Sédelle;  Matin  à  Génétin:  Châtai- 
gniers en  fleurs,  au  matin;  Temps  de  brouillard,  à  Crojaiant; 
Moulin  de  Jonon,  Les  Brousses;  L'écluse  du  pont  Char- 
reau;  Le  pont  Brigand  sur  la  Sédelle;  Moulin  de  la  Folie; 
Bords  de  la  Creuse,  etc.,  etc.  (1). 


G'st  aussi  à  Crozant  que  se  révéla  le  talent  souple  et 
nuancé  de  M.  Paul  Madeline,  le  peintre  des  mariages  har- 
monieux, des  tons  de  cuivre  et  d'améthyste,  dénoncés  par 
M.  Arsène  Alexandre.  «  Nul  njieux  que  lui,  a  écrit  M.  Octave 
Uzanne,  n'exprima  les  magistrales  et  sévères  beautés  du 
pays  de  Crozant,  les  eaux  torrentueuses  de  la  Sédelle,  l'or 
fauve  des  tapis  de  feuilles  sous  les  châtaigneraies  en  no- 
vembre, les  vieux  moulins  pittoresques  au  fond  des  vallées, 
les  collines  couvertes  de  bruyères  ou  bien  encore  les  pâles 
soleils  du  matin  se  jouant  sur  le  givre  des  prairies  déco- 
lorées par  le  gel. 

a  Madeline  avait  acquis,  auprès  de  ceux  qui  aiment  la 
sincérité  du  rendu  et  qui  ont  le  sentiment  de  la  nature 
décorativement  interprétée  et  joyeusement  chantée  dans  la 
symphonie  des  tons,  une  suffisante  notoriété  pour  pour- 
suivre, avec  un  succès  croissant,  ses  investigations  sur 
cette  terre  creusoise  qu'illustra  le  poète  de  la  nature  Rol- 
linat.  » 

a  M.  Madeline,  dit  encore  M°*  Marcelle  Tinayre,  est  un 
peu  impressionniste,  pas  trop.  Il  peint  une  entrée  de  parc, 
une  grille,  deux  pavillons  au  toit  pointu,  des  feuilles  rousses 
partout,  un  enfant  et  une  vieille  qui  passent;  il  peint  le 
Pont  de  la  Folie,  un  moulin,  des  arbres  cuivrés,  un  ciel 
de  turquoise  pâle,  délicat,  délicieux,  le  reflet  de  ce  ciel 

(1)  Sur  Clau«le  Monet  et  A.  Guillaumin,  cf.  Duret  :  Les  maîtres 
peintres  impressionnistes  (Paris,  H.  Floury,  1907). 


—  60  — 

dans  la  rivière,  —  et  toute  la  poésie  de  novembre  lient  dans 
ces  deux  tableaux  (1j.  » 

Parmi  les  meilleurs  tableaux  de  ce  peintre,  citons  :  Le 
pont  Charreau  (1899)  ;  Le  vallon  (au  Musée  de  Pau);  Vallée 
de  la  Sédelle  (au  Musée  de  Rouen);  Fin  de  journée,  La 
châtaigneraie  (au  Musée  du  Petit- Palais  des  Champs-Ely- 
sées) ;  La  ramasse  des  châtaignes^  Les  châtaigniers,  qui 
rappellent  Théodore  Rousseau;  La  bourrasque  y  La  Che- 
vrièrcy  Tournant  de  Creuse,  Ferme  limousine,  Vieille 
maison  à  Crozant,  Le  moulin  de  Génétin,  Le  barrage  de 
Génétin^  Une  crue  de  la  Sédelle,  Le  moulin  aux  foulons, 
La  Sédelle  (Exposition  particulière  (1907);  Le  vieux  charme, 
Châtaigniers,  Bois  mort,  Village  limousin  (1907);  Soleil 
d'automyie  à  Crozant  (1906),  etc. 

Les  frères  Alexis  et  Eugène  Delahogue  ont  mis  dans 
rinterprétation  de  leurs  «  impressions  »  marchoises  un  peu 
de  la  lumière  d'Orient  dont  ils  emplirent  leurs  yeux  et  leurs 
tableaux;  les  elTets  qu'ils  obtiennent  ainsi  sont  des  plus 
heureux  et  les  tonalités  cuivrées  de  l'automne  à  Crozant 
n'en  sont  que  plus  saisissantes. 

M.  Eugène  Alluaud  a  surpris  aussi  les  colorations  écla- 
tantes de  l'arrière  saison  et  la  tristesse  infinie  des  hivers 
dans  l'escarpenjent  des  vallées  de  la  Creuse  et  de  la  Sédelle  ; 
il  les  traduit  avec  une  sincérité  de  vision  et  une  virtuosité 
de  moyens  vraiment  remarquables  .2).  Peintre  et  graveur,  il 
a  fixé  les  jeux  fuyants  de  la  lumière,  le  tourbillonnement  des 
eaux,  toute  la  gamme  adorable  des  colorations  automnales 
ou  printanières,  la  blancheur  immaculée  des  champs  et  des 
combes  couverts  de  neige,  les  brumes  roses  et  violettes,  les 
vapeurs  légères  qu'étendent  sur  les  choses  les  aubes  et  les 
crépuscules  (3J. 


(1)  Revue  de  Paris  (Salons  de  1904). 

(2)  Un  éinailleur  de  Limoges  de  grand  talent,  M.  Ernest  Blancher, 
a  traduii  sur  Témail  certains  sujets  des  tableaux  de  M.  Alluaud,  ins- 
pirés de  Crozant.  de  la  plus  tieureuse  façon.  Ces  peintures  sur  émail 
furent  fort  adtnirées  au  Salon  d'automne  (i906). 

(1)  M.  A.  Renoir  —  qui  est  un  des  maîtres  les  plus  réputés  du  petit 


-  61  — 

Peupliers  des  ruines  de  Croisant,  La  Sédelle  en  mars. 
L'écluse  du  mouliny  La  fusée  de  soleil,  Faux  jour  au  tour- 
nant de  la  rivière,  Vues  de  la  rouie  de  Fresselines,  Rocher 
de  la  fileuse  à  Crozant,  Soleil  couchant,  Les  ruines  de  Cro- 
zant  Le  chemin  des  chevaliers,  La  montagne  de  Caura- 
dilles,  Matinée  d'hiver  sur  la  rivière  anglaise  dans  un  parc 
limousin.  Moulin  dans  la  Marche,  etc.,  d'Alluaud,  figurèrent 
aux  Salons  des  Indépendants  et  de  la  Société  Nationale,  de 
1903  à  1907.  Citons  encore  de  lui  :  Champs  de  genêts.  Allées 
de  bouleaux,  Allées  de  chênes,  La  Creuse  à  Crojiant,  Tour- 
nant de  la  Creuse,  etc. 

A  cette  catégorie  de  peintres,  nous  devons  encore  ratta- 
cher deux  artistes  étrangers,  amis  de  Rollinat,  qui  ont  fait 
de  Crozant,  et  surtout  de  Fresselines,  leur  séjour  de  prédi- 
lection :  Otto  Friestz,  le  peintre  des  châtaigniers  convulsés, 
et  Allan  Osterlind,  dont  les  estampes  originales  en  cou- 
leurs sont  bien  connues.  Osterlind  se  plaît  à  rendre  les 
chaudes  caresses  du  soleil  sur  les  rouges  toitures  campa- 
gnardes, les  clartés  fauves  du  couchant  et  aussi  l'enveloppe- 
ment brumeux  des  villages,  à  l'aube  ou  au  soir  tombant, 
alors  qu'un  panache  de  fumée  sort  de  la  maison  du  paysan. 


groupe  des  impressionnistes,  avec  Manet,  Claude  Monet  et  Degas.  — 
quoique  né  à  Limoges,  ne  s'est  pas  inspiré  de  son  pays  dans  ses 
paysages. 


III 

A  travers  le  Limousin  et  la  Marche. 

Graveurs  et  lithographes.  —  Italiens  et  passagers. 

En  Bas*Limou8in  :  Beaulieu  et  la  vallée  de  la  Dordogne  (JuJ:en  Le 
Blant,  Thaulow,  Duval-Gozlan,  etc.).  —  Brive  et  ses  environs.  Uol- 
longes,  Obazine  (E.  Rupin,  A.  Bertin,  R.  Gaspéri,  Galand,  Dïdî^^r- 
Pouget,  etc.)—  Tulle  et  ses  barris.  Gimel  (Gaston  Vuillier.  Didier- 
Pouget,  etc.)  —  Argentat.  Servières  et  la  Maronne.  —  LavnlhV  de 
la  Vézère.  Uzerche  (Courtot,  Ch.  Halle,  Alluaud,  etc.). 

Treignac  et  la  région  des  Monédières  (Ed.  Tapissier,  Paul  Hallez, 
P.  Ranson,  Gabert,  etc.).  —  Rodolphe  Bresdin  dit  Chien-C&illou.  à 
Chanteix.  —  Les  Hauts-Plateaux  de  la  Corrèze.  —  Les  peintres  de 
Bort. 

£n  Haut-Limousin  :  Limoges  ot  ses  vieux  aspects.  La  valléf^  de  la 
Vienne  (Trouillebert,  Courtot,  Bichet,  G.  Mathieu,  Paul  Thomas, 
etc.).  —  Saint-Yrieix  et  ses  environs.  —  Les  peintres  de  Saint- 
Junien  et  de  la  vallée  de  la  Glane  (Baudit,  Jean  Teillet,  etcl.  — 
Artistes  divers. 

En  Pays  marchois  :  Aubusson  et  la  Haute-Creuse.  -—  A  Saint-Sulpîce- 
les-Champs  (J.  Rouflfet,  Desvareux-Larpenteur,  etc.).  —  Les  ppiiiLres 
de  la  Gartempe  et  du  Taurion.  —  Albert  Grateyrolles-  —  Eng^ène 
Delestre  à  Margnot.  —  Paul  Rossert.  —  Les  Osterlind.  —  Ça  ^^t  \h. 

En  cette  dernière  partie,  nous  allons  parcourir  en  hais 
sens  la  province  du  Limousin  pour  y  rechercher  et  noter 
les  artistes  qui  ont  pu  y  séjourner  plus  ou  moins  longtemps, 
et  pour  signaler  leurs  principales  œuvres. 

D'un  mot,  nous  mentionnerons  tout  d'abord  le  comédien- 
dessinateur  Beaumesnil,  qui  releva  avec  plus  de  faniaisie 
que  d'exactitude,  au  xviii®  siècle,  les  monuments  anciens 
qu'il  y  trouva;  Tripon,  auteur  de  l'Historique  monumenlal 
de  Vancienne  province  du  Limousin  y  paru  à  Linioges 
en  1836;  les  graveurs-lithographes  :  Albert,  qui  ajoula  ii 
sa  collection  des  Hommes  illustres  du  Limousin,  une  série 
de  paysages;  Barbant,  Langlade  et  autres,  auteurs  de  VAl- 


-  64  - 

bum  historique  et  pittoresque  de  la  Creuse;  Eugène  Cicéri 
et  Ant.  Roy  qui  donnèrent  des  vues  prises  dans  la  Creuse 
Victor  Petit,  qui  releva  des  aspects,  disparus  aujourd'hui, 
de  Tulle  et  du  Bas-Limousin,  etc  ,  etc. 

Au  milieu  du  siècle  dernier,  nos  campagnes,  —  comme 
toutes  celles  des  régions  centrales  et  méridionales  de  la 
France,  —  furent  encore  visitées  par  une  foule  d'artistes 
italiens  qui  s'otfraient  à  remettre  à  neuf  une  fresque  ou  un 
tableau  d'église,  à  repeindre  un  rétable,  à  retoucher  un  che- 
min de  croix,  à  redorer  une  statue,  etc.  Les  méfaits  con- 
sommés par  ces  nomades  sont  innombrables.  Telle  peinture 
à  la  fresque  du  xiii*  ou  du  xi\*  siècle,  tel  tableau  datant  du 
XVI',  du  xvii*  ou  du  xviii*  siècle,  furent  refaits  de  façon  qu'il 
ne  subsistait  plus  rien  de  leur  état  primitif.  Le  châtelain,  le 
bourgeois  cossu  de  campagne  qui  possédaient  dans  leurs 
demeures  quelques  panneaux  décoratifs,  un  peu  dégradés 
par  les  ans  et  le  manque  de  soins,  firent  aussi  appel  au  o  ta- 
lent »  de  ces  italiens,  qui  s'ingénièrent  à  prouver  qu'ils  en 
avaient  en  faisant  disparaître  à  tout  jamais,  sous  la  couche 
de  leur  badigeon,  tout  ce  qui  rappelait  l'origine  de  ces  pan- 
neaux. 

Parfois  les  plus  habiles  d'entre  ces  italiens,  —  charmés 
par  la  nature  agreste  du  pays,  —  dressaient  leur  chevalet  en 
plein  air  et  prenaient  quelques  études  dont  ils  tiraient  parti 
ensuite,  soit  en  lavant  des  aquarelles,  soit  en  brossant  un 
vrai  tableau.  Mais  aucun  d'eux  n'a  laissé  de  traces  bien  vives 
de  sa  production,  —  à  notre  connaissance  du  moins. 

Depuis  quelques  années,  des  peintres  de  Paris,  plus  ou 
moins  en  renom,  se  rendent  dans  les  plus  importantes  villes 
du  pays;  ils  y  exposent  quelques  œuvres,  chez  un  négociant 
bien  en  vue,  sur  la  principale  voie  publique  et  s'offrent 
d'exécuter  des  portraits  dans  la  «  bonne  société  ».  Entre 
temps,  ils  notent  sur  la  toile  quelque  coin  de  rue  pittores- 
que de  la  ville  ou  les  aspects  de  paysages  signalés  à  leur 
attention. 

Mais  les  artistes  qui  se  sont  le  plus  inspirés  de  la  nature 
limousine  sont  les  professeurs  de  dessin  qui,  fixés  dans  le 


—  65  — 

pays  par  leur  emploi  ou  des  alliances  de  famille,  occupent 
leurs  loisirs  à  peindre  les  sites  familiers  qui  les  solHcitenU 

L'été  venu,  les  artistes  de  Paris  font  leurs  malles  et 
partent  pour  les  régions  à  la  mode.  Il  en  est  qui  les  dé- 
daignent pourtant  et  qui  s'en  vont,  à  l'aventine,  découvrir 
la  contrée  méconnue  qui  leur  livrera  les  seci  els  de  sa  heautè 
inviolée.  Et  c'est  ainsi  que  nombre  d'entre  ihix  se  î^endenL 
en  Limousin.  Depuis  vingt  ans,  leur  continssent  n'a  fait  que 
s'accroître.  Nous  avons  vu  ceux  de  Crozani  et  de  Fresseli- 
nés.  Notons  à  présent  ceux  qui  ont  fait  ou  font  ent'ore  de 
bonnes  œuvres  aux  quatre  coins  de  la  province. 


Le  site  encbanteur  de  Beaulieu,  aux  contins  du  Bas-Li- 
mousin  et  du  Haut-Quercy,  sur  les  bords  Je  la  IJorilogne, 
que  dominent  les  collines  d'Altillac  et  d'Astaillac,  couvertes 
de  vignes  et  couronnées  de  châtaigneraies  ;  les  vallées  toutes 
proches  de  la  Gère,  devaient  faire  de  cette  petite  ville,  toute 
pleine  de  souvenirs  historiques,  le  rendez-vous  df^s  aitistes. 
Depuis  une  vingtaine  d'années  ils  n'y  ont  pas  manqué.  Parmi 
eux,  il  en  est  de  glorieux  : 

M"*  Martonneau,  née  Le  Sage,  Grandin,  Gautrie  [marquis 
de  Saint-Pollet),  Trouillebert,  Gamille  Monnier,  R-GaF^pêri, 
Serrier,  Lucien  Robert,  Peter  Sound  (dont  on  connaît  les 
très  curieuses  estampes  en  couleurs),  Dclierre  (le  graveur) ^ 
Henri  Martin,  Pierre  de  Montholon,  Duval-Gozlan,  Julien 
Le  Blant,  Frits  Thaulow,  etc. 

Le  talent  de  M.  Duval-Gozlan  s'apparente  aux  néo-impres- 
sionnistes ;  il  suit  le  sillon  lumineux  tracé  par  les  Claude 
Monet,  les  Renoir  et  les  Sisley.  Il  a  vu  Beaulieu  enveloppé 
d'une  lumière  douce,  parfois,  et  aussi  s'assoupipsant  dans  la 
chaleur  lourde  des  soirs  d'été.  On  a  remarqué  île  lui,  aux 
Indépendants  ou  à  la  Nationale  :  Beaulieu  {1901],  La  C/ia- 
pelle  des  Pénitents,  Fin  de  jour  à  Beaulieu,  Carml  k  Beau- 
lieu,  Bords  de  la  Dordogne  (1905  et  1907). 

Un  jour,  M.  Julien  Le  Blant,  lassé  de  dessiner  des?  marins 

T.  XXX.  i  ^  5 


—  66  — 

et  de  vieux  grognards,  de  camper  de  fiers  chouans  pour  le 
roman  de  Balzac,  et  de  représenter  les  scènes  tracées  par 
Alfred  de  Vigny  dans  Grandeur  et  Servitude  militaires, 
alla  demander  au  coteau  de  Rholan,  qui  domine  la  magnifi- 
que route,  tout  ombragée,  conduisante  la  gare  de  Bretenoux- 
Biars,  entre  Limousin  et  Quercy,  le  calme  et  le  repos  des 
champs.  Là,  il  vit  des  choses  différentes  de  celles  qu'il  avait 
traitées  jusqu'alors  et  en  changeant  de  sujets  d'inspiration, 
il  modifia  sa  manière.  Dans  une  note,  que  les  impression- 
nistes ne  désavoueraient  pas,  il  nota  le  grouillement  des  foi- 
res et  des  marchés,  le  déballage  des  marchands  ambulants, 
le  tournoiement  des  chevaux  de  bois  chers  à  Verlaine,  le  va 
et  vient  bruyant  d'une  fête  votive,  le  rythme  d'un  groupe  de 
laveuses  penchées  sur  l'eau  du  Ménoire  ou  de  la  Gère,  les 
canaux  de  la  Dordogne,  les  vieilles  rues  de  Beaulieu  et  de 
Bretenoux,  des  coins  exquis  de  rivière,  les  foires  de  Sainte- 
Catherine  et  de  Saint-Eutrope,  les  cours  d'auberges  encom- 
brées de  charrettes,  les  marchés  de  la  Chapelle  et  des  Péni- 
tents, la  boucherie  Audinet,  la  place  Marbot,  la  rue  de 
l'Église,  etc.  Dans  une  exposition,  à  Paris  (1905),  on  apprécia 
vivement  toute  cette  activité  campagnarde,  tout  ce  pittores- 
que vivant,  que  rendait  à  merveille  le  prestigieux  pinceau 
de  l'artiste. 

M.  Pierre  de  Montholon  a  éclairé  d'une  lumière  douce,  à 
peine  voilée,  de  jolis  aspects  bellocois,  dont  la  perspective 
merveilleuse  de  la  Chapelle  des  Pénitents,  sur  les  bords  de 
la  Dordogne,  qu'il  vit  dans  le  «  Clair  matin  d'une  belle  jour- 
née d'été  »  (1). 

Trouillebert,  l'émule  de  Corot,  qui  peignait  dans  sa  ma- 
nière, avec  une  grande  virtuosité  et  un  sentiment  très  per- 
sonnel, a  interprété  des  «  Coins  »  de  Dordogne  du  plus 
séduisant  effet. 

C*est  en  1903  que  Thaulow  se  rendit  dans  le  Bas-Limou- 
sin. Il  vit  Uzerche,  travailla  quelque  temps  à  Collonges,  la 


(1;  Ce  même  sujet  a  été  traité  par  M.  Henri  Polart,  pour  l'affiche 
du  Syndicat  d'initiative  des  Gorges  de  la  Dordogne,  section  de 
Deaulieu  (1907).      • 


îi\\u\'i*-\t\.    ij*   piiys    ^:nh'n^■^^(i    ;ii]    |ilii-    hrUK"    [hjiiiI,    ÏN-iidi'** 
Tirvot^i  Jus  jiMiv^  liiiN>;iNl!-»  ilr  riinii  r  ii'nulOi%  «'rj'|ttL--i'iil,jN''*; 

triiip-.   lies    tuif-  ;nu  luilr-    ]^jMI^^^^>   mt   l,i\ri»-   Jr    [/lllip',    rr 

iii;Mli'r  1*^1  iivariî  Iniii  un  iiii'iHii[i;ti  al>lij  iM  |»ni>satil  e\tir^kh*ur 


F.   Tii\«t*iVi,    .    !.\    nr*Jil*ii<jM  ,    A    fiL.^•  U -hi 


Je  l'ciLii,  —  lies  GJHLV  monvaulu^,  fnnjiilu mm !>*■-.  <innl  il  ^..Hl 
reriflre  niervirillfEr>rNit^]!i  Ir  ll]^M({^lrlal'^JU'nl  ui  Ir  IiomIU,  ^ 

lornliée  ;  deschfîniJn^^jun»  Ih:'S(|l'  IViiiïlL'^  niuiScs,  fH'  l'anlhiinH' 

eiitiOp  doo[  il  sol  nuitîr  l'iîjilîiiiu^^^aljl»'  uu^laiirolii», 

De  Beaulieii,  Tlmuluw    rappitrla  ;  /-a  lii}nl*fijtif  [.nu  I^H'I- 
Bas;,    r^c^s    r^faïa^ij.s,    sur    la    vituiv    Ao    l^Manh^Mi    A    lîfi^Lr- 


—  68  — 

DOUX  (1904)  ;  Le  Soir  (1904),  Soir  en  Corrèze  (1905)  (1),  où 
sur  un  ciel  mauve,  une  étoile  piquait  son  point  lumineux,  le 
tout  exposé  au  salon  de  la  Nationale.  Puis  ce  furent  encore  : 
Petite  Rivière  de  Beauliev  (le  Ménoire),  Rue  de  village, 
Toits  rougesy  La.  Nuit  (exposés  à  la  galerie  Georges  Petit, 
en  1904)  ;  Été  à  Beaulieu,  Bords  de  la  Dordogne  (vente  de 
son  atelier,  après  sa  mort),  etc. 

Une  des  dernières  œuvres  du  maître  est  une  estampe  en 
couleurs,  La  Diligence,  qui  note,  à  la  nuit  tombante,  Tarri- 
vée  d'un  courrier,  aux  formes  massives  et  désuètes,  sur  la 
place  de  la  Barbecane.  Sur  la  gauche,  baignée  d'ombre,  s'al- 
longe la  façade  de  l'hôtel  du  Bessol  ;  sur  la  droite,  Marbot 
s'érige  sur  son  socle  blanc  ;  au  milieu,  la  diligence  glisse, 
fantomatique,  dans  la  brume,  alors  que  dans  le  fond  s'es- 
tompent des  formes  de  vieux  logis.  L'heure  est  indécise, 
troublante,  et  l'impression  qui  se  dégage  de  l'œuvre  est 
profondément  saisissante. 


Brive  et  ses  environs  (Malemort,  Varetz,  Obazine,  Meys- 
sac,  Collonges,  etc.),  ont  été  peints  par  quelques  artistes, 
fixés  dans  le  pays,  et  par  quelques  autres  de  passage  :  Noël 
Boudy  ;  M.  Castex  (Brive  sous  la  neige,  Église  de  Maie- 
mort,  Varetz  à  /'automne,  Cascade  de  la  Bouvie,  Bords  de 
la  Corrèze,  La  Grotte  des  Anglais,  près  de  Bassaler,  Cime- 
tière  limousin,  Confluent  de  la  Corrèze  et  de  la  Vézère, 
Porche  de  V église  de  Saint-Pantaléon-de-Larche,  Collines 
couvertes  de  genêts,  etc.  )  ;  M.  Ernest  Rupin,  un  des  meil- 
leurs produits  de  l'École  de  Toulouse,  conservateur  du  Musée 


(1)  Collection  Duverger  ■  Taboureau.  A  ce  propos,  M"*  Marcelle 
Tinayre  écrivait  dans  la  Heoue  de  Paris  :  «  M.  Thaulow  nous  montre 
une  maison  qui  s'endort  parmi  les  arbres  rouilles,  au  bord  de  la  Dor- 
dogne ;  le  ciel  est  mauve  ;  une  étoile  se  lève Ailleurs,  une  route 

boueuse  fuit  entre  les  platanes  ;  le  ciel  est  gris  ;  des  vols  de  corbeaux 
se  mêlent  au  vol  des  feuilles.  Paysages  mouillés,  frissonnante,  d'une 
beauté  grave  et  douce  ». 


-  69  — 

de  Brive  et  historiographe  de  L'Œuvre  de  Limoges^  sachant 
manier  avec  autant  d'habileté  que  de  compétence  la  plume 
et  le  pinceau  ;  M.  Raphaël  Gasperi,  né  en  Quercy  d'un  père 
italien  dont  il  fut  l'élève,  fusainiste  et  peintre  (vieilles  rues 
de  Brive,  bords  de  la  Corrèze,  paysages  de  la  banlieue  : 
Étoile  du  SoiVy  sapins  de  Migoul,  En  Hiver,  neige  sur  le 
chemin  de  la  Bouvie,  La  Nuit  vientf  étang  de  Glanges  (au 
Musée  de  Brive),  Matinée  d'Automne,  Femme  se  rendant  à 
Véglise  de  Malemort,  Derniers  rayons  (route  de  Meyssac), 
U7i  soir  dlliver  (1908),  etc.)  ;  M.  Etienne  Bonnand,  un  des 
rénovateurs  des  dessins  de  dentelle,  qui  n'ignore  point,  tant 
s'en  faut,  comment  se  lait  un  paysage  ;  M.  Léon  Galand 
(Vieille  rue  de  Malemort^  Effet  du  Soir,  Enfants  jouant 
sur  les  bords  de  la  Corrèze,  etc.).  Citons  encore  :  MM.  Jau- 
din,  Alexandre  Bertin  (Meyssac),  Delsart,  Jules  Vialle, 
Robert  (Turenne),  M"«  Marguerite  Bernard,  etc. 

Nous  retrouvons  presque  tous  ces  artistes  à  Obazine,  un 
des  sites  les  plus  intéressants  du  Bas-Limousin,  avecGimel, 
Beaulieu,  Uzerche,  etc.  :  Noël  Boudy  (Le  Saut  de  la  Ber- 
gère, 1892  ;  Je  crois  en  Dieu,  au  Musée  de  Brive)  ;  Delierre 
(Gorges  de  Coiroux,  au  Musée  de  Brive)  ;  le  graveur  Prunaire 
(Tombeau  de  saint  Etienne)  ;  Ernest  Rupin  (Vieux  Porche 
d'Obazine);  l'aquarelliste  David;  Raphaël  Gasperi  (Champ 
de  Blé  noir,  1903  ;  Le  Soir,  Sarrazin  en  fleurs,  1905  ;  Lever 
de  Lune,  1906,  etc.);  A.  Fleuri;  enfin,  M.  Didier-Pouget, 
qui,  après  avoir  fixé  les  sites  de  la  Creuse,  à  Gargillesse  et  à 
Crozant,  se  rendit  à  Obazine  sur  les  indications  de  M.  Gas- 
peri, qu'il  avait  rencontré  dans  le  Midi. 

M.  Didier-Pouget  s'est  fait  une  grande  réputation  de  pein- 
tre de  bruyères  en  fleurs,  dont  il  a  fort  heureusement  rendu 
l'intense  poésie.  Il  en  a  été  blâmé  par  les  uns,  loué  par  les 
autres,  ce  qui  n'empêche  pas  les  imitateurs,  et  même  les 
contrefacteurs,  plus  ou  moins  adroits,  de  se  produire  en 
tous  temps  et  en  tous  lieux.  ^  Lointains  ambrés,  eaux  limpi- 
des, chênes  robustes  à  demi-dépouillés  de  leurs  feuilles  rous- 
sies, fin  de  saison,  déclin  du  jour,  beaux  comme  la  vieillesse 
du  sage,  M.  Didier- Pouget  reste  fidèle  à  la  Corrèze  et  si  les 


—  70  — 

splendeurs  d'un  couchant  sur  les  Pyrénées  le  séduisent  un 
moment,  il  revient  vite  aux  collines  mauves,  aux  châtai- 
gniers, aux  bruyères  roses,  aux  torrents  qui  grondent  dans 
les  vallées  vaporeuses  »  (1).  Il  est,  en  effet,  souvent  revenu 
à  Obazine,  après  même  avoir  visité  Gimel  et  Argentat,  où 
nous  allons  le  retrouver,  car  il  aime  les  grands  horizons,  les 
vastes  étendues. 

D'Obazine,  on  a  de  lui  de  nombreuses  études  et  des  ta- 
bleaux :  Soleil  couchant  sur  la  vallée  de  la  Corrèze  (exposi- 
tion des  peintres  de  montagne,  1906);  Le  Matin,  vallée  de 
la  Corrèze  (1902),  où  Ton  voit  le  clocher  de  Saint-Etienne 
s'estompant  dans  la  brume  (à  M.  Kokoreff,  à  Saint-Péters- 
bourg) ;  Paysage  Limousin,  effet  du  soir  (1905);  Le  Canal 
d^Obazine,  au  couchant;  Lever  de  Lune,  au  crépuscule, 
1907,  Coucher  de  soleil,  sur  la  vallée  de  la  Corrèze  (1908), 
Vallée  de  la  Corrèze,  bruyères  en  fleurs  (1908),  etc. 

A  Collonges,  la  Ville  rouge,  vint,  en  1903,  Fritz  Thaulow, 
alors  qu'il  séjournait  à  Beaulieu.  II  y  prit  des  éludes  et  s'ins- 
pira d'une  de  ses  gentilhommières  pour  exécuter  Le  Manoir, 
vu  au  soleil  couchant,  après  la  pluie,  à  l'automne,  tableau 
exposé  à  Paris  en  1904. 


La  situation  pittoresque  de  Tulle,  avec  ses  vieilles  rues 
datant  du  moyen  âge,  ses  quartiers  haut  perchés  montant  à 
l'assaut  des  collines  dans  un  désordre  imprévu,  ses  maisons 
à  balcons  de  bois,  festonnés  de  treilles  ;  la  beauté  verte  de 
ses  environs  (vallées  de  la  Corrèze,  de  la  Solane,  de  la  Ce- 
ronne,  de  la  Monlane,  de  la  Valouze,  etc.),  ont  beaucoup  plus 
tenté  les  photographes  et  les  amateurs  aquarellistes  ou  aqua- 
fortistes (2),  que  les  véritables  artistes  ;  et  c'est  fort  dom- 
mage, car  la  ville  et  la  banlieue  offrent  une  mine  inépuisable 
de  «  matière  picturale  '>.  Il  convient  cependant  de  signaler, 
parmi  ces  derniers  : 

(1)  M"*  Marcelle  Tinayre  :  Reçue  de  Paris, 

(2)  Gappon,  Bertin,  Kessler,  Mathieu  Rorie. 


—  7t  — 

Anioine  Soulié,  élève  de  Tatelier  de  Gleyre  et  de  T Aca- 
démie de  Barcelone,  et  son  fils,  Michel  Soulié,  élève  de  son 
père  et  de  Gérôme  qui,  par  le  pinceau,  le  crayon,  le  fusain 
ou  la  plume  se  sont  appliqués  à  traduire  les  aspects  anciens 
de  la  ville  et  les  sites  pleins  de  grâce  et  de  fraîcheur  de  la 
banlieue  ;  Lacroix,  qui  fixa  des  coins  curieux  du  cours  de 
la  Solane,  alors  qu'elle  coulait  à  ciel  ouvert  dans  le  quartier 
du  Trech  ;  Lucien  Brunaud,  qu'inspira  le  moulin  des  Brochs 
et  autres  vues  de  caractère  archaïque  ;  M.  Alexandre  Bertin, 
qui  vint  à  Tulle  vers  1887  ;  M.  Julien  Tinayre,  graveur- 
aquafortiste,  dont  la  femme  évoqua  le  Tulle  du  xvii*  siècle 
dans  son  roman  La  vie  amoureuse  de  François  Barbazan- 
(jes;  M"  •  Marie  et  Cécile  Desliens,  qui  passèrent  la  majeure 
partie  de  leur  jeunesse  à  Tulle  et  dont  on  a  des. intérieurs, 
des  vues  des  cloîtres,  de  l'ancienne  Visitation  ;  des  portraits 
de  vieilles  femmes,  etc.  ;  M.  Théophile  Bernet,  de  Baudot, 
Gasperi,  G.  Vuillier,  Faucher,  Bœuf,  Bernard,  Verdiër  (La- 
guenne),  etc.,  etc. 

Mais  la  perle  de  la  grande  banlieue  de  Tulle  est  évidem- 
ment Gimel,  avec  ses  gorges  profondes,  ses  eaux  mugissan- 
tes, ses  cascades,  le  calme  miroir  de  ses  étangs  et  ses  épais- 
ses châtaigneraies.  On  chercherait  vainement  un  site  aussi 
grandiose,  aussi  émouvant  que  celui-ci,  si  l'on  excepte,  dans 
la  région,  Roc-Amadour  et  Crozant.  Il  a  cependant  peu  attiré 
les  artistes  jusqu'ici.  Il  était  réservé  à  l'un  des  leurs  de  lui 
rendre  pleinement  justix^e  et  de  le  signaler  à  la  curiosité  et  à 
l'admiration  du  public,  en  dehors  des  Limousins. 

M.  Gaston  Vuillier,  qui  fut  tout  d'abord  à  Crozant  et  dans 
la  Creuse,  où  il  brossa  de  nombreuses  toiles  vers  1882,  se 
prit,  un  jour,  de  passion  pour  les  voyages.  D'une  plume 
alerte,  imagée,  il  fixa  ses  impressions,  dont  il  accrut  l'inté- 
rêt en  les  illustrant  dun  crayon  vraiment  inspiré,  à  la  fois 
souple  et  précis.  Il  visita  la  Corse,  la  Sardaigne,  les  «  îles 
oubliées  »  de  la  Méditerranée,  puis  le  Quercy,  d'où  il  rap- 
porta une  notice  sur  Roc-Amadour  et  le  Causse  de  Gramat. 
Ayant  vu  le  Limousin  par  le  haut,  à  Crozant,  il  eût  la  cu- 
riosité de  le  prendre  cette  fois  à  revers,  par  le  bas,  et  de  le 


—  72  — 


Gaston  Vlhllier  :  L'Inferno,  a  Gimel 
(Cliché  du  Tour  du  Monde). 


—  73  — 

pénétrer  par  Beaulieu,  en  remontant  la  vallée  de  la  Dordo- 
gne.  Il  visita  Argentat,  nota  la  silhouette  des  tours  féodales 
de  Merle  à  la  façon  de  Gustave  Doré,  gagna  Tulle  et dé- 
couvrit Gimel  ! 

a  Le  Limousin,  écrivait-il.  a  été  pour  moi  un  attachant 
sujet  d'étude  et,  pendant  plusieurs  années,  chaque  automne 
m*y  a  vu  revenir  ».  En  1894,  il  y  était  à  peu  près  définitive- 
ment fixé  et  s'installait  dans  un  logis,  paré  de  mille  objets 
d'art  curieux  et  précieux,  sur  les  pentes  d'une  falaise  qui 
domine  Tabîme  où  grondent  les  eaux  des  cascades  de  Gimel. 
En  1893,  il  publia  dans  Le  Tour  du  Monde  sa  première 
relation  de  voyage  En  Limousin,  qu'il  conta  en  poète  et 
illustra  en  artiste.  Telles  de  ses  figures  de  paysannes  sont 
d'une  si  intense  expression,  qu'on  les  croirait  prêtes  à  s'ani- 
mer. 

Entre  temps,  il  sauve  les  cascades  du  danger  d'une  exploi- 
tation industrielle,  parcourt  la  Sicile,  la  Tunisie,  Malte  et 
revient  à  Gimel  qu'il  ne  quitte,  l'hiver,  que  pour  aller  aux 
Baléares  et  dans  l'Andalousie  ensoleillée  et  grouillante. 

Observateur  pénétrant,  dessinateur  sévère,  coloriste  hors 
pair  en  ses  rutilantes  aquarelles,  il  note  les  faits  et  gestes 
des  gens  de  Majorque,  des  bohémiens  de  Grenade,  ou  des 
paysans,  sorciers  et  mendiants  du  Bas-Limousin,  avec  un 
art  subtil  et  somptueux  de  metteur  en  scène  avisé,  aux  iné- 
puisables ressourciîs.  Voyez  et  lisez  Chez  les  Magiciens  et 
les  Sorciers  de  la  Corrè^e  (I)  et  Le  Culte  des  Fontaines  en 
Limousin  (2),  c'est  tout  simplement  merveilleux.  L'écrivain 
vous  séJuira  par  son  style  chatoyant,  tout  imprégné  parfois 
d'une  douce  et  tendre  mélancolie  ;  l'artiste  allumera  votre 
imagination  et  fera  éclater  à  vos  yeux  les  tons  d'une  palette 
atténuée,  il  est  vrai,  mais  combien  vivante  et  vibrante! 
C'est  un  maître  à  la  fois  réaliste  et  rêveur  :  ce  qui  explique 
que  sa  conception  se  nuance  à  l'occasion  d'une  teinte  de 
romantisme  (3). 

(l:  Tour  du  Monde,  1809. 
lî)  Ibidem,  1901. 

(3)  Les  dessins  de  M.  G.  Vuillier  ont  été  acquis  par  la  ville  de  Tulle 
pour  son  Musée. 


-74  - 


G.  VUILLIKR. 


(Ciïcbé  du  Tattr  U«  Mmdth 


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§ 

a. 


—  75  — 

Le  tumulte  de  la  Montane,  roulant  ses  eaux  écumantes  à 
travers  les  éboulis  de  rochers,  pour  les  précipiter  ensuîle 
dans  le  vide,  par  trois  fois,  de  hauteurs  vertigineuses,  n\a 
pas  tenté,  jusqu'ici,  le  pinceau  du  peintre  des  bruyères 
fleuries  et  des  matins  délicatement  voilés  de  buées.  Il  leur  a 
préféré  l'étage  supérieur  des  plateaux,  aux  horizons  étendus, 
et  le  calme  reposant,  auguste,  des  miroirs  de  Diane,  en  l'as- 
soupissement des  soirs.  M.  Didier-Pouget  est  venu  réguliè- 
rement à  Gimeldès  1901,  et,  au  Salon  de  1902,  il  exposait  ; 
Crépuscule,  Étang  de  Ruffaud  (à  M.  Reutlinger),  qui  mon- 
trait une  seconde  manière  de  son  talent  du  plus  captivant 
intérêt.  En  1906,  il  répétait  le  même  thème,  Lever  de  Lxnie 
sur  Vétang,  dans  une  note  peut-être  plus  sévère,  mais  d'une 
composition  plus  harmonieuse  encore.  En  1903,  il  exposait  : 
Bruyères  en  fleurs,  hauts  plateaux  de  la  Correj^e.  Ce  n'est 
certes  pas  un  «  portrait  »  de  Gimel,  mais  M.  Didier-Poiigct 
s'est  beaucoup  inspiré  de  son  cadre  et  de  son  caractère  pour 
en  fixer  les  lignes  générales  (1). 

On  a  encore  de  cet  artiste  :  Chemin  de  Gimel  (Musée  de 
Tulle)  ;  Gorge  de  VInferno;  Haut-Plateau  de  la  Corrè^e^  etc. 

D'autres  peintres  se  sont  inspirés  de  Gimel  dans  leurs 
compositions  : 

M.  Gaston  Brun,  dont  on  peut  citer  :  Sortie  de  la  messe, 
à  Gimel,  Cour  de  ferme  en  Limousin,  Sous  les  châtaigniers, 
Laceuses  au  moulin  de  Gimel,  Bruyères  à  Gimel,  la  Vallte 
à  Gimel  (1904-1905);  M.  G.  Anglade,  M.  Pierre  Galerne, 
M.  Pierre  Lissac  (Bords  de  la  Montane  à  Gimel,  Chaumiè- 
res dans  la  Corrèze,  Chemin  dans  la  Corrèze,  etc.,  1908). 


Argentat,  coquettement  assise  sur  les  rives  de  la  Dordo- 
gne,  qui  s'épand  alors  en  une  belle  et  majestueuse  nappe 
d'eau,  s'enorgueillit,  avec  raison,  d'être  le  centre  d'une 
région  extrêmement  intéressante,  au  point  de  vue  tourisii- 

(1)  Appartient  à  M.  Teichmann,  à  Dresde. 


—  76  — 

que  et  artistique.  Elle  commande,  en  dehors  de  la  Dordogne, 
la  vallée  de  la  Maronne,  aux  sites  insoupçonnés,  comme 
Merle  et  sa  forteresse,  celle  de  la  Souvigne  et  les  cascades 
de  Murel,  les  gorges  de  Servières,  les  hauts-plateaux  de 
Saint-Privat,  d'où  l'on  découvre  les  monts  d'Auvergne,  et 
où  les  landes  de  bruyères  et  de  genêts  s'étendent  à  perte  de 
vue! 

La  plaine  d'Argentat,  avec  ses  champs  de  sarrazin,  dont 
les  blanches  tleurs  s'épanouissent  au  soleil  d'août,  bordée  de 
collines  boisées  où  le  matin  accroche  de  longs  voiles  de  buées 
légères,  a  de  quoi  inspirer  les  artistes.  Ils  ne  la  visitèrent 
pas  cependant  en  grand  nombre.  MM.  Dombrowski,  Franc, 
de  Regagnac,  Guérillot,  Fournier,  Alexandre  Bertin,  Gabert, 
vinrent  quelquefois  y  laver  des  aquarelles  ou  brosser  un  ta- 
bleau —  à  Argentat  même  ou  dans  ses  environs  ;  —  mais  il 
était  réservé  jusqu'à  ce  jour,  à  M.  Didier-Pouget,  de  rendre 
toute  la  poésie  de  cette  région. 

En  1904,  on  put  admirer  de  lui,  au  Salon,  Matinée  en  Cor- 
rè<5'e,  qui  nous  donnait  une  interprétation  tout  à  fait  char- 
mante de  Servières;  en  1906,  Le  Mafin,  bruyères  en  fleurs  ; 
en  1907,  Brumes  du  Afa(in,  bruyères  en  fleurs,  paysages 
qui  empruntent  leurs  éléments  à  la  Dordogne  et  aux  collines 
d'Argentat  qui  dominent  son  cours. 

Le  petit  salon  des  peintres  de  montagne  donna  encore  de 
M.  Didier-Pouget  :  Ld  route  du  Gibanel  et  la  vallée  de  la 
Dordogne  ;    Vallée  de  la  Dordogne  et  plaine  d'Argentat 

(1905)  ;  Brugères  en  fleurs  et  Haute-Vallée  de  la  Dordogne 

(1906)  ;  Vallée  de  la  Dordogne,  le  matin  ;  Haute-Vallée  de 
la  Dordogne,  bruyères  en  fleurs  ;  Vallée  de  la  Maronne 
(1907),  etc. 

Il  visita  aussi  les  ruines  de  Merle,  les  vallées  de  Spon- 
tour  et  en  rapporta  des  études  extrêmement  intéressantes.  — 
D'Argentat,  il  convient  de  signaler  encore  les  aquarelles  de 
Thalin  Meilhac,  père  de  l'auteur  de  Froufrou. 


ki^  Didier  PoKiET  :  Le  Matin.  Bruyères  en  Fleurs  (Vallée  de  la  Dordogne.  à  Argentat) 

(Cliché  des  Annales). 


—  77  ~ 


Le  cours  de  la  Vézère,  de  sa  source  à  son  entrée  dans  le 
plat  pays,  entre  Allassac  et  Varetz,  est  de  la  plus  haute  cu- 
riosité. Quelques-unes  des  villes  que  cette  rivière  arrose, 
Uzerche  et  Treignac,  entre  autres,  offrent  au  voyageur  et  à 
Tartiste  un  attrait  tout  particulier.  Elles  sont  peu  connues, 
cependant,  et  la  Vézère  est  la  belle  ignorée  !... 

Nous  avons  vu  que  Jeanron  habita'  le  manoir  de  Comborn 
où  la  Vézère  roule  ses  eaux  tumultueuses,  et  qu'il  se  plut  à 
reproduire  certains  aspects  de  la  vallée.  Mais  à  part  MM.  Er- 
nest Rupin,  Raphaël  Gasperi,  au  Saillant,  Bourgeois  et  Paul 
Hallez,  professeur  à  TÉcole  des  Beaux-Arts  de  Lille,  que 
des  relations  de  famille  avaient  attiré  dans  le  pays,  à  Vi  • 
geois,  nous  avons  peu  de  peintres  à  signaler  dans  cette 
partie  du  bassin  de  la  Vézère. 

A  Uzerche,  ils  vinrent  plus  nombreux.  L'incomparable 
situation  de  la  vieille  cité,  en  amphithéâtre  sur  un  promon- 
toire qui  domine  la  Vézère,  ses  maisons  qui  sont  des  châ- 
teaux avec  leurs  tours,  leurs  toits  en  poivrière,  leurs  fenêtres 
ogivées,  Téglise,  dont  le  clocher  roman  semble  sonner  le 
ralliement  aux  logis  moyennâgeux  qui  se  pressent  à  ses 
pieds,  dans  un  désordre  de  troupeau  apeuré,  ses  tanneries 
du  bord  de  l'eau,  tout  cet  inépuisable  pittoresque,  qui  aurait 
fait  la  joie  de  Gustave  Doré,  de  Robida  ou  d'Henri  Pille,  ne 
pouvait  qu'attirer  les  artistes. 

Léon  Fleury,  l'ami  de  Corot,  celui  que  le  maître  appelait 
Florigodon,  y  vint  vers  1847.  AUx  Salons  de  1848  et  1849, 
on  voyait,  en  effet,  deux  tableaux  d'Uzerche  signés  de  ce 
peintre.  Plus  tard,  bien  plus  tard  môme,  on  trouve  à  Uzer- 
che :  MM.  Courtot  et  Bichet,  professeurs  à  Limoges;  M"*  Ber- 
the  de  Neuville,  dont  les  merveilleuses  aquarelles  sont  très 
appréciées;  M"*  Martin;  MM.  Friedlander,  Pierre  Prins, 
Daye,  Fritza  David,  Charles  Halle,  Jaudin,  Albert  Joseph, 
Lavialle  de  Lameillère,  Pétiniand-Dubos,  Gaston  Vuillier, 
ArthurGué(Pe/i^ep/ace  à  Uzerche,  Cascade  de  Bialé,  1906), 
le  jeune  maître  impressionniste  Eugène  Alluaud  { Vieille 


-   78  - 


Gaston  Vdillier  :  Le  Saut  de  la  Virole,  a  Treignac 
(Cliché  du  Tour  du  Monde). 


-  79  - 

place  à  U^arche;  Rue  montante  à  Uzerchey  1905),  A.  Cha- 
baDiân,  etc.  (1). 

A  Treignac,  dans  la  banlieue  de  laquelle  mugissent  les 
eaux  du  Saut  de  la  Virole,  et  où  s'arrondissent  les  ballons 
des  Monédières,  tapissés  de  bruyères  et  d'ajoncs,  les  artistes 
s'y  sont  faits  plutôt  rares.  Nous  y  signalerons  toutefois  : 
Vanginaud,  MM.  Mathis  Picard,  Louis  Leinia  de  La  Jar- 
rige,  dont  les  études  servent  de  motifs  aux  fonds  de  ses 
dessins  et  caricatures  ;  Paul  Hallez,  qui  sut  rendre  le  charme 
suranné  des  rues  de  Treignac  et  les  longues  perspectives 
qui  s'encadrent  dans  l'ogive  des  vieux  ponts  ;  Gaston  Vuil- 
lier,  à  qui  la  Virole  rappela  Gimel  ;  Charles  Gabert  (Joueur 
de  cartes:  Fontaine  des  amoureux  à  Égletons;  Vieille  porte 
de  Treignac;  Vieux  pont  de  Treignac^  etc.).  Enfin  M.  Ed- 
mond Tapissier,  un  artiste  lyonnais  de  la  meilleure  école, 
qu'un  mariage  attacha  au  pays  et  qui  s'en  est  inspiré  dans 
plusieurs  de  ses  toiles  :  Coucher  de  soleil  aux  Monédières^ 
au  Musée  de  Tulle  ;  Le  vieux  Berger  (1903);  La  meneuse  de 
taureau  (1904);  Cour  de  ferme,  Le  gardeur  de  pourceaux 
(1908),  et  dans  un  projet  de  tapisserie  des  Gobelins,  His- 
toire d'autrefois  (Salon  de  1905),  etc. 

Aux  environs  de  Treignac,  il  convient  de  signaler  un 
artiste  de  Limoges,  M.  Paul  Ranson,  qui  fut  connu  long- 
temps comme  décorateur  et  que  la  nature  inspira  à  Lafarge, 
où  il  exécuta  des  tableaux,  pastels  et  fusains  rehaussés,  d'un 
art  nouveau  et  subtil  que  loua  le  critique  et  poète  Charles 
Morice  :  «  Ranson  n'a  pas  inventé  cette  atmosphère  ardente, 
cet  aspect  rude,  cette  coloration  puissante  de  la  Corrèze;  il 
copie  la  nature  avec  un  soin  jaloux.  »  De  lui,  nous  citerons  : 
Châtaigneraie,  Paysage  et  étang  de  Lafarge,  Le  Châtai- 
gnier du  hibou.  Les  Peupliers,  Les  monts  de  Chamberet, 
Château  de  Lafarge,  A  Lafarge,  Châtaigneraie,  L'Étang  de 
la  Sorcière,  etc. 

(l)  Mentionnons  encore  M.  Marc  Jonchères,  un  décorateur  de  l'ate- 
lier de  Jambon,  qui  a  peint  de  nombreux  aspects  uzerchois,  anciens 
et  modernes,  dans  la  maison  Materre,  à  Uzerclie  môme. 

PriU  Thaulow  (1903)  et  M.  Armand  Guillaumin  (1906)  visitèrent 
Uzerche,  mais  n'en  rapportèrent  aucun  sujet  de  composition  à  notre 
connaissance. 


80  - 


Un  artiste  un  peu  oublié,  mais  qui,  en  son  temps  —  du 
temps  surtout  de  la  bonne  bohème,  chère  à  Mûrger,  —  eut 
son  heure  de  célébrité,  et  qu'une  nouvelle  de  Champfleury 
mit  en  lumière,  le  graveur  Rodolphe  Bresdin,  dit  Chien- 
CailloUj  vint  habiter  les  environs  de  Tulle  vers  1851,  où  il 
reçut  Thospitalité  chez  des  amis  qui  l'avaient  connu  à  Paris. 
Il  y  exerça  son  art,  mais  nous  ne  savons  si  la  nature  même 
du  pays  sollicita  son  attention. 

«  Une  famille  amie  le  retira  à  la  campagne,  dit  M.  Emile 
Fage  (1),  dans  la  commune  de  Chanteix,  au  lieu  de  Bellevue, 
un  pays  de  solitude,  de  tranquillité  parfaite,  orné  de  jolis 
arbres,  bien  ensoleillé,  avec  des  perspectives  ravissantes  à 
l'horizon,  vers  Donzenac  et  Sainte-Féréole.  Non  loin  de  la 
maison  d'habitation,  dans  le  fond  de  la  vallée,  s'étendait  un 
étang  de  belle  dimension,  en  forme  de  coupe  allongée,  ré- 
puté pour  la  transparence  de  ses  eaux,  et  bordé  d'un  côté 
par  un  chemin  très  propre  qui  formait  promenade.  Tout 
auprès,  sur  la  petite  plate^forme  d'un  monticule,  gros  comme 
une  taupinière,  et  d'où  l'on  dominait  l'étang,  s'élevait,  pas 
bien  haut  au-dessus  du  sol,  une  cabane  de  pèche;  elle  était 
d'aspect  misérable,  déjetée  par  le  temps,  couverte  d'un 
chaume  moussu  et  éclairée  par  l'unique  jour  qui  tombait 
du  tuyau  de  la  cheminée  ou  que  laissait  passer  la  porte 
ouverte.  La  vue,  de  ce  point,  était  bornée,  mais  agréable. 

«  C'est  dans  cette  cabane  branlante  que  Bresdin  installa 
ses  pauvres  pénates  et  vécut  quelque  temps  en  ermite.  Cet 
intérieur  à  la  Rembrandt,  délabré  et  fantastique  comme  ses 
propres  songes,  l'avait  enchanté  :  solitude  profonde,  grand 
silence  ;  nul  être  autour  de  lui  si  ce  n'est  quelques  poules  de 
la  ferme  qui  venaient  picorer  ses  maigres  restes;  et  tout 
près,  dans  un  rayon  dont  ses  yeux  percevaient  aisément 
toutes  les  formes  et  toutes  les  nuances,  une  exposition  per- 
manente de  paysages  d'un  pittoresque  achevé. 

(1)  Chien- Caillou,  sa  vie,  son  œuvre  (Tulle,  1897). 


-  81   - 

«  Bresdin  était  amoureux  de  son  gite;  il  prit  tout  de  suite 
au  sérieux  son  rôle  de  maître  de  maison  ;  il  se  mit  à  faire 
lui-même  son  ménage,  sa  cuisine.  Dieu,  quelle  cuisine  et 
quel  ménage!  Les  galettes  ou  crêpes  de  sarrasin,  fort  en 
usage  dans  la  contrée,  étaient  de  son  goût;  il  voulut  les 
confectionner  de  sa  propre  main  et  y  réussit,  très  grossière- 
ment il  est  vrai.  Un  couvercle  de  marmite  lui  servait  de 
poêle.  Il  en  sortait  des  galettes  d'une  couleur  peu  avenante 
et  d'une  épaisseur  qui  les  rendait  semblables  à  de  petites 
tourtes  de  pain.  Les  paysans  n'en  auraient  pas  voulu.  Lui 
s'en  régalait,  vantait  à  qui  voulait  Tentendre  Texcellence 
de  ses  produits  culinaires.  Les  gens  de  l'endroit  qui  pas- 
saient par  là  jetaient  un  coup  d'œil  curieux,  mais  effaré,  sur 
cette  installation  primitive  et  sur  les  allures  mystérieuses 
du  personnage  qui  y  résidait  :  un  être  à  mine  rébarbative, 
d'humeur  fantasque,  ne  parlant  pas  et  ne  faisant  rien  comme 
les  autres,  tantôt  occupé  à  son  ménage,  tantôt  travaillant  à 
des  choses  incompréhensibles,  avec  des  bouts  de  crayon  ou 
des  pointes  d'acier  qu'il  faisait  aller  et  venir  de  façon 
bizarre,  et  leur  produisant  l'effet  de  ces  apparitions  fantas- 
magoriques dont  le  récit  émerveille  les  soirées  d'hiver  à  la 
campagne.  On  racontait  même  que,  peu  de  temps  après  son 
installation  à  Bellevue,  à  la  seule  fin  d'écarter  les  impor- 
tuns, il  s'était  procuré,  un  fusil  en  bois  dont  il  se  servait 
pour  viser  les  curieux  au  passage  et  leur  inspirer  une  crainte 
salutaire. 

«  Bresdin,  au  fond,  n'était  pas  si  effrayant  que  cela.  Il  y 
avait  du  bonhomme  en  lui.  Il  avait  fini  par  apprivoiser  les 
gens  de  son  entourage.  On  l'accueillait  avec  plaisir.  Il  venait 
familièrement  prendre  place  à  leur  foyer,  se  mêlait  à  leurs 
veillées;  il  en  était  même  arrivé,  par  ses  histoires  et  ses 
drôleries,  contées  le  soir,  au  coin  du  feu,  à  les  intéresser  et 
à  les  égayer. 

«  Il  frayait  aussi  avec  le  voisinage,  poussait  des  recon- 
naissances dans  les  villages  d'alentour,  excursionnait  jusque 
dans  les  communes  environnantes 

«  Le  réfractaire  s'humanisait  au  contact  d'un  foyer  favo- 

T.  xxx.  i  -  6 


—  82  — 

rable,  où  il  trouvait  des  figures  souriantes  et  Toubli  de  ses 
misères. 

ce  Malgré  tout,  persistait  en  lui  un  fond  de  sauvagerie, 
qu'il  dépendait  du  seul  hasard  de  la  conversation  ou  des 
circonstances  les  plus  futiles,  de  faire  tout  à  coup  surgir.  » 

Peu  à  peu  ces  sautes  d'humeur  jetèrent  un  certain  froid 
entre  Bresdin  et  ses  amis  et  épuisèrent  les  sympathies  qu'il 
s'était  acquises.  Il  dut  s'éloigner,  quitter  Chanteix  et  re- 
prendre la  vie  errante. 


Les  longues  étendues  du  Plateau  de  Millevaches  que  par- 
courent les  grands  troupeaux  de  moutons;  l'âpre  désolation 
qui  les  enveloppe;  l'intense  mélancolie  qu'elles  dégagent, 
prônée  par  le  maître  graveur  Bracquemont,  ont  été  dédai- 
gnées des  artistes.  M.  Gaston  Vuillier  les  visita  au  cours 
d'un  voyage  documentaire  sur  les  sorciers  de  la  Haute- 
Corrèze  et  les  fontaines  miraculeuses.  Il  en  fixa  quelques 
tragiques  aspects.  M.  Bourgeois  y  traduisit  un  Lever  de 
lune^  qu'on  voit  au  Musée  du  Petit-Palais  des  Champs- 
Elysées.  Enfin,  MM.  Mascré,  Georges  Beaume.  Auguste 
Barthon  et  François  Ferrand  s'en  inspirèrent  dans  quelques 
tableaux  et  eaux-fortes.- 

L'étage  inférieur  de  cette  région  d'Ussel  est,  d'ailleurs, 
complètement  délaissé  des  peintres,  à  part  peut-être  Bort,  dont 
le  site  enchanteur,  sur  la  Dordogne,  s'ouvre  sur  deux  pro- 
vinces :  le  Limousin  et  l'Auvergne  (1).  A  Bort,  Chaigneau 
travailla,  vers  le  milieu  du  siècle  dernier,  ainsi  que  Schenck, 
le  peintre  des  moutons  et  des  oies,  et  Rosa  Bonheur.  De  nos 
jours,  il  convient  d'y  signaler  M.  Pierre  Galerne,  M.  Char- 
les Lamour ,  M.  Didier-Pouget ,  qui  s'y  rendit  pendant 
l'été  de  1907,  et  qui  en  rapporta  :  Le  Mafin,  vallée  de  la 
Dordogne  (Madic),  au  Salon  de  1908. 


(1)  A  Ussel  et  ses  environs  citons  M.  Forestier,  peintre,  aquarelliste 
et  fusainiste. 


—  83  — 


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-  84  - 

En  Corrèze,  il  convient  encore  de  signaler  çà  et  là  : 
MM.  Henri  Linguet  {Maison  de  cultivateur  à  Cubiac,  1888)  ; 
Numa  Gillet  (Route  dans  la  Corrèze,  1905;  Temps  gris  en 
Corrèze,  1906);  Joseph  Lépine  {Place  de  village;  Rivière  et 
coteau,  1906);  Paul  Méry  {Cour  de  ferme  en  Corrèze;  Mou- 
lin abandonné  en  Corrèze,  1905);  Gaston  Vuillier  (Sentier 
de  la  Corrèze,  1890)  ;  Lucien  Brunaud  (Pêcheur  d'écrevisses 
dans  la  Solant,  environs  de  Tulle,  1882);  Alphonse  Teytaut 
(Lubersac)  ;  Auguste  Barthuel  (Puy-d'Arnac)  ;  François 
Gouyon,  aquafortiste  (Juillac)  ;  M"**  Bernard  {En  Corrèze, 
1907)  ;  Arthur  Gué  (Donzenac)  ;  EichmûUer  (Intérieur  limou- 
sin, à  Puyjalon,  1907),  etc.  (1). 


Limoges,  par  sa  situation  en  amphithéâtre  que  baigne  la 
Vienne,  par  ses  clochers, 

Pleins  de  nids  et  d'hirondelles, 
la  masse  imposante  de  sa  cathédrale  gothique,  construite  en 
granit  du  pays,  la  ceinture  d'émeraude  que  lui  font  les  cam- 
pagnes environnantes,  ses  logis  anciens,  ses  rues  en  pentes 
raides,  ses  vieux  ponts,  est  une  des  villes  les  plus  pitto- 
resques et  les  plus  curieuses  du  centre  de  la  France.  La 
«  matière  picturale  »  y  est  innombrable,  Par  ses  ateliers 
d'émaillerie  et  de  porcelaine,  la  cité  de  saint  Martial  a  été, 
est  encore  un  foyer  artistique  intense.  Il  n'est  pas  étonnant, 
dès  lors,  qu'elle  ait  donné  naissance  à  de  nombreux  artistes 
et  qu'elle  en  ait  attiré  quelques  autres,  pour  les  retenir 
même  définitivement  dans  ses  murs.  Parmi  ces  derniers,  il 
convient  de  citer  tout  particulièrement  M.  Paul-Laurent 
Courtot.  Ex-artiste  des  Gobelins,  professeur  de  dessin  au 
Lycée  de  Limoges,  élève  de  Maillard  et  de  Galland,  il  a 
cherché,  dans  une  abondante  production,  à  fixer  les  anciens 

(1)  Au  Salon  de  la  Société  nationale  des  BeauxÂrts  en  1894,  un 
sculpteur,  M.  Henri  Cordier,  exposa  pour  le  compte  du  Ministère  de 
l'Agriculture,  Attelage  de  bœufs  limousins,  Pileuses  limousines. 
Chenaux  du  Haras  de  Pompadour,  Laboureur^  moulages  à  la  cire 
perdue  pris  à  Pompadour. 


-  85  - 

aspects  litnogeois,  les  vieilles  rues,  les  monuments  d'autre- 
fois, avant  qu'ils  ne  disparaissent  ou  ne  soient  modifiés  par 
les  édilités  successives,  enclines  à  faire  table  rase  du  passé, 
sous  prétexte  de  progrès  modernes  plus  ou  moins  justifiés  ; 
il  a  rendu,  avec  conscience  et  sincérité,  la  fraîcheur  des 
sites  de  la  banlieue,  et  noté,  avec  une  extrême  précision,  les 
détails  de  la  vie  limousine,  à  la  ville  comme  à  la  campagne 
(scènes  d'intérieur,  de  la  rue,  des  champs,  etc.),  et  du  tra- 
vail limousin  :  La  Boulangerie  au  couventy  L'Atelier  de 
Léonard  Limosiny  Le  dernier  Tisserand  à  la  main,  La 
Manche  à  pâte,  Le  Tourneur  de  gsLsette,  Le  Four  en  mar- 
che. Les  Retoucheuses,  etc.,  etc.  Cette  œuvre  constituera 
une  documentation  picturale  de  tout  premier  ordre.  Elle  se 
recommande,  d'ailleurs,  par  un  dessin  serré,  un  coloris 
charmant,  un  art  de  composition  touchant  à  une  vérité 
absolue. 

A  côté  de  M.  Courtot,  il  convient  de  citer  M.  Charles 
Bichet,  M.  Aridas,  professeurs  à  l'École  nationale  des  Arts 
décoratifs,  aquarellistes  et  peintres  de  talent;  Grenaud  —  à 
qui  on  doit  une  belle  eau  forte  :  La  rue  de  la  Boucherie, 
qui  aurait  dû  tenter  le  pinceau  truculent  d'un  Roybet;  — 
Philippe  Lacoste,  évocateur,  en  un  large  décor,  de  la  vieille 
Abbessaille  ;  Soubreny,  Perdoux,  etc. 

Puis  ce  sont  les  artistes  originaires  du  pays  même,  que 
leur  ville  et  ses  environs  inspirèrent  :  Gardel,  tout  imprégné 
de  romantisme  {Vue  prise  en  Limousin,  1845;  Lecture  au 
bord  de  la  Vienne,  environs  de  Limoges,  1857,  vieux  quar- 
tiers de  Limoges,  etc.);  Pétiniaud-Dubos,  qui  eut  son  heure 
de  notoriété  ;  Roly  ;  les  néo-impressionnistes  Eugène  Alluaud, 
Pierre  Thomas,  Pierre  Lissac,  et  surtout  Paul  Thomas,  qui 
a  su  trouver  une  note  extrêmement  originale  en  peignant 
les  arches  des  vieux  ponts  de  Limoges  qui  répercutent  la 
chanson  et  le  rythme  des  ponticaudas,  des  lavandières 
grouillant  sur  les  bords  de  la  Vienne,  alors  que  l'air  et  la 
lumière  qui  les  enveloppent  rendent  des  vibrations  que  l'ar- 
tiste sut  voir  ei  fixer  d'un  pinceau  étincelant  et  juste.  Il  est 
aussi  l'auteur  de  gravures  en  couleurs  de  haute  allure. 


—  86  — 

Et  ce  sont  encore  :  M.  Bourgeois  (I);  M"'  Villoutreix,  née 
Issanchou,  dont  les  paysages  sont  tout  à  fait  rennarquables 
et  d'un  sentiment  à  la  fois  plein  de  mesure  et  d'énergie; 
Paul  Forestier  ;  M"'  Gorceix  ;  Tixier  ;  Palisson  ;  M"*  Berthe 
de  Neuville,  une  aquarelliste  de  grand  talent,  à  qui  l'on  doit 
une  abondante  production  limousine  (Ruines  et  Donjon  de 
Châlucet  ;  Moutons  au  pâturage  en  Limousin  ;  Cabane  de 
feuillardier;  Prairie  en  Limousin;  Automne^  etc.);  Pierre 
Prins,  qui  fut  à  Vicq;  Louis  Darey,  à  Châlucet;  Chambeaux 
(Vue  prise  à  la  Quintaine,  183^-1845)  ;  Granet,  dont  on  peut 
citer  :  Crépuscule  au  Palais  y  Clairière  à  Crèse,  Moulin 
Pinard;  Effet  de  soleil  à,  V Aiguille,  etc. 

La  grande  banlieue  de  Limoges,  les  vallées  de  la  Vienne, 
de  l'Aurence,  de  la  Briance,  de  l'Isle,  etc.,  offrent  aux  artistes 
de  multiples  sujets  d'inspiration,  ainsi  que  Saint-Yrieix, 
Eymoutiers,  Saint-Léonard,  Aix,  etc.  Nous  avons  signalé, 
dans  ces  parages,  Jules  Dupré,  Corot,  Troyon,  Léon  Fleury, 
Justin  Ouvrié,  dans  la  première  moitié  du  xix®  siècle.  Nous 
pouvons  y  ajouter  :  Trouillebert,  qui  se  plut  à  rendre,  comme 
Corot,  les  aspects  nuancés  de  la  Vienne  dans  les  matins  où 
flottent  de  légères  brumes;  Charles  Donzel;  M™*  Amélie 
Nivet-Fontaubert  (la  Briance)  ;  Paul  Dalpeyrat  (vallée  de  la 
Valouène}  ;  Emile  Beaubrun  (Nieul)  ;  Raoul  Bourdier  (Saint- 
Yrieix);  Sardent  (Saint-Léonard);  Furlaud,  dont  on  a  :  Les 
dernières  Châtaignes,  des  bords  de  la  Vienne,  de  la  Briance, 
du  Vincon,  des  coins  de  villages,  de  vieux  chemins  ;  Payer- 
meville,  etc. 

A  Eymoutiers,  la  Vienne  a  trouvé  en  M.  Gabriel  Mathieu 
un  artiste  inspiré.  Le  cours  accidenté  de  la  rivière,  les  ro- 
chers, les  échappées  de  ciel,  la  petite  ville  môme,  Bussy- 


(1)  Cet  artiste  a  exécuté  pour  le  hall  de  la  gare  d'Orsay  (Compagnie 
d'Orléans),  à  Paris,  toute  une  série  d'aquarelles  qui  disent  le  charme 
du  pays  aux  voyageurs  et  touristes  {Solignac ;  Ckûlucet;  La  Vienne 
à  Bussy-Varache;  Eymoutiers  ;  Vallée  de  la  Vienne  à  Eymoutiers^ 
dans  le  Èaut  Limousin,  et  Vallée  de  la  Luzège  à  Ambruyeat  ;  Mey- 
mac,  le  Plateau  de  Mîllevaches ,  Vieille  route  d'Esticaux;  La 
Vézère  à  Estivaux;  La  Vallée  de  la  Vézère  à  Allassac;  Uzerche  et 
la  Vézère,  etc.,  en  Bas-Limousin. 


—  87  — 

Varache,  lui  ont  donné  l'occasion  de  les  traduire  dans  une 
belle  pâte  nuancée  où  les  jeux  de  la  lumière  sont  parfaite- 
naent  rendus.  Il  nous  faut  encore  citer,  en  ces  lieux, 
M.  Rouselle-Bardelle,  peintre  et  sculpteur;  M"*  Villoutreix- 
Issanchou,  déjà  nommée  ;  Léon  Jouhaud,  etc. 

Plus  au  Nord,  dans  le  haut  pays,  nous  relevons  les  traces 
de  MM.  Adler  (Gorges  de  Baledent)  ;  Edouard  Célerier 
(Royères),  Une  Noce  en  Limousin;  AUeaume  (Saint-Sul- 
pice-les-Feuilles) ;  Grillon  (Le  Dorât);  Arthur  Gué  et  frère 
Léon  (Bellac);  Olivier  Chéron,  qui  fréquenta  longtemps  la 
vallée  de  la  Benaize  et  le  site  de  Las  Croux;  M"'  Eva 
Alexandre  (Bessines)  ;  M.  Charles  Bichet  qui,  après  avoir 
aquarellisé  les  ruisselets,  les  moulins  et  les  vieilles  chau- 
mières, s'est  appliqué  à  mettre  en  valeur  les  sites  de  Bes- 
sines, de  Châteauponsac  et  de  la  Gartempe,  sur  des  toiles 
d'une  facture  variée  et  toujours  captivante  :  Une  Rue  au 
soleil;  L'Orage;  Moulin  sur  VAixette;  La  Gartempe  à  Châ- 
teauponsac, etc.,  sans  oublier  ses  intérieurs  rustiques  et 
d'église,  d'une  note  un  peu  sévère,  mais  curieuse  par  ses 
effets  de  lumière.  Mentionnons  encore,  à  Châteauponsac, 
M.  Philippe  Lacoste,  déjà  vu  parmi  les  peintres  limogeois. 

A  Saint-Junien,  il  est  un  ensemble  de  sites,  formés  sur- 
tout par  la  vallée  de  la  Glane,  qui  comptent  parmi  les  plus 
beaux  du  Haut-Limousin.  Corot  fut  le  premier  à  subir  leur 
charme.  Le  maître  aimait  à  reproduire  Tun  d'eux,  que  les 
artistes  appellent  maintenant  le  «  Salon  de  Corot  ». 

A  la  suite  du  grand  peintre  vinrent  Victor  Dupré,  le  frère 
de  Jules  Dupré,  .vers  1860,  et  Donzel.  Puis  ce  fut  un  artiste 
bordelais  de  beaucoup  de  valeur,  Amédée  Baudit,  un  peu 
oublié  aujourd'hui,  qui  fut  le  maître  de  M.  Didier-Pouget. 
A  la  vente  de  son  atelier,  on  vit  passer  :  A  Saint-Junien- 
Limousin;  La  Glane  à  Saint-Junien ;  Pâturage  à  Saint- 
Junien. 

De  nos  jours,  Saint-Junien  et  la  Glane  sont  aussi  fréquentés 
par  les  artistes  que  Crozant.  Chaque  année,  ils  s'y  donnent 
rendez-vous,  et  parmi  eux  nous  citerons  :  Henri  Rapin,  A.  de 
La  Roca,  M°*'  Analy,  Prieur,  Lemaire,  Bourgeois,  Paul  et 


Jean  Teillbt  :  Vallée  de  la  Glane  (Le  Salon  de  Corot). 


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Pierre  Thomas,  Jacques  Hast  (La  Glane;  Intérieur  limou- 
sin; Collines  de  la  Haute-Vienne);  Raoul  Bourdier  (Le 
Moulin  de  la'Pouge;  Village  de  Glane;  Petit  pont  de  Glane), 
Henry  Mouren,  A.  Gué,  M"'  Villoutreix,  Eug.  Alluaud,  etc. 

Nous  donnerons  une  mention  spéciale  à  M.  Jean  Teillet, 
un  enfant  du  pays  qui,  depuis  une  dizaine  d'années,  n'a  pas 
cessé  d'envoyer  au  Salon  des  tableaux  inspirés  des  lieux  qui 
lui  sont  chers  et  dont  il  sait  rendre  la  pénétrante  poésie  d'un 
pinceau  habile  et  délicat.  On  a  de  lui  :  Le  Moulin  Ringuet 
(1897);  Solitude  (1898);  Le  Salon  de  Corot  (1900);  Solitude 
(1900);  Dévotions  limousines  (1901);  Le  Dormant  (1907); 
La  Glane  au  Châtelard  (1907);  La  Glane  en  été  (1907),  et 
une  foule  d'études  des  plus  intéressantes. 

Nous  ne  saurions  passer  sous  silence  M.  Charles  Agard, 
interprète  du  Nontronnais,  de  la  Creuse  et  du  Haut-Limousin, 
dont  le  talent  délicat  s'apparente  à  l'impressionnisme  de 
Renoir  et  de  Sisley  dont  on  peut  citer  :  Soleil  levant  dans  le 
Limousin;  Le  soleil  quitte  la  vallée^  Limousin;  Petit  vil- 
latjeen  Limousin,  etc  ;  MM.  Auguin  [Solitude  en  Limousin, 
1871);  Devaux  [Souvenir  du  Limousin,  1884);  Péret  [Une 
Vallée  en  Limousin;  Soleil  couchant,  1847);  M.  Lucien  Gri- 
veau  [Le  Dimanche  en  Limousin,  Intérieur  d'église,  envi- 
7'ons  de  Saint-Yrieix,  dans  laquelle  papillonne  toute  une 
nuée  de  blancs  barbichets,  1894)  (1). 


De  Crozant  et  de  Fresselines,  beaucoup  d'artistes  se  sont 
répandus  dans  les  autres  parties  du  pays  marchois.  Quel- 
ques autres  y  ont  travaillé  sans  se  préoccuper  des  sites  chers 
à  George  Sand  et  à  Maurice  Rollinat. 

La  situation  extrêmement  pittoresque  d'Aubusson  tenta, 
comme  nous  l'avoué  vu,  le  pinceau  du  grand  Corot.  Il  prit 
une  vue  de  la  ville  des  hauteurs  de  la  Chabassière,  d'après 

(1)  En  marbre  de  couleur,  M.  Constant  Roux  exécuta,  au  Salon  de  1905, 
Le  Joug,  étude  de  deux  bovins  limousins,  qui  fut  très  remarqué. 


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une  tradition  que  nous  rapporta  M.  J.  Rouffet.  Il  faut  aussi 
signaler  dans  la  région  aubussonnaise  :  Alexandre  de  La- 
lobbé  (Le  Soir  au  bord  de  la  Creuse,  1893;  Le  Quartier  de 
La  Terrade)  ;  Emile  Bugarel  (Le  Pont  de  La  Terrade)  ;  An- 
toine Jorrand,  dessinateur  en  tapisseries,  qui  sait  aussi  bien 
brosser  un  paysage;  Barbât;  Eugène  Cicéri  (1847),  peintre 
et  lithographe,  qui  poussa  jusqu'à  Crocq;  Auguste  Barthon 
(Lavaveix),  Bouligaud  (Felletin),  et  toute  une  pléiade  de 
jeunes  peintres,  élèves  de  TÉcoIe  des  Arts  décoratifs  d'Au- 
busson. 

A  Saint-Sulpice-les-Champs,  mentionnons  :  M.  Desvareux- 
Larpenteur,  qui  se  plaît  au  paissement  des  troupeaux,  à  leur 
rentrée  au  bercail,  et  qui  peint  dans  le  genre  de  Chaigneau 
et  de  Charles  Jacques  (1903),  puis  M.  Jules  Rouffet,  peintre 
militaire,  originaire  du  pays,  qui  sut  rendre  toute  la  poésie 
de  la  nature  marchoise  dans  :  Un  sous  bois,  Vété  (1902);  Le 
Soir;  Vallée  de  Vaintenat  (1905);  La  Brande  en  décembre 
et  Dans  les  Bruyères  de  Chansard  (1906);  La  Clairière  et 
Bruyères  de  mars  (1907),  etc. 

A  Guéret,  M.  Maurice  Loir,  qui  a  dans  cette  ville  des 
relations  de  famille;  M.  F.  Maillaud;  MM.  Martial  Négret, 
Perret  (1869);  Ant.  Roy;  à  Auzances,  MM.  Pierre  Thomas, 
Félix  Clairet;  à  Bourganeuf,  M.  Charles  Agard;  à  Anzème, 
M.  Clairembault  ;  à  Chénerailles,  Bonlieu,  ont  planté  leur 
chevalet  et  traduit,  par  le  pinceau  ou  le  burin,  les  aspects 
variés  de  ces  villes  et  des  campagnes  environnantes. 

A  Chambon  et  dans  la  vallée  de  la  Voueize,  il  faut  signaler 
le  passage  de  M.  A.  de  Lassuchette  (Vieux  pont  à  Chambon; 
Pierres  jaunâtres;  Église  de  la  Courcelle  Saint-Priest,  etc.), 
et  Marc  de  Lajaumont;  à  Lépaud,  M.  Allan  Osterlind,  un  des 
grands  maîtres,  avec  Thaulow,  de  l'École  norwégienne  mo- 
derne. 

C'est  à  l'automne  de  1886  que  M.  Osterlind  arriva  à  Lépaud 
avec  sa  famille.  Le  pays  lui  plut;  il  s'y  fixa,  et,  l'année 
d'après,  un  fils,  Anders,  qui  devait  être  peintre,  comme  son 
père,  y  naquit.  Dans  cette  petite  localité  marchoise,  pendant 
plus  d'un  an,  M.  Osterlind  ût  des  tableaux  et  des  gravures 


—  91  — 

en  couleurs  dont  on  ne  peut  que  vanter  Tintensité  de  vie  et 
la  facture  originale.  La  Veillée  d'un  mort,  d'une  si  poi- 
gnante émotion,  mentionnée  au  Salon  de  1887;  de  vieilles 
femmes  d'un  réalisme  saisissant  ;  point  de  vue  sur  la  route 
de  Boussac.  en  bordure  du  parc  en  temps  de  neige  ;  sapins 
près  le  château  de  Lépaud;  le  jardin  du  café  Martin;  des 
coins  de  la  Voueize,  etc. 

Avec  cet  artiste,  à  la  même  époque,  vinrent  à  Lépaud 
deux  paysagistes  étrangers,  amis  de  M.  Osterlind  :  M.  Skress- 
vig  Christian,  dont  on  connait  Soleil  de  mars:  Vue  prise 
sur  le  chemin  de  Combraille  et  autres  toiles;  et  M.  Jseph- 
son,  auteur,  en  particulier,  d'une  Femme  filant  sa  quenoiùlh 
auprès  du  feu,  etc.  (1). 

Entre  temps,  M.  Osterlind  fut  l'hôte  de  Maurice  RoUinat  à 
Fresselines  où  il  fît  nombre  de  tableaux  et  de  gravures, 
ainsi  que  nous  l'avons  vu  plus  haut.  Lépaud,  Crozant  et 
Fresselines,  les  vallées  des  deux  Creuses,  de  la  Sédelle  et 
de  la  Voueize  furent,  d'ailleurs,  en  pays  marchoiSç  le  séjour 
de  prédilection  des  artistes  suédois,  norwégiens  et  améri- 
cains, —  sauf  Thaulow,  qui  préféra  les  vallées  plus  riantes  et 
plus  grasses  de  la  Dordogne,  sur  les  confins  du  Bas-Limousin 
et  du  Haut-Quercy. 

Les  gorges  si  pittoresques  du  Taurion  et  les  bordîi  de  la 
Gartempe  ont  inspiré  plusieurs  peintres.  Parmi  eux  ;  M.  La- 
Gentite  (Landes  à  Ribagnac;  Vue  prise  à  Janaiat;  La  Châ- 
taigneraie à  Fournauy  1882-1883),  MM.  Henry  Moureni  Ar- 
thur Gué,  Raoul  Bourdier,  Ch.  Bichet,  G.  An^lade,  Charles 
Corcuff,  Barbant,  Henri  Gouiliet,  Karl  Beugel,  M"*^  Jules 
Laumond,  sans  oublier  Corot  dont  nous  avons  signalé  le 
passage  sur  les  rives  du  Taurion,  et  M.  Jules  Adler.  le  puin- 
tre  par  excellence  des  crépuscules  limousins  et  des  grandes 
routes  fuyant  entre  des  masses  d'arbres  et  des  pacages  ver- 
doyants. 

Un  artiste  marchois,  M.  Albert  Grateyrolles,  s'est  aussi 
distingué  dans  l'art  du  paysage.  Sa  manière  fort  conscien- 


(1)  Notes  de  MM.  Aubert  et  Sol. 


—  92  — 

cîeuse  lui  a  valu  une  solide  réputation  de  dessinateur  et  de 
coloriste.  Citons  de  lui  :  Le  Retour  des  champb  ;  Au  bord 
de  VÉtang;  Pacage  dans  la  Creuse;  Semailles  d'au- 
tomne,  etc.,  qui  disent  toute  la  poésie  intense  qui  se  dégage 
de  la  nature  limousine  et  que  M.  Eugène  Delestre  a  traduit 
dans  une  manière  bien  différente. 

Les  paysages  de  la  Creuse  ont  beaucoup  servi  la  «  ma- 
nière »  de  M.  Eugène  Delestre  et  sa  réputation.  «  Familier 
des  heures  calmes  du  soir,  de  la  solitude  s'enténébrant  des 
futaies  et  des  sentes,  du  miroir  remuant  des  rivières,  dit 
M.  Maurice  Guillemot,  il  scrute  la  nature  en  ses  aspects  les 
plus  divers  ».  De  Margnot,  de  Saint-Georgesla-Pouge,  où  il 
fut  en  1906,  il  rapporta  de  nombreuses  toiles  et  aquarj^Ues 
qui  le  classèrent  en  bon  rang  parmi  les  jeunes  maîtres  qui 
savent  «  décrire  la  douceur  des  ciels  apaisés,  les  brumes 
flottantes  des  eaux,  Tespace  limpide  des  horizons,  la  pleine 
clarté  des  midis,  l'or  des  moissons  blondes,  les  fleurs  dans 
les  verdures,  la  vitalité  intense  des  fêtes  estivales  ».  Soli- 
tude, Fin  de  jour.  Premières  teintes  d'automne,  le  Pré 
Picard,  Ciel  d'orage,  Les  genévriers,  Automne  à  Margnot, 
etc.,  comptent  parmi  les  bons  tableaux  de  M.  Delestre,  dont 
Timpressionnisme  tempéré  est  agréable. 

M.  Paul  Rossert,  un  maître  aquarelliste,  peut  être  rangé 
aussi  parmi  les  meilleurs  artistes  venus  dans  la  Creuse.  Il 
est  surtout  le  peintre  des  brumes.  «  Brouillards  du  matin, 
aériens  et  légers,  s'envolant  dans  un  rayon  de  soleil,  vapeurs 
du  soir  traînant  sur  les  glèbes  et  les  bois,  bleuissement  des 
gouffres  et  des  lointains,  toutes  les  bulles  inconsistantes  de 
l'atmosphère  sont  traités  par  Paul  Rossert  avec  une  surpre- 
nante virtuosité  ».  De  lui,  citons  :  Gorge  dans  la  Creuse, 
Paysage,  Une  Vallée,  Après  Vorage,  Fin  d'automne,  Tour^ 
nant  de  la  Creuse,  Soir  dans  la  Creuse,  etc.,  qui  sont  de 
vrais  petits  chefs-d'œuvre. 

Çà  et  là,  il  convient  enfin  de  citer  :  MM.  Surtel  {Pont  de 
Puyguillon)  ;  A.  Gittard  (Bords  de  la  Creuse,  1882)  ;  Lau- 
rent Guetal  {Petit  vallon  dans  la  Creuse,  1889)  ;  Jobard 
(Vieux  chemin  dans  la  Creuse);  Gumény   {Bords  de  la 


—  93  — 

Creuse)  ;  Perret  {Noce  à  la,  ferme,  1870)  ;  Dardoize  {Un  ma 
tin  dans  la  Creuse,  1881)  ;  Dujardin  (Le  Colombier)  ;  Fran- 
çois Millet,  le  fils  du  grand  Millet,  auteur  de  U Angélus 
{Landennes)  ;  F.  Leprat  (Femmes  tissant  la  toile,  Creuse, 
1895,  Labourage  dans  la  Creuse,  1898)  ;  M"**  Dubois-Daves- 
nes  (Paysannes  de  la  Creuse)  ;  et  ce  sont  encore  :  MM.  Gas- 
ton Vuillier,  Pierre  Ballue,  Gabriel  Mathieu,  Charles  Halle, 
Marcel  Fournier,  Granet,  René  Le  Cler,  Wûhrer.  Armand 
Delille,  Félix  Planquette.  M"»«  Lucy-Malfilâtre,  M.  Théo- 
Jeulin,  M"*  Rabuteaux,  Gaston  Thiesson,  etc.,  etc. 


Arrivé  au  terme  de  notre  tâche,  on  nous  permettra  de 
jeter  un  coup  d'œil  d^ensemble  sur  l'œuvre  des  peintres  du 
Limousin,  nous  entendons  ceux  qui  y  trouvèrent  ou  qui  vin- 
rent y  chercher,  au  cours  du  xix*  siècle,  et  dans  les  premiè- 
res années  du  xx«,  des  sujets  d'inspiration. 

C'est  en  Haut-Limousin,  tout  d'abord,  que  les  grands 
paysagistes  de  l'École  de  1830  se  rendirent.  Les  environs  de 
Limoges  et  de  Saint-Yrieix,  les  vallées  de  la  Glane,  de  la 
Vienne  et  du  Taurion  fixèrent  leur  attention  et  leur  palette. 
Puis  ce  furent  les  sites  marchois  de  Crozant  et  de  Fresseli- 
nes  qui  offrirent  une  abondante  matière  picturale,  quoique 
peu  variée,  aux  maîtres  de  l'impressionnisme  et  à  leurs  jeu- 
nes disciples.  Le  Bas-Limousin  ne  vint  qu'ensuite,  dans  les 
dernières  années  du  xix*  siècle.  Gimel,  Obazine,  Argentat, 
Beaulieu,  Uzerche,  etc.,  attirèrent  surtout  des  maîtres  qui 
sont  encore  en  pleine  possession  de  leur  talent,  comme 
MM.  Gaston  Vuillier,  Didier  Pouget,  Julien  Le  Blant,  Thau- 
low  —  mort  depuis  —  et  tant  d'autres. 

«  Rien  n'est  gai  comme  un  printemps  limousin,  quand 
frissonnent  dans  l'air  limpide  les  frondaisons  des  jeunes 
pousses  et  que  les  champs  de  colza  étalent  leur  nappe  d'or 
fin,  mise  pour  célébrer  le  retour  des  beaux  jours,  dit  M.  le 


94  — 


Gaston  V'uilher  :  Le  Meneur  de  Loups  tCliciié  du  Tovr  du  Mondej. 


—  95  — 

sénateur  Gotteron  (1).  On  s'est  plu  à  comparer  le  Limousin  à 
une  petite  Suisse.  Mais  la  Suisse,  petite  ou  grande,  est  tout 
entière  dans  ses  glaciers  qui  emportent  les  yeux  et  Fesprit 
vers  les  sublimités  de  l'infini.  Notre  piédestal  est  plus  mo- 
deste. Il  y  a  beaux  temps  que  les  glaciers  ont  disparu  du 
Limousin.  Mais  ils  y  ont  laissé  les  traces  les  plus  précieuses, 
les  sillons  les  plus  féconds;  ils  y  ont  les  plus  beaux  ruis- 
seaux du  monde  et  les  plus  nombreux.  Le  Limousin,  c'est 
vraiment  le  pays  des  ruisseaux.  Le  ruisseau  limousin,  ah  ! 
quelle  merveille  !  avec  ses  bords  escarpés,  sa  ceinture  de 
prairies,  ses  rochers  moussus,  ses  fougères,  ses  genêts,  ses 
vergues  et  ses  peupliers.  Invoquons-les,  ces  doux  gazouil- 
leurs.  Appelons  en  quelques-uns  parleurs  noms  charmants  : 
TAurence,  la  Briance,  la  Maulde,  TAixette,  la  Glane.  C'est 
sur  les  rives  de  ce  délicieux  cours  d'eau  que  Corot  a  pu  dire  ; 
Anché  io  sono  pittoie.  Les  plus  délicieux  de  ces  ruisselels 
sont  ceux,  comme  dit  le  poète,  qui  non  loin  de  leur  source 
vont  se  perdre  sans  nom.  Voyez  la  fontaine  du  pré,  toute 
cachée  sous  l'herbe  rieuse,  naïade  à  l'œil  noir  et  aux  vertes 
paupières.  Elle  est  toujours  froide  comme  le  marbre.  Et 
quand  vous  passez  le  soir  dans  la  vallée,  elle  se  fait  un  ma- 
lin plaisir  de  vous  jeter  sur  les  épaules  son  manleau  de  gaze 
glacée. 

«  Si  jamais  le  Limousin,  comme  le  pays  des  lacs  en  An- 
gleterre, doit  avoir  son  école  de  poètes  —  et  tant  de  jeunes 
talents  que  nous  voyons  éclore  en  sont  le  meilleur  signe 
d'espérance,  —  ce  sera  l'école  des  ruisseaux.  Nos  jeunes 
poètes  n'auront  qu'à  accorder  leur  luth  à  tant  d'harmonie 
naturelle  et  ils  chanteront  comme  eux,  divinement  ». 

Les  Maîtres  du  Paysage  limousin  ont,  eux  aussi,  accordé 
leur  palette  à  l'harmonie  naturelle  des  eaux,  comme  les 
poètes  y  ont  accordé  leur  luth.  Dans  l'œuvre  purement  limou- 
sine de  Corot,  de  Claude  Monet,  d'Armand  Guillaumin,  de 
Thaulow,  d'Eugène  AUuaud,  de  Paul  Thomas,  de  Jean  Teil- 
let,  de  Julien  Le  Blant,  de  Gaston  Vuillier,  de  Didier-Pou- 

(1)  La  Nature  Limousine  (Lemouxi,  année  1906). 


—  96  - 


Gaston  Vuillier  :  Une  Femme  des  Hauts  Plateaux 
(Cliché  du  Tour  du  Monde). 


r 


/ 


I 


—  97  — 

get,  de  Gabriel  Mathieu,  etc.,  Teau  chante  son  éternelle 
chanson,  tumultueuse  ou  calme,  dans  un  décor  de  nature 
tourmentée  ou  assagie,  sous  des  ciels  infiniment  variés,  dans 
la  lumière  cuivrée  des  automnes  ou  l'enveloppement  opalin 
et  diaphane  des  fêtes  printanières  ou  estivales,  —  alors  que 
se  dressent  les  arches  des  vieux  ponts  ou  que  tictaquent  des 
moulins  dans  un  nid  de  verdure.  —  Et  c'est  aussi  le  châtai- 
gnier, arbre  de  gloire  du  Limousin,  le  symbolisant  tout 
entier,  par  l'abondance  de  ses  frondaisons  et  la  robustesse 
de  son  fût,  qui  donne  à  l'œuvre  de  «  nos  o  peintres  un  grand 
caractère,  —  que  Paul  Ranson  dise  son  angoissante  destinée 
sous  ses  aspects  séniles,  ou  que  Paul  Madeline  en  marque 
l'agonie  au  déclin  des  beaux  jours,  dans  tout  l'or  épars  de 
l'automne,  ou  bien  encore  que  Corot  tisse  la  fine  dentelure 
de  son  feuillage  éployé,  ou  que  Didier  Pouget  dresse  son 
vert  panache  sur  un  moelleux  tapis  de  bruyères  roses  dans 
un  matin  émerveillé  ! 

Et  dans  ce  décor,  évocateur  de  beautés,  les  artistes  ont  vu 
passer  aussi  les  bêtes,  celles  qui  se  rendent  aux  foires, 
comme  celles  qui  broutent  si  tranquillement  dans  les  paca- 
ges et  les  landes;  et  les  gens  aussi.  L'existence  quiète  eL 
austère  à  la  fois  des  paysans  limousins,  leur  attachement  à 
la  glèbe,  l'intérieur  modeste  de  leurs  demeures,  la  simplicité 
fervente  de  leurs  dévotions,  comme  l'expression  si  intense 
qui  se  dégage  de  leur  visage,  s'éclairant  parfois  si  joliment 
sous  une  pensée  de  joie,  ont  donné  à  plusieurs  d'entre  eus 
l'occasion  de  montrer  qu'ils  étaient  aussi  pénétrants  portrai- 
tistes que  parfaits  paysagistes. 

Si  jusqu'ici  de  nombreux  peintres  ont  traduit  diflFérentes 
parties  du  Limousin,  que  nous  avons  signalées,  il  reste 
encore  un  domaine  immense  à  défricher.  Maints  endroits^ 
vierges  du  pinceau  ou  du  burin,  attendent  leurs  interprètes, 
aux  quatre  saisons  de  l'année.  Les  chercheurs  de  pays  igno- 
rés et  d'impressions  neuves  y  trouveront  de  quoi  satisfaire 
leur  curiosité  et  la  réalisation  de  leurs  rêves  d'art.  Ce  sera 
l'œuvre  de  demain. 

T.  XXX.  i  -  7 


~  98  - 

En  terminant  ce  travail,  nous  devons  exprimer  toute  notre 
reconnaissance  aux  personnes  qui  ont  bien  voulu  nous  four- 
nir des  renseignements  et  en  compléter  d'autres.  Nous 
devons  également  adresser  nos  plus  vifs  remerciements  à 
MM.  Etienne  MoreauNélaton,  le  délicat  artiste,  glorifica- 
teur  de  Corot,  le  docteur  Charbonnier,  directeur  de  Limo^ 
ges  Illustré,  M.  Ad.  Brisson,  directeur  des  i4nnaies,  la  direc- 
tion du  Monde  Illustré,  MM.  Hachette  et  C**,  d'avoir,  par  le 
prêt  des  clichés  des  gravures  qui  ont  été  reproduites, 
rehaussé  l'intérêt  que  peut  présenter  cette  publication  pour 
nos  compatriotes  et  le  public  soucieux  de  connaître  les  diffé- 
rentes manifestations  d'art  de  nos  provinces  françaises  (1). 


JOHANNÈS    PlaNTADIS. 


(1)  En  dehors  des  sources  déjà  indiquées,  nous  avons  consulté  pour 
cette  étude  les  catalogues  des  Salons  annuels  de  la  Société  des  ArtiS' 
tes  français,  de  la  Société  nationale  des  Beaux-Arts,  du  Salon 
d'Automne,  de  Isl  Société  des  Artistes  indépendants,  de  VUnion  den 
femmes  peintres  et  sculpteurs,  des  expositions  particulières  des 
Galeries  Georges  Petit,  Bernheim,  Durand-Ruel,  des  Artistes  moder- 
nes, Druet,  etc.,  le  Dictionnaire  des  Artistes  de  VEcole  française  de 
1800  jusqu'à  nos  jours  (1885),  de  M.  Bellier  de  La  Ghavignerie;  le 
Dictionnaire  des  peintres,  de  Siret  (1874)  ;  le  Nouveau  Dictionnaire 
des  Peintren  anciens  et  modernes,  de  Guédy,  les  notes  de  MM.  G. 
Bertin  et  L.  de  Nussac,  etc. 


NOTIOE3 


JETON  DE  CHARLES  DE  LÉVIS,  BARON  DE  CHARLUS 


GUILLBMETTE  DE  BI6ÂMËTS,  Damb  DE  MAULD£ 


Dans  le  deuxième  volume  de  son  très  intéressant 
Armoriai  du  Jetonophile,  œuvre  d'une  profonde  éru- 
dition, M.  J.  Florange,  le  savant  expert  parisien, 
décrit  ainsi  un  très  rare  et  unique  jeton  de  Charles 
de  Lévis,  baron  de  Charlus,  et  de  son  épouse,  Guil- 
lemette  de  Bigamets,  dame  de  Maulde,  frappé  à  Toc- 
casion  de  leur  mariage  :  «  Écu  parti  de  Lévis  (écar- 
«  télé  au  l*'  de  Lévis,  au  2*  de  Poitiers,  au  3*  de 
«  Ventadour,  au  4*  de  Layre,  sur  le  tout  Roger  de 
«  Beaufort),  et  de  Bigamets,  entouré  de  rinceaux  et 
«  accosté  des  lettres  C  et  G.  —  R/  :  Dans  une  cou- 
«  ronne  formée  de  deux  branches,  écusson  écartelé 
«  comme  au  parti  de  Lévis,  à  Tavers.  Cuivre*  Petit 
«  module  j^.  Cette  pièce  fait  partie  de  notre  médailler, 
nous  en  donnons  une  reproduction  en  tête  de  cettç 


—  100  — 

courte  notice  (1).  Charles  de  Lévis,  baron  de  Charius, 
fils  de  Jean  de  Lévis  et  de  Françoise  de  Poitiers,  fille 
d'Aymar  de  Poitiers  de  Saint- Vallier  et  de  Jeanne  de 
la  Tour^  fut  panetier  des  rois  Henri  II,  François  II  et 
Charles  IX,  et  grand-maltre  des  eaux  et  forêts  de  1554 
à  1563.  11  épousa,  en  1554,  Guillemette  de  Biganiets, 
dame  de  Maulde.  D'un  premier  mariage  avec  Margue- 
rite Brachet  de  Montaigu,  il  eut  Claude  de  Lévis,  qui 
hérita  du  titre  et  de  la  baronnie  de  Charius  (2). 

On  connaît  plusieurs  autres  jetons  de  cette  famille. 
Nous  citerons  seulement  celui  d'Anne  de  Lévis-Venta- 
dour,  duc  et  pair  de  France,  portant  la  date  de  1615  ; 
il  est  très  rare  (J.  Florange^  Armoriai^  tome  I•^  n** 
857)  et  celui  d'Anne  de  LéviS'Ventadour,  archevêque 
de  Bourges,  a  son  buste,  de  1655  (J.  Florange  :  Armo- 
rialy  tome  V%  n"  858.  —  Pierquin  de  Gembloux  : 
Histoire  monétaire  et  philologique  du  Berry. 
Planche  IX,  n^  12). 

Docteur  G.  Charvilhat. 


(1)  M.  J.  Florange  a  bien  voulu  nous  prêter  le  cliché  qui  illustre  ces 
lignes  ;  nous  sommes  heureux  de  lui  adresser  ici  tous  nos  remercie- 
ments. 

(2)  J.-B.  Bouillet  :  Nobiliaire  d'A uuergne  (ClermontFerrand),  1851, 
tome  III,  article  de  Lévis. 


HISTOIRE 

DE   LA 

PAROISSE  DE  SAINT-ÉLOI 

{2™*  édition) 


Le  petit  bourg  de  Saint  Eloi  (ou  Saint-Eloy,  selon 
l'orthographe  archaïque  du  cachet  de  la  mairie)  por- 
tait primitivement  le  nom  de  «  Les  Farges  ». 

Mais  à  la  fin  du  vi*  siècle,  naquit  à  Ghaptelat,  aux 
environs  de  Limoges,  et  dans  le  doyenné  de  Nieul 
un  personnage  qui  devait  devenir  illustre.  L'histoire 
nous  le  montre  trésorier  des  rois  Clotaire  II  et  Dago- 
bert  P*"  (...le  fameux  roi  Dagobert...)  puis,  aussi, 
évoque  de  Noyon. 

Après  sa  mort,  il  fut  canonisé,  c'est-à-dire  placé  sur 
les  autels,  comme  ayant  été  reconnu  saint.  Dès  lors, 
ainsi  que  tant  d'autres  bienheureux,  il  donnera  son 
nom  à  plusieurs  paroisses  (1),  particulièrement  à  la 
nôtre  et  «  Les  Farges  »  s'appellera,  désormais,  Saint- 
Eloi-de-Segur. 

Cette  adjonction  :  a  de  Ségur  »  aura  pour  but  d'évi- 


(t)  Sant*Éloi-de-Gy  (Cher);  Saint-Éloi,  arr.  deRiom;  Saint-Éloi,  arr. 
d'Ambert,  etc.,  sans  compter  les  villages  qui  portent  Tappellation  de 
Saint-Ëloi  dans  les  communes  de  La  Rochelle,  Sainte* Pragne,  Ëxci- 
deuil.  [Il  ne  s'agit  point  ici  d'Ëxcideuil,  dans  la  Dordogne.  comme  on 
pourrait  le  crojre.  Car,  en  cette  dernière  paroisse,  ainsi  que  me  l'assure 
M.  le  Curé,  il  n'y  a  point  de  lieu  dit  Saint-Ëloi.] 


—  102  — 

ter  la  confusion  avec  un  autre  Saint-Eloi,  situé  dans 
la  Creuse,  arrondissement  de  Bourganeuf  (1). 

Notre  petite  localité  qui,  ainsi  que  Saint-Julien- 
le-Vendonnais,  avait  été  de  la  châtellenie  de  Saint- 
Yrieix  (car  elle  faisait  partie  du  Haut-Limousin), 
appartint  ensuite  à  celle  de  Ségur. 

C'étaient  les  Hautefort  qui  étaient  vicomtes  de 
Ségur,  ayant  succédé  aux  Des  Cars,  en  cette  qualité. 

Notre  petite  paroisse  se  trouve  dans  le  doyenné  de 
Lubersac  (autrefois  archiprêtré)  et  en  est  éloignée  de 
prés  de  douze  kilomètres. 

...Saint-Eloi,  tout  d'abord  simple  prieuré [i) y  est 
cité  dans  les  plus  anciens  documents. 

Les  cartulaires,  c'est-à-dire  les  recueils  de  titres 
relatifs  aux  droits  temporels  des  églises,  en  font  men- 
tion fréquemment.  Le  cartulaire  d'àureils  (Haute- 
Vienne)  (3)  le  mentionne  en  Tan  1110,  sous  le  règne 
de  Louis-le-Gros. 

Une  pièce  de  1273  parle  du  prêtre  desservant  Saint- 
Eloi  et  lui  donne  seulement  le  nom  de  vicaire^ 
tandis  qu'elle  appelle  chapelain  celui  desservant 
Beyssenac. 


(1)  Elle  pouvait  avoir  lieu,  en  effet,  lorsque  les  deux  paroisses  étaient 
dans  le  môme  diocèse  ;  mais  elles  sont  aujourd'hui  dans  deux  dépar- 
tements différents  :  Saint-EIoi-Greuse  est  un  peu  plus  oonsidérable 
que  Saint-Eloi-Gorrèze,  puisque  le  premier  compte  686  habitants,  alors 
que  le  second  n'en  a  pas  400. 

(2)  Ces  mots  sont  de  ma  première  édition.  M.  Poulbrière  ne  les 
accepte  qu'avec  répugnance.  Qu'il  en  montre  la  fausseté  et,  tous  deux 
ensemble,  nous  les  rejetterons. 

(3)  Aureils  était  un  antique  prieuré,  qui  jouit,  de  1071  à  1598,  d'une 
prépondérance  extraordinaire.  Mais  il  passa  des  mains  des  Augustins 
en  celles  des  Jésuites  et,  dès  lors,  dépérit.  La  Révolution  le  tua  sans 
peine.  —  Son  cartulaire  est  des  plus  intéressants,  môme  pour  la  Gor- 
rèze.  Le  Bulletin  archéologique  du  Haut-Limousin  l'a  publié  avec 
celui  de  l'Artige. 


—  103  — 

Cent  ans  plus  tard,  Saint-Eloi  est  réuni  audit 
Beyssenac,  sous  la  main  de  Jean  du  Mas,  de  la  noble 
maison  des  du  Mas,  de  Payzac. 

Cette  maison  fournira  plus  tard  à  Saint-Eloi,  comme 
curés,  deux  Alaire  du  Mas. 

La  réunion  de  Beyssenac  et  de  Saint-Eloi,  se  pro- 
duira d'autres  fois  encore^  après  différentes  scissions, 
puis  il  y  aura  des  prêtres  exclusivement  destinés  à 
notre  chère  paroisse.  .  Ils  porteront,  cette  fois,  le  titre 
de  «  recteur  »,  car  ils  seront  devenus  autonomes. 

On  sait  que  recteur  signifie  ici  a  curé  »  et,  en  Bre- 
tagne, on  ne  dit  guère,  même  aujourd'hui,  que  : 
Monsieur  le  Recteur. 

En  1636,  le  recteur  était  Etienne  Auconsul  qui 
avait  démêlé,  pour  les  dîmes,  avec  Peyrot  du  Mas, 
alors  seigneur  du  lieu. 

En  1723,  c'était  M.  Peyrodie. 

Cette  époque  est,  incontestablement,  la  plus  bril- 
lante de  notre  petite  localité.  A  ce  moment-là,  non- 
seulement  il  aurait  été  difficile  d'accoler  au  nom  de 
notre  paroisse  le  qualificatif  de  petite  que  nous  lui 
octroyons  ci-dessus,  mais  encore  on  peut  dire  qu'elle 
avait  une  véritable  importance. 

Indépendamment  de  son  territoire  actuel,  en  effet, 
elle  comprenait  plusieurs  terres  environnantes  et, 
particulièrement,  une  portion  de  Ségur. 

Et  puis,  notre  église  est,  à  cette  époque^  bien  dotée 
et  rentée.  On  sait  que  Clovis  et  ses  successeurs,  qui 
avaient  concédé  des  fiefs  à  leurs  hommes  de  guerre, 
faisaient  des  fondations  en  faveur  des  églises  (1).  Les 

(1)  Clovis  fit  moins  un  acte  de  libéralité  qu'un  acte  de  justice,  car 


—  104  — 

particuliers,  au  cours  des  siècles,  augmentaient  peu 
à  peu  ces  fondations. 

Or,  notre  église  paroissiale  avait  des  biens-fonds 
connus  aujourd'hui  sous  les  noms  de  «  Bois-Curé  », 
«  Pré-Curé  »,  etc...(l).  Il  existe  aussi  une  terre  appe- 
lée en  patois  «  La  Meirilharia  »,  c'est-à-dire  La  Mar- 
guillerie,  dont  le  nom  indique,  évidemment,  une 
provenance  ecclésiastique.  Cette  terre  est  attenante 
au  cimetière  actuel  et  appartient  à  M.  Henri  Trarieux. 
Le  cimetière  môme  fit,  autrefois,  partie  de  La  Meiri- 
Ihariaj  et  constituait^  à  une  époque,  le  jardin  d'un 
nommé  Salamagne. 

Disons,  à  propos  de  rentes,  que  Guillaume  de  Bre- 
tagne, comte  de  Penthièvre  et  de  Périgord,  et  vicomte 
de  Limoges,  par  testament  du  24  août  1454,  fait  au 
château  de  Ségur,  donna,  à  chacune  des  églises  de 
Saint-Julien-le-Vendonnais  et  de  Saint-Eloi,  dix  livres 
à  mettre  en  rente  pour  le  bien  de  ces  églises,  sous  la 
condition,  toutefois,  d*un  service  annuel. 

Enfin,  la  richesse  relative  de  notre  paroisse  appert 
encore  d'une  pièce  qui  m'a  été  communiquée  par 
M.  Vigier  de  Gaston,  un  obligeant  ami. 

«  ...Par  contract  du  segond  septembre  1723,  Sa- 
turnin Bossavy  a  recogneu  au  sieur  Curé  de.Saint- 
Eloy,  3  "  de  rante  annuelle  obituelle  sur  une  grange 
qu'il  possède  au  village  de  La  Rivière  aiant  apartenu 
à  feu  Martial  Bossavy  qui  l'aurait  fondée  le  17  juil- 
let 1631. 

Par  contract  du  II  septembre  1666^  Jeanne  Simonet 

les  églises  de  son  temps  avaient  été,  par  les  Barbares,  dépouillées  de 
leurs  biens. 

(1)  On  trouve  à  Paris,  dans  le  XIII*  arrondissement,  une  rue  «  des 
Terres-au-Curé  t. 


—  105  - 

a  fondé  en  ladite  églize  de  SaintEloy  la  somme  de 
Trante  sols,  aussy  de  rante  annuelle  obituelle,  pour 
dire  une  messe  haulte,  sur  un  jardin  appelé  Chasteau- 
Roucher(l)  possédé  par  Saturnin  Bossavy. 

Par  testament  de  feu  Saturnin  Bossavy,  bourgeois, 
du  23  avril  1731,  il  y  est  parlée  entres  autres  chiefs, 
le  suivant  : 

Item,  ledit  Bossavy,  testateur  donne  et  lègue  à 
Monsieur  le  Curé  de  Saint- Eloy  la  somme  de  80  liures 
pour  dire  des  messes  pour  le  sallu  de  son  ame  et,  avec 
ce,  Ta  faigt  son  héritier  particulier. 

L'an  1736,  et  le  quatorzième  jour  de  juin,  je,  ser- 
gent soussigné,  certyfie  qu'à  la  requeste  de  Messire 
Martial  Duverger(2)  docteur  en  théologie,  prêtre  et 
curé  de  la  paroisse  Saint- Eloy,  habitant  au  bourg 
d'icelle  où  il  faigt  élection  de  domicilie  et,  en  outre^ 
en  la  ville  de  Ségur^  et  en  l'estude  de  M*  Pierre 
Dumas,  procureur  au  siège  dudit  Ségur,  qu'il  y  con- 


(1)  Situé  commune  de  Ségur,  et  qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  la 
c  Terre  du  Roucher  m  sise  au  hameau  de  la  Taissonnière  et  apparte- 
nant à  M.  Pouyade. 

Disons,  à  propos  de  la  Taissonnière,  que  ce  nom  doit  s'écrire  comme 
ci-avant  et  non  de  toute  autre  manière  fantaisiste.  C'était,  autrefois, 
en  effet,  un  lieu  plein  de  iaissonSy  c'est-à-dire  de  blaireaux  :  de  là 
l'appellation.  C'est  donc  à  tort  que  M.  Poulbrière  écrit  Tessonnière 
dans  son  estimable  o  Dictionnaire  des  Paroisses  i. 

Seconde  discussion  philologique  :  J'ai  un  autre  village  dont  le  savant 
auteur  sus-nommé  écrit  le  nom  Quéras- fourchas.  Pour  moi,  c'est 
Caire- Fourcha;  en  vieux  français  :  carre- fourc;  en  français  mo- 
derne :  carrefour. 

Caire-Fourcha  signifie  donc  littéralement  :  pays  fourchu,  c'est-à-dire 
en  forme  d'Y.  C'est  le  «  trivium  »  des  anciens.  Du  reste,  il  n'y  a  qu'à 
voir  pour  être  de  cet  avis. 

Et,  après  lecture  de  ma  première  édition,  M.  Poulbrière  concède  que 
j'ai  0  probablement  raison  ».  a  Mais,  à  défaut  de  temps,  ajoutet-il,  j'ai 
pris  souvent,  sans  pouvoir  les  contrôler  mûrement,  les  listes  qui  m'ont 
été  faites  ou  sur  place  ou  sur  atlas,  a  Ce  qui  s'explique  assez  avec  la 
vie  d'enseignement  continu  qu'a  menée  M.  Poulbrière. 

(2)  Successeur  de  M.  Peyrodie. 


—  106  — 

• 

stitue  pour  le  sien,  en  la  cour  ordinaire  de  la  vicomte 
dudît  Ségur,  suis  aie  en  la  susdite  paroisse  de  Saint- 
Eloy  distant  de  Ségur  d'une  lieue,  et  au  logis  et 
domicilie  de  Saturnin  Bossavy,  où  ay  trouvé  Pierre 
de  la  Jante^  curateur  dud.  sieur  Bossavy. 

Et,  parlant  à  Bossavy  et  à  Pierre,  je  leur  ai  dhu- 
ment  signiffié  par  extrait  le  contract  suivant  :  savoir, 
le  contract  du  segond  septembre  1729,  dessus  passé, 
entre  feu  Saturnin  Bossavy^  père  dudit  sieur  autre 
Saturnin,  et  le  S*"  curé  de  Saint-Eloy,  par  lequel  ledit 
feu  Bossavy  s'obligeait  de  paier  annuellement  audit 
sieur  curé  la  somme  de  trois  liures  pour  les  causes 
y  portées, 

T  La  rante  obituelle  de  trante  sols  audit  S.  curé  de 
SaLnt-Eloy  sur  un  jardin  appelé  Chasteau-Roucher. 
Et,  enfin,  le  testament  dudit  feu  Saturnin  Bossavy, 
du  22  avril  1731,  reçu  Géraud,  notaire,  en  dhue 
forme,  par  lequel  ledit  Bossavy  léga  audit  sieur  curé 
de  quoy  lui  célébrer  des  messes. 

En  conséquence  de  tout,  les  ays  assigné  à  compa- 
roir dans  trois  jours  par  devant  Messieurs  les  Officiers 
de  la  Cour  ordinaire  de  la  vicomte  de  Ségur. 

Et  se,  aux  fins,  savoir  : 

Ledit  sieur  de  la  Jante  d'authorizer  ledit  S.  Bossavy, 
son  mineur,  ou  pour  le  voir  authorizer  par  Justisse. 

Ce  faict,  ledit  Bossavy  avec  ledit  de  la  Jante^  es 
qualités  qu'il  est  pris,  sis  veoir  condemner  à  paier  au 
requérant  les  sommes  en  dispute  :  trois  liures,  trante 
aols(l)  et  certaines  eautres  encore.  » 


(1]  II  est  temps  d'avertir  que  le  sou^  monnaie  de  cuivre,  valait  douze 
deniers  en  biUon  :  du  moins,  le  sou  tournois,  car  le  sou  parisis  en 


—  107  — 

A  l'époque  de  ce  document  intéressant,  et  depuis 
plusieurs  siècles,  nous  avions  une  église  et  un  ora- 
toire. 

L'église,  que  nous  possédons  encore,  a  subi,  au 
cours  des  temps^  bien  des  transformations.  Le  chœur, 
qui  en  est  la  partie  la  plus  ancienne,  date  vraisem- 
blablement du  XI*  siècle.  Le  pignon  ouest,  autrefois 
sans  ouverture,  accuse  le  xn*.  La  date  qui  se  lit  sur 
rentrée  :  1745,  est  celle  de  la  porte  qu'on  y  a  ménagée. 

La  chapelle  de  la  Sainte- Vierge  en  est  la  portion  la 
plus  nouvelle.  On  y  remarque,  à  la  clef  de  voûte,  le 
blason  des  Lastours(l)  parfaitement  conservé.  On  re- 
trouvait ce  blason  sur  plusieurs  pierres  tombales  fort 
belles^  mais  qui  ont  servi  à  faire  des  escaliers  ou 
bien  le  piédestal  de  la  croix  s'élevant  sur  notre  petite 
place. 

La  cloche,  une  des  plus  remarquables  de  l'arron- 
dissement de  Brive,  porte  le  millésime  de  1532,  et 
eut  pour  marraine  Catherine  de  Salagnac.  Cette  noble 
dame  tirerait- elle  son  nom  du  Salagnac  que  nous 
connaissons  dans  la  Dordogne?...  Nous  ne  saurions 
le  dire.  Ce  qu'il  y  a  de  certain  c'est  qu'elle  passe  dans 
la  contrée  pour  être  originaire  de  Pompadour. 

En  tous  cas,  voici  les  renseignements  exacts  que 
l'on  possède  sur  sa  personne,  et,  plus  encore  sur  son 
mari. 

...Catherine  de  Salagnac  avait  épousé,  en  1522, 


valait  quinze.  Le  sou  tournois  représenterait  environ  trois  sous  de  notre 
monnaie. 

Quant  à  la  livre  (tournois  aussi)  elle  valait  20  sous. 

(1)  Les  Lastours  sont  originaires  de  Lastours,  dans  le  canton  de 
Nexon  :  M.  le  Doyen  de  cette  paroisse  m'a  montré,  dans  son  église, 
d'autres  clefs  de  voûtes  portant  le  même  blason. 


-  108  — 

dix  ans  avant  la  fonte  de  la  cloche,  Jacques  du  Mas, 
écuyer,  qui  fit  hommage  en  1541,  au  roi  de  Navarre, 
vicomte  de  Limoges  et  seigneur  de  Ségur,  pour  son 
hôtel  noble  du  Mas,  dans  le  château  de  ce  lieu,  et 
pour  son  «  repaire  »  du  même  nom,  assis  près  de 
Ségur,  mais  alors  dans  la  paroisse  de  Saint-Eloi(l). 

Aussi  le  roi  de  Navarre  lui  céda-t-il  la  haute, 
moyenne  et  basse  justice  sur  toute  cette  paroisse  et 
sur  une  partie  de  celle  de  Saint-Julien. 

Un  mémoire  authentique  dit  que  Jacques  du  Mas 
mit  sa  litre  dans  le  corps  de  Téglise  de  Saint-Eloi. 

Dans  le  corps,  observe  M.  Poulbrière  à  qui  nous 
empruntons  ce  détail,  parce  que  le  sanctuaire  était 
ordinairement  réservé  aux  seuls  seigneurs  du  lieu. 

...Autrefois,  ce  sanctuaire  possédait  une  vieille  sta- 
tue en  bois  représentant  sainte  Catherine.  C'était  un 
souvenir,  apparemment,  de  Catherine  de  Salagnac. 

Il  possède  encore,  mais  détériorés^  une  Vierge  et 
un  Christ  en  biscuit  de  Sèvres,  donnés  par  M.  Bru- 
net,  en  1877. 

...Mais^  pour  revenir  au  clocher,  cause  de  cette 
digression,  lequel  est  formé  par  une  tour  carrée  d'un 
très-bon  effet,  disons  que  sa  charpente  a  place  pour 
une  seconde  cloche  qui  aurait  même  existé,  jadis. 

Si  l'église  paroissiale  nous  est  restée,  l'oratoire  plus 
haut  désigné  nous  a  été  enlevé. 

Cet  oratoire,  situé  sur  les  bords  de  TAuvézère  (ou 
Haut-Vézère)  était  un  lieu  de  pèlerinage  excessive- 


(1)  Ce  repaire  avait  été  fortifié  en  1427  par  Jean  du  Mas,  premier 
pannetier  de  Jacques  de  Bourbon,  roi  de  Hongrie,  de  Jérusalem  et  de 
Sicile. 


—  109  — 

ment  fréquenté.  Il  était  dédié  à  saint  Laurent,  patron 
de  notre  antique  paroisse. 

Nous  fûmes  dépossédés  de  Toratoire  Saint-Laurent 
vers  1749. 

C'est  en  1749,  en  effet,  que  Ségur  était  érigé  en 
paroisse  (1)  pour  le  dédommager,  je  crois,  de  la  sup- 
pression de  sa  a  Cour  des  Appeaux  ». 

Or,  pour  se  constituer  paroissialement,  Ségur  pre- 
nait quelques  territoires  environnants.  Dés  lors,  notre 
paroisse  à  nous  perdait  son  oratoire^  mais  non  son 
antique  dévotion  envers  son  céleste  protecteur.  Et  la 
fête  de  Saint-Laurent  amène  toujours  une  recrudes- 
cence de  piété  envers  ce  glorieux  martyr. 

Aujourd'hui  encore  une  vieille  statuette  du  saint 
diacre  est  vénérée  chez  nous.  Elle  est  encastrée  dans 
la  maçonnerie  qui  surmonte  le  puits  de  M.  Reynaud, 
ancien  maire  de  la  commune. 

Ce  puits^  alimenté  par  la  «  Fontaine  Saint-Laurent  », 
se  trouve  dans  le  bourg,  entre  Téglise  et  le  cimetière. 

Ladite  statuette  attire  l'attention  de  plusieurs  ca- 
tégories de  malades,  mais,  plus  spécialement^  comme 
je  l'ai  constaté^  de  ceux  qui  souffrent  des  dents. 

...Revenons  à  l'oratoire  dont  nous  fûmes  dépos- 
sédés. 

Jusqu'en  1791,  il  conserva  une  destination  reli- 
gieuse. A  cette  époque-là^  il  fut  désaffecté  (comme 
la  chapelle  de  l'Aumônière),  et  transformé  en  salle 
devant  servir  de  corps-de-garde.  Depuis  1819,  le 
corps-de-garde,  à  son  tour,  est  converti  en  maison 


(1)  Sous  le  patronage  de  Saint-Léger,  qui  avait  à  Ségur  une  cha- 
pelle, sur  remplacement  de  laquelle  on  construisit  l'église. 


—  110  - 

d'habitation,  et  occupé,  aujourd'hui,  par  M"*  Octavie 
Renaudie. 

Le  curé  de  Saint-Eloi  était,  à  l'époque  où  notre 
paroisse  fut  réduite  au  profit  de  sa  voisine,  Martial 
Duverger,  déjà  nommé.  Et  le  successeur  immédiat  de 
M.  Duverger  fut,  probablement,  M.  Mousnier  des 
Etangs,  décédé  en  1779. 

A  la  grande  Révolution,  la  paroisse  avait  pour  pas- 
teur M.  l'abbé  Fournier. 

Voici  ce  qu'en  dit  M.  A.  Lecler  en  rendant  compte 
de  ma  première  édition  dans  le  Bibliophile  Limou- 
sin de  juillet  1907  : 

a  M.  Fournier  Antoine  est  né  à  Bourganeuf  le 
12  janvier  1748.  Il  fit  ce  qu'on  appelait  le  quin- 
quennium,  ou  cinq  ans  d'études  au  Séminaire  d'An- 
gers et  prit  ses  grades  à  l'Université  de  cette  ville. 
C'est  après  cela,  qu'étant  sous-diacre,  il  entra  au 
Séminaire  des  Ordinands  de  Limoges  au  mois  d'oc- 
tobre 1771  (1). 

a  A  l'ordination  du  Carême^  en  1772,  il  fut  or- 
donné prêtre^  et  resta  ensuite  quelque  temps  dans 
sa  famille,  sans  emploi;  mais  en  1779,  il  fut  nommé 
curé  de  Saint-Eloi,  près  Ségur,  aujourd'hui  canton 
de  Lubersac  (Corrèze),  pour  remplacer  M.  Mousnier 
des  Estangs,  décédé  au  mois  d'avril. 

a  Après  dix  ans  de  ministère  dans  cette  paroisse, 
la  Révolution  vint  l'en  chasser  et  installer  à  sa  place 
un  jeune  prêtre,  constitutionnel  et  intrus^  nommé 
François  Bardon  de  Brun,  né  à  Ségur  en  1766.  En 

(1)  Livre  des  examens  pour  la  réception  des  Ordinands,  p.  49.  Aux 
archives  de  l'Évôché. 


—  111  — 

effet,  oc  quand  fat  imposé  au  clergé  de  France  le  ser- 
ment de  la  constitution  civile  du  clergé,  en  1790, 
Tabbé  Fournier  refusa  courageusement  ce  serment, 
et  après  bien  des  tracasseries  de  la  part  de  ses  parois- 
siens, il  prit  le  chemin  de  Texil  en  1791. 

«  Le  pieux  abbé  Fournier  fut  imité  par  son  con- 
frère de  Ségur,  M.  Tabbé  Meynardie^  et  on  croit  que 
tous  deux  passèrent  en  Angleterre  (1). 

«  Après  la  Révolution,  on  trouve  Antoine  Fournier 
résidant  à  Bourganeuf  en  1802.  Il  fut  nommé  par 
Mgr  Dubourg,  en  1803,  curé  d'AUeyrat,  près  Au- 
busson;  mais  il  refusa  ce  poste,  préférant  rester  à 
Bourganeuf,  où  il  servit  de  vicaire  pendant  quelque 
temps.  En  1804,  il  est  aussi  dit  curé  de  Faux- 
Mazuras,  près  cette  dernière  ville. 

a  II  fut  ensuite  nommé,  le  5  décembre  1805,  curé 
de  Saint-Junien-la-Brugère,  qu'il  quitta  aussi  pour 
revenir  à  Bourganeuf.  Enfin^  nommé  à  Bosmoreau,  il 
desservit  cette  paroisse  en  résidant  à  Bourganeuf,  où 
il  était  aussi  aumônier  des  Pénitents  bleus. 

«  Le  Sous-Préfet  de  Bourganeuf,  dans  un  rapport 
au  Préfet  de  la  Creuse  le  3  mai  1818,  a  écrit  : 
«  M.  Fournier  Antoine,  âgé  de  soixante-dix  ans,  curé 
de  Bosmoreau,  est  un  ecclésiastique  recommandable 
sous  tous  les  rapports  et  dans  tous  les  temps,  i» 

a  II  est  mort  au  mois  de  décembre  1819,  dans  la 
soixante-douzième  année  de  son  âge.  3> 

Depuis  la  Révolution,  la  paroisse  de  Saint-Eloi 
était  demeurée  sans  pasteur,  l'ancien  presbytère  ayant 

(1)  Histoire  de  U  paroisse  de  Saint- Éloi^  publiée  eu  1907  par 
P.-J.-B.  Joffre,  curé  de  Saint-filoi. 


—  112  — 

été  vendu  par  la  Constituante  comme  propriété  na- 
tionale. 

Il  en  fut  ainsi  longtemps,  la  commune  ne  fournis- 
sant pas  le  local  nécessaire  au  logement  d'un  titulaire. 

Saint-Eloi  perdit  presque  son  titre  de  paroisse  et 
devint,  en  quelque  sorte,  annexe  de  Ségur.  Les  des- 
servants de  cette  dernière  localité  furent  autorisés  à 
signer  :  Curé  de  Ségur  et  de  Saint-Eloi. 

...En  1880,  le  presbytère  actuel  fut  acheté  à  la 
famille  Villouvier,  et  Tévôque  voulut  bien  donner  un 
curé  à  notre  petite  paroisse. 

Ce  fut  l'abbé  Lacoste. 

L'abbé  Guillaume  Lacoste,  comme  veut  bien  me^ 
l'apprendre  son  neveu,  avocat  au  barreau  de  Tulle, 
fut  précepteur,  d'abord,  du  fils  du  marquis  de  Leu- 
deville,  à  Leudeville,  près  Paris,  et,  plus  tard,  dans 
le  Gers,  du  fils  de  M.  Lacase - Laplagne ,  ancien 
ministre  des  finances.  Après  son  préceptorat  chez 
M.  Lacase-Laplagne^  il  fut  successivement  aumônier 
du  Collège  de  Lectoure,  curé  de  Lézian  et  Aussios, 
dans  le  diocèse  d'Auch,  et  rentra  enfin^  sur  ses  vieux 
jours,  dans  le  diocèse  de  Tulle. 

Mais  citons  M.  Lacoste  : 

a  Mon  oncle  a  vécu  et  il  est  mort  pauvre,  aimant 
à  répandre  autour  de  lui  ce  qu'il  possédait. 

a  Je  suis  heureux  que  vous  lui  consacriez  un  sou- 
venir dans  votre  ouvrage.  C'était  un  cœur  incompa- 
rable. Ceux  qui  l'ont  connu  n'ont  pu  s'empêcher  de 
l'aimer.  » 

En  1882,  M.  Adrien  Magne  succéda  à  Tabbé  La- 
coste. Il  resta  huit  ans  dans  la  paroisse.  Son  suc- 


—  113  - 

cesseur  fut  M.  Ouvrard,  aujourd'hui  aumônier  de 
THospice  de  Brive. 

Après  M.  Ouvrard,  il  y  eut  un  veuvage  de  deux  ans 
qui  prit  fin  par  la  venue  de  M.  Tabbé  Lascaux,  lequel 
trouva  dans  la  paroisse  une  mort  regrettable. 

Après  cet  incident,  que  l'on  pensait  de  nature  à 
dégoûter  tout  ecclésiastique,  M.  Tabbé  Joffre  arriva 
cependant. 

Au  cours  de  son  ministère,  ce  prêtre  a  fait  réaliser 
à  Téglise  des  réparations  qui  ont  satisfait  tous  les 
paroissiens.  A  l'occasion  de  Tinventaire,  il  a  fait  faire 
exclusivement  aux  hommes  une  manifestation  paci- 
fique et  noble  qui  a  attiré  sur  notre  petite  paroisse 
Tattention  de  tout  le  département;  et^  enfin,  il  a  été 
spontanément  honoré  du  secrétariat  de  la  mairie^  ce 
qui  a  attiré  un  instant  sur  celte  commune  l'attention 
de  toute  la  région!...  Honneur  à  Saint-Eloi!... 

P.-J.-B.  Joffre. 


T.  XXX.  i  —  8 


1  BRiïlSTE  A  LA  G0NGIER6ERŒ 

(TZIElR.A^ZDOZe.    JLN    II) 


Le  4  thermidor  an  II  comparaissaient  devant  le 
tribunal  révolutionnaire,  première  section,  salle  de 
la  Liberté,  vingt-cinq  prévenus,  tous  rattachés  à  la 
conspiration  dite  de  Dillon,  ou  conspiration  des  Pri- 
sons. Il  y  avait  là  une  octogénaire,  la  Maréchale  de 
Noailles,  sa  fille  et  sa  petite-fille  ;  le  vicomte  de  La 
Châtre,  ancien  lieutenant -général  ;  «  la  veuve  de 
a  Saint-Juire,  ci-devant  conseiller  au  Parlement  »  ; 
la  veuve  Duvaugarnier  ;  le  général  de  Fiers,  âgé  de 
38  ans,  ancien  général  en  chef  de  Tarmée  des  Pyré- 
nées, un  des  officiers  de  la  Monarchie  qui  avaient 
acclamé  la  Révolution  ;  le  fermier  général  de  La- 
borde^  un  Mécène  de  Tancien  régime,  «  engraissé  de 
la  substance  du  peuple  »,  avait  ajouté  de  sa  main 
Fouquier-Fiuville  sur  Pacte  d'accusation,  Pex-consti- 
tuant  Gossin,  des  domestiques  et  des  ouvriers.,  eux 
aussi  ff  complices  de  tous  les  crimes  et  de  toutes  les 
ce  conspirations  de  Capet  contre  la  natioq  française  ». 
Enfin,  pour  arrondir  apparemment  le  chiffre  un  peu 
faible  de  la  fournée^  on  y  avait  joint  un  jeune  homme 
de  17  ans,  presque  un  enfant.  Celui-là,  arrêté  quel- 
ques jours  auparavant  sous  un  prétexte  quelconque,  à 
Paris  même  où  il  était  venu  terminer  ses  études, 
s'était  présenté  aux  huissiers,  dans  les  couloirs  de  la 
prison,  en  entendant  appeler  le  prévenu  «  Maillé  ». 


~  116  - 

C'était  de  son  vrai  nom  Jean-Joseph  Meynard  de 
Mellet,  né  à  Brive  le  26  décembre  1776,  fils  unique 
de  Joseph-Julien  Meynard  de  Mellet  (d'une  famille 
originaire  de  TuUe)^  et  de  Catherine  Maledent  de  la 
Bastille,  habitants  de  Brive.  11  était,  d'après  les  re- 
gistres paroissiaux  de  Téglise  Saint-Martin  de  Brive, 
le  filleul  de  Messire  Jean-Joseph  Peyrac  ou  de  Pey- 
rac,  son  grand-oncle,  écuyer,  ancien  commissaire  de 
la  marine,  habitant  de  Paris,  rue  Neuve,  paroisse 
Saint-Eustache.  Son  acte  de  baptême  porte  les  signa- 
tures suivantes  : 

a  La  Bastille,  Meynard  de  Lafaurie,  Puymarets 
d'Espagnac,  du  Griffolet,  de  Farge^  d'Arche,  du  Grif- 
folet,  de  Scorailles,  d'Espagnac,  de  Verlhac,  de  la 
Bachellerie,  le  chev.  de  Corn^  v'*  de  Cosnac,  du  Sail- 
lant du  Luc,  Brival,  Meynard  de  Mellet  père,  de  Gi- 
libert,  d'En  val,  Verlhac  ». 

La  famille  Meynard  de  Mellet,  qui  possédait  des 
biens  à  Chamboulive  et  la  seigneurie  de  Mellet,  en 
Périgord,  était  dans  l'aisance.  Elle  avait  à  Brive  une 
sépulture  dans  l'église  des  Pénitents  blancs,  (Saint- 
Pierre). 


Tou3  les  accusés  furent  condamnés.  Depuis  la  loi 
de  prairial^  il  n'y  avait  plus  de  défense.  Lorsqu'un 
prévenu  ouvrait  la  bouche  pour  donner  quelque  expli- 
cation, le  président  lui  coupait  la  parole.  Le  jeune 
Mellet,  confondu  avec  Maillé  qui  était  resté  en  pri- 
son, fut  frappé  de  la  peine  capitale,  sans  avoir  pu 
dire  un  mot.  «  Il  est  évident,  lit-on  dans  Tacte  d'ac- 


—  117  - 

cusalion,  qu'il  tramait  avec  Pitt  contre  la  République 
Française  ».  Son  homonyme  Maillé  s'était  d'ailleurs 
rendu  coupable  d'un  crime  de  rébellion  caractérisé. 
Gomme  on  lui  servait  un  poisson  avarié,  il  l'avait, 
d'après  ce  que  rapporte  M.  Wallon,  jeté  à  la  tète  du 
traiteur  ou  de  son  garçon.  A  supposer  que  l'erreur  sur 
la  personne  de  l'assigné  ait  été  reconnue  au  cours  de 
la  procédure  sommaire,  la  justice  révolutionnaire 
n'aurait  pas  moins  ordonné  l'exécution  ;  a  un  peu 

plus  tôt,  un  peu  plus  tard qu'importe  !  »,  telle  eût 

été  son  appréciation.  Meynard  de  Mellet  ne  gardait-il 
pas  dans  tous  les  cas  sur  son  visage,  suivant  le  mot 
d'un  espion  des  comités,  ce  que  les  ci-devant  ne  peu- 
vent perdre  de  leur  ancien  regard  ?  Et  n'avait-on  pas 
guillotiné,  quelque  jours  auparavant,  le  petit  Saint- 
Amaranthe,  un  enfant  qu'on  appelait  Lili,  comme 
complice  de  sa  mère  et  de  sa  sœur  dans  la  grande 
conspiration  de  Cécile  Renaud  contre  Robespierre? 
a  II  ne  leur  faut,  disait  LoiseroUes  père  prenant  la 
«  place  de  son  fils,  que  leur  compte  de  tètes  ». 

Barrère,  au  nom  du  comité  de  Salut  public,  venait 
de  proclamer,  devant  la  Convention,  la  nécessité  de 
prendre  des  mesures  pour  l'évacuation  des  prisons. 
L'accusateur  public,  courbé  sous  un  labeur  écrasant, 
n'y  regardait  pas  de  si  près,  si  bien  que,  dans  ces 
heures  tragiques,  elle  devenait  une  vérité,  cette  spiri- 
tuelle et  dernière  épigramme,  décochée  à  ses  juges 
par  le  journaliste  Champcenetz  :  «  Pardon,  président, 
«  c'est  peut-être  comme  dans  la  garde  nationale? 
et  N'y  aurait-il  pas  des  remplaçants?  » 


—  118   - 

Et  par  une  tiède  soirée  d'orage,  qu'a  décrite  l'abbé 
Carrichon,  confesseur  des  dames  de  Noailles,  lequel 
les  suivit  jusqu'à  Téchafaud,  le  pauvre  Meynard  de 
Mellet  monta  dans  cette  sinistre  charrette,  dont  un 
contemporain  a  dit  que  c'était  la  bière  des  vivants  et 
que  la  populace  parisienne  appelait  familièrement  \ 

a  le  carrosse  à  trente-six  portières  ».  Les  condamnés,  i 

les  mains  liées^  serrés  les  uns  contre  les  autres,  caho-  i 

tés  et  se  cramponnant  aux  ridelles,  s'y  tenaient  avec 
peine,  les  uns  debout,  les  autres  assis.  Le  lieu  des  ! 

exécutions,  sur  la  réclamation  des  habitants  du  quar- 
tier de  la  Madeleine,  avait  été  transféré  de  la  place  de 
la  Révolution  à  la  Barrière  du  Trône  renversé,  dans 
la  direction  de  Vincennes.  Le  funèbre  cortège  s'y 
rendait  par  le  pont  au  Change  et  le  faubourg  Antoine. 
L'ex-constituant  Gossin,  un  homme  de  six  pieds,  fut 
exécuté  le  dernier  ou  l'un  des  derniers,  après  avoir, 
d'après  un  témoin  oculaire,  examiné  curieusement  la 
guillotine. 

Le  Moniteur  du  10  thermidor  donne,  avec  le  dé- 
tail des  événements  du  9  thermidor,  une  liste  sur 
laquelle  figure,  parmi  les  condamnés  du  4,  tous 
«  convaincus  de  s'être  rendus  les  ennemis  du  Peuple 
a  en  participant  aux  conspirations  et  complots  formés 
«  dans  la  maison  d'arrêt  du  Luxembourg^  J.  Meynard- 
«  Mellet,  âgé  de  17  ans,  né  à  Brive-la-Gaillarde,  ex- 
ce  noble  ». 

Ainsi  périt,  guillotiné  à  la  place  d'un  homonyme 
et,  d'après  les  pièces  mêmes  de  la  procédure,  pour 
un  fait  auquel  il  était  étranger,  cet  autre  Lesurque, 
innocente  victime  dont  les  historiens  de  l'époque  révo- 
lutionnaire ont  à  peine  retenu  le  nom  ;  ce  qui  n'em- 


—  119  — 

pécha  pas  d'ailleurs  la  condamnation  et  Texécution, 
deux  ou  trois  jours  après,  du  prévenu  Maillé^  que  la 
première  citation  n'avait  pas  touché. 

Que  devenaient,  dans  tout  cela,  les  malheureux 
parents,  restés  devant  leur  foyer  désert  ?  Le  l***"  floréal 
an  IX,  décédait  à  son  tour,  à  Brive,  après  Tunique 
héritier  de  son  nom,  Joseph-Julien  Meynard  de  Mel- 
let,  qualifié  propriétaire,  âgé  de  60  ans,  époux  de 
Catherine  Maledent  de  la  Bastille.  Le  déclarant  était 
son  neveu,  Pierre  Lavialle  de  Lameillère^  homme  de 
loi,  habitant  de  Chamboulive  (1). 

J.  DE  Saint- Germain. 


(1)  Sources  :  Wallon,  Histoire  du  Tribunal  révolutionnaire;^ 
Archives  de  la  Mairie  de  Brive  ;  —  Gosselin-Lenôtre,  Vieilles  Mai- 
sons, Vieux  Papiers  ;  —  Rapport  sur  les  Papiers  de  Robespierre, 
par  le  conventionnel  Courtois  de  l'Aube. 


LE  MONASTÈRE  DE  GOIROUX 


11  nous  a  paru  intéressant  de  reproduire  un  acte 
authentique  du  30  janvier  1749  signé  par  la  supé- 
rieure et  les  religieuses  bénédictines  de  Tabbaye  de 
Coiroux  près  Aubazine.  Cette  pièce  originale  contient 
des  noms  très  connus  en  Limousin. 

Le  verso  de  Tacte  porte  cette  suscription  : 

Du  30  janvier  Ï749. 

Quittance  consentie  par  les  dames  religieuses  com- 
posantes, la  Communauté  de  Coiroux  en  faveur  du 
sieur  Jacques  Fournet  de  Beauclair  de  la  somme  de 
300  1.  en  cancellation  d'une  rente  constituée  au  ca- 
pital de  pareille  somme,  consentie  par  le  sieur  Fournet 
au  profit  de  laditte  communauté  par  contrat  du 
26  mars  1745.  Reçu  par  Monteil  n^'*  Royal  et  CouUé. 
Laditte  quittance  sous  seing  privé. 

Au  recto  nous  lisons  : 

* 

«  Nous  louise  de  Saulvebœuf  supérieure  commis- 
saire de  Coyroux,  assistée  de  sœur  Marguerite  de 
Gilibert  cellerière,  et  autres  religieuses  composant  la 
dite  communauté  de  Coyroux  déclarons  avoir  ressut 
du  sieur  Jacque  fournet  de  beauclaire  bourgeoit  abi- 
tant  la  ville  de  larche  la  somme  de  trois  cens  livres 
en  espèces  de  cours;  de  rante  constituée  due  à  la 
communauté  suivant  le  contract  du  ving  et  six  mars 
milles  sept  cens  quarante  sinq,  ressut  par  monteil 
notaire  royal  duëmant  contreroUée  par  ozon,  en- 


—  122  — 

semble  tous  les  revenus  legitimemant  dûs,  distraction 
faite  du  dixième  ;  avancé  par  ledit  sieur  fournet  la- 
quelle susdite  somme  de  trois  cens  livres  les  susdites 
religieuses  onst  dit  vouloir  employer  aux  deptes  les 
plus  privilégié  de  la  dite  communauté^  et  le  dit  sieur 
fournet  de  son  chef  à  dit  provenir  des  deniers  de 
demoiselle  suzanne  cabanis  sont  epouze^  les  dites 
r'gg**  on  remis  lespecdiction  dudit  contract  promet- 
tant rédiger  la  présante  quitance  par  devant  notaire 
et  témoins  a  la  première  réquisition  qui  leur  en  seroit 
faite  ;  fait  dans  le  parloir  de  Coyroux  paroisse  de  cor- 
nil  le  trantieme  janvier  milles  sept  cens  quarante 
neuf. 

S""  de  Saulvebœuf  supérieure  commissaire. 

S*"  de  S.  leon  de  losse. 

S*"  losse. 

S'  de  Darche. 

S""  de  Germain. 

S*"  de  la  bachellerie. 

S^  de  S**  fortunade. 

S""  de  Flomont. 

S*"  de  Gilibert  celleriere. 

S*"  de  Chassaing. 

S""  de  bertin. 

Nous  avons  tenu  à  respecter  la  ponctuation  et  l'or- 
thographe de  cette  pièce  curieuse,  qui  nous  fait  con- 
naître le  nom  de  famille  des  religieuses  de  Coiroux 
au  milieu  du  xvm*  siècle.  Nous  y  voyons  qu'elles 
appartiennent  à  la  noblesse  du  pays.  Elles  étaient 
évidemment  des  religieuses  de  chœur. 

J.-B.    ESPÉRET. 


ECUS  D'OR 

(P*ixi   ci\x   lM£o3rexi-^Gre) 

Trouvés  au  Mas,  près  du  hameau  de  Puy-Jarige, 

COMMUNE  DE  BrIVE 


Une  intéressante  trouvaille  de  monnaies  d'or  a  été  faite, 
l'an  dernier,  par  le  sieur  Mayjonade,  propriétaire  au  Mas, 
près  du  hameau  de  Puy-Jarige  ;  ces  monnaies  présentent 
deux  types  différents  : 

1^  CHARLES  VII  (1422-1461) 
D.  Écu  d'or,  couronné,  aux  armes  de  France,  accosté  de 
deux  lys  couronnés. 
Lég,  KAROLVS.  DEI.  GRACIA.  FRANCORV.  REX. 

R.  Croix  cantonnée  de  quatre  couronnelles  dans  un  qua- 
drilobe. 

Lég,  XPC.  VINCIT.  XPC.  REGNAT.  XPC.  IMPERAT. 
(Christus  vincit,  Christus  régnât,  Christus  imperat). 

20  DAUPHIN  VIENNOIS  (1440-1456) 
D.  Champ  écartelé  de  France-Dauphiné. 
Lég.  LVDOVICUS.  DALPHS.  (Dalphinus)  VIENENSIS(l). 

R.  Croix  cantonnée  de  deux  lys  et  de  deux  Dauphins. 
Lég.  XPC.  VINCIT.  XPC.  REGNAT.  XPC.  IMPERAT. 

Les  Dauphins  Viennois  ont  possédé  au  Moyen-Age  le 
droit  de  battre  monnaie  ;  ils  ont  transmis  ce  droit  aux  fils 
des  Rois  de  France  et  aux  Rois  qui  leur  ont  succédé  dans  la 
souveraineté  du  Dauphiné. 

(1)  Qui  fut  plus  tard  Louis  XI,  à  la  mort  de  son  père  Charles  VII. 


—  124  — 

Eq  effet,  par  contrat  passé  au  château  de  Vincennes  le  23 
avril  1343,  entre  le  roi  Philippe  VI  et  le  Dauphin  de  Vien- 
nois, Humbert  II,  ce  dernier  fit  cession  du  Dauphiné  au  roi 
de  France,  sous  condition  que  l'héritier  de  la  couronne  por- 
terait le  titre  de  Dauphin  et  moyennant  une  somme  de 
120,000  florins  d'or. 

Les  écus  d'or  trouvés  au  Mas  étaient,  paraît-il,  au  nombre 
d'une  trentaine,  t^lus  accommodant  que  certains  autres  au- 
teurs de  trouvailles  de  ce  genre,  le  sieur  Mayjonade  a  cédé 
deux  de  ces  écus  à  M.  Rupin,  pour  le  médailler  de  notre 
Musée.  Je  n'ai  eu  qu'à  copier  les  légendes  écrites  par  M.  E. 
Rupin  sur  les  cartons  où  sont  placées  ces  monnaies. 

Leur  flan  est  très  mince,  comme  au  surplus  celui  de  toutes 
les  monnaies  d'or  du  Moyen-Age.  L'Amérique  n'était  pas 
encore  découverte  et  les  mines  d'or  de  l'ancien  Continent 
s'épuisaient  ! 

Ph.  Lalande. 


BIBLIOGRAPHIE 


Au  mois  de  juillet  dernier  nous  avons  reçu  de  Tauteur, 
M.  Tabbé  Martial  Soullier,  chanoine  de  Tulle,  un  ouvrage  de 
recherches  sur  la  vie  du  T.  R.  P.  Louis  Soullier,  son  frère, 
né  à  Meymac,  qui  fut  troisième  supérieur  général  de  l'ordre 
des  Oblats,  ordre  fondé  par  Mgr  de  Mazenod,  évêque  de 
Marseille. 

Nous  le  voyons  avant  tout  excellent  prêtre,  habile  organi- 
sateur, très  courageux,  chez  les  sauvages  peaux-rouges  des 
rives  du  Saskatshewan,  à  Ceylan,  au  Texas,  au  Transvaal; 
puis  en  Espagne,  France,  etc.  Il  refusa  un  évêché  du  car- 
dinal Guibert. 

Ce  livre  est  très  intéressant;  il  sort  de  l'imprimerie 
Mazeyrie  de  Tulle.  Nous  ne  pouvons  que  le  signaler  très 
avantageusement,  pour  ceux  que  les  missions  religieuses 
intéressent,  les  amateurs  de  voyages  et  de  propagation  de  la 
langue  française. 

Au  mois  de  novembre  nous  avons  encore  un  autre  livre 
d'un  auteur  presque  Limousin,  de  M.  Espéret,  docteur  en 
droit  et  professeur  d'histoire  au  Collège  de  Brive.  C'est  un 
traité  de  haute  politique  internationale  sur  la  neutralité  ou 
la  possession  riveraine  et  maritime  des  détroits  au  point  de 
vue  des  guerres  qui  peuvent  surgir  entre  les  peuples. 

Le  principal  motif  invoqué  est  l'état  des  Dardanelles  et 
du  Bosphore,  dépendant  de  la  Turquie  qui  barre  la  sortie 
dans  la  Méditerranée,  des  navires  de  la  Russie,  de  la  Rou- 
manie et  de  la  Bulgarie,  et  qui  a  empêché  la  flotte  russe  de 
la  mer  Noire  d'aller  en  Mandchourie  au  moment  de  la 
guerre  avec  le  Japon.  Il  est  d'autres  détroits  dont  il  serait 
très  intéressant  d'établir  la  neutralité,  tels  que  Gibraltar, 
Singapour,  Bab-^'  ^  ^^Qnnu^» 


-   126  — 

L'œuvre  est  parfaitement  menée  et  travaillée  avec  le  plus 
grand  soin,  pleine  de  documents  pris  dans  une  foule  d'ou- 
vrages. 

Ce  livre  sera  évidemment  sur  les  tables  dans  les  Congrès 
politiques  à  venir. 

G.  DE  Lépinay. 


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U  GROÏÏE  DE  SAINT-GOION 


Quand  on  renaonle  le  cours  du  ruisseau  de  Plan- 
chetorte(i),  on  voit  s'ouvrir,  à  gauche,  un  petit  vallon 
qu'encadrent  des  pentes  assez  abruptes,  de  fai- 
ble hauteur.  Un  abri  sous  roche,  dont  la  base  est  à 
quelques  mètres  seulement  du  thalweg,  en  marque 
l'entrée;  il  se  compose  d'excavations  naturelles  peu 
profondes,  dont  la  plus  grande,  de  forme  semi- 
circulaire,  ne  mesure  que  trois  mètres  sur  six.  Au- 
dessus  de  cette  petite  grotte  est  une  anfractuosité,  de 
dimension  encore  plus  restreinte,  à  laquelle  on  accède 
par  un  escalier  de  quatre  marches  taillées  de  main 
d'homme  dans  le  roc.  Cet  escarpement  est  connu, 
dans  le  pays,  sous  le  n&tn  de  «  lo  rotro  de  Secoundou  », 
le  roc  ou  la  grotte  de  Saint-Gondon. 

Tout  près  de  là,  au  fond  du  même  vallon,  une 
maison  de  paysans  est  accrochée  à  la  paroi  rocheuse. 
Maçonnée  sur  le  devant,  creusée  dans  le  brasier  (2) 
sur  le  derrière,  cette  habitation,  moitié  grotte  et  moi- 
tié bâtiment,  ne  parait  pas  avoir  plus  d'un  siècle 
d'existence.  On  y  remarque,  toutefois,  trois  chemi- 
nées qui  sont  peut-être  plus  anciennes.  Elle  sert 
actuellement  de  logis  à  une  famille  de  cultivateurs 
qui  occupe  deux  des  pièces  et  a  installé  ses  bestiaux 


(1)  Près  et  commuue  de  Brive. 

(2)  Les  gens  du  pays  désignent  ainsi  le  grès  du  trias. 


—  128  — 

dans  la  troisième.  Une  légende  dit  que  cette  maison 
aurait  été  le  siège  du  prieuré  de  Saint-Gondon  (i). 

Quel  est  le  saint  dont  le  nom  reste  attaché,  dans  les 
souvenirs  populaires,  à  la  petite  grotte  des  environs 
de  Brive,  et  qui,  d'après  la  légende,  aurait  été  le 
patron  du  prieuré  de  Planchetorte?  A  Toccasion  de 
son  étude  si  documentée  sur  le  culte  des  fontaines 
en  Limousin  (2),  M.  Louis  de  Nussac  a  fait  des  re- 
cherches très  minutieuses  sur  la  grotte  de  Saint- 
Gondon  et  a  bien  voulu  m'en  communiquer  le  ré- 
sultat. Saint-Gandon  ou  Gondon  serait,  peut-être,  le 
même  personnage  que  GondnU  {sa7ictus  Gondulfus) 
qui^  après  avoir  été  évêque  de  Milan  au  vi*  siècle, 
se  serait  fait  ermite  et  serait  mort  près  de  Gien  (Loi- 
ret) au  lieu  appelé  aujourd'hui  Saint-Gondon.  Dans 
son  Histoire  de  Brive  {^)y  Leymonerie  dit  que  saint 

(1)  Je  dois  à  une  obligeante  communication  de  M.  Philibert  Lalande 
ces  renseignements  topographiques.  Pour  faciliter  les  touristes  et  les 
archéologues  qui  voudraient  visiter  la  grotte  de  Saint-Gondon,  je 
transcris  ici  ce  passage  très  précis  de  «la  lettre  de  mon  aimable  cor- 
respondant :  «  L'Atlas  départemental  de  la  Corrèze  (carte  des  cantons 
de  Brive  et  de  Larche)  ne  fait  pas  mention  de  Saint-Gondon  ;  mais, 
cherchez  Champ,  au  sud  de  Brive;  prenez  le  sentier  (ligne  verte)  qui 
descend  de  ce  village  au  ruisseau  de  Planchetorte  et,  de  là,  se  dirige 
vers  le  Chastanet;  quittez-le  après  avoir  franchi  le  ruisseau;  vous 
trouverez  une  autre  ligne  verte  (un  autre  sentier)  parallèle  à  la  rive 
droite  du  ruisseau  ;  suivez-la  en  amont  jusqu'au  vallonnet  que  vous 
verrez  à  gauche  de  ce  sentier  :  c'est  le  vallon  de  Saint-Gondon.  Le 
roc  est  à  gauche,  au  confluent,  et  l'habitation  à  mi-côte,  au  fond  de  ce 
petit  vallon,  en  remontant  vers  le  troisième  plateau  du  Chèvre-Cujol, 
côte  268.  » 

(2j  Les  Fontaines  en  Limousin,  culle,  pratiques,  légendes.  —  Voici 
ce  que  dit  M.  de  Nussac  de  la  fontaine  de  Saint-Gondon,  p.  22  :  «  Las 
founs  Sent-Gandou,  sources  intermittentes  dans  de  petits  creux  de 
rochers  pratiqués  dans  une  grotte  de  la  vallée  de  Planchetorte,  près 
Brive  ;  rappelle  une  ancienne  maison  de  religieuses  située  auprès,  et 
sujet  d'une  vieille  chanson  populaire  satyrique,  Las  Menetas  de  Sent- 
Gandou,  aujourd'hui  complètement  perdue.  Anciennement,  pèlerinage 
le  15  mai,  pratiqué  au  xvi»  siècle;  contre  les  maux  d'yeux.  » 

(3)  Histoire  de  Brive- la-Gaillarde  et  de  ses  environs,  18t0,  p.  154, 
note  L 


-  129  - 

Gondon  aurait  été  évêque  de  Cahors,  ce  qui  expli- 
querait, dans  une  certaine  mesure,  le  culte  dont  il 
était  Tobjet  sur  les  confins  de  son  diocèse;  mais  M.  de 
Nussac  n'ayant  pas  trouvé  le  nom  de  Gondon  sur  les 
catalogues  d'évêques  de  Cahors,  on  peut  douter  de 
Texactitudedu  renseignement  donné  par  Leymonerie. 
M.  Tabbé  Pourradier,  curé  de  Saint-Gondon  (Loiret), 
a  écrit  l'histoire  de  sa  paroisse  et  du  personnage  qui 
lui  a  donné  son  nom{l);  il  ne  parle  pas  du  séjour 
que  Termite  aurait  pu  faire  dans  les  environs  de 
Brive. 

La  question  reste  donc  obscure  et  les  Vies  des 
saints  du  Limousin  (2)  ne  nous  permettront  pas  d'y 
répondre,  puisqu'elles  ne  mentionnent  ni  le  culte  ni 
le  nom  de  ce  saint.  L'ermite  du  Berry,  dans  des  péré- 
grinations ignorées,  s'est-il  arrêté  sous  le  rocher  de 
Planchetorte  et  y  a-t-il  laissé  le  souvenir  de  sa  piété 
et  de  ses  vertus?  Un  religieux  de  Saint-Gondon  (3) 
a-t-il  porté  en  ce  lieu  quelque  relique  du  saint  et 
y  a-t-il  bâti  un  oratoire?  Nous  en  sommes  réduits  à 
n'émettre  que  des  hypothèses. 

Ce  qui  est  certain,  c'est  que  le  nom  de  Gondon  est 
étranger  au  pays,  qu'il  y  a  été  importé  à  une  époque 
déjà  lointaine;  qu'il  est  resté  attaché  à  une  grotte 
solitaire,  et  que,  dans  cette  grotte  et  sous  ce  vocable. 


(1)  Notice  sur  Saint-Gondon, 

(2)  Labiche  de  Reignefort.  Six  mois  des  Vies  des  saints  du  diocèse 
de  Limoges  et  de  tout  le  Limousin.  —  Vies  des  saints  du  diocèse  de 
Tulle,  par  MM.  les  rédacteurs  de  la  Semaine  Religieuse. 

(3)  D'après  M.  l*abbé  Pourradier,  la  bourgade  de  Saint  Gondon  (Loi- 
ret) aurait  été  autrefois  une  ville  forte  ;  elle  avait  un  prieuré  de  Béné- 
dictins. La  fontaine  d'eau  minérale,  qui  y  jaillit,  était  réputée  au 
XVII*  siècle. 


—  130  - 

un  oratoire  a  été  construit,  qui,  pendant  plusieurs 
siècles,  a  attiré  de  nombreux  pèlerins. 
.  Il  n'existe,  à  ma  connaissance,  aucun  document 
permettant  de  dire  que  Saint-Gondon  de  Planchetorte 
a  été  un  prieuré.  Leymonerie  a  écrit  qu'un  «  monas- 
tère ou  hermitage  de  religieuses  »  avait  été  construit 
anciennement  en  ce  lieu.  «  On  y  voit  encore,  dit-il, 
des  restes  de  la  chapelle  adossée  à  un  rocher  escarpé.  » 
S'il  déclare  n'avoir  trouvé  aucune  note  précise  sur  cet 
établissement,  «  la  chanson  triviale  :  Les  Menètes  de 
Saint'Gondorij  etc.,  suffirait,  ajoute-t-il,  pour  prou- 
ver son  existence.  Des  vieillards  se  souviennent  qu'on 
allait  en  dévotion  à  Saint-Gondon,  et  qu'on  y  fi.  hait 
en  terre  de  petites  croix  de  bois(l)  ». 

L'usage  de  planter,  aux  abords  de  la  grotte,  des 
croix  de  bois,  s'est  perpétué  jusqu'à  nos  jours.  M.  de 
Nussacen  a  remarqué  un  certain  nombre  en  1889.  Il 
a  vu  aussi,  à  cette  époque,  des  traces  de  constructions 
aux  alentours,  sans  pouvoir  y  reconnaître  un  reste  de 
l'ancienne  chapelle.  Un  bénitier  sculpté,  recueilli  dans 
ces  ruines,  sei'ait  conservé,  parait-il,  par  un  cultiva- 
teur de  Ghèvre-Cujol. 

La  chanson  Les  Menètes  de  Saint-Gondon.  est 
complètement  oubliée,  et  les  ruines  de  l'oratoire  ont 
entièrement  disparu.  On  ne  saurait  douter,  cepen- 
dant, de  l'existence  en  ce  lieu  d'un  vieux  sanctuaire. 
La  tradition,  qu'entretiennent  encore  quelques  pra- 
tiques pieuses,  est  confirmée  par  un  document  pré- 
cis, conservé  dans  les  Archives  de  la  Haute-Vienne. 
Il  reste  à  savoir  ce  qu'était  ce  sanctuaire. 

(i)  Histoire  de  Brive-la-Gaillardet  p.  254,  note  1. 


—  131   — 

Nous  devons  écarter  tout  d'abord  Thypothèse  d'nn 
monastère  de  femmes.  Nos  annales  n'en  parlent  pas. 
Un  simple  prieuré,  le  logis  des  recluses,  la  chapelle 
conventuelle  auraient  laissé  des  traces  caractéristiques. 
Le  site  ne  se  prêtait  pas  à  un  établissement  de  ce 
genre.  Les  vestiges  de  constructions,  observés  par 
Leymonerie  et  M.  Louis  de  Nussac,  ne  peuvent  être 
que  d'un  très  modeste  oratoire.  Les  Menèies  de  Saint- 
Gondon  étaient,  sans  doute^  des  filles  dévotes,  unies 
par  les  liens  d'une  congrégation  séculière,  qui  veil- 
laient à  l'entretien  de  la  petite  chapelle  et  s'y  ren- 
daient, à  certains  jours  de  l'année,  pour  y  réciter  des 
prières. 

Le  lieu  était  admirablement  propice  aux  manifes- 
tations de  la  piété  populaire.  Rien  ne  manquait  au 
décor  qui  frappe  les  imaginations  naïves  :  un  vallon 
désert;  des  parois  de  rocs  abruptes,  percées  de  ca- 
vernes qui  avaient  été  habitées  aux  temps  préhisto- 
riques et  où  l'on  trouve  encore  des  vestiges  de  l'in- 
dustrie des  premiers  hommes;  une  grotte  d'un  accès 
difficile,  dans  laquelle  coule  une  fontaine  intermit- 
tente; enfin,  la  tradition  enseignant  qu'un  saint  ermite 
avait  vécu  sous  cet  abri. 

Une  chapelle  fut  construite,  à  une  époque  reculée, 
au-dessus  de  la  grotte.  Ce  fut,  pour  les  habitants  des 
paroisses  voisines,  un  lieu  de  pèlerinage.  «  De  tout 
temps  et  par  tradition  »,  dit  l'acte  que  nous  publions, 
s'y  rendaient  en  dévotion  «  ceux  quy  estoient  tra- 
vaillés de  fluxions  de  goutte  et  de  mal  des  yeux,  où 
ils  recepvoient  quelque  soulagement  considérable  en 
frottant  et  lavant  les  yeux  de  l'eau  qui  descoule  dudit 
rocher  deux  divers  jours  seulement  de  la  sepmaine  ». 


Il  n'y  avait  pas  de  chapelain  spécialement  attaché 
à  l'oratoire.  Les  prêtres  de  Brive  et  des  paroisses  limi- 
trophes y  célébraient  la  messe  lorsqu'ils  accompa- 
gnaient des  groupes  de  pèlerins.  Le  15  mai  était  la 
date  des  grandes  dévotions,  la  fête  de  saint  Gondon. 
Ce  jour-là  le  peuple  se  rendait  en  foule  à  la  grotte  et 
se  lavait  à  Teau  de  la  fontaine. 

La  faveur  dont  jouissait  le  saint  ermite  dura  jus- 
qu'au milieu  du  xvii*  siècle.  Vers  1645  la  grotte  com- 
mença à  être  délaissée  ou,  du  moins,  n'attira  qu'un 
nombre  restreint  de  pèlerins.  Si  les  paysans  du  voi- 
sinage lui  restaient  fidèles,  continuaient  à  fréquenter 
la  fontaine  guérissante,  à  implorer  saint  Gondon^  à 
planter  dans  le  sol  de  petites  croix  formées  de  deux 
morceaux  de  bois  liés  par  un  fil  blanc,  les  habitants 
de  Brive  et  des  bourgades  voisines  ne  s'y  transpor- 
taient plus  en  masse;  la  chapelle  n'était  pas  entre- 
tenue, ses  murs  se  lézardaient,  sa  toiture  laissait 
passer  la  pluie.  On  n'y  disait  plus  la  messe.  Le  culte 
de  saint  Gondon  était  en  décadence. 

Cet  état  de  chose  durait  depuis  trente  ans,  quand 
Pierre  de  Fieux,  conseiller  au  présidial  de  Brive,  eut 
le  désir  de  restaurer  le  pèlerinage.  11  était  propriétaire 
de  la  grotte  et  du  terrain  qui  l'entoure  (I).  Par  l'acte 
que  nous  reproduisons,  daté  du  î20  août  1675,  il  fonde 
une  vicairie  dans  la  chapelle  et  donne  à  la  dite  chapelle 
et  au  chapelain  qui  la  desservira  le  sol  de  la  grotte  et 


(1)  Le  lieu  dit  de  Saint- Gondon  (grotte  et  parcelles  attenantes)  était 
une  dépendance  de  la  propriété  de  Marcillac,  qui  appartenait  à  la  fa- 
mille de  Fieux  de  Montaunet.  Au  hameau  de  Marcillac,  situé  sur  un 
point  culminant,  séparé  de  Saint-Gondon  par  la  vallée  de  Planche- 
torte,  on  voit  une  maison  de  la  fin  du  xv*  siècle,  qui  doit  être  l'an- 
cien logis  des  de  Fieux  (Renseignements  donnés  par  M.  Philibert 
Lalande). 


un  petit  enclos  qui  l'environne,  comprenant  quinze 
sétérées  de  terrain  en  nature  de  champ  labourable,  de 
pré  et  de  vigne.  Le  produit  de  ce  bien  eût  été  insuf- 
fisant pour  la  nourriture  d'un  homme.  Aussi  Pierre 
de  Fieux  n'entendait-il  pas  imposer  au  vicaire  la  rési- 
dence et  le  service  exclusif  de  la  chapellenie.  La 
grotte  étant  située  dans  la  circonscription  paroissiale 
de  Saint-Martin  de  Brive,  c'est  un  prêtre  de  cette 
I  paroisse  qui  devait  bénéficier  de  la  fondation,  à  la 

I  condition  de  dire,  dans  la  chapelle  de  Saint-Gondon, 

vingt  messes  chaque  année  aux  jours  qui  seraient 
fixés  par  le  donateur  et  le  curé  de  la  paroisse. 

Le  chanoine  Jean  Vielbans,  curé  de  Saint-Martin, 
est  partie  contractante  à  l'acte.  C'est  lui  qui  accepte 
la  donation  et  prend  l'engagement  d'en  exécuter  la 
charge.  Pierre  de  Fieux  le  nomme  «  premier  chap- 
-  pellain  de  la  dite  vicairie,   pour  dans  icelle  faire 

I  touttes  les  fondations  requises   et  nécessaires  tant 

pour  l'honneur  et  gloire  de  Dieu  et  du  sainct,  que 
soulagement  de  ceux  qui  auront  dévotion  au  bon 
sainct  Gondon,  pour  jouir  de  ladite  vicairie  et  sus- 
dicts  fonds  pendant  sa  vie  ».  Au  décès  du  chapelain, 
le  fondateur  réserve  pour  lui  et  ses  héritiers  la  dési- 
gnation du  successeur.  Les  réparations  et  l'entretien 
de  l'oratoire  sont  à  la  charge  du  vicaire  ou  de  la 
paroisse.  De  Fieux  et  les  siens  auront  le  droit  de  faire 
peindre  une  litre  avec  leurs  armes  sur  le  mur  de  la 
chapelle,  d'établir  un  banc  dans  l'intérieur,  et  de  se 
faire  enterrer  dans  le  sanctuaire. 

\  L'acte  du  20  août  1675  a  été  signalé  par  M.  J.-B. 

Champeval  dans  un  article  du  journal  Le  Concilia- 
leur,  en  1891.  11  me  semble  que  cette  mention  ne 


I 


—  134  — 

suffit  pas  et  qu'il  est  intéressant  de  le  publier  en  son 
entier.  Les  renseignements  qu'on  y  trouve,  en  effet, 
sont  de  nature  à  détruire  la  légende,  trop  longtemps 
accréditée,  du  monastère  de  Saint-Gondon  ;  ils  nous 
donnent,  en  même  temps^  quelques  détails  précis 
sur  un  sanctuaire  peu  connu  et  un  pèlerinage  du 
Bas-Limousin  au  milieu  du  xvii*  siècle. 

René  Fage. 


Donation  du  sol  et  grotte  de  Saint-Gondox,   1675. 

Dans  la  ville  de  Brive,  Bas-Limosin  et  maison  de  Mons' 
M®  Pierre  de  Fieux,  écuyer,  sieur  de  Lignoyre  conseiller  du 
roy  au  siège  présidial  de  la  présente  ville,  le  vingtiesrae 
jour  du  mois  d'aoust  mil  six  cent  soixante  quinze,  après 
midy,  régnant  Louis  roy  etc.,  etc.,  pardevant  moy  notaire 
royal  soubzsignê,  présents  les  témoins  bas  nommés,  s'est 
personnellement  constitué  le  dit  sieur  de  Fieux,  lequel  de 
son  bon  gré  et  franc  vouUoir,  en  présence  de  Monsieur 
M*  Jean  Vielbans,  docteur  en  théologie,  prêtre,  chanoine  et 
curé  de  l'église  collégiale  St.  Martin  de  la  dite  présente  ville, 
a  dict  et  représenté  qu'il  lui  appartient  un  domaine  situé 
dans  le  villaige  de  Marcilhat,  parroisse  du  dict  St.  Martin  et 
appartenances  d'icelluy,  duquel  dépend  un  certain  rocher  où 
il  y  a  une  grotte,  sive  caverne  creuzée,  que  de  tout  temps  et 
par  tradition  a  este  appellée  du  nom  de  Sainct  Gondon,  dans 
lequel  de  mesme  durée  de  temps  plusieurs  parroisses,  tant 
du  voysinage  que  d'autres,  ont  eu  certaine  dévotion,  parti- 
cullièrement  ceux  quy  estoient  travaillés  de  lluxions  de  goutte 
et  de  mal  des  yeux,  où  ils  recepvoient  quelque  soulagement 
considérable  en  frottant  et  lavant  les  yeux  de  l'eau  quy  des- 
coule du  dit  rocher  deux  divers  jours  seulement  de  la  sep- 
maine,  à  raison  de  quoy  et  affin  d'augmenter  la  dévotion  à 
ce  bon  saint,  le  dit  sieur  de  Fieux  a  déclaré  estre  en  volonté 


—  135  — 

et  dans  le  pieux  désir  de  faire  quelque  fondation  pour  un 
chappelain  ou  vicaire  affln  qu'à  Tadvenir  on  y  puisse  celle- 
brer  la  saincte  messe.  En  considération  duquel  desseing,  le 
dit  sieur  Defieux  auroit  ci  devant  passé  contract  avecq 
Mons'  M«  Jean  Verlhac,  aussy  docteur  en  théologie  et  pour 
lors  curé  de  la  sus  dite  éylise  St.  Martin  et  a  présent  officiai 
de  Monseigneur  l'evesque  de  Limoges  pour  le  dit  Bas- 
Limosin,  lequel  a  demeuré  inexécuté  et  sans  effect,  à  cause 
de  la  résignation  de  la  dite  cure  en  faveur  du  dit  s'  Viel- 
bans;  en  raison  de  quoy  le  dit  sieur  de  Fieux  désirant 
accomplir  cette  dévotte  et  pieuse  résolution,  a  donné  comme 
donne  par  ces  présentes  à  la  dite  chappelle  et  à  celluy  quy 
la  desservira  et  à  ses  successeurs,  premièrement  :  le  sol 
dans  lequel  cette  saincte  grotte  est  scituée  et  en  outre  un 
fonds  de  terre  quy  consiste  en  quinze  septerées  de  terre  ou 
environ,  scitué  ez  environs  de  la  chappelle,  le  tout  tenant 
ensemble,  consistant  en  terre,  boys  et  vigne  confrontant  (1). 
aux  debvoirs  et  conditions  que  s'ensuivent  :  scavoir  est  que 
le  dit  s'  chappelain  ou  vicaire  quy  desservira  la  dite  vicairie 
et  son  successeur  à  Tadvenir,  seront  tenus  de  dire  tous  les 
ans  vingt  messes  basses  suivant  l'intention  et  les  jours  quy 
seront  marqués  et  stipulés  par  le  dit  s'  de  Fieux  et  le  dit 
sieur  chappelain  ou  vicaire,  lors  de  la  première  messe  quy 
se  cellebrera  dans  la  sus  dite  chappelle;  auquel  temps  aussy 
les  confrontations  des  sus  dites  quinze  septerées  de  terre 
seront  remplyes  et  orientées.  Et  pourra  le  dit  s'  de  Fieux  et 
les  siens,  sy  bon  leur  semble,  mettre  autour  de  la  dite  chap- 
pelle une  littre  avec  leurs  armes,  ensemble  le  premier  banc 
et  des  tombeaux  dans  icelle  comme  fondation.  A  ces  fins  el 
pour  parvenir  à  son  entier  desseing  et  [attendu]  que  la  dite 
grotte  se  trouve  dans  l'estandue  de  la  parroisse  de  la  dite 
présente  ville,  le  dit  s*"  de  Fieux  a  supplié  le  dit  s'  Vielhana 
curé  de  donner  son  consantement  pour  la  protection  de  ce 
divin  ouvraige;  à  quoy  agréablement  le  dit  s""  Vielbans  a 
donné  les  mains  tant  pour  luy  que  pour  ses  successeur?!.  En 

(1)  ici  un  blanc  de  deux  lignes. 


—  !:m  — 

considération  de  quoy  le  dit  s""  de  Fieux  a  voulu  et  veut  que 
le  dit  sieur  Vielbans  soit  et  demeure  nommé,  comme  il  le 
nomme  dez  à  présent  par  ces  présentes,  pour  premier  chap- 
pellain  de  la  dite  vicairie,  pour  dans  icelle  faire  toutes  les 
fondations  requises  et  nécessaires  tant  pour  l'honneur  et 
gloire  de  Dieu  et  du  sainct,  que  soulagement  de  ceux  qui 
auront  dévotion  au  bon  sainct  Gondon,  pour  jouir  de  la  dite 
vicairie  et  sus  dits  fondz  pendant  sa  vie  ;  après  laquelle  et 
decedz  du  dit  sieur  Vielbans,  le  dit  s'  de  Fieux  se  réserve  et 
aux  siens  la  nomination  du  dit  vicaire  les  masles  prefferés 
aux  femelles  et  les  héritiers  aux  autres,  et  les  femelles  seu- 
lement à  deffaut  de  masles,  et  les  héritiers  des  uns  et  des 
autres  prestres  en  tout  temps  aux  puynés.  Et  quoy  qu'il  aye 
esté  dict  autres  foys  messe  dans  la  dite  chappelle  et  qu'on  a 
discontinué  despuys  trente  ans  ou  environ,  le  dit  s' Vielbans 
est  aussy  prié  d'avoir  la  bonté  de  faire  approuver  le  tout  à 
mon  dit  seig'  l'evesque  de  Limoges  et  d'obtenir  le  pouvoir 
de  bénir  et  reconcillier  la  dite  chapelle  le  plustot  quy  se 
pourra  pour  ne  rettarder  pas  la  dévotion  et  le  service  divin 
de  la  dite  chapelle  ;  après  laquelle  obtantion  et  cellebration 
de  la  saincte  messe  le  s*"  curé  en  la  dite  qualité  de  vicaire 
commencera  de  jouir  du  fondz  donné  à  la  dite  chappelle 
pour  Tacchepvement  et  perfection  de  la  bâtisse  et  charpanle, 
a  laquelle  le  dit  s*"  de  Fieux  ne  sera  obligé  de  contribuer 
d'aulcune  chose.  Et  pour  l'entrettenement  de  tout  ce  dessus, 
les  partyes  ont  obligé  tout  leurs  biens  présents  et  advenir, 
juré  etc.,  renoncé  etc. 

Présens  à  ce  Pierre  Chastaing,  bourgeois,  et  Jean  Lemas, 
marchant,  habitans  du  dit  Brive,  tesmoings. 

Ainsy  signés  à  Toriginal  des  présentes  :  de  Fieux  contrac- 
tant; Vielbans,  curé  de  Brive,  acceptant;  Chastaing  présent; 
Le  Mas  présent,  et  moy  Estienne  Mayne,  notaire  royal  du 
dict  Brive  (I). 


(1)  Archives  départementales  de  la  H  au  te- Vienne,  série  6,  769. 


TITRES  k  DOCUMENTS 

OONOH3RN-A.NT 

LE   LIMOUSIN   &    LE  QUERCY 


Un  Épisode  de  l\  Guerre  de  Cent  ans 

Le  Château  de  Roussille  et  les  Malemort 

(1365-1367) 

Au  cours  des  recherches  —  malheureusement  trop 
peu  fructueuses  pour  moi  —  que  j'ai  faites  au  Public 
Record  office  [\)j  j'ai  rencontré  nombre  de  pièces 
intéressant  le  Limousin,  mais  j'étais  là  pour  le 
Quercy^  un  peu  pressé  par  le  temps,  et  je  n'avais 
pas  d'ailleurs  assez  de  compétence  en  histoire  limou- 
sine pour  faire  d'utiles  découvertes  intéressant  nos 
voisins.  Pourtant  au  hasard  de  mes  lectures  dans  les 
interminables  rouleaux  de  parchemin  d'Edouard  III, 
j'ai  rencontré  le  document  suivant  qui  m'a  paru 
curieux  et  capable  de  figurer  dans  la  collection  du 
Bulletin  archéologique  de  Brive.  C'est  une  supplique 
de  Guillaume,  seigneur  de  Malemort  et  de  Brive,  et 
de  sa  femme^  Galienne  de  Malemort,  adressée  au  roi 
d'Angleterre,  alors  maître  et  seigneur  de  nos  régions 
(1367),  contre  un  de  ses  plus  célèbres  lieutenants,  le 
bâtard  d'Albret,  que  le  document  appelle  Bertrand  de 
Lebret(2).  Le  dit  chef  de  bande,  avec  ses  compagnons 
Héliot  Vaillan,  Périnet  de  Senac,  et  Sicard  de  Mont- 
gyon  et  autres,  escalada  pendant  la  nuit  le  château 


(1)  Je  profite  de  roccasion  pour  remercier  la  Société  archéologique 
de  Brive  qui  avait  bien  voulu  contribuer  par  une  généreuse  souscrip- 
tion au  mérite  de  mes  recherches. 

(2)  Je  ne  saurais  dire  si  c'est  le  même  que  le  trop  fameux  Bertugat 
d'Albret  dont  il  est  parlé  dans  toutes  les  histoires  locales. 


—  138  — 

de  Roiissille{l)  et  enleva  la  sœur  de  Galienne,  Blan- 
che de  Malemort,  qu'il  contraignit  à  Tépouser,  «  en 
grant  deshoneur  »  de  toute  sa  parenté.  Ce  n'est  pas 
seulement  de  ce  rapt  que  se  plaignent  les  auteur^  de 
la  supplique,  mais  aussi  de  ce  que  le  bâtard  d'Albret 
s'empara  en  même  temps  de  Théritage  de  Jaubert  de 
Malemort,  père  de  Blanche  et  de  Galienne.  Or  le  tes- 
tament de  messire  Jaubert  était  formel  :  il  faisait 
Galienne  sa  légataire  universelle  et  ne  léguait  à 
Blanche  que  la  dot  nécessaire  pour  entrer  en  reli- 
gion. Celle  qui  est  devenue  par  force  la  femme  du 
bâtard  d'Albret  a  devoii  estre  noiiayne  ».  C'est 
contre  cette  spoliation,  principalement^  que  protes- 
tent Guillaume  et  Galienne  de  Malemort.  Le  chef  de 
bande,  en  effet,  a  confisqué  «  les  terres,  biens,  chas- 
teaux  et  villes  qui  furent  dudit  mons.  Jaubert,  père 
naturel  et  loyal  (légal)  desditz  filles  ».  Galienne  ainsi 
frustrée,  demande  que  le  spoliateur  soit  cité  devant 
le  Conseil  royal  de  Londres  pour  répondre  de  ses 
usurpations,  attendu  que  pendant  deux  ans,  par  sa 
puissance  et  ses  intrigues,  il  a  empêché  d'aboutir  le 
procès  intenté  devant  la  Cour  de  Guyenne. 

Le  roi  écrit  à  son  fils  Edouard,  prince  de  Guyenne 
et  de  Galles,  d'évoquer  l'affaire  devant  lui,  et,  après 
avoir  entendu  les  parties,  de  la  terminer  conformé- 
ment à  la  justice. 

C'est  dans  cette  lettre  otïîcielle,  en  latin,  que  se 
trouve  comprise  la  supplique,  laquelle  est  écrite  en 
français  et  doit  être  en  sa  forme  originale. 


(1)  Ce  château  de  Roussille  est  indiqué  dans  le  voisinage  de  Neuvic 
en  la  carte  féodale  du  Limousin  de  M.  Champeval.  Je  n'ai  rien  trouvé 
dans  le  DiciionnsLire  de  M.  Poulbrière. 


—  139  — 

Quant  à  identifier  soit  Guillaume  de  Malemort(l), 
soit  Jaubert,  père  de  Galienne  et  de  Blanche,  tous 
deux  qualifiés  seigneurs  de  Brive  et  de  Malemort,  je 
n'ai  pas  les  éléments  nécessaires  et  tout  le  monde  sait 
combien  est  difficile  la  généalogie  des  Malemort.  [1 
faudrait  réunir  des  éléments  très  épars  en  espace  et 
en  durée  et  encore  aurait-on  beaucoup  de  confusion 
à  cause  du  grand  nombre  des  enfants  dans  une  même 
famille  et  de  la  similitude  des  prénoms.  Je  profiterai 
seulement  de  Toccasion  pour  compléter^  en  le  corri- 
geant un  peu,  un  détail  du  fragment  généalogique 
que  M.  Clément-Simon  a  donné  dans  ce  Bulletin,  il 
y  a  déjà  quelques  années  (2). 

Il  fait  allusion  dans  une  note  relative  à  Aymeric  de 
Malemort,  fils  du  sénéchal  du  même  nom,  à  ses  pos- 
sessions en  Quercy.  Ce  n'est  pas  de  Salvignac,  mais 
de  Salviac,  qu'Aymeric  était  seigneur.  Salviac  appar- 
tenait en  1241  à  Guillaume  de  Gourdon  et  c'est  dans 
les  environs  de  cette  ville  que  se  trouvaient  les  terres 
que  donna  ce  seigneur  à  Obazine  pour  la  fondation 
du  monastère  de  Tabbaye  nouvelle  (3).  La  même  année 
il  faisait  hommage  au  comte  de  Toulouse  pour  ses 
possessions  de  Gourdon  et  pour  le  château  de  Sal- 
viac (4).  Or  le  23  septembre  1246  nous  voyons  le 
comte  de  Toulouse  inféoder  à  Aymeric  de  Malemort 
tout  ce  que  ce  seigneur  avait  acquis  de  Guillaume  de 
Gourdon  à  Gourdon  et  à  Salviac  (5).  Comme  Aymeric 
est  dit  damoiseau,  il  s'agit  du  fils  du  sénéchal,  et  c'est 

(1)  Voir  la  note  au  début  de  la  pièce  justificative. 

(2)  Âonée  1891,  page  562. 

(3)  Lacoste,  Histoire  du  Quercy,  II,  p.  253. 

(4)  Histoire  du  Languedoc,  VIII,  col.  1980. 

(5)  Ibidem,  col.  1994. 


-  140  - 

peut-être  par  alliance  qu'Aymeric  de  Malemort  eut 
Salviac  et  certaines  terres  de  Gourdon.  En  1269  il 
demandait  à  Alphonse  de  Poitiers,  successeur  de  Ray- 
mond VII,  à  lui  faire  hommage  de  Salviac  et  de  ses 
dépendances,  comme  avaient  fait  ses  prédécesseurs 
aux  comtes  de  Toulouse  (1).  Plus  tard  dans  l'acte 
de  1286  par  lequel  le  roi  de  France,  interprétant  avec 
Edouard  P'  le  traité  de  Paris  de  1259,  fait  assigner 
les  rentes  qu'il  paiera  au  roi  d'Angleterre,  sur  di- 
verses terres  et  juridictions  du  Quercy,  nous  trouvons 
cité  le  ressort  de  la  baron  nie  d'Aymeric  de  Male- 
mort (2). 

Dans  les  premières  années  du  xiv*  siècle  il  cédait 
ses  possessions  quercynoises  à  Pierre  Ballene,  varlet 
du  roi  de  France,  ainsi  que  nous  l'apprennent  des 
lettres  patentes,  autorisant  ledit  varlet  à  faire  cette 
acquisition  de  terre  noble,  quoique  roturier  (3).  L'on 
m'excusera  d'avoir  ajouté  ces  détails  peu  connus  sur 
ce  personnage,  bien  qu'ils  n'aient  aucun  rapport  avec 
le  document  que  je  publie  ici.  E.  Albe. 


(1)  Correspondance  d'A,  de  P.,  édition  Molinier,  t.  I,  n"  1438.  L'acte 
des  olim  (1272)  signalé  par  M.  Clément-Simon,  porte  que  le  seigneur 
de  Salviac  et  son  oncle  l'archidiacre  de  Limoges  avaient  été  accusés 
d'avoir  donné  asile  à  des  meurtriers,  tandis  qu'au  contraire  ils  avaient 
bien  accueilli  le  bayle  de  Salviac  qui  venait  les  arrêter  et  lui  avaient 
même  promis  main-forte. 

(2)  Item  ressortum  in  baronia  Aymerici  de  Malamorte  in  qua  sunt 
villa  de  Salviaco  et  ejus  pertinentie,  villa  Sancti  Âlbini  et  parocbia 
(Saint-Aubin,  canton  de  Dommes,  Dordogne),  et  riparium  de  Lacosta, 
villa  de  Laborda...  (ces  deux  lieux  sont  de  la  commune  de  Léobard, 
près  de  Salviac),  riparium  de  la  Fontada...  de  Clopiac  ..  de  Costerausta 
et  ejus  pertinentie  (ces  trois  lieux  sont  de  la  commune  de  Gourdon). 

(3)  D'après  les  Vascon  Rolls,  rouleau  n*  79,  V  parchemin  de  ce 
rouleau.  Le  môme  rouleau  renferme  plusieurs  documents  concernant 
la  ville  de  Limoges.  Le  parchemin  n*  5  se  rapporte  à  Guillaume  de 
Malemort,  alias  de  Courson.  damoiseau  du  diocèse  de  Limoges,  qui 
obtient  appel  du  Grand-Conseil  de  Bordeaux,  qui  Ta  condamné,  auprès 
de  la  Cour  du  Parlement  de  Guyenne. 


-  141  - 

f?ex...  (Edwardus)..,  primogenito  nostro  Edwardo  prin- 
cipi  Aquitanie  et  wallie,  salutem. 

Ex  hibuerunt  nobis  dilectus  et  fidelis  noster  Guillelmus, 
dominus  d^  Malamorte  et  de  Bryva,  et  Galiana  de  Mala- 
MORTE,  xixor  ejuSy  quandam  petitionem,  cujus  ténor  sequU 
tur  in  hec  verba  : 

«  A  nostre  très  excellent  et  très  redouble  seigneur  le  Roy, 
supplient  humblement  les  vostres  humbles  subgetz  Guilliam 
de  Malemort,  sire  de  Malemort  et  de  Brive,  et  Galiane  de 
Malemort,  sa  femme,  de  vostre  principauté  de  Gyene  et 
chescun  deaux  tout  come  chescun  touche  et  poct  toucher, 
conjoinctement  ou  devisement  que,  come  mons(eigneur) 
Jaubert  de  Malemorty  chevalier,  jadis  sire  de  Malemort  et 
de  Brive,  defunct,  ait  fait  et  institué  sa  héritière,  en  touz 
ses  biens  moebles  et  non  moebles,  en  tote  sa  universale 
succession,  en  son  dreyner  testament  et  en  toutes  ses  autres 
ordinances  par  lui  fêtes,  sa  dite  file  Galiane,  femme  dudit 
Guilliam,  et  après  la  mort  et  deces  dudit  mons'  Jaubert, 
mons'  Bertrand  de  Lebret  bastard,  estant  le  pais  de  Limosin 
et  de  toute  Gyene  en  vostre  vraye  obéissance  et  subjection, 
se  eschala  de  nuyt  le  chastel  appelé  de  Rossile,  et  Heliot 
Vaillan  et  Perinet  de  Senac,  et  Sichard  de  Montgyon,  et 
plusours  autres  lors  complices  et  fautors,  aveuc  ledit  bas- 
tard  de  Lebret,  touz  habitans  de  vostre  principauté  de  Gyene, 
et  se  prisrent  de  fait  et  ravyrent  par  force  et  robberent  la 
soer  de  ladite  Galiane,  appelée  Blanche  de  Malemort,  fille 
dudit  mons.  Jaubert,  —  quidans  et  pensans,  ledit  bastard, 
Tavandite  Blanche  estre  heritere  dudit  mons.  Jaubert  son 
piere,  laquele  chose  n'est  mye,  mes  devoit  estre  nonayne  et 
religiouse,  par  la  ordinance  de  son  piere  a  laquele  se  repor- 
tent les  ditz  supplians,  —  et  la  amena  devers  soi  et  de  fait  la 
esposa  pour  femme,  encontre  sa  volonté,  et  de  touz  ses  amys 
et  parents,  countes,  viscountes  et  barons  de  tôt  son  linage  et 
en  grant  deshoneur  d'iceux,  et  nient  meins  si  prist  et  occupa 
de  fait  ledit  bastard  tote  la  tere,  biens  et  chasteux  et  villes, 
qui  feurent  dudit  mons.  Jaubert,  père  naturel  et  loyal  des 


—  142  - 

ditz  filles  Blanche  et  Galiane  ;  desqueux  terre,  biens,  chas- 
teux  et  villes,  la  dite  Galiane  est,  de  droit  et  de  reson,  droi- 
turiere  et  vraie  heritere,  einsi  corne  plus  a  plain  apiert  par 
les  testamentz  dudit  mons'  Jaubert,  esqueux  se  rapportent 
les  ditz  suppliantz,  et  lesditz  biens  tient  de  fait  et  occupez 
ledit  bastard  par  sa  malice  et  par  la  puissance  de  ses  amys, 
en  grant  domage,  préjudice  et  desheritement  de  ladite  Ga- 
liane et  dudit  Guilliam  son  mari,  en  tant  que  la  dite  Galiane 
ne  ad  de  quoi  vivre  ne  meintenir  son  estât  en  aucune  manere, 
mes  la  covendra  est  [sic  pour  estre)  mendiante,  sinon  que, 
par  vostre  très  excellente  et  très  redoute  seigneurie,  roial  et 
accoustumee  justice,  ne  li  est  pourveu  de  remède  conve- 
nable, que  pour  Dieux  et  en  œuvre  de  charité  vous  pleise 
asditz  suppliantz  otroier  lettres  citatories  encontre  ledit  bas- 
tard  au  cerfayn  et  compétent  jour,  devant  vostre  noble  con- 
seil de  Loundres,  pour  respondre  asditz  suppliantz,  et  a 
chascun  deaux,  tout  come  chescun  touche  ou  poet  toucher 
conjoinctement  ou  devisement,  a  touz  les  choses  que  eaux 
ou  chescun  d'eaux  li  voudront  demander  a  requere. 

«  Attendu  que  les  ditz  suppliants  ont  pledez  deuz  ans 
devant  le  conseil  de  notre  seigneur,  le  prince  dAquitaine, 
en  grantz  coustages,  mises  et  despenses,  aveuc  le  dit  bastard, 
et  ne  ont  peuz  avoir  droit  et  raison  de  li  par  sa  malice  et 
puissance  de  ses  amys,  et  si  ont  les  dilations  et  perlon- 
gances  que  eaux  demandent  dudit  conseil,  combien  que  nos- 
tre  seigneur  le  prince  comande  touziours  de  faire  justice  a 
ses  complaignantz,  et  la  voille,  ou  que  par  Dieux  ou  par  pitee 
vous  plese  demander,  comander  et  commettre,  si  mestier  est, 
au  consail  de  nostre  seigneur  le  prince,  que  sommairement 
et  de  plain  se  enforment  des  toutes  les  choses  susdites,  et 
apelées  les  parties  qui  serront  a  apeler,  asditz  suppliantz 
facent  bon  et  bref  complément  de  vraie  justice,  tant  sur  la 
cause  principale  quant  sur  la  provision  de  ses  alimentz  et 
des  arrérages  d'ixeaux,  et  totes  dependences  et  circumstances 
de  la  dite  cause,  paines  commises  envers  nous  ou  la  dite 
partie,  injures  et  vilenies  faites  à  la  dite  Galiane  par  ledit 
bastard,  totes  dilations  frustratoires  et en  tout  et  pour 


-  143  — 

tout,  reseges  et  ostées  (?),  et  dudit  bastard  et  de  ses  com- 
plices, si  par vraie  information  trovcnt  eux  avoir  faicte 

ladite  roberye  et  rapt  de  ladite  Blanche,  encontre  sa  volonté 
et  expresse  consentement  de  li,  et  de  sa  dame  de  meire,  et  de 
ses  autres  amys  de  son  propre  lignage,  facent  droit,  raison 
et  justice,  corporel  ou  civile  ou  pécuniaire,  selonc  que  droit, 
raison,  coustume  et  usage  du  païs  ou  les  dites  choses  ave- 
roient  esté  commises  et  perpétrées,  oïez  chescunes  de  les 
parties  en  lour  justes  requestes  et  défenses  sommairement 
et  de  plain,  attendues  les  choses  susdites  en  tiele  manière 
que  ces  autres  soit  ensamble,  nounobslant  queicunque  abso- 
lution surrepticement  empêtrée  du  nostre  sire  le  prince 
avandit.  » 

Supplicâfido  nobis  et  super  contentis  in  petitione  pre^ 
dicta,  eis  de  remedio  congruo  providere  faciamus. 

Nos,  volentes  prefatis  G™*  et  Galiane  in  hac  parte  fieri 
quod  est  justum,  vobis  mandamus  quod,  audita  que- 
rela  predictorum  G™*  et  Galiane  super  premissis,  et  vocatis 
coram  vobis  predictis,  habitaque  super  hiis  et  rationibus 
utrarumque  (sic)  parcium  predictarum  coram  vobis  inde 
proponendis  informatione  pleniori,  eisdem  G"*  et  Galiene 
super  omnibus  et  singulis  contentis  in  dicta  jjetitione  fieri 
faciatis  debitum  ..  ..  justitie  complementum,  prout  de  jure 
et  secundum  foros  et  consuetudines  parcium  illarum,  fue^ 
rit  faciendum. 

Datum  ..,.in  palatio  nostro  Westmonasteriensi,  primo 
die  octobris,  anno  40  (i.  e.  1367). 


T.  XXX.  2-2 


NOMS  PATOIS  OU  VULGAIRES 


PLANTES   DE   LA  GORRÈZE 


Gaston  GODIN  de  LÉPINAY 


Si  les  patois  étaient  perdus,  il  faudrait  créer 
une  Académie  spéciale  pour  en  retrouver  les 
traces  (Ch.  Nodier,  Notions  de  linguistique). 


Nous  sommes  heureux  de  publier  dans  notre  Bul- 
letin le  savant  opuscule  de  M.  Gaston  Godin  de 
Lépinay,  président  de  la  Société  d'archéologie  de 
BrivCj  sur  les  noms  patois  des  plantes  de  la  Corrèze. 
Cette  nomenclature,  que  la  Revue  de  Botanique  a 
donné  en  1886,  a  obtenu^  en  1884,  le  deuxième  prix 
Lavallée,  grande  médaille  d'argent.  La  haute  récom- 
pense dont  elle  a  été  l'objet  suffît  pour  faire  juger 
Tœuvre  de  notre  éminent  compatriote.  Elle  a  sa 
place  toute  marquée  dans  notre  revue.  Elle  fera  con- 
naître les  plantes  qui  poussent  sur  notre  sol  limousin  ; 
leurs  noms  patois,  dont  Fétymologie  se  perd  dans  la 
nuit  des  temps,  indique  souvent  Tusage  qu'on  en 
faisait,  ou  leur  forme,  leur  couleur,  ou  le  terrain  qui 
leur  convenait  le  mieux.  Quelquefois  l'idiome  popu- 


—  146  — 

laire  leur  attachait  un  symbole,  telle  par  exemple  la 
gentiana  lutea,  appelée  dans  le  patois  d'Ussel  Breya 
de  coucUj  pantalon  de  coucou. 

Ce  travail  de  M.  de  Lépinay  est  précieux  pour  la 
science  et  pour  la  linguistique.  Il  est  l'œuvre  d'un 
chercheur  patient  et  consciencieux,  aussi  complet 
qu'on  puisse  le  souhaiter.  Il  sera  consulté  avec  fruit 
par  tous  ceux  qui  aiment  à  s'instruire. 

J.    ESPÉRET. 


.A.V.A.N-T.FROFOS 


Il  y  a  quelques  années,  en  m'occupant  de  botanique,  je 
fus  désireux  de  connaître  les  noms  que  les  paysans  du  Bas- 
Limousin  donnaient  aux  plantes  que  je  ramassais  pour  for- 
mer un  herbier.  Je  m'adressai  donc  à  quelques  vieux  du 
pays,  qui,  très  étonnés  d'abord  de  ma  curiosité,  se  firent  en- 
suite un  véritable  plaisir  de  me  dire  ceux  qu'ils  savaient. 
Dans  cette  recherche,  ce  qui  m'a  le  plus  surpris,  c'est  de 
voir  que  les  noms  de  beaucoup  de  plantes  communes  dans 
notre  contrée  étaient  inconnus  des  paysans.  Je  n'ai  pu  me 
procurer  ceux  de  la  Ficaire,  du  Réséda,  de  l'Hélianthème, 
de  la  Stellaire,  de  l'Oxalis,  du  Miroir  de  Vénus,  de  la  Per- 
venche, du  Grémil,  de  la  Pulmonaire,  de  la  Clandestine,  de 
la  Mélisse,  du  Sceau  de  Salomon,  du  Muguet  et  de  tant  d'au- 
tres qui  sont  même  dans  leur  usage.  Ainsi,  la  Pariétaire, 
qui  leur  sert  pour  guérir  le  choléra  des  poules  et  nettoyer 
le  verre,  n'a  pas  de  nom  patois  ;  ils  diront  tout  simplement 
«•cette  herbe  qui  vient  sur  les  murailles  dans  le  pays  du 
seigle  ». 


—  147  — 

Dans  ce  travail  bien  incomplet,  pour  que  la  dénomination 
patoise  soit  bien  appliquée,  je  donne  le  nom  latin  de  la 
plante  d'après  les  auteurs.  Dans  le  lexique  roman  de  Ray- 
nouard,  j'ai  trouvé  plusieurs  noms  de  végétaux  ;  je  les  ai 
appliqués  sur  la  foi  de  cet  auteur.  Ensuite  il  me  faut,  à 
cause  de  la  prononciation  de  notre  patois  de  Brive,  faire  une 
courte  digression  sur  l'usage  de  l'alphabet,  afin  de  pronon- 
cer à  peu  près  les  mots  comme  dans  le  Bas-Limousin  ;  car  il 
est  impossible,  si  on  n'est  pas  de  ce  pays,  de  prendre  les 
inflexions  de  voix  qui  sont  presque  tout  dans  notre  langage, 
avec  les  constructions  de  phrases. 

A  se  prononce  comme  en  français  :  â  long,  a  final,  son  indé- 
fini entre  a,  e,  o,  à  peine  sensible. 

E  muet  n'existe  pas  ;  toujours  fermé  ou  ouvert,  celui-ci  in- 
diqué par  les  accents  grave  ou  circonflexe. 

6  toujours  dur. 

H  aspiré  seulement  après  le  C  et  indiqué  par  une  apostro- 
phe comme  en  Breton  ;  très  rare. 

I  devant  M  ou  N  ne  se  prononce  jamais  ain,  mais  toujours 
in-e, 

L  se  prononce  toujours  à  la  fin  des  mots  ;  ex.  :  fusil  se  dit 
fusil  (e). 

M  prend  le  son  nasal  de  N  devant  B  et  P,  où  le  place  l'or- 
thographe française. 

N  son  nasal  très  fort  après  E,  I.  Bourdonnement  nasal  après 
ount.  Terminaison  de  la  3'  personne  du  pluriel  des  ver- 
bes et  dans  certains  noms  ayant  la  même  désinence.      . 

0  généralement  son  très  léger,  bien  plus  que  dans  le  mot 
français  omelette. 

S  n'existe  qu'à  l'état  de  composition  du  TS  ;  la  liaison  de  S 
se  fait  par  le  J. 

Les  patois  diffèrent  à  de  faibles  distances  :  le  dialecte  de 
Tulle  varie  avec  celui  de  Brive. 

Lorsque  l'abbé  Béronie  fit  son  dictionnaire  patois  au  com- 
mencement de  ce  siècle  (Béronie,  Dictionnaire  patois  du 


—  148  - 

Bas-Limousin  et  plus  parliculièremeni  des  environs  de 
Tulle,  in-4^,  Tulle,  Drappeau,  imprimeur,  1826),  il  y  ajouta 
les  noms  de  différentes  plantes. 

En  1845,  M.  le  D'  A.  Puel  fit  paraître  son  Catalogue  des 
plantes  qui  croissent  dans  le  département  du  Lot  (Annuaire 
du  Lot,  1845-1853;  tirage  à  part  aujourd'hui  fort  rare, 
comme  les  Annuaires  qui  le  renferment).  L'arrondissement 
de  Figeac  touchant  à  celui  de  Tulle  et  un  peu  à  celui  de 
Brive,  et  dans  les  points  de  contact  le  langage  étant  sensi- 
blement le  même,  je  relève  dans  le  travail  de  M.  Puel  la 
colonne  portant  dialecte  de  Figeac,  sauf  quelques  mots  que 
j'ai  ajoutés.  On  peut  y  voir  que  le  C  dur  du  Midi  de  la  France 
a  pris  le  dessus  et  que  le  ts  et  le  d^  sont  à  peu  près  repous- 
sés. 

Si  je  donne  cette  nomenclature  quercynoise,  c'est  dans  le 
but  de  faire  connaître  le  plus  de  noms  patois  possible,  un 
travail  d'ensemble  sur  cette  région  étant  encore  à  faire. 

Les  lecteurs,  qui  voudront  bien  me  suivre,  remarqueront 
le  nom  de  Matago  appliqué  à  diverses  plantes.  A  Brive,  c'est 
l'Ophioglosse  ;  à  Tulle,  c'est  la  Mandragore  ;  à  Figeac,  le 
Drosera  a  cet  honneur.  Le  Matago  est  pour  tous  la  plante 
inconnue,  la  plante  merveilleuse  ;  si  elle  naît  dans  un  pré  et 
qu'on  la  fauche,  il  pleuvra  certainement,  mais  si  le  faucheur 
à  jeun  vient  à  la  fouler  au  pied,  la  fièvre  est  son  partage. 
S'il  a  déjeûné,  il  en  est  quitte  pour  des  sueurs  abondantes 
et  des  tournoiements  de  tête.  C'est  une  herbe  à  sorciers  ; 
elle  a  le  renom  qu'avait  au  moyen  âge  la  Mandragore  et  c'est 
pour  cela  sans  doute,  comme  aussi  à  cause  du  rapport  du 
nom,  que  Béronie  l'a  ainsi  traduit,  car  la  vraie  Mandragore 
n'a  jamais  existé  en  Limousin  et  cette  traduction  n'est  pour 
moi  qu'une  fantaisie  poétique. 

Il  est  encore  dans  notre  dialecte  des  noms  qui  n'ont  aucune 
signification  et  qui  sont  cependant  du  plus  pur  patois,  dont 
l'étymologie  paraîtrait  remonter  à  la  plus  haute  antiquité  ; 
je  laisse  le  soin  de  retrouver  leur  origine  à  MM.  les  lin- 
guistes et  étymologistes.  Je  remarque  surtout  : 


/ 


—  149  — 

Lurbé,  Rimbé (la  Ravenelle) . 

Tchachtrol (la  Spergule). 

Aougéral. (l'Érable  des  champs) . 

Aga,  dzialadzé (l'Ajonc). 

Dzardzaridzé (Ervum  gracile). 

Eiréchél (la  Filipendule). 

Arjialent (le  Rosier  sauvage). 

Tsarpal (le  Panicaut). 

Vél (leGui). 

Béchat (le  Chamœcerisier). 

Madzoourèla .* (Gallium  Mollugo). 

Ech'carabi (l'Armoise). 

Gharaji (Garduus  nutans). 

Moudél (la  Laitue  vireuse) . 

Bloou (la  Molène). 

Irgou (l'Amarante). 

Abrél (l'Arroche). 

Parpèlèdzé (la  Persicaire  poivrée). 

Brégou (le  Fragon). 

Brénil (le  Panic). 

Péga (le  Vulpin). 

Paléno (la  Mélique). 

Clerdzo (l'Agaric  à  couleuvre). 

Dzualéntzo (la  Truffe  d'été). 

Les  noms  que  je  donne  pour  Tarrondissement  de  Brive, 
je  les  ai  entendu  dire  tous  par  des  paysans  ;  aucun  n'est 
pour  moi  du  français  patoisé,  car  au  lieu  de  556  noms  que 
me  livre  ce  dialecte,  qui  est  le  mien,  j'aurais  pu  donner  non- 
seulement  tous  les  noms  de  la  flore  française,  mais  encore 
ceux  du  monde  entier.  Il  est  très  facile  de  faire  ces  change- 
ments, que  je  suis  obligé  d'exécuter  fréquemment  à  la  cam- 
pagne pour  les  fleurs  et  arbustes  de  toutes  provenances  qui 
peuplent  nos  jardins.  Presque  tous  sont  modifiés  légèrement 
suivant  le  génie  de  la  langue,  pour  que  les  jardiniers  limou- 
sins ne  parlant  que  le  patois  puissent  mieux  se  les  graver 
dans  la  mémoire  et  reconnaître  la  plante  ou  l'arbuste. 

Dans  le  dialecte  de  Tulle  je  ne  donne  que  269  noms.  A 


—  150  — 

Ussel,  ma  récolte  a  été  un  peu  moins  forte,  192  noms  seule- 
ment. A  Figeac,  j'en  ai  relevé  175  dans  Puel,  et  Raynouard 
m'a  fourni  275  noms  Romans.  J'ai  ajouté  à  cela  89  noms  de 
fruits  ou  graines,  ce  qui  me  fait  un  total  de  1,556  noms  pa- 
tois de  toutes  provenances. 

Je  désire  vivement  que  mon  travail  serve,  malgré  son  peu 
d'éteniue,  à  combler  un  peu  une  lacune  qui  était  regrettable. 

Je  divise  mon  travail  en  dix  parties,  indiquant  la  même 
plante  : 

1*»  Nom  latin  ; 

2*  Nom  français  ; 

3<>  Nom  patois  du  dialecte  de  Brive  ; 


40  -          « 

de  Tulle  ; 

50  -          - 

d'Ussel  ; 

60  —          - 

de  Figeac  {d'après  Puel)  ; 

7*    —    roman  ; 

80    —    des  fruits  ; 

9^  Traduction  ; 

10°  Observations. 

On  pourra  remarquer  que  plusieurs  plantes,  qui  n'ont  rien 
de  commun,  portent  des  noms  semblables.  Après  instance, 
j'ai  reconnu  que  c'était  bien  ainsi  que  les  paysans  les  dési- 
gnaient. D'autre  part,  une  seule  dénomination  existe  pour 
des  séries  entières.  Ainsi,  l'Orobanche  venue  sur  le  genêt 
porte  le  même  nom  que  celle  du  serpolet  :  c'est  toujours  du 
tf  Pain  de  Lièvre  ».  Beaucoup  sont  dans  le  même  cas. 

Qu'il  me  soit  permis  ici  d'exprimer  ma  reconnaissance 
aux  personnes  qui  ont  bien  voulu  m'aider  dans  ces  sortes  de 
recherches.  Je  me  plais  à  citer  surtout  M.  le  chanoine  Talin, 
M.  l'abbé  Thoumazoux,  un  de  nos  plus  doctes  patoisants,  qui 
possède  si  bien  le  dialecte  d'Ussel,  M.  Champeval,  l'un  de 
nos  félibres  corréziens,  enfin,  M.  Marty,  maréchal-ferrant 
au  Soulier  de  Chasleaux,  mon  voisin  de  campagne,  qui  s'oc- 
cupe des  plantes  de  notre  contrée  dans  les  rares  moments 
de  repos  que  lui  laisse  son  travail  journalier. 


-  151  - 

Clematis  vitalba,  latin,  Clématite  des  haies.  —  Brive,  gui- 

daoubo  ;    Tulle,  vidauba  ;  Ussel,  guidaubo  ; 

Figeac,  biraougo. 
Ranunculus  repens,  latin,  Renoncule  rampante.  —  Brive, 

lipaouto  ;  Tulle,  loupaouto  ;  Ussel,  loupaleiXj 

paouto-loubo. 

—  arvensis,  latin,  Renoncule  des  champs.  —  Brive, 

garafol  ;  Figeac,   auriflol  ;  traduction,  gare* 
fou  (Brive). 

—  flammula,  latin,  Renoncule  flammette.  —  Brive, 

olvo  ;  traduction,  douve. 

—  acris,  latin.  Renoncule  acre.  —  Brive,  apaouto- 

loubo;  traduction,  couche  louve. 

—  bulbosus,  latin.  Renoncule  bulbeuse.  —  Brive, 

apaoutoloubo  ;  traduction,  couche-louve. 

Nigella  arvensis,  latin,  Nigelle  des  champs.  —  Figeac,  iro- 
gné  ;  traduction,  araignée  (Figeac). 

Helleborus  fœtidus,  latin,  Hellébore  fétide.  —  Brive,  m;ir- 
chïoulé,  aliboro  ;  Tulle,  liboro  ;  Ussel,  eubour  ; 
Figeac,  fabo  de  lout  ;  Roman,  ellebori  ;  tra- 
duction, fève  de  loup  (Figeac). 

Aconitum  napellus,  latin,  Aconit  napel.  —  Ussel,  clotchas  ; 
traduction,  cloches  (Ussel). 

Aquilegia  vulgaris,  latin,  Ancolie  vulgaire.  —  Brive,  clout- 
séto  ;  Tulle,  campana  ;  traduction,  clochelte 
(Brive,  Tulle). 

Papaver  argemone,  latin,  Pavot  argémone.  —  Brive,  ander; 
Figeac,  pabot  ;  Roman,  paver,  papaver. 
—       rhœas,  latin,  Coquelicot.  —  Brive,  ander  ;  Ussel, 
coquelicaou  ;  Figeac,  ander  ;  Roman,  pa-ver, 
papaver. 

Chelidoniuro  majus,  latin,  Chélidoine.  —  Brive,  echclaïro, 
herbo  del  vent,  herbo  de  las  verrudzas  ;  Us- 
sel, herbo  de  las  varudsas  ;  Roman,  celidoni- 
hirundinea,  celidonia  ;  traduction,  éclaire, 
herbe  du  vent  (Brive)  ;  herbe  des  verrues 
(Brive,  Ussel). 


-  152  - 

Famaria  offtcinalis,  latin,  Fumeterre  officinale.  —  Brive, 

fumotèro  ;  Figeac,  fumoterro  ;  Roman,  fumi- 

lerra. 
Nasturtium  officinale,  Roman,  Brive,  Cresson  de  fontaine. 

—  Brive,  creïchélou  ;  Tulle,  creyssou;  Ussel, 

creïssou  ;  Figeac,  creïssélou. 
Barbarea  vulgaris,   Roman,    Brive,   Barbarée  vulgaire.  — 

Brive,  Tiran. 
Sisymbrium  alliara,    Scop.,   Sisymbre  alliaire.  —  Brive, 

poulogracho  ;  traduction,  poule  grasse. 
Brassica  oleracea,  latin,  Chou.  —  Brive,  tsaou  ;  Tulle,  tsaou, 

tsal  ;  Ussel,  tchéou  ;  Figeac,  caou,  caoulé, 

caoulet  ;  Roman,  eau,  chaul. 

—  latin.  Jeune  chou.  —  Brive,  tsaoulétto  ;  observation, 

au  féminin. 

—  râpa,  latin.  Rave.  —  Brive.  rabo  ;  Tulle,  rabo  ;  Us- 

sel, raba  ;  Figeac,  rabo  ;  Roman,  raba  ;  fruit, 
rabat  fBrive)  ;  observation,  la  graine  au  mas- 
culin. 

—  napus,  latin,  Navet.  —  Brive,  navet  ;  Tulle,  navet; 

Ussel,  navet,  navias. 

Eruca  sativa,  Lam.,  Roquette.  —  Figeac,  Rouquétto  ;  Ro- 
man, éruca. 

Raphanaus  sativus,  latin.  Radis.  — Brive,  rafé  ;  Tulle,  rafé  ; 
Figeac,  rafé  ;  Roman,  rabeta. 

—  niger,  Mérat.,  Raifort.   —  Brive,  rafé   négré  ; 

Tulle,  rafé. 

—  raphanistrum,  latin.  Ravenelle.  —  Brive,  rimbé, 

lurbé  ;  Tulle,  rabezais  ;  Ussel,  rabiola,  rabe- 
gros  ;  Figeac,  robono. 

Capsella  bursa-pastoris,  Mœnch.,  Bourse  à  pasteur.  —  Brive, 
bourcho  ;  traduction,  bourse  (Brive). 

Hesperis  matronalis,  latin,  Julienne.  —  Tulle,  muguet  ;  Fi- 
geac, muguet. 

Iberis  amara,  latin,  Ibéride  amère.  —  Brive,  pébrillou  blanc  ; 
traduction,  thym  blanc  (Brive). 


—  153  — 

Thlaspi  arvense,  latin,  Thlaspi  des  champs.  —  Brive,  bra- 

mo-fam  ;  traduction,  brame-faim  (Brive). 
—      perfoliatum,  latin,  Thlaspi  perfolié.  —  Brive,  herbo 

de  lo  fèouré  ;  traduction,  herbe  de  la  fièvre 

(Brive). 
Alyssum  montanum,  latin,  Alysson  de  montagne.  —  Brive, 

pébrillou    blanc  ;    traduction,    thym    blanc 

(Brive). 
Drosera,  latin,  Rossolis.  —  Flgeac,  herbe  del  matago. 
Viola  latin  (toutes),  Violette.  —  Brive,  viooulétto  ;  Tulle, 

viouletta  ;  Ussel,  fchur  de  mar  ;  Figeac,  pim- 

parèlo;  Roman,  violetta,  viola;   traduction, 

fleur  de  mars  (Ussel). 

—  segetalis,  Jord.,  Pensée  sauvage.  —  Brive,  pénchado 

choouvadzo. 

—  tricolor,  latin.  Pensée.  —   Brive,  pénchado  ;  Ussel, 

pénchado  de, mai  ;  Figeac,  pensada. 

Dianthus  cariophyllus,  latin,  Œillet  (tous).  —  Brive,  uli  ; 
Tulle,  carafe,  uli,  miounetto  ;  Ussel,  euillet  ; 
Figeac,  ulhet. 

Saponaria  officinalis,  latin,  Saponaire  officinale.  —  Brive, 
chablounéto  ;  Figeac,  soplounario  ;  traduc- 
tion, savonnette  (Brive,  Figeac). 

Silène  vesicaria,  Schrad.,  Silène  vesiculeux.  —  Brive,  péta- 
rèlo  ;  Ussel,  pétoulé  ;  traduction,  petit  pétard  ; 
observation,  au  féminin. 

Lychnis  githago,  Lam.,  Nielle.  —  Brive,  barot  ;  Ussel,  nièlo  ; 
Figeac,  néoula  ;  Roman,  niéla,  nigella. 

Spergula  arvensis,  latin,  Spergule  des  champs.  —  Brive, 
tchachtrol. 

Linum  usitatissimum,  latin.  Lin  (tous).  —  Brive,  li  ;  Tulle, 
li  ;  Roman,  lin,  li,  lis. 

Malva,  latin.  Mauve  (toutes).  —  Brive,  maouvo  ;  Tulle, 
maouva  ;  Ussel,  maouvo  ;  Figeac,  malbré. 

Althea  officinalis,  latin.  Guimauve.  —  Brive,  Guimaouvo  ; 
Ussel,  guimaouvo;  Figeac,  guimobo;  Ro- 
man, althea. 


-  154  — 

Tilia  sylvestris,  Pesf.,  Tilleul.  —  Brive,  tillol,  tel,  graïcho- 
molo  ;  Tulle,  liliau,  tillol  ;  Ussel,  tir,  tiliaou  ; 
Figeac,  tel  ;  Roman,  telh  ;  traduction,  graisse 
molle  (Brive). 

Hypericum  perforatum,  latin,  Millepertuis.  —  Brive,  mile 
boudzal,  mile  cros  ;  Tulle,  chassa  diable  ;  Fi- 
geac, milo  pertuit;  traduction,  mille  trous 
(Brive),  chasse  diable  (Tulle). 

Androsemum  officinale,  AUi.,  Androsème  orvale.  —  Brive, 
touto  bouno  ;  traduction,  toute  bonne. 

Citrus  medica,  Risso.,  Citronnier  (tous).  —  Brive,  chitrou- 
nier  ;  fruit,  chitroun. 

—  aurantium,  Risso.,  Oranger  (tous).  —  Brive,  irand- 

zier  ;  Tulle,  eirandier  ;  fruit,  irandzé. 
Acer    campestre,  latin,  Erable  champêtre.  —  Brive,  aou- 
géral. 

—  monspessulanum,  latin,   Erable  de   Montpellier.   — 

Brive,  aguer. 

Esculus  hippocastanum,  latin.  Marronnier  d'Inde.  —  Brive, 
tsachtanier  de  mar  ;  Figeac,  marrougnè,  cos- 
togné  d'Espagno  ;  fruit,  tsachtanio  de  mar  ; 
traduction,  châtaignier  de  mer  (Brive),  châ- 
taignier d'Espagne  (Figeac). 

Vitis  vinifera,  latin,  Vigne  cultivée.  —  Brive,  vigno  ;  Tulle, 
vigno  ;  Ussel,  vigno  ;  Figeac,  bit,  bigno  ;  Ro- 
man, vinha,  vit,  vinna;  fruit,  rojin,  raisin. 

Les  variétés  locales  sont  dites  : 

Brive,  pica. 

—  pica-poul  ;  traduction,  pique-pouille. 

—  pè  dé  perdi  ;  traduction,  pied  de  perdrix. 

—  petit  pica. 

—  gros  pica;  traduction,  gamet. 

—  ganèl  blanc. 

—  ganèl  négré  ;  traduction,  ganel  noir. 

—  enradza  blanc  ;  traduction,  enragé  blanc,  folle. 

—  enradza  négré  ;  traduction,  enragé  noir. 


—  155  — 

Brive,  muchca  blanc  ;  Roman,  gandres,  muscadel,  muscat  ; 
traduction,  muscat  blanc. 

—  muchca  rojé  ;  traduction,  muscat  rose. 

—  —      gris;  —  —      gris. 

—  —      négré  ;       —  —      noir. 

—  tsachélas  blanc  ;  traduction,  chasselas  blanc. 

—  —        rojé  ;  —  —        rose. 

—  choouviat  blanc  ;  traduction,  sauvignon  blanc. 

—  —         vert  ;  —  —         vert. 

—  bouillén. 

—  bourdalé  ;  traduction,  bordelais. 

—  merlino. 

—  prunéla. 

—  clarélo  ;  traduction,  clairette. 

—  fooudzieïrou  ;  traduction,  malvoisie  ;  observation,  pe- 

tite fougère  (Brive). 

—  téntsurier;  traduction,  teinturier. 

—  pinot. 

—  bruno  machclo. 

—  branchéliou;  traduction  de  Branceille,  commune  du 

canton  de  Beaulieu. 

—  tsabrillou  ;  observation,  spécial  à  la  fabrication  de  la 

moutarde. 

—  col  dé  bouc  ;  traduction,  cou  de  bouc. 

—  manchél  ;  traduction,  mancel. 

Vitis  vinifera,  latin.  Vigne  sauvage.  —  Brive,  lambrutso  ; 
Tulle,  lombrutso  ;  Roman,  labrusca,  vayssa, 
lambrusquièra  ;  traduction,  lambrusque. 

Géranium  sanguineum,  latin.  Géranium  sanguin.  —  Brive, 
'  herbo  de  las  éïgulias  ;  traduction,  herbe  des 
aiguilles. 
—  dissectum,  latin.  Géranium  découpé.  —  Brive, 
herbo  del  mal  tséïtïou  ;  traduction,  herbe  du 
mal  chétif;  observation,  réputé  mâle;  doit 
guérir,  placé  dans  son  béguin,  le  garçon  at- 
teint du  muguet  (ils  meurent  toujours). 


-  156  — 

Géranium  lucidum,  latin,  Géranium  luisant.  —  Brive,  berbo 
del  mal  tséïtïou  ;  traduction,  herbe  du  mal 
chétif;  observation,  réputé  femelle,  même 
guérison.  Pour  les  filles,  on  place  dans  la 
cheminée  le  béguin  avec  le  Géranium  de- 
dans ;  quand  la  plante  est  sèche,  l'enfant  est 
guéri  ou  mort. 

Ruta  graveolens,  latin.  Rue  fétide.  —  Brive,  ruïo,  rudo  ;  Fi- 
geac,  rudo  ;  Roman,  rua,  ruda. 

Evonymus  Europaeus,  latin,  Fusain.  —  Brive,  fugel,  croco- 
péou  ;  Tulle,  bonnet  de  pestré  ;  Figeac,  capel 
de  curé,  craco  peou;  Roman,  colonhet,  fu- 
sanh  ;  fruit,  bonnet  cara  ;  traduction,  bonnet 
de  prêtre,  croque  pou  (Brive,  Tulle). 

Rhamnus  frangula,  latin.  Bourdaine  (tous).  —  Brive,  pudis, 
négré-pu,  punégré  ;  Ussel,  pudin  ;  Figeac, 
negréput  ;  Roman,  rampne  ;  traduction,  pu- 
noir,  bois  puant  (Brive,  Figeac). 

Pistacia  terebinthus,  latin,  Térébinthe.  —  Brive,  térébén, 
lentichqué. 

Rhus  coriaria,  latin.  Sumac  des  corroyeurs.  —  Tulle,  rodou  ; 
Figeac,  rodou  ;  Roman,  Rodor  ;  observation, 
n'existe  pas  en  Limousin. 

Ulex  Europaeus,  Sm.,  Ajonc  d'Europe.—  Brive,  grandodzia- 
ladzo  ;  Tulle,  désé,  dosem,  doseno. 
—    nanus,   Sm.,   Ajonc  nain.   —  Brive,  aga,  dzialadzo  ; 
Tulle,  dégéni,  derzino  ;  Ussel,  dzodzoïou. 

Sarolhamnus  scoparius,  Wimm.,  Genêt  à  balais.  —  Brive, 
dzinet,  dzènchou  ;  Tulle,  bouissou  ;  Ussel, 
bouissou  ;  Figeac,  tsinès,  tsinesto  ;  Roman, 
genesta  ;  traduction  (tiré  de  bouïssa,  essuyer)  ; 
observation ,  à  Brive ,  un  balais  s'appelle 
dzéncho. 
—  purgans  GG.,  Genêt  purgatif.  —  Ussel,  broud- 

zéïrou. 

Ononis  repens,  latin,  Bugrane.  —  Brive,  lacho-bièou  ;  Ussel, 
aréïto-bièou  ;  Figeac,  tauco  biou  ;  traduction, 
lasse,  arrête-bœuf. 


—  157  — 

I  Ononis  natrix,  latin,  Bugrane  gluante.  — -  Brive,  luzerno 

choouvadzo  ;  traduction,  luzerne  sauvage. 

Anlhyllis  vulnèraria,  latin,  Anthyllis  vulnéraire.  —  Brive, 
Tréflé  bourru  ;  traduction,  trèfle  velu. 

Medicago  sativa,  latin,  luzerne.  —  Brive,  luzerno  ;  Tulle, 
lujerno  ;  Ussel,  luziarno  ;  Figeac,  luzerno. 

Trifolium  incarnatum,  latin,  Trèfle  incarnat  (féminin).  — 
Brive,  trèflo  ;  Tulle,  tréflé  ;  Ussel,  tréflé  ;  de 
Hollande,  à  Brive  est  masculin. 

—  sativum,  Rchb.,  Trèfle  de  Hollande.  —  Brive,  trè- 
fle'; Tulle,  trèfle  ;  Ussel,  trèfle  ;  Figeac,  trèfle  ; 
Roman,  trefuelh  ;  observation,  à  Brive  est 
masculin. 

—  rubens,  latin,  Trèfle  rouge.  —  Brive,  trèfle  choou- 
vadzé;  traduction,  trèfle  sauvage. 

—  repens,  latin.  Trèfle  rampant.  —  Brive,  trafouli  ; 
Ussel,  trafouli  ;  observation ,  tous  les  petits 
trèfles  et  luzernes  sont  dits  trafouli. 

—  arvense,  latin.  Trèfle  pied  de  lièvre.  —  Brive, 
herbo  dé  Tamouroux  :  traduction ,  herbe  de 
l'amoureux  ;  observation,  réputé  un  philtre. 

Medicago  lupulina,  latin.  Luzerne  lupuline.  —  Brive,  tra- 
fouli. 
—       maculata,  Wild.,  Luzerne  tachée.  —  Brive,  grand 
trafouli. 

Lotus  corniculatus,  latin,  Lotier  corniculé  (tous).  —  Brive, 
pè  d'ooujèl  ;  Tulle,  paoutou  d'oouzèlou  ;  Us- 
sel, pè  d'oouzé  ;  traduction,  pied  d'oiseau. 

Robinia  pseudo-acacia,  latin.  Robinier  faux  acacia.  —  Brive, 
acachial.  Tulle,  acachia. 

Glycyxhiza  glabra,  latin.  Réglisse.  —  Brive,  régalicho  ;  Ro- 
man, regulecia. 

Goronilla  scorpioïdes,  K. ,  Coronille  scorpioide.  —  Brive, 
grand  pè  d'ooujèl;  traduction,  grand  pied 
d'oiseau.  , 

^^l>ï"ychis  sativa,  lam.,  Sainfoin.  —  Brive,  echparché  ;  tra- 
duction, esparcette  ;  observation,  masculin. 


L_ 


—  158  - 

Cicer  arietinum,  latin,  Pois  chiche.  —  Brive,  péjel  bécu, 
cézé  ;  Tulle,  titsé,  pesou  ;  Figeac,  bécut  ;  Ro- 
man, cezer  ;  traduction,  pois  à  bec. 

Ervum  lens,  latin,  Lentille.  —  Brive,  déntillou  ;  Figeac, 
tsentil  ;  Roman,  lentilla. 

—  ervillia,  latin,  Ervillier.  —  Brive,  pétarouchi,  garèl  ; 

Roman,  ers;  traduction,  pete  roussin,  boi- 
teux (Brive). 

—  gracile,  DC,  Ervillier.  —  Brive,  dzardzaridzo. 
Vicia  cracca,  latin,  Vesce  cracca.  —  Brive,  dzarouchèlo. 

—  sativa,  latin,  Vesce  cultivée.  —  Brive,  garaoubo  ;  Fi- 
geac, besso. 

Faba  vulgaris,  Mœnch.,  Fève  vulgaire.  —  Brive,  favo  ;  Tulle, 
fava  ;  Figeac,  fabo;  Roman,  fava;  fruit,  favo. 

Pisum  arvense,  latin,  Poids  des  champs.  —  Brive,  péjel 
choouvadzé  ;  traduction,  pois  sauvage. 

—  sativum,  latin.  Pois  cultivé.  —  Brive,  péjel,  péjou, 

cézé  ;  Tulle,  pès,  pejèou  redoun  ;  Ussel,  pesé; 
Figeac,  pesé  ;  Roman,  pezé  ;  fruit,  péjel,  pois 
rond. 
Lalhyrus  aphaca,  latin.  Gesse  sans  feuilles.  —  Brive,  nièlo  ; 
traduction,  nielle. 

—  tuberosus,  latin.  Gesse  tubéreuse.  —  Brive,  fava- 

cholo. 

—  sativus,  latin.  Gesse  culivée.  —  Brive,  dziéïcho  ; 

Tulle,    dieisso  ;    Ussel,    pezelado  ;    Figeac, 
tseïsso  ;  Roman,  geysha  ;  fruit,  dziéïcho. 

—  pratensis,  latin.  Gesse  des  prés.  —  Brive,  fava- 

cholo  dzaoune  ;  traduction,  gesse  jaune. 

—  latifolius,  latin.  Gesse  à  larges  feuilles.  —  Brive, 

grocho  favacholo  ;  traduction,  grosse  gesse. 

—  cicera,  latin,  Gesse  jarousse.  —  Brive,  dzarocho; 

Tulle,  dzarousso,  dzarouffo  ;  Roman,  garossa; 
traduction,  jarosse. 
Phaseolus  vulgaris,  latin,  Haricot  commun.  —  Brive,  péjel, 
moundzéto,  brétagnou  ;  Tulle,  pejeou,  mound- 
zéto  ;  Ussel,  monzettas  ;  Figeac,   mountsils, 


—  159  - 

mountsettas  ;  Roman,  faisol  ;  fruit,  gousses  : 
coutelas. 

Phaseolus  vulgaris,  latin,  Haricot  à  rames.  —  Ussel,  coute- 
liéras. 
—        nanus,  latin,  Haricot  charge  bas.  —  Ussel,  hari- 
caou. 

Lupinus  vulgaris,  latin,  Lupin  (tous).  —  Brive,  lupin  ;  ob- 
servation, n  fortement  nasale. 

Aroygdalus  communis,  latin,  Amandier  commun.  —  Brive, 
améllier;  Tulle,  ameilié  ;  Figeac,  emellié; 
Roman,  amelh,  amell  ;  fruit,  amèllo,  amande. 

Persica  vulgaris,  Tourn.,  Pécher  commun.  —  Brive,  pré- 
chédzier;  Tulle,  procédier,  pavié  ;  Ussel, 
peïtchia,  peitcha  ;  Figeac,  perséguié  ;  Ro- 
man, pesseguier,  presseguier;  fruit,  prêché 
(nom  générique),  pavi,  prêché  (noyau  adhé- 
rent) ;  fruit,  prechédzo,  pavillo,  à  noyau  libre. 
Prunus  armeniaca,  latin,  Abricotier.  —  Brive,  abricoutier  ; 
Tulle,  abricoutier;  Figeac,  ooubricoutier  ; 
fruit,  abricot. 
—  spinosa,  latin.  Prunellier.  —  Brive,  bouichou  négré, 
dzarga  ;  Tulle,  dzarga  négré,  épina  négré  ; 
Ussel,  spinard  négré,  eipina  négré  ;  Figeac, 
bouissou  négré  ;  Roman,  agrunier,  pruneller  ; 
fruit,  cacouras,  cacou  (Usselj. 
pruna  Crantz.,  Prunier.  —  Brive,  prunier;  Tulle, 
pru,  prunier  ;  Ussel,  prenier  ;  Figeac,  prunié  ; 
Roman,  pruner,  prunier  ;  fruit,  pruno,  prena 
(Ussel). 

lauro-cerasus,  latin.  Laurier-cerise.  —  Brive,  loou- 

rièro;  Tulle,  loouriè  baslard  ;  observation, 
féminin  à  Brive. 

'       cerasus,  latin,  Cerisier.   —  Brive,   chireï  ;  Tulle, 

chireï,  cirey  ;  Ussel,  sérié  ;  Figeac,  cireï  ; 
Roman,  cereï,  sérier  amarina  ;  fruit,  chi- 
réïdzo,  seriéza  (Ussel). 

^-    ^XOCX.  2-3 


L 


—  160  — 

r  Prunus  juliana,  Reich.,  Cerisier  guignier-aigre.  —  Brive, 

^y  guindounier ,   chireï  agré  ;  Tulle,   guinier; 

!f^  fruit,  guindous,  guina  ;  traduction,  guigne 

g_  (Brive). 

>  —  duracina  Reich.,  Cerisier  bigareautier.  —  Brive, 
l  bigarel,  bigarello  ;  Tulle,  dourgnou  ;  fruit, 
^  bigarèlo  ;  observation,  masculin  et  féminin 
jj^.  (Brive). 

'f,  —      duracina,  Reich.,  Cerisier  bigareautier.  —  Brive, 

%.  ooubier  ;  Tulle,  douçainas  ;  fruit,  ooubièro  ; 

•^  traduction,  aubier  (Brive).  douceâtre  (Tulle); 

i-i  observation,  variété  locale. 

>V  —      duracina,  Reich.,  Cerisier  bigareautier.  —  Brive, 

y>  tsabrignadzo  ;  fruit  tsabrignadzo  ;  traduction, 

*  de  Chabrignac  (Brive);  observation,  variété 

locale.  Chabrignac,  commune  du  canton  de 

>  Juillac. 

^  —      padus,  latin.   Cerisier  à  grappes.  —  Ussel,   lilas 

l ..  chauvadze  ;  traduction,  lilas  sauvage. 

;  —      mahaleb,  latin,  Cerisier  mahaleb.  —  Brive,  chireï 

•i  ^  choouvadzé  ;  Tulle,  boutic,  boutigados  ;  tra- 

r\  duction,  cerisier  sauvage. 

-  Spirea  obovata,  Willd.,  Spirée  obovale.  —  Brive,  thé  ;  tra- 

^^  duction,  thé  ;  observation,  pris  en  infusion 

'  par  les  paysans  comme  le  thé  chinois. 

'^  —     filipendula,  latin,  Spirée  filipendule.  —  Brive,  Eiré- 

'  chél. 

'/  Rubusïdœus,  latin,   Framboisier.  —   Brive,    flamboujier; 

V  Tulle,    flamboujié  ;    Ussel,    asnié  ;    Figeac, 

frambousié  ;  fruit,  flamboijo  (Tulle),  amou- 

î^  roux  (Brive),  ané  (Ussel). 

K  —     cœsius,  latin,  Ronce  bleuâtre.  —  Brive,  âgé  ;  Figeac, 

J^^  roumé  ;  Roman,  sentix,  ronser  ;  fruit,  âgé  ; 

i  traduction,  âne. 

I  —     fruticosus,  latin,  Ronce  (toutes).  —  Brive,  roumé; 

'^;^  Tulle,   roumic,   roumen  ;  Figeac,   roumégo  ; 

'  Roman,  gavarer,  romé,  romer,  palliure,  sen- 

[;  tix  ;  fruit,  mouro  (Brive)  ;  observation,  mûre. 


t4'^<.^.  ■   .- 


—  161  — 

Fragaria  vesca,  latin.  Fraisier  (sauvage).  —  Brive,  matizou- 
fier;  Tulle,  madzouflier,  maoucha  ;  Ussel, 
madzouflier  ;  Figeac,  fraisier;  Roman,  raad- 
zoufo,  madzoufla  (Ussel,  Tulle,  Brive), 
—  vesca,  latin,  Fraisier  cultivé.  —  Brive,  fr(!'jier; 
Tulle,  fraigié  ;  Ussel,  fraigié  ;  Figeac,  fraisié  ; 
fruit,  fraijo,  fraija. 

Potentilla  vesca,  latin,  Potentille  (toutes).  —  Brive*  mad- 
zouflier chooudvadze  ;  Ussel  ,  madzoïiilier 
doous  agnaous  ;  traduction,  fraisier  sauvage, 
fraisier  des  agneaux  (Ussel). 

Agrimonia  eupatoria.  latin,  Aigremoine.  —  Brive,  pélit 
tsardou  ;  Roman,  agrimen  ;  traduction,  petit 
chardon. 

Poterium  platylophum,  Jord.,  Pimprenelle  à  large  crèle,  — 
Brive,  pimparèlo. 

Rosa  canina,  latin,  Rose  de  chien  (tous).         Brive,  aï  gia- 
lént;  Ussel,  argialent;  Figeac,  rousié  ;  Ro- 
man, aguilent,  aguilancier;  fruit,  gratotioul, 
grattecul  ^Brive),  cornotioul,  cornecul  (Tuîle, 
Ussel)  ;  observation,  on  nomme  aussi  le  fruit 
chucho  barlet,  suce  baril. 
—  canina,  latin,  Rosier.  —  Brive,  rougier;  Tulle,  rogier; 
Figeac,  rousié  ;  Roman,  rosier,  roser. 
Cratœgus  oxyacantoïdes,  Thuil.,  Aubépine  (toutes).  —  Brive, 
'bouïchou  blanc,  dzarga  blanc;  Tulle,  d^arga 
blanc,    aoubrespit;    Ussel,    spinard    blanc, 
eipina  blanc  ;  Figeac,  aoubrespit  ;  fruit,  chi- 
nela  (Ussel).  cireï  de  Nostro  Damo  (Figeac)  ; 
traduction,  buisson  blanc. 
Mespiius  germanica,  latin.   Néflier.   —    Brive,   nech'plié, 
mich'pouliér  ;  Figeac,  raispoulié  ;  fruit,  nech'- 
plo,  mich'poulo. 
rcxonia  vulgaris,  Tourn.,  Xoignassier  commun.  —  Brive, 
coudounier  ;  Tulle,  coudounié  ;  Figeac,  cou- 
dounié  ;  Roman ,  codonher ,  codonhic  ;  fruit, 
coudoun,  coing  (Brive). 


-  162  - 

Pyrus  achras,  Gœrt.,  Poirier.  —  Brive,  périer;  Tulle,  pé- 
riér  ;  Ussel,  peurier  ;  Figeac,  périé  ;  Roman, 
périer  ;  fruit,  péro  (Brive),  peuro  (Ussel). 

Malus  commuais,  Tourn.,  Pommier.  —  Brive,  poumier; 
Tulle  ,  poumier  ;  Ussel ,  poumier  ;  Figeac, 
poumié  ;  Roman ,  pomer ,  pomier  ;  fruit , 
poumo  (Brive,  Tulle,  Ussel). 

—  variété  locale.  Pommier  coujonne.  —  Brive,  poumier 

coudzou  ;  Tulle,  saint  dzermo  ;  fruit,  coud- 
zouno  ;  traduction,  pomme  de  l'estre,  littéral  : 
petite  citrouille  (Brive),  de  Saint-Germain 
(Tulle)  :  observation ,  voir  sur  cette  pomme 
l'article  de  M.  Joseph  Brunet,  sénateur,  dans 
le  Bulletin  archéologique  de  Brive  (1879)  ; 
trouvée  à  Saint-Germain-les- Vergues,  canton 
de  Tulle,  vulgarisée  par  Turgol. 

Sorbus  domestica,  latin,  sorbier. —  Brive,  choulbier  ;  Tulle, 
faodieyrou  ;  Figeac,  soulbié;  fruit,  chalbo, 
fîg.  clolbo  ;  traduction,  faodieyrou,  petite 
fougère  par  allusion  à  la  feuille. 

—  torminalis,  Crantz.,  Alisier.  —  Brive,  aledzier;  Us- 

sel, adzélié,  oludzié  ;  fruit,  aledzo  (alise). 

—  aria,  Crantz.,  Aria.  —  Tulle,  ooubari  ;  Ussel,  olud- 

zié. 

—  aucuparia,  latin,   Sorbier  des  oiseleurs.  — Tulle, 

oreillo  de  tsabro,  drilier;  Ussel,  pédouzé, 
oreillo  de  tsabro;  traduction,  oreille  de  chè- 
vre. 

Punica  granatum,  latin,  Grenadier.  —  Brive,  grenadier, 
milograno  ;  Tulle,  granadier  ;  Figeac,  grono- 
dié  ;  Roman,  milgranier  ;  Fruit,  poumo  de 
milograno  (Figeac),  pomme  de  mille  graines  ; 
observation,  grênado  (Brive). 

Bpilobium  parviflorum,  Schreb.,  Epilobe  à  petites  fleurs.  — 
Brive,  ooubarel  ;  traduction,  hobereau  ;  obser- 
vation,  remplace  la  mâche. 


—  163  — 

Myrtus  communis,  latin,  Myrte  commun.  —  Brive,  mirtré; 
Roman,  mirt,  murta. 

Lythrum  salicaria,  latin,  Salicaire.  —  Brive,  herbo  roudzo  ; 
Ussel,  quouo  de  rat  ;  traduction,  herbe  rouge. 

Bryonia  dioïca,  latin,  Bryoue.  —  Brive,  coudzo  choouvadzo; 
Tulle,  coudiéirasso  ;  Roman,  brionia  ;  traduc- 
tion, citrouille  sauvage. 

Cucurbita  maxima,  Duchêne,  Citrouille.  —  Brive,  coudzo  ; 
Tulle,  coudzo;  Ussel,  chilrouilla;  Figeac, 
coutso;  Roman,  coia;  fruit,  citrouille  (Brive). 
—  lagenaria,  latin.  Gourde.  —  Brive,  coudzou,  taba- 
tou  ;  Figeac,  coutsou  ;  fruit,  tabatou,  coudzou 
(Brive)  ;  observation,  la  pelite  variété,  taba- 
tou, servait  jadis  aux  paysans  pour  mettre 
leur  tabac  râpé. 
Ciicumis  salivus,  latin,  Concombre.  —  Brive,  coucoumbré  ; 
Tulle,  coucoumbré  ;  Figeac,  cournissou  ;  Ro- 
man, cogombre  ;  fruit,  cournitsou  à  petit 
fruit  (Brive). 

melo,  latin.  Melon.  —  Brive,  mélou  ;  Tulle,  mélou  ; 

Figeac,  mélou;  Roman,  melo;  fruit,  melon 
(Brive). 
^^^i^ilaca  oleracea,    latin,   Pourpier.  —   Brive,  pouprié; 
Tulle,   pourprier;   Ussel,  pourpié  ;   Roman, 
polprier,  portulacca. 
^^*^i  giola  littoralis,  latin,  Corrigiole.  —  Brive,  herbo  de  las 

verudzès;  traduction,  herbe  des  verrues. 
"^^^^^  \iiy  latin,  Sédum  (tous).  —  Brive,  rajinou  ;  Figeac,  rosin 
sooubatsé;   traduction,   petit  raisin,   raisin 
sauvage  (Figeac). 
-       telephium,  latin.   Grand  orpin  reprise.   —  Tulle, 
herbo  de  lo  damo  ;  traduction,  herbe  de  la 
dame. 
^^^  r>ervivu.m  lectorum,  latin,  Joubarde.  —  Brive,  artisaou 
choouvadze,  herbo  de  la  copo  ;  Tulle,  herbo 
de  la  copo  ;  Ussel,  herbo  de  la  copo  ;  Figeac, 
ortsitsaou  sooubatsé  ;  Roman,  barbaiol,  sem- 


—  164  ^ 


pervîva;  traduction,  artichaut  sauvage,  herbe 
de  la  coupure  ;  ûbservation,  cultivé  ou  subs- 
pontané. 

Umbilicus  pendu linus,  DC-,  Ombilicaire  penchée.  —  Brive, 
emboiinil,  Isapel  ;  Tulle,  onder;  traduction, 
nonihrii,  chapeau- 

Bit>C3  uvâ  crispa,  latin,  Groseiller  épineux.  —  Brive,  en- 
grooujéloiix  ï  Tulle,  grooujeiller  grocha  ;  tra- 
duction, petit  gt  oï?eiller. 

—  nigrum,  latin,  Cassis.  —  Brive,  câchis  ;  Figeac,  cas- 

sis ;  fruit,  càchi.^  ;  traduction,  cassis. 

—  alpinum*  lalîn*  Gro?eiller  des  Alpes.  —  Brive,  engroou- 

jéiou  choouvadze  ;  traduction,  petit  groseiller 
sauvage. 

—  pubrum,  latin,  Groseiller  rouge.  —  Brive,  engroujé- 

lier  :  Tulle,  grooujeiller  ;  Figeac,  groousillé  ; 
fruit,  grooujeillo,  grosella. 

Eryngium  campeslre,  latin.  Panicaut  des  champs.  —  Brive, 
tsarpal  gralotioul  ;  traduction,  gratecul. 

Cicuta  virosa,  latin,  CigOe  virense.  —  Brive,  perchil  choou- 
vadze ;  Tulle,  coucudo  ;  Roman,  cicuda;  tra- 
duction, persil  sauvage. 

Ffelosciadium  nodiflorum,  Koch»,  Héliosciadie  nodiflore.  — 
Brive,  berno* 

Petroselinum  sativum,  Haiïm.,  Persil  cultivé.  —  Brive,  per- 
chil ;  Tulle»  perchil,  erbetta;  Ussel,  parchi  ; 
Figeac,  persi»  persil  ;  Roman,  peyressilh. 

x4pium  dulce,  latin.  Céleri.  -  Biivo,  chéleri,  api  ;  Tulle, 
chelt'ri  ;  Figeti*%  cfléri,  Uipi. 

Carum  hulbocas^tanum,  Koch.,  Carvi  terre-noix.  —  Brive, 
mérigoulo  ;  Tulle,  cacal  d'asé,  obernou. 

Pimpinella  saxrFraga,  latin,   Boucage   saxifrage.  —  Brive, 
petilo  carotû  ;  traduction,  petite  carotte. 
—  anisum,  latin,  Anis.  —  Brive,  ani  ;  Tulle,  onis  ; 

Roman,  anis  ;  observation,  n'est  pas  cultivé, 
on  connait  la  graine. 


/ 


-  165  — 

Sium  augustifolium,  lat.,  Berle  à  feuilles  étroites. — Brive, 
berno. 

Œthusa  cynapium,  latin,  Ethuse,  persil  de  chien.  —  Brive, 
perchil  choouvadzé  ;  traduction,  persil  sau- 
vage. 

Fœniculum  officinale,  Aliio.,  Fenouil.  —  Brive,  fénou; 
Tulle,  fénoul  ;  Figeac,  fénoul;  Roman,  fenolh. 

Silaus  pratensis,  Besser,  Silaûs  des  prés.  —  Brive,  perchil- 
liacho  ;  traduction,  grand  persil  ;  observation, 
au  féminin. 
—     virescens,  Boiss.,  Silaus  verdâtre.  —  Brive,  eyréchél. 

Daucus  carotta,  latin,  Carotte  commune.  —  Brive,  caroto, 
pachténadzo  ;  Tulle,  rachina,  pastenadza  : 
Ussel,  carota,  rachina  ;  Figeac,  corotto  ;  Ro- 
man, pastenaga,  pastenagla. 

Torilis  anthriscus,'Gmel.,  Torilis  des  haies.  —  Brive,  Gara- 
fol  ;  traduction,  gare-fou. 

Angelica  archangelica,  latin,  Angélique.  —  Brive,  coucudo  ; 
Figeac,  antselico. 

Scandix  pecten  Veneris,  latin,  Peigne  de  Vénus.  —  Brive, 
herbo  de  las  agulias  ;  traduction,  herbe  des 
aiguilles. 

Heracleum  Lecockii,  Berce.  —  Brive,  coucudo. 

Anthriscus  vulgaris,  Pers.,  Anthrisque  commun.  —  Brive, 
garafol  billadour  ;  traduction,  garefou  lieur. 
—  cerefolium,  Hoffm.,  Cerfeuil.  —  Brive,  chèrfèl  ; 

Tulle,  cherfeul;  Roman,  sermenha. 

Hedera  hélix,  latin.  Lierre.  —  Brive,  édro,  léouno,  éouno  ; 
Tulle,  éouna,  léouna;  Ussel,  lianeo,  lièro  ; 
Figeac,  lèouno,  lèdro  ;  Roman,  édra,  leune. 
Cornus  sanguinea,  latin,  cornouiller  sanguin.  —  Brive,  pu- 
dis  négré  ;  Tulle,  pudis  négré  ;  Figeac,  biro 
sanguin  ;  traduction,  bois  puant  noir. 

mas,  latin,  Cornouiller  mâle.  —  Brive,  courniol  ; 

Tuile,  courmié  ;  Figeac,  courmié  ;  fruit,  cour- 
niole;  traduction,  cornouille  (Brive). 


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■■-]■ 


I  -  166  — 

,*|  Viscum  album,  latin,  Gui  blanc.  —  Brive,  vél  ;  Tulle,  gui, 

véré  ;  Ussel,  vel. 
A  Sambucus  ebulus,  latin,  Yèble.  —  Brive,  ïoulé;  Roman, 

1%  éboric,  éval. 

—        nigra,  latin,  sureau  noir.  —  Brive,  chéïcal  ;  Tulle, 
chéïca,  séïcar;  Ussel,  sioucard,  sécard,  séï; 
"3  Figeac,  sùoï  ;  Roman,  sambuc,  sauc. 

Viburnum  opulus,  latin.  Viorne  rnancienne.  —  Brive,  graï- 
cho  molo,  mate  ;  traduction,  graisse  molle 
(Brive). 
Lonicera  pcriclyménum,  latin,  Chèvnî  feuille  des  bois.  — 
Brive,  tsabridou  ;  Tulle,  raméla  ;  Ussel,  cou- 
rédzou,  tsabrillou  ;  Roman,  caprifuelh  ;  tra- 
duction, petit  chevreau  (Brive). 

—  xylosteum,  latin,  Chemœcerisier.  —  Brive,  béchat  ; 
Ussel,  margier. 

I  Rubia  peregrina,  latin.  Garance  voyageuse.  —  Brive,  lengo 

'  pi  ;  traduction,  langue  de  pie  (Brive). 

I  Galium  cruciata,  Scop.,  Gaillet  croisette.  —  Brive,  caillo-la; 

•'\      ^  traduction,  caille  lait  (Brive). 

j  —      mollugo,  latin,  Gaillet  blanc.  —  Brive,  madzoourèlo. 

j)  —      aparine,  latin,  Gaillet  grateron.  —  Brive,  réboulo; 

\'\  traduction,  qui  se  replie  sur  elle-même. 

■rf  Valeriana,  latin,  Valériane.  —  Figeac,  bolériano.  Roman, 

'-i  valeriana. 

Valerianella  olitoria,  Mœnch.,  Mâche.  —  Brive,  Bouché to  ; 
';.  Tuile,  douchétto;  Ussel,  douchéto  ;   Figeac, 

matso,  doucétto;  traduction,  boussette,  dou- 
V  cette. 

V;  Dipsacus  sylvestris,  Mill.,  Cardère  sauvage.  —  Brive,  pentso  ; 

l'I  traduction,  peigne. 

—  pilosus,  latin,  Cardére  velue.  —  Brive,  pentsou  ; 
traduction,  petit  peigne. 

r  ^*  Scabiosa  pratensis,  Jord.,  Scabieuse  des  prés.  —  Brive,  oou- 

:     jl  rillou  de  lèbré  ;  Figeac,  escabiusa;  Roman, 

' //:;  ^  scabiosa  ;  traduction,  oreille  de  lièvre  (Brive). 


-.  167  — 

Tussilago  farfara,  latin,  Tus&ilage,  pas  d'âne.  —  Brive,  pé- 
pouli;  Figeac,  pépoulit;  traduction,  pied  joli 
(Brive). 
Celendula  officinalis,  latin,  Souci.  —  Brive,  chouchi  ;  Tulle, 
soucir  ;  Figeac,  gaou. 
Beilis  perennis,  latin,  Pâquerette  vivace.  —  Brive,  pétito 
margarito  ;  Tulle,  pétito  margorito  ;  Ussel, 
pétito  margorito  ;  Figeac,  pimparèlo. 

Inula   salicina,  latin,  Aulnée  saulière.  —  Brive,  mentrachté 
dzaouné  ;  Roman,  énula  ;  traduction,  menthe 
jaune  (Brive). 
• —       montana,  latin,  Aulnée  de  montagne.  —  Brive,  escpour- 
chïou  bouru  ;  traduction,  porcelle  velue. 

Helianthus  tuberosus,  latin,  Topinambour. —  Brive,  pétam- 
bour  ;  Tulle,  toupinambour. 

Aathiomis  cotula,  latin,  Camomille  fétide.  —  Brive,  herbo 
dé  l'amouroux  ;  Tulle,  omorou  ;  Ussel,  lar- 
mérou,  herbo  de  l'amouroux  ;  Figeac,  camo- 
raillo  ;  Roman,  camo,  camomille  ;  traduction, 
herbe  de  l'amoureux  (Brive),  petit  amer 
(Brive)  ;  observation,  sert  à  faire  rentrer  les 
essaims  dans  les  ruches.  Les  abeilles  en  re- 
doutent l'odeur. 

Achiliea  millefolium,  latin,  Achillée  millefeuille.  —'Brive, 
milofélio,  herbo  de  channo-na  ;  Tulle,  milo- 
fouli  ;  Figeac,  milofélio;  traduction,  herbe 
saigne-nez  (Brive).  Observation,  les  enfants 
en  mettent  des  feuilles  dans  le  nez,  frappent 
légèrement  dessus  et  le  nez  saigne. 

^^o^,nlhemum  vulgare,  Lam.,  Grande  marguerite.  ■—  Brive, 
dzaloujio,  margarito  ;  Ussel,  margarito  ;  Fi- 
geac, margarido  ;  traduction,  jalousie  (Brive). 

^Aiohrysum  stœchas,  DC,  Hélichryse.  —  Brive,  roumani 
choouvadzé  ;  traduction,  romarin  sauvage  ; 
observation,  plante  odorante,  odeur  de  fenu- 
grec. 


L 


1 

-  168  — 

Tenacelum  vulgare,  latin,  Tanaisie.  —  Brive,  herbo  doous 
vermés  ;  Tulle,  herbo  deï  moroum  ;  Iraduc- 
i  tîon,  herbe  des  vers  (Brive),  herbe  des  mar- 

rons (Tulle). 
Senecio  vulgaris,  latin,  Séneçon  commun.  —  Brive,  chéni- 
'  chou  ;  Tulle,    chanissou  ;    Ussel,    sénéssou  ; 

»  Figeac,  sonissou. 

Arnica  montana,  latin,  Arnica.  —  Tulle,  flour  de  renard  ; 
Ussel,  boutouema;  observation,  fumé  par 
quelques  pauvres  montagnards. 
Carlina  vulgaris,  latin,  Carline.  —  Brive,  echpinaro. 
Centaurea  jacea,  latin,  Centaurée  jacée.  —  Brive,  tsaval 
péoulré  ;  Ussel,  tsavaou  ;  Roman,  centaurea  ; 
traduction,  pâture  de  cheval  (Brive). 

—  cyanus,  latin.  Centaurée  bluet.  —  Brive,  tsaval 
péoutré  bleu  ;  Figeac,  bluet  ;  Roman,  cluyeis  ; 
traduction,  pâture  de  cheval  bleue  (Brive). 

Carduncellus  mitissimus,  DC,  Cardoncelle  doux.  —  Brive, 
tsarpalou  ;  traduction,  petit  chardon  (Brive). 

Artemisia  vulgaris,  latin.  Armoise  vulgaire. —  Brive,  echca- 
rabi. 

—  abrotanum,  latin,  Aurone.  —  Brive,  oourono. 

—  absynthium,  latin.  Absinthe.  —  Brive,  apchénto  ; 
Roman,  absinti,  eyssens. 

—  dracunculus,  latin.  Estragon.  —  Brive,  echtragou. 
Cynara  scolymus,   latin.  Artichaut.   —   Brive,  artitsaou  ; 

Tulle,  artitsaou;   Ussel,  artitsaou;  Figeac, 

î  ortsitsaou. 

!  Silybum  marianum,  Gœrtn.,  Chardon  Marie.  —  Brive,  ech- 

pinaro. 

^  Carduus  nutans,  latin,  chardon  penché.  —  Brive,  charaji; 

sarazin. 
Carduus  et  Onopordon,  latin,  Chardon  (tous).  —  Brive,  ech- 
pinaro,   tsardou,   tsarpal  ;  Tulle,   chardous; 
Ussel,  tsardous,  chardous  ;  Roman,  cardo. 
Cirsium,  Tournef.,  Cirse  (tous). —  Brive,  tsoouchido;  Tulle, 
tsooucidé  ;  Ussel,  chaucida  ;  Roman,  caucida. 


l 


—  169  — 

Lappaminor,  DC,  Bardane  à  petite  tête.  —  Brive,  tsaou 
d'âgé;  Ussel,  petits  tsardous;  Roman,  lappa  ; 
traduction,  chou  d*âne  (Brive). 
Cichorium  intibus,  latin,  Chicorée  sauvage.  —  Brive,  chi- 
courèio  choouvadzo  ;  Figeac ,  cicurèio  soou- 
batzé  ;  traduction,  chicorée  sauvage. 
—         endivia,  latin.  Chicorée  endive.  —  Brive,  chi- 
courèio;  Tulle,  chicourèio;  Ussel,  tchicou- 
rèio  ;  Figeac,  endébio. 
Hypochaeris  maculata,  latin,  Porcelle  tachée.  —  Brive,  ech- 

pourchil,  pourchïou. 
Leontodon  autumnalis,  latin,  liondent  d'automne.  —  Brive, 

pichenlié  ;  Tulle,  pissenlit. 
Tragopogon  pratensis,  latin.  Salsifis  des  prés.  —  Brive,  chal- 
chéfis  choouvadzé;  Tulle,  salchifls  ;  Ussel, 
salsifis. 
Scorzonera  plantaginea,  Schleicher,  Scorsonnère  plantain.— 
Brive  ,    corchounèlo  ;    Tulle ,    escourcimèlo, 
escoursounèra  ;    Ussel,    roucibeix  ;    Figeac, 
escorsonèlo. 
Lactiaca  capitata,  DC,  Laitue  pommée.  —  Brive,  létudzo  ; 
Tulle,  létudzé  ;  Ussel,  létudzé  ;  Roman,  la- 
chuga. 

sativa,   latin.   Laitue    romaine.  —  Brive,   tsicou  ; 

Tulle,  tsicou  ;  Ussel,  tsicou  ;  Figeac,  tsicoun. 

virosa,  latin,  Laitue  vireuse.  —  Brive,  Moudél. 

scariola,  latin,  Laitue  sauvage.  —  Brive,  létudzo 

choouvadzo. 
^^^■^cîrilla  juncea,  latin,  Chondrille  effilée.  —  Brive,  fouïto- 

tsé;  traduction,  fouette-chien  (Brive). 
^^Sedium  plumieri,  DC,  Mulgédie  de  plumier.  —  Ussel, 
froumadziéra  ;  traduction,  fromagère  (Ussel). 
^^^Xacum  officinale,  Wie;g.,  Pissenlit  (tous).  —  Brive,  pi- 
chenlié ;  Tulle,  pissenlit  ;  Figeac,  pissolet. 
o^i^olîus  oleraceus,  latin,  Laitron  (tous).  —  Brive,  alardzo  ; 
Figeac,  lotsugo. 


—  170  - 

Andryala  integrifolia,  latin,  Andriale  à  feuilles  entières.  — 
Brive,    ruïo  choouvadzo  ;   traduction,   rhuc 
sauvage. 
Hieracium  pilosella,  latin,  Epervière  piloselle.  —  Brive,  cou- 

rentino. 
Campanula  glomerata,  latin,  Carapanulle  (toutes).  —  Brive, 
cloùtsèto  ;  Ussel,  clotchas  ;  traduction,  clo- 
chette, cloches. 
Vaccinium  myrtillus,  latin.  Airelle.  —  Tulle,  aïré,  éra;  Us- 
sel,  aïré,  aire  ;  Figeac,  aïrès. 
Calluna  vulgaris,  Salisb.,  Calluna  vulgaire.  —  Brive,  brugo. 
brudzièro  ;  Tulle,  brudzo  ;  Ussel,  brudzièro  ; 
Figeac,  bruyèro. 
Erica  cinera,  latin.  Bruyère  cendrée.  —  Brive,  brugo  ;  Tulle, 
brudzo;    Ussel,   brudzièro;    Figeac,  brugo; 
Roman,  brus. 
—    scoparia,  latin.  Bruyère  à  balais.  —  Brive,  brando  ; 
A  Tulle,  brudzo  bastardo  ;  Figeac,  brando. 

y  Priniula  officinalis,  Jacq.,  Primevère  officinale.  —  Brive, 

coucu  ;  Tulle,  boubou,  couioula  ;  Ussel,  cou- 
cudo  ;   Figeac,   conçut  ;  Roman,   primavera, 
i  primver  ;  traduction,  coucou  (Brive). 

Lysimachia  nummularia,  latin,  Lysimachie  nummulaire. — 
Brive,  olvo  ;  traduction,  douve. 
!  Anagallis  arvensis,  latin.   Mouron  des  champs.  —  Brive, 

^;  mourèl  ;  Ussel,  mouréou. 

—        caerulea,  Schreb.,  Mouron  bleu.  —  Brive,  herbo 
j  del  tal  ;  traduction,  herbe  du  tranchant. 

llex  aquifolium,  latin.  Houx  commun.  —  Brive,  agrafèl, 
agrifoul  ;  Tulle,  agrafèl  ;  Ussel,  agrafé,  gra- 
féi  ;  Figeac,  grifoul  ;  Roman,  agrafeix. 
Fraxinus  excelsior,  latin.  Frêne  élevé.  —  Brive,  fraîche  ; 
Tulle,  fraiché,  fraissé,  cantharidier  ;  Ussel, 
frayssé  ;  Figeac,  frayssé  ;  Roman,  fraisse, 
fraissher,  fraishe,  frayshe. 
Syringa  vulgaris,  latin,  Lilas  commun.  —  Brive,  lilas  ;  Tulle, 
lila;  Figeac,  lila. 


-  171  - 

^'gustrum  vulgare,  latin,  Troène  commun.  —  Brive,  troïné, 

pudis  blanc  ;  Tulle,  pudis  blanc  ;  Ussel,  mar- 

gier  ;  Roman,  cypri  ;  traduction,  bois  puant 

blanc. 

^'âsminum  fruticans,  latin,  Jasmin  jaune.  —  Figeac,  tsant- 

simio. 
'incotoxicum  officinale,  Mœnch.,  Dompte-venin  officinal. 
—  Brive,  herbo  de  lo  langogne  :  observation, 
je  ne  sais  si  langogne  est  un  nom  patois  de 
maladie  des  porcs. 
^^-hrea  centaurium,    Pers.,  Petite  centaurée.   —  Brive, 
^  chantoourèio. 

*-^^na  lutea,  latin,  Gentiane  jaune.  —  Tulle,  dzenchiano, 
Ussel,  gensana  ;  Roman,  basilica  gentiana. 
^"'^         campestris,  latin,  Gentiane  des  champs.  —  Ussel, 
breya  de  coucu  ;  traduction,  braies  de  cocu 
ou  de  coucou  (Ussel). 
—        pneumonanthe,  latin.  Gentiane  pneumonanthe.  — 
Ussel,  clotchas  ;  traduction,  cloches. 
Convolvulus  sepium,  latin,  Liseron    des   haies.   —  Brive, 
grando  courédzado. 

—  arvensis,  latin.  Liseron  des  champs.  —  Brive, 

courédzado  ;  observation ,   courédzo   signifie 
lanière  de  cuir. 

—  cantabrica,  latin,  Liseron  cantabre.  —  Brive, 

linou  ;  traduction,  petit  lin. 
Cuscuta  minor,   DC,  Cuscute  (toutes).  —  Brive,   piaoux, 

choïo,  tigno,  fiaux  ;  traduction,  cheveux,  soie, 

teigne,  fils  (Brive). 
Echium  vulgare,  latin,  Vipérine.  —  Brive,  las  bouradzas  ; 

traduction,  les  bourraches. 
Myosotis  vulgare,  latin.  Myosotis  (tous).  —  Ussel,  miouti, 

herbo  de  las  estialas  ;  herbe  des  étoiles. 
Borrago  officinalis,  latin,  Bourrache  officinale.  —  Brive, 

bouradzo;  Figeac,  bourratso;  Roman,  bor- 

rage. 


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•  ^ 


'1 


—  172  — 


Solanum  nigrum,  latin,  Morelle.  —  Brive,  poumo  de  tèro 
choouvadzo  ;  Figeac,  moourèllo;  Roman,  mau- 
rella,  morella. 

—  dulcamara,  latin,  Douce  amère.  —  Brive,  doucha- 
maro  ;  Figeac,  douç'amaro. 

.^  —        tuberosum,  latin,  Pomme  de  terre.  —  Brive,  poumo 

*i\  de  tèro,  truffo,  truffo  blantso  ;  Tulle,  poumo 

îj  de  terro,  trufa  ;  Ussel,  strufla,  truffa  ;  Figeac, 

truffo  ;  traduction,  truffe  ;  observation,  appe- 
lée truffe  dans  les  terrains  granitiques. 

—  melongena,    latin,   Aubergine.  —    Figeac,    biot 
d'asé  ;  traduction,  vièdaze  (Figeac). 

—  lycopersicum,  latin,  Tomate.  —  Brive,  toumato; 
Tulle,  toumata  ;  Figeac,  toumato. 

;J|  Capsicum  annuum,  latin.  Piment.  —  Brive,  piman;  Roman 

pigment,  pimen,  piment. 
1  Nicotiana  tabacum,  latin.  Tabac.  —  Brive,  tobat  :  Tulle,  ta- 

f5  bat  ;  Figeac,  tobat. 

Datura  stramonium,  latin,   Datura.  —  Brive,  troumpéto; 

traduction,  trompetto. 

Mandragora  officinalis,  MilL,  Mandragore.  — Tulle,  matago  ; 

Roman,  mandragora;  observation,  erreur  de 

Béronie.  Cette  plante  n'existe  pas  en  France. 

Verbascum  thapsus,  latin,  Molène  (toutes).  —  Brive,  bloou  ; 

Tulle,  bloou  ;  Ussel,  bloou. 
Linaria  striata,  DC,  Linaire  striée.  —  Brive,  gros  mourél  ; 

traduction,  gros  mouron. 
Scrophularia  nodosa.  latin,  Scrophulaire  (toutes).  —  Brive, 
herbo  del  chièdze  ;  Tulle,  ossiède  ;  traduc- 
tion, herbe  du  siège  ;  observation,  souvenir 
de  son  emploi  par  les  Rochellais,  lors  du 
M  siège  de  cette  ville  par  Richelieu. 

Digitalis  purpurea,  latin.  Digitale.  —  Brive,  petit  bloou  ; 
,     ^H?  Tulle,  pétaraou  ;  Ussel,  entounoir;  traduc- 

/  jj;  tion,  petite  molène,  molène  pétant  (Tulle); 

•it-;[|  observation,  masculin. 

'■  -  î"  'fit 


—  m  " 

Veroûica  beccabunga,  latin,  Véronique  cressonnée.  —  Brîvej 
creïchelou  de  Lrécizo  ;  Ussel,  creïssou  soou- 
valsé;  FJgeac^  b<>ronico  ;  traduction,  cresson 
de  truie  (Brive). 
RbJnantus  crista  galH,  latin,  Rhinanle  cnHe  de-coq,  —  Brive, 
L"ampanèlf>i  Tulle,  tartalièdzo  ;  traduction, 
peliîe  clochette  (Brive)  ;  observation,  nom  de 
la  clochette  en  tôle  des  moutons.  La  graine 
a  la  môme  forme. 
Oroi>anche  rapum,  ThuiL,  Orobranche  (toutes).  —  Brire,  po 
de  lèbro  ;  Ussel,  po  de  lébra  ;  iraduction, 
pain  de  lièvre. 

Uvaodula  vera.  DC,  Lavande.  —  Brive,  lavandré  ;  Figeac, 
labondro  ^  Roman,  lerrigola,  solivenca. 

Wantha,  latin,  Menthe  (toutes)*  — Brive,  ménlachtré  ;  Tulle, 
mènlrasté;  Usseï,  amente;  Figeac,  menlo; 
Roman,  menla,  mentastre. 

Ori^a^num  mégastachium,  Link.,  Origan  (tous).  —  Brive, 
pébnllou  choouvadzé;  Roman,  origani;  tra- 
duction ^  ihym  sauvage  [Brive;, 

^rssopus  ôfticiDalis,  latin,  Hyssope  officinal.  —  Tulle,  liso; 
Figeac,  hysop;  Roman,  isop. 

^^jyTriusvulgaris,  latin,  Thym,  —  Brive,  pébrillou  ;  Tulle, 
thyn  ;  Roman,  thymi  ;  traduction,  petit  poi* 
vre  f Brive). 
serpyllum,  latin,  Serpolet,  —  Brive,  cherpoulét  î 
Ussel,  serpoulet  ;  Figeac,  serpoulet  ;  Roman, 
serpoL 

Cal  ia 

-  *^rninta  acinos,  Gaud.,  Caïaminthe  des  champs.  —  Brive, 

herbo  de  lo  copo  ;  Roman,  calament  ;  traduc- 
tion, herbe  de  la  coupure  (Brive). 
**^ïïllam  basilicum,  latin,  Basilic.  —  Brive,  bajâli  ;  Tulle, 
bajali  ;  Roman,  basilisc. 
^i^a  offlcinalis,  latin,  sauge  officinale.  —Brive,  cbaouvio; 
Tulle,  saouvio  ;  Ussel,  saouvio  ;  Roman, 
salvia. 


1 


—  174  — 

Salvia  sclarea,  latin,  Sauge  sclarée.  —  Brive,  herbo  dé  lo 
copo  ;  Figeac,  saoubio  ;  traduction,  herbe  de 
la  coupure  (Brive). 

Rosmariuus  officinalis,  latin,  Romarin  officinal.  -—  Brive, 
roumani;  Figeac,  roumarin  ;  Roman,  ro- 
mani, romanin. 

Glœchoma  hederaceum,  latin,  lierre  terrestre.  —  Brive, 
léouno  de  tèro  ;  traduction,  lierre  de  terre. 

Melittis  melissophyllum,  latin,  Mélitte  à  feuille  de  mélisse. 
—  Brive,  chucho  barlet  ;  traduction,  suce  ba- 
ril ;  observation,  les  enfants  courent  les  bois 
pour  sucer  le  nectar  des  fleurs  de  cette  plante. 

Lamium  album,  latin,  Lamier  blanc.  —  Brive,  ooutrudzo 
blantso  ;  traduction,  ortie  blanche. 

Galeobdolon  luteum,  Huds.,  Galéobdolon  jaune.  —  Brive, 
ooutrudzo  roucho  ;  traduction,  ortie  jaune. 

Marrubium  vulgare,  latin,  Marrube  vulgaire. —  Brive,  mén- 
tachtré  blanc;  Figeac,  maltrasté  ;  Roman, 
marrubium  ;  traduction,  menthe  blanche. 

Teucrium  chamaedrys,  latin,  Germandrée  petit  chêne.  — 
camêdri  ;  Figeac,  camédri. 

Plantago  major,  latin,  Plantain  (tous).  —  Brive,  herbo  de 
cin  costas  ;  Tulle,  herba  de  cin  costas  ;  Ussel, 
herba  de  cin  costas,  fouillarita;  Figeac,  herbo 
de  cinq  costos  ;  Roman,  plantage  ;  traduction, 
herbe  de  cinq  côtes. 
—  cynops,  latin.  Plantain  des  chiens.  —  Brive,  coû- 
tebêlo. 

Amaranthus  ascendens.  Lois.,  Amaranthe  (toutes).  —  Brive, 
irgou. 

Phytolacca  decandra,  latin,  Phylolaque.  —  Brive,  rajinéto  ; 
traduction,  raisinette. 

Beta  vulgaris,  latin.  Bette  vulgaire.  —  Brive,  blédo  ;  Tulle, 
bléda;  Ussel,  bléda;  Roman,  bleda,  bleta. 

—    cicla,  latin.   Betterave.  —  Brive,  blédo  rabo  ;  Tulle, 
blédo  rabo  ;  Figeac,  bleto  rabo. 


—  I7r>  - 

Ghœnopûdium   polvâpermum,   latin,    Ansérine   [toutes}.  — 
Brive,  abrèl  choouvadze,  irgou  ;  traduction, 
arroche  sauvage. 
—  bonus  Heoricus,  latin,  Ansérine  bon  Henri. 

—  Brive,  berba  de  cin  coûtas  ;  traduction, 
herbe  de  cinq  côtes. 
Atriplei  borteasis,  lalin,  Arroche  bonne  dame.  —  Brive, 

abrél  ;  Tulle,  obrél. 
Spinacia  spinosai  Mœncb.,  Epinard  épineux.  —  Brive ^  ech- 
pinard  ;  Tulle,  espinar  ;  Figeac,  espinard; 
Romani  espinar. 
Rumex  patientia,  hitin,  Patience  officinale.  —  Brive,  para- 
dèlo  ;  Tulle,  pataouno  ;  Ussel,  pataouno,  po- 
dorèîe  ;  Figeac,  porodèlo  ;  Roman,  Japaci. 

—  acetosa^  latin  ^  Patience  oseille.  —  Brivei  ooujillo  ; 

Ussel,  ooseilla;  Figeac,  binéto. 

acetûsella,  lalin,  Patience  petite  oseille.  —  Brive, 

Oûujillou  ;  Tulle,  osillou  ;  Ussel,  osillou,  sau- 
ciliou. 
f*oly^gODum  amphybium^  latin,  Renouée  amphibie.  —  Brive, 
berbo  del  peïchou  ;  traduction,  herbe  du  pois- 
son. 

-^  persicaria,  latin,  Renouée  pcrsicaire.  —  Brive, 
parpél^dzé. 

i-  hydropiper,  latin,  Renouée  poivre  d'eau.  — 
Brive,  parpèlèdzé. 

*^  aviculare,  latin.  Renouée  des  oiseaux.  —  Brive, 
coudotrèdïo,  coudertsino  ;  traduction ,  pais 
truie,  herbe  des  coudercs;  couda  signifie 
manger,  paissant  au  ras  de  terre  ;  couderc 
est  un  petit  pacage  très  sec  et  ras  près  des 
maisons* 

—  convoi vulus,  latin,  Renouée  liseron,  —  Brive, 
bla  négré  choouvadze;  Ussel,  bla  nègre 
soouvatïè  ;  traduction,  blé  noir  sauvage  (Brive, 
Ussel). 

^'  XXX.  L>  "  4 


L. 


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-  176  — 

Polygonum  fagopyrum,  latin,  Sarrazin.  —  Brive,  bla  négré; 
Tulle,  bla  négré  ;  Ussel,  bla  négré  ;  Figeac, 
blal  négré;  fruit,  bla  négré;  traduction,  blé 
noir. 

Daphné  laureola,  latin,  Daphné  lauréole.  —  Ussel,  herbo 
déous  merles;  traduction,  herbe  des  merles. 

Laurus  nobilis,  latin,  Laurier  d*Apollon.  —  Brive,  loouriè 
chaoucho  ;  Tulle,  loouriè  ;  Figeac,  loourié  ; 
Roman,  laur,  laurel,  laurier  ;  traduction,  lau- 
rier sauce. 

Buxus  sempervirens,  latin.  Buis.  —  Brive,  bouï  ;  Tulle, 
bouï  ;  Ussel,  rampan,  rampao  ;  Figeac,  bouï  ; 
Roman,  bois,  boish;  traduction,  rameau  (Us- 
sel). 

Mercurialis  annua,  latin,  Mercuriale  annuelle.  —  Brive, 
mercuriol,  lamberdzé  ;  Figeac,  mercurialo. 

Euphorbia  helioscopia,  latin,  Euphorbe  (toutes).  —  Brive, 
tèto-la  ;  Ussel,  pè  de  dzaou  ;  Roman,  euforbi  ; 
traduction,  tête  lait  (Brive),  pied  de  coq  (Us- 
sel). 
\  —        peplus,  latin,  Euphorbe  des  jardins.  —  Brive, 

'  herbo  de  lo  taoupo  ;  traduction,  herbe  de  la 
taupe.  Observation,  on  dit  qu'un  pied  dans 
un  jardin  chasse  les  taupes. 
—  lathyris,  latin,  Euphorbe  épurge.  —  Brive,  herbo 
de  lo  cago  ;  traduction,  herbe  de  la  diarrhée. 
Observation,  deux  ou  trois  graines,  dit-on, 
suffisent  pour  la  produire. 

Parietaria  officinalis,  latin,  Pariétaire  officinale.  —  Brive, 
j  traouco-murs  ;    Figeac,   ponotario  ;   Roman, 

j  paritaria  ;  traduction,  perce  murs  (Brive). 

Urtica  urens,  latin,  Ortie  (toutes).  —  Brive,  ooutrudzé  ; 
Tulle,  intrudza,  éitrudze  ;  Ussel,  eitroudzé  ; 
Figeac,  outrigo  ;  Roman,  urtica. 

Cannabis  sativa,  latin.  Chanvre  cultivé.  —  Brive,  tsambé  ; 
Tulle ,  tsambé  ;  Ussel ,  tchibro  ;  Figeac , 
combé  ;  Roman,  canèbé  ;  fruit,  tsanabou  (chè- 
nevis)  Brive. 


-^ 


-   HT  — 

Humiilus  lupuliïS!,  latin,  Iloiiblari  grimpant,  —  Bi'ive,  linmi- 
lou.  hooubérou  ;  Tulle,  hobelo,  bloou  ;  UsseL 
houbloiin, 
Fïcus  carica,  latin,  Figuier  commun,  —  Brive^  fidzîer  ; 
Tulle,  fidziè  ;  Figear.  fi.!zuié  ;  Romane  figuier; 
fruit,  fidzo,  figiie  (Brive), 
Morus  alba,  latin,  Mûrier.  —  Brive^  mourier  ;  Tulle,  amou- 
rié  î  Roman,  morier  ;  fruit,  Tiïouro,  milre 
(Brive). 

nigraj  latin,  Mûrier  noir,  —  Brive.  mourier  roudzé  : 

fruit .    inouro  ,    mûre  ;    traduction  t    mûrier 
rouge  (Brive). 
Vliz^  Tis  major,  Smith.*  Orme  (tous),  ^  Brive,  oulmè  ;  Tulle, 
oulmé  î  Ussel,  orniou  ;  Figeac,  ourmé  ;  Ro- 
man, olm,  olme. 
Alnxjis  glutinosa,  Gaertn..  Aulne.  —  Brive.  vergné  ;  Tulle, 
vergue;    Ussel,  vergna.  vergnaou  ;    Figear, 
ber,  bergné  ;  Roman,  vern,  vernha, 
%  ti.:^  laverrucosa,  Elirli.,  Bouleau,  ~  Brive,  bé,  bècbot,  bô- 
cbat;  Tulle,  bé,  b^it-iiol,  bècho,  bezhal  ^  Us- 
sel,  bessard,  bessas,  bessaou. 
Sa_lî  3g^  j^ijjjj^  latin,  Saule  blanc.  —  Brive,  ooubar  :  Tulle,  aou- 
bar,  ooubar  ;  Ussel,  aouhar,  ooubar  ;  Figeac, 
ooubar  ;  Roman,  al  ban,  alborn,  al  bar, 
" —       vitelliua,  latio,  Saule  jaune,  osier.  —  Brive,  vimier, 
vlmé  ;  Tulle,  vimé  j   Ussel,  vinzéî  Roman, 
vim, 
'^ — -      caprea,  latin,  Saule  niarceau,  —  Brive,  chalé  ;  Tulle, 
sole,  chialè  ;  Roman j  sauïz.  sauze, 
"^^^ï^i^lus  alba»  latin,  Peuplier  blanc* — Brive,  piboulo;  Tulle, 
piboul  :  Ussel,  popilluu,  brioulo  ;  Ftgeac,  pi- 
boni,  piboulo.  Observation,  féminin, 
—      tremula,    latin.    Peuplier  tremble,  —   Brive,   trè- 
moul  ;  Tulle,  trèmoul  ;  Ussel,  trèmou  ;  Ro- 
man, tremble  ^  ire  mol,  trémola. 

faligiata,  Poir.,  Peuplier  d'îtalie,  —  Brive,  pibouL 

Observation,  masculin. 


-  178  - 

Populus  Digra,  latin,  Peuplier  noir.  —  Brive,  piboulo.  Obser- 
vation, féminin. 

Fagus  sylvatica,  latia,  Hêtre,  —  Brive,  faou,  fouyard,  fayard  ; 
Tulle,  faou,  fayard  ;  Ussel,  fao  ;  Figeac,  faou, 
fuyard  ;  Roman,  fau,  faya  ;  fruit,  feïno  (faine), 
à  Brive. 

Casianea  vulgaris,  Lanik  ,  Châtaignier  commun.  —  Brive, 
tchactitanier,  tchachtan  ;  Tulle,  tsostan  ;  Us- 
sel»  tehatanîer  ;  Figeac,  costogné  ;  Roman, 
castanher  ]  fruit,  tchachtagno  (Brive),  tchata- 
nia  (châtaigne)  ;  observation,  castagno,  châ- 
taigne à  Figeac. 

Noms  des  Variétés  du  pays  : 

Brieej  Choouvadzo;  traduction,  sauvage. 

Brive,  Quarïou  ;  Tulle,  quariva  ;  traduction,  quarive. 

Tulle,  Quarieu  ;  traduction,  quarieu. 

Brive,  Habourivo  ;  Tulle,  abourivo  ;  traduction,  précoce. 

Brive,  Choouvadzo  do  Car  ;  traduction,  sauvage  de  Cars.  — 

Observation,  lieu  de  la  famille  des  Cars,   Haute- 
i|  Vienne. 

*  Brive,  Léoucoto  blanlso  ;  traduction,  leucote  blanche. 

Brive,  Léoucoto  roudzo^  traduction,  leucote  rouge. 
Brivej  Vermilloi  blant  ;  traduction,  vermillot  blanc. 
Brive,  Vermillot  roudié  ;  traduction,  vermillot  rouge. 
Brive,  Pountal  ;  Tulle,  lioul  blanc  ;  traduction,  pontal,  cul 

blanc. 
Brive,  Bori  ;  traduction,  borîe. 
Brive,  Badanl:  traduction,  baillant.   Observation,  sa  peau 

s*ouvre  avant  mAturité. 
Brive,  Eijalado;  traduction,  ésalade. 
Brive,  Cambéloto;  traduction,  cambelotte. 
Brive,  Dzoséquo  ;  iraduction.  josèque. 
Brive,  Caïubéroiino  ;  traduction,  camberonne. 
Brive,  Méouliado;  traduction,  pleine  de  moelle. 
Brive,  Gourchadzo  ;  traduction,  goursage. 
Brive,  Rouchélo;  traductionj  rousselle. 


—  179  — 

Brîve,  Bourudo  ;  traduction,  bourrue. 
Brive,  Maroun  négré  ;  traduction,  marron  noir. 
Brive,  Maroun  ourdinari  ;  traduction,  marron  ordinaire. 
Brive,  Grocha  ;  Tulle,  grousseau  ;  traduction,  grosses. 
Brive,  Verdolo;  Tulle,  verdol  ;  traduction,  verdoie. 
Tulle,  Rouergau  ;  traduction,  du  Rouergue. 
Tulle,  Juliacas;  traduction,  de  Juillac.  Observation,  chef- 
lieu  (le  canton  de  la  Corrèze. 
TuUe,  Barracadas  ;  traduction,  bariolées. 

Quercus  pedunculata,  Ehr.,  Chêne.  —  Brive,  tsachan,  dzari  ; 
Tulle,  gori,  tsachan  ;  Ussel,  dzari,  tchaïne  ; 
Figeac,  gorrit;  Roman,  casser,  garric,  coral; 
fruit,  glan,  agland,  ayan  (Brive).  Observation, 
ayan,  à  Ussel  ;  est  souvent  truffier. 
—  tozza.  Base,  Chêne  Tauzin.  —  Brive,  tsachan  tsoou- 
jên  ;  traduction,  chêne  de  causse.  Observation, 
se  trouve  surtout  dans  les  calcaires  appelés 
Causses, 
ilex,  latin,  Chêne  Yeuse.  —  Brive,  rouvet,  tsachan 
vert  ;  Roman,  roire  ylex  ;  traduction,  rouvre, 
chêne  vert.  Observation,  spécial  pour  les 
truffes. 

Corylus  avellana,  latin.  Coudrier  noisetier.  —  Brive,  ooula- 
nier,  ooulanièro  ;  Tulle,  ooulanié  ;  Ussel, 
ooulanié,  oulaniëra  ;  Bigeac,  obuglanié,  abé- 
lanié  ;  Roman,  avélannier  ;  fruit,  ooulano 
(noisette).  Observation,  à  Brive,  Ussel,  mas- 
culin et  féminin. 

Carpinus  betulus,  latin.  Charme  commun.  —  Brive,  tsaou- 
pré  ;  Tulle,  tsaoupré. 

Juglans  regia,  latin,  Noyer.  —  Brive,  noudzier  ;  Tulle, 
noudzier  ;  Ussel,  noudzier  ;  Figeac,  nouyé  ; 
Roman,  noguier;  fruit,  cacal,  cacau,  nou  ; 
traduction,  noix  (Brive).  Observation,  nou 
entraîne  l'idée  de  noix  fraîche  avec  son 
brou. 


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—  180  — 

Variétés  du  pays  : 

Brive,  Corno  de  moutou  ;  traduction,  corne  de  mouton.  Ob- 
servation, tét  dur. 

Brive,  Marbo  ;  traduction,  Marbot;  têt  rond  demi-dur. 

Brive,  Changilière  ;  Roman,  sanzilier;  traduction,  des  mé- 
sanges. Observation,  têt  très  tendre  et  faible. 

Brive,  de  la  lando  ;  traduction,  de  la  lande.  Observation,  têt 
tendre. 

Brive,  choouvadze  ;  Tulle,  agraulatier;  traduction,  sauvage. 
Observation,  tôt  petit,  dur. 

Tulle,  Boumba  rouyale;  traduction,  bombe  royale. 

Tulle,  Sarrer;  traduction,  sarrer.  Observation,  coque  dure. 

Brive,  Mayen  ;  traduction,  mayen,  du  mois  de  mai.  Obser- 
vation, dans  chaque  variété  il  y  a  des  mayens,  ainsi 
appelés  parce  qu'ils  ne  poussent  qu'en  mai. 

Platanus  orientalis,  latin,  Platane.  —  Brive,  platano,  apla- 
tano;  Ussel,  plataou  ;  Roman,  platani. 

Juniperus  communis,  latin.  Genévrier  commun.  —  Brive, 
dzanèbré,  dzinèbré,  dzanébrier;  Tulle,  dzé- 
nébrié  ;  Ussel,  dzanebrié  ;  Figeac,  tsinèbre  ; 
Roman,  genibre,  juniert,  genèbre,  juniperi  ; 
fruit,  dzanébré. 

Taxus  baccata,  latin,  If.  —  Brive,  touno  ;  Tulle,  ifé  ;  Roman, 
theysh.  Observation,  appelé  touno  à  cause 
.  des  ionnelles  que  Ton  fait  avec. 

Pinus  sylvestris,  latin.  Pin  (tous).  —  Brive,  pinier,  pin; 
Tulle,  pin,  pinié  ;  Ussel,  Pinn  ;  Roman,  pin, 
pinhe  ;  fruit,  pino  (Brive)  ;  traduction,  pomme 
de  pin,  comestible.  Observation,  le  pignon, 
pinou. 

Abies  excelsa,  DC,  Sapin  (tous).  —  Brive,  chapin  ;  Ussel, 
sapin  ;  Roman,  sap,  abet. 

Cupressus  sempervirens,  latin,  Cyprès.  —  Brive,  archipriè  ; 
Roman,  cyprès. 

Juncus,  latin,  Jonc  (tous).  —  Brive,  dzoun  ;  Tulle,  jounc  ; 
Ussel,  dzoun;  Figeac,  tsounc,  tsounco;  Ro- 
man, junc,  sescha,  jonc. 


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—  !8I  — 

Luzula  pilosa,  WiJ^l*,  Luzule  (toutes),  —  Brîve,  léngo  de  pi-^ 
catal  ;  traduclion,  langue  de  pivert. 

Golchicum  auiumnale,  latin,  Colchique»  —  Brive,  pinipa- 
rèlo. 

Convallaria  maïaliSj  latin,  Muguet,  —  Brive,  niugué  ;  Ussel, 
mugué,  mu  g. 

Asparagus  offlcinalis,  latin,  Asperge*  —  Brive,  echperdio  ; 
TullCj  echperdza,  esperga. 

Ruscus  acuEeatus,  latin,  Fragon  piquant,  —  Brive,  hrêgou, 
echpino  tsatto;  Tulle,  busqué;  traductionj 
épine  chatte  (Brive)- 

Tulipa,  latin,  Tulipe,  —  Brlve.  Lulipo;  Figeac,  tulipan. 

Lulium  martagon,  latin,  Lis  niartagon,  —  Brîve,  liri,  mar- 
lagou;  Tuile,  flourd'alys;  Figeac,  lis;  Ro- 
man, lili,  liri,  lis.  Observation,  k  Figeac  c'est 
le  lis  blanc, 

Aspbodelus  ramosus,  Duby>,  Âspbocîèle  rameux-  —  Brive^ 
poro  î  Ussel.  pourredzado, 

Hyacinlhus,  Tournft,,  Hyacinthe,  —  Brive,  dzacbinto  ;  Fi- 
geac, jacinthi,  jacint, 

Muscari  comosum,  Mill.i  Muscari.  —  Brive,  ignou  de  cher; 
Figeac,  oillolo  ;  traduction,  oignon  de  ser- 
pent (Brive). 

Erylhronium  dens  canis,  latin,  Erytht'one,  —  Tulle,  herho 
de  coucu  ;  Ussel,  prenguolaSs  pindzaoulas. 
Observation,  les  enfants  recherchent  les  but- 
bes  pour  les  manger. 

Bcilla  autumiialis,  latin,  Scitle  d'automne.  —  Brive,  ooulano 
de  tèro  ;  traduction,  noisette  de  terre. 

Allium  porrum,  latin.  Poireau,  —  Brive,  pourrét  ;  Tulle, 
pourra;  Ussel,  poureix  ;  Figeac,  porrè  ;  Ro- 
man, porr,  porrot, 

—  anipeloprasum,  latin,  AiL  —  Brive,  al  choouvadzé  ; 

traduction,  ail  sauvage. 

—  cepa,  latin,  oignon.  —  Brive,  ignou,  chébo  ;  Tulle, 

cebo,  cebas,  sebas,  ignou  ;  Ussel,  eugnu  ;  Fi- 
geac, cebo  ;  Roman,  cebat,  ceba,  ignoû,  nigno, 
uîgnon. 


-  18?  — 


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Allium  sativum,  latin,  Ail  commun.  —  Drive,  al,  dolcho; 
Tulle,  daoucha,  daousso  ;  Ussel,  aïl  ;  Figeac, 
al  ;  Roman,  alh,  aliet,  aylh. 

—  ascalonicum,   latin,   Echalolte.  —  Brive,   etsaloto, 

chiboulo  ;  Tulle,  elsalota,  ciboulo  ;  Ussel,  ail  ; 
Figeac,  tsalotto. 

—  vineale,  latin,  ail  des  vignes.  —  Brive,  al  dé  cher  ; 

traduction,  ail  de  serpent. 

—  schœnoprasum ,  latin.  Appétits.  —  Brive,  chibou- 

létto  ;  Tulle,  pourita  ;  Ussel,  chiboulo. 
Narcissus  pseudo-narcissus,  latin,  Narcisse  faux  narcisse. 
—  Brive,  coucudo  ;  Tulle,  berbéïdza  ;  Figeac, 
compono. 

—  jonquilla,  latin.  Jonquille.  —  Figeac,  tsounquillo. 

—  poëticus,  latin,  Narcisse  de  poète.  —  Brive,  cou- 

cudo. 

Iris  germanica,  latin,  Iris  d'Allemagne.  —  Brive,  liri,  herbo 
del  cooutèro,  chabré  ;  Figeac,  coutelas  ;  Ro- 
man, iris,  yli,  y  ris  ;  traduction,  herbe  du 
cautère  sabre  (Brive),  coutelas. 

Iris  pseudo-acorus,  latin.  Iris  faux  acore.  —  Brive,  gleïdzol  ; 
Tulle,  gladze. 

Gladiolus  communis,  latin,  Glayeul.  —  Brive,  echpajo; 
Tulle,  gladze  ;  Roman,  glaï,  cesca,  glaviol, 
glaya,  glay  ;  traduction,  épée  (Brive). 

Crocus  sativus,  latin,  Safran.  —  Brive,  chafran  ;  Figeac, 
sofro;  Roman,  croci,  safra,  safran. 

Tamus  communis,  latin,  Tamier.  —  Brive,  guidachière. 
Observation,  gui,  guido,  signifie  pousse,  jet. 

Orchis,  Juss.,  Orchis  (tous).  —  Brive,  pentécouchto  ;  Tulle, 
coucu  ;  traduction,  Pentecôte  (Brive). 

Ophrys,  latin,  Ophrys  (tous).  —  Brive,  pentécouchto  ;  tra- 
duction, Pentecôte  (Brive). 

Scirpus  lacustris,  latin,  Scirpe  des  lacs.  —  Brive,  grand 
dzoun;  traduction,  grand  jonc. 

Carex  vulpina,  latin,  Carex,  Laiche  (tous).  —  Brive,  léngo-pi, 
léngo  de  picatal  ;  Roman^  lesca  ;  traduction, 
langue  de  pivert. 


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—  183  — 

Zea  iDâïSj  latin,  Maïs.  —  Brive,  bla  roudzé  ;  Tulle,  bla  d*Ech- 
pagQO,  bigaro;  Ussel,  bla  d'Espagna,  biga- 
raou  ;  Figeac,  raelbla  d'Espagno  ;  fruit,  bla 
roudzé  ;  traduction,  blé  rouge,  blé  d'Espagne 
(Brive). 
Big^i  tsria  saDguinalis,  Scop.,  Digitaire  sanguine.  —  Brive, 
brénil  pè  d'ooujel  ;  traduction,  brénil  pied 
d'oiseau. 
Sorglr^um  vulgare^  Pers.,  Sorgho  vulgaire.  —  Brive,  parpeï- 

rolo  ;  fruit,  parpéirolo. 
Agrostis  vulgaris,  With.,  Agrostis  vulgaire.  —  Brive,  trei- 

nacho,  tranudzou  ;  Ussel,  tranudjou. 
Seta.ï»ia  glauca,  P,  B.,  Panic  glauque.  —  Brive,  brénil  ;  Fi- 
geaC|  brondiol. 

" italica^  P.  B»,  Sétaire  d'Italie.  —  Brive,  mèl,  panis  ; 

Tulle,  mèl  ;  Roman,  millargos,  panic. 
j^^nic^um  miliaceum,  latin,  Panic  millet.  —  Brive,  panis, 
brénil;  Tulle,   ponis;  Figeac,  mil  menut; 
fruit,  mèl,  millet  (Brive). 
— —        crus  ^ialH,  latin,  Panic  pied  de  coq.  —  Brive,  grand 
brénil. 
Alci^^(^^i.yg  pratensis,  latin,  Vulpin  des  prés.  —  Brive,  péga. 
^^li  c:a  unillorai  Retz.,  Mélique  à  une  fleur.  —  Brive,  palèno. 
Observation,  seule,  avec  le  Sedum  hexagonal, 
résiste  à  la  présence  de  la  truffe  dans  le  sol. 
^^^ï>atherum  elatius,  Gaudin,  Arénathère  élevé.  —  Brive, 
fouracha  ;  Figeac,  froumeintal. 
**^  bulbosum,  Presl.,   Arénathère  à  chapelet.  — 

Brive,  tsapéléto;  traduction,  chapelette. 
^^Oasativa,  latin,  Avoine.  —  Brive,  chivado;  Tulle,  si- 
vadOj  civado  ;  Ussel,  sivada  ;  Figeac,  sibado  ; 
Roman,  avena,  civada  ;  fruit,  chivado. 
'~'~*^       nuda,  latin,  avoine  nue.  —  Figeac,  peluca. 

'^  fatua,  latin,  avoine  folle.  —  Brive,  chivado  pïoulo, 
cûuïoulo  ;  Tulle,  civadasso,  couïoulo,  pioula  ; 
Ussel,  sivada  chauvatsa  ;  fruit,  pioulo  (Brive). 


—  184  — 


Arundo  donax,  latin,  Roseau  (grand).  —  Brive,  canovélo  ; 
Tulle,  canovéro  ;  Figeac,  conobéro  ;  Roman, 
canavéra  ;  traduction,  cannevelle  (Brive). 

Phragmites  communis,  Trin.,  Roseau.  —  Brive,  rooujèl  ; 
Roman,  rauss,  rauzél. 

Poa  pratensis,  latin,  Pâturin  des  prés.  —  Brive,  chéglolo; 
traduction,  petit  seigle. 

Briza  média,  latin,  Brize  moyenne.  —  Brive,  herbô  oou  ta- 
mis ;  Figeac,  herbo  de  Tobut  ;  traduction, 
herbe  aux  tamis  (Brive).  Observation,  les 
enfants  se  font  avec  cette  plante  une  mau- 
vaise plaisanterie  :  ils  appellent  cela  appren- 
dre à  faire  des  tamis. 

Festuca  duriuscula,  latin,  Fétuque  durette.  —  Brive,  pial 
de  bou  ;  traduction,  poil  de  bouc. 

Triticum  sativum,  Lamk.,  Froment.  —  Brive,  bla,  froumént  ; 
Tulle,  froumént;  Ussel,  froumént;  Roman, 
froment,  fromental,  tritico  ;  fruit,  froumént. 
—       sestivum,  latin.  Froment  d'été.  —  Figeac,  trémil. 

Agropyrum  repens,  P.  B.,  Chiendent.  —  Brive,  tranudzo  ; 
Tulle,  tronudzé  ;  Ussel,  tranutso  ;  Figeac, 
tronugo,  grél. 

Secale  céréale,  latin,  Seigle.  —  Brive,  chéglé,  chéglo  ;  Tulle, 
bla;  Ussel,  bla;  Figeac,  ségol;  Roman,  sè- 
guel,  setglé  ;  fruit,  chéglé.  Observation,  mas- 
culin et  féminin. 

Hordeum  vulgare,  latin,  Orge  commun.  —  Brive,  ordi  ; 
Tulle,  ordi  ;  Ussel,  erdge  ;  Figeac,  ordi  ;  Ro- 
man, ordi,  ordy  ;  fruit,  ordi. 

—  hexastichon,  latin,  Orge  à  six  rangs.  —  Brive,  ordi 

quéïrat  ;  fruit,  ordi  quéïrat;  traduction,  orge 
carré  (Brive). 

—  dislinchon,  latin,  Orge  distique.  —  Brive,  bail- 

lard  ;    Figeac,    paoumoulo,    boillard  ;    fruit, 
baillard;  traduction,  baillarge. 

—  murinum,  latin,  Orge  queue  de  rat.  —  Brive,  ordi 

choouvadzé  ;  Figeac,  couèto  de  rat  (queue  de 
rat. 


^  185  - 

Lolium  perennBj  lalin,  Ivraie  vivace.  —  Brîve,  viradîou; 
Tulle,    granous  ;    Lraductionp    petite    ivraie 
•       (Brive), 
—      temulentum»  lalin.  Ivraie  enivrante.  —  Brive,  vi- 
radzo  ;    Tulle,    oviracïzé,    viradzé  ;    Roman, 
abriaga,  juelh,  aizama,  Jueyll,  yraga  ;  fruit, 
viradzo. 
%ar gnium  ramosum,  Huds.,  Riibanier  rameux,  —  Brive, 
rooujèl  i  Roman,  raus,  raujèl  ;  traduction,  ro- 
seau. 
Tj'ptia  latirolia»  latin,  Massette.  —  Brive,  macJièto,  counol  ; 
Tulle,    counol   sent'anno  ;   traduction,   que- 
nouille sainte  Anne  (Tulle). 
Lemna  gibha,  latin,  Lenticule  gonflée.  —  Brive,  Unou. 
ÀrtzTXx  niaculatum,  latin,  tiouet  taché,  —  Brive,  GléidzoL 
0(>tiiogtossum  vulgalum,  latin,  Ophioglosse,  —  Brivei  ma- 

Lago. 
Ce  t^eirach  officinarum,  BC„  Cétérach.  —  Brive^  fooudzieirou  ; 
Roman,  scolopodia  ;   traduction,   petite  fou- 
gère 1  observation,  masculin, 
l*^lypodfum  vulgare,   latin,    l'olypodc  vulgaire,  —  Brive, 
régal icho  ;  Tulle,  regalissa  ;  Ussel,  réglissa  ; 
Roraan,  polypodi  ;  traduction,  réglisse. 
Aspii3|m^  aculcatum,  S\v.,  Aspidion  à  aiguillon.  —  Brive, 

fooudzlèro  ;  Ussel,  feugiéra, 
^ciïysticuiîi  lilix  mas,  Roth.,  Fougère  mâle.  —  Brive,  fooud- 

zièro  mâlo  ;  Tulle,  Tooudziéro  bastardo, 
Aspl^nium   adiantum   nigrum ,   latin,    Doradille   capillaire 
noir.  —  Brive,  fooudzieïrou  ;  traduction,  pe- 
tite fougère. 
—  trichomanes,  latin,  Doradille  polytric—  Brive, 

copilario  ;  Roman,  gatlitrici,  polytri  ;  traduc- 
tion, capillaire. 
Scolopendriuqi   officinale,   Smhh.,   Scolopendre.  —  Brive, 
lengo  de  bièou,  echcolopandre  ;  traduction, 
langue  de  boBuf. 


^  186  - 


PLerîs  aquilirin,  lalîn,  Piéride  aquilinaire.  —  Brive,  fooud- 

ziéTo;  Tulle  1  looudzièra  ;  Ussel,  feugièro; 
Figeac,  fôouyèra  ;  Roman,  falgueira. 

Equiselum  arvense,  iatin,    Prêle   des  champs.   —  Brive, 
quoyarat,  couo  d'echcurol  ;  Ussel,  quouo  de 
pouli,  d  echcuroQu  ;  traduction,  queue  de  rat, 
d'écureuil  (Brive),  queue  de  poulain  (Ussel). 
—  lelmateia,  Ehrhard.,   Prèle  des  marécages.  — 

Brive,  couo  dé  renard;  Ussel,  dzoun  pétant; 
traduction,  queue  de  renard  (Brive),  jonc  pé- 
tant (Ussel). 

Hypiuim,  ect-,  lalin,  Mousse  itoutes).  —  Brive,  moulcho; 
TullCi  mousso  ;  Ussel,  moussa. 

Cladonia,  etc.,  DC,  Lichens  (tous).  —  Brive,  moulcho 
blantso  ;  Tulle,  mousso  doous  aoubrés  ;  Ussel, 
moussa  hlantsa  ;  traduction,  mousse  blanche 
(Brive,  Ussel)»  des  arbres  (Tulle). 

Amaoila  cesareus,  Lam^^  Agaric  oronge.  —  Brive,  poutirou 
roudzé  ;  Tulle ,  poutarèou  roudzé ,  coucou  ; 
Ussel ,  oroundzo  ;  traduction ,  champignon 
rouge,  œuf. 

Agarîcus  procerus ,  latin,  Agaric  couleuvrée.  —  Brive, 
clerdzo  ;  Ussel,  tsampignou  de  brudzèira; 
traduclion,  champignon  de  bruyère  (Ussel). 
—  pralicola,  latin,  Agaric  des  prés.  —  Brive,  bouja- 
chou  ;  Tulle»  mouna,  filliol  ;  traduction,  ve- 
nant sur  les  houses  (Brive). 
lepîdus,  lalin,  Agaric  lépide.  —  Brive,  peyrouno; 
Tulle,  poularer  de  serp  ;  traduction,  champi- 
^^non  de  serpent  f Tulle). 

Cantharellus  ciharius,  Fr.,  Chiuiierelle comestible.—  Brive, 
dzirooudèlo,  oourillo  de  prechtré  ;  Tulle,  gi- 
routidèla,  dziratidèla;  traduction,  oreille  de 
prêtre  (Brive)* 

Boletus  œreusj  BulL,  Bolet  bronzé.  —  Brive,  poutirou  nè- 
gre ;  Tulle,  poutarèou  nègre;  Ussel,  pouti- 
rou ;  Roman,  bolet. 


—  187  — 

Polyponis  fomentarius,  latin,   Polypore    amadouvier.  — 

Brive,  amadou, 
ffydnum  repandum,  latin,  Hydne  sinué.  —  Brive,  dent  de 
rat  ;  traduction,  dent  de  rat. 
C/avaria  flava,  latin,  Clavaire  jaunâtre.  —  Brive,  bouchi 

barbo  ;  traduction,  barbe  de  bouc  ? 
Aforcliella  esculenta,  Pers.,  Morille.  —  Brive,  mérigoulo. 
Geaster  hygrometricus,  latin,   Géastre  hygrométrique.  — 

Brive,  pét  de  loup. 
Lyoo  j>epdum  caelatum,  latin,  Vesse  de  loup  ciselé  (toutes).  — 
Brive,  pét  de  loup;  Tulle,  bessina  de  loup, 
pét  de  loup  ;  Ussel,  bessine  de  loup. 
Mftla.riogaster,  latin,  Mélanogastre  (tous).  —  Brive,  truffé  ; 
observation,  masculin.  Les  truffes  de  notre 
pays  seront  traitées  par  M.  Gillet,  d*Alençon, 
dans  son  œuvre  :  Les  Gastéromycètes.  Je 
pourrais  désigner  en  patois  une  quinzaine  de 
variétés  de  Tuber  ou  Melanogaster,  mais  je 
ne  veux  pas  enlever  cette  satisfaction  à  mon 
collègue,  qui  le  fera  d'après  des  notes  depuis 
très  longtemps  envoyées.  La  compétence  de 
M.  Gillet,  dans  cette  question,  lui  permettra 
d'utiliser  mes  notes  bien  mieux  que  je  ne 
pourrai  le  faire  moi-même. 
Taber  aestivum,  latin,  Truffe  d'été.  —  Brive,  dzualéntso. 

cibarium,  Bull.,  Truffe  comestible.  —  Brive,  truffo  ; 
Tulle,  truffo  ;  Ussel,  truffo  ;  Figeac,  truffo  ; 
Roman,  truffa  ;  observation,  féminin. 
excavatum,  latin,  Truffe  creuse.  —  Brive,  truffé  ;  ob- 
servation, masculin. 
Nostoc  tremella,  latin,  Nostoc  trémelle.  —  Brive,  echcupi 

de  coucu  ;  traduction,  crachat  de  coucou. 
^Oferva,  latin,  Conferve.  —  Brive,  linou. 


—  188  — 

Après  avoir  donné  les  noms  des  plantes  en  patois,  connues 
en  Bas-Limousin  et  dans  le  Quercy,  je  crois  devoir  terminer 
par  le  report  de  celles  que  je  n'ai  pu  placer  et  qui  sont  indi- 
quées dans  le  lexique  roman  de  Raynouard  : 

Français  Roman 

Verveine Berbena,  verbena. 

Bétoine Betonica. 

Brancursine Branca  orsina. 

Cade Cade. 

Oignon  marin Ceba  marina. 

Cèdre Cèdre. 

Coriandre Coliandre,  coriandre. 

Coloquinte  . . . ., CoUoquintida. 

Conyze Conis. 

Consoude Cossouda. 

Dictame Diptamni. 

Héliotrope Elitropia,  ely tropia. 

Epeautre Espeuta. 

Staphisaigre Estalizagria,  estaphisagria. 

Eufraize Eufrazia. 

Fenugrec Fengrec,  fenugrec. 

Chardonnette Gamaléon. 

Germandrée Germandréa. 

Tournesol Giraflor. 

Galéga Guarengal. 

Jusquiame Jusquiam. 

Lentisque Lentisc. 

Marjolaine Majorana. 

Mélilot Mellilot. 

Moutarde Mostarda. 

MiroboUandier Mirobolan. 

Olivier Oliver,  olivier. 

Pivoine Orobi. 

^  Ache Pelitre. 


'^'ii 


^  ^1  Pouliot Pulegi. 

*t  iâ  Rhubarbe Reubarba. 


—  189  - 

Français  Roman 

Haponlic , Hapomic. 

Riz Ris. 

Sabine. ..._.<<,  Sabina,  savina. 

Sariette •.*,».,.,.  Badreia, 

Sycomore •  * ,  Sicomor, 

Sisoa Bi^olis. 

Squille Squilia. 

Sumac Sumac, 

Tamarin Taniaric, 

Tormentille TormenLilla. 

Touzelle  ........*..,»....  Tozela, 


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REMPARTS  DE  BRIVE 


M.  Louis  de  Saint-Germain  a,  dans  sa  belle  et 
intéressante  étude  sur  le  Vieux- Brive,  fixé  le  péri- 
mètre de  la  première  enceinte  de  la  ville;  il  a  indiqué 
l'emplacement  des  principales  portes  que  marquaient 
encore,  il  y  a  un  siècle,  les  porches  de  la  rue  Majour, 
de  la  rue  des  Sœurs  et  de  la  rue  de  Puy-Blanc. 

Avec  une  grande  précision  et  une  scrupuleuse  exac- 
titude, il  a  décrit  les  portes  de  la  seconde  enceinte  et 
il  a  mentionné  quelques-unes  des  tours,  qui  bâties  en 
saillie  dans  les  fossés  formaient  comme  des  bastions. 

Qu'il  nous  permette  de  compléter  son  œuvre  sur 
ce  point  spécial. 

La  date  de  la  construction  des  remparts  dont  nous 
avons  vu  des  restes  est  incertaine.  Il  ne  semble  pas 
qu^on  puisse  la  faire  remonter  à  une  année  postérieure 
à  1374  et  antérieure  à  1330. 

Charles  V,  par  les  lettres  de  grâce  qu'il  nous  accorda, 
à  la  sollicitation  du  pape  Grégoire  XI,  nous  rendit 
nos  privilèges  et  notre  administration  autonome.  Il 
autorisa  les  consuls  à  imposer  sur  tous  les  habitants, 
des  tailles  dont  le  produit  serait  affecté  à  rétablisse- 
ment de  nos  nouvelles  fortifications. 

On  ne  saurait  cependant  affirmer  que  la  configura- 
tion de  Brive  ait  été  déterminée  à  la  fin  du  xiv"  siècle. 
Alors  nos  pères  traversaient  la  Corrèze  sur  le  pont  du 
Bouis  dont  les  deux  arches  furent  démolies  en  1405 

T.  XXX.  2-6 


—  192  — 

pendant  les  guerres  que  la  ville  soutint  contre  le 
vicomte  de  Turenne.  La  porte  de  Corrèze,  le  pont  de 
treize  arches  et  le  quai  qui  élevait  le  grand  chemin 
au-dessus  des  marécages  de  la  Guierle,  paraissent 
avoir  été  bâtis  vers  1488. 

Quelle  que  fût  Timportance  militaire  des  murailles, 
qui  protégeaient  notre  indépendance,  les  consuls  per- 
mirent en  1486  aux  habitants  d'appuyer  sur  elles  leurs 
maisons.  Alors  furent  occupés  les  chemins  de  ronde, 
et  fut  diminuée  la  force  défensive  de  nos  remparts 
dont  deux  sièges  malheureux  démontrèrent  la  faiblesse 
pendant  le  règne  de  Henri  III. 

La  construction  de  cet  ensemble  imposant  de  forti- 
fications, portes,  tours,  murs,  éperons,  boulevards, 
fossés  revêtus  d'une  contrescarpe,  glacis  palissades 
pour  ménager  à  Tintérieur  des  chemins  couverts  et 
des  places  d'armes,  exigerait  de  nos  jours  et  en  pleine 
paix  un  temps  très  long. 

Au  XIV*  siècle,  pressés  par  la  nécessité  de  la  défense, 
nos  pères  les  construisirent  trop  rapidement  peut-être 
pour  leur  assurer  une  solidité  durable.  Aussi  durent- 
ils  les  réparer  souvent.  Des  lettres  patentes  de  1535, 
1540,  1547,  1552,  1553,  1558,  1566,  1576,  autori- 
sèrent  l'établissement  d'impôts  nouveaux  et  d'un 
octroi  pour  leur  entretien. 

Elles  menaçaient  ruine  en  1608,  leur  vétusté  ex- 
posait même  les  habitants  à  des  dangers  imminents. 
Les  consuls  adressèrent  une  nouvelle  supplique  au 
Roi,  qui  ordonna  l'inspection  dont  nous  sommes  heu- 
reux d'offrir  le  procès- verbal  aux  lecteurs  du  Bulletin. 

Il  porte  la  signature  du  sieur  Lacoste,  consul,  se 
qualifiant  baron  et  conseigneurde  Brive;  de  M.  Dumas 


.;^ 


"  193  — 

de  Neuville,  lîeutenant-izént'iral  1I11  prêsidial;  du  pré- 
sident  de  TiilecLion  et  de  Jl*i.ix  coiumissaires  désignés 
par  le  comte  de  Schoinberg,  gouverneur  du  Limousin. 

Les  consuls,  chargés  de  la  défense  de  la  ville, 
étaient  tenus  de  pourvoir  aux  frais  de  la  garde  des 
murailles  et  de  la  fourniture  des  armes. 

On  trouve  dans  un  compte  écrit  en  patois  en 
1344(1),  les  inscriptions  suivantes  : 

fit  Item  que  payen  a  Jean  Reynal  per  un  ser  que 
Π fetz  (pour  fagoet)  lo  gach  (le  guet),  4  sols. 

<c  Item  per  gardar  las  portas  per  vingt  quatre  jor- 
a  nadas,  4  livres- 

«  Item  per  treis  torchas  que  Jean  baret  en  Tasiza 
(t  et  can  vint  (pour  vinguet)  lo  lilh  del  senescals, 
<t  18  sols, 

«  Item  al  dînât,  per  gardar  la  porta  deus  fraires 
«  menors,  entro  a  nadai  et  10  al  '25  novembre,  1  livre 
«  15  sols  fsicj- 

«  Tilharia  empanada  (traits  empennés^  flèches), 
Π 5  dozenas.  Tilhaiia  petita,  22  dozenas  plus  4  ca- 
ft  nons,  1  balîste  en  2  massues,  s* 

Le  même  armement  fut  remis  en  1349  à  Huguos 
Ghabrierj  auquel  fut  confiée  la  défense  de  la  tour  du 
Salan, 

Les  archives  de  la  ville  fixent  la  date  de  la  destruc- 
tion  des  portes  de  Corrèze  et  des  Sœurs. 

En  1662  (2)j  le  Consulat  concéda  à  Jean  Lidon, 
maître  maçon,    I  adjudication ;,  pour  la  somme  de 


in  Archiuefi  de  l^  ville  de  Briae,  l^F  6. 
(2)  ATchwes  de  fa  mile  de  Briee,  DD  3* 


4 


-"^ 


V 


-  194  « 

3J45  livres,  de  la  grande  porte  de  Corrèze  à  trois 
ouvertures  dont  le^  vieillards  ont  gardé  le  souvenir, 
et  qui  disparut  lorsque  la  rue  Toulzac  fut  ouverte 
en  1839. 

Les  consuls  en  exercice  en  1662  étaient  Pierre  Bel- 
:^-}  let  de  TArtige,  conseiller  du  roi  au  présidial  de  Brive; 

I  Pierre  Rigaudie,  et  le  sieur  Rogemond,  maître  apo- 

thicaire. 

Les  deux  grosses  tours  de  la  porte  des  Sœurs  exis- 
taient en  1789.  Leur  destruction  fut  votée,  sous  la 
pression  du  Comité  de  surveillance,  pendant  la  Ter- 
reur. Elle  n'était  pas  terminée  le  25  ventôse  an  III, 
16  mars  1795,  car  Tagent  national  proposa  et  le  Con- 
seil général  de  la  commune  ordonna  la  démolition 
a  du  côté  restant  encore  des  tours  de  la  porte  des 
j  Sœurs  ^  et  Tenlèvement  des  décombVes  qui  encom- 

braient au  même  point  la  voie  publique. 

Ces  travaux  ne  furent  probablement  pas  exécutés 
et  furent  repris  en  1816,  conformément  aux  termes 
de  la  délibération  du  1*'  mai  1816  qui  a  été  citée  par 
M.  de  Saint-Germain. 

Les  autres  tours  et  les  autres  portes  sont-elles  tom- 
bées comme  la  tour  de  Canerly?  nous  ne  pouvons  le 
savoir,  et  aucun  document  ne  nous  permet  de  sup- 
poser qu'elles  aient  été  démolies  par  les  habitants  de  la 
ville  pendant  la  période  de  tranquillité  intérieure  qui 
succéda  aux  troubles  de  la  Fronde. 

Julien  Lalande. 


s 


'5 


—  195  — 

VISITE    IDŒS    RŒl^FARTS 

Procès^verbal  de  constat  (i) 

«     L'an  1608  et  le  neuvième  jour  du  mois  de  mai,  en  exé- 

»     caution  de  l'ordonnance  de  Monsieur  le  comte  de  Schom- 

Jb^rg,  conseiller  du  Roy  en  ses  Conseils  d'État  et  privé, 

S'CDuverneur  es  pays  de  la  Haute  et  Basse  Marche,  lieute- 

i^>^.^nt  général  pour  Sa  Majesté  des  Haut  et  Bas  pays  de 

ll-»imosin,  estant  au  pied  de  la  requeste  à  lui  présentée  par 

1  ^^  s  consuls,  manants  et  habitants  de  Brive-la-Gaillarde,  en 

ci.  ^:^tte  du  cinquième  du  présent  mois,  au   cy  attachée, 

^  ^^  raient  comparus  par  devant  nous,  François  Dumas,  lieu- 

t^^^nant  général  et  commissaire  examinateur  en  la  séné- 

c^lmaussée  et  siège  présidial  dudit  Bas-Limousin  estably 

^  :Kr:i  ladite  ville,  M.  Jehan  Verdier,  présidant  en  l'élection 

^3.  ^  ladite  ville,  Léonard  Saige  (?),  receveur  des  tailhes  en 

i^::^^lle,  et  sieur  Jehan  Jofre  (?),  Jacques  Orsel,  bourgeois  et 

^■^■^^  ^rchands  en  ladite  ville,  consuls  d'icelle  la  présente 

^  ï^née  :  lesquels  nous  auraient  requis,  en  présance  de  nobles 

I>  ^rsonnes  Hyllaire,  commissaire  ordinaire  de  l'artillerie  de 

I^x*ance,  sieur  Gyles  le  Doby,  secrétaire  ordinaire  de  la 

c^lrxambre  du  roi  pour  ledit  seigneur  comte,  commis  et 

^  ^putés  pour  l'effaict  cy-après,  nous  voulloir  transporter 

^^v-ec  eulx  et  lesdicts  sieurs  Hyllaire  et  le  Doby,  tan  pour 

1^     dehors   que  le  dedans  du  circuyt  de  ceste  ville  et 

^■^■^csmes  sur  le  pont  et   quay  estant  sur  la  rivière  de 

^^CDurèze,  pour  cognaistre  les  ruynes  qui  y  sont  arrivées 

^  t  les  réparations  nécessaires,  affin  d'en  faire  bon  et  ample 

I^ï^ocès-verbal,  pour  l'envoyer  au  roy  et  à  messeigneurs 

'     <i^  son  conseil. 

**      Requis,  obtempérant  avec  lesdicts  consuls,  lesdicts  Hyl- 

^    l^-ire  et  le  Doby  et  plusieurs  aultres  habitans  de  ladicte 

"     "^ille,  partis  de  nostre  logis  et  acheminés  à  la  porte  appellée 

"     <iô  Courèze  quy  est  soubs  une  grande  et  grosse  tour  de  la 

t^a.ulleur  de  trente  brasses  ou  environ,  visant  sur  le  pont  de 

^^)    Archives  de  la  ville  de  Brioe,  EE  1. 


à 


—  196  — 


rivière  de  Courrèze,  au  devant  laquelle  porte  y  a  aultres 
deux  portes  couvertes  de  bolevars,  entre  lesquelles  deux 
portes  premières  du  coustè  de  ladicte  ville  et  sur  le  hault 
d'icelles,  prenant  de  ladicte  tour  sur  lesdicts  bolevards,  se 
faisait  le  corps  de  garde  pendant  la  nuict,  et  par  le  des- 
soubs  aussy  entre  les  dictes  deux  portes,  se  faisait  aussy 
le  corps  de  garde  pendant  le  jour.  Laquelle  tour  construite 
est  sur  la  première  porte,  est  descouverte,  fendue  en  deux 
lieux,  et  tous  les  corps  de  garde  entièrement  ruynès  et 
inutiles  par  faulte  de  planchier  et  de  couverture.  Comme 
aussy  nous  a  appareu  Tune  des  murailhes  qui  ferme  les- 
dictes  deux  premières  portes  du  coustè  de  la  main  droicte, 
par  le  dehors,  visant  sur  les  foussès,  y  en  avoir  de  rompeu, 
du  hault  en  bas,  de  la  longueur  de  six  à  sept  brasses,  et  de 
la  haulteur  de  huict  brasses,  laquelle,  sy  elle  nest  prompte- 
ment  réparée,  est  à  craindre  que  ladicte  grande  lour  ne 
tombe  par  terre  pour  aultant  qu'elle  est  appuièe  de  ladicte 
murailhe.  A  ce  que  regarde  lesdictes  trois  portes  et  le 
pont-levys  quy  est  au  derrière  ledict  boulevard  et  der- 
nière porte,  le  tout  est  extrêmement  gasté  et  en  pauvre 
estât. 

«  Passant  oultre  nous  serions  acheminés  au  dehors  de 
ladicte  ville  et  despuys  ladicte  porte  de  Courèze,  jus- 
ques  à  la  tour  appellée  de  Santan  qui  faist  ung  carré  de 
ladicte  ville,  visant  et  deffandant  lesdictes  portes  de  Cou- 
rèze et  celle  appellée  des  Prescheurs;  despuis  laquelle 
porte  de  Courèze  jusques  à  ladicte  tour,  peut  avoir  cent 
cinquante  brasses  de  murailhe  fendue  en  plusieurs  et 
divers  endroicts,  et,  entre  ladicte  porte  et  susdicte  tour, 
une  granche  brèche  de  hault  en  bas,  jusques  à  ras  de 
terre,  d'environ  quinze  brasses  de  longueur  et  huict  bras- 
ses de  haulteur;  et  en  ce  que  regarde  ladicte  tour  de  San- 
tan, elle  est  entièrement  descouverte. 
«  Despuys  laquelle  tour  de  Santan  jusques  a  ladicte  porte 
des  Prescheurs,  peult  avoir  environ  six  vingts  brasses  de 
murailhe  fendue  en  î»lusieurs  et  divers  lieux  qui  mérite 
de  la  réparation. 


—  197  « 

«  Et  estant  a  ladicte  porte  des  Prescheurs,  serions  entrés 

t  dans  ladicte  ville  ou  nous  aurait  appareu    trois  portes, 

«  lune  à  la  suytte  de  Taultre.  La  première  dlcelles  sortant 

«  de  ladicte  ville  entre  deux  grosses  et  grandes  tours  de  la 

«  liaulteur  d'environ  trente  brasses  avec  deux  bolevardz , 

ff  joignant,  et  fermant  lesdictes  deux  portes  auxdictes  grosses 

«    tours,  et  entre  lesdictes  deux  portes  premières  du  couslé 

«   de  ladicte  ville,  y  avait  des  bastiments  servant  à  faire  les 

«    corps  de  garde  pendant  la  nuict,  ressortissans  dans  les- 

«   <3ictes  tours  qui  sont  en  assès  bon  estât.  Mais  Tune  des 

«    rn  virailhes  qui  ferme  et  joinct  les  secondes  portes  avec  les- 

«   ciictes  tours  et  à  la  main  gauche  sortant  de  ladicte  ville, 

"il    y  a  une  bresche  sur  le  hault  d'environ  trois  brasses  en 

«   ca.rré,  que  sy  nest  reparé,  est  à  craindre  que  le  restant 

'   tombe  en  ruyne. 

^  T^ous  a  aussi  appareu  que  le  corps  de  garde  quy  se  fai- 
'  sstit  pendant  le  jour  entre  lesdictes  deux  portes  est  entie- 
'  i*oment  ruyné  et  lesdictes  trois  portes  fort  gastées  et  mal 
"   ^ex^rées. 

**  Procédant  au  reste  de  nostre  visite,  partant  de  ladicte 
"   porte   des   Prescheurs,   hors  ladicte  ville,   nous   serions 

*  acheminés  vers  la  tour  du  Salan,  despuys  laquelle  porte 

*  j risques  a  ladicte  tour,  peult  avoir  deux  cents  brasses  de 
"   "ttiurailhe  et  une  petite  tour  appellée  du  collège  entre  deux, 

*  laquelle  tour  du  Salan  est  de  la  haulteur  d'environ  vingt 

*  cinq  brasses,  et  à  la  pointe  d'icelle  se  faisant  lors  des 

*  Suerres,  ung  corps  de  garde  qui  est  à  présant  tout  rompeu 

*  ^t  dissipé,  sans  aucune  couverture,  par  ce  moïen  du  tout 
"  Inutile  que  sy  nest  promptement  réparée,  il  est  à  crain- 
•^  dre  que  ladicte  tour  ne  tombe  par  terre. 

**    Partant  de  laquelle  tour  du  Salan,  nous  serions  ache- 

*  naines  vers  la  porte  des  Cordeilhers  distante  de  ladicte 
**  tour  du  Salan  d'environ  cent  cinquante  brasses  de  mu- 
"    ^3.ilhe;  par  laquelle  porte  nous  serions  rentrés  dans  la- 

*Hcie  ville  ou  nous  aurions  veu  et  remarqué  aullros  trois 

i  "Ortes,  Ir  le  a  ^r  su\  Ue  de  ''ai  'ire    I;  pror^n'è  'e  d  t^'iue.'V.'S, 

■^i  ivïii  :  '  h  ù'cle   ille.      t    ^vesi   e  J^*  deu  •  2i\    î^os  tours 


—  198  — 


et  au  dessus  ladicle  porte,  ung  corps  de  logis  servant  à 
faire  les  corps  de  garde,  lesquelles  tours  sont  descouvertes 
en  plusieurs  endroiçta  et  les  corps  de  garde  inutiles  par 
fauhe  de  planchier,  au  moien  desquelles  descouvertures, 
est  à  craindre  une  grande  ruyne  sur  lesdictes  tours  et 
corps  de  garde.  Et  pour  le  regard  des  aultres  deux  portes 
restans,  audevant  de  la  dernière,  y  a  ung  bolevard  en  forme 
d'esperon,  avec  deux  grandes  murailhes  prenant  d'iceluy 
jusques  aux  dictes  deux  tours  fermant  la  porte  du  milieu, 
entre  deux  est  le  corps  de  garde  qui  se  soûlait  faire  entre 
lesdictes  deux  portes  tout  rompeu  et  dissipé  iceluy  bolevard 
comme  aussy  lesdictes  tours  fendeu  en  divers  endroicts. 
«  Partant  de  laquelle  porte  des  Cordeillhers  par  le  dehors 
de  ladicte  ville,  nous  acheminans  à  la  porte  de  Puyblanc, 
ou  il  y  peut  avoir  environ  deux  cens  brasses  de  mu- 
railhe,  et  entre  les  dictes  deux  portes,  soûlait  avoir 
une  grande  et  grosse  tour  carrée  appellée  de  Canerly  qui 
donnait  bien  avant  dans  les  foussés  de  ladicte  ville  deffan- 
dtint  dans  iceux  les  portes  desdicts  Cordeilliers  et  de  Puy- 
blanc, dans  laquelle  tour  il  se  faisait  corps  de  garde 
pendant  les  Li'oubles,  laquelle  tour  dès  ce  jourd'huy,  envi- 
ron rheure  de  raid  y  est  entièrement  chusté  jusques  à 
ras  de  terre,  et  par  ce  moïen  faict  une  grande  bresche 
d  environ  vin^'t  cinq  brasses,  laquelle  sy  n'est  réparée, 
est  a  craindre  qu'a  suytte  de  ladicte  ruyne,  le  reste  de 
ladicte  muraiUie  ne  se  démolisse. 

iï  Estant  à  laquelle  porte  de  Puyblanc ,  nous  serions 
encore  catrt^s  dans  ladicte  ville  ou  nous  aurions  veu  et 
remarqué  trois  portes  Tune  à  la  suytte  de  l'autre;  les  deux 
premières  du  cousté  de  ladicte  ville,  couvertes  d'ung  corps 
de  logis  en  forme  de  tour  carrée  où  l'on  faisait  pendant 
les  sriierres  le  corps  de  garde  durant  la  nuit  et  au  dessoubs 
pendant  le  jour,  lequel  corps  de  logis  est  à  présent  la 
plus  grande  partie  descouvert  el  sans  aucung  planchier  et 
par  le  moïen  du  tout  inutile,  comme  pareillement  les  deux 
premières  porte;^  fort  vieilles,  fort  gastées  et  mal  ferrées, 
et  quand  au  bolevard  est  sans  aucune  porte. 


—  199  - 

«     Sortant  de  laquelle  porte  de  Puyblanc  et  nous  ache- 

r    minans  par  le  dehors  vers  la  porte  des  Sœurs,  entre  les- 

quelles  deux  portes  y  peut  avoir  trois  cents  brasses  de 

rxiâ  iirailhe  et  entre  deux  y  a  deux  tours  appellées  des  Vau- 

fi^ns  et  de  Lianno  et  ung  grand  éperon  appelé  éperon  des 

E^oiriers  (mot  presque  illisible)  qui  est  dans  les  foussés, 

Isi-cïuelle  tour  des  Vauriens  est  entièrement  descouverte; 

o  t   pour  le  regard  de  la  tour  de  Lianno  ou  il  se  faisait  ung 

oorps  de  garde,  icelluy  corps  de  garde  est  à  présent  du 

tout  inutile  à  cause  qu'il  n'y  a  aucung  planchier  et  quy 

o^t  descouvert  comme  nous  avons  remarqué  ainsin  qu'il 

s^ra  après  dict. 

«       Quand  aux  murailhes  desdictes  deux  dernières  portes, 
sont  en  assés  bon  estât;  tout  contre  ledict  esperon,  qu'il  y 
3-    xme  grand  fente  quy  traverse  toute  l'espaisseur  de  ladicle 
ï^^  tirailhe  despuis  le  hault  jusques  en  bas. 
^       Estant  à  la  porte  des  Sœurs,  nous  serions  encore  ren- 
^i-^^s  dans  ladicte  ville  ou  nous  aurions  veu  et  remarqué 
^-vxltres  trois  portes,  l'une  à  la  suytte  de  l'aultre,  revestues, 
s^^oir,  la  première  porte  de  deux  grosses  tours,  entre 
1^  squelles  tours  et  par  le  dessus  de  ladicte  porte,  y  a  forme 
^^  corps  de  logis  servant  à  faire  le  corps  de  garde  pendant 
^^    nuict,  visant  sur  ledit  esperon,  tout  lequel  corps  de 
S^.rde  est  entièrement  ruyné  et  inutil  à  faulte  de  pian- 
ota ier.  Despuys  lequel  esperon  qui  est  audevant  lesdictes 
t>ortes,  y  a  deux  murailhes  joignant  ledict  esperon  avec 
^^sdictes  portes,  lequel  esperon  est  aussi  inutil  par  deflfault 
^  *estre  en  bonne  et  dhue  forme  et  lesdictes  portes  vieilhes, 
^c>rt  uses,  rompues  et  mal  ferrées,  aussy  le  corps  de  garde 
^3tant  entre  lesdictes  deux  premières  portes,  l'aultre  bole- 
"^^rd  et  la  seconde  porte,  fort  fendeu  et  le  pont  levys 
^c>rapeu  et  assable  [sic). 

^  Sortant  de  laquelle  porte  des  Sœurs,  nous  serions  ache- 
^^ï^înés  vers  ladicte  porte  de  Courèze  ou  il  y  peut  avoir 
environ  trois  cens  cinquante  brasses  de  murailhe.  Entre 
A^^quelles  deux  portes,  y  a  deux  tours,  Tune  desquelles 
a.ppellée  la  Barbequane  (sic)  qu'est  une  grosse  tour  ronde 


—  300  — 


ei  TauUre  la  tour  carrée  de  Courèze,  dans  laquelle  tour  de 
Barbecaûe  se  faisait  ung  corps  de  garde,  quy  à  présent  à 
faulte  de  planchier  est  du  tout  inutil,  et  voir  la  tour  est 
fendue  par  le  dehors,  car  sy  n*est  réparée,  est  à  craindre 
que  tout  yra  par  terre. 

«  Et  pour  le  regard  de  Jadicte  tour  carrée  de  Courèze, 
servant  ez  temps  de  guerre  à  faire  la  sentinelle  de  jour  et 
de  nuicl,  visant  sur  la  rivière  de  Courèze,  et  en  aultres 
divers  lieux  a  cause  de  sa  haulteur,  laquelle  tour  tombe 
extrêmement  en  niyne,  estant  toute  descouverte,  fendue 
en  div^ers  endroicts,  n*estant  possible  d'y  apporter  aulcune 
ri^paration,  sans  la  mettre  entièrement  à  bas. 
«  Et  estant  à  ladicte  porte  de  Courèze,  nous  serions  ache- 
minés sur  le  pont  de  ladicte  rivière  de  Courèze,  soubslenu 
de  treize  arceaulx  de  pierres  de  tailhe,  ledict  pont  de  la 
longueur  île et  de  la  largeur  de (1);  les  cinq  prin- 
cipaux arceaulx  duquel  po[iL  sont  grandement  fendus  au 
moïen  de  la  furye  de  ladicte  rivière  lorsqu'elle  vient  à 
eslre  inondée:  sy  bien  que  lesdicts  arceaulx  et  pilhers  qui 
souhstiennent  iceuh  ne  sont  réparés  et  cramponnés  de 
fer,  il  est  à  craindre  que  ausdicts  endroicts,  lesdicts  ar- 
ceaulx ne  viennent  à  rompre  ;  et  par  le  dessus  dudict 
pont,  les  murailles  qui  sont  au -bord  d'ycelluy  sont  quasy 
toutes  ruyoées,  sy  bien  que  ny  ayant  aucung  empesche- 
ment  en  divers  endroicts,  il  est  à  craindre  qu'il  n'en 
advienne  aucung  accident  à  ceux  qui  passent  sur  ledict 
pont, 

*  Duquel  pont  serions  acheminés  le  long  d'un  grand  quay 
de  l;i  longueur  de.,..,  {'2)  prenant  du  bout  dudict  pont,  le 
long  de  la  dicte  rivière  de  Courèze.  Mais  à  faulte  que  la 
murailhe  d'icelluy  quay  est  basse  d'une  demye  brasse 
tout  le  long  d'icelhiy,  il  arrive  par  les  inondations  des 
eaux,  que  les  grands  chemins  venans  de  Limoges  et 
d'Auvergne,  allant  à  Toulouse  et  à  Bourdeaux,  le  grand 
clieniia  ubordanl  ledict  poni  demeure  couvert  d'eau,  sy 


—  201  — 

*  bien  que  pendanf  ladîcte  inondation  et  quelquefois  du* 
«  rant  sept  à  huict  Jours,  le  peuple  ne  peult  aller  ny  venir 
«   en  cest  endmict,  ains  contraint  de  séjourner  deçà  ou  delà 
«   ledicl  pont,  lequel  pont  sll  venait  à  se  ruyner,  ne  se  fai* 
^    rail  refaire  pour  quinze  mil  livres,  sy  bien  qu'il  est  néces- 
f    t-"aire  y  appoiter  des  répaialions,  comme  aussy  aussy  (?) 
le  dict  quay  pour  empescher  lesdictes  inondations- 
«    Et  tout  incontinent  serions  rentrés  dans  ladicte  ville, 
fait  le  tour  d'icelle  par  le  dedans,  montés  ausdictes  tours 
^t    corps  de  garde  et  remarquant  les  ruynes  sus  alléguées, 
niesmc  ez  la  tour  de  Lianno,  une  grande  ruyne  despuis  le 
faapiilL  jusque  s  en   ba^^,  et  près  la  porte  des  Gordeiiliers 
«^riTiron   diï  brasses  de  la  moytié  de  l'espesseur  de  la 
xxiurailhe   entièrement   rompue   et    en   danger    sy    n'est 
ï*é parée  d'appeller  à  ruyne  plus  de  vingt  brasses  de  ladicte 
miirailbe.  La  plus  grande  partie  de  toutes  les  guérites 
^t    guabionnades  estant  sui-  les  dictes  murailhes  rompues 
^l    descouvertes  et  en  plusieurs  des  marchepieds  du  tour 
<ie   la  dicte  ville t  servant  à  passer  tout  le  tour  desdictes 
^'ïiiirailhes  et  faire  les  rondes  en  temps  de  guerre,  les 
<iegrès  pour  monter  auxdictes  tours  et  sur  ladicte  murailhe- 
csn  plusieurs  et  divers  endroicts,  le  tout  rompeu  et  disî?ipé 
Sans  aulcune  barre  ni  parefent  (deux  mots  presque  illi- 
sibles], sy  bien  qu'il  est  impossible  de  passer  sur  ladicte 
ïïiurailhe  d'une  tour  à  aullre,  à  cause,  comme  dict  est» 
le  marchepied  desdictes  murailhes  est  tout  rompeu  et  dis- 
sipé. Les  foussés  de  ladicte  ville  tous  comblés, 
"    De  laquelle  susdite  viEite,  ruyne  et  détérioremeiU,  nous 
certifions  Sa  Majesté  et  Messieurs  de  son  Conseil,  eslre 
<^er tains,   nothoires   et   véritables  et  quy   méritent  une 
prompte  réparation,  à  faulte  de  laquelle  toutes  les  dictes 
niiirailhes.  tours  et  gabionnades,  fortifications  et  susdicl 
Poiu  menassent  d'une  grande  et  inévitable  ruy[ie  dont 
^ïous  avons  dressé  notre  procès  verbail  auxdicls  ronsuls  et 
habitants  aûn  de  se  pourvoir  par  ladicte  Majesté,  ainsin 
'lu'ils  verront  esTre  affaire  par  icelle,  estre  au  tout  pour- 
vr*u  ,jij  elio  ju^Tra  esl 'e  requis  et  nécessaire, 


J'-ïï 


'm 


-B 

-;i-? 

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202  — 


a  A  Brive  la  Gaillarde,  le  neuviesme  jour  du  moys  de 
«  may  mil  six  cens  huit. 

<c  Dumas,  lieutenant  général  et  commissaire  examinateur; 
«  Moiret;  Hylaire;  Le  Doby. 
^  a  Lacoste,  consul  baron  et  conseigneur  de  ladicte  ville  en 

a  ladicte  année,  approuvant  ce  que  le  roy  ordonnera  pour 
r;v^^  «  lesdictes  réparations. 

a  Lacoste,  ù 


Extrait  des  Registres  du  Conseil  d'État  {\) 

N^  Sur  la  requeste  présentée  au  Roy  en  son  Conseil  par  les 

"  consuls,  manans  et  habitants  de  la  ville  de  Brive,  capitale 

du  Bas-Limousin,  contenant  que,  ez  années  dernières,  il  se- 
rait tombé  une  grande  partie  des  murailles  de  ladite  ville, 
Qu'ils  n'ont  moïen  de  faire  réédifier  pour  n'avoir  aucuns 
deniers  courans  ny  aucune  réserve. 

Requerrons  Sa  Majesté  leur  vouloir  permettre,  imposer  et 

faire  lever  sur  tous  les  habitants  de  ladite  ville  de  Brive 

taillables  et  cotisables  en  icelle,  la  somme  de  quinze  cents 

livres  pour  être  employée  à  la  réfection  desdictes  murailles. 

Vu  le  procès-verbal  desdites  réparations  et  consentement 

desdils  consuls   et  habitants  des  dixième  et  douzième  de 

mars  dernier. 

i^^^'î  Le  roy,  en  son  conseil,  a  permis  et  permet  auxdicts  con- 

r>Kj  suis  et  habitants,  d'imposer  et  lever  sur  tous  les  contri- 

^ 'ï  *  buables  et  cotisables  de  ladicte  ville  la  somme  de  quinze 

Afj  cents  livres,  en  la  forme  et  manière  accoutumée,  pour  être 

^;k^  employée  aux  susdites  réparations  et  non  ailleurs,  sans  que 

:::;*::  la  levée  des  deniers  de  Sa  Majesté  en  soit  pour  ce  retardée 

ny  diminuée. 

Fait  au  Conseil  d'État  du  roy  tenu  à  Paris  le  24  avril  4610. 

Signé  :  Baudouyn. 

•  *|>â|  (l)  Archives  de  la  ville  de  Brive,  EE  1. 


—  203  — 

Ordonnance  royale (\) 

Henri,  par  la  grâce  de  Dieu,  roy  de  France  et  de  Navarre, 

A  nos  amés  et  féaux  conseillers  les  trésoriers  de  France 
et  généraux  de  nos  finances  etably  à  Limoges, 

Nous,  suivant  Tarrét  cy-attaché  sous  le  contre-scel  de 
notre  chancellerie  ce  jourd'hui  donné  en  notre  Conseil, 

Sur  la  requête  présentée  en  iceluy  par  nos  bien  amés  les 
consuls,  manants  et  habitants  de  la  ville  de  Brive,  capitale 
du  Bas-Limousin, 

Vous  mandons  et  enjoignons  que,  par  les  élus  en  Télection 
dudit  Brive,  faites  asseoir,  imposer  et  lever  en  la  présente 
année,  sur  tous  les  contribuables  et  cotisables  en  ladite  ville, 
le  fort  portant  le  faible,  le  plus  justement  et  également  que 
faire  se  pourra  et  en  la  manière  accoutumée,  la  somme  de 
quinze  cents  livres,  et  soixante  livres  à  laquelle  somme  nous 
avons  taxé  les  fraix  de  l'obtention  des  présantes,  pour,  par 
ladite  somme  cueillie  et  levée  ainsy  qu'il  est  accoutumé  et 
mise  es  mains  du  receveur  de  nos  tailles  en  ladite  ville  et 
employée  aux  effets  auxquels  elle  est  destinée  par  notre 
arrêt  et  non  ailleurs  ; 

A  la  charge  d'en  rendre  compte  par  celui  qui  en  fera  la  recette  : 

Et  ou  aucuns  des  cottisés  seraient  refusant  de  payer  ladite 
taxe,  nous  voulons  qu'ils  y  soient  contraints  par  toutes  voies 
dues  et  raisonnables  comme  pour  nos  propres  deniers  ;  pourvu 
toutes  fois  que  la  levée  de  nos  deniers  n'y  soit  autrement  re- 
tardée ny  diminuée. 

De  ce  faire  nous  avons  donné  pouvoir  commission  et  man- 
dement spécial. 

Mandons  à  tous  qu'il  appartiendra  à  vous  obéir  en  ce  fai- 
sant et  au  premier  notre  huissier  ou  sergent  sur  ce  requis, 
faire  pour  l'exécution  des  présentes  toutes  contraintes  re- 
quises et  nécessaires,  car  tel  est  nostre  plaisir. 

Donné  à  Paris  le  24*  jour  d'avril,  Tan  de  grâce  1610,  de 
notre  règne  le  21*. 

Signé  :  Par  le  Roy  en  son  Conseil,  Baudouyn  et  scellé. 
(1}  Archives  de  la  ville  de  Brtue,  £E  1. 


l 


—  tQ\  — 

OrdnnnRTice  dês  tré^ôrien  â(>  France  au  bureau 

de  Limoges  (1) 

Les  trésoriers  généraux  de  France  à  Limoges,  aux  prési- 
dent, lieutenant,  élus  et  cuntj'ôieurs  des  tailles  en  l'élection 
de  Brive,  saiut. 

Vu  par  nous  TarriH  du  Conseil  d'État  du  roy  du  vingt 
qnatriesnie  avi'il  dernier  signé  Haudouyn  et  commission 
par  iceluy  h  nouB  adreasanl^  des  susdits  jour  et  an,  signé 
par  le  Roy  en  son  Conseil,  Baudouyn, 

Par  lequel  SiT  Majesté  nous  mande  que,  par  vous  nous 
ayons  à  faire  asseoir,  iiuposer  et  lever  la  présente  année, 
sur  tous  les  contribuLibles  et  coUsables  en  la  ville  de  Brive, 
la  i:omme  de  quinze  cents  livres  et  soixante  livres  pour  les 
frais  d'obtention  des  susdit  arr^t  et  commission, 

Pour  iMre  ladite  somme  cueillie  et  levée,  mise  es  mains  du 
receveur  des  tailles  en  ïadite  élection  et  employée  aux  répa- 
rations des  murailles  de  ladite  ville,  comme  il  est  porté  par 
le  procès-verbal  de  la  visite  d'icelles  et  consentement  des 
consuls  et  babitants  des  onze  et  douze  mars  dernier,  comme 
il  est  plus  au  long  porté  par  ledit  arrêt  et  commission,  sui- 
vant lesquels  nous  vous  mandons  et  ordonnons  la  faire  asseoir 
et  imposer  sur  les  manants  et  habitants  de  ladite  ville 
de  Brive,  ladite  somme  de  quinze  cents  livres  d'un  côté 
et  soixante  livres  l'autre,  ensemble  la  somme  de  dix  livres 
pour  les  droits  du  sieur  de  Maupte  (?)  l'un  de  nous, 

Revevant  les  dites  sommes  h  celle  de  quinze  cent  soixante 
dix  livres,  laquelle  vous  fairés  cueillir  et  lever  par  les  collec- 
teurs des  tailles  de  ladite  ville  dans  les  trois  quartiers  de 
la  présante  année  pour  être  mise  es  main  du  receveur  des 
tailles  et  employée  aux  réparations  desdites  murailles, 

A  la  charge  d'en  rendre  compte  pardevant  nous  et  que 
les  deniers  du  Roy  n'en  soient  pas  retardés. 

Ce  faisant,  contraindre  les  cotisés  au  paiement  de  ladite 
taxe  comme  pour  deniers  royaux. 

Fait  au  bureau  des  finances»  a  Limoges,  le  22*  mai  1610. 


(l)  Archiver  de  /a  ville  de  Bfwe^  EE  l. 


J  PROPOS  D'UN  VIEIL  ACTE  DE  BAPTÊME 


On  des  anciens  registres  de  la  paroisse  Saint-Martin 
(Je    Eiive  contient  Tacte  ei-après  transcrit  ; 

*«      Mare-François-Charle-Jean  de  Salés  fils  naturel  et  légi- 

*  t-iïiie  à  messire  Franc^ois  de  Salés  chevallier  de  Tardre 

*  *^oyal  et  militaire  de  S*  Louis  cydevant  capilaine  au  régi- 

*  ïir^  eat  des  dragons  de  la  Reine  et  à  dame  Suzanne  de 

*  *^^  miibert  ses  père  et  mère  habi*'  de  lîi  ville  de  Brive  y  est 
"  1^  ^  le  vingt  huit  du  mois  de  septembre   mil  sept  cent 

*  ^<::>iïante  trois  et  a  été  baptizé  le  mCme  jour  dans  la  mai- 

*  ^c^n  paternelle  à  cause  du  danger  de  mort  par  nous  sous- 

*  Sî  ^ni  Guilhaume  de  Gilibert  prieur  commendaLaire  de 
'  ^^M  uzi  chanoine  curé  de  Brive  :  a  été  porté  A  Téglise  pour 
'  s  xji^pléer  aux  cérémonies  de  sacrement  de  baptême  le  second 

*  *3.  \j2  mois  de  décembre  de  la  même  année.  A  été  parain 

*  ^^  arc- Pierre  Dévoyer  du  Poulmy  comte  d'Argenson  mi- 
'  *^  i  stre  d'État  grand  croix  de  Tordre  Royal  et  militaire  de 
"  S^  Louis  qui  a  adressé  procuration  pour  tenir  à  sa  place  à 
'  ï^i^cssire  Gharle  de  S^  Viance  chevailler  mousquetaire  de 
'  ^  a-    seconde  compagnie  de   la  garde  du  roy,  et  maraine 

*  ^  a.me  Charlole  Huguet  de  Semonville  comtesse  d'Estrade 

*  qiat  a  donné  sa  procuration  à  demoiselle  Jeanne-Marie  de 
"  ^^lès  damoiselle  cousine  germaine  au  d.  baptiïsé  qui  ont 

lignés  avec  nous  et  nombre  de  parents  et  amys  qui  ont 
assistés  au  d.  baptême. 

^      De  Salés  S'  Viance  Guibert  de  Salés  mère  au  baptisé 

^    c:tjev'  de  Cbateauvert  commandeur  de  S*  Georges  de  Gili- 

fa^rl  Ërnault  de  Brusly  Dameiin  de  la  Salle  du  Saillant 

S^pientis  Lavarde  La  Bacbelerie  Dubois  de  la  Chabroulie 

"     *ie  Guibert  Lasterrie  du  Saillant  Merigonde  S'  Ililaire 


l 


a  Roche  Laroche  S'  liîlaire  de  Gilibert  prévôt  général  de 

a  Marsac  Puymaiga  Maleden  de  Labastille  de  Corn  la  Cha- 

ft  broulie  Maillard  Lanier  de  Lavaletle  Milhiac  La  Bache- 

«  lerie  de  Bedoch  de  la  Salle  S*  Bon  Gilibert  prieur  com- 

«  meiidataire  de  Mtizi,  chanoine  curé  de  Brive  de  Salés, 

w  oncle  paternel  du  baptisé  pour  avoir  fait  le  baptême  à  la 

tt  prière  et  du  consentement  de  M""  le  Curé.  » 

A  divers  points  ije  vue,  cet  acte  mérite  de  retenir  Tat- 
tenlion. 

Il  convient  d'abortl  de  le  rapprocher  d'un  passage  assez 
curieux  des  Mémoires  de  Marmonne/,  édition  de  1804, 
tome  IL  qui  se  rapporte  (*■  la  fois  au  parrain  et  à  la  mar- 
raine [l)i  et  sur  la  portée  duquel  certaines  réserves  sont 
faites,  bien  entendu,  étant  donné  l'esprit  mordant  de  son 
auteur  : 

Le  médecin  yuesnay,  d'aprt^s  ce  que  rappelle  Marmontel, 
avait  été  placé  auprès  de  la  marquise  de  Pompadour  par  le 
vieux  duc  de  Villeroy  »  et  par  une  comtesse  d'Estrades, 
amie  et  complaisante  de  M"*' d'Étiolés  (2)  qui,  ne  croyant  pas 
rt^chauiï'er  un  serpent  dans  son  sein,  l'avait  tirée  de  la 
misère  et  amenée  à  la  Cour.  Quesnay  était  donc  attaché  à 
M'"*  d'Estrades  par  la  reconnaissance,  lorsque  cette  intri- 
gante abandonna  &a  bienfaitrice  pour  se  livrer  au  comte 
d'Argenson  et  conspirer  avec  lui  contre  elle. 

Il  est  difficile  de  concevoir  qu'une  aussi  vilaine  femme, 
dans  tous  les  sens,  eût  malgré  la  laideur  de  son  âme  et  de 
sa  flgure,  séduit  un  homme  du  caractère,  de  l'esprit  et  de 
làge  de  M.  d'Ar^enson.  Mais  elle  avait  à  ses  yeux  le  mérite 
de  lui  sacriller  une  personne  à  qui  elle  devait  tout  et  d'être, 
pour  Tamour  de  lui,  la  plus  ingrate  des  créatures. 


(î)  Chai'tolte  lluguet  de  Sem  on  ville,  dame  d'atours  de  M""  de  France, 
filles  du  roi  Louis  XV,  avait  épousé  Charles  Jean,  comte  d^Estrades, 
qui  fut  tué  à  Dettiiigen  sur  le  Mein  le  19  juillet  1743). 

fLa  Gheriaye-Desbois,  2"*  édition,  tome  VI.) 

{^)  Jeanne- ÂnLoineitf;  Poisson,  qui  devint  marquise  de  Pompadour, 
avait  épousé  le  Fermiergénérai  Lenormand  d'Éiioles.  C'est  donc  la 
métne  personne  que  Marmoniel  appelle  tantôt  M"*  d*Étioles  et  tantôt 
M"'  de  Pompadour, 


—  207  — 

Cependant  Owesna\\  sans  s'émouvoir  de  ces  passions  enne^ 
mies,  était,  d^un  côté,  TincorrupLible  serviteur  de  M""  de 
Pompadour,  et,  de  l'autre,  le  fidèle  obligé  de  M°^  d'Estrades, 
laquelle  répondait  de  lui  à  M.  d'Argenson;  et  quoique,  sans 
mystère,  il  allât  les  voir  quelquefois.  M*"'  de  Fonipydour 
n'en  avait  aucune  inquiétude.  De  leur  côté,  ils  avaient  en 
lui  autant  de  confiance  que  s'il  n'avait  tenu»  par  aucun  lien, 
à  M»'  de  Pompadour. 

Or,  voici  ce  qu*après  Tesil  de  M.  d'Argenson,  me  raconla 
Dubois  qui  avait  été  son  secrétaire.  C'est  îui-mérae  qui  va 
parler;  son  récit  m'est  présent,  et  vous  pouvez  croire  Ten- 
tendre* 

Pour  supplanter  M*""  de  Pompadour,  me  dit-il,  M,  d'Ar- 
genson  et  M™"  d'Estrades  avaicnl  fait  ins=pirer  au  roi  le  dé&ir 
d'avoir  les  faveurs  de  la  jeune  et  belle  M""  de  Choiseuï, 
femme  du  Menin.  l/intrigue  avait  fait  de?  progrès;  elle  en 
était  au  dénouement.  Le  j-cnde^-vous  était  donné:  la  jeune 
dame  y  êtatt  allée;  elle  y  était  dans  le  moment  même  où 
M,  d'Argenson,  M™*d*Estrades,  Quesnay  et  moi,  nous  étions 
ensemble  dans  le  cabinet  du  ministre.  Nous  deux,  témoins 
muets,  mais  M*  d'Argenson  et  M"*  d'Estrades  très  occupés, 
très  inquiets  de  ce  qui  se  serait  passé.  Après  une  aî^sez 
longue  a  lien  te,  arrive  NJ""*^  de  Choiseuli  cchcvclée  et  dans  le 
désordre  qui  élaii  la  marque  de  son  triomphe.  M™*  d'Es- 
trades court  au  devant  d'elle,  les  bras  ouverts,  et  lui  de- 
mande si  c'en  est  fait.  «  Oui,  c'en  est  fnit,  rêpondit-eHe,  je 
suis  aimée;  il  est  heureux;  elle  va  être  renvoyée;  il  m'en  a 
donné  sa  parole-  *  A  ces  mots,  ce  fut  un  grand  éclat  de  joie 
dans  le  cabinet.  Quesnay  seul  ne  fut  point  ému,  «  Docteur, 
lui  dit  M.  d'Ârgenson,  rien  ne  change  pour  vous,  et  nous 
espérons  bien  que  vous  nous  resterez.  —  Moi,  Monsieur  le 
comte,  répondit  froidement  Quesnay  en  se  levant,  j'ai  été 
attaché  à  M"'"  de  Pompadour  dans  sa  prospérité,  je  le  serai 
dans  sa  disgrâce.  »  Et  il  s'en  alla  sur*le-champ.  Nous  res- 
tâmes pélriliès,  mais  on  ne  ptit  de  lui  aucune  méfiance,  't  Je 
le  connais,  dit  M"*"*  d'Estrades,  il  n'est  pas  homme  à  nous 
tralur.  *  El  en  effet,  ce  ne  fut  point  par  lui  que  le  sect^ct  fut 

T,  XXX.  '2  -  G 


—  208  — 

découvert,  et  que  la  marquise  de  Pompadour  fut  délivrée  de 
sa  rivale.  Voilà  le  récit  de  Dubois.  » 

On  voit,  par  ce  passage  des  Mémoires  de  Marmontel, 
qu'il  existait  entre  M.  d'Argenson  et  la  comtesse  d'Estrades 
une  alliance  d'une  nature  particulière,  antérieure  à  l'alliance 
purement  spirituelle  qui  devait  résulter  dq  leur  commune 
intervention  au  baptême  du  jeune  Marc  de  Salés. 


La  famille  de  Salés  s'bonorait  d'ailleurs  dans  la  circon- 
stance par  sa  fidélité  à  un  puissant  protecteur,  tombé  dans 
la  disgrâce. 

Marc-Pierre  de  Voyer  de  Paulmy,  comte  d'Argenson,  né 
le  16  août  1696,  avait  été  lieutenant  général  de  police  dés 
l'année  1720.  «  On  n'avait  jamais  ouï  parler,  dit  Saint- 
«  Simon,  d'un  lieutenant  de  police  encore  si  jeune.  Il  était 
«  insinuant,  bien  en  Cour,  occupé  à  percer  et  à  plaire.  »  En 
août  1742,  il  avait  remplacé  M.  de  Breteuil  comme  ministre 
secrétaire  d'Élat  au  département  de  la  Guerre.  C'était  le 
moment  de  la  fameuse  retraite  de  Prague.  Secondé  par  le 
maréchal  de  Saxe,  il  avait  mis  sur  pied  trois  armées  qui 
entrèrent  en  Piémont,  en  Allemagne  et  en  Flandre.  En  1745, 
l'armée  de  Flandre  remportait  la  victoire  de  Fontenoy.  Il  y 
assistait.  On  le  retrouve  aux  côtés  du  maréchal  de  Saxe  à 
Law^feld  en  1747.  En  1751,  il  avait  créé  l'École  militaire. 
C'était  l'ami  et  le  protectetir  des  philosophes.  Il  fit  pensionner 
Voltaire.  En  1751,  Diderot  et  d'Alembert  lui  dédièrent  TEn- 
cyclopédie.  Quoique  brouillé  avec  M°*'  de  Pompadour,  il 
avait  gardé  la  faveur  de  Louis  XV,  lorsque,  le  !•'  février 
1757,  à  la  suite  de  l'attentat  de  Damiens,  le  roi  le  congédia. 
La  guerre  de  Sept-Ans  commençait.  «  En  arrivant  en  place, 
dit  Bernis,  le  comte  d'Argenson  avait  pour  ainsi  dire  créé 
des  armées  au  roi.  Pour  sa  propre  réputation,  il  aurait  bien 
conduit  la  nouvelle  guerre  et  en  aurait  imposé  à  la  licence 
et  à  l'insubordination  qui  régnèrent  dans  nos  armées.  »  Quoi 
qu'il  en  soit,  sa  disgrâce  le  frappa  profondémet.  Il  devait 
mourir  en  1764,  retiré  dans  sa  terre  des  Ormes-Saint-Martin, 


—  209  - 

près  Saumur.  Sa  fin  était  bien  proche  lorsqu^il  iigurait 
comme  parraio,  avec  sa  vieille  amie  M""*  d^Eslrades,  dans 
Tacte  de  baptême  dressé  à  Brive  le  2  décembre  1763. 


Il  existe,  aux  archives  départe  m  en  taies  ^  une  volumineuse 
correspondance  échangée  au  sujet  des  affaires  publiques 
entre  MM.  de  Salés  d  une  part,  et,  d'autre  part,  MM*  Turgot 
et  de  Lamillière,  intendants,  Tun  à  Limoges,  Tautre  à  Mon- 
tau  ban. 

La  famille  de  Salés  détenait  en  effet  à  Brive,  au  xvui*  siè- 
cle, la  charge  de  subdélégué  de  Tintcndance.  Les  intendants 
placés  à  la  tète  de  Tadministration  des  provinces  avaient 
délégué  leurs  pouvoirs  dans  les  principales  viUes  de  leurs 
circonscriptions.  Leurs  repràsenlanls,  agissant  au  nom  du 
pouvoir  centrais  exer(;aient  les  fonctions  auxquelles  coiTes- 
pondent  aujourd'hui  celles  des  sous-prélets.  Vers  J750,  ces 
fonctions  furent  érigées  en  office.  On  trouve  successivement 
comme  subdélêgnés  à  Brive  : 

l"  Etienne- Joseph' François  de  âalès,  époux  de  Marie- 
Pascale  du  Verdier,  decédée  à  Brive  en  1758  à  Tàge  de 
80  ans.  Son  cousin  François  du  Verdie r  est  mort  évêque 
d^Angoulênie  (Cab.  des  litres.  Nouveau  triiozier,  tome  298). 

2""  Pierre  de  Salés  (169r*-l7o6),  éponx  de  Marie  de  Giguet 
de  Milhac,  lequel  a  été  chargé  de  toutes  les  opérations  rela- 
tives à  l'acquisition  de  la  vicomte  de  Turenne  où  il  a  tra- 
vaillé plusieurs  années,  avec  des  dépenses  indispensables 
dont  il  n'a  jamais  demandé  aucune  indemnité  (même  source)* 

3*  Joseph-Etienne  François  de  Salés  (1717-1753),  marié  le 
19  juillet  1745  à  Jeanne-Marie  Dulmet  de  la  Borie, 

4^  Antoine-Louis  de  Salés  de  Ray  monde»  frère  du  précè- 
dent, chanoine  de  Saint-Martin  de  Brive»  subdèlégué  de 
rintendant,  lequel  assiste,  le  8  aoiU  1778,  au  contrat  de 
mariage  à  Paris  chez  M.  de  la  Rochefoucauld-Cou  sages,  rue 
Cassette,  paroisse  Saini-Sulpice,  de  son  neveu  Raymond  de 
Salés  et  Tinsiilue  son  héritier  universel, 

Le  12  février  1751,  l'énigmalique  personnage  qui,  sous  le 


-  210  - 

nom  de  chevalier  Binet,  habitait  Hrive  et  n'était  autre  que 
le  noble  loj'd  HamîUon,  l'un  des  principaux  réfugiés  jaco- 
hiles,  fait  donation  de  tous  ses  meubles  meublants  à  M.  Pierre 
de  SalèB- 

Le  îi)  août  1756.  Pierre  de  Sales  vend  à  Jean  Algay,  avo- 
cat à  Yssandon*  la  charge  spéciale  d'avocat  du  roi  à  Brive 
possédée  depuis  fort  longtemps  par  sa  famille. 

En  17G3,  c'est  l'abbé  de  Sab^s,  subdélégué,  qui  traite, 
d'accord  avec  les  ofliciers  municipaux,  pour  la  captation  des 
sources  des  coteaux  voisins  de  Brive. 

Au  sujet  de  ce  dernier,  voici  ce  que  rapporte  le  livre  de 
raison  de  maître  Pierre  Maigne  de  Sarrazac,  fils  de  Jean- 
Baptiste  Maigne  de  Sarrazac  et  de  Marie  de  Salés,  qui  fut 
conseiller  du  roy  es  siège  sénéchal  et  présidial  de  Brive  : 
#  ÎjC  14  de  juillet  1800,  au  point  dîi  Jour,  est  mort  au  château 
de  Croze,  paroisse  de  Sarrazac  en  Quercy,  âgé  de  78  ans  ou 
environ,  M  Anloine-Louis  de  Sales  de  Raymonde,  cy  devant 
chanoine  honoraire  et  prêtre  du  chapitre  Saint-Martin  de 
la  ville  de  Brive,  oncle  de  M'"^  de  Marquessac  et  mon  cousin 
germain,  et  a  *ilé  enterré  dans  le  cimetière  de  Sarrazac  le 
53  de  ce  mois.  Il  avait  exercé  longtemps,  comme  son  père, 
la  charge  de  subdélégué  de  rintendance  de  Limoges  et 
Montauban  avec  la  plus  grande  probité.  Ce  monsieur  a  tou- 
jours mené  la  vie  d'un  véritable  ecclésiastique  et  emporte 
les  regrets  de  tous  ceux  qui  l'ont  connu.  Il  était  doué  d'une 
douceur  angélique  et  lui  des  beaux  hommes,  soit  pour  la 
figure,  soit  pour  le  corps,  qull  y  eût  en  France.  Il  est  véri- 
tablement mort  en  prédestiné,  après  un  malaise  de  trois  ou 
quatre  jours.  Il  a  servi  de  tuteur  et  de  vrai  père  aux  enfants 
de  ses  deux  frères,  à  ceux  de  Millac,  et  à  nous.  Que  Dieu  lui 
fasse  pais  et  que  tous  ceux  qui  liront  ici  prient  Dieu  pour 
le  repos  de  son  âme.  » 

Marc  de  Salés,  le  lilleul  du  comte  d'Argenson,  était  le 
neveu  de  Tabbé  de  Salés.  Son  père,  le  capitaine  de  dragons 
François  de  Salés,  avait  été  commandant  de  la  place  de 
Brouâge,  cette  morne  citadelle  dont  Richelieu  avait  voulu, 
sur  les  marais  de  Saintonge,  faire  un  grand  port  de  guerre, 


—  211  — 

et  011  se  retrouvent  encore  les  mélancoliques  souvenirs  de 
l'exil  de  Marie  Mancini,  la  belle  nièce  de  Mazarin,  qui  eut 
les  premières  amours  de  Louis  XïV.  Suzanne  de  Guibert, 
femme  de  François  de  Saïès  et  mère  de  Marc,  était  fille  du 
comte  Benoît  de  Guibert  qui  fut  lieutenant  générai  et  gou- 
verneur des  Invalides  en  I78i 

Marc  de  Salés  était  donc^  par  sa  mère,  neveu  de  ce  sédui- 
sant comte  Hippolyte  de  Guibert,  littérateur  et  écrivain 
militaire,  qui,  jeune  colonel,  inspira  la  plus  folle  passion 
h  la  compagne  de  d'Âleml)erl,  M^'*  de  Lespinasse, 

M,  de  Guibert,  ami  de  Voltaire  et  de  Frédéric  IL  auteur 
de  l'ordonnance  de  1776  sur  les  manœuvres  de  l'Infanierie, 
de  divers  ouvrages  de  tactique  et  de  littérature,  membre  de 
l'Académie  française  en  1786,  secrétaire  du  Conseil  supé- 
rieur de  la  Guerre  en  1787,  protégea  sans  doute  les  débuts 
de  son  neveu  Marc  de  Salès,  car  nous  retrouvons  ce  dernier 
jeune  capitaine  au  célèbre  régiment  des  bouzards  de  Cham- 
borant  en  1788.  Les  certificats  de  ses  services  ont  malheu- 
reusement disparu  dans  Tincendie  du  château  de  Gieurac. 
Mais,  en  1789,  il  est  à  Brive  avec  son  cousin-germain  Ray- 
mond de  Salés  (Ij,  ancien  capitaine  de  cavalerie  au  régiment 
du  Roi.  Tous  deux  avec  vingtdeux  citoyens  de  Brive,  se 
portent  au  secours  de  M,  de  Lamaze  assiégé  le  24  janvier 
179U  ii  Allassac  par  les  paysans  ameutés.  Tous  deux  prennent 
part  au  combat  rapporté  par  M.  de  Seilhac  dans  son  ouvrage  : 
La  Révolution  en  Bas- Limousin.  Le  16  mars  1790,  par  acte 
au  rapport  de  Delpeuch,  notaire  a  Brive,  en  réponse  aux 
allégations  du  journal  de  Mercier  ils  protestent  "  que  le 
«  peuple  était  armé  et  qu'il  a  fait  feu  plusieurs  fois  avant 
«  qu'on  cherchât  à  repousser  la  force  par  la  force.  »  C'est 
Marc  qui,  dans  les  divers  documents  concernant  cette  affaire, 
signe  «  le  chevalier  de  Salés  n.  Son  cousin,  plus  âgé  et  iils 
d'un  aîné,  signe  simplement  «  Salés  a. 


{1}  Pîerre-Jeaii'Raymoîid  de  Sales,  né  à  Brive  en  Limosin  le  20  aoi'U 
1749,  mousquetaire  le  8  mai  17(56,  capitaine  le  '29  mai  1774,  capiiaine  à 
la  suite  dans  Royal -Cav alêne  le  6  avril  L778.  (Waraquîep.  Tabïeau  do 
la  ûoblesse  militaire.) 


—  2\'l  — 


Le  souvenir  de  leur  énergique  *]éfenï?e  à  AUassac  persis- 
tera dans  le  pays.  Le  18  messidor  an  II,  à  Tulle,  les  patriotes 
du  Trecli  écrivent  ;  «  A  AUassac^  les  Salés  fusillèrent  les 
cultivateurs,  » 

En  17Ï13,  Mîirc  de  Salés  figure  sur  la  liste  des  émigrés.  Il 
Il  sert  â  Tarmée  des  Princes.  U  avait  alors  trente  ans.  Il 
eîisle  de  lui  un  porti^aiL  un  peu  antérieur  à  cette  époque, 
qui  est  au  château  de  Gieurac  (Lot).  La  physionomie  de 
rétnigré  est  Une  et  expressive.  Le  menton  carré  atteste 
Tentétement  loyaliste.  La  bouche  est  spirituelle.  Les  yeux 
gris  ont  une  expression  indétinissahle,  quelque  peu  ironique, 
n^excluant  d'ailleurs  nullement,  on  le  sent  hien,  la  manière 
courtoise  ei  élégante.  On  dirait  que  l'homme  de  l'ancien 
régime,  sans  se  dépaitir  de  Turhanité  native,  jette  un  regard 
légèrement  railleur  et  non  dépourvu  de  scepticisme  sur  les 
temps  nouveaux.  L  ombre  de  d'Ârgenson,  l'ami  et  le  protec- 
teur de  Voltaire j  n'est  pai?  loin. 

Retraité  comme  colonel  par  la  Restauration,  chevalier  de 
Saint-Louis»  oïïicier  de  la  Légion  d'honneur,  Marc  de  Salés 
se  tixa  à  Paris,  rue  Neuve-des-Petits-Champs,  n*  77.  Là, 
d'après  une  tradition  de  famille,  admis  à  la  Cour  et  honoré 
de  la  confiance  de  Charles  X,  il  aurait  reçu  le  comman- 
dement d'un  des  bataillons  de  la  garde  nationale.  Il  vint 
mourir  au  château  de  Cieurac,  propriété  de  sa  famille,  le 
30  décembre  1831,  à  Tâge  de  61  ans.  Il  était  le  dernier  re-. 
présentant  du  nom.  Avant  lui  était  décédé,  le  29  septembre 
1855,  son  cousin -germain  Raymond  de  Salés,  également 
retraité  comme  colonel  et  chevalier  de  Saint-Louiè,  veuf  sans 
enfants  de  Jeanne  de  la  Barre-Duvernois,  morte  à  l'âge  de 
22  ans.  Marc  ne  s'était  pas  marié.  Les  deux  cousins,  qui 
ensemble  avaient  servi  et  ensemble  avaient  subi  les  épreuves 
de  rémigration,  reposent  l'un  près  de  l'autre  dans  le  petit 
cimetière  de  Cieurac,  non  loin  de  leur  neveu,  le  vice-amiral 
de  Marquessac. 

Et  seul  subsiste  encore  à  Brivei  avec  ses  deux  ailes  déla- 
brées, sa  porte  charretière  et  son  grand  jardin,  le  vieux 
logis  qui  fut  Thûtel  du  subdèlégué  de  l'intendance  et  qui 


ï 


—  213  — 

sert  aujour^ï'hut  d'école  maternelle,  rue  Blaise-Reynal,  an- 
cienoe  rue  des  Frères,  Du  décor  vieillot  où  habitaient  éga- 
lement les  familles  de  SahugueL,  de  Gilibert,  de  Chamaillard 
et  des  Bruslys^  il  reste  de  remarquables  balcons  ea  fer 
forgé,  d'un  fort  beau  stjle,  appelés  à  disparaître  prochai- 
nement comme  tant  d'autres  vestiges  du  passé.  C'est  dans 
rh6t€l  de  Salés  qu'au  soir  de  la  monarchie,  un  bal  fut  offert 
à  la  duchesse  de  Berry  de  passage  à  Brive,  Sur  la  cour 
d'entrée,  au-dessus  de  la  fenêtre  centrale,  s'effrite  un  écus- 
son  où  apparaissent  encore,  à  demi-rougîes  par  les  intem- 
péries et  la  vétusté,  les  armoiries  que  maintenait  en  dé- 
cembre 1754,  en  faveur  de  Pierre  de  SSalès,  une  lettre  royale 
de  coniirmation  conservée  au  Cabinet  des  titres,  nouveau 
d'Hozier,  tome  298  : 

De  gueules,  aux  trois  tou7'S  d'argent  posées  2  et  i,  au 
chef  d^a^ur  chargé  de  trois  étoiles  d'or. 
Encore  un  peu  de  temps,  et  comme  le  nom,  comme  la 

race,  comme  le  souvenir   même»  les  pierres,  eUcs  aussi, 

uuront  vécu- 

J,  DE  Saint-Geïimatn. 


Le  Tombeau  de  la  famille  Cabanis 

-A.VI  Oiraetière  d'-A^viteviil  <'> 


Ici  reposent  dans  le  même  cercueil 
Charlotte-Félicité  GROUCHY,  V^b  CABANIS 

DÉCÉDÉE  LE  XXIX   OCTOBRE   MDCCCXLIV  DANS   SA  77*  ANNÉE 

ET  LE  COEUR  DE  SON  ÉPOUX  Pierre-Jean-Georges  CABANIS 
Membre  de  l'Institut  de  France  et  du  Sénat 

DONT  LE  corps  EST  DÉPOSÉ  AU  PaNTHÉON 
ET  QUI  DÉCÉDA  LE  VI  MAI  MDCCCVIII  A  l'aGE  DE  51   ANS 

Anette  {sic)  Paméla  CABANIS 

Veuve  en  premières  noces  de  C.  MERCIER  DU  PATY 

EN  deuxièmes  noces  DE  N.  R.  JOUBERT 

NÉE   A    AUTEUIL    LE   25   MARS    1800   ET   DÉCÉDÉE   A   PaRIS 
LE   6   FÉVRIER    1880 

Sur  cette  froide  pierre  en  vain  le  regard  tombe. 
O  vertu  !  son  aspect  est  plus  fort  que  la  tombe 
Et  plus  évident  que  la  mort. 

Lamartine. 

A  la  fois  médecin,  homme  de  lettres  et  philosophe, 
Cabanis  est  né  à  Cosnac,  près  Brive,  comme  en  té- 

(1)  Nous  extrayons  cet  article  sur  le  tombeau  de  la  famille  Cabanis 
(immatriculé  C.  26),  au  cimetière  d'Auteuil,  de  l'Historique  que 
M.  Georges  Bertin  va  publier  sur  ce  cimetière.  Les  lignes  qu'il  veut 
bien  nous  communiquer  ont  leur  place  tout  indiquée  dans  notre  Bul- 
letin, où  ont  paru  déjà  plusieurs  études  sur  le  médecin  philosophe  : 
Cf.  Docteur  François  Labrousse,  Quelques  notes  sur  un  médecin 
philosophe,  P.-J.-G.  Cabanis  (1903),  et  Docteur  G.  Hervé.  Un  trans- 
formiste oublié,  P.- J, 'Cabanis  (1905). 

Ajoutons  que  l'ouvrage  de  M.  Georges  Bertin  contient  encore  une 
autre  notice  sur  un  tombeau  d'une  famille  limousine,  la  famille 
Champseix  (pp.  53*54),  qui  repose  aussi  à  Auteuil.  M"*  Champseix, 
sous  le  pseudonyme  û* André' Léo,  a  écrit  un  volume  connu  de  :  Lé- 
gendes Corréziennes. 


—  216  — 

moïgne  son  acte  de  baptême,  conservé  au  greffe  du 
Tribunal  civil  de  la  Sous-Préfecture  de  la  Corrèze  : 

û  Pierre -Jean -Georges  Cabanis,  fils  de  Monsieur 
Cabanis,  bourgeois,  et  de  demoiselle  Marie-Hélène 
d'Escarole  de  Souleyrac,  son  épouse,  demeurant 
actuel  liment  au  Heu  de  Salagnac  et  habitants  de  la 
ville  de  Brive,  né  le  cinq  du  mois  de  juin  mil  sept 
cent  cinquante-sept,  a  été  baptisé  par  nous,  curé  sous- 
signe  j  en  l'église  paroissiale  de  Cosnac.  A  été  parrain, 
M'  Jean-lieorges  Lois,  avocat  au  parlement  de  la  ville 
de  Sarlat,  en  Périgord,  au  nom  et  place  duquel  a 
tenu  sur  les  fouis  baptismaux  M*  Pierre  Conchard 
de  Vemieit,  aussi  avocat,  habitant  de  la  ville  de  Brive, 
et  marraine,  deraoiselle  Françoise  de  Cabanis,  épouse 
de  sieur  Antoine  de  Bosredon^  lieutenant  de  la  juri- 
diction de  Varetz  et  y  habitant,  ladite  marraine  tante 
maternelle  du  baptisé...  ». 

Dés  sa  plus  tendre  enfance,  Cabanis  montra  une 
grande  indépendance  de  caractère  et  une  volonté  peu 
commune.  Il  commença  ses  études  chez  les  Doctri- 
naires de  Brive  ;  mais,  à  peine  âgé  de  quatorze  ans, 
il  ne  pouvait  plus  se  plier  à  leur  discipline  et  son  père 
dut  renvoyer  à  Paris  pour  y  achever  son  éducation. 
Rappelé  par  ses  parents  au  bout  de  deux  ans,  notre 
jeune  Corrézien  ne  revint  pas  au  foyer  paternel,  mais 
préféra  suivre  à  Varsovie,  en  qualité  de  secrétaire,  le 
prince  Massalski,  évèque  de  Wilna  (1).  Brouillé  peu 
après  avec  son  nouveau  maître,  Cabanis  regagna  Pa- 
ris el  Brive,  puis  revint  à  Paris  pour  s'adonner  à 


(l)  Mort  pendu  à  Varsovie,  le  27  juin  1794. 


—  217  - 

rêtude  des  lettres.  II  abandonna  bientôt  après  les  let- 
tres pour  commencer  la  médecine.  Placé  sous  la 
direction  du  célèbre  Dubrenil,  Cabanis  eut  Theureuse 
fortune  de  recevoir,  durant  cinq  ans^  les  conseils 
éclairés  de  cet  illustre  maître* 

Contraint  par  une  santé  débile  et  la  surexcitation 
de  ses  nerfs  à  vivre  à  la  campagne,  le  jeune  Cabanis 
jeta  son  dévolu  sur  Auteuil  et  s'y  fixa.  C'est  à  A^uteuil 
qu'il  se  lia  avec  M'"*  flelvètius  et  la  plupart  des 
hommes  remarquables  qui  fréquentaient  le  salon  de 
celte  femme  supérieure,  tels  que  Benjamin  Franklin, 
qui  lui  légua  son  épée,  Daunou^  Condoi-cet,  Tabbé  La 
Roche,  Destutt  de  Ti  acy,  Volney »  Garât,  Laromiguière, 
Ginguené^  le  poète  Roucheret  le  grand  orateur  Mira- 
beau, qu'il  soigna^  et  dont  il  a  retracé  les  derniers 
moments  dans  :  Le  Joiwnal  de  la  maladie  et  de 
la  mort  de  Mirabeait. 

De  son  côté.  M™*  Helvétius  se  prit  d'une  telle 
affection  pour  le  «  défenseur  des  Encyclopédistes  » 
que^  le  considérant  comme  un  fils  adoplif,  elle  l'en- 
gagea à  venir  habiter  chez  elle.  A  sa  mort,  M'"'  Helvé- 
tius  lui  légua  la  jouissance  de  sa  maison. 

Nommé  professeur  d'hygiène  aux  Ecoles  normales, 
en  1796,  Cabanis,  déjà  juré  du  Tribunal  révolution- 
naire,  fut  élu  député  au  Conseil  des  Cinq  Cents^  en 
Tan  VI.  Malgré  son  aversion  pour  les  idéologues, 
Napoléon  le  nomma  sénateur  le  3  frimaire  an  VJIl, 
comte  de  l'Empire  par  lettres  patentes  du  26  avril 
1808^  membre  de  la  Légion  d'honneur  (9  vendé- 
miaire an  XII)  et  commandant  de  Tordre  (25  prai- 
rial). 

Peu  après  son  entrée  à  Tlnstitut,  Cabanis  s'était 


{ 


(»«ï 


—  218  — 

uni  à  la  sœur  de  M"*  Gondorcet  et  du  futur  maréchal 
de  Grouchy  : 

«  Registre  des  actes  de  mariage  de  la  commune  de 
Paris^  X*  arrondissement,  section  de  la  Fontaine  de 
Grenelle  : 

«  Du  vingt-cinq  Floréal  an  quatre  —  Samedi  14 

mai  1796  —  acte  de  mariage  de  Pierre-Jean-Georges 

Cabanis,  officier  de  santé,  âgé  de  trente-neuf  ans,  né 

à  Cosnac,  département  de  la  Corrèze,  le  cinq  juin  mil 

sept  cent  cinquante- sept,  domicilié  à  Auteuil,  près 

j  Paris,  fils  de  Jean-Baptiste  Cabanis  et  de  Marie-Hélène 

)  Descarole,  tous  deux  décédés,  avec  Charlotte-Félicité 

Grouchy,  âgée  de  vingt-huit  ans,  née  à  Condecourt^ 

département  de  Seine-et-Oise,  le  2  avril  mil  sept  cent 

soixante-huit,  domiciliée  à  Paris  rue  de  Lille  n**  505, 

fille  de  François-Jacques  Grouchy,  demeurant  à  Vil- 

lette,  susdit  département,  et  de  Marie-Gilberte-Hen- 

I  riette  Fréteau,  décédée. 

!  a  Les-  témoins  furent  :  Dominique-Joseph  Garât, 

'  ainé^  âgé  de  45  ans,  homme  de  lettres,  demeurant  à 

Auverneau,  département  de  Seine-et-Oise;  Pierre- 
Antoine  Benoit,  ami,  âgé  de  53  ans,  agent  municipal 
de  la  commune  d'Auteuil,  près  Paris;  Alexis  Boyer, 
ami,  âgé  de  36  ans,  chirurgien,  demeurant  rue  des 
Pères  n"  43 ,  hospice  de  TUnité  ;  Jacques-Joseph 
'  Mailla-Garat,  ami,  âgé  de  28  ans,  homme  de  lettres, 

demeurant  à  Auteuil...  » 


Ces  quatre  témoins  sont  connus.  Le  comte  Domini- 
que Joseph  Garât  fut  ministre  de  la  justice  et  de  Tin- 
térieur,  ambassadeur,  sénateur  et  membre  de  Tlns- 
titut  ;  Pierre-Antoine  Benoit  (voir  l'article  qui  lui  est 


> 


—  219  — 

consacré)  ;  le  baron  Alexis  Boyer,  premier  chirurgien 
de  Tempereur  et  des  rois  Louis  XV III,  Charles  X  et 
Louis- Philippe»  était  compatriote  de  Cabanis;  Jac- 
ques-Joseph Maill\-Garat,  qui  fut^  dit-on^  Tamant 
de  M™"  de  Condorcet,  la  quitta  pour  Aimée  de  Coigny, 
ia  jeune  captive  d'André  Chénier.  Né  le  9  février 
1767,  il  habiLait  Auteuil  dès  1796.  Il  fut  membre  du 
Tnbanat  et,  à  ce  propos,  on  fit  circuler  les  vers  sui- 
vants : 

Pourquoi  ce  petit  homme  est-il  au  Tribunal? 
C'est  que  ce  petit  homme  a  son  oDcle  au  Sénat. 

La  fille  unique  de  Cabanis,  Annette-Paméla^  née 

à  Auteuil  le  4  germinal  an  VIII,  Grande-Rue,  n*"  24, 

époLisa^   en   1823,   son   cousin  Louis- Charles -Henri 

-ï/KFtcïEH  DU  Patv,  sculpteur,  élève  de  Lemot,  prix 

de   Romej  professeur  à  TÉcole  des  Beaux- Arts»  mem- 

"1  e  de  rinstitut,  officier  de  la  Légion  d'honneur. 

Ni3  à  Bordeaux  le  29  septembre  1771,  mort  le  22 

novexxibre  1825^  laissant  un  fils,  Georges-Emmanuel, 

^é    et  décédé  en  1826,   du   Paty  était  fils   aîné  de 

Charles- Margueiite-Jean- Baptiste  Mercier  du  Paty, 

^^grieur  de  Bussac,  avocat  général  au  Parlement  de 

HorcJeaux,   jurisconsulte   et   littérateur^    auteur  des 

^    Lettres  sur  Pltalie  »   (La  Rochelle,   9  mai   1746 

»     1  a  ris,    18  septembre   1788),  et  de  dame  Marie- 

L-ouise  Frêteau  du  Peny  et  Samt-Just  (mariage  7 

^^Ptembre  1769),  décédée  le  12  mars  1826. 

Le  mari  de  la  fille  de  Cabanis  était  Toncle  du  gé- 
^^ï'al  Mercier  du  Paty^  autorisé^  par  décret  du  25 
^ctobre  18B2,  à  ajouter  à  son  nom  celui  de  Clam^  né 
^  Paris  le  18  février  1813  et  décédé  à  Toulouse  le 
^  ^ai  1887. 


—  220  — 

M"**  Mercier  du  Paty  se  remaria,  le  10  mai  1836,  à 
la  Mairie  de  Passy  (elle  demeurait  alors  Grande-Rue 
de  Passy,  n**  56),  avec  Nicolas-Roch  Joubert,  direc- 
teur de  rOctroi  de  Paris,  né  à  Paris  et  y  demeurant, 
rue  Saint-Lazare^  n"  44,  fils  de  Pierre-Mathieu  Jou- 
bert, né  à  Angoulème  et  décédé  le  26  avril  1815, 
conseiller  de  préfecture  du  département  de  la  Seine. 

Voici  le  signalement  de  Cabanis  à  son  entrée  au 
Sénat  :  1  mètre  78  ;  cheveux  et  sourcils  châtains  ; 
front  large  ;  nez  ordinaire  ;  yeux  bleus  ;  bouche  pe- 
tite ;  menton  allongé  ;  visage  long. 


Georges  Bertin. 


LETTRES  INEDITES 


DXT     l^ARQXJIS    IDE    1*^IR-A.BEAXJ 


A   SA   BELLE-FILLE  M«-   DE  MARIGNANE 


N"ous  sommes  heureux  de  faire  connaître  quelques 

lettres  inédites  du  célèbre  marquis  de  Mirabeau  à  sa 
teUo- fille  Emilie  de  Marignane,  qui  épousa  en  1772, 
le  fameux  orateur  de  la  Constituante,  Gabriel-Honoré 
Iliïixelli,  comte  de  Mirabeau.  La  première  lettre  est 
^^  S  1  juillet  1772,  quelque  temps  après  le  mariage, 
^  *^oi.igueux  marquis  s'y  peint  avec  son  tempérament 
"^  gt^and  seigneur,  de  féodal^  et  sa  philanthropie  pas- 
sionoée,  dans  un  style  prolixe,  dur,  difficile.  Le  plus 
ancî^i^  gt^  l3  pi^jg  fervent  disciple  de  Quesnay  est  en 
niàrQe  temps  un  brutal,  un  orgueilleux.  Il  s'appelle 
lui^rnêrae  un  moulin  d  écriture ^  il  conseille  et  com- 
ma-nde,  mais  il  prêche  la  fraternité  civile,  provin- 
CKtl^  ^  nationale,  universelle  enfin.  Cette  lettre  jette 
^^^  Jour  très  curieux  sur  1  état  d  esprit  d'une  partie  de 

1^  noblesse  gagnée  aux  nouvelles  idées  économiques 

et  soeialesj  la  veille  de  la  Révolution. 

J,    ESPÉREÏ. 


—  2-22  — 


De  Paris,  le  21  juillet  1112. 

il  Vaut  mieux  lard  que  jamais  »,  ma  chère  fille,  dirait  un 
Tort  raisonneur  de  ma  connaissance  en  parlant  de  la  mort; 
mais  moy  ji3  vous  le  dis  pour  le  p*"  souvenir  dont  vous  m'ho- 
norez. Je  ne  vous  nieray  pas  que  je  n'aye  été  touché  de  ce 
premier  courrier;  votre  beau  père  est  un  fort  bon  homme, 
à  ce  qu'on  dit,  lotijaurs  prêt  à  avoir  la  larme  à  Tceil  et 
l'etoufoir  à  la  gorge  quand  il  pense  à  ses  enfants  et  qui  ne 
demanderoit  pas  mieux  que  d'en  avoir  de  bien  gentils;  or 
on  lui  disoit  tant  de  bien  de  vous,  qu'independemment  de 
touLs  auLres  motifs,  son  cœur  était  fort  épanoui  d'avance; 
or  ma  fiUe  vous  conooissez  la  charité  romaine,  imaginez  le 
vieillard  attendant  sa  fille  et  attendant  depuis  le  22  juin 
jusques  au  21  juillet,  vous  n'auriez  pas  admis  la  phrase  de 
dêriingemeni  dr  $ani6  et  de  tracas  de  nouvel  établissement 
et  d'exécution  impossible.  Ma  chère  fille  vous  apartenez 
maintenant  au  plus  grand  prêcheur  de  l'Europe,  mais  ses 
leçons  n'ont  fait  fuir  personne;  retenez  de  moy  de  ne  jamais 
mettre  de  ces  phrases  parasites  dans  vos  lettres;  mieux  vaut 
cent  fois  la  sécheresse  du  fait,  et  jamais  avocat  de  mauvaises 
causes;  vous  avez  une  réputation  excellente  et  toute  faite; 
vous  apartenez  aux  gens  les  plus  aimés  de  notre  pays,  et 
aimés  et  considérés  pour  une  race  est  la  même  chose;  vous 
!  venez  enfin  de  prendre  un  nom  qui  ne  fut  jamais  médiocre 

j  et  je  vois  avec  la  phxs  vive  joye  que  vous  le  soutiendrez,  et 

•  le  perpétuerez  dignement,  regardez  désormais  tout  ce  que 

j  dit  votre  beau  père  comme  l'acte  du  pélican.  Tout  ce  que 

!  Tétude,  la  réflexion,  et  l'expérience  m'ont  acquis  je  voudrois 

le  verser,  et  moy  même  dani^  le  sein  de  ma  nichée;  touts 
les  devoirs  sont  doux  à  la  longue,  mais  celui-là  Test  au 
l*""  moment.  Cela  dit»  vous  n'y  êtes  pas  et  il  faut  que  je 
finisse  ma  râtelée  sur  I  article  de  Vexécution  impossible, 
Jauray  selon  les  apareuces  si  rarement  l'occasion  de  vous 
'  gronder  qu'il  faut  puisque  je  la  tiens,  j'en  profite  pour  plu- 

}  sieurs  années.  Le  cœur  a  la  fin  replié  et  justice  faite  de 

'  moy  même;  Je  vous  dirois  seulement  in  petto  ma  fille  dans 


—  223  - 

le  bonheur  nous  ne  pouvons  avoir  recours  qu'à  Dieu  pour 
qu'il  dure  ;  dans  le  malheur,  qu'à  Dieu  pour  trouver  la  force 
de  le  porter,  La  vraye,  la  hautt^  piété  donc  est  la  compagne 
nécessaire  de  toute  notre  vie,  dans  tout  du  moins  ce  qui 
n'est  pas  yvresse  et  emportement,  le  rite  réel  de  ce  genre 
de  culte,  c'est  le  devoir  or  quel  objet  peut  devancer  sur  cette 
voye  le  respect  filial.  Un  père  est  pour  ses  enfants  le  vray 
représentant  de  la  divinité  icy  bas;  grande  leçon  pour  luy, 
mais  pour  eux  dans  tous  les  cas  obligation  la  plus  solennelle 
et  la  plus  stricte.  C'est  d'ailleurs  le  plus  puissant  lien  social, 
le  fondement  des  états  et  par  conséquent  celuy  des  familles; 
les  devoirs  respectifs  entre  les  frères  et  les  parents,  le  res- 
pect pour  l'autorité  dans  tous  ses  grades,  la  fraternité  civile, 
provinciale,  nationale,  universelle  enfin,  et  se  résumant  en 
un  point  le  père  universel,  autheur,  moteur  et  conservateur 
de  touts  les  êtres,  tout  enfin  ce  qui  peut  faire  le  bonheur  et 
constituer  la  vertu  de  l'espèce  humaine  dérive  de  là:  jamais 
la  race  des  bons  fils  ne  périra;  jugez  ma  fille  si  je  désire 
pour  le  bonheur  de  la  votre  que  l'exemple  de  celle  qui  la  fait 
renaitre  dans  ma  patrie  y  établisse  la  superstition  même  de 
ce  genre  de  mœurs.  Il  est  vray  que  ma  fille  a  sous  ses  yeux 
son  véritable  père  et  bien  d'autres  dignes  objets  de  ce  culte 
naturel  ;  aussy  n'a-t-elle  pas  à  leur  écrire,  et  moy  aussy  je 
seray  grand  père  de  ses  enfants,  mais  grâces  à  la  toilette 
qui  sera  désormais  pour  moy  ce  que  sa  cassette  était  à 
l'avare,  tout  est  dit  ne  répondez  point  ma  fille  à  cet  article, 
il  est  déjà  bien  loin. 

A  l'égard  de  mon  portrait,  mon  enfant,  vous  savez  que 
dans  l'ordre  des  bienséances,  les  lettres  doivent  précéder  ce 
genre  de  faveur  là;  d'ailleurs  vous  en  avez  déjà  pour  les 
deux  bras  et  pour  ma  part  je  vous  ay  donné  de  bracelet  tout 
ce  que  j'en  avois.  Vous  trouverez  à  Mirabeau  force  grands 
portraits  à  l'huile,  cela  est  beau  et  en  vérité  c'est  tout  ce 
que  je  veux,  si  vous  en  voulez  davantage  lisez  Vamy  des 
hommes  dans  vos  moments  de  loisir,  personne  au  monde  ne 
scavoit  qu'il  fut  de  moy  et  chacun  me  reconnut  au  langage 
et  à  la  manière. 

T.  XXX.  2  -  7 


—  224  — 


} 


Quand  au  mobilier  ma  !îlle  il  est  à  vous;  il  a  bien  besoin 
(l'être  cousuj  doubUs  toui'Qé,  changé.  Il  serabloit  que  mon 
camr  vous  desiroil  quand  levant  les  yeux  de  dessus  mon 
bureau  je  voyois  cetîe  indienne  de  ma  mère  toute  en  loques. 
Tout  ce  que  sa  main  a  Louché  m*est  sacré  ;  ne  jettez  rien.  Je 
lui  ay  souvent  ouy  dire  que  de  grands  bahus  de  noyer  qui 
sont  dans  la  grand  dépense  (on  vous  apprendra  toute  cette 
géographie  là)  elle  avoit  tiré  des  trésors,  attendu  que  cela 
serroît  louts  les  chîfons  et  coupons,  Le  lieu  est  effroyable 
ma  chère  fille  vu  Télègance  actuelle  et  toujours  battu  des 
vents.  Tel  qu'il  est  la  plus  belle  femme  de  son  temps  et  la 
plus  chérie  y  passa  le  1"  hyvcr  après  son  mariage,  le 
terrible  h  y  ver  de  1709  et  seule  entre  ses  paravants  à  faire 
dégeler  son  vin  auprès  de  feu.  Ma  belle  et  bonne  enfant 
logez  dans  votre  tète  et  dans  votre  cœur  que  ceux  même  qui 
vous  ont  fait  el  qui  jouissent  chaque  jour  de  vos  vertus  et  de 
vos  succès  ne  désirent  pas  plus  vivement  que  moy  votre 
bonlieur  et  tenex  pour  assuré  d'après  moy  qui  croiroit  faire 
un  sacrilège  de  vous  tromper  que  toutes  les  peines  qu'on 
s'est  données  dans  la  jeunesse  sont  autant  de  semences  de 
bonheur  ou  de  consolation  pour  l'avenir;  or  chaque  jour  est 
jeunesse  pour  le  lendemain. 

Je  ne  veux  point  finir  sans  vous  dire  un  mot  sur  un  ar- 
ticle de  votre  antique  lettre  qui  me  toucha,  c'est  celui  ou 
vous  me  faites  une  sorte  de  compliment  sur  votre  peu  de 
bien,  cet  article  ne  pouvait  être  inspiré,  car  il  eut  été 
étrange  pour  quelqu'un  qui  aurait  eu  de  l'expérience.  On 
vous  a  donc  fait  penser  que  j'étais  bien  cupide  et  ma  fille 
si  vous  êtes  telle  qu'an  vous  dit  je  vous  aurois  acheté  bien 
cher.  Ma  vénérable,  mon  auguste  mère  n'eut  rien  de  ce  qu'on 
peut  chifrer,  mille  témoins  encor  déposeraient  si  elle  fut 
honorée.  Je  n'ay  voulu  répondre  de  mon  fils  en  rien  ni 
pour  rien^  mais  je  serois  sa  caution.  Que  des  déchets  dans 
votre  fortune,  le  contiendraient  plutôt  dans  ses  manquements 
naturels,  qu'ils  ne  seraient  capables  de  l'y  porter.  Quand  à 
moy  qui  revois  le  père  de  votre  aimable  père  qui  toujours 
vieux  de  bonne  heure  u  ay  jamais  scu  jouir  à  la  mode  ordi- 


^T 


—  225  ^ 

naire  du  présent  ou  donc  prendrois*je  la  convoitise  pour 
Tavenir?  Le  devoir  de  pï'^re  et  chef  m'a  fait  marcher  d'un 
pas  réservé  dans  le  déDut  des  arrangements  relatifs  à  un 
BQgagement  le  plus  sérieux  de  la  vie;  à  cela  près  ma  fille 
ceuï  qui  ont  suivy  ma  manière  de  traiter  cette  afTaire  peu- 
vent me  rendre  justice  que  je  ne  l'ay  pas  plus  faite  qu'au- 
cune autre  comme  un  vilain.  L*avenir  prouvera  si  nous  mé- 
ritions la  préférence  que  vous  nous  aviez  donnée.  Je  dis 
NOUS  car  quand  au  persoonel  c'est  vous  ma  fille  qui  vous 
J*êtes  donné j  mais  la  famille  vous  la  trouverez  honnête,  equi- 
table  et  facile  autant  qu'aucune  autre  et  toujours  sensible 
au  bonheur  et  à  Thonneur  de  vous  avoir  acquis. 

Af  on  lils  et  quelques  autres  ont  pu  vous  dire  que  j'étais 

Lin    moulin  d'écriture,  et  cette  le  lire  cy  ne  vous  en  dissua- 

der^apas;  croyez  cependant  que  depuis  le  temps  que  j'écris 

sans  relâche  cette  fantaisie  si  c'en  élait  une  pourrait  être 

feTnoussée  ;  que  d'ailleurs  je  suis  accablé  de  correspondances 

^t  d'affaires  et  qu'outre  j'ay  de  la  besogne  toute  prête  sans 

celîer  ià^  mais  J'ay  cru  devoir  vous  mettre  en  confiance  pour 

oioo    début  et  le  meilleur  moyen  d'inspirer  un  sentiment 

quelconque  c'est  de  le  sentir. 

^oo  frère  est  party  avant  hyer  sans  avoir  la  consolation 
ûe  voir  votre  lettre  qui  luy  auroit  fait  plaisir;  je  le  luy 
mind^ray*  votre  tante,  votre  sœur  et  toute  la  famille  vous 
ïeaxercient  et  vous  embrassent,  faites  mes  honneurs  je  vous 
prie    à.  toute  votre  maison.  Adieu  ma  chère  fille,  je  vous 

Mirabeau. 


Du  Bignon,  Ib  28  juillet  1118, 

*'aî  reçn  ma  chère  fille  votre  lettre  du  13  :  en  vérité  ai 
TOUS  aviez  un  peu  moins  de  peine  à  écrire,  ce  serait  pour- 
tot  domage  de  se  rapprocher,  car  nous  nous  entendons  fort 
"i^ïi  par  lettres;  vous  avez  un  caractère  d'esprit  égal,  suivi 
^^t^nu  obligeant,  ingénu   plein  d'âme  et  de   sentiment; 


—  226  — 


enfin  nous  nous  enti^ndons  très  bien,  au  lieu  qu'en  présence 
vous  ne  me  dites  rien,  et  qug,nd  j'ay  voulu  vous  mettre  à 
mon  courant,  vous  faire  des  ouvertures,  au  lieu  d'y  mettre 
de  la  suitte  et  d'en  raisonner  avec  moy  qui  ne  suis  que  trop 
facile,  ce  n'est  que  par  antruy  que  j'ay  pu  scavoir  vos  idées 
et  vos  rtVHexions,  Je  scay  bien  que  la  vieillesse  a  beau  faire 
pour  mériter  la  confiance  intime  de  la  jeunesse,  elle  effa- 
rouche toujours:  je  scay  bien  aussy  que  mieux  vaudroit 
pour  cela  polissonner  et  faire  des  niches  qu'une  amitié  sui- 
vie attentive,  protectrice  je  scay  cela;  mais  outre  que  ce 
n'est  pas  mon  allure  qwi  ne  polissonne  jamais  que  de  la 
parole  et  que  Tâne  de  la  fable  n'eut  de  tort  que  celuy  de 
vouloir  changer  son  naturel  —  dailleurs  cela  ne  seroit  pas 
décent.  Ma  belle  sœur  avoit  trente  ans  moins  que  moy  et  je 
me  livrois  avec  elle  à  mon  caractère  caressant  et  elle  le 
trou  voit  très  bon  malgré  sa  roideur  et  sécheresse  naturelles, 
parcequ  elle  scavoit  que  je  l'aimais;  mais  je  suis  devenu 
dangereux  depuis,  et  les  honnêtes  gens  à  qui  j'ay  eu  affaire, 
ont  bien  débité  dans  Paris  que  vous  vous  étiez  enfuy  de 
chez  moy  parce  que  j'avois  voulu  vous  faire  violence,  et 
comme  j'embellis  et  deviens  violent  touts  les  jours  davan- 
tage, ii  faut  du  moins  que  je  cache  mon  jeu  avec  terreur. 
Quoyqull  en  soit  tout  est  dit  à  ce  sujet  ma  chère  fille  et 
mon  cœur  est  soulagé  de  son  sentiment  et  de  l'acquit  de 
mon  devoir  ;  vous  en  userez  comme  vous  voudrés  et  quand 
vous  voudrés.  J'ay  toujours  pensé  que  puisque  l'on  envoyoit 
touts  les  enfants  de  la  province  élever  à  paris,  M'  votre  père 
pense  roi  t  que  son  enfant  et  le  notre  n'en  doit  pas  être 
excepté,  mais  comme  je  vous  l'ay  dit,  je  m'en  vais  le  plus 
lentement  que  je  peux,  nmis  pourtant  comme  tout  le  monde, 
car  je  serois  fâché  d'être  singulier  à  un  certain  point;  vous 
lui  demeurez;  et  son  principal  intérêt  est  ou  vous  êtes,  et 
par  ma  foy  d'ailleurs  ma  première  couvée  m'a  reussy  de 
manière  à  ne  me  pas  donner  beaucoup  de  confiance  en  mes 
almananaks  de  propagateur.  Je  vous  diray  seulement  ou 
rediray  pour  Tacquit  de  ma  conscience  que  vous  devres  le 
faire  inoculer  dés  que  les  grandes  chaleurs  seront  passées. 


—  227 


A  ce  propos  le  bon  bailly  (1),  sur  la  simple  réponse  que 

je  lui  fie  que  quand  vous  voudriez  venir  chez  moy,  vous  y 

avie^  votre  droit,  m'a  fait  un  plaidoyer  ou  il  met  le  plus  de 

raisons  qu'il  peut  et  il  finit  par  me  dire  que  le  changement 

àfxit  occasionner  la  petite  vérole.  Je  reponds  comme  la  pre- 

^ïiière    fuie.  Au  reste  ma  chère  fille,  j'espère  n'avoir  pas 

Wsoin  de  vous  répéter  ce  que  je  vous  ay  déjà  dit  qu'il  faut 

cecju^  cecy  soit  absolument  entre  nous,  quand  un  tiers  est 

(îan  s  un  pareil  secret  oi\  ne  scait  plus  qui  le  tient,  or  je  serais 

le  plias  ingrat  et  par  conséquent  le  plus  malheureux  des 

bomïXies,  si  je  donnais  jamais  à  mon  digne  frère  occasion 

*le  ponser  que  j'ai  fait  quelque  chose  d'important  pour  la 

famille  en  cachette  de  luy. 

U^ri  article  de  votre  lettre  qui  me  fâche  par  exemple  et 
fceauooup  c'est  celuy  ou  vous  me  dites  que  vous  êtes  incom- 
moda^ ;  je  n'a  vois  ou  y  parler  que  de  votre  belle  santé  et  du 
bien  cjue  vous  avait  fait  l'air  de  provence.  Or  comme  cette 
Corel ^  là  n'est  pas  votre  fort,  je  vous  prie  qu'il  n'y  ait  rien  à 
dire  eii  de  m'en  donner  des  nouvelles  par  quatre  mots,  fina- 
lein^  ra  t  sans  communiquer  à  personne  rien  de  tout  cecy, 
quarni  et  si  vous  jugez  à  propos  de  venir  dans  notre  maison, 
voa^  nae  marquiez  le  temps  et  moy  je  vous  serviray  à  mettre 
lepx-c>pos  en  avant  simplement,  exactement  qu'il  seroit  temps 
^^^  ï~^I> rocher  Victor  de  moyens  d'une  éducation  complète  et 
smvi^  _  ^gig  yQ^g  servira  de  texte  et  j'y  ajouteray  tout  ce 
qus  v^ous  voudrez  ;  alors  vous  prendrez  la  volonté  de  M"  votre 
W^   qui  n'en  a  au  fond  que  de  raisonables. 

*-^^^st  d'après  cette  conviction  là,  ma  chère  fille,  et  de  plus 
fortes  encore  puisqu'elles  portent  sur  son  honnêteté  et  res- 
pect pour  les  volontés  ou  réelles  ou  même  supposées  de  ses 
ascerxtjants,  sentiment  dont  il  a  donné  les  véritables  mar- 
^^^  par  sa  facilité  sur  les  droits  de  M"  ses  sœurs  et  sa 
^^^ï^osité  à  cet  égard,  peut-être  même  poussée  trop  loin, 

*1^^    je  n'ay  pu  croire  et  ne  croiray  point  que  ce  qui  peut 

accuser  leurs  dispositions  luy  paroisse  devoir  le  blesser.  Et 

^  '    Le  frèro  du  marquis  de  Mirabeau  qui  résidait  en  Provence. 


—  228  — 


moy  aussy,  ma  fitle.  je  crois  être  noble  dans  les  affaires  et 
très  noble  ;  j'en  ay  eu  avec  tant  de  gens  que  j'ay  bien  des 
témoins,  et  si  je  Tétois  moins  je  n'aurais  pas  le  bonheur  de 
vous  avoir.  A  cet  égard  comme  il  n'est  pas  réciproque,  ce 
n'est  pas  à  vous  que  je  m'en  vanterois;  mais  M'  votre  père 
doit  connoitre  comme  un  autre  ma  manière  de  traiter  pour 
peu  donc  qu'il  m'eut  lémoigné  le  moindre  mécontentement 
ou  soupçon  sur  ce  que  je  fais,  aujourd'huy,  je  l'en  aurois 
fait  juge  luy-m^me  ;  si  le  respectant, comme  je  me  suis  res- 
pecté, si  le  traitant  comme  je  me  suis  traité,  assurant  les 
volontés  de  nos  pères  et  les  apuyant  de  la  sanction  de  la  loy 
contre  la  fougue  et  les  emportements  dont  nous  avons  eu 
que  trop  d'exemples  présents;  contre  Tincurie  seule  de 
pupilles  la  tare,  ou  m^me  contre  leur  délicatesse  mal  en- 
tendue qui  pourroit  vouloir  le  faire  et  embrasser  plus  de 
devoir  que  leur  fortune  et  ses  accidents  n'en  pouvoient  por- 
ter, si  accomplissant  enfin  des  volontés  respectables  je  puis 
être  soupçonné  de  vouloir  gêner  leur  héritier  naturel  et 
privilégié  dont  une  réputation  générale  atteste  les  mœurs 
les  sentiments  et  la  probité.  Et  si  M'  votre  père  avoit  voulu 
manger  son  bien  auroit-il  attendu  d'avoir  eu  d'autres  droits 
sur  les  siens  poui'  en  faire  cet  abusif  usage.  Quand  il  ne 
seroit  pas  hors  de  tout  soupçon  à  cet  égard  seroit  ce  moy  qui 
arriverois  dans  la  maison  d'autruy  pour  en  troubler  le  pro- 
pri*^taire?  est-ce  à  mon  âge  qu'on  commence  de  telles  ma- 
nœuvres quand  a  vint  ans  on  fut  le  maitre  de  ses  droicts  et 
actions.  M'  votre  père  ne  niera  point  qu'il  m'a  trouvé  facile 
a  tout;  comme  assurément  je  luy  rends  bien  la  même  jus- 
tice et  je  l'ay  imprimé  lians  mon  mémoire;  il  ne  discon- 
viendra pas  non  plus  que  souvent  il  ne  fut  fort  aise  d'avoir 
un  honnête  homme  pour  consort  dans  les  soins  qu'exigent 
de  propres  affaires.  Il  pourroit  dire  qu'il  ne  veut  pas  que  ce 
soit  dofïice  qu'on  voudroit  le  servir,  a  quoy  je  reponds 
qulcy  j'ay  mon  droit  et  mon  devoir  attendu  que  j'ay  fourny 
et  l'exemple  et  les  fonds. 

Au  reste  ma  chère  fille,  M'  Quinier  m'écrit  et  je  lui  ré- 
ponde et  vous  serez  contente  si  vous  l'êtes  de  la  raison! 


—  229  — 

mais  je  persiste  à  vous  dire  que  vous  ne  devez  point  vous 
mêler  de  cette  affaire  :  vous  devez  laisser  vos  deux  pères  se 
démêler  et  soyez  sûre  que  quelques  malentandus  de  détail 
qui  puissent  se  rencontrer,  ils  finniront  par  s'entendre  parce 
qu'ils  sont  gens  de  bien  l'un  et  l'autre  et  pas  plus  querel- 
leurs l'un  que  l'autre  et  également  incapables  de  mauvais 
procédés. 

Adieu  ma  chère  fille.  Votre  sœur  du  Saillant  (1)  vous  re- 
mercie et  vous  embrasse  et  son  mari  vous  baise  la  main 
avec  les  grâces  que  vous  lui  connaissez.  Si  le  mémoire  de 
Beaumarchais  est  gaillard  nous  vous  en  serons  bien  obligés, 
mais  adressez  la  pour  la  2*  envelope  en  cachant  bien  la  pre- 
mière à  mon  adresse,  à  M'  de  S'  Pau/,  premier  commis  de 
la  guerre;  s'il  n'est  que  méchant;  bon  pour  Aixe.  Adieu  je 
vous  embrasse  tendrement. 

Mirabeau. 


Du  Bignoriy  le  5  août  1118. 

Il  y  a  longtemps  ma  chère  fille  que  vous  scavez  a  quoi 
vous  en  tenir  sur  mon  exactitude  a  vous  repondre.  Elle  est 
générale  dailleurs  pour  tous  et  j'ai  toujours  regardé  cela 
comme  un  devoir  ;  ce  n'est  pas  que  les  lettres  ne  commen- 
cent a  me  peser  parce  qu'a  la  fin  tout  s'use  et  que  d'ailleurs 
les  affaires  redoublent  et  se  multiplient  avec  l'âge  quand  on 
est  comme  moi  sans  secour,  et  ces  dernières  années  m'ont 
obligé  à  tant  de  prévoyance  de  raports  et  a  parer  de  tant  de 
cotés  qu'on  seroit  lassé  à  moins  ;  mais  ce  ne  sera  jamais 
d'un  coté  si  cher  que  portera  ma  fatigue  en  ce  genre. 

Je  vous  remercie  de  m'avoir  donné  de  meilleures  nou- 
velles de  votre  santé.  Je  scay  combien  vous  revenez  vite; 
mais  aussy  combien  vous  soufrez  longtemps  sans  en  avertir 
de  manière  qu'on  vous  trouve  tout  a  coup  morte  et  c'est 
grand  domage.  On  dit  qu'il  meurt  beaucoup  de  gens  de 
bêtise  et  cela  est  vray  ;  il  n'y  a  pas  d'aparence  que  vous 

(1)  M"*  de  Lasteyrie,  sœur  du  comte  de  Mirabeau. 


—  230  — 


soyiez  de  si  tôt  attaquée  de  cette  maladie  là  :  mais  je  ne 
scay  combien  de  jeunes  femmes  qui  ont  bien  de  Tesprit  se 
tuent  néanmoins  parce  qu'elles  ne  mettent  pas  leur  esprit 
a  vaquer  à  cette  misère  qu'on  apele  santé,  et  quelles  y 
mettent  autre  chose  qu'on  apele  fantaisie,  opinion,  dédain 
de  cette  gaucherie  qu'on  apele  prévoyance  et  préoccupation 
du  moment  joint  à  la  conflance  naturelle  de  la  jeunesse.  Si 
jamais  ma  chère  fille  vous  connoissez  quelqu'une  de  ces 
dames  là  qui  soit  très  intéressante  d'elle-même,  dites  lui  de 
ma  part  qu'il  ne  faut  mourir  que  quand  on  est  désabusé  de 
toutes  les  illusions  de  la  vie,  chose  qui  ne  vient  a  notre 
secours  que  tard  et  qu'il  ne  faut  point  prématurer;  2®  qu'en 
ceci  faut-il  pour  cela  n'aimer  rien  ce  qui  équivaut  a  dire 
n'être  aimé  de  personne,  n'avoir  plus  de  devoir  et  n'être  plus 
le  devoir  de  personne  ;  3**  que  mourir  n'est  rien  comme  dit 
le  déserteur  mais  qu'avoir  une  santé  délabrée  est  une  chose 
contre  nature  et  que  quoy  qu'en  disent  les  médecins  et  les 
malades,  on  ne  l'a  point  quand  résolument  on  ne  veut  pas 
l'avoir;  j'ay  beaucoup  vécu  et  je  scais  cela;  4°  que  qui  ne 
parvient  pas  a  mener  sa  personne  ne  mène  pas  mieux  tout 
le  reste  car  comme  bonne  ou  mauvaise  santé  fait  notre  phi- 
losophie elle  fait  aussy  notre  capacité.  Je  vous  dirois  bien 
d'autres  raisons  si  je  ne  croignois  de  les  ennuyer  car  je  suis 
plus  habile  encor  a  en  cathégoriser  que  ne  l'est  M""  Pined  ; 
quand  a  moy  un  des  plus  grands  mérites  que  je  connoisse 
c'est  d'avoir  une  bonne  santé. 

J'aime  bien  aussy  un  bon  cœur  et  il  me  paroit  que 
M*  Victor  emanuel  aura  celui  de  ses  grands  pères.  Il  en 
souffrira  beaucoup,  mais  beaucoup,  je  scais  ce  que  c'est, 
je  le  scais  toute  ma  vie,  mais  ce  soufrir  là  est  le  courage 
non  nécessaire  d'espérer  et  espérer  c'est  vivre^  c'est  être 
heureux  auprès  du  total  des  indifférents.  On  n'est  jamais 
sage  je  scais  au  dire  de  notre  prudence,  mais  on  est  bon  et 
je  crois  que  cela  dit  mieux,  du  moins  on  dit  toujours  que 
Dieu  est  bon  et  l'on  ne  s'avisera  jamais  de  dire  qu'il  est 
sage.  Point  de  génie,  point  de  grand  homme  même  qui  n'ait 
le  cœur  tendre  et  chaud.  L'éloge  de  Catinat  tout  sage  mais 


—  231  — 

tout  froid  nous  en  impose,  mais  nous  sèche,  il  meurt  seul 
comme  il  s'était  promené  toute  sa  vie.  On  fait  une  perte, 
mais  on  n'est  point  troublé,  tandis  que  Henry  4  si  foible, 
que  Turenne  toujours  si  susceptible  d'attachement  nous 
arrachent  des  larmes  encore.  Mais  voilà  un  drôle  de  cha- 
pitre à  traiter  de  la  part  d'un  vieillard  parlant  à  une  jolie 
femme.  Quoy  qu'il  en  soit  je  ne  diray  pas  cela  a  Victor, 
quoique  je  ne  le  luy  nieray  pas  non  plus,  mais  je  suis 
charmé  de  luy  voir  un  bon  cœur  parce  que  c'est  la  racine 
de  tout  bien.  Il  s'agira  de  l'élever  ce  cœur,  de  luy  dire  que 
je  luy  laisseray  une  tâche  à  remplir  pour  ne  pas  déchoir, 
qu'il  faut  qu'il  mérite  ma  grand  croix  qui  est  peut-être  le 
plus  beau  titre  qu'il  puisse  perpétuer  dans  maison,  attendu 
l'objet  de  l'ordre  en  soy  et  de  l'exception  qui  me  l'a  donnée  : 
il  faut  enfin  l'occuper  de  bonne  heure  d'objets  qui  élèvent 
l'âme  et  abaissent  l'orgueil  qui  n'est  lui-même  qu'une  eva- 
poration  d'un  esprit  vuide  et  vague  qui  exigeroit  tout  préci- 
sément parce  qu'il  n'ambitionne  rien,  le  travail  au  contraire 
est  une  excellente  sauvegarde  pour  la  vertu,  un  préservatif 
journalier  contre  les  fumées  de  l'amour  propre  débile  ;  mais 
il  faut  qu'il  ait  un  objet.  On  ne  scauroit  croire  où  peut  aller 
l'homme  à  qui  l'on  donne  de  bonne  heure  un  objet  un  point 
de  vue  solide  et  qui  lui  plait  ;  et  qui  s'y  tient  constamment. 
Quand  k,  moy  je  me  défends  de  l'idée  de  cet  enfant  comme 
je  me  defifendrois  de  devenir  amoureux  à  mon  âge  ;  et  avec 
cela  je  suis  tout  rajeuny  quand  on  m'en  parle,  et  je  me 
surprends  souvent  prêt  à  voir  couler  une  larme  chaude  en 
pensant  à  lui. 

Adieu  ma  chère  fille  votre  sœur  du  Saillant  m'a  parlé  de 
votre  lettre  et  de  son  objet;  je  luy  ay  dit  que  j'avois  répondu. 
Adieu  ma  chère  fille,  conservés  votre  santé,  votre  enfant  et 
tout  est  cher  et  souvenir  de  moy  qui  vous  aime  et  honore 

tendrement. 

Mirabeau. 

Nous  avons  jugé  à  propos  de  publier  ces  premiers 
autographes  qui  serviront  en  quelque  sorte  de  préam- 


—  232  — 

bule  au  dossier  du  procès  en  séparation  du  comte  de 
Mirabeau  avec  M"*'  de  Marignane. 

Mirabeau  se  rattache  à  notre  Limousin  par  sa  sœur 
qui  avait  épousé  M.  de  Lasteyrie  du  Saillant  de  Com- 
born.  Elle  était  la  grand'mère  de  notre  compatriote 
M.  Robert  de  Lasteyrie,  professeur  à  l'Ecole  des 
Chartes^  membre  de  l'Institut. 

J.    ESPÉRET, 

Docteur  en  Droit. 


TITRES  &  DOCUMENTS 


Abbaye  d'Uzepche 


Nous  avons  pensé  qu'il  serait  intéressant  de  pu- 
blier un  docnmeat  faisant  connaître  les  revenus  de 
labbaye  d^Uzerche  de  1737  à  1745, 

LIEVE  DES  REVENUS  DE  l'aBBAYE  D'USERCHE  DEPUIS  1737 
JUSQUES  ET  COMPRIS  1745 

C'eêt  la  liève  des  Rentes  et  autre»  revenus  Dûs 
au  menbre  appelle  le  menbre  de  l'abbatiale,  dé^ 
pendant  et  faisant  partie  de  V abbaye  d'Userchet 
non  compris  les  tenements  de  rentes  unis  à  la 
prévôté  de  Vitract  et  qui  dêpendoient  cy  devant 
dud.  menbre  de  labbatialy 

Sç avoir  en  rentes  : 

Seigle  sept  cent  soixante  quatorze  sestiers. 
Froment  deux  cent  trente  neuf  setiers. 
Avoine  quatre  cent  soixante  deux  setiers. 
Argent  cent  cinq  livres  quatre  sols. 
Journaux  quatre  vingt  cinq. 
Gèlines  cent  trente. 
Taille  vicomtalle. 
Anguilles  vingt. 
Cire  trois  livres. 

Les  dîmes  en  grains  par  communes  années  affermées  de 
liuit  cent  à  huit  cent  cinquante  setiers  de  seigle. 


—  234  — 

Les  Petites  Dimes  ou  amassures  affermées  par  communes 
années  deux  cent  cinquante  livres. 

Les  Prés  affermés  par  communes  années  de  cent  trente  à 
cent  quarante  livres. 

Le  four  de  pied  Chammars  payé  annuellement  cent  sols 
et  deux  chapons. 

Le  four  du  pont  payé  annuellement  trois  livres. 

Plus  est  dû  et  ce  paye  annuellement  aud.  menbre  de 
labbatiale  le  droit  de  chasse  qui  est  d'une  charge  de  vin 
par  chaque  hobergiste,  cabaretier  ou  tavernier  et  qui  est 
pour  chacun  deux  une  charge  de  vin  à  chaque  jour  de 
dimanche  de  quasimodo. 

Plus  est  dû  et  se  paye  annuellement  aud.  membre  de 
Tabbatiale  vingt  deux  charges  de  vin  par  plusieurs  prévôts 
et  prieurs  commendataires. 

Sçavoir  : 
Par  M.  le  prévôt  De  S*  Salvadour  quatre  charges. 
M.  le  prévôt  de  S'  Ybars  quatre  charges. 
M.  le  prévôt  de  Champsat  quatre  charges. 
M.  le  prieur  de  S'  Angel  quatre  charges. 
M.  le  prieur  de  Margoutière  trois  charges. 
M.  le  prieur  de  S'  Viance  trois  charges. 
M.  le  prieur  de  Condat  trente  deux  setiers  de  vin. 

C'est  la  Liève  détaillée  des  rentes  dues  au  menbre  de 
l'abbatial  d'Userche  sans  y  comprendre  les  tenements  de 
ce  même  menbre  qui  sont  unis  au  menbre  de  Vitract. 

Sçavoir  : 
Chammards  par"  de  notre  dame  d'Userche. 
Froment  quatre  setiers. 
Seigle  vingt  quatre  sestiers. 
Avoine  douze  setiers. 
Argent  deux  livres. 
Gélines  trois. 
Journaux  trois. 
Laquelle  rente  a  été  payée  par  M*  Gabriel  Clédat,  le 


—  235  — 

s'  Bleynie,  le  s'  Samuel  Grivel,  la  veuve  du  s'  Clédat,  An- 
toine Bos,  Léonard  Batier,  les  héritiers  du  feu  s'  Jean 
Parrical  des  Ghammards,  le  s'  Antoine  Touzat,  les  héritiers 
de  Léonard  Monds,  Jean  ReyroUe  dit  Boulot,  le  nommé 
Pierre  Durant  dit  Quercy;  le  total  de  lad.  rente  due  soli- 
dairement par  tous  les  tenantiers. 

Las  Bordas,  paroisse  Notre-Dame  d'Userche,  rente 
solidaire. 

Froment  cinq  sestîers. 
Seigle  quinze  sestiers. 
Avoine  quatre  sestiers. 
Argent  quarante  sols. 
Gèlines  deux. 
Journaux  deux. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  M.  Guyon  Des  bordes, 
lequel  doit  l'entière  rente. 

La  Belletts  Lavai  et  Puychouries,  rente  solidaire. 

Froment  un  sestier. 

Seigle  trente  six  setiers. 

Avoine  quinze  sestiers. 

Argent  deux  livres. 

Gélines  deux. 

Journaux  deux. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  le  s'  Jean  Nebout  arpen- 
teur, les  héritiers  du  feu  s'  Léonard  Peyroudie,  Estienne 
Benoist,  le  nommé  Boueyssinet,  M«  Gabriel  Clédat  proC  du 
roy,  dem^"*  Antoinette  de  Personne  veuve,  le  s*  Héhe  Delort, 
le  9'  Guilhen  de  Confolent,  les  héritiers  du  feu. s'  Pierre 
Goudrias  médecin,  M.  François  Laforge  de  Fargeas,  le  s' An- 
toine Combet  de  las  Bordas,  les  héritiers  du  feu  s'  Henry 
Victor  de  Cha vaille. 

Bourzaguety  paroisse  de  Saint-Nicolas  d'Userche, 
rente  solidaire. 

Froment  cinq  sesliers. 


—  ne  — 

Seigle  quinze  seliers. 

Avoine  cinq  setiers. 

Argent  deux  livres. 

Gélines  deux. 

Journaux  deux. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  (ïem"«  Antoinette  de  Per- 
sonne veuve  du  s^  Nayne,  M.  François  Laforge  de  Fargeas, 
lieulenant  général  de  police, 

Bourjraf,  paroisse  Saint-NicoUn  d'Userche,  rente  solidaire. 

Froment  onze  setiers. 

Seigle  quatorze  setiers. 

Avoine  seize  setiers. 

Argent  sii  livres* 

Gélines  six. 

Journaux  trois. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  M.  François  Laforge  de 
Fargeas,  M,  Charles  Pradel  de  Lamaze  lieutenant  général, 
les  héritiers  du  s^  Couchengeas  chirurgien,  les  héritiers  du 
s^  Léonard  Peyroudie,  les  héritiers  du  s'  Gabriel  Clédat  de 
Charliaguetj  Pierre  Boonel,  Pierre  Macary,  Gabriel  Champ- 
siaux,  te  nommé  Bourzacar,  le  meunier  d*Anglards,  dem"*  An- 
toinette de  Personne  veuve. 

Las  Bordas  Cangouillê,  paraisse  Notre-Dame  d'Userche, 
rente  solidaire. 

Seigle  dix  neuf  sestierSi 

Argent  dix  sols. 

Laquelle  a  été  payée  par  le  s'  Jean  Nebout,  les  héritiers 
du  s'  Léonard  Peyroudie»  le  s'  Gabriel  Clédat  procureur 
du  roy,  le  s^  François  Laforge  de  Fargeas,  le  s'  Antoine 
Combet  de  Lasbordas»  Léonard  Boussal,  les  héritiers  de 
M,  Victor  de  Chavaille, 

Rûupeyroux,  paroisse  de  Saint-Nicolas  d'Userche, 

rente  sofidaire. 

Seigle  un  setier. 


-  m  — 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  le  3^  Gabriel  Glédat,  pro- 
cureur du  roy,  lequel  doit  toute  lad.  rente. 

La  Borie'BUnche,  paroisse  de  Noire-Dame  d'Uzerche, 

renie  solidaire. 

Seigle  sept  se  tiers. 
Avoine  sept  setiers. 
Argent  une  livre. 
Gélines  deux. 
Journaux  un- 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  le  s'  Gabriel  Glédat»  procu- 
reur du  roy,  le  s'  Jean  Nebout  arpenteur. 

Puygrolier^  paroisse  de  Savit-Nieola$  d*Userche, 
renie  solidaire. 

Froment  trois  éniines. 
Seigle  trois  émines. 
Avoine  six  ras. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  le  s""  Estienne  Reyx,  lequel 
doit  toute  lad.  rente. 

Le  Masgoutier^  paroisse  de  Saint-Yb&rs,  rente  solidaire. 

Froment  trois  setiers. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  le  s^  Besse^  conseiller, 
lequel  doit  toute  lad.  rente* 

Le  Moulin  de  Sauvageat,  paroisse  de  Saint^Nicolas 
d'Vserche. 

Froment  douze  ses  tiers  six  coupes. 
Seigle  vingt  sesliers. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  les  sindics  de  rhôpilal 
d'Uierche. 

Le  Moulin  Rogier,  paroisse  de  Noire-Dame  d'Userche. 

Seigle  douze  seliers. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  M.  Gabriel  Glédat,  procu- 
reur du  rov. 


—  238  — 

Fuï/boucou,  paroisse  de  Suinte-Eulàlie  d'Userche, 
renie  solidaire. 

Seigle  quatre  seliers. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  les  héritiers  de  feu  s'  Pon- 
tieTi  avocaL 

Choulengeas,  paroisse  de  Notre-Dame  d'Userche, 

rente  solidaire. 

Froment  huit  setiers* 

Seigle  vingt  sept  se  tiers. 

Avoine  quinze  setiers. 

Argent  quatre  livres* 

Gélines  douze. 

Journaux  six. 

Laquelle  reute  a  été  payée  par  Pierre  Saignes,  Mad"*  de 
Vayne,  le  s^  Delort  bourgeoix,  Jean  Choulengeas,  le  s'  Com- 
bet  las  Bordas,  Pierre  Choulengeas,  le  nommé  Guynouty, 
le  s'  Pierre  Pontier,  bourgeoix,  et  M.  de  la  Mothe. 

Pieux,  paroisse  de  Sainte-Eulalie,  et  la  Renoufie,  paroisse 
de  Ssiint-Nicolas  d'Usûrche,  rente  solidaire. 

Froment  quatre  setiers. 

Seigle  dix  neulsetiers. 

Avoine  hait  setierë. 

Argent  une  livre. 

Gélines  deux. 

Journaux  deux. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  Jean  Goudrias,  mazelier, 
Pierre  Cbastanet»  s^  Hélie  Delort,  le  s'  Gautier  médecin, 
Pierre  Rogier,  Jean  Juge  marchand,  Mathieu  Bonhillion, 
Pierre  Belot  sergent. 

La  Rue  C/iassami,  paroisse  de  Sainte-Eulalie  d'Userche, 

renie  solidaire. 

Froment  deux  sestiers. 
Seigle  deui  sestiers. 
Avoine  dix  émiaaux. 


^  239  — 


Argent  dix  sols. 
Gèlines  deujc, 
JourDaux  deux. 

Laquelle  renie  a  été  payée  par  le  s^  Pierre  Besse»  de 
Lubersat. 

La  Chapelotte,  paroisse  de  Sainte-Eulaiit  d'Userche^ 
renie  solidaire. 

Froment  six  coupes. 
Seigle  trois  seliers  six  coupes. 
Avoine  cinq  ëminaux. 
Argent  quatorze  sols. 
Anguilles  six, 

I^aquelle  renie  a  été  payée   par  le  s'  Pierre  Besse,  de 
^diiet-sat. 


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''Va 


'£  et  Jacouiet,  paroisse  de  S^inie-Eulalie  d'UsercliBi 
rente  solidaire. 

^  ïnent  deux  setiers. 

ï  uelle  rente  a  été  payée  par  par  le  s^  Teyxier,   des 


•     Vergnias  de  Fargeas,  paroisse  de  Sainia-Eulalie 
d't/serche,  rente  s&olidaire, 

^KTient  deux  sestiers. 
t  ^elle  renie  a  Hé  payée  par  led.  s'  Teyxier  des  Farges, 


^^— ûjnbe  Rose^  paroisse  de  Sainte -Eulalie  d^Userche, 
renie  solidaire. 
&^i  ^le  une  èmine* 
^^*5  uelle  rente  a  été  payée  par  led,  s^  Teyxier,  des  Farges. 

I.^  Clia^ip  /^a  Roche,  paroisse  de  Sainte- Eulalie  d'Userche, 

rente  solidaire. 

froment  quatre  setiers. 
Seigle  dix  huit  se  tiers. 

Avoine  sept  betiers, 

T  XXX.  S  -  S 


-  240  — 

Argent  vingt  sois. 

GéUnes  quatre. 

Journaux  trois. 

Taille  vicomtalle  six  sols. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  le  s'  Estienne  Rey,  M.  le 
vicaire  de  Vitract,  les  héritiers  du  s'  Chouchengeas  chirur- 
gien, les  héritiers  du  s'  Derse,  le  s'  Antoine  Lagrave,  Pey- 
rounevilîe,  Léonard  Boussac,  Jean  Chapot,  le  nommé  Lam- 
birèSp  le  s'  Pierre  Gautier  médecin. 

Sadarna^  pa^roisse  de  Saint- Y6ars,  rente  solidaire. 

Froment  douze  setiers. 

Seigle  quarante  trois  setiers. 

Avoine  vingt  cinq  setiers. 

Argent  cinq  livres  dix  sols. 

Gëlines  huit. 

Journaux  quatre. 

Cire  une  livre. 

Laquelle  reJiie  a  été  payée  par  M"  Jean  Dalesme  de  Ri- 
goulesne,  le  seigneur  Descars,  M*  Pierre  Maret  avocat, 
M*  Pierre  Besse  conseiller,  Marie  Baleix,  François  Juge, 
Pierre  Bouchiat,  Léonard  Bourdarias,  le  s'  Pierre  Parrical, 
Jean  Lafon  dit  Taîou,  Annet  Borde,  Jean  Babinodie,  Char- 
les LaleUj  Grepin  Malevialle,  Martial  Bouchiat,  Pierre  Pru- 
neau, Estienne  Lacroix,  Peyvalette,  Guilhen  Chabel,  Guil- 
haume  Chassaini,  Pierre  Baleix,  la  nommée  Peterassonne, 
le  s'  Lagrave  Laisné,  Le  Saligner. 

Za  Borde  ru  rey  et  Neuvialle,  paroisse  de  Sainte-Eulalie 
tVUserche^  rente  solidaire.  Mesure  de  Masseret. 

Froment  trois  setiers. 

8eigle  vingt  un  setiers. 

Avoine  vingt  setiers. 

Argent  ou  taille  vicomtalle  quarante-deux  sols. 

Gélines  quatre. 

Journaux  trois. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  Pierre  Borde  dit  Chou- 


-  241  - 

massou,  le  s'  Pierre  Besse  de  la  Borde,  Pierre  Borde,  Jean 

Bellette,  Jean  Soulet  dit  le  Minou,  le  s'  Pierre  Besse  de 
Lubersat,  Bernard  Borfle  aveugle,  François  Juge  cordon- 
nier, Jean  Bellette,  Antoine  Dûment. 

La  BessB  Peyrat,  paroisse  de  Sainte-Eulalie  d'Userche^ 
rente  solidaire, 

Froment  huit  setters. 

Seigle  quarante  un  setiers» 

Avoine  vingt  un  se  tiers* 

Argent  quatre  livres  six  sols. 

Taille  vicomtalle  treiz^e  sols. 

Gélines  six. 

Journaux  cinq. 

Laquelle  rente  a  Ht  payée  par  Halem  Besse  dit  le  Galant, 
le  s^  Jean  Gautier,  le  s'' Martial  Besse  du  Peyrat,  le  s"^  Joseph 
Besse  procureur ^  Antoine  Coulombet,  Catherine  Dersse,  le 
nommé  Jantillioux, 

Ch&mbouXf  paroisse  de  Sainte*Eulâlie  d'Userche^ 
rente  solidaire. 

Froment  huit  seliers. 

Seigle  quarante  setiers. 

Avoine  douze  se  tiers. 

Argent  cinquante-six  sols. 

Géliaes  quatre. 

Journaux  quatre» 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  le  s'  Teyxier  des  Farges,  le 
s'  Bleynie,  Etienne  Monteil,  le  s"^  Lagrave,  Antoine  Cou- 
lombetf  Pierre  Fourie,  Léonard  Crouchet,  Clément  Chas- 
lanet,  Pierre  Chaslanet,  Jean  Charbonnel  dit  Lorange , 
François  Veillaud,  le  s'  Richard  Delort,  Pierre  Charliat, 
Pierre  Nontron,  Jeanne  Leignat,  Guiîhen  Veysscix,  M.  le 
marquis  du  Verdier,  François  Bonnel,  M.  Bru  net,  Robert 
Fayolle- 

L&vâlladet  paroisse  de  Saint  Ybars,  rente  solidaire. 
Fromentj  un  selier  six  coupes. 


L 


—  «42  — 


i 

i 

I 


Seigle  huit  setîers. 

Avoine  deux  setiers. 

Argent  vingl*qualre  sols. 

Gélînês  deux. 

Jouroauî  deux. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  Pierre  Terasse,  Martial 
Oaude,  Jean  Bouchiat,  M.  Lavai,  Pey  Borde,  Martial  La- 
TTiarche,  le  s'  Cbameyrat,  Estîenae  Ducay,  Pierre  Surget, 
Mariotte  Vallade,  Estienne  Borde,  Martial  Brachet,  Léonard 
Marrigne. 

MoussouXt  paroisse  de  Sainie-Eutatie  d'Userche, 
rente  solidaire. 

Froment  vingt  seiiers. 

Seigle  vingt-deux  setiers. 

Avoine  vingt  selîers. 

Argent  quatre  livres. 

Oeline  six. 

Journaux  deux. 

Cire  une  livre. 

Taille  vicomplalle  treize  sois* 

Laquelle  rente  a  élé  payée  par  le  s'  Pierre  Chaput,  Pierre 
Ghastanet,  Jean  Cronchet,  le  s'  Bleynie,  Debonchat,  Jean 
Juste,  Jean  Guindre,  Pierre  Lagrave,  le  s'  Dersse,  le  s'  An- 
toine Lagrave,  m*  Pierre  Besse  conseiller,  le  s'  Lagrave 
laine,  les  héritiers  de  la  Tronche t,  Robert  FayoUe. 

La  Goumendie,  paroisse  de  Sàinte^Eulalie  d'UJierche, 
rente  solidaire. 

Froment  cinq  setiers. 
Seigle  vingt-sept  seiiers* 
Avoine  dix  setiers. 
Argent  cinquante  sola. 
Geiines  quatre. 
Journaux  deux. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  le  s'Teyxier  des  Farges, 
Antoine  Coulombet,  les  héritiers  du  s'  Pontier  avocat,  les 


—  243  — 

héritiers  de  Fougcrias,  Jean  Pieytille  barîcoutier,  le  s"^  An* 
toine  Bleynie  bote,  le  s"^  Bleynie  de  Bouchât,  le  s^  Lagrave, 
Jean  Chassai ng  dit  Léger,  les  héritiers  du  s'  Bordes,  Léonard 
Bourzat.  Catherine  Dersse,  M.  le  curé  de  S*»  Eulalîe,  le  s' 
Delort. 

*  Faucon,  psiroisse  de  Notre-Dame  d'Uzerchê^ 

rente  solida^ire. 

Seigle  dii  setiers. 

Argent  dix  sols. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  le  s"  Bru  ne  t. 

Le  Moulin  et  Coniour  d'Espartignac^  rente  solidaire. 

Froment  deux  setiers. 
Seigle  dix  setiers. 
Argent  dix  sols. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  les  héritiers  du  s'  Che- 
naîlle  d'Uzerche. 

La  TeT^asse,  paroi&se  de  S^loUt  rente  solidaire. 
Froment  deux  setiers. 
Seigle  cinq  setiers. 
Avoine  sept  setiers. 
Argent  trente  un  sols  un  denier. 
Geliues  deux. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  Antoine  Arnaud^  George 
Bayard^  Léonard  Mouri,  et  Jean  Bourdet. 

Chameyratj  paroisse  de  Salon ,  rente  solidaire. 
Mesure  de  Masseret. 

Froment  trois  setiers. 

Seigle  treize  setiers. 

Avoine  sept  setiers. 

Argent  deux  livres. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  Jean  Batizou,  Biaise 
Moury,  Gabriel  Coste,  Martial  Daude,  JeanChoussade,  Léo- 
nard Sadarnat,  Neymard  Bertrand,  le  s'  Laval,  Pey  Borde , 


-  244  - 

Jean  Renaudie,  Léonard  Fayolle,  Pierre  Brachet,  le  s'  Vi- 
cière,  Thony  Jalibon.  Antoine  Gorsse. 

Le  Mas  su  Peuah,  paroisse  de  Sa/on,  rente  solidaire. 

Froment  deux  setiers. 

Seigle  deux  setiers. 

Avoine  deux  seliers. 

Argent  quatorze  sois. 

Gélîne  une. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  Estienne  Gorsse,  François 
Besse,  Léonard  Sirieyi,  Estienne  ,  Léonard  Beys- 

sac,  Ânnet  Manlegoux,  Jacques  Pignolet,  Pierre  Bachelerie, 
Thony  PignoIeL,  Madem"*  Fougieras,  M.  le  marquis  de  la 
Capelle. 

Senriâdiras^  paroisse  de  Saint-Ybars,  rente  solidaire. 

Seigle  six  se  tiers. 
Avoine  trois  setîers. 
Argent  quatre  sols. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  le  s'  Gabriel  Besse  du 
Pouget, 

Le  Pouget,  paroisse  de  Condatt  rente  solidaire. 

Froment  quatre  setiers. 

Seigle  quarante  six  setiers. 

Avoine  cinquante  setiers. 

Argent  quatre  livres  dix  sols. 

Taille  vicomptalle  huit  sols. 

Gelines  six. 

Journaux  trois» 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  le  s'  Gabriel  Besse  du  Pou- 
get,  Léonard  Farge.  Antoine  Langelie,  Jean  Goudrias,  Jean 
FayoUe,  le  s^  Dersse,  M.  le  marquis  du  Verdier,  Antoine 
Juge,  le  s'^  Jean  Gautier,  Antoinette  Ferrier,  le  s'  Martial 
Besse  du  Peyrat,  Majie  Bourzat,  Jeanne  Dumond,  Annet 
Mantigoux,  le  nommé  Matane,  le  nommé  Jeantillou,  le  s*" 
Combet,  Pierre  Besse  dit  le  Galant,  la  veuve  de  Cranqualiou, 
Jean  Gondrias  fîb,  et  le  s'  Besse  procureur  d'offices. 


—  245  — 

Le  Chadail,  paroisse  de  Conda,t,  rente  solidRire. 

Froment  vingt  trois  seliers. 

Seigle  vingt  cinq  seliers. 

Avoine  quarante  sept  setiers. 

Argent  dou7,e  livres  neuf  sols* 

Gelioes  neuf. 

Journaux  trois. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  s^  Gabriel  Charpenet,  Ber- 
nard Valleton,  François  Renard^  Jean  Nonlron.  Bernard 
Renard,  Pierre  Jouchère,  Pierre  Baudinet,  Gabriel  Bourzat, 
Jean  Merigot,  Jeanne  BoSt  Jean  de  Veuyx,  Pierre  Bachele- 
rie,  Jean  Goudrias  dit  Joannès,  Sébastien  Pignolet,  le  s' 
Gabriel  Besse  du  Pouget ,  Bernard  Vallelon,  Sebastien 
Brousse,  Jean  Renard,  Etienne  Borde. 

Vernéjoiix  et  la  Rue,  paroisse  de  Condat,  renie  solidaire- 

Froment  deux  setiers. 

Seigle  quatre  setiers. 

Avoine  dix  setiers. 

Argent  dix  sols* 

Gelines  oincj. 

Journaux  quatre. 

Laquelle  rente  a  été  payée  parles  Lascauxet  ses  métayers. 

La  Peytourie,  paroisse  de  Condat,  rente  solidaire. 

Froment  huit  setiers. 

Seigle  dix  setiers. 

Avoine  douie  setiers. 

Argent  deux  livres. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  le  s'  Richard  Delort,  le  s' 
Martial  Besse  du  Peyrat,  Antoine  Coulombel,  M.  le  marquis 
du  Verdier,  les  héritiers  de  M,  Che vaille* 

Miel,  paroisse  de  Condat ^  renie  solidaire. 

Froment  cinq  setiers. 
Seigle  dix  setiers. 
Avoine  cinq  setiers. 


246 


Argent  cinq  livres  dix  sols. 

Gelines  trois. 

Journaux  deux. 

Laquelle  renie  a  éit  payée  par  le  s'  Pradel  de  La  vaux, 
Gabriel  Buge,  Joseph  Coudert,  Antoine  Gorsse,  Thomas 
Hilaire,  Estienne  Borie,  Gabriel  Marguinal,  Léonard  Mage, 
Martial  Guyot,  Gabriel  Lavaud,  Pierre  Mazalaigue. 

Philix^  pitroisse  d'Eyburie,  rente  solidaire. 

Fromenl  cinq  setiers. 

Seigle  vingt  cinq  setiers. 

Avoine  cent  ras. 

Argent  quatre  livres, 

Gelines  quatre. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  le  s*  Teyxier  des  Farges, 
les  héritiers  du  s""  Chousengeas,  les  héritiers  de  Pierre 
Cha&tanet^  la  veuve  de  Gabriel  Dessus,  les  héritiers  de 
Mad*"  Rdfaillat,  Lt^onard  Dumont,  Antoine  Coulombet,  Jean 
Gronchet,  LéonarJ  Monieil,  Léonard  Pradaleix,  Jeanne  Ma- 
dère, M,  Personne  de  la  Farge,  Etienne  Monteil,  Antoine 
Marguinal,  Pierre  Fourie,  M.  Touzat,  M*  Pierre  Besse  con- 
seiller, Jeao  Borde,  Pierre  Charliat,  le  s'  Bleynie,  Léonarde 
Anglard,  M.  Brunetn  François  Veillaud,  Jean  Charbonnel, 
Clément  Chastanel,  Victoire  Soudrie,  François  Bonnel,  Jean 
Nontron, 

Le  Puy  de  Quinquelounye,  paroisse  d'Eyburie, 
rente  solidaire. 
Avoine  vingt  cinq  ras. 
Argent  deux  sols  six  deniers. 
Laquelle  rente  a  été  payée  par  le  s'  Bleynie. 

C/iaîeix,  paroisse  d'Eyburie,  rente  solidaire. 
Froment  deux  setiers. 
Seigle  sei^e  setiers. 
Avoine  trois  setiers. 
Argent  deux  sols  six  deniers. 
Laquelle  rente  a  été  payée  par  Antoine  Pradaux,  Pierre 


—  m  — 

Dumas,  Eslienne  Borie,  Antoine  Marguinal,  Martial  Guyot, 
la  veuve  de  Barthélémy  Dufour,  Jean  Pouget.  Gabriel  Plan- 
UdiSi  le  s'  Estienne  Jarrige,  Jean  Lagrange,  le  &'  Pierre 
Perinne  de  la  Farge,  Pierre  Lornat,  Antoine  Marguinal, 
Jean  Jarrige,  les  héritiers  de  Mad^^*  Raf aillât,  Pierre  Breta- 
gniolle,  le  s'  Antoine  Touiat,  Barthélémy  Jarrige.  M. 
Teyiier  Desfarges,  Jean  Crouchet,  Léonard  Monteih 

Le  Coudert,  paroisse  d'Eijburie,  renie  solida.ire. 

Froment  trois  se  tiers- 

Seigle  siï  setiers. 

Avoine  quarante  ras. 

Argent  ou  taille  quinze  sols. 

Gelines  quatre. 

Journaux  deux. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  Mathieu  Bardi,  Antoine 
Pradaux,  le  nommé  Buge,  Pierre  Dumas,  Antoine  Gorse, 
Estienne  Borie^  le  nommé  Vaysse,  Antoine  Marguinal,  Mar- 
tial Guyot,  Thomas  Doumeyron,  Jean  Condachou,  Mad^^* 
David,  Martial  Guyot,  le  s'  Pierre  Personne  de  la  Farge» 
Gabriel  Condachou,  Joseph  Coudert^  Gabriel  Marguioal, 
Jean  Queyrat, 

Le  CheyrôUy  paroisse  d'EyburiBt  rente  solidaire- 

Froment  quatre  se  tiers. 

Seigle  huit  setiers. 

Avoine  quatre  se  tiers. 

Argent  cinq  sols, 

Gelines  deux. 

Journaux  deux. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  Léonard  Fourie*  Jean  Jar- 
rigei  le  s'  Estienne  Jarrige,  le  s^  Pierre  Personne  de  la 
Farge,  François  Chassaigne,  M.  Régis,  François  Brousse, 
Antoine  Vaysse,  Léonard  Maze,  le  s'  Dupuy,  Jean  Balodie, 

La  Mazière,  paroisse  Deyburie,  rente  solidaire. 
Seigle  trois  sestiers. 


L 


—  248  — 

Argent  une  livre. 

Avoine  trente  ras. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  Léonard  Bureau,  Jean  Jar- 
rige,  Jean  Vernéjoux,  Gabriel  Pradaux,  M.  de  Vernéjoux, 
Joseph  Maziére,  le  s'Dupuy,  Jean  Mazière,  Thomas  Bardi, 
Ghamboux. 

La  Jarrige,  paroisse  d'Eyburie,  rente  solidaire. 

Froment  quatre  setiers. 

Seigle  dix  setiers. 

Avoine  dix  setiers. 

Gelines  deux. 

Journaux  deux. 

Argent  cinquante  sols. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  le  s'  Pierre  Personne  de  la 
Farge,  le  nommé  Veyriras,  Jean  Jarrige,  le  s'  Estienne  Jar- 
rige,  Barthélémy  Jarrige. 

Le  Chamboux,  paroisse  Deyburie,  rente  solidaire. 

Froment  cinq  setiers. 
Seigle  huit  setiers. 
Avoine  vingt  cinq  ras. 
Argent  vingt  sept  sols. 
Gelines  deux. 
Journaux  deux. 
Taille  cinq  sols. 
Anguilles  vingt. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  le  s'  Pierre  Personne  de 
la  Farge. 

Le  Bourgt  d' Espar tignac,  rente  solidaire. 

Froment  treize  setiers  six  coupes. 
Seigle  dix  huit  setiers. 
Avoine  quinze  setiers. 
Argent  sept  livres  quatre  sols. 
Gelines  six. 
Journaux  six. 


-^  ^  :  ^ 


—  249  - 

Laquelle  vente  a  été  payée  par  Jean  Brousse  dit  Bigou, 
Gabriel  David,  le  s'  Chammars,  Antoine  Desaguillier,  Mad"» 
Dersse,  Léonard  Bouchiat,  Jean  Brousse^  Etiene  Brela- 
gnoUe,  M*  Gabriel  Clédat  procur^  du  roy»  les  héritiers  de  M' 
Léonard  Peyroudie,  Gabriel  Courbeix,  Antoine  Lofficial, 
Jean  Fageardie,  le  s'  Chammars  de  Chammards,  Antoine 
Mourie,  le  s'  Lafarge  de  Puyroger,  Guillaume  Venléjoui, 
Jean  Brousse,  le  nommé  Perillou. 

Surget,  paroisse  d'EspartignaCt  rente  solidaire. 

Froment  dix  setiers. 

Seigle  trente  six  setiers. 

Avoine  dix  setiers. 

Argent  quatre  livres  dix  sols. 

Gelines  neuf. 

Journaux  trois. 

Cire  une  livre. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  Jean  Bouillaguet,  M.  La- 
farge médecin,  Laurens  Chouzas,  le  s^  Bleynie,  Pierre  Rey- 
rolle,  dem"«  Anna  Besse,  Jean  Fageardie, 

Vialeneuve  et  Gumonti  paroisse  d'Esparligiiao^ 
rente  solidaire. 

Froment  quatorze  setiers  neuf  coupes. 

Seigle  vingt  sept  setiers. 

Avoine  cent  cinq  ras. 

Argent  quatre  livres  douze  sols. 

Gelines  quatre. 

Journaux  sept. 

Laquelle  rente  a  été  payée  par  M.  Reymond  de  Lagarde, 

les  héritiers  du  s'  Chabessier,  Antoine  Brousse,  le  s'  Gour- 

saud,  Jean  Simond,  Pierre  Fajardie»  Jean  Pajardie,  Jean 

Brousse  dit  Bigou,  Jean  Brousse^  M.  Clédat  procur^  du  roy^ 

Jean  Chapol,  Martial  Boyer  et  Léonard  Besse. 

# 

Puymaret  et  Fage,  paroisses  d'Espartignac^ 

rente  solidaire. 

Froment  quatre  setiers. 


I 

il 


—  250  ^ 

Seigle  six  setiers* 

Argent  vingt  sols. 

Laquelle  renie  a  été  payée  par  Jeanne  Dersse  veuve,  Jean 
Fajardie  dit  le  Grand,  M  ad'"  de  Nayne,  Jean  Fajardie  dit 
Paliou,  le  s'  Chammâr,  le  s'  Reyrolle,  Jean  Mourie,  M. 
Châvaille,  le  s^  Chaput  et  Jeaû  Lafon. 

Le  Ciaux  Fage,  paroisse  de  S^-Yh^rs,  rente  requénble. 

Seigle  dix  huit  seliers. 

Avoine  neuf  setiers. 

Argent  trente  sols, 

Gelioe  une. 

Laquelle  renie  a  été  payée  par  François  Montagnac, 
François  Real,  Estienne  Sardene,  Catherine  Sèrmadiras, 
M.  Combet,  Jean  Malevialle,  François  Poumier,  autre  Fran- 
çûis  Poumier,  François  Lacroix,  Léonard  Sardenne,  le  s' 
Dupuy  de  la  Grilière, 

Le  Cla.ux  de  Rogier,  p&roisse  de  Voutezatt  rente  solidaire. 

Celte  rente  consiste  dans  les  dixmes  et  rentes  en  vin 
dues  au  seigneur  abbé  Duserche  sur  led.  tenement  appelle 
le  Claux  de  Rogier,  situé  dans  les  appartenances  du  bourgt 
de  Voute^aL  On  ne  peut  dénommer  ici  tous  les  tenanciers 
de  ce  mesme  tenement,  attandu  que  le  sieur  Pommepuy 
dud.  .Bourgt  de  Youtezal  qui  en  est  le  principal  tenancier 
jouissait  cy  devant  par  conventions  desd.  dixmes  et  rente 
en  vin,  et  en  payait  de  ferme  par  chacune  année  huit  paires 
de  Deindons,  celuy  qui  donnera  le  mémoire  et  état  desd. 
dixmes  et  rente  en  vin  et  les  noms  des  débiteurs  et  tenan- 
ciers. 

Par  devant  Jean  Besse  not"  royal  de  la  ville  Duserche 
bas-limousin  et  témoins  soussignés  ;  a  été  présente  Dem"* 
Dauphine  Peyrichon  veuve  du  feu  M*  Joseph  Vergue  not" 
royal  demeurante  en  lad.  ville  Duserche  par  se  S'  Nicolas  et 
cy  devant  tant  led.  feu  s^  Vergne  que  lad.  dem'*  Peyrichon 
sa  veuve  fermiers  des  Revenus  du  menbre  appelle  le  menbre 
de  Tabbatiale  dépendant  de  Tabbaie  de  cette  ville  Duserche 


-  251  - 

à  rexception  des  teDemeots  qui  autres  fois  en  dépendaient 
et  qui  ont  été  unis  depuis  plusieurs  années  à  la  prévoté  et 
menbre  de  Vitrât  dépendant  de  la  mesme,  depuis  Tannée 
mille  sept  cent  trente  sept  jusques  et  compris  Tannée  der* 
nière  mille  sept  cent  quarante  cinq^  laquelle  a  certifié  que 
la  Lièue  cy  dessus  et  des  autres  parla  contenant  onze  feuil- 
lets sur  les  quels  est  séparément  détaillé  les  tenements  des 
rentes  dixmes,  prés  et  autres  redevances  dont  elle  et  led,  feu 
s'  son  mary  ont  jouit  comme  fermiers,  est  sincère  et  vérita- 
ble, sans  préjudice  à  lad.  Dera*'  Vergue  de  se  pourvoir  pour 
le  payement  des  restes  darrérages  qui  peuvent  luy  être  Dus 
dont  elle  nous  a  requis  acte  que  nous  luy  avons  octroyé 
pour  servir  et  valoir  ce  que  de  raison*  Fait  et  passé  en  lad. 
ville  d'Userche  le  premier  avril  raille  sept  cent  quarante 
six  avant  midy  en  présence  de  s^  Jean  Pasquet  cavalier  de 
la  Mareschaussé  à  la  résidence  Duserche  et  M*  Pierre  Juge 
procur*  en  la  jurisdiction  ordinaire  de  cette  ville  lesmoins 
demeurants  en  lad.  ville  qui  ont  signé  avec  lad*  de  m"*  Pey- 
richon. 

Signé  :  D.  Peyrichon,  Pasquet,  Jugr, 
Bbssb,  notaire  royal. 

Controllé  à  U^erche  le  premier  avril  1746.  Reçu  douze 
sols.  —  Clédat* 


ijtïîà^SsÉà 


LES  NOMS  DE  NOS  RIVIERES 


L'origine  et  la  signification  des  noms  de  rivières, 
voilà  une  question  d'érudition  qui  présente  plus  de 
difficultés  qu'on  ne  pourrait  le  supposer, 

Avec  tout  le  souci  de  la  critique  la  plus  rigoureuse, 
M,  Raoul  de  Félice,  professeur  agrégé  d'histoire  et 
de  géographie  au  lycée  de  Chartres,  vient  de  publier 
à  ce  sujet,  dans  une  savante  brochure  (Paris,  Cham- 
pion^  1907)j  un  certain  nombre  de  données  d'une 
réelle  valeur- 

Il  a  réussi  à  déterminer  l'origine  des  noms  de  ri- 
vières appartenant  soit  à  la  période  pré-celtique»  ibé- 
rique et  ante-celtique  (ligure),  avec  la  colonisation 
grecque,  soit  k  la  période  romaine,  médiévale  et  mo- 
derne^ c'est-à-dire  depuis  les  temps  les  plus  reculés 
jusqu'à  nos  jours. 

Dans  lenquète  qu'il  poursuit  de  cette  façon,  M*  de 
Félice  rencontre  un  certain  nombre  de  noms  portés 
par  des  cours  d'eau  du  Limousin. 

Et  la  particularité  intéressante  à  noter,  c*est  que 
plusieurs  conservent  le  souvenir  des  Ligures  dont  no- 
tre pays  a  dû  être  pour  ainsi  dire  le  centre. 

L'auteur  utilise  d'aitleurs  les  travaux  de  nos  émî- 
nents  compatriotes»  MM*  Maximin  Deloche  et  Antoine 
Thomas,  qui  lui  servent  de  guides,  comme  ceux  de 
MM.  Alexandre  Bertrand,  d'Arbois  de  Jubainville  et 
Auguste  Longnon. 


—  254  - 

En  relevant  les  articles  qui  concernent  nos  rivières 
limousïneSj  nous  pourrons  remarquer  sa  science  et 
sa  méthode. 

On  sera  petit-ètje  étonné  que  la  récolle  ne  soit  pas 
plus  abondante,  relativement  au  grand  nombre  de 
ces  cours  d'eau  ;  mais  la  critique  prudente  n'a  pas 
permis  de  faire  une  plus  ample  moisson. 

Et  nous  mêmes,  nous  n'essaierons  pas  à  la  tâche 
facile  des  déductions,  pour  indiquer  d'autres  origines 
ou  d'autres  significations.  Il  faut  se  défier  des  étymo- 
logistes  a-prioristes  et  bien  connaître  les  formes 
antérieures  qu'avaient  les  termes  soit  en  bas-latin, 
soit  en  roman,  pour  les  expliquer. 

Voici  donc  l'onomastique  qu'établit  M.  Raoul  de 
Félîce;  nous  nous  permettrons  seulement  quelques 
notes  personnelles  complémentaires  pour  la  localisa- 
tion et  la  vulgarisation  de  ces  renseignements  : 

VAiœette.  —  La  jolie  rivière  si  poissonneuse,  af- 
fluent de  la  Vienne  et  qui  passe  à  Aixe-sur-Vienne, 
près  Limoges,  tire  son  nom  à'Aquœ^  les  eaux,  avec 
un  diminutif;  ce  mot^  d'origine  latine,  désigne  en- 
core une  autre  localité  :  Aix-la-Marsalouse  (Corrèze). 

UArdouTj  affluent  de  la  Gartempe  (Creuse  et 
Haute-Vienne).  —  Ce  nom  peut  s'expliquer  par  le 
terme  celtique  ardUj  ardvOj  «  haut,  élevé  »,  ou 
bien  par  Tadjectif  latin  arduuSy  qui  se  rattache  à  la 
même  racine,  alors  qu'il  semblerait  à  première  vue 
composé  de  l'article  armoricain  ar  et  du  mot  douVy 
de  dubrvm .  Mais  les  auteurs  du  Dictionnaire 
archéologique  [verbis  Ardèche,  Ardrère,  Ardour)  font 


—  255  — 

remarquer  que  dans  le  centre  de  la  Gaule  le  celtique 
dour  est  devenu  dor  et  doive. 

VAurancey  —  aux  rives  si  intéressantes,  près  de 
Chaptelat  (Haute- Vienne)  :  —  son  nom  semble  venir 
de  aureusy  à  cause  de  ses  anciennes  sablières  exploi- 
tées par  les  tamiseurs  d'or  ;  il  vient  en  réalité  d'une 
origine  ligure  ;  il  est  apparenté  avec  Alzou,  nom  d'un 
affluent  de  TOuysse  (Lot). 

UAuvézèrey  qui  passe  à  Ségur  (Corrèze),  avant  de 
se  réunir  à  Tlsle  (Dordogne),  et  qu'on  appelle  parfois 
à  tort  V Haute- VézèrCy  porte  un  nom  qui  pourrait 
résulter  de  la  combinaison  du  mot  Vézère  avec  A7% 
particule  intensive  de  la  langue  celtique.  Elle  est  ap- 
pelée Flumen  Alvesera  en  1185  {Dict.  topographù 
que  du  département  de  la  Dordogne). 

LAuzellej  affluent  de  la  Roselie  (Haûte-Vienjie), 
UAuzettey  affluent  de  la  Vienne  (même  département)^ 
et  la  Roselie^  elle-même,  ont  des  noms  qui  peuvent 
être  dérivés  à^AlisOj  aune,  en  ligure  et  en  germa- 
nique, thème  qui  se  retrouverait  dans  Aurance^  ainsi 
que  dans  les  noms  de  localités  Auxances  (Creuse), 
Auziat  et  Auzillac  (Haute- Vienne). 

Le  Cher  y  qui  est  creusois  par  sa  source  et  son  cours 
supérieur,  appelé  Carus  au  Moyen-Age^  proviendrait 
d'un  mot  à  la  fois  celtique  et  ligure,  kar^  signifiant 
rocher j  écueil  ;  —  cherous  ou  cheirouSy  veut  dire  en 
limousin  :  tas  de  cailloux. 

La  Creuse^  affluent  de  la  Vienne,  est  appelée 
Crosa  dans  la  Chronique  de  V Anonyme  de  Ra- 
venue  ;  il  semble  que  ce  nom  ait  la  même  origine 

T.  XXX.  2-9 


—  256  — 

que  notre  adjectif  creux,  dont  on  ignore  la  véritable 
étymologie. 

L'étymologie  carrosum^  creux,  est  inadmissible^ 
d'après  iVL  Antoine  Thomas. 

La  Dordogne^  qui  traverse  une  partie  du  départe- 
ment de  la  Gonèze,  est  formée,  comme  chacun  sait, 
de  la  Dore  et  de  la  Dogne  ;  elle  a  cependant  porté 
les  formes  anciennes  de  Duranius  et  de  Domonia, 
composées  de  dui\  eau,  ou  doUj  source,  et  annouUy 
profond,  diaprés  Bullet. 

Il  semblerait  alors  plus  vraisemblable  que  les  géo- 
graphes aient  coupé  le  nom  de  Dordogne  pour  appli- 
quer chacune  de  ses  parties  à  Tune  et  à  Tautre  des 
deux  sources* 

La  DouXj  que  des  ignorants  orthographient  VAdotujCf 
désigne  une  jolie  petite  rivière  de  Saint-Cernin-de- 
Larche  (Gorrèze),  alimentant  la  ville  de  Brive  ;  c'est  le 
nom  celtique  d'une  source  qui  fut  autrefois  divinisée. 

Nous  retrouvons  ce  nom  dans  la  Dordogne  et  dans 
le  Lot  ;  c'est  d'ailleurs  un  terme  générique  désignant 
les  sources  dans  Tidiome  limousin  marchois. 

Il  correspond  à  celui  de  Dhuis,  dans  le  Nord. 

La  Dromie,  chantée  par  le  poète  Edouard  Michaud, 
naît  dans  le  département  de  la  Haute-Vienne  et  coule 
dans  celui  de  la  Dordogne,  à  travers  le  Nontronnais 
limousin,  pour  se  jeter  dans  Tlsle.  Elle  fut  dénommée 
Druna^  comme  d'ailleurs  la  Drôme,  affluent  du 
Rhùne,  par  Papire  Masson  ;  ce  terme  viendrait  d'une 
racine  indo-earopéerine  pré-celtique,  rf?n^,  qui  signi- 
fie couler^  courir.  Le  Drot  (Dordogne),  autre  affluent 
de  risle^  aurait  même  origine  et  même  signification. 


La  GlanSf  désigne  dans  notre  région  :  un  ruisseau 
près  de  Guéret  (affluent  de  la  Creuse)  ;  un  second  près 
de  Saint-Junien  (Haute- Vienne),  affluent  de  la  Vienne  ; 
un  troisième,  affluent  de  Tlsle  (Dordogne);  un  qua- 
trième, celui  de  Saint-Privat,  affluent  de  la  Maronne, 
et  un  cinquième,  celui  de  Glény,  affluent  de  la  Dor- 
dogne (Gorrèze).  Glane^  en  celtique,  équivaut  à  pura, 
pure^  limpide. 

Ulssoircy  affluent  de  la  Vienne  (Haute  Vienne),  a 
pu  emprunter  son  nom  à  une  forteresse  naturelle  ou 
artificielle,  Tancienne  Iccio-Durus,  forteresse  d'Ic- 
cius.  a  Le  torrent  arrive  à  la  Vienne,  dit  Cantillon 
de  Trament,  après  avoir^  dans  une  tranchée  colos- 
sale, séparé  en  deux  murs  à  pic  les  rochers  graniti- 
ques qui  bordent  cette  rivière,  sur  la  trouée  du  Sud 
se  dressent  les  ruines  du  château-fort  du  xv'  siècle  ». 
Il  ne  faut  pas  faire  un  grand  elîort  d'imagination  pour 
supposer  que  ce  château  du  xv'  siècle  a  pu  en  rem- 
placer un  autre  plus  ancien,  ou  que  ces  rochers  à 
pic  ont  frappé  Tesprit  populaire  qui  a  pu  en  faire 
«  la  forteresse  d'Iccius  ». 

La  Ligourej  affluent  de  la  Brîance  (Haute- Vienne), 
Liguria  ou  Ligora,  au  Moyen-Age,  comme  le  ha- 
meau de  Ligoure,  commune  du  Vigen,  Sainl-Priest- 
Ligoure  et  Saint-Jean^Ligoure  (département  de  la 
Haute-Vienne),  rappellent  directement  le  nom  des 
Ligures,  peuple  qui  habitait  notre  contrée  avant  les 
Celtes  et  les  Gaulois. 

La  Loyre^  soit  celle  d'Objat,  affluent  de  laVézère, 
soit  celle  de  Malemort,  affluent  de  la  Gorrèze,  con- 
serve aussi  le  souvenir  des  Ligures  comme  le  grand 


—  258  — 

fleuve  la  Loire,  de  Nantes,  Tancien  Ligery  qui  dérive- 
rait, selon  M.  d'Arbois  de  Jubain ville,  de  la  mênie 
racine  que  le  latin  rigare^  arroser. 

La  Souvigney  en  limousin  la  Sumenay  la  jolie 
rivière  chantée  par  Joseph  Roux,  appelée  aussi  Su- 
menna  au  Moyen-Age,  est  un  affluent  de  la  Dordo- 
gne,  qui  se  jette  dans  cette  rivière  à  Argentat  (Cor- 
rèze);  son  nom  provient  aussi  d'une  racine  ante-cel- 
tique  8Uy  indiquant  le  sens  de  source. 

La  Vézè7'e,  —  Visera  aux  ix*  et  x*  siècles,  —  qui 
traverse  le  département  de  la  Corréze  et  celui  de  la 
Dordogne  :  nom  qui  dérive  de  la  racine  vis,  veiSj 
qui  veut  dire  couler. 

Louis  de  Nussac. 


^^^^tiii^^mî 


r 


TITRES  ET  DOCUMENTS 


Le  document  que  voici,  et  dont  la  Société  a  décidé 
la  publication  au  cours  de  sa  séance  du  7  mai  1908» 
concerne  i'hùtel  de  /a  Labencke  (plus  tard  le  Petit- 
Séminaire  de  Brive),  alors  habité  par  une  demoiselle 
de  Puymaretz;  il  a  été  copié  aux  archives  de  THôtel' 
de- Ville  par  M.  Julien  Lalande^  et  cette  copie  a  été 
présentée  au  cours  de  la  séance  mentionnée  ci-dessus 
par  le  1''  vice- président,  M,  Philibert  Lalande. 

EXTRAIT  d'un  PROGÈS-VERBAL  DE  LA  PERMANENCE  DU 
CONSEIL  GÉNÉRAL  DE  LA  COMMUNE  DE  BRÏVE^  DATE 
DU   29   AOUT    1792. 


i*'h,  M&lepeyre  (de  Corrèze],  officier  municipal  ienant 
la  permanence- 


a  A  dix  heures  du  malin,  la  servante  de  M"'  de  Pny- 

■  marets  est  venue  avertir  la  municlpalilé  qull  se  faisait 
«  chès  Ja  dite  demoiselle  un  rassemblement  de  volontaires 

■  nationaux  du  bataillon  de  la  Corrèze»  qui  prétendaient 
*r  abattre  divers  ornements  d'architecture  attachés  aux  murs 
«  de  la  façade  intérieure  de  la  maison  donnanl  sur  la  cour, 

■  quoique  dans  ces  divers  ornements  il  n'y  ait  aucunes 
«  armoiries,  ny  aucun  qui  ait  rapport  à  la  féodalité.  Il  a 
t  été  fait  une  réquisition  au  commandant  du  dit  bataillon 


—  V60  — 


pour  qu'il  se  transportât  sur  les  lieux  pour  empêcher  les 
désordres  et  empêcher  les  dégâts. 

a  M.  Lalande  (Libéral-Martin),  officier  municipal,  a  pris 
son  écharpe;  accompagné  d'un  sergent  de  ville,  s'est 
rendu  chès  la  dite  demoiselle  de  Puymarets  et  a  rapporté 
que  le  sieur  premier  capitaine  de  grenadiers  du  2«  ba- 
taillon s'était  transporté  avec  quatre  fusiliers  sur  les  lieux 
et  qu'il  avait  fait  retirer  les  volontaires  nationaux. 
«  A  onze  heures,  la  servante  de  M"«  de  Puymarets  est 
venue  avertir  la  municipalité  qu'il  se  faisait  un  nouveau 
rassemblement  dans  la  susdite  maison.  M.  Marmande, 
sergent  commandant  le  poste  établi  à  la  maison  commune 
de  la  commune  de  Brive  n<*  6,  a  été  requis  de  s'y  tran- 
sporter avec  le  garde,  d'arrêter  les  plus  mutins  et  de  les 
conduire  à  la  maison  commune.  Il  a  conduit  le  nommé 
(nom  illisible)  de  la  commune  de  Brive  qui  a  dit  qu'ayant 
été  averti  que  leur  capitaine  avait  été  précédemment  chès 
la  dite  demoiselle  de  Puymarets  pour  empêcher  les  dégra- 
dations projetées,  il  se  retirait  lorsqu'il  a  été  rencontré 
par  la  garde,  ce  qui  a  été  confirmé  au  sieur  Marmande 
commandant  le  poste  par  le  s'  Yerlhac  neveu  de  la  dite 
demoiselle  de  Puymarets.  » 


*-Tiiigih 


AUTRES  VÉNÉRABLES  DOCUMENTS  MONASTIQUES 

SUR 

TULLE  ET  ROCAMADOUR 

ÉDITÉS  AVEC   NOTES 

PAR 

J.-B.  OHAl^FEVA^I-i 


I 

ViDiMUS  DU  Livre-Terrier,  appelé  :  Terarium  Elemosinarï^ 

Sequuntur  loci  in  quibus  eleemosinarius  Tutellensis  ha- 
bet  decimam  pro  décima  de  Salhiaco  et  qua?  ad  eleemosina- 
riam  pertinent  :  (1) 

In  la  teinguda  aux  Sabaux,  medielatem  dêcim^^  hoc  est 
in  parochia  Sancti  démentis. 

A  Brudiou  (2),  la  meytat  de  la  dema  en  V.  maSp  eus  pro- 
ferens. 

Tota  la  dema  de  jij  (3)  mas  et  de  un  champmas  et  de  una 


(1)  Ces  authentiques  copies  de  pièces  nous  proviennent  de  Ja  collec- 
tion du  chanoine  Talin,  par  courtoise  communicalion  de  son  neveu> 
M.  Louis  Talin.  Des  additions  judiciaires,  en  interligne^  y  ont  redressé 
les  inattentions  du  copiste. 

(2)  Ce  patois  limousin,  mêlé  de  latin,  doit  remonter  vers  1300.  Il  est 
précieux  pour  la  linguistique  et  la  topographie  tuMoise- 

Voici  ceux  des  villages  susnommés  qu'on  retrouve  en  la  paroiîï^o  de 
Seilhac  :  Brudieu,  70  âmes  ;  La  Vergne,  35  ;  Ferrières,  G4,  où  je  place 
le  Chastang  et  la  Blanche,  par  interprétation  du  texte,  comme  Le 
Ponget  dans  Monjauze,  l'ex-mas-Jauze,  par  l'intermédiaire  maù.  La* 
fon  est  signalé  partition  de  Brudieu  en  1553. 

(3)et(l)  Traduisons  :  pro  décima,  pour  tenir  lieu  de  la  dima  de 
Seilhac,  Entendez  au  paragraphe  IV,  pris  pour  spécimen  :  raumônicr 

T.  XXX.  3  -  1 


L 


^  36^  - 

bordaria  da  La  VergnîR,  ens  proferens,  fors  de  la  seigle 
qu'Ji  est  la  ineytat  da  Navas. 

Tota  la  dénia  del  Mas  al  Bru  (al  Bric  V)  et  del  Msls  Lafon, 
el  |>roferen£î,  fors  de  la  seigle  quae  est  la  meytat  de  Navas. 

ToÈa  la  dema  del  mas  del  Chastans  et  del  Mas  la  Blancha 
et  del  mas  /as  Ferrieifras,  el  proferens,  fors  la  seigle  quae 
est  la  meytaL  d'à  Navas, 

La  meytat  de  la  dema  del  mas  d'al  Pougetj  el  proferens. 

Tota  la  dema  d'aus  4  mae  d'à  Bouieige?)  et  de  la  Borda- 
rU, 

Tota  la  dema  en  las  Comhas  de  La  Loubaria  (1). 

Tota  la  dema  el  Mas  et  e/  champmas  d'à  Colomis  ;  el  pro- 
fère qs. 

Tota  la  dema  d  eujt  doujt  nias  d'à  Gottas, 

Tota  la  dema  d  aiis  2  mas  da.  Chantamilia. 

Tota  ia  dema  d  aus  2  mas  da  Freychmgeas  et  d'à  las  treis 
bordarias. 

Tota  la  dema  deus  doux  Mas  aux  optes  et  de  ia  Gorssa, 

Tota  la  dema  del  Mas  CoBia.nii  et  del  Mas  Rotgier,  fors  le 
quartier  que  est  a  L'ort  de  Chammars. 

Tota  la  dema  de  Tayssionieijras. 

Tota  la  dema  del  mas  <i  a  S  arasât,  et  deus  dous  la  profe- 
rens. 

A  Beuna,  la  meytat  de  la  dema,  el  proferens. 

Tota  la  deina  del  mas  del  Chastang. 


a  droit  de  dime  ^n  seul  sur  trois  tnanses  et  un  capmanse  et  un  des 
borde  ragea,  le  tout  ais  dans  le  village  de  ia  Vergne,  y  compris  les  profé- 
vents  (nadfînux  traditioiuie]s  en  prémices),  sauf  la  dîme  du  seigle  qui 
est  dans  le  lot  du  moine  prévôt  de  Naves,  et  quoique  ces  localités 
soient  eti  l'enceinte  parôiasialle  de  Seilhac. 

(t]  l.ea  Combes,  gros  village  ayant  eu  chapelle;  Coularay,  29  hab.  ; 
Gouttes.  17;  Gorse,  20,  seigneurie:  Constantin  et  Mas-Rougier,  avec 
l'HorL'de^Chamars.  furent  dans  }*^a  Fourches.  Marsac,  13  hab.,  fief 
ainsi  que  Meygia),  24.  —  Mouliii  de  Sabot  (Seilhac),  1788  et  an  V. 

Foujanet  et  3'->fi  voisin  La  Charnère.  90  çt  26  hab   (Chamboulive). 

Autres  villages  Seilhacois  ;  Berre.  79  hab.,  ex-repaire;  la  Valette, 
haute  et  ba?5e,  H  hab-,  d'où  le  mas  soubre  susdit.  —  La  Resse  sou- 
brane  et  soutraue  —  Maguenr,  aujourd'hui  Seilhacois,  48  hab;  Bus- 
sières,  actuellement  de  5ainiUl(^ment,  80  habitants,  avec  son  Mas- 
Cbaulet. 


k 


/ 


;  _  .26â  — 


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) 


Tota  la  dema  deus  .doux  mas  daJ  Meygial  (1). 

Tota  la  dema  da  Lagorssa  et  da  Marsac,  el  proferens. 

A  las  Fourchas  tota  la  dema  eus  quatre  mas  et  en  un 
Chammas  et  in  una  Bordaria  ;  fors  la  meytat  deus  2  mas 
que  est  à  L'ort  de  Chammars. 

El  mas  d'à  Fogeanet  et  de  La  Charrieyra,  la  meytat  del 
dème.  Ayce  es  en  la  peroffia  de  Chambouliva. 

En  la  Bordaria  de  Ruthmels  (2),  la  meytat  de  la  dema, 
el  proferens,  e  es  en  la  parroffla  de  Saint  JaL 

D'à  Serra,  la  meytat  dei  dème,  e  de  tôt  lo  proferens. 

A  La  Valeta,  en  V.  mas  e  en  V.  bordarias,  tôt  lo  dème, 
el  proferens. 

A  La  Bessay  en  2  mas,  tôt  lo  dème,  el  proferens. 

En  treis  mas  damagor  [d'à  Magor],  tôt  lo  dème  ;  el  profe- 
rens. Hoc  est  in  parrochia  Sancti  démentis. 

En  la  vialla  d'à  Sailhac,  tôt  lo  deme,  fors  lo  mas  La  BO" 
ria. 

El  Mas  Fagenc  d'à  Bussieyras,  la  quarta  part  del  dème. 

El  Mas  Chaulet,  la  meytat  del  deme. 

El  mas  de  Bussieyras^  1/2  del  deme. 

A  La  Mauria,  la  dema,  el  proferens  ;  tota  la  dema,  el  pro- 
ferens. 

Sequitur  lo  proferens 

^4  %jco  es  lo  proferens  d'à  Salhiac,  quod  semper  debetur 
^l^^rmosinario  Tutellensi  : 

>V  Brudieu,  quinque  sextaria  et  eyminam  frumenti  et 
qiii  T^  que  gallinas  et  miéga. 

A^    Serra,  3  sext.  et  1/2  et  3  gallinas  et  1/2. 

A.    Maussanas,  eyminam  frumenti  et  miegam  gallinam. 

C  *>  Blonjauze  soubre  et  soutre,  5t  hab.,  est  passé  à  Naves.  SeiJhac 
».^ï4oore  La  Mauric,  34  hab.;  Le  Mons,  76;  Ventéjoux.  fief,  58;  Le 
^*^^-3sou,  19.  —  Sérejtat,  20  hab.,  est  de  Saint- Salvadour,  comme  la 
J^tit  ^,  47  hab.,  castel.  qui  n'a  jamais  dû  être  en  la  paroisse  de  Seilhac. 

^i    ^umel  et  Sabaux  durent  être  sur  les  confins  Seilhacois. 
P^*^     voit  combien  furent  nombreuses   les    localités  de  Champmas, 
^   *^^riiard),  terme  générique.  Maurie=r  obscurus  et  TeyFsonnières  ac- 
^"^^^^t  terrain  boisé. 


-  m  - 


A  La  VâletB,  *3  sett.  eyminam  frum.  et  V  galli.  et  1/2. 

A  La  Bouygea,  1  f^ext.  from.  et  1  gallin. 

El  Mas  sabra.  d\  la  Valeta,  débet  1  sext.  frum.  et  1  gallin. 

A  Las  Forchas,  4  sext.  eyminam  frum.  et  4  gallin.  et  1/2. 

Aij  Meyrjial,  2  sext.  frum.  et  2  gallin. 

Al  ChasUn,  1  sext,  frum.  et  1  gallin. 

El  mas  d'à  Beuna,  1  sext.  frum.  et  1  gallin. 

El  mas  d'à  La  Gors*sa,  1  sext.  frum.  et  1  gallin. 

Al  Mont,  3  sext.  frum.  et  3  galliiias. 

A  Serazaft  2  sext.  frum.  et  2  gallin. 

A  Teyssounietjrs.s,  t  sext.  fr.  et  1  gallin. 

A  Veniegot,  4  sext,  fr.  et  4  gallin. 

A  Ootas,  2  sext.  h.  et  2  gallin.  ' 

A  La  Mauriky  2  sexL  fr.  et  2  gallin. 

A  Cùlomis,  2  sext.  fr,  eyminam  et  2  gallin.  et  miega. 

A  BonnoQol,  3  sext.  fr.  et  3  gallin. 

A  Mas  Jauze?%  1  sext.  fr.  et  1  gallina  d'ei  Poget. 

Lhi  Mazoia  elh  [ah?]  Afar»ac,  1  sext.  fr.  et  1  gallina. 

Al  Rivasso,  2  sext.  fr.  et  2  gallinas. 

A  La  Janla,  1  sexL,  fr.  et  1  gallin. 

A  La  BesssL,  2  sext.  fr.  et  2  gallinas. 

El  mas  d'al  Teii,  1  sext.  fr.  et  1  gallina. 

G,  Margauho,  eyminam  fr.  et  1/2  gallina  pro  La  Riculia, 

A  Magors,  2  sext*  fr.  et  2  gallinas. 

Lhi  Rigals,  1  sext.  fr.  et  1  gallina  del  mas  de  Marsat  juxta 
La  Gorssa, 

De  La  Borddria  d  A  Freyssingeas,  eyminam  fr.  et  1/2 
gallina. 

P,[elrus]  GoQtiers  eymin.  fr.  et  1/2  gallina. 

G.  Liîdjugia  eymin.  fr.  et  1/2  gallina d'ey  Mas  BocvemhiL 

Verniax,  1  sext,  fr,  et  1  gallina,  del  mas  d'à  Lavernia. 

Al  MaigiaL  t  sext.  fro.  et  1  gall.,  qui  est  juxta  Lauemia. 

A  La  Vernia,  2  sext.  fro.  eyminam  et  2  gallin.  et  1/2. 

EL  Chammas  d'à  La  Vernia,  1  sext.  fro.  et  1  gallina. 

A  La  Brunia,  2  sext.  fro.  et  2  gallin. 

Et  in  ta  Bordaria  d'à  La  Chapblia,  eyminam  fro.  et  1/2 
galUiia. 


—  265  — 

A  Las  Ferrieyras,  3  sext.  fr.  et  3  gai. 

P.|etrus]  Chautars,  1  sext.  fr.  et  1  gai.  del  Mas  d'à  Laver- 
nia. 

G.  Sendos,  1  sext.  fro.  et  1  gai.  per  l'or  Bouyssel  d'à  La 
Valeta. 

(sic)   Summa  proferentii,  sexaginta   octo  sextaria 

fruraenti  cum  eymina. 

Et  tôt  gallinsB,  videlicet  68  cum  1/2. 

Item  a  Neufvic  (I),  sobre  les  forts,  moulis,  peatge,  et  so- 
bre tots  autres  bés  d'aquela  cecta  et  jurisdictiou  vint  sols 
tournois,  chacun  an  et  pot  gatgar  de  sa  propria  auchoritat 
l'almornier  per  tôt,  ave  son  servent. 

Fuit  facta  recognitio  apud  Capellam  Lespinassa,  per  ma- 
gistrum  Joannem  Sostre,  procuratorem  domini  dicti  loci  de 
NovovicOf  anno  millesimo  trecentesimo  nonagesimo  primo. 


Suit  l'achat  de  dime  de  Seilhac,  etc.,  par  moi  édité  nu- 
méro 620,  mais  qu'on  date  ici  de  1267. 

Puis  vient  ici  :  copia  littera;  de  12  marquas  argenti  situa- 
tas  super  signalibus  Rupis  amatoris,  avec  même  préambule 
qu'au  620  de  ma  page  374  ;  mais  après  :  Chauzer  d'à  crossac, 
le  ms.  Talin  porte  :  1°  quem  acquisivimus  a  Petro  Coqui,  et 
duodecim  sextarios  siliginis  et  avenae  quos  acquisivimus  a 
Petro  del  Hur  in  manso  del  viga  [des  de  Lur,  près  de  Mon- 
tintin  (Haute-Vienne),  plus  tard  seigneurs  de  Longua,  etc.], 

2*  Après  la  1/2  geline  sur  Sauzès,  le  passage  relatif  aux 
maisons  de  la  fagette,  comme  aux  boucheries,  est  remplacé 
par  :  et  1/2  gallinam  et  12  marchas  argenti,  annui  redditus, 
quas  acquisivimus  a  Guilielmo  Darnesii  (2)  quondam  pâtre 
Pontii  et  Pétri  Darnesii  et  ab  ipsis  filiis  super  signalibus 
Rupis  Amatoris,  firmiter  statuentes,  etc.,  comme  en  ma  page 
375.  Jusqu'à  testimonium  praesentes  litteras  sigillo  nostro 

(1)  La  cité  de  Neuvic-d'Ussel,  ses  fours^  etc  ,  et  il  peut  prendre 
gage  partout,  saisir  par  sergent. 

(2)  Darnis,  nom  de  deux  villages  es  communes  de  Gramat,  Loubres- 
sac  (Lot),  plus  Amis  (Cahors).  Virevialle,  près  l'Echalade  et  Maure. 


—  266  — 

fecimus  consignai].  Dalum  decimo  quarto  calendas  februa- 
rii,  aiiDO  Domini  niillesimoducenlesirao  septuagesimo primo. 

Suit  mon  numéro  631,  variantes  :  Tosat  ;  Geraudia;  Gua- 
ridû;  ileni  3  sexlar.  frum.  ad  bonam  mensuram  a  Petro  de 
Veterivilla  assignatos  in  bonis  suis  de  Veterivilla,  puis 
Charabouliva  ;  Avalle. 

Suit  :  mon  numéro  632,  auquel  on  ajoute,  en  titre  :  vica- 
riread  pra^sentationem  Eleemosinarii  ;  et  après  eleemosina- 
rius  Tut.  de  ma  page  392  :  eraerat  et  acquisiverat  de  con- 
sensu  ipsius  Geraldi  ac  conventus  nostri  Tutellensis  eleemo- 
sinariae  nostni^  Tutellensis  perpetuo  duximus;  avec  date 
de  t'266. 

Suit  mon  numéro  630.  Après  quoi  je  transcris  l'acte  sui- 
vant^  quoique  bifTè  : 

Nota  quod  die  vigesiraa  prima  mensis  augusti,  anno  do- 
mini millesimo  ijuadringentesimo  nono,  testibqs  prœsenti- 
bus  :  domino  J^ïcobo  de  Materra(l),  presbitero,  Joanne  de 
Vallibus  Inferioribus  et  Joanne  de  Ganhabé  pro  testibus,  etc. 

(èic) uxore  de  Vielbans,  cum  licentia  et  authoritate 

viri  sui,  ut  bières  uoiversalis mediante  persona 

matris  suée,  recognovit  se  tenere  in  feodum,  sub  simplici 
recoguitione  et  juramenlo  fldelitatis,  ab  Eleemosinario  Tu- 
tellensi,  quatuorJecim  eyminalia  avense  quae  habetde  reditu 
in  mansû  de  La  Borgada  et  3  sext.  siliginis  et  1  sext.  avenae, 
ad  parvam  mensuram,  in  manso  de  La  Clercia,  etiam  de 
redditu,  prout  ibidem  homines  etiam  tenentiarii  dictorum 
mansorum  reeognoverunt  ;  et  prœstitit  juramentum  fldelita- 
tis magistro  Geraldo  prolunc  eleemosinario  tutellensi,  ut 

domino  Ssincti  Hylarii  ;  et  dominus  Joannes  de (sic) 

notarius  regius  (*2)  r.  (recepit)  instrumentum. 

Suit  même  texte  qu'en  mon  numéro  176  :  ici  B.  Argen,  au 


(1)  Materrç,  30  hab.  (Chanac),  vaux-soubraqe  et  soutrane,  indiqué 
par  acié  de  Î281  comnie  étant  du  Saint-Hilaire-Foissac  en  cause,  près 
je  Peuch-à  la-Hoche-  Ctagnebé,  20  hab.  (Marcillac-Croisille),  La  Cler- 
cie,  aicurie,  38  hab.,  en  la  dite  paroisse  Saint-ililaire,  comme  la 
Bourgeadc,  haute  ûi  b^sse,  143  âmes.  L'Echalade  (Tulle  Saint-Julien), 
est  devenue  La  Salade,  18  hab. 

(3)  8oystre,  semble-t-il. 


-  ?67  - 

lieu  de  Augerii  ;  erit  2  modii  et  2  sextarii  ;  infirmariae  ;  facta  ; 
Chazarinc  ;  Rochapelhuc;  Guillelmo  ;  Longmontet  ;  d'Eschas- 
lada;  alius  P.jetrus]  de  Faugeyras. 

Suit  la  bulle  de  ma  page  694  ;  enfin,  l'inédit  suivant  re- 
prend : 

Actutn  apud  capellam  Lespinassa,  Lemovicensis  diœcesis, 
die  8  mensis  septembris,  anno  domini  1391.  Praesentibus 
Joanne  Labrua,  aliàs  diclo  lou  Portier,  et  Petro  de  Chonet, 
ejusdem  loci  Capellœ,  et  pluribus  aliis  testibus,  etc.  (sic) 
fuit  ipsa  die  facta  recognitio  per  magistrum  Joannem  Sous- 
tre,  notarium  de  Novovico,  se  gerentem  pro  procuratore  et 
nomine  procuratoris  Anthonii  de  Belhan  (Velhan,  très  pro- 
bablement) dicti  domini  proprietarii  dicti  loci  de  Novovico, 
habentem,  ut  asserebat,  ad  hoc  spéciale  mandatum  à  dicto 
Anthonio,  quod  capitulum  Tutellense  in  Communi  habet  et 
consuevit  levare  a6  antiquo  in  dicto  loco  de  Novovico  quin- 
quaginta  solidos  monetae  uzualis  annis  singulis,  et  eleemo^ 
sinarius  tutellensis  etiam  pro  se  vicjinli  solidos  ejusdem 
monetae  et  prior  dictse  Capellœ  quinque  solidos  dictae  mo- 
netae, de  redditu  sive  annua  pensione  et  quod  possit  gad- 
giare  etc.  (sic)  et  super  furnum  et  molendina  et  pedadgia  et 

alia   bona (sic).   De  prsemissis  dominus   Martialis 

Brassio  (I),  praesbiter  de  Glotonibus  recepit,  authoritate  do- 
mini officialis  Lemovicensis  litteras  cum  mel.  etc.  renun- 
ciaverunt  etc. ...  in  meliori  forma,  (sic). 


Suivent  les  redevances  levées  par  I'aumonier  sur  les  Pré- 
vôt de  Naves  et  Prieur  des  Angles.  Ayant  publié  ces  deux 
dernières,  page  696,  je  ne  prends  qu'à  Seilhac. 

Item  quicumque  tenent  affarium  d'à  Seilhac  debent  23 
sextaria  (2)  siliginis  ad  parvam  mensuram,  quod  bladum  de- 

(!)  Nom  tiré  de  Brach  (Saint-Priest-de-Gimel),  Egletons.  —  Formu- 
les omises. 

(2)  Pour  abréger,  je  mets  eu  chiffre  les  sexliers  ;  sil.  =  seigle  ;  ad 
par.  mens,  ou  ad  bonam  signifiera  à  mesure  pauche  ou  à  bonne  me- 
sure ;  sex.  sextarius  ;  sol.  solidum  ;  fr.  frumenti  ;  eym.  eymina;  den. 
denarii  ;  Tut.  Tutellensis  ;  rend,  rendualis  ;  it.  item. 

P.  est  à  coup  sûr  pour  Petrus. 


—  268  — 

bet  de  l'en  i  ad  propriat?  expensas  suas  in  horreo  eleemosi- 
narii  Tut. 

Sequitur  parrochiB  Sancti  Juliani  Tutellensis. 

D'à  Breyga  \\j,  debeol  4  sext.  silig.  ad  bonam  et  4  dena- 
rios  renduales  et  cliaus  et  porls  [sic,  pour  choux  et  poireaux] 
et  unura  bonus  de  palya  et  de  cloix,  semel  in  anno  quolibet. 
Item  debent  de  La  Malaurià  Datario  (sic)  unum  sext.  fru. 
comble  ad  parv.  mens, 

Uem  debent  d'à  Lr  Da,uradia  da  Neuviala,  pro  Bordaria 
da  La  Pradarîa,  6  sexl.  sili.  ad  par.  et  3  sext.  avenae  ad  par. 
et  10  septem  denar.  B-  Jales  (Jalis?)  tenet  et  solvit  1/2  par- 
lera de  Neuviala. 

Item  in  horio  P,  La  Vila  quem  tenent  da  La  Chapoulia 
1  sext.  silig.  ad  paj-v. 

Uem  in  bordaria  da  La  EstivisL,  quam  tenet  P.  Latreille, 
1res  eym,  fru,  ad  parv.  Item  Stephanus  Estivse  débet  1  eym. 
I  fru*  ad  parv*  ratione  ejusdem  bordariae  da  TEstivia  quam 

tenet  in  parte. 

Item  d'à  La  Clmut^rdia  debent  1  sext.  fru.  ad  bon.  et  1 
sext.  frum.  ad  par,  et  de  horto  d'à  la  Garenia  4  den.,  quod 
tenet  magisler  Guido  La  Chapolia. 

Item  Guiltelmus  Febriers  débet  5  den.  de  prato  del  Cha- 
lars.  Peirus  Fahri,  bui-gensis  Tutel.  solvit. 

Item  inChastaneto  de  Vieillavialla  (2)  quod  tenet  Joannes 
de  Pandrinia»  3  eym.  silig.  ad  bon.,  débet  Petrus  Dona- 
reL 


(1)  Breyge,  ex-villa,  fiet,  entre  Garinet  et  Materre,  haut  et  bas,  1431. 

—  Malaurie,  25  hab.  ;  la  Garônie  et  la  Cbautardie,  contigus,  1260.  — 
Neuvialte  fm  près  Souillac, 

i'I)  Virevialle^  VJ  hab.  ;  Saumières,  près  Poissac.  —  Le  Bois-manger 
de  Saiiïte-Leçûn,  1761,  fieL  —  Fontaine  d'Aymar-le-dom  des  Echelles. 

—  Le  pont  Charlai.  --Lavergne,  vers  le  Mazet.  —  En  regard  du  texte 
des  Chalars  oa  Charlat  et  de  Vervialle,  on  a  écrit  Longmontel,  qui 
est  de  Saint-Pierre  près  les  Arènes  et  La  Léune,  le  confondant  à  tort 
avec  1  haut-Monteil,  voisin  de  Souiliac.  Adémar.  ici  nommé  del  Chas- 
lars  au  lieu  de  dt^s  Echolles,  scalarum,  inviterait  à  se  demander,  sauf 
graves  objections,  si  scalas  n'aurait  pas  été  une  première  latinisation 
erronnée  pour  Charlar,  Cfiaslas?  —  Bré  (Coussac-Bonneval). 


—  269  — 

liera  in  chastaneto  d*eus  Febriers,  in  riperia  d'al  Chas- 
lars,  quod  tenet  Guillelmus  Guipa,  1  sext.  sil.  ad  par. 

II.  in  chastaneto  dal  gua  supra  villam,  quod  tenet  Petrus 
CoDstans  de  Riperia,  3  den.  —  It.  Mazieyra  2  den. 

It.  Lhi  Chaslars  tenent  quamdam  terram  de  eleemos.  Tut. 
sitam  inter  Fontem  domini  Ademari  del  Chaslars  et  Nemus 
Domanger,  de  qua  reddunt  4  den.  obolum.  —  It.  Lhi  Chas- 
lars et  da  La  Treylia  tenent  quamdam  aliam  terram  de 
eodem  feodo,  quœ  est  supradictum  fontem  ;  de  qua  debent 
1  den. 

It.  in  manso  da  Lavernia,  debent  2  sext.  sil.  ad  par.  et  2 
sext.  avense  ad  par. 

It.  in  domo  Garido  (Gaudo?)  tenet  Guillelmus  La  Sala, 
presbiter,  2  sext.  fru.  ad  bon.,  Joannes  Besso  tenet. 

Item  P.  d'al  Sac,  deu,  per  lo  bos  que  te  el  territori  dé 
Vieliaviala,  josta  lo  bos  de  mo[ssen)  P.  Gorsa,  1  eym.  sil.  ad 
bon.  —  It.  de  manso  de  Vieillia  villa,  debent  15  sext.  sil. 
ad  bon.  et  7  sext.  fru.  ad  bo.  et  18  sol.  4  den.  et  1  gallinam. 

—  It.  P.  de  Vieillia  vila  débet  1  sext.  fru.  et  1  sext.  sil.  ad 
bo.  ratione  hsereditatis  quam  tenebat  Petrus  Magnas,  pres- 
biter, quam  haereditatem  assensavit  dictus  Petrus  ab  Hotone 
de  Breno,  Tut.  eleemosinario.  Dictus  mansus  est  cum  mero 
et  mixto  imperio  et  jurisdictione  alla  et  bassa,  et  etiam 
debent  servitia  et  explectamenta  tenentiarii  dicti  mansi. 

—  It.  débet  Joannes  de  Veteri  villa  2  den.  rend,  de  quodam 
prato  et  nemore  ipsi  prato  contiguo  vocato  al  Vignaly  con- 
frontato  cum  prato  et  nemore  quondam  de  Veteri  villa. 

It.  de  manso  de  Saunieyras  debent  octo  sextaria  sil.  ad 
bo.  et  8  sext.  fru.  ad  bo.  et  1  modium  avenœ  ad  bo.  et  10  sol.; 
et  in  dicto  manso  hominibus  qui  sunt  dicti  eleemosinarii, 
dictus  eleem.  habet  jurisdictionem  altam  et  bassam,  merum 
et  mixtum  imperium  et  etiam  servitia  et  explectamenta. 

It.  débet  Stephanus  Guitars  1  den.  de  quodam  castaneto 
quod  tenet  de  feodo  nostro  in  riperia  d'al  Chaslars, 

II.  débet  Durandus  Thomas  6  sol.  ratione  cujusdam  horti 
siti  in  bordaria  da  La  Pradaria,  quos  sol  vit  Joannes  Ber- 
nardola.  —  It.  débet  Hugo  Barrata  9  sol.  ratione  cujusdam 


l 


—  270  — 

praLi  siLi  iu  eadem  boidaria;  Joannes  Bernardola  solvit.  — 
It*  débet  Jacobus  Daurat  6  den.  cum  obolo,  de  quodam  ne- 
more  ejusdem  bordari^e. 

It.  dicta  La  Beronescha  débet  5  den.  pro  quodam  nemore 
de  pertînentiis  raansi  de  Veteri  vill&,  juxta  quoddam  pra- 
dellum  et  nemus  Pétri  La  Fagardia,  subtus  furcas  de  Sau- 
neriis;  movet  de  feodo  ei  dominio  eleemosinariae  idem 
mansus. 

It.  débet  GuilielmuB  Clarix,  clericus,  12  denarios  de  quo- 
dam horto  et  prato  qui  ïiiunt  apud  lo  Chaslars.  —  It.  débet 
Hugo  Guittars  I  sexl,  fru.  ab  bo.  de  quodam  horto  qui  est  in 
ripera  cIr  SoldiiSL. 

U.  débet  G,  Macaiis  1  gallin.  de  atturamento  de  la  levada 
d'à  Lus  Ayras.  Mathaîus  d'à  Lespissier  solvit  modo  illara 
galL  ratione  dictai  levad;p.  —  It.  débet  dictus  Math,  da  Lesp. 
7  sol.  annuatim  in  festo  beati  Michaelis,  ratione  nemoris 
de  Las  AyvBLS  et  ynotejidini  sui  quod  renduavit  ab  Othone  de 
Bretio.  eleemos.  monaslerii  Tut.  —  It.  débet  P.  Boshoni 
i  eym.  fru.  ad.  bon.  de  quodam  horto  ejusdem  riperise  de 
Solana. 

It,  débet  Bernardus  Lespinas,  alio  nomine  vocatus  Benad 
das  Chaslars,  ^2  den-  et  2  den.  d'à  achapto,  de  nemore  da  La 
Pradaria(l).  Dui-andus  à  La  Boyga,  aliàs  Bassot,  débet  ista 
quia  tenet* 

It.  P.  de  Materra,  clericus,  et  frater  suus  debent  octo 
solid.  2  den.  et  2  den,  d'acapto,  de  terris  de  Maurandescha, 
cum  dominio  et  mero  et  mixto  imperio. 

Sequitur  Parrochia  Sanxti  Pétri  Tutellensis. 

In  domo  Petri  Fraychieng  debetur  1  sext.  sil.  ad  bo.  cum 
2  den  .  de  acaptamento .  VV.  de  Tuna  solvit  quia  tenet 
dooïum  istam*  —  It*  in  Uomo  Petri  d'Aygiac  debetur  1  sext. 
siL  ad  bo.  Joâones  d'Empeut  tenet  nunc  istam.  —  It.  in 


([)  Cette  Pra4erie  fut  U.  Thaut-Monteil,  comme  Neuvialle.  Tuna, 
voy.  mon  numéro  lî&L  Auipfau  (Tulle  Saint-P.).  —  La  Labenche, 
dans  Brive.  —  Le  texte,  députa  dal  mon  jusqu'à  Bondo,  provient  d'une 
additioQ  en  manchette.  —  Lespicier,  notables  tullois. 


—  271  — 

donio  Pétri  dal  Prac  debetur  I  sext.  sil.  a  bona  [meyzura], 
Petrus  Passari  (Passan?)  tenet  istas  2  domos.  Leodegarius 
d'al  Mon  solvit;  tenet  enim  J.  de  Brossas. 

It.  in  domo  Pétri  Moniers  debetur  1  sext.  sil.  ad  bo.  et 
2  den.  de  acapmento.  Domina  de  la  Banchia  (Canchia?)  sol- 
vit. It.  in  domo  Pétri  Bondo  debetur  1  sext.  sili.  ab  bo. 
Omnes  ista?  domus  prsenominatae,  sunt  de  feudo  eleemos. 
Tut.  cum  2  den.  de  accaptamento. 

It.  Joonnes  de  Faugeyras  débet  de  molendinis  da  la,  Ray- 
nia  i  den.  et  2  den.  de  acap.  et  de  terris  quas  acquisivit  à 
Petro  d'à  Giac  circa  praedictum  molendinum  2  den.  et  2  de 
acap. 

Sequitur  Parrochia  d'à  Seilhac. 

D'à  Colorais  debent  8  sext.  sil.  ad  par.  et  2  sext.  sil.  ad 
mensuram  de  Briva  (sic), 

It.  debent  d'à  Bonojol  5  sext.  sil.  ad  par.  It.  debent  à  la 
^irunia  d'à  Seilhac  1  modium  silig.  ad  par.  —  It.  debent 
d'al  Mayzil  8  sext.  sil.  ad  par.  It.  debent  d'à  Boussaguet 
i  sext.  silig.  ad  par. 

Stquiiur  Parrochia'  de  Navis. 

In  manso  d'Olhiac  quod  lenent  homines  de  Faugeyras  (1) 
et  de  Bach  1  modium  silig,  ad  par. 

It.  debent  d'à  Soleliavolp  24  sext.  sil.  ad  par.  Item  debent 
d'à  Cero  d'à  Navas  7  sext.  eymin.  sili.  ad  bo;  2  sext.  eymin. 
fru.  ad  bon.  5  sext.  avenœ  ad  bo.  et  5  den. 

Sequitur  Parrochia  Sancti  Clementis. 

U.  debent  d'à  Bussieyras  (2)  d'à  Saint  Clemens  4  sext.  sil. 
ad  par.  et  4  sext.  avenae  ad.  par.  et  12  den.  de  la  teinguda  de 
Osaboncos,  It.  de  la  teinguda  Marti  Agrilho?  (Agulho)  et 
fratrum  suorum,  debent  12  den. 

It.  d'à  la  Anglada  d'à  Las  Bordas  debent  2  sol. 

(!)  Fougères,  57  hab.;  Bach,  fief,  39;  Brunie  haute  et  basse.  67; 
Meygial.  Boussaguet,  51;  Soleilhavoup,  100;  Cerou,  88,  soubre  et 
soutre. 

(2)  Bussières,  80;  Sabeau  (?),  en  lisant  o  sabouc.  Bordes  Soubrane 
et  Soutrane,  48.  Ghadebec,  30  habitants,  terre  noble. 


1 


—  272  — 

SêquHur  parrochia  Sancti  Germani  las  Vernhas. 

Id  molendlno  d  a  Chadabec  d'à  Sent  Germa  8  sext.  silig, 
ad  parv.  quos  solvimt  in  hospitio  domini  Eliae  d'à  Sent 
Sensiperi  (!1  [sic]  militis.  It.  in  bordaria  d'à  Rofiniac  quam 
teiient  Ihi  Riol  t  sexi.  sili.  ad.  bon.  et  9den. 

Seqititiir  parrochia  de  Chameyrac. 

lu  d'à  la  Brunia  d'à  Chameyrac  debent  4  sext.  silig.  ad 
parv.  et  4  sext.  fru.  ad  par.  et  3  solidos. 

Sequitur  parrochia  Sanxti  Salvatoris. 

ït.  del  mas  d'à  La  Gloria  d'à  Sent  Salvador  2  sext.  silig. 
ad  par> 

Sequitur  parrochia  Sanct^e  FoRTUNAXiE. 

Da  Faya  da  Sencta  Fortunada  debent  3  eym.  sil.  ad  par. 
lu  d  a  Noailliac  debent  12  den.  It.  d'à  Floyrac  debent  7  sext. 
sil.  ad  pai\  ot  8  sext.  avenae  ad  par.  et  1  gallin.  et  1  trossam 
de  fé. 

Tu  d'à  Bossiniac.  debent  7  sext.  sil.  ad  par.  et  8  sext. 
avenap  ad  par,  et  1  gallin.  et  1  trossam  de  fé. 

Sequitur  parrochia  d'à  Chanac. 

Ademarus  Laurelia  et  Rossigniols  debent  2  sext.  eym. 
sili.  ad  parv.  et  3  sext.  avense  ad  parv.  et  13  den.  et  1  gallin. 
ratione  1/2  bordariae  d'à  las  Ayras.  Petrus,  filius  Pétri  Ar- 
naldi  de  Alvernia  solvit  6  den.  obolo  pro  Rossigniol,  ratione 
cujiisdam  prali  de  afario  d'à  Las  Ayras.  De  Ademaro  Lau- 
relia  superiûs  scripto,  intus  invenielis  ea  quae  débet  pro 
dicto  afario  da  las  Ayras.  It.  in  horto  Pétri  Las  Ayras  eymi. 
fru.  ad  bon.  Como  solvit. 

It*  in  manso  d'à  ia  Bachalaria  (2)  (nom  exponctué  et  point 


(1)  De  SarntEïupéry,  famille  encore  représentée  au  Fraysse  (Ter 
rasson)*  HoufigEiac,  es  seigneurie  aux  de  Ruffignac.  —  Brunie,  53  âmes, 
Glorîe,  Kl  hahirjmts,  ici  différencié  de  la  Gloire  (Sainte-Fortunade), 
Kouailiac,  î&,  Kurat  haut  et  bas,  fief.  Boussignac,  8.  L'aureillier,  65. 

(2)  Mainl^ue/  Uachelerie  (Chanac),  près  Cendriat,  1760;  Jos;  Ri 


-  273  - 

remplacé)  debent  4  sext.  fru.  ad  par.  et  3  sext.  sili.  ad  par.  et 
3  sext.  avenae  ad  par.  et  4  soli.  Item  debent  pro  1/2  afParii  de 
las  Ayras  3  sext.  eyminam  silig.  ad  par.  et  3  sext.  aven,  ad 
par.  et  13  den.  et  1  gallin.  et  merum  et  mixtum  imperium  et 
jurisd.  ait.  et  bassam  et  etiam  servitia  et  explectamenta. 

It.  in  manso  d'à  Seyniac  debent  7  sext.  silig.  cum  emi.  ad 
par.  et  6  sext.  fru.  cum  eymi.  ad  parv.  et  7  sext.  ave.  ad  par. 
et  5  sol.  et  merum,  etc.  {ut  suprà). 

It.  in  manso  d'à  Laurelia  debent  8  sext.  eymi.  sil.  ad 
parv.  et  4  sext.  eymi.  ave.  ad  par.  et  3  sol  et  10  den.  et  1/2 
onus  fœni  et  mealhiatam  ooorura.  It.  debent  pro  afifario 
d'à  las  Ayras,  1  sext.  et  1  quartam  sil.  ad  par.  et  3  eymi. 
ave.  ad  par.  et  6  den.  et  obolum  et  1/2  gallin.  et  etiam 
merum  {ut  supra),  Petrus  d'al  Cher,  junior,  solvit  3  den.  et 
pictam,  ratione  cujusdam  prati  d'à  las  Ayras,  quos  denarios 
debebat  Petrus  las  Ayras. 

Item  d'à  la  Rigaudia  et  d'à  Gos  {sic)  debent,  ratione 
affarii  d'à  Mangenest,  6  sext.  eymi.  silig.  ad  par.  et  eymi. 
avenae  ad  par.  et  3  den.  et  mealatam  ovorum  et  1/2  onus 
fœni.  It.  d'à  Gos  debent  ratione  cujusdam  terrse  quae  est 
juxta  lo  codert  quam  tenent  de  eleemos.  Tut.  2  sext.  sili.  ad 
par.  et  2  den.;  et  de  2  mansis  d'a{  Trech,  debent  1  sext.  sili. 
et  1  sext.  ave.  ad  par.  et  8  den.  et  denariatam  ovorum  et 

1  onus  fœni. 

It.  d'à  la  Rigaudia  debent  eymi.  sili.  ad  par.  et  eymi.  ave. 
ad  par.  et  mealatam  ovorum  et  1/2  oneris  fœni  et  4  den.  — 
It.  in  bordaria  de  La  Comtia  debent  3  sext.  fru.  ad  par. 
It.  d'à  Vedrenas  (1)  (en  marge  est  écrit  :  Materra)  debent 

2  sext.  de  manso  d'à  Lastrada  et  de  la  Costa  d'al  Sauyier 
1  den. 


gaudie,  membre  de  l*Aureiller  et  près  Maugenet.  Trech,  12  habitants. 
Seyniac  est  apparemment  erroné  pour  Senriac,  Cendriat.  Voyez 
Clergoux. 

(1)  Vedrènes.  69  hab.,  Peuch  auxFerrans,  1444,  près  Chanac  et  La 
Rigaudie.  —  Mézinges,  63;  Sieurie;  comme  Bouysse,  130  hab,  et 
Maleyre,  25  hab.  —  Pradeaux,  6  hab.;  des  nobles  Avalène.  Pimont, 
49  hab.  —  Breuil,  12  hab.^  fief.  Thouzac,  bis,  près  les  Biards  et  Chan- 
teloube,  provenant  de  Tonsus,  bois  tondus. 


]U  d'al  Poitch  Auferrans  debent  eyrai.  sil.  ad  par.  et 
eymin.  avericï*  ad  par.  et  4  den.  et  mealatam  ovorum  et 
1/2  onuiï  fœnL 

I  Item  in  maiiso  d'à  ta  Faurga  debent  eyrai.  silig.  ad  par. 

el  eymi,  ave.  ad  par.  et  4  den.  et  meal.  ovorum  et  1/2  onus 

'r  lœni.  Uem  in  manso  d'à  (a  Boi^^a  debent  eyrai.  sili.  ad  par. 

X  el  eym.  ave,  ad  parv.  et  4  den.  et  (comme  dessus). 


I 


r 


S^quitur  Sanxti  Augustini  parrochia. 
D'à  MêygSLJijas  debent  7  sext.  sil.  ad  par. 

Sequitur  parrochia  d'à  Correza. 
D'à  Bohjssa  d'à  Correua  debent  4  sext.  sili.  ad  par. 

Sequiixir  parrochia  Sancti  Martialis. 

D'à  Maleyra  d'à  Sen  Marsal.  debent  4  sext.  sili.  ad  par.  et 
4  sexl.  ave.  ad  par.  Item  in  décima  Sancti  Martialis  3  sext. 
siti.  ad  par.  qtios  solvit  Ebolus  de  Plas,  miles,  in  domo  sua 
quam  habet  apud  diclinn  locum  S.  Martialis. 

It*  mansus  de  Tozat  aux  Pradeux  (en  marge  :  aliks  de 
Pradeux),  in  parrochia  S.  Martialis,  fuit  acquisitus  a  Petro 
Durandij  de  Gimelto,  *lomicello.  in  quo  manso  dictus  elee- 
mos.  Tutel.  percipiL  2  niodia  sili.  et  6  sext.  silig;  totum  ad 
mensuram  de  Gimello. 

ïl.  50  solidos  turonenses  talibus  terminis  solvendig;  vide- 
licet  in  tnense  augusti  15  sol.  turon.  in  festo  S.  Andreae 
oppostoU;  25  sol.  turon.  in  mense  martii,  10  sol.  tur.  quos 
recipit  ille  qui  distribuit  anniversaria  eclesiae  Tutel.  pro 
anima  Bernardi  Avalez;  item  in  pascha  ova;  et  in  ascen- 
siooe  Domini  ova  el  caseos  ;  in  nativitate  Beati  Joannis 
BaptistcE  idem.  It.  in  augusto  gallos;  it.  in  natale  Domini 
gallinas;  it.  alla  servitia  hominum  et  bouum  et  fœni  et 
palete  el  aliarum  rerum.  Mansus  iste  acquisitus  fuit  cum 
omnibus  pertînentiis  siuis,  et  cum  terra  illa  quœ  vulgariter 
dicilur  lo  l'ignal  de  Pigmon  et  cum  omni  dominio  ac  juris- 
dictione- 


-  275  - 

Sequitur  parrochia  de  Clergor. 

Prsepositus  d'à  Clergor  débet  46  sext.  silig.  et  5  sext.  fru.  ! 
totum  ad  mensuram  de  Clergor. 

It.  d'al  Brol  de  Clergor  debent  2  sext.  silig.  ad  par,  et 
4  den.  —  D'à  Laurelia  et  d'à  Senriac  et  d'à  la  Bachaiaria 
debent  deferri  dictum  bladum  d'à  Clergor  et  d'al  BroL 

Sequitur  parrochia  de  Gimel. 

Duminus  d'Auriac  débet  1  sext.  silig.  ad  par.  It.  iVa  la 
Ferleyria(\)  debent  1  sext.  fru.  ad  par.  homines  de  manso 
d'à  la  Teulieyra  solvunt.  It.  in  manso  d'à  la  Bemardia  tViï 
Ëspaniac  debent  3  eymi.  silig.  ad  par.  quas  solvit  la  Jona 
d'à  la  Charrieyra  d'à  Gimel,  ratione  bonorum  d'à  la  Char- 
rieyra  quae  sunt  obligata. 

It.  Guilielmus  Botiers,  miles  de  Gimel,  2  sext.  sili.  ad  par* 
in  décima  d'à  Roi/eyra,  quos  solvit  in  domo  sua  d'à  Gimel, 

Sequitur  parrochia  d'AsPAiGNHAC. 
D'à  Bey88as(2)  debent  2  sext.  sil.  ad  par.  Item  P.  Almois, 

Sequitur  parrochia  Sancti  Boneti  Avaloza. 

Li  Giobers  de  Aquina  debent  3  eymi.  silig.  ad  par*  et 
3  eym.  fru.  ad  par.  propter  quamdam  terram  quae  est  in 
manso  d'à  Bussieyras,  quem  bladum  debent  solvere  Li  Gir- 
bers  in  dicto  manso  da  Bnssieyras.  It.  d'à  Bushieyras  debent 
12  sext.  fru.  ad  par.  et  5  sext.  silig.  ad  parv.  et  6  den, 
ratione  jutziae,  et  scilicet  dictos  sex  den.  ratione  mansi 
d'Amalric  et  mansi  d'à  La  Bernardia  et  affarii  de  La  Rua 
et  mansi  Rotgeyres,  quae  loca  tenent  homines  mansi  stipra- 
dicti. 

It.  in  manso  d'à  VAgraffol  debent  eymi.  sili.  ad  par.  et 
eym.  ave.  ad  par.  et  1/2  onus  fœni  et  4  den.  et  maleatam 


(1)  Farleyrie,  près  la  Teulière,   et  de  plus  nom  d'un  quartier  dans 
tïimel.  Boutier,  d'où  la  Bouteyrie  (Bar),  15  hab.:  Royère(Eyren),  58  hab. 

(2)  La  Uesse,  23  hab.;  Bussiéres,  47;  L'Agrafeuil,  11;  Puy-à- Vieille- 
^'gne,  Aubech,  133;  La  Roche-Canillac,  Croussac,  67.  —  Jobertie  nu 

Barry  de  Miège-SoUe,  à  Laguenne,  1562. 


I 


-  m  — 

ovonim  et  3  obolop,  ratione  mansi  à'al  Verts.  It.  d'à  Roc/ia- 
peiuc  (en  marge,  aiiàs  Bragieyras)  debent  eymi.  sili.  ad 
par.  et  eymi.  ave,  ad  par.  et  4  den.  et  dimidium  onus  fœni 
et  mealatam  ovorum  :  d'à/  Poch  et  d'à  Mommago  solvunt. 
It.  de  manso  d  alpoch  (en  manchette,  de  Veieri  vinea)  1  den. 
de  Tort  de  Ne  y  rai  et  3  obolos  pro  jutzia. 

ïtein  in  manso  de  Vielia  Vinia  debent  3  obolos  pro  jutzia. 
It,  d'^u6ès  debent  4  sext.  sil.  ad  par.  et  4  sext.  fru.  ad  par. 
et  4  sext.  ave.  ad  par.  et  3  sol.  et  2  gallin. 

Sequitur  parrochia  de  Larocha. 

Dominiis  de  Rupe  débet  de  loco  de  Rupe  suo,  13  sext.  sili. 
ad  parv*  quos  assignavit  in  et  super  décima  de  Ladiniaco. 
In  casîiu  vero  quod  de  hujusmodi  décima  non  possit  levari 
summa  totaiis^  hahelur  recursus  ad  castrum  de  Rupe  et  ad 
alia  bona  castellaniae  ad  supplemenlum.  Sic  refertur  in  ins- 
irumento  recepto  per  Eymericum  de  L'Aymerigia. 

Soquitur  parrochia  de  Ladinhac. 

In  bordaria  d'à  Tremolias  debent  12  den.  It.  in  manso  d'à 
La  Vedrina  debent  1  sext.  fru.  ad  par.  D'à  Montesergue 

[Selgue  ?)  solvunt. 

Sequliur  parrochia  d'à  Orliac. 

In  manso  d*a  Chauzier  d'à  Crossac  debent  25  sext.  silig. 
ad  par,  et  15  den.  de  acaptamento,  ratione  mansi  du  Chau- 
ziere.  It.  in  manso  d'à  Crossac  debent  10  sext.  avenae  et 
3  sext.  silig.  ad  parv.  ut  est  scriptum  infra,  quoniam  isti 
sunt  de  pertinentiis  ad  terram  Sancti  Hilarii  de  Fouissaco. 

Nota  quod  die  ultima  mensis  octobris  anno  Domini 
M^CCCC.XXIJ  (1422)  fuit  facta  gratia  per  domnum  Mar- 
tioum  de  Sancto  Salvatore,  eleemosinarium  Tut.  et  de  con- 
sensu  dominorum  de  capitulo,  quod  de  redditibus  ad  eccle- 
siam  pra?(iictorïim  mansorum  de  Crossac  et  de  Chauser  de 
Crossac  debitis  et  superiùs  expressatis,  defalcavit  a  cœtero 
Dunc  et  in  perpetuum  et  de  facto  fuerunt  defalcati  6  sext. 
ailig*  et  %  averuT*  ad  dictam  mensuram,  prout  latiùs  constat 


L_ 


-  277  — 

per  instrumentum  super  hoc  per  magistrum  Geraldum  de 
Cueilla  receptum.  G.  de  Cueilha  vieux  r[ecepit]. 

Sequitur  pârrochia  d'ALBussAC. 

In  manso  d'af  Vigâ  debent  2  sext.  sili.  ad  bon.  et  2  sext. 
arenae  ad  bon 

Sequitur  pârrochia,  d'à  Lagarda. 

In    iDordaria  d'à  SsLusès  debent  3  sext.  eymi.  sil.  ad  par.  et 
^sext .  avenae  ad  par.  et  dimidiam  trossam  fœni  et  1/2  gallin. 

Sequitur  pârrochia  de  Chambouliva. 

E)'£i.    La  Jaubertia  debent  5  sext.  sili.  ad  par.  et  7  sext.  ave 
ad  psi^x*.  et  1  sext.  avenae  ras  et  11  dena.  obolo. 

Sie^'^ima  siliginis  ad  parvam  (mensuram)  istius  terrœ  Tu 
tellerasis,  est  51  njodiorum  et  2  sextar;  compulatis  3  sextar 
dera<Et.iiso  d'aCrossacqui  sunt  de  facto  S.  Hilarii  d'à  Foyssat 
St«.-»->ima  siliginis  ad  bonam  (mensuram)  est  47  sextar 
excep^  t.is  3  modiis  silig.  ad  b.on.  quœ  débet  dominus  épis- 
(^opu^     et  3  modiis  mixtura»  ad  mensuram  de  Curamenta,  quœ 
P^*I>Ositus  de  Veyrac  ad  opus  charitatis  domini  Pétri  débet. 
^  ^^'^"^ima  frumenti  ad  bonam  est  42  sextar.  ey minae.  Summa 
iru-    ^  ci  pan;,  est  47  sext.  eymi. 

^'^^'9^>ima  avenœ  ad  bo,  est  21  sexlariorum.  Summa  avenœ 
ai  r>^^j.^^  egt  104  sextar. 

^*^*>ïma  denariorum  est  109  solidorum,  et  ultra  islam 
suitixxxam  débet  dominus  episcopus  25  libras  turonenses, 
piovxf,     scriptum  est  in  principio  libri. 

^-  débet  S^hephanus  Lachepolia  25  libr.  turon.  It.  d'à 
'^^^^G  debent  50  sol.  tur. 

^'^rnma  universalis  est  58  librarum,  minus  12  denariis. 

^-^^    ista  qua»  sequuntur,  ultra  summas  superiùs  scriptas, 

^^^ipiuntur  de  terra  S.   Hilarii  d'à  Fouissac  per  bajulum 

^^^lr\im  in  terra  Tutell.  videlicet  d'ai  Feyt,  20  sextar.  silig. 

^^  par.  chauchat  et  eyminam  pisorum  et  8  sextar.  aven*  ad 
par.  et  21  solidos. 

T.  XXX.  3-2 


-  278  — 

Tt,  da  Crossac  iO  gext.  avenae  ad  par.  et  3  sext.  sili.  ad  par. 
It,  d'à  La  Chiùia.  d'à  PoiysssLC  10  sol.  It.  d'à  Vaurs  35  sol. 
IL  û'Augieyra  24  sol. 

Summa  den&riorum  4  libr.  10  solidorum. 

Sequitur  parrochia  de  Novovico. 

II.  apud  Novumvicum,  supra  emolumenta  pedatgii,  fur- 
norum  et  molendioorum  20  solid.  turon.  parvorum,  et  potest 
gadgiare  ibidem  serdens  eleemosinarii  Tutell.  propria  au- 
tliorilate. 

Seqiiuntur  census  et  redditus. 

J.-B.  Champeval. 

(A  Suivre.) 


jl)  Curemonte,  bourg;  Veyrac  (Lot).  Âugèros,  44  habitants  (Rosiers- 
d'Egleions),  Poissac  (Cbameyrat),  castel;  Jaubertie,  sise  à  Dignac.  Le 
Fcyi  de  CliampagnacJa  Noaille,  probablement.  Plusieurs  Vaurs  con- 
currents,  savoir  :  Vaar&  de  Saint-Germain-les-Vergnes  ou  Sainte- 
Fortunade,  etc.,  si  ce  n'est  Vaux  du  dit  Saint-Hilaire. 


1 


GÉNÉRAL  DE  BRICHE 

Grand-Officier  de  la  Légion  d'Iionneur 

COMMANDEUR    DE    l'ORDRE   ROYAL    ET    MILITAIRE    DE   SAINT-LOUIS 

et  de 

l'ordre  royal  du  MÉRITE  MILITAIRE  DE  WURTEMBERG 

ETC.,  ETC. 

(•l'7'7a--lSSï5) 


Le  général  de  Briche  n'est  pas  originaire  de  Brive  ni  du 
Bas-Limousin,  mais  sa  famille  s'y  rattache  par  une  alliance 
avec  les  Dubousquet  et  dans  le  cours  de  ses  nombreuses 
campagnes  il  passa  plusieurs  fois  à  Brive  et  même  y  sé- 
journa, notamment  après  la  deuxième  campagne  d'Italie. 
Il  y  fut  soigné  à  cette  époque  d'une  blessure  de  guerre,  et 
à  ces  différents  titres,  nous  avons  pensé  qu'il  ne  serait  pas 
sans  intérêt  de  faire  revivre  cette  figure  de  soldat  qui  fut  un 
des  acteurs  de  la  grande  épopée  de  vingt-trois  ans. 

Antoine  Dubousquet  (1),  ancien  conseiller  au  Grand-Conseil, 
épousa  M"«  de  Briche,  sœur  du  général,  en  1792,  comme 
l'établit  la  pièce  suivante  : 

Extrait  des  registres  de  baptêmes,  mariages  et  sépultures  de 
la  paroisse  de  Sainte-Croix  de  Saint-Denis^  en  France. 

«  L'an  mil  sept  cent  quatre-vingt-douze,  le  vingt-et-un 
«  février,  vu  les  dispenses  des  bans  et  la  permission  de 
«  fiancer  le  même  jour  que  la  célébration  du  mariage  et  de 
«  célébrer  le  présent  mariage,  accordées  en  bonnes  et  dues 
«  formes,  vu  aussi  le  consentement  de  la  mère  de  l'époux  au 

(1)  Grand-père  du  docteur  Louis  Dubousquet  et  d'Henri  Dubous- 
quet, de  Vayrac,  auteurs  de  ces  lignes. 


—  280  — 

iJÛ  TïiariagG  :  Ic^  fiançailles  célébrées  le  même  jour,  ont 
ûlè  mariés  par  nous  curé  soussigné  et  ont  reçu  de  nous 
la  bénédicton  nupliale,  après  nous  être  muni  de  leur 
consentemenl  mutuel,  M'  Antoine  Delbos  Dubousquet, 
ancien  conseiller  au  Grand-Conseil,  fils  de  dèffunt  Antoine 
Delbos  Dubousquet  et  de  d""*  Louise  Laroche,  ses  père  et 
mère^  de  la  paroisse  de  S*-Roch  à  Paris  d'une  part;  et 
d*"*  Marie  Françoise  Anne  de  Briche,  fille  mineure  de 
B^  Jean  Nicola^s  de  Briche,  aide-major  des  troupes  Boulon- 
noises  el  contr6leur  des  fermes  du  Roy,  et  de  Marie  Anne 
Isnard,  ses  père  et  mère  de  droit  et  de  fait,  de  la  paroisse 
de  S'-Denis  de  Ûugny  d'autre  part.  L'époux  âgé  de  trente 
sept  ans  ei  cinq  mois  et  assisté  de  s*"  Jean  Baptiste  de 
Ltibersac^  maistre  de  camp  de  cavalerie,  décoré  de  la 
Croix  de  S^-Louis,  de  la  Paroisse  de  S^-Roch  à  Paris,  et 
d'Antoine  Dumont,  ancien  Directeur  de  la  Régie  générale, 
de  Li  Paroisse  de  S*-Martin  de  Noyon,  l'épouse  âgée  de 
vingt-quiiire  ans  et  deux  mois  et  assistée  de  ses  père  et 
mère*  de  Jacques  François  Troussel,  ancien  directeur  de 
Correspondance  de  la  Régie  générale  et  d'André  Paul 
Bastide,  preslre,  tous  denx  de  la  paroisse  de  S*  Roch  de 
Paris  qui  tous  ont  signé  avec  nous. 

<=  Cûllationné  à  l'original  et  délivré  par  nous  soussigné 
prestre.  curé  de  la  Paroisse  de  S**-Croix  le  21  février  mil 
sept  cent  quatre-vingt-douze. 

«  Marais, 
a  Curé  de  S^-Croix.  » 


I 


La  biographie  du  général  a  été  rédigée  d'après  les  dossiers  i 

du  Ministère  de  la  Guerre,  et  d'après  son  oraison  funèbre  ! 

prononcée  sur  sa  tombe  à  Marseille,  le  22  mai  1825,  par  son  ; 

aide-de  camp,  Fallot  de  Broignard,  lieutenant  d'état-major,  j 

chevalier  de  l'ordre  royal  de  Charles  IIL  Nous  avons  aussi  | 

lu  presque  tous  les  mémoires  laissés  par  les  généraux  et  les  \ 

personnages  de  Tèpoque  et  nous  avons  trouvé  des  indica-  1 

tiôDB  dans  plusieurs  d'entre  eux  {général  Thiébault,  duchesse  \ 

d'Abrantès,  comte  de  Ségur,  etc.);  les  quatre  volumes  si  I 


-  281  - 

documentés  d'Henry  Houssaye  {iSii  et  1815)  nous  ont  élé 
particulièrement  utiles. 

André- Louis-Élisabelh  Marie  de  Briche  naquit  le  12  août 
1772  au  Château,  chef  lieu  d'un  fief  noble  possédé  par  ses 
parents  dans  le  diocèse  de  Beauvais.  Son  père,  après  avoir 
servi  comme  officier  major  dans  le  régiment  du  Boulonnois, 
était  alors  directeur  général  des  fermes  générales  de  Bre- 
tagne. Le  jeune  de  Briche  voulut  être  militaire  et  entra  à 
14  ans,  comme  cadet,  au  régiment  des  chasseurs  d'Alsace. 
Il  passa  en  1789  dans  le  régiment  de  Royal-Cavalerie  en 
qualité  de  sous-lieutenant.  Ce  fut  trois  ans  après  sa  nomi- 
nation au  grade  de  sous-lieutenant  que  commença  contre  i 
l'Europe  et  les  rois  qui  s'étaient  coalisés  moins  pour  dé-          • 
fendre  le  trône  de  Louis  XVI,  que  pour  arrêter  les  germes 
de  la  Révolution  dont  ils  se  sentaient  menacés,  cette  guerre 
mémorable  de  23  ans  qui  exalta  jusqu'à  l'héroïsme  chefs  et 
soldats.  La  France,  entourée  d'un  cercle  de  fer,  va  s'efforcer 
de  le  rompre  et  le  briser,  et  pendant  plus  de  20  ans  les 
batailles  que  livrèrent  ses  généraux  ne  furent  qu'une  série 
presque  ininterrompue  de  victoires  à  bon  nombre  desquelles 
Briche  fut  présent.  Nous  ne  le  verrons  remettre  l'épée  au 
fourreau  que  lorsque  la  France,  trahie  et  épuisée,  tombera 
amoindrie  et  que  toute  tentative  de  résistance  sera  devenue 
inutile.  D'avril  1792  jusqu'à  la  fin  de  la  même  année,  c'est- 
à  dire  de  Quiévrain  à  Mayence,  ce  n'est  pour  notre  armée 
qu  une  période  d'essai,  pendant  laquelle  les  jeunes  troupes 
amalgamées  aux  anciens  soldats  de  l'armée  royale,  pren- 
nent souvent  contact  avec  l'ennemi  et  s'aguerrissent.  Ce  fut 
pendant  cette  période  d'essais  et  de  tâtonnements  que  les 
officiers  et  sous-officiers  de  l'ancien  régime,  comme  Briche, 
donnèrent  la  mesure  de  leur  valeur,  de  leurs  connaissances 
militaires  et  de  leur  courage  en  instruisant  les  volontaires, 
en  leur  communiquant  leurs  solides  et  brillantes  qualités  et 
en  les  menant  victorieusement  au  feu. 

On  ne  peut  nier  que  ce  fut  parmi  eux  que  se  trouva  prin- 
cipalement cette  pépinière  d'officiers  et  de  généraux  qui 
sauvèrent  la  France  et  formèrent  d'incomparables  troupes. 


-  28-2  - 

La  mort  de  Louis  XVI  ne  fit  qu'aggraver  la  situation  de 
notre  pays  en  faisant  se  liguer  contre  lui  tous  les  États  qui 
avaient  hésité  jusqu'alors.  Dès  le  commencement  de  1793, 
la  France  est  menacée,  sur  toutes  ses  frontières  terrestres  et 
maritimes,  pendant  que  ses  forces,  réduites  à  trente  dépar- 
tements qui  sont  restés  fidèles,  ont  encore  à  combattre  à 
l'intérieur  tous  les  autres  départements  révoltés,  Lyon,  la 
Vendée  et  les  Bretons.  A  ces  périls  qui  auraient  pu  anéantir 
la  France,  la  Convention  opposa  des  mesures  de  défense 
d'une  énergie  surprenante,  et  si  elle  fut  farouche  elle  fut 
libératrice.  Tout  le  pays  est  mis  en  état  de  siège  et  quatorze 
armées  (1,20.0,000  hommes),  dès  mars  1793,  assurent  la 
défense  à  l'intérieur  et  aux  frontières.  C'est  que,  heureu- 
sement, aux  mesures  d'énergie  antique  de  la  Convention, 
avaient  répondu  l'enthousiasme,  la  vaillance  et  l'entrain  des 
chefs  et  des  soldats. 

Dès  les  premières  campagnes,  Briche  s'était  fait  remar- 
quer de  ses  chefs  et  fut  quelque  temps  sous  les  ordres  du 
général  Thouvenot,  aide- de-camp  de  Dumouriez,  dont  le  nom 
sera  inscrit  plus  tard  sur  l'Arc-de-Triomphe,  à  côté  du  sien. 
Nous  n'avons  pu  trouver  à  quel  moment  il  fut  nommé  lieu- 
tenant, mais  en  1796  il  est  promu  capitaine.  En  1799  il  était 
chef  d'escadron  au  11*  hussards,  qui  faisait  alors  partie  de 
l'armée  envoyée  en  Italie  pour  arrêter  Souvarow  dans  sa 
marche  vers  notre  frontière.  A  la  fin  de  la  sanglante  bataille 
de  la  Trebbia  (17,  18  et  19  juin)  la  défaite  se  changeait 
presque  en  déroute,  lorsque  Briche  rallie  600  soldats  de 
toutes  armes,  couvre  la  retraite  avec  cette  poignée  d'hommes 
et  malgré  les  efforts  d'un  ennemi  furieux  et  victorieux,  par- 
vient à  Modène  sans  avoir  été  entamé.  Le  général  en  chef 
Macdonald  le  cite  avec  éloge  dans  son  rapport  au  Directoire. 

L'année  suivante,  le  14  juin  1800,  Briche  contribua  puis- 
samment, par  la  vigueur  de  ses  charges  brillantes  et  multi- 
pliées, au  gain  de  la  bataille  de  Marengo.  Il  fit  partie  ce 
jour-là  de  ces  400  cavaliers  commandés  par  Kellermann,  qui 
se  précipitèrent  contre  la  fameuse  colonne  des  8,000  grena- 
diers hongrois,  la  rompirent  et  lui  firent  déposer  les  armes. 


—  283  — 

La  même  année,  le  25  décembre,  sous  les  ordres  de  notre 
compatriote  le  général  Brune,  il  assistait  à  la  bataille  de 
Pozzolo  (Pont  du  Mincio),  victoire  de  l'armée  dltalie  sur  le 
général  en  chef  autrichien  Bellegarde,  successeur  de  Molas. 
Son  ardeur  et  son  courage  le  portaient  à  joindre  l'ennemi 
des  premiers,  et  après  cette  bataille,  au  passage  du  Mincio, 
il  fit  prisonniers  de  sa  main  un  major  autrichien  et  plusieurs 
cavaliers.  Actif,  résolu,  infatigable,  il  excellait  dans  cet  art 
de  la  cavalerie  légère  qui  consiste  à  pousser  des  reconnais 
sances,  surprendre  et  inquiéter  Tennemi  et  conduire  des 
partis.  Dans  ces  sortes  d'expéditions  les  soldats  avaient  en 
lui  une  entière  confiance  et  briguaient  l'honneur  de  le 
suivre  Avec  un  tel  guide  ils  se  croyaient  à  l'avance  assu- 
rés du  succès  et  jamais  il  ne  trompa  leur  attente.  Ses  opi- 
nions royalistes,  qu'il  ne  dissimulait  pas  et  pour  lesquelles 
il  fut  plusieurs  fois  inquiété,  expliquent  son  retard  à  l'avan- 
cément  malgré  de  superbes  états  de  service.  Il  ne  fut  nommé 
colonel  qu'au  début  de  la  campagne  d'Allemagne  de  1806. 
Le  10  octobre  il  assiste,  à  la  tête  du  10*  hussards,  au  combat 
de  Saalfeld,  victoire  de  Lannes  sur  le  corps  du  prince  Louis 
de  Prusse.  Ce  jour-là  le  9*  régiment  de  hussards,  arrêté  à  la 
vue  d'une  batterie  de  32  pièces  de  canons,  s'étonne,  hésite 
et  tourne  bride  devant  la  cavalerie  prussienne.  De  Briche 
s'indigne  en  entendant  l'ennemi  pousser  des  cris  de  victoire, 
il  communique  son  ardeur  aux  braves  qu'il  commande,  il 
s'élance  à  leur  tête,  atteint  la  cavalerie  prussienne,  l'arrête, 
l'étonné  à  son  tour,  et  la  poussant  devant  lui,  il  marche 
audacieusement  sur  la  batterie  et  l'infanterie  qui  la  défend. 
En  quelques  minutes  4,000  Saxo-Prussiens  sont  sabrés,  faits 
prisonniers,  et  la  batterie  de  32  canons  prise  !  !  C'est  dans  ce 
brillant  combat  que  le  prince  Louis  de  Prusse,  engagé  corps 
à  corps  avec  un  maréchal-des-logis,  fut  tué  d'un  coup  de 
pointe  après  avoir  refusé  quartier  :  Cuindé  était  le  nom  de 
ce  sous-ofQcier  du  10"  hussards  commandé  par  notre  grand- 
oncle. 

Nous  ne  voulons  pas  insister  sur  tous  les  combats  et 
batailles  où  le  nom  de  Briche  est  cité  avec  éloge  :  léna, 


—  284  — 

Schalitz,  Ticoczim,  les  coteaux  de  la  Saxe,  les  plaines  de  la 
Pologne  virent  de  Briche  à  la  télé  de  ses  cavaliers. 

En  1808,  des  bords  du  Niémen,  il  fut  envoyé  sur  les  bords 
de  la  Sègre  en  Catalogne,  et  c'est  dans  cette  rude  et  meur- 
trière campagne  d'Espagne  qu'il  va  continuer  sa  chevauchée 
et  conquérir  un  nouveau  grade.  Il  assiste  au  siège  de  Sarra- 
gosse  où  Lannes  le  cite  dans  ses  rapports.  Envoyé  par  le 
maréchal  Lannes,  avec  2  bataillons,  600  hussards  et  4  pièces 
de  canon,  pour  établir  les  communications  avec  l'armée  de 
Catalogne  commandée  par  Gouvion-Saint-Cyr,  il  prouva 
encore  par  son  succès  inespéj'é  que  rien  n'était  impossible 
à  ses  soldats.  Enveloppé  dans  les  gorges  du  Mont-Serrat 
par  l'armée  de  Reding  qui  comptait  30,000  hommes,  il  sut 
par  des  prodiges  de  valeur  et  d'endurance,  se  dégager  et 
remplir  sa  mission  en  passant  sur  le  ventre  de  l'ennemi. 
Tant  d'audace  étonna  même  le  7*  corps,  auquel  cependant 
le  général  Gouvion-Saint  Cyr  avait  appris  à  trouver  peu  de 
choses  difficiles.  Ce  général  retint  six  mois  auprès  de  lui  ce 
détachement  qui  avait  donné  des  preuves  d'une  si  rare  in- 
trépidité. Les  obstacles  qu'il  avait  surmontés  parurent  si 
grands,  que  le  ministre  ordonna  au  colonel  Briche  de  reve- 
nir en  France  lui  rendre  compte  de  sa  mission.  Après  son 
voyage  en  France  il  revint  en  Espagne  et  contribua  grande- 
ment, par  son  intrépidité,  à  la  victoire  de  Soult  à  Occana, 
sur  l'armée  espagnole  d'Arezaga,  ce  qui  lui  valut  le  grade 
de  général  de  brigade  (19  nov.  1809).  Ses  états  de  service 
portent  encore  le  nom  de  batailles  ou  combats  de  Merida, 
Albuquerque,  Talavera,  Badajoz,  Albufeira,  passage  de 
Fuentès,  Cantos,  la  Gebora. 

En  1813,  il  est  rappelé  en  Saxe  où  il  sut  toujours  commu- 
niquer son  ardeur  aux  troupes  qu'il  commanda,  qu'elles 
soient  françaises  ou  wurtembergeoises.  Les  charges  de  sa 
brigade  contribuèrent  aux  victoires  de  Lutzen  et  Baulzen, 
et  c'est  après  Bautzen  qu'il  fut  nommé  général  de  division. 
Le  roi  de  Wurtemberg,  flatté  des  éloges  qu'avait  obtenus  sa 
cavalerie  légère  commandée  par  Briche,  lui  envoya  la  croix 
de  commandeur  de  Tordre  royal  du  Mérite  militaire,  dislinc- 


—  285  — 

tion  rare  à  cette  époque.  Pendant  toute  la  durée  de  cette 
campagne  de  Saxe,  le  général  de  Briche  se  multiplia,  et  par 
son  activité  et  les  bonnes  dispositions  qu'il  fit  prendre  à  ses 
régiments,  s'efiforça  de  suppléer  au  manque  de  cavalerie. 
On  sait  en  effet  que  manquant  de  cavalerie,  Napoléon  ne 
put  compléter  ses  victoires  de  Lutzen  et  de  Bautzen  en  pour- 
suivant et  dispersant  l'ennemi. 

Notre  grand-oncle  ne  se  distingua  pas  moins  dans  la  cam- 
pagne de  France,  soit  en  défendant  les  défilés  des  Vosges 
contre  les  Cosaques,  soit  à  l'attaque  du  pont  de  Clerci  près 
Troyes,  soit  à  Brienne  et  Rambervilliers.  Le  28  janvier,  les 
collines  du  Val  de  l'Aube,  près  de  Brienne,  venaient  d'être 
occupées  par  une  très  forte  avant  garde  des  coalisés,  et  de 
Briche  se  trouvait  à  ce  moment  assez  éloigné  de  sa  division 
de  vieux  dragons,  accompagné  seulement  de  quelques  cava- 
liers et  de  ses  ordonnances.  Il  rassemble  ce  qu'il  peut  de 
monde  et  n'hésite  pas  à  charger  l'ennemi,  qui  fut  mis  en 
déroute. 

Après  cette  longue  période  de  guerre,  Briche  ne  déposa 
les  armes  qu'au  retour  des  Bourbons,  pour  qui  il  n'avait 
jamais  caché  ses  sympathies.  Ils  le  nommèrent  chevalier  de 
Saint-Louis  le  19  juillet  1814.  Il  leur  avait  juré  fidélité  et 
prouva  peu  après  comment  il  savait  tenir  son  serment. 
A  cette  époque  malheureuse,  l'armée  justement  flère  de  sa 
gloire,  ne  voulut  pas  se  soumettre  au  nouvel  ordre  de  choses 
et  en  nombre  de  villes  la  population  partagea  les  sentiments 
des  militaires.  Louis  XVIII  avait  confié  au  général  Briche 
le  commandement  du  Gard,  et  c'est  à  Nîmes  que  les  Cenl- 
Jours  vinrent  le  surprendre.  A  la  nouvelle  du  retour  de 
Napoléon  les  troupes  se  soulèvent,  le  surprennent  désarmé 
et  elles  osent  penser  que  la  crainte  de  la  moi^t  pourra  plus 
sur  leur  général  que  les  séductions  et  les  promesses.  Abreuvé 
d'outrages,  traîné  sur  la  place  publique  par  une  soldatesque 
effrénée  que  seconde  une  populace  furieuse,  on  le  menace 
de  mort  s'il  ne  crie  pas  :  Vive  l'Empereur  !  Dans  ce  moment, 
un  des  plus  critiques  de  sa  vie,  il  impose  aux  factieux  par 
sa  fermeté  et  son  courage  :  «  Vous  pouvejg,  leur  dit-il  d'une 


—  286  — 

voix  très  assurée,  frapper  de  mort  le  général  qui  vous  con- 
duisit si  souvent  à  la  victoire,  mais  vous  ne  pour re;sf  jamais 
le  forcer  à  se  déshonorer.  »  Et  jetant  son  chapeau  à  terre,  il 
crie  de  sa  voix  de  commandement  :  Vive  le  Roi  !  Son  attitude 
produisit  parmi  les  soldats  un  de  ces  revirements  subits 
auxquels  les  foules  sont  sujettes,  et  les  soldats  se  mirent  à 
protéger  contre  la  populace  l'homme  qu'un  instant  avant  ils 
menaçaient  de  mort. 

Le  Dictionnaire  de  Biographie  universelle  de  Feller,  dont 
la  publication  date  de  1836,  époque  rapprochée  des  événe- 
ments dont  nous  parlons,  rapporte  qu'il  ne  «  put  réprimer 
iinsurrection  de  ses  soldats  en  faveur  do  Bonaparte,  et 
que,  conduit  par  eux  prisonnier  à  Paris,  il  eût  été  mis  en 
jugement,  si  sa  femme  n'eût  obtenu  qu'on  se  bornerait  à  le 
rayer  de  la  liste  des  officiers  généraux  ».  Nous  ne  trouvons 
confirmation  du  fait  dans  aucun  autre  document,  malgré  nos 
recherches,  mais  s'il  ne  fut  pas  mis  en  jugement  pendant 
les  Cent-Jours,  il  fut  sûrement  destitué  et  exilé  à  Melun. 
En  même  temps  que  lui  furent  aussi  destitués  le  colonel 
d'Ambrugeac,  du  10*  de  ligne;  les  généraux  d'Aultanne, 
Ernouf,  Monnier,  Loverdo,  et  les  préfets  du  Var,  Bouches- 
du-Rhône,  Basses- Alpes ,  Vaucluse,  Gard  (Henry  Hous- 
saye,  1815). 

A  la  seconde  Restauration,  le  titre  de  vicomte  et  la  croix 
de  commandeur  de  Saint-Louis  furent  la  récompense  de  sa 
fidélité.  Le  lieutenant-général  de  Briche  commanda  succes- 
sivement les  9*,  4*  et  8'  divisions  militaires  (1).  Il  pacifia  le 
Languedoc  et  éteignit  en  Touraine  les  germes  de  la  guerre 
civile.  En  1816  il  présida,  malgré  les  démarches  les  plus 
actives  qu'il  fit  pour  s'y  soustraire,  la  Commission  militaire 
qui  condamna  à  mort  à  l'unanimité  le  général  Mouton- 
Duvernet  qui  avait  été  compris  dans  l'ordonnance  royale  du 
24  juillet  1815.  Cette  ordonnance  livrait  aux  tribunaux  mili- 
taires dix-huit  généraux,  sous  l'inculpation  d'avoir  trahi  le 

(1)  Rapports  du  général  Briche,  Nimes,  20  et  28  août  et  23  septembre 
(Arch.  de  la  Guerre).  Rapports  du  général  Briche,  Montpellier,  16  sep- 
tembre et  28  novembre  (Arch.  de  U  Guerre). 


—  287  — 

Roi.  Jusqu'à  sa  mort  il  ne  cessa  de  dire  que  ce  fut  le  plus 
douloureux  épisode  de  sa  vie  militaire,  et  historiens  sin- 
cères, nous  ne  pouvions  en  passer  sous  silence  cette  phase 
terrible  et  malheureuse. 

Mis  par  les  faits  et  les  circonstances  dans  l'obligation  de 
condamner  un  compagnon  d'armes  avec  qui  il  avait  fait  la 
guerre  d'Espagne,  il  ne  négligea  rien  pour  obtenir  une  com- 
mutation de  peine  ;  mais  tous  ses  efforts  se  brisèrent  devant 
la  volonté  formelle  de  Louis  XVIII. 

Il  commandait  la  8"  division  militaire  lorsqu'il  mourut  à 
Marseille  le  21  mai  1825,  après  une  maladie  de  quelques 
semaines.  Il  vit  arriver  la  mort  qu'il  avait  bravée  tant  de 
fois  avec  le  courage  du  soldat  et  la  confiance  du  chrétien. 

Son  nom  est  inscrit  à  l'intérieur  de  l'Arc-deTriomphe, 
entre  ceux  des  généraux  Meunier  C.  et  Thouvenot. 

Connaissant  l'homme  de  guerre,  il  nous  faut  aussi  con- 
naître l'homme  privé.  Vivant  depuis  l'âge  de  14  ans  dans  les 
régiments  et  les  camps,  il  n'avait  pas  eu  le  temps  d'ap- 
prendre le  beau  langage  qu'on  parle  dans  les  salons  et  il 
avait  conservé  une  franchise  toute  militaire  parfois  un  peu 
rude.  Ses  expressions  n'étaient  pas  toujours  académiques, 
comme  écrit  le  général  Thiébault  :  «  Briche  commandait 
pour  h  roi  très  chrétien  la  division  de  Tours,  et  ayant  à 
dîner  le  duc  de  Duras  et  voulant  lui  faire  boire  du  Madère 
que  celui-ci  refusait,  lui  dit  devant  vingt  convives  :  Avalez 
ce  muy  duc,  ou  je  vous  le  f...  en  lavement.  » 

C'était  cependant  un  lettré,  comme  le  montrent  ses  nom- 
breux rapports  et  sa  correspondance,  et  on  ne  s'explique  pas 
comment  ces  hommes,  toujours  en  campagne,  ont  pu  cul- 
tiver les  belles-lettres.  Ses  connaissances  étaient  très  éten- 
dues et  il  avait  de  l'esprit.  Son  premier  abord  était  froid, 
raais  il  était  bon  et  serviable.  Il  eut  pu  exercer  de  terribles 
vengeances  contre  ceux  mêmes  qui  avaient  menacé  sa  vie 
pendant  les  troubles  de  Nimes,  et  il  n'usa  de  son  influence 
que  pour  arrêter  l'effusion  de  sang  et  sauver  ses  ennemis. 
Il  ne  se  servit  de  son  crédit  auprès  du  roi  et  des  ministres 
que  pour  faire  donner  des  places  à  de  vieux  soldats  qui 


—  288  - 

avaient  été  parmi  les  révoltés  de  Niraes.  Il  fut  bon,  même 
pour  ceux  qui  insultèrent  à  sa  fidélité.  Intègre,  le  vicomte 
de  Briche,  au  lieu  d'accroître  sa  fortune  comme  beaucoup 
de  généraux  de  l'Empire,  dépensa  une  partie  de  la  sienne 
au  service  de  son  pays  et  de  ses  amis  et  ne  laissa  à  sa  femme 
et  ses  enfants  qu'une  très  modeste  situation.  En  1812,  il 
avait  épousé  la  fille  du  général  Harty  de  Pierrebourg(l); 
de  ce  mariage  naquirent  deux  garçons  et  deux  filles,  et 
Tainé  des  fils  fut  tenu  sur  les  fonts  baptismaux  par  le  Dau- 
phin. 

Dans  le  cours  de  ses  campagnes,  Briche  séjourna  plusieurs 
fois  à  Brive  chez  son  beau-frère,  Antoine  Dubousquet,  où  il 
fut  même  soigné  d'une  blessure  dont  il  avait  été  atteint  à  la 
fin  de  la  deuxième  campagne  d'Italie,  comme  nous  l'avons 
déjà  dit  au  commencement  de  cette  biographie.  Il  avait  été 
blessé  plusieurs  fois  sans  grande  gravité.  A  un  de  ses  re- 
tours d'Espagne  il  fit  présent  à  son  neveu  Dubousquet  (2) 
d'une  paire  de  pistolets  d'arçon  que  Tun  de  nous  (3)  possède 
encore  et  avec  lesquels  il  s'est  exercé  à  tirer  dans  sa  jeu- 
nesse. 

Si  nous  avons  tenté  de  faire  revivre  celte  figure  militaire, 
ce  n*est  pas  par  vanité  familiale,  notre  but  est  plus  élevé. 
Nous  sommes  en  effet  de  ceux  qui  pensent,  comme  Bourget, 
que  les  œuvres  des  morts  ne  doivent  pas  disparaître  avec 
eux,  mais  se  prolonger  dans  les  générations  suivantes.  Nous 
devons  les  enseigner  à  nos  enfants,  car  une  nation  pour  qui 
les  générations  futures  ne  compteraient  pas,  ne  serait  pas 
plus  une  nation  que  celle  où  toute  solidarité  serait  brisée 
entre  les  ancêtres  et  leurs  descendants.  Il  faut  dire  avec 
Bourget  (4)  que  la  force  traditionnelle  doit  faire  équilibre  à 
la  force  contemporaine,  et  les  nations  qui  ont  brillé  dans  le 


(1)  Lun  de  nous.  Henri  Dubousquet,  a  été  souvenl  reçu  à  Paris, 
vers  1848.  chez  la  vicomtesse  de  Briche,  qui  était  encore  une  femme 
superbe  et  charmante. 

(2)  Père  d'Henri  et  Louis  Dubousquet,  sous-préfet  de  Brive  et  re- 
présentant du  peuple  en  1848. 

(3)  Le  docteur  Dubousquet. 

(4)  La  crise  du  Parlementarisme  {Revue  Hebdomadaire,  1908). 


—  289  - 

inonde  ont  été  toutes  des  traditionalistes.  Il  n'est  pas  jusqu'à 
nos  idées,  nos  sentiments  dont  nous  ne  soyons  redevables 
à  ceux  qui  ont  disparu  et  aux  milliers  d'ouvriers  qui  ont 
travaillé  à  faire  la  France  et  la  civilisation  dont  nous  pro- 
fitons, il  y  a  des  solidarités  qui  s'imposent  et  qu'on  ne  peut 
rompre  sans  grand  dommage.  Il  y  a  enfin,  au  plus  intime 
de  nous,  des  morts  qui  parlent  (De  Vogué). 

Docteur  Louis  Dubousquet.  Henri  Dubousquet, 

de  V&yraa. 


SAIT-JDLKME-ÏEIONNAIS 


(1) 


C'est  à  TEglise  qu'un  nombre  incalculable  de  vil- 
les, bourgs  et  villages  de  France  doivent  leur  nais- 
sance ou  leur  épanouissement. 

Et  si  la  paroisse  de  Saint-Julien  ne  doit  au  bienheu- 
reux dont  elle  porte  le  nom  ni  son  origine  ni  sa 
prospérité,  du  moins,  en  se  plaçant  sous  sa  céleste 
protection^  elle  a  témoigné  envers  lui  d'une  religion 
véritable,  et  qui  nous  invite  à  placer  ici  cette  courte 
biographie. 


(1)  C'est  bien  à  tort,  comme  nous  l'avons  observé  ailleurs,  que  la 
Compagnie  d'Orléans  écrit  :  le  Vendômois.  —  A  l'époque  où  nous 
faisions  nos  études,  le  Vendômois  était  un  ancien  petit  pays  réparti 
entre  les  départements  actuels  de  Loir-et-Cher  et  de  Sartbe. 

N'en  serait-il  plus  ainsi  ?... 

Le  Vendonnais  est  un  territoire  très  restreint,  renommé  pour  ses 
excellents  moutons.  Si  j'en  croyois  une  histoire  qui  m'a  été  racontée, 
à  la  veillée,  dans  une  ferme  de  la  commune,  l'illustre  Mgr  Beriaud, 
lui-même,  aurait  célébré,  dans  la  chaire  de  Lubersac,  au  cours  d'une 
tournée  pastorale,  la  gloire  de  ces  moutons. 

Ceux  qui  ont  lu  la  chronique  du  monastère  de  Vigeois  (bonheur  qui 
ne  nous  est  jamais  arrivé)  assurent  que  la  terre  du  Vendonnais  fut 
rançonnée  par  les  pillards  de  la  fin  du  xii"  siècle.  Cela  est  très  malheu- 
reux, mais  c'est  aussi  très  possible. 

Quelqu'un  qui  a  de  l'imagination  m'a  dit  que  l'étymologie  du  nom 
que  porte  ce  petit  «  pagus  »  se  déduirait  de  cette  phrase  :  «  Le  vent 
donnait  »  ...x)u  ...  «  Le  vent  donne...  » 

Et  ceci  est  un  peu  moins  calamiteux,  mais  quelque  peu  moins 

certain. 


—  ?92  - 

Saint  Julien  naquit  à  Vienne,  dans  les  Gaules, 
vers  le  m"  siècle.  La  persécution  sévissant  contre  les 
chrétiens,  Julien  partit  pour  l'Auvergne^  afin  de 
Téviter.  Ce  n'était  point  par  lâcheté^  nous  le  verrons 
tout  à  rheure  ;  c'était  simplement  pour  obéir  au  con- 
seil de  prudence  que  donne  TEvangile  :  Cum  aitlem 
persequentur  vos  in  civiiate  ista^  fugite  in  aliam 
(Matt.  c.  tO,  V.  23). 

A  Brioude,  le  saint-fut  caché  par  une  veuve.  Mais  il 
ne  put  se  résoudre  à  rester  dissimulé  bien  longtemps. 
Il  sortit  donc  de  sa  cachette^  fut  immédiatement 
appréhendé  par  les  ennemi.^  de  sa  foi,  et  reçut  un 
coup  de  hache  meurtrier  qui  lui  trancha  la  tête. 

Ses  bourreaux  firent  trois  tronçons  du  reste  de 
son  corps. 

Le  chef  de  saint  Julien  fut  porté  à  Vienne.  Ses 
membres  furent  ensevelis  à  Brioude  même,  où  ils 
opérèrent  des  miracles.  Grégoire  de  Tours  a  composé 
deux  livres  relatant  les  faits  merveilleux  dûs  aux  re- 
liques du  saint. 

Dès  sa  canonisation,  plusieurs  églises  furent  dédiées 
à  ce  confesseur  de  la  foi  :  deux  de  ces  églises,  au 
moins,  dans  le  diocèse  actuel  de  Tulle.  Il  y  en  avait 
une  à  Tulle  même. 

La  seconde  est  celle  du  Vendonnais.  Celle-ci  a  pos- 
sédé quelques  reliques  du  bienheureux  martyr.  M.  le 
chanoine  Poulbrière  croit,  à  tort,  qu'elles  existent 
encore. 

Sur  la  prière  de  mon  pieux  confrère^  M.  la  curé  de 
Saint- Julien,  j'ai  suffisaniment  officié  dans  cette 
église  pour  la  connaître  bien  et  pouvoir  opposer  hum- 
blement mon  assertion  à  celle  de  M.  Poulbrière. 


—  293  — 


Connaissez-vous  Saint-Julien  ?.. . 

Si  vous  avez  jamais  voyagé  sur  la  ligne  de  Brive  à 
Limoges,  par  Saint-Yrieix  et  Nexon,  vous  avez,  au 
moins,  aperçu  cette  station,  la  dernière  de  la  Cor- 
rèze. 

Et,  si  au  lieu  de  pousser  plus  loin^  vous  êtes  des- 
cendu à  Saint -Julien  même,  vous  avez  eu,  tout 
d'abord,  en  sortant  de  la  gare,  la  perspective  char- 
mante d'une  avenue  bordée  de  peupliers  dont  les 
feuilles,  là-haut,  bruissent  dans  la  lumière!...  Vous 
avez  franchi  délicieusement  les  sept  ou  huit  cents 
mètres  de  cette  avenue  intéressante,  puis  vous  vous 
êtes  trouvé,  soudainement,  sur  la  place  publique. 

Cette  place  affecte,  à  peu  près,  la  forme  d'un 
triangle.  Sur  le  côté  de  droite....  un  côté  brisé...  se 
trouvent  les  hôtels,  parmi  lesquels  celui  a  du  Ven- 
donnais  »  (1).  Dans  ces  hôtels  vous  trouverez  bon 
accueil  et  il  ne  tiendra  qu'à  vous  d'y  manger  d'excel- 
lente cuisine.  Demandez-y  seulement  des  goujons  de 
Ségur  ou  des  truites  de  Saint- Eloi.  Vous  m'en  direz 
des  nouvelles  ! . . . 

Sur  le  côté  de  gauche  vous  apercevrez  le  presbytère, 
puis  l'église^  qui,  par  son  gentil  clocher,  domine  la 
bourgade  et  semble  veiller  avec  sollicitude  sur  les 
maisons  d'alentour. 

Cette  église  a  des  restes  romans,  dit  M.  Poulbrière, 

(1)  Un  bon  point  à  MM.  Lachaud,  pour  avoir  orthoj^raphié  comme 
il  faut. 

T.  XXX.  d  —  3 


—  294  — 

déjà  cité,  mais  appartient  à  la  troisième  période  de 
l'ogive  par  ses  chapelles  latérales  et  son  sanctuaire  à 
nervures. 

Elle  fut  restaurée  en  1776-77,  et  les  belles  boise- 
*  ries  du  chœur  datent  de  ce  temps-là.  De  nouvelles 
réparations  y  ont  été  effectuées,  il  y  a  bientôt  treize 
ans. 

Sur  la  base  du  triangle  que  forme  notre  petite 
place  existent  quelques  maisons  et  ateliers,  parmi 
lesquels  Thabitation  du  <r  tambour  de  ville  »,  lequel 
est,  en  même  temps,  un  musicien  réputé. 

Comment  ne  le  serait-il  pas,  à  la  façon  peu  com- 
mune dont  il  souffle  dans  le  «  pifre  »?... 

La  mairie  et  quelques  autres  constructions  se  dissi- 
mulent discrètement  derrière  celles  que  nous  venons 
de  mentionner,  ou  s'en  éloignent  un  peu,  comme 
pour  chercher  plus  de  calme. 

Car  sous  les  tilleuls  de  la  place,  s'érige  la  fontaine 
municipale  ;  c'est  là  que  les  ménagères,  venant  cher- 
cher de  Teau  pour  «  monter  la  soupe  y>,  se  passent  la 
chronique  du  jour^  et  que^  semblables  à  des  poulains 
échappés,  les  enfants  sortant  de  classe  vont  boire,  pa- 
tauger et  s'arroser  mutuellement  en  criant. 

Mais,  déjà,  voici  le  soir  !  Les  clameurs  s'apaisent 
peu  à  peu  ;  le  recueillement  règne  maintenant  sur  la 
place.  Seule^  une  vieille  femme  attardée  se  presse  de 
rentrer,  et,  passant  devant  la  croix  de  la  Mission 
qu'enveloppent  déjà  les  ténèbres^  elle  esquisse  le  si- 
gne du  chrétien,  tandis  que  sa  bouche  édentée  mur- 
mure une  prière 


—  295  — 

Malgré  les  sept  trains  de  voyageurs  qui  passent  tous 
les  jours  à  leur  petite  gare  et  semblent  les  exciter  par 
les  appels  stridents  des  locomotives,  les  habitants  de 
Saint-Julien  restent  tranquillement  chez  eux. 

C'est^  sans  doute,  très  intéressant  de  s^entasser  dans 
des  wagons  surchauffés,  de  déjeuner  en  dix  minutes 
dans  un  buffet  encombré  de  clients  soufflant  comme 
des  Tritons  sur  un  potage  qui  ne  veut  pas  froidir.... 
Mais  admire  qui  voudra. 

Ces  braves  gens  vivent,  quant  à  eux,  de  cette  bonne 
façon  d'autrefois  où  Ton  ne  brûlait  pas  la  vie  en  qou- 
rant,  mais  où  la  vie,  exempte  de  fièvre,  ne  vous 
brûlait  pas  non  plus. 

Alors  que  beaucoup  de  contemporains  n'ont  pas  le 
loisir  de  manger,  ils  ont^  eux,  après  le  travail,  celui 
de  se  distraire  en  famille,  de  boire  même  une  roquille 
à  Tauberge  et  de  repasser,  en  devisant,  Thistoire  du 
pays. 

C'est  ce  que,  succinctement,  nous  allons  faire  avec 
eux. 


Saint-Jûlien  avait  été  de  la  châtellenie  de  Saint- 
Yrieix,  car  il  faisait  partie  du  Haut-Limousin. 

M.  Clément-Simon  nous  rappelle  (à  moins  qu'il  ne 
nous  l'apprenne,  comme  il  est  arrivé  pour  moi-même) 
que  notre  paroisse  fut  désignée  sous  le  nom  de  :  Pré- 
vôté de^la  Basse-Marche. 

Il  est  parlé  de  Saint-Julien  dans  de  très  vieux  do- 


—  296  - 

cuments  :  on  y  voit,  en  particulier,  que  cette  paroisse 
embrassait  une  partie  de  Ségur,  comme  faisait^  do 
son  côté,  Saint-Eloi. 

Guillaume  de  Bretagne,  comte  de  Penthièvre  et  de 
Périgord,  par  testament  du  24  août  1454,  fait  au  châ- 
teau dudit  Ségur^  constitua  une  rente  au  profit  de 
cette  église  et  de  Téglise  de  Saint-Eloi,  sous  la  con- 
dition d'une  messe  annuelle. 

Près  de  cent  ans  ensuite,  un  certain  Jacques  du 
Mas  reçoit  du  roi  de  Navarre^  qui  était  seigneur  de 
Ségur,  Tadministration  de  la  justice  sur  une  partie  de 
Saint-Julien. 

Le  chapitre  collégial  de  Saint- Yrieix  eut  à  s'occu- 
per de  notre  paroisse  relativement  au  temporel. 

C'est  ainsi  que  la  Cellèrerie  (1)  se  rattacha  aux 
possessions  de  ce  chapitre. 


(1)  On  dit  souvent  Cellèlerie  et  le  propriétaire  de  ce  domaine  em- 
ploie cette  orthographe.  Le  tout,  croyons-nous,  par  abus.  Car  ce  nom 
est  incontestablement  tiré  du  vocabulaire  monastique.  On  appelait 
a  Cellèrerie  »  l'habitation  ou  les  magasins  du  Cellérier.  Et  le  Gellé- 
rier  était  celui  qui  pourvoyait  à  la  nourriture  des  religieux  d'un  cou- 
vent. Or,  on  comprendra  que  la  susdite  Cellèlerie  ait  été  une  cellère- 
rie et  que  c'est  l'appellation  qu'il  faut  lui  restituer,  quand  on  saura 
qu'indépendamment  du  nom  que  l'on  sait  et  du  fait  que  nous  avons 
rapporté,  lesquels  fixent  incontestablement  la  probabilité,  existent  des 
preuves  morales  qui  donnent  une  quasi* certitude. 

Ainsi  : 

1*  Non  loin  de  là,  il  y  a  un  endroit  dit  «  Les  Dames  ».  J'avoue 
n'être  pas  documenté,  mais  ne  pouvait-il  pas  y  exister  un  couvent  de 
religieuses,  de  Dames,  dont  le  magasin  de  vivres  aurait  été  à  La 
Cellèlerie^  qui  en  aurait  gardé  le  nom  légèrement  altéré  ? 

2*  Dans  la  commune  de  Saint-Eloi,  mais  tout  près  également,  car 
cette  commune  est  limitrophe  de  Saint-Julien,  à  un  petit  terroir  qu'on 
appelle  «  Les  Buis  »  et  qui  est,  en  efifet,  une  buissière,  il  y  a  l'em- 
placement et  même  quelques  ruines  d'une  ancienne  et  vaste  construc- 


i 


—  297  — 

La  Penchènerie  et  la  Forêt  furent  des  domaines 
dont  le  revenu  était  perçu  par  ce  même  chapitre. 
J'ai  eu  en  mains  plusieurs  quittances  délivrées  aux 
fermiers  de  ces  terres  par  un  chanoine  Bayle,  délégué 
pour  ce  faire  par  ses  confrères  arédiens  (1). 


Le  premier  curé  que  nous  voyons  mentionné  est 
M.  Tabbé  Dupuy,  1602.  Ensuite  viennent  :  M.  Du- 

tion.  Pour  le  vulgaire,  ce  fut  un  château.  Quelques  personnes  érudi- 
tes  m'ont  assuré  que  ce  fut  un  monastère. 
N'est-ce  pas  une  présomption  de  plus  en  faveur  de  la  Cellèrerie  ? 

Et  puis  ce  n'est  pas  tout  :  ce  que  l'on  s'obstine  à  nommer  celièlerie 
ayant  été  une  véritable  cellèrerie,  en  a  conservé  à  peu  près  l'appella- 
tien,  comme  nous  le  voyons  ;  mais,  surtout,  en  a  gardé  les  attitudes 
de  maison  d'abondance  qui  rappellent  son  passé  :  je  veux  dire  des  ha- 
bitudes d'hospitalité  qui  sont  sa  marque  distinctive. 

Quel  est  le  visiteur  ou  le  commissionnaire  qui  soit  jamais  revenu 
de  la  Cellèrerie,  à  laquelle  nous  restituons  définitivement  son  vérita- 
ble nom,  sans  «  casser  une  croûte  et  boire  un  petit  coup  »  ?... 

(1)  Etymologie  : 

Penchènerie  =  carderie,  lieu  où  l'on  sérance  la  filasse.  La  Penchè- 
nerie fut,  précédemment,  quelque  construction  féodale  :  château,  re- 
paire, etc Les  débris  de  cette  construction  servirent  à  l'édification 

de  la  maison  actuelle  de  la  Penchènerie. 

Nous  parlons,  on  le  comprend,  de  la  Penchènerie-Basse.  Car  depuis 
une  vingtaine  d'années  il  y  a  une  Penchènerie  Hante.  —  Bien  que 
nous  ayons  dans  cette  maison  de  bons  amis,  nous  ne  pouvons  leur 
conférer  une  antiquité  qu'ils  ne  possèdent  pas. 

La  Forêt  fournit  une  etymologie  sur  laquelle  il  est  inutile  d'insis- 
ter. Mais  rien  de  sauvage,  là-dedans.  Nous  y  avons  reçu,  plusieurs 
fois,  une  hospitalité  des  plus  aimables.  Et  nous  y  avons  entendu  tou- 
cher du  piano  comme  on  a  de  la  peine  à  le  faire  dans  les  milieux  les 
plus  artistes. 

Indépendamment  de  la  Penchènerie  et  de  la  Forêt,  il  y  a,  dans  la 
commune,  un  autre  grand  domaine  :  c'est  celui  du  Verdier,  apparte- 
nant à  M.  Hougier.  Cette  propriété-là  doit  avoir  son  histoire.  Mais 
on  nous  pardonnera  de  ne  pas  la  raconter  :  nous  ne  la  savons  pas  !... 


—  298  — 

mas,  1723;  M.  Champalimard,  1761  ;  M.  de  Gay  de 
Vernon,  1782. 

A  répoque  de  la  Révolution,  le  curé  était  M.  de 
la  Morélie  des  Biards  (1),  qui  fut^  après  la  Tourmente, 
curé  de  Saint- Yrieix-la-Perche,  sa  ville  natale,  où  il 
mourut  en  1817. 

A  cette  même  Révolution,  le  presbytère  fut  vendu 
comme  bien  national.  11  fut  acheté  par  un  M.  Rey- 
naud,  ascendant  du  propriétaire  actuel  de  la  Cellè- 
rerie,  et  mis  à  la  disposition  de  Tévêque  pour  y  loger 
le  desservant. 

Ce  presbytère  est,  aujourd'hui,  par  suite  de  la  loi 
sur  la  séparation  de  TEglise  et  de  TEtat,  l'objet  d'une 
contestation  entre  la  commune  de  Saint-Julien  et  les 
héritiers  de  l'acquéreur. 

En  1803,  M.  Tabbé  de  Beaune-Larivière  prit  pos- 
session, sous  le  régime  du  Concordat,  de  cette  maison 
presbytérale  ;  elle  passa,  en  1812,  à  M.  Gouyon;  en 
1825,  à  M.  Dubaï.  Ce  M.  Dubaï,  que  Mgr  Bertaud 
appelait  le  <r  Chrysostôme  champêtre  »,  s'y  trouvait 
encore  à  la  Révolution  de  1848  ;  il  eut  considérable- 
ment à  souffrir  de  la  part  de  quelques  paroissiens. 
Mais  laissons  ce  souvenir 

Nous  trouvons  après  M.  Dubaï,  qui  fut  l'oncle  par 
alliance  de  M.  le  Maire  actuel,  les  abbés  Treil,  Roux, 
Teillol,  Prochasson,  Margerie. 

Vers  1886,  le  curé  de  la  paroisse  était  M.  Magne^ 
docteur  en  théologie,  et  frère  d'un  autre  abbé  Magne, 
au  même  moment  curé  de  Saint-Eloi. 

(t)  Il  y  a,  dans  la  région,  les  ruines  et  les  souterrains  d'un  château 
de  la  Morélie,  lequel  était,  au  Moyen-Age,  un  fief  de  la  seigneurie  de 
Payzac. 


—  299  — 

En  i 893-94,  le  curé,  M.  Gayon^  était  bineur  de  ce 
même  Saint-Eloi,  qui  n'avait  pas,  alors,  de  titulaire. 
Le  prêtre  qui  a  vu,  à  Saint-Julien,  la  fin  du  régime 
concordataire,  est  le  curé  actuel,  M.  Tabbé  Jean  Va- 
lette, anciennement  vicaire  à  Turenne. 

Cet  ecclésiastique  saura  organiser  intelligemment, 
pour  ce  qui  le  concerne,  le  nouveau  régime  du  culte. 
Et  les  historiens  de  l'avenir  n'auront  à  noter,  quand 
il  s'agira  de  cette  paroisse,  que  des  choses  avanta- 
geuses et  des  événements  heureux. 

C'est  notre  vœu  le  plus  sincère. 


P.-J.-B.    JOFFRE. 


TITRES  &  DOCUMENTS 

LE   LIMOUSIN   &   LE  QUERCY 


Les  Abbés  limousins  de  l'Abbaye  nouvelle 
en  gourdonnais 

L'Abbaye  Nouvelle (1),  entre  Gourdon  et  Salviac,  fut 
fondée  en  1242  (n.  st.)  par  les  religieux  d'Obazine  sur 
des  terres  qui  leur  furent  données  par  Guillaume  de 
Gourdon,  seigneur  de  Salviac  (2),  à  qui  devait  succé- 
der dans  cette  seigneurie  Aymeric  de  Malemort.  Fille 
d'une  abbaye  limousine^  il  n'est  pas  étonnant  qu'elle 
ait  eu  à  sa  tête  assez  souvent  des  abbés  limousins. 
Le  premier  abbé  semble  avoir  été  Odo  de  Ventadour. 
Nous  ne  le  connaissons  que  par  l'ancienne  Gallia. . 
Les  auteurs  de  la  nouvelle  Gallia  le  rejettent  pour 
cette  raison  que  dom  Boyer  ne  l'a  pas  trouvé  dans 
les  archives  du  monastère  (3).  La  raison  n'est  guère 

(1)  Commune  de  Léobard,  canton  de  Salviac,  autrefois  en  l'archi- 
prêtré  de  Gourdon,  ce  qui  la  fait  appeler  quelquefois  Notre-Dame-la- 
Nouvelle  en  Gourdonnais,  ou  môme  Notre-Dame  de  Gourdon,  ce  qui 
a  causé  de  nombreuses  confusions. 

(2)  Gallia  I,  col.  187.  On  y  trouve  le  texte  de  la  fondation.  Si  le  tra- 
ducteur de  la  Vie  de  saint  Etienne  (Tulle,  1881)  l'avait  parcouru,  il 
n'aurait  peut-être  pas  écrit,  p.  214,  que  Guillaume  de  Gondon,  sei- 
gneur de  Sauviat,  avait  donné  en  1241  Aubecbassaigne,  alors  que 
Boiran  de  Prevayras  donnait  Groscaires,  etc.  C'est  Guillaume  de 
Gourdon,  seigneur  de  Salviac,  qui  donne  tout  à  la  fois  Albecassagne. 
la  Borie  de  las  Prevayries,  Groscayrou,  etc.  Les  lieux  nommés  par  la 
Gallia  se  retrouvent  encore  dans  les  communes  de  Léobard  et  de 
Salviac.  A  la  suite  de  cette  donation,  mais  assez  loin  pour  qu'il  ne 
s'agisse  pas  de  la  même  fondation,  Guillaume  de  Gourdon  cède  ses 
droits  sur  la  fontaine  de  Meyraguet  et  sur  Blanzaguet.  C'est  sans 
doute  en  qualité  de  coseigneur  de  Belcastel  qu'il  fait  cette  donation, 
laquelle  se  rattache  aux  possessions  d'Obazine  aux  environs  de  Roca- 
madour. 

(3)  l\  suffit  de  lire  le  journal  de  voyage  de  dom  Boyer  (publié  par 
M.  Ant.  Verrière,  Clermont-Ferrand,  1886),  pour  se  rendre  compte 
que  ce  savant  bénédictin  faisait  parfois  un  peu  vite  ses  recherches 
dans  les  archives. 


—  302  — 

péremptoire  puisque  j'ai  trouvé  une  bonne  dizaine 
d^abbés  que  dom  Boyer  n'a  pas  connus,  mais  qui  sont 
pourtant  nommés  dans  les  documents  les  plus  sérieux. 
Les  premiers  successeurs  d'Odo  de  Ventadour  furent 
peut-être  aussi  des  Limousins,  mais  les  documents 
ne  nous  permettent  pas  de  Taffirmer. 

Il  nous  faut  aller  jusque  vers  la  fin  du  xv*  siècle 
pour  donner  des  affirmations  précises,  mais  alors  les 
abbés  limousins  abondent,  malgré  la  médiocrité  des 
revenus  de  TAbbaye  Nouvelle  (1). 

C'est  d'abord  Jean  Loubaudi  ou  Lebaudy,  nommé 
dans  la  Gallia.  La  bulle  de  Sixte  IV,  du  12  octobre 
1477,  adressée  à  Tabbé  de  Meymac  (Limoges)  pour 
lui  faire  subir  Texamen  canonique,  car  il  n'avait  que 
24  ans,  avant  de  lui  donner  l'investiture  au  nom  du 
Pape^  nous  apprend  qu'il  était  moine  de  Bonaigues 
(Limoges).  La  bulle  nous  fait  connaître  également 
qu'il  succédait  à  Jean  de  la  Grange  (abbé  inconnu  à 
la  Gallia  et  sans  doute  des  La  Grange  de  La  Vercan- 
tière).  A  cette  date  le  monastère  n'avait  qu'un  seul 
religieux  et  son  revenu  ne  dépassait  pas  80  livres 
petits  tournois.  L'abbé  pourra  recevoir  la  bénédiction 
abbatiale  du  prélat  de  son  choix  (2).  Jean  Loubaudi  fai- 
sait un  arrentement  en  1479  (d'après  une  pièce  du 
XVII*  siècle). 

Il  eut  pour  successeur,  nous  ne  savons  pas  préci- 
sément à  quelle  date,  Jean  de  Ventadour^  abbé 
d'Obazine  depuis  1476  et  protonotaire  du  Saint-Siège. 


(1)  L'abbaye  est  moins  taxée  sur  les  listes  de  décimes,  même  au 
xiv*  siècle,  que  l'abbaye  séculière  du  Vigan  ou  Téglise  de  Gourdon» 
dans  le  même  archiprêtré^ 

(2)  Pièces  justificatives,  q*  I. 


—  303  — 

Celui-ci  est  bien  connu  de  tous  les  auteurs  conime 
ayant  eu  à  la  fois  les  deux  abbayes  en  commende. 
A  la  date  du  23  juin  1494  il  payait  en  cour  de  Rome 
pour  le  commun  service  —  ce  qui  me  parait  indi- 
quer une  nomination  toute  récente  —  la  somme  de 
15  ducats  d'or  et  de  68  bolonais.  Nous  avons  à  son 
sujet  une  bulle  du  7  juillet  1502.  Le  peu  de  ressources 
de  la  mense  ne  permettait  pas  à  Tabbé  d'augmenter 
le  nombre  des  religieux  et  de  relever  la  partie  dé- 
truite des  bâtiments  claustraux.  Mais  le  visiteur  de 
Citeaux,  Jean,  abbé  de  la  Faise  au  diocèse  de  Bor- 
deaux, voulait  l'obliger  sous  peine  des  censures  ecclé- 
siastiques, à  entretenir  six  religieux  de  plus  et  à 
réparer  ou  à  reconstruire  à  ses  frais  les  cloîtres,  le 
réfectoire,  le  dortoir  et  l'église,  fixant  pour  cela  un 
terme  assez  court,  et  nommant  lui-même  un  prieur 
claustral.  Il  exigeait  aussi  que  l'abbé  fit  chanter  tous 
les  jours  deux  messes  dans  l'église  du  moustier,  ce 
qui  n'avait  jamais  été  inséré  dans  les  statuts*  Ce 
nouveau  règlement  avait  l'inconvénient  de  trop  exi- 
ger d'une  seule  fois  et  de  léser  grièvement  Jean  de 
Ventadour  qui  aurait  peut-être  fait  quelque  chose  et 
qui  d'ailleurs  ne  fut  pas  cité  ni  convoqué  par  le  visi- 
teur. Il  fit  appel  au  Pape  en  demandant  une  enquête. 
Le  Pape  écrivit  au  prévôt  de  Brivazac^  aux  officiaux 
de  Tulle  et  de  Limoges  de  faire  cette  enquête  en 
présence  des  deux  personnages  intéressés  (2).  Nous  ne 
connaissons  pas  le  résultat  de  cette  enquête;  nous 
savons  seulement  qu'il  n'y  eut  jamais  après  cette 
époque  plus  d'un  ou  de  deux  religieux  à  l'abbaye  de 

(1)  Arch.  Vat.  Introitus  et  ExUua  (Livres  de  comptes),  526,  f.  79  v*. 

(2)  Voir  pièce  justificative,  n*  11. 


—  304  — 

Gourdon,  et  que  les  bâtiments  claustraux  furent  tou- 
jours en  mauvais  état.  Au  xviii*  siècle  il  n'y  avait  de 
bonnes  que  deux  chambres  servant  de  presbytère  au 
curé  de  la  paroisse,  ef  la  moitié  de  Téglise  abbatiale 
seule  était  en  bon  état. 

Le  15  septembre  1518  un  autre  Limousin  succédait 
à  Jean  de  Ventadour.  C'était  maître  Jean  des  PlaSy 
Tainé,  familier  et  commensal  du  cardinal  Julien  de 
Médicis,  le  futur  Clément  VII.  La  date  de  1518  étant 
celle  de  la  mort  de  Jean  de  Ventadour,  pourrait  faire 
croire  que  la  vacance  avait  cette  mort  pour  cause^ 
mais  la  bulle  nous  apprend  que  Tabbaye  était  vacante 
depuis  assez  longtemps  pour  que  la  collation  en  revînt 
au  Pape.  Il  faut  croire  que  Jean  de  Ventadour  avait 
résigné  peu  après  1504,  où  il  assiste  au  chapitre 
général  de  Citeaux  comme  abbé  d'Obasine  et  de  la 
Nouvelle.  La  même  bulle  nous  apprend  que  Jean  des 
Plas  était  recteur  de  Meyssac(l).  Il  ne  tarda  pas  à 
résigner  les  deux  bénéfices  en  même  temps  (3  juillet 
1519),  en  se  réservant  toutefois  une  petite  pension  (?). 
Sans  tarder  d'ailleurs^  son  protecteur,  devenu  pape, 
le  nommait  (15?4)  à  Tévêché  de  Périgueux.  La  famille 
des  Plas,  de  Curemonte,  possédait  à  cette  date  le 
château  de  Salgues,  près  Rocamadour,  c'est  ce  qui 
explique  qu'on  ait  pu  les  dire  d'origine  quercynoise, 
lui  et  son  frère  Annet  qui  le  remplaça  comme  évèque 
de  Bazas,  (voir  Gallia,  I,  col.  1209,  et  II,  col.  1483). 

Après  lui,  et  peut-être  déjà  de  son  temps,  ce  qui 
expliquerait  sa  résignation  si  tôt  effectuée^  l'Abbaye 


(1)  Arch.  Vat.  Reg.  Valic,  1129,  f.  257. 

{%)  Ibid.,  vol.  1137,  f.  73.  —  Je  n*ai  relevé  aux  Archives  Vaticanes  que 
l'analyse  de  cette  bulle  et  de  la  précédente. 


—  305  — 

Nouvelle  était  disputée  entre  divers  compétiteurs. 
L'année  où  le  Pape  la  confère  à  François  de  Lévis 
de  VentadouTj  neveu  de  Jean  de  Ventadour,  nous 
trouvons  avec  le  titre  d'abbés  Jean  Vilaris  (la  Gallia 
met  Vialard),  moine  de  Lagarde-Dieu  qui  obtint  dis- 
pense pour  avoir  d'autres  bénéfices  afin  de  soutenir 
les  frais  du  procès  occasionné  par  celui-là  (1)^  et  Jean 
Vernoujol  ou  Vernojoul,  que  la  bulle  de  François 
de  Lévis  nous  montre  résignant  en  sa  faveur,  sous 
réserve  d'une  petite  pension  de  10  ducats  d'or.  Cette 
bulle  du  5  novembre  1529(2)  nous  fait  connaître  les 
bénéfices  du  nouveau  titulaire  à  cette  date  :  il  est 
évêque  de  Tulle,  abbé  d'Obazine,  prieur  de  Saint- 
Ange  de  Saint-Angel,  chanoine  du  Puy,  archidiacre 
de  Viviers  avec  canonicat  et  prébende  et  prieur  de 
Saint-Michel  de  Charaix(3).  Il  fut  également^  mais 
plus  tard^  on  va  le  voir^  abbé  de  Valette.  M.  Niel, 
dans  son  Histoire  des  Évêques  de  Tulley  a  soutenu 
le  contraire.  Malheureusement,  en  l'absence  de  docu- 
ments, il  a  soutenu  son  opinion  négative  par  des 
arguments  qui  n'ont  aucune  valeur  en  histoire  et  qui 
peuvent  avoir  les  plus  graves  inconvénients^  c'est- 
à-dire  par  des  arguments  a  priori^  des  arguments 
de  sentiment  (4).  Il  fait  mieux  loucher  du  doigt  ainsi 
par  ses  observations  les  abus  trop  réels  des  com- 


(1)  Arch.  Vat.  Re.g,  du  Latran,  1511,  f.  239  v. 

(2)  Voir  pièces  justificatives,  n"  III. 

(3)  Commune  de  Privas  (Ardèche),  prieuré  de  Chanoines  Réguliers 
de  Saint-Augustin  dont  il  ne  reste  rien.  (Docteur  Francus,  Autour  de 
Privas,  1882,  ch.  vuu\ 

(4)  Bulletin  de  la  Société  archéologique  de  Brive,  t.  XI,  p.  109,  sqq. 
Pour  M.  Niel,  supposer  que  François  de  Lévis  avait  pu  garder  tant  de 
bénéfices,  c  ce  serait  supposer  gratuitement  sans  doute  cet  homme, 
ce  prêtre,  cet  évoque  bien  rapace  »,  etc. 


—  306  — 

mendes;  mais  qui  songe  à  excuser  ces  abus?  II  a 
d'ailleurs  fait  deux  abbayes  de  la  Nouvelle  et  de 
Gourdon,  ce  qui  chargeait  encore  davantage  le  béné- 
ficier. Je  donne  la  bulle  de  François  de  Lévis  de 
Ventadour  aux  Pièces  justificatives,  n*"  III. 

Deux  ans  après  avoir  été  investi  de  l'Abbaye  Nou- 
velle, François  permuta  ce  bénéfice  contre  Tabbaye 
de  Valette  avec  son  frère  Charles  de  LéviSj  notaire 
apostolique  du  Saint-Siège^  chanoine  de  Viviers  (peut- 
être  en  remplacement  de  François).  Charles,  présenté 
pour  l'Abbaye  Nouvelle  par  le  roi  de  France,  était 
autorisé  par  le  Pape  à  garder  le  prieuré  de  Saint- 
Priest  (0.  S.  B.)  au  diocèse  de  Limoges.  Par  bulles 
du  même  jour  (2  mars  1531),  François  recevait  l'ab- 
baye de  Valette.  Je  n'ai  pas  fait  copier  les  bulles  des 
deux  investitures,  mais  l'analyse  ci-dessus  en  donne 
l'essentiel  (1). 

On^peut  encore  citer  parmi  les  abbés  limousins  de 
l'Abbaye  Nouvelle^  Hugues  de  Lostanges^  fils  pos- 
thume de  Jean-Louis  de  Lostanges,  marquis  de  Saint- 
Alvère,  qui  posséda  l'abbaye  vers  1650,  et  F.  Baillotj 
curé  de  Saint-Michel  de  Limoges,  abbé  vers  1726^ 
mort  en  1739;  mais  je  ne  possède  aucun  document 
inédit' sur  ces  personnages. 

Les  notes  ci-dessus,  tout  en  complétant  ce  qui  con- 
cerne l'histoire  de  l'abbaye  nouvelle,  auront  l'avan- 
tage de  préciser  un  peu  ce  que  l'on  savait  déjà  et 
d'apprendre  quelque  chose  de  nouveau  sur  les  Li- 
mousins qui  possédèrent  ce  bénéfice^  et  j'ai  pensé  que 


(1)  Arch.  Vat.  Reg.  du  V&L,  1351,  ff.  34  (bulle  de  François)  et  ff.  192 
(bulle  de  Charles). 


—  307  — 


la  Société  archéologique  de  Brive  leur  donnerait  la 
gracieuse  hospitalité  de  son  Bulletin, 


Ed.  Albe. 
PIÈCES  JUSTIFICATIVES 


I 

Bulle  au  sujet  de  la  nomination  de  Jean  Loubaudy, 
moine  de  Bonaigue  6  octobre  i477(l). 

Siztus  etc.  dilecto  filio  abbati  monasterii  de  Meymaco, 
Lemovicen.  diocesis,  salutem  etc.  Solicite  considerationis 
etc..  Dudum  siquidem  provisiones  ecclesiarum  et  monaste- 
riorum  omnium  etc.  Cum  itaque  postmodum  monasterium 
Béate  Marie,  Abbatia  nova  nuncupatum,  Cisterciensis  Or- 
dinis,  Caturcensis  diocesis,  ex  eo  quod  dilectus  filius  Johan- 
nes  de  la  Grangia,  nuper  ipsius  monasterii  abbas,  regimini 
et  administrationi  dicti  monasterii,  cui  tune  preerat,  per 
dilectum  filium  Jacobum  Carpentarii,  canonicum  Leonen- 
sem,  procuratorem  suum  ad  hoc  ab  eo  specialiter  consti- 
tutum,  hodie  in  manibus  nostris  sponte  et  libère  cessit, 
nosque  cessionem  ipsam  duximus  admittendam,  apud  sedem 
ipsam  vacaverit  et  vacet  ad  presens  ;  Nos,  cupientes  eidem 
monasterio,  de  cujus  provisione  nullus  prêter  nos,  hac  vice, 
se  intromittere  potuit  sive  potest,  reservatione  et  decreto 
obsistentibus  supradictis  (2),  ne  longe  vacationis  eiponatur 
incommodis,  de  persona  utili  et  idonea,  per  quam  circum- 
specte  régi  et  salubriter  dirigi  valeat,  providere,  ac  de 
meritis  et  idoneitate  dilecti  ûlii  Johannis  Loubaudi,  mona- 
chi  monasterii  Boneaque,  dicti  ordinis,  Lemovicensis  dio- 
cesis, apud  nos  de  religionis  zelo,  vite  mundicia,  honestate 

(1)  Archives  du  Vatican.  Reg,  du  Latran,  744,  f.  GXXI. 

(2)  Le  décret  réservant  au  Pape  la  collation  des  bénéfices  résignés 
entre  ses  mains  est  cité  au  commencement  de  la  bulle. 


I 

( 


—  308  — 

morum,  spiritualium  providentia  et  temporalium  circum- 
spectione  aliisque  virtutum  donis  multipliciter  commendati, 
certam  noticiam  non  habentes,  ipsumque  Johannem  Lou- 
baudi  a  quibusvis  excommunicationis  etc..  censentes,  dis- 
crétion! tue  per  apostolica  scripta  mandamus  quatenus  de 
meritis  et  ydoneilate  dicti  Johannis  Loubaudi,  qui,  ut 
asserit,  ipsura  ordinem  expresse  professus,  et  in  vicesimo- 
I  quarto  sue  etatis  anno  constilutus  existit,  te  diligenter  in- 

{  formes,  et  si  per  informationem  hujusmodi  ipsum  Johannem 

*  Loubaudi  ad  regimen  et  administrationem  dicti  monasterii 

*  Béate  Marie  utilem  et  idoneum  fore  reppereris,  super  quo 
,  tuam  conscientiam  oneramus,  de  persona  sua  prefato  monas- 

terio  Béate  Marie,  quod  licet  habitu  monasticum  sit,  numéro 
tamen  monachorum  dempto  uno  (ut  etiam  asseritur)  earet, 
,  et  a  monasterio  de  Albasina  (sic),  Ordinis  et  Lemovicensis 

diocesis  predictorum,  dependet,  cujus  fructus  redditus  et 
proventus  octuaginta  librarum  turonensium  parvorum,  se- 
»  cundum   coramunem  extimationem ,    valorem  annuum   (ut 

.  similiter  asseritur)  non  excedunt,  sive  ut  premittilur,  sive 

f  •  alias  quovis  modo,  aut  ex  alterius  cujuscunque  persona  vacet, 

et  ex  quavis  causa  ejus  dispositio  ad  sedem  predictam  spe- 
I  cialiter  vel  generaliter  pertineat,  auctoritate  nostra  provi- 

deas,  ipsumque  illi  preficias  in  abbatem,  curam,  regimen  et 
!  administrationem  dicti  monasterii  Béate  Marie  sibi  in  spi- 

ritualibus  et  temporalibus  plenarie  committendo,  ac  faciendo 
ei  a  conventu,  si  inibi  esse  contigerit,  obedientiam  et  réve- 
il rentiam   et  a  dilectis  filiis  vasallis  et  aliis  subditis  dicti 

*  monasterii  Béate  Marie  consueta  jura  et  servitia  ei  débita 
intègre  exhiberi  etc..  Nos  enim,  si  provisionem  et  prefec- 
tionem  hujusmodi  per  te  vigore  presentium  fieri  contigerit, 
ut  prefertur,  eidem  Johanni  Loubaudi  ut  a  quocunque  ma- 
luerit  catholico  antistite,  gratiam  et  communionem  dicte 
sedis  habente,  munus  benedictionis  suscipere,  ac  eidem 
antistiti,  ut  illud  sibi  impendere  licite  possit,  concedimus, 
ac  cum  eodem  Johanne  Loubaudi,  ut  predicto  monasterio 
Béate  Marie  preesse  ac  illius  curam,  regimen  et  adminis- 
trationem hujusmodi  suscipere,  illudque  in  spiritualibus  et 


-  309  — 

temporalibus  gerere  libère  liciteque  valeat,  defectu  etatis 
prémisse,  quem  ad  id  patitur  in  illius  anno  predicto  consti- 
lutus  ut  prefertur,  ac  Lateranensis  Concilii  et  aliis  aposto- 
liciscoxislitulionibus,  etc..  ceterisque  contrariis  nequaquam 
obstantibus,  auctoritale  aposlolica  tenore  presentium  de 
speciali  gratia  dispensamus.  Volentes  quod  idem  antistes 
qui  prefato  Johanni  Loubaudi  munus  hujusmodi  impendet 
posquam  illud  sibi  impenderit,  ab  eo,  nostro  et  Romane 
ecclesie  nomine,  fidelitatis  débite  solitum  recipiat  juramen- 
tum  etc..  Datum  Rome,  apud  Sanctum  Petrum,  anno  Incar- 
nationis  Dominice  millesimo  quadringcntesimo  sepluagesimo 
septimo,  quarto  Non.  Octobris,  anno  quarto  —  N.  Gravil- 
iiati(l). 


H 

Enquête  demandée  par  Jean  de  Ventadour  contre  un 
règlement  du  visiteur  de  Citeaux  (2)  (1  juillet  1502), 

Alexander  etc.  Dilectis  filiis  Preposito  prepositure  de  Bri- 
vasaco,  Lemovicensis  diocesis,  et  Tutellensi  ac  Lemovicensi 
officialibus  salutem  etc.  Humilibus  etc.  Exhibita  siquidem 
nobis  nuper  pro  parte  dilecti  filii  magistri  Johannis  de  Ven- 
thadoro,  notarii  nostriy  qui,  ut  asserit,  monaslerium  Béate 
Marie  de  Gordonio,  alias  de  Abbatia  nova,  Cisterciensis 
ordinis,  Caturcensis  diocesis,  ex  concessione  et  dispensa- 
tione  apostolica,  obtinet  in  commendam,  petitio  continebat 
quod,  licet  idem  Johannes  in  eodem  monasterio  religiosos 
recipere,  et  edificia  ejusdem,  ultra  quod  illius  ad  hoc  se 
extendant  facultates,  reparare  non  tenealur,  necnon  depula- 
tio  prioris  claustralis  dicti  monasterii  ad  abbatem  seu  com- 
mendatarium  ipsius  monasterii,  pro  tempore  existentem,  de 
an  tiqua  et  approbala  hactenusque  pacifice  observata  consue- 
tudine  légitime  pertineat,  lamen  dilectus  Illius  Johannes, 
abbjs  monasterii  Béate  Marie  de  Feysia,  dicti  ordinis,  Bur- 


(1)  Au  haut  de  la  copie,  en  marge,  Ja.  Bigneti 

(2)  Arch.  Vat.,  reg.  du  Lalran,  1103,  f.  6  v. 

T.  XXX.  3-4 


—  310  — 

degalensis  diocesis,  qui  pro  coraraissario  ad  hoc  per  certos 
difflnitores  ejusdera  ordinis  deputato  se  gerebat,  dictum  mo- 
nasterium  de  Gordonio,  ut  dicebat,  visitando,  quod  idem 
Johannes  commendatarius  sex  religiosos  ultra  inibi  existen- 
tes  recipere,  ac  eis  vite  necessaria  ministrare,  necnon  claus- 
tra, refectorium,  dormitorium  ac  ecclesiam  ejusdem  monas- 
terii  de  Gordonio  suis  impensis,  infra  certos  tune  expressos 
notorie  nimis  brèves  terminos,  restaurare  seu  de  iiovo  cons- 
trui  facere,  quamvis  ad  hoc  ipsius  monasterii  de  Gordonio 
fructvs^  redditus  et  proventus  non  suppetant^  quodque 
singulis  diebus  duas  missas  alta  voce  in  ecclesia  hujusmodi 
celebrare  facere  teneretur,  quamvis  juxta  slatuta  et  consue- 
tudines  dicti  monasterii  de  Gordonio  ad  id  minime  astringa- 
tur,  inter  alia  eodem  Johanne  commendatario  ad  hoc  non 
vocato  nec  citato,  et  quod  idem  Johannes  commendatarius 
premissa  adimplere  sub  certis  censuris  ecclesiasticis  de 
facto  decrevit  et  ordinavit,  ac  in  eodem  monasterio  de  Gor- 
donio certum  priorem  pro  suo  libito  voluntalis,  etiam  de 
facto,  deputavit.  Unde,  pro  parte  ejusdem  Johannis  com- 
mendatarii,  quamprimum  premissa,  ad  ejus  notitiam  deve- 
nerunt,  sentientis  exinde  indebite  se  gravari,  ad  sedem  fuit 
apostolicam  appellatum,  et  deinde  nobis  humiliter  supplica- 
tum  ut  eum  ab  excommunicationis  ac  quibusvis  aliis  sen- 
tentiis,  censuris  et  pénis  ecclesiasticis  in  eum  per  dictum 
Johannem  abbatem,  ac  alias,  premissorum  occasione,  quali- 
tercumque  inflictis,  ad  cautelam  absolvi  mandarc,  nec  non 
appellationis  predicte  ac  post  et  contra  eum  forsan  aitemp- 
tatorum  et  innovatorum  quorumcumque,  nullitatis  ordina- 
tionis  et  decreti  ac  deputationis  et  censurarum  ac  penarum 
hujusmodi  aliorumque  omnium  et  singulorum  per  dictum 
Johannem  abbatem  et  quosvis  alios  in  ipsorum  Johannis 
commendalarii  et  monasterii  de  Gordonio  prejudicium  circa 
premissa  gestorum,  negotiique  principalis  hujusmodi  causas 
aliquibus  probis  vivis  in  partibus  illis  commiltere  aliasque 
in  premissis  ei  oportune  providere  de  benignitate  apostôlica 
dignaremur.  Nos  igitur,  hujusmodi  supplicationibus  incli- 
nati,   discretioni   vestre  per  aposlolica  scripta  mandamus 


-  311  — 

quatenus  vos  vel  duo  aut   unus  vestrum,  vocatis  prefato 
Johanne  abbate  et  aliis  qui  fuerint  evocaadi,  eidem  Johanni 
commendalario,  si  hoc  humiliter  petierit,   recepta  tamen 
prius  ab  eo  cautione  ydonea  super  eo  quo  excommunicatus 
ac  aliis  sententiis  censuris  et  pénis  prediclis  irretilus  habe- 
tur,  quod  si  excommunicationis  et  alias  sententias,  censuras 
et  penas  hujusmodi  in  eum  fuisse  juste  latas  vobis  constite- 
rit,  vestrisque  et  ecclesie  mandatis  parebil,  ab  excommuni- 
cationis ac  aliis  sententiis,  censuris  et  pénis  predictis,  abso- 
lutionis  beneficium  ad  cautelam,  si  et  prout  justum  fuerit, 
auctoritate  nostra,  hac  vice  dumtaxat,  impendatis  ;  super 
aliis  vero,  auditis  hinc  inde  proposilis,  etiam  de  negotio 
principali  hujusmodi  cognoscentes  légitime,   quod  juslum 
fuerit,  appellatione  remota,  decernatis,  facientes  quod  decre- 
veritis  per  censuram  ecclesiasticam  fîrmiter  observari.  Tes- 
tes etc.  Non  obstantibus  etc.  Datum  Rome,  apud  Sanctum 
Petrum,  anno  incarnationis  Dominice  millesimo  quingente- 
simo  secundo,  Non.  Julii,  anno  decimo. 

B.  BoLis  (1). 

III 

Collation  de  VAbbaye  Nouvelle  à  F^"  Lévis  de  Ventadour^ 
év.  de  Tulle  et  abbé  d'0bazlne(2]  (5  novembre  1529) 

Clemens  etc.  Venerabili  fratri  Francisco  de  Levis  episcopo 
Tutellensi  salutem  etc.  Romani  Pontiricisetc....Sanemonas- 
terio  Novo  nuncupato  Béate  Marie  de  Gordonio,  Cistercien- 
sis  ordinis,  Caturcensis  diocesis,  prius  per  nos  privilegiis  et 
indultis  apostolicis  eidem  ordini  concessis,  quibus  inter  alia 
cavetur  expresse  quod  nuUus  abbas  dicti  ordinis  regimini 
monasterii  cui  preest,  absque  licenlia  et  consensu  capituli 
generalis  ipsius  ordinis,  cedere  quoquo  modo  possit,  sub 
excommunicationis  late  sententie  pena  précédente,  et  cum 


(1)  Et  en  marge,  en  haut  de  la  copie  :  Jo.  Ortega. 

(2)  Arch.  Var.,  rey.  du  Vatican,  1341,  f.  25. 


-  31?  - 

de  cujus  persona  dicto  raonasterio  per  cessionem  eandem 
tune  vacante  provisum  fuerit  eo  ipso  incurrenda,  nisi  hujus- 
modi  cessio  in  manibus  Romani  Pontificis  pro  tempore 
existentis  facta  et  per  eum  in  suo  consislorio  secretoadmissa 
fuerit  derogando,  ex  eo  quod  dileclus  filius  Johannes  Ver- 

I  noujol,  nuper  ipsius  monasterii  abbas,  regimini  et  admini- 

strationi  illius  cui  tune  preerat,  per  dilectum  filium  Fran- 

'  ciscum  Chabaudi,  clericum  Lugdunensis  diocesis,  proeura- 

I  torem  suum  ad  hoc  ab  eo  specialiter  constitutum,  in  manibus 

nostris  in  tui  favorem  etcommodum  (pensione  tamen  annua 
decem  ducatorum  auri  de  Cameva,  super  fructibus  reddi- 
tibus  et  proventibus  ejusdem  monasterii,  eidem  Johanni 
per  te  et  tuos  in  dicto  monaslerio  Béate  Marie  successores 
annis  singulis  persolvenda,  reservata,  constituta  et  assi- 
gnata,  et  non  alias,  aliter,  née  alio  modo)  sponte  et  libère 
eessit,  nosque  cessionem  ipsam  duximus  admit<endam , 
abbatis  regimine  destituto  ;  Nos  tam  eidem  monasterio  de 

I  gubernatore  utili  et  ydoneo  per  quem  circumspecte  régi  et 

salubriter  dirigi  valeat  quam  tibi .  quem  Carissimus  in 
Christo  filius  noster  Franciscus,  Francorum  rex  Christia- 
nissimus,  pretexlu  concordatorum  inler  eum  et  sedem 
apostolicam  super  promotione  personarum ,  certis  inibi 
expressis  modis,  qualificatarum  ad  ecclesias  et  monasteria 
regni  Francie,  et  certorura  aliorum  locorum  eidem  régi  sub- 
jectorum.  pro  tempore  vacantia  lacienda,  dudum  initorura, 
nobis  ad  hoc  per  suas  litteras  nominavitseu  pro  quoscripsil, 
quique,  ut  asseris,  de  nobili  eliam  comitum  et  baronum 
génère  ex  utroque  parente  procreatus  existis,  ac  Vivarien. 
et  Anicien.  canonicatus  et  piebendas,  nec  non  que  inibi 
dignitas,  non  tamen  post  pontificalem  major,  existit  archi- 
diaconatum  ejusdem  Vivariensisecclesie,  ac  Sancti  Michael- 
lis  (sic)  de  Chariussio  et  Sancti  Angeli  de  Sancto  Angelo 
prioratusconventuales,  necnon  monasterium  Obasine,  Sancti 
Benedicti  et  Sancti  Augustini,  ac  predieti  Cistercien.  (1) 
ordinum,  Vivariensis  et  Lemovicensis  dioeesum,  in  tituiuna 

(1)  Ordre  de  saint  Benoit  :  saint  Angel  ; 
Ordre  de  saint  Augustin  :  Charaix  ; 


—  313  — 

et  commendam  ex  dispensatione  et  concessione  apostolica 
obtines,  ac  quod  dictus  Johannes  et  certi  ejus  adversarii  co- 
ram  certis  judiciDus  secularibus  partiutn  illarum  super  pos- 
sessione  seu  quasi  regiminis  ipsius  monasterii  Béate  Marie 
diutius  se  molestarunt,  et  forsan  ad  hue  molestabant,  ut  sta- 
tum  tuum  juxla  pontificalis  dignilatis  cxigenliam  decenlius 
tenere  valeas,  de  alicujus  subventionis  auxilio  (I)  providere 

volentes,  teque  aquibusvis  excommunicalionis  etc cen- 

sentes  necnon  canonicatum  et  prebendarum  ac  archidiaco- 
natus  et  prioratuum,  necnon  monasterii  Obasine  predicto- 
rum,  frucluum,  reddituum  et  proventuum  veros  annuos 
valores  presentibus  pro  expressis  habenles,  monasterium 
Béate  Marie  predictum,  de  quo  consistorialiter  disponi  non 
consuevit  et  quod  a  dicto  monasterio  Obasine  dependet.  ac 
cujus  fructus,  redditus  et  proventus  vigintiquatuor  ducato- 
rum  auri  de  Caniera  secundum  communem  extimationem 
valorem  annuum  ut  etiam  asseris  non  excedunt,  sive  pre- 

misso  etc dummodo,   tempore  date  presentium  eidem 

monasterio  Béate  Marie  de  abbate  provisum  aut  illud  alteri 
commendatum  canonice  non  existât,  cum  omnibus  juribus 
et  pertinentiis  suis  tibi  per  te  quoad  vixeris,  etiam  una  cum 
ecclesia  Tutellensi,  cui  preesse  dinosceris,  ac  canonicatibus 
et  prebendis  necnon  archidiaconatui  ac  prioratibus  et  mo- 
nasterio de  Obasina  prediclis  tenendum,  regendum  et  guber- 
nandum,  ita  quod  liceat  tibi,  debitis  et  consuetis  ipsius  mo- 
nasterii Béate  Marie  ac  dilectoriim  filiorum  illius  conventus 
supportatis  oneribus,  àc  quarta,  si  abbatialis  separata  et 
seorsum  ac  conventuali,  si  vero  communis  mensa  inibi 
fuerit  tertia  parte  omnium  fructuum,  reddituum  et  proven- 
tuum monasterii  Béate  Marie  hujusmodi  in  restaurationem 
illius  Fabrice  seu  ornamentorum,  emptionem  vel  fulcimen- 
tum,  aut  pauperum  alimoniam,  prout  in  anno  exegerit  et 
suaserit  nécessitas,  omnibus  aliis  deductis  oneribus,  annis 

Ordre  de  Cileaux  :  Obasine,  —  prœdicti,  parce  que  déjà  l'ordre  de 
Citeaux  a  été  nommé  à  propos  de  Notre-Dame  de  Gourdon. 

(1)  Les  revenus  de  l'évêché  de  Tulle  étant  trop  peu  importants  pour 
que  François  de  Lévis  pût  vivre  selon  les  convenances  de  sa  situa- 
tion. 


—  314  - 

singulis  impartita,  de  rcsiduis  illius  fruclibus,  redditibue  et 
proventibus  disponere  et  ordinare  sicuti  ipsius  monasterii 
Béate  Marie  abbates  qui  pro  tempore  fuerunt  de  illis  dispo- 
nere et  ordinare  potuerunt  seu  etiam  debuerunt,  alienatione 
tamen  quorumcunque  bonorum  immobilium  et  pretiosorum 
mobilium  dicti  monasterii  Béate  Marie  tibi  penitus  inter- 
dicta, auctoritate  apostolica  commendamus.  Et  quatenus 
dictum  monasterium  Béate  Marie  litigiosum  sit,  ut  prefer- 
tur,  te  dummodo  in  illius  regimine  et  administratione  pre- 
fatis  intrusus  non  fueris,  in  omni  jure  et  ad  omne  jus  quod 
ipsi  Johanni  in  eisdem  regimine  et  administratione  vel  ad 
illa  quomodolibet  competebat  aut  competere  poterat.  aucto- 
ritate predicta  surrogamus,  dictumque  jus  tibi  concedimus, 
teque  ad  hujusmodi  jus  necnon  ejus  ac  litis  et  cause  predic- 
tarum  prosecutionem  et  defensionem  in  eo  statu  in  quo  ipse 
Johannes  tempore  cessionis  hujusmodi  eHt  et  si  illam  non 
fecisset,  posset  et  deberet  adraitti  etiam  ad  possessionem 
eorundem  regiminis  et  administrationis,  seu  quasi,  in  qua 
idem  Johannes  forsan  existebat  eadem  auctoritate  admitti- 
mus  et  admittendum  fore,  necnon  si  per  eventum  litis  hu- 
jusmodi judici  seu  judicibus,  coram  quibus  pendet,  consti- 
terit  neutri  seu  nulli  Johannis  et  aliorum  coUitigantium 
hujusmodi,  seu  etiam  tui,  postquam  lis  ipsa  etiam  quoad  te 
coram  eis  légitime  introducta  fuerit  jus  in  regimine  et  admi- 
nistratione prefatis  seu  ad  illa  competisse  aut  competere  re- 
gimen  et  administrationem  hujusmodi  pcr  eosdera  judices 
tibi.  admittenda  fore  et  adjudicari  débere  decernimus.  Quo- 
circa  dilectis  filiis  archidiacono  Fesensaguelli  in  ecclesia 

Lodoven.  et  Vivarien.  ac  Sarlatensi  officialibus  (1)  etc 

Datum  Bononie,  anno  etc.  millesimo  quingentesimo  vige- 
simo  nono  Nonis  Novembris,  pontificatus  nostri  anno  sexto. 

A.  DE  Castillo.  F.  Bernardus. 

M.  DE  Braciis,  pro  computatore* 

Collât.  B.  DE  Alexandrie  (2). 

(1)  Ce  sont  les  exécuteurs  de  la  bulle. 

(2)  Et  en  haut  de  la  copie,  en  marge  :  E.  Sgutarius. 


GROTTE  DE  LA  FONT-ROBERT 

Près  BRIVE  (Corhèze) 

PAR  LES 

Abbés  L.  BARDON,  A.  et  J.  BOUYSSONiE 


Il  y  a  déjà  longtemps,  M.  Louis  de  Nussac  qui  nous  gui- 
dait dans  nos  promenades  de  reconnaissance  des  gisements 
préhistoriques,  aux  environs  de  Brive,  nous  avait  conduits 
au  lieu  dit,  Les  Sablières,  dans  la  vallée  de  Planche-Torte, 
à  1.500  mètres  environ  en  aval  du  viaduc  de  la  ligne  de 
Brive  à  Cahors.  Le  champ  qui  porte  ce  nom  s'étend  juste  au 
pied  du  versant  méridional  du  plateau  de  Bassaler  :  on  y 
ramassait  de  nombreux  silex.  Cette  circonstance  nous  amena 
à  chercher  s'il  n'y  aurait  pas  quelque  grotte  préhistorique 
cachée  par  les  taillis,  sur  la  pente  rapide  qui  descend  du 
plateau.  Les  recherches  furent  entreprises  de  concert  avec 
M.  le  comte  et  M"*"  la  comtesse  de  Thévenard,  propriétaires 
du  terrain,  dont  le  château  s'élève  sur  le  plateau  lui-même 
dominant  la  riante  et  large  vallée  de  la  Corrèze,  au  Nord,  le 
vallon  plus  agreste  de  Planche-Torte,  au  Midi. 

Trois  stations  jusqu'ici  ont  été  découvertes,  et  deux  sont 
entièrement  explorées,  que  nous  avons  nommées  la  Font- 
Robert  et  la  Font- Yves.  Les  fouilles  ont  été  menées  avec 
grand  soin  ;  elles  étaient  faites  par  le  vieux  domestique  de 
la  maison,  Pierre,  sous  le  contrôle  constant  de  nous-mêmes 
et  de  M"'  de  Thévenard.  Enûn,  les  séries  recueillies  sont 
conservées  au  château  de  Bassaler,  où  nous  avons  pu  les 


—  316  — 

classer  et  les  étudier  à  loisir.  Nous  sommes  heureux  de 
publier  le  résultat  très  fructueux  de  ces  recherches. 

Nous  ne  parlerons  aujourd'hui  que  de  la  Font-Robert,  la 
première  station  trouvée  et  terminée.  Nous  Tavons  présentée 
au  Congrès  Préhistorique  International  de  Monaco  (1906), 
et  lei  séries  qui  en  provenaient  ont  fort  intéressé  par  leur 
nouveauté  un  grand  nombre  de  préhistoriens  les  plus  con- 
naisseurs, comme  MM.  Cartailhac,  Rutot  et  Breuil.  Le 
compte  rendu  du  Congrès  (2"  vol.)  contiendra  une  monogra- 
phie, dont  cet  article  n'est  qu'une  reproduction  légèrement 
modifiée  et  complétée  sur  quelques  points  par  suite  de  récen- 
tes découvertes.  De  plus,  nous  donnons  une  série  complète 
de  pièces  dessinées,  dont  une  partie  seulement  figure  au 
compte  rendu  du  Congrès  (1). 

La  Font-Robert  est  un  abri  long  de  22  mètres,  dont  la 
hauteur  (au-dessus  du  sol  primitif)  varie  entre  3  et  4  mètres 
au  bord  de  la  voûte  et  diminue  assez  rapidement  dans,  l'in- 
térieur de  la  grotte  :  elle  forme  une  double  salle,  l'une  plus 
petite  à  gauche  en  regardant  l'abri,  dont  la  largeur  et  la 
profondeur  sont  de  4  mètres  environ  ;  l'autre,  qui  atteint 
9  mètres  20  de  profondeur,  a  son  plafond  soutenu  vers  son 
milieu  en  avant  par  un  gros  pilier  naturel,  dont  le  pourtour 
atteint  une  dizaine  de  mètres.  Il  n'y  a  pas  apparence  d'ébou- 
lement,  mais  devant  l'abri  règne  une  terrasse  naturelle  dont 
la  largeur  varie  entre  7  mètres  50  et  3  mètres,  et  dont  l'accès 
est  assez  difficile.  Le  gisement  ne  présentait  pas  de  niveaux 
stratigraphiques,  mais  seulement  de  la  terre  végétale  d'épais- 
seur très  variable,  contenant  quelques  silex,  et,  au-dessous, 
la  couche  archéologique,  qui  s'étendait  sur  toute  la  terrasse 


(1)  Déjà,  au  Congrès  Préhistorique  de  Périgueux  (1905),  nous  avions 
porté  quelques  pièces  de  la  Font  Robert,  à  peine  entamée  alors,  il  y 
avait  en  particulier  une  pointe  à  pédoncuîed'un  joli  travail  qu*on  a  fort 
remarquée  ;  si  bien,  même,  que  quoiqu'un  de  l'assemblée  où  elle  cir- 
culait, a  oublié,  dans  son  admiration,  de  lui  faire  continuer  son  che- 
min. Malgré  la  réclamation  du  Président,  la  pièce  n'a  jamais  été  re- 
trouvée. C'est  celle  qui  est  figurée  dans  le  compte  rendu  du  Congrès 
(fig.  4)  ;  nous  avions  heureusement  une  esquisse  au  crayon,  qui  nous 
a  permis  d'en  faire  un  dessin  d'une  exactitude  suffisante. 


—  317  — 

et  pénétrait  peu  dans  la  grotte.  Son  épaisseur  moyenne  était 
de  20  centimètres,  avec  quelques  variations  dues  aux  déni- 
vellemcnts  du  sol. 

Straiiqraphie,  —  En  fait  de  foyer,  il  n'y  en  avait  qu'un  à 
cendre  noire  vers  le  milieu  ;  encore  n'élail-il  pas  gras  au 
toucher  comme  ceux  de  la  Coumbadel-Bouïtou.  Ailleurs, 
c'étaient  des  masses  de  terre  blanchâtre,  non  calcaire,  très 
dures  dans  les  parties  sèches,  et  qui  paraissent  bien  être 
dues  à  de  la  cendre  de  bois.  Enfin,  vers  le  milieu  de  la  ter- 
rasse, le  sol  était  fait,  sur  plusieurs  mètres  carrés,  d'un 
pavage  de  galets  roulés  cassés,  la  face  arrondie  en  haut  et 
cimentés  de  cendres  grises. 

Faune  et  mobilier,  —  Cette  grotte,  étant  creusée  dans  les 
grès,  n'a  pas  conservé  la  faune. 

Il  n'a  été  trouvé  ni  gravure,  ni  sculpture  et  cependant 
nous  avons  examiné  avec  grand  soin  de  nombreux  galets, 
de  formes  variées,  et  en  particulier  des  plaques  de  pierres 
dures  tout  à  fait  propres  à  recevoir  des  dessins  au  burin. 


Fig.  1  —  Pendeloque  en  quartz.  —  La  Font-Robert  (Corrèze;,  gr.  nat. 

En  revanche,  on  a  rencontré  une  fort  jolie  pendeloque 
faite  d'un  petit  galet  de  quartz  blanc  (fig.  I),  percé  artificiel- 
lement d'un  trou  incomplètement  fermé,  et  une  autre  où  le 
trou  est  à  peine  ébauché  ;  puis  de  petites  pierres  plates  na- 
turellement arrondies,  mais  trouvées  ensemble  et  réunies 
ainsi  évidemment  d'une  manière  intentionnelle.  Enfin, 
comme  d'habitude,  des  fragments  d'ocrés  aux  couleurs  va- 
riées et  très  vives. 


—  318  — 

Nous  arrivons  à  l'outillage  qui  vaut  la  peine,  croyons- 
nous,  d'être  étudié  en  détail. 

Outillage.  —  Un  bel  instrument  amygdaloïde,  assez  roulé, 
en  quartz  de  la  région,  a  été  découvert  au  premier  coup  de 
pioche  sur  le  bord  même  de  la  terrasse.  Sa  présence  paraît 
toute  accidentelle  ;  la  pièce  a  dû  tomber  là  du  plateau,  dont 
le  bord  surplombe  légèrement  ;  on  sait  d'ailleurs  que  le  pla- 
teau de  Bassaler  a  donné  une  riche  industrie  acheuléo- 
moustérienne. 

En  dehors  de  cet  instrument  hors  série,  l'outillage  com- 
prend d'abord  les  pièces  ordinaires  de  l'époque  glyptique, 
puis  d'autres  plus  particulières  et  caractéristiques. 


Fig.  2.  —  Grattoirs  et  burins  divers.  —  La  Font-Robert  (Corréze).  i/2  gr.  nat. 


.—  319  - 

Grattoirs.  — On  en  compte  268  de  complets.  Les  deux  tiers 
sont  sur  bout  de  lames  non  retouchées  et  n'ont  aucun  carac- 
tère particulier.  L'autre  tiers  est  plus  différencié  et  com- 
prend des  grattoirs  doubles  (fig.  2,  n»  1),  ou  associés  avec  le 
burin  (fig.  2,  n°'  7,  8,  14),  des  grattoirs  à  retouches  latérales 
(fig.  2,  DO*  2  et  5),  d'autres  circulaires  (fig.  2,  n°  6),  ou  obli- 
ques (fig.  2,  n°  4). 

Il  n'y  a  que  4  ou  5  grattoirs  incurvés  rappelant  ceux  de 
Gorge  d'Enfer,  ou  nucléiformes  comme  ceux  de  Brassem- 
pouy  (fig.  8,  n°  22). 

Burins,  —  Le  nombre  en  est  bien  plus  considérable  :  en- 
viron 587.  11  faut  dire  que  nous  comptons  dans  ce  total  167 
burins  de  fortune,  c'est-à-dire  des  pièces  portant  un  biseau 
intentionnel  sur  angle  de  lame  tronquée,  sans  aucune  retou- 
che. Le  reste,  soit  420,  se  divise  en  deux  groupes  : 

t**  Les  burins  en  biseau  (150).  Dans  notre  article  du  Con- 
grès de  Monaco  nous  avons  glissé  rapidement  sur  ces  pièces, 
notre  attention  étant  plutôt  attirée  vers  les  outils  caracté- 
ristiques de  cette  grotte.  Un  examen  plus  attentif,  venant 
après  notre  étude  approfondie  de  la  grotte  Lacoste,  nous  y 
fait  reconnaître  tous  les  types  de  burins  qui  se  rencontrent 
dans  cette  dernière  station,  à  savoir  :  les  burins  à  facettes 
dérivant  du  burin  busqué  (13)  (fig.  2,  n^  9j,  les  burins  pris- 
matiques (5)  et  polyédriques  (32),  enfin,  les  burins  ordinaires 
en  bec  de  flûte  (t  10)  (fig.  2,  n°  1 1),  toutefois  ces  derniers  sont 
notablement  plus  nombreux  ;  et,  parmi  les  autres,  un  petit 
nombre  seulement  sont  nets,  mais  le  sont  parfaitement. 

Les  pièces  sont  assez  souvent  de  grande  dimension  ;  30 
sont  doubles,  ou  associées  à  d'autres  burins  ou  à  des  grat- 
toirs (fig.  2,  n"  8  à  10). 

2°  Les  burins  sur  bord  de  lames  à  troncature  retouchée 
(270).  Une  cinquantaine  sont  du  type  fin  et  délicat,  si  abon- 
dant à  Noailles  (fig.  2,  no»  12  à  17)  ;  vingt  sont  au  contraire 
très  forts  et  épais,  comme  aux  Morts  (fig.  2,  n**  13).  Le  reste 
est  de  taille  moyenne  :  parmi  eux,  une  centaine  sont  sim- 
ples (les  deux  tiers  ont  leur  burin  à  gauche)  ;  cinquante  sont 


—  320  — 

doubles,  c'est-à-dire  présentent  un  burin  latéral  aux  deux 
extrémités  (fig.  2,  n*"  12  et  17). 


Fig.  3.  —  Grattoirs-rabots  divers.  —  La  Font-Robert  (Corrêze),  1/2  gr.  nat. 

Nucléi  et  Rabots,  —  Les  nucléi  sont  relativement  nom- 
breux :  une  centaine.  A  côté  de  ces  blocs  de  silex  qui  ne 
paraissent  pas  avoir  été  autrement  utilisés,  il  en  est  plus  de 
30  qui,  par  les  retouches  ou  les  traces  d'usage  qu'ils  portent, 
indiquent  une  utilisation  ultérieure  :  ce  sont  de  véritables 
rabots,  différents  des  grattoirs  nucléiformes  proprement 
dits.  Les  uns  sont  longs,  d'autres  courts,  d'autres  en  pyra- 
mides (fig.  3,  n°  21).  Le  bord  est  rectiligne  (iig.  3,  n°  19),  ou 
courbe  (fig.  3,  n°  20). 

Une  série  de  27  plus  étroits,  à  crête  élevée,  arrivent  à  être 
des  sortes  de  burins-ciseaux,  et  font  transition  avec  les  bu- 
rins très  épais. 

D'autres,  au  contraire,  très  aplatis  et  fort  utilisés,  amènent 
aux  pièces  écaillées  ou  esquillées. 

Pièces  écaillées,  —  On  en  compte  plus  de  100  (fig.  4,  n©'  41 
et  42],  parmi  lesquelles  plusieurs  grattoirs  et  plusieurs 
fragments  bien  retouchés.  Il  y  a  une  quarantaine  de  débris 
qu'on  pourrait  nommer  esquilles  ou  écailles.  Nous  n'insis- 
terons pas  sur  ces  sortes  d'outils,  étudiés  longuement  à  pro- 
pos du  Bouïtou. 

Lames  sans  retouches,  —  Elles  sont  au  nombre  de  plu- 


—  321  — 

t 

sieurs  centaines,  de  longueur  variant  entre  3  et  15  centimè- 
tres. Plus  de  200,  à  section  triangulaire,  ont  l'arête  médiane 
écrasée  (voir  la  lame  fig.  2,  n°  1,  transformée  en  grattoir) 
plutôt  que  retouchée  :  étaii-ce  là  le  résultat  d'une  utilisa- 
tion, une  retaille  voulue,  la  crête  du  nucléus  primitif,  il  est 


Fig.  4.  -  23  à  29.  38  à    0  et  43,  lames  relouchéês  diverses  ;  30  à  37.  lamelles  à  crête  retouchée  ; 
41  et  4?,  pièces  csquillées.  —  La  Font-Robert  (Corréze).  1/2  gr.  nat. 


-  322  — 

• 

bien  difficile  de  se  prononcer.  En  tout  cas  ces  lames  sont 
particulièrement  nombreuses. 

On  les  retrouve  dans  bien  d'autres  gisements,  qui  par  ail- 
leurs auront  aussi  d'autres  pièces  fort  analogues,  par  exem- 
ple Reilbac  (Lot),  Puy-de-Lacam  et  Noailles  (Corrèze),  etc. 

Lames  retouchées.  —  Signalons  d'abord  2  ou  3  lames  por- 
tant des  sortes  de  coches  ou  dentelures  profondes  (fig.  4, 
no  39),  assez  régulières,  fort  semblables  aux  fragments  qui, 
mis  bouta  bout,  formaient  les  faucilles  égyptiennes;  et  une 
autre  dont  l'extrémité  est  très  usée  par  frottement. 

Les  belles  lames  retouchées  à  la  manière  aurignacienne 
sont  relativement  peu  nombreuses  :  25,  à  peu  près  complè- 
tes, retouchées  sur  les  deux  bords,  se  terminent  en  pointe 
plus  ou  moins  aiguë  (fig.  4,  n"23,  25,  27  à  29;.  D'autres  n'ont 
été  retouchées  que  sur  un  bord  (fig.  4,  n°»  24,  26,  38). 

A  côté,  et  avec  toutes  les  transitions,  se  place  une  série 
de  28  éclats  ou  lames  de  forme  pseudo-moustérienne,  poin- 
tes et  racloirs  (fig.  4,  n°  43),  dont  un  en  quartz. 

Une  douzaine  de  lames  ont  été  retouchées  le  long  d'un 
bord,  sur  le  revers  de  la  lame,  ce  qui  est  assez  rare  (lig.  4, 
n*  40)  ;  la  chose  cependant  est  signalée  à  Reilhac. 

Il  y  a  plus  de  250  lamelles  étroites  et  allongées  (atteignant 
11  centimètres],  généralement  recourbées,  à  pointe  souvent 
fort  aiguë  et  dont  la  croie  est  retaillée,  mais  n'est  pas  en 
général  très  coupante  (fig.  4,  n^'  30  à  37).  Ce  sont  le  plus 
souvent  des  bords  de  lames  préalableme^it  retouchées  et  ha- 
bilement enlevés.  Rarement  elles  paraissent  avoir  été  retou- 
chées après  coup  dans  le  but  d'obtenir  une  sorte  de  manche 
ou  soie  aplatie,  comme  dans  la  fig.  4.  n°  36. 

Il  est  difficile  de  dire  dans  quel  but  on  fabriquait  en  si 
grand  nombre  de  ces  lamelles,  et  quel  était  leur  usage.  La 
chose  est  plus  claire  pour  les  pointes  dont  nous  allons  par- 
ler et  qui  forment  la  portion  la  plus  originale  de  l'outillage. 

Pointes.  —  H  y  a  d'abord  une  série  de  pointes  à  pédon- 
cule  (fig.  5  et  6).  Ce  sont  des  lanmes  dont  la  moitié  inférieure, 
fortement  rabattue  sur  les  deux  bords,  a  été  transformée  en 


—  323  — 


pédoncule.  L'autre  extrémité,  au  contraire,  restée  large  et 
aplatie,  se  termine  en  pointe  dont  le  contour  est  celui  d'un 
arc  brisé  d'ogive  plus  ou  moins  ouvert.  On  en  compte  31  de 
complètes,  dont  les  dimensions  vont  de  3  à  10  centimètres 
de  long,  et  plus  de  40  fragments  (1),  Leur  examen  permet  de 
conclure,  d'une  manière  presque  certaine,  que  ce  sont  des 
pointes  de  traits  à  double  cran. 


f52     SI       ^^^W  ^     s*       l^         XiW       *5'H  /^ 

Fig.  5.  -  Pointes  h  pédoncule.  —  La  Fonl-Roberl  (Corréze).  1/2  gr.  nal. 


(1)  Plusieurs   fragments,  trouvés  à  des  mois  de  distance,  se  sont 
parfaitement  raccordés. 


—  324  — 

Le  pédoncule  formait  la  soie  de  Temmanchure.  Il  est 
généralement  assez  gros  et  son  extrémité,  le  plus  souvent 
obtuse  (fig.  5  n°»  48,  49),  ne  pouvait  servir  de  perçoir  ou  de 
taraud,  sauf  peut-être  en  certains  cas  (fig.  5,  n°*  47,  55).  Ce 
que  l'on  a  pris  pour  taraud  en  queue  de  rat  pourrait  n'avoir 
été  parfois  qu'un  pédoncule  d'emmanchure. 

L'autre  extrémité  formait  la  partie  pénétrante.  Elle  est 
restée  quelquefois  lelle  qu'elle  était,  sans  retouche  (fig.  5, 
n*»»  52,  53)  ;  quelquefois  elle  a  été  un  peu  retouchée  par  des- 
sus, de  manière  à  régulariser  la  pointe  (fig.  5,  n®»  44,  46, 
54)  ;  mais  le  plus  souvent  elle  a  subi,  sur  le  revers  de  la 
lame,  une  relouche  particulière  tout  à  fait. analogue  à  celle 
des  pièces  solutréennes,  quoique  moins  habile  (fig.  5,  n*»  44 
à  51  et  54,  et  fig.  6,  n''*  1  et  2).  Le  but  en  paraît  évident; 
pour  que  le  pédoncule  fut  assez  résistant,  il  était  nécessaire 
de  prendre  des  lames  d'épaisseur  notable,  en  même  temps 
la  pointe  naturelle  pouvait  aller  en  se  recourbant  un  peu 
(fig.  5,  n°  52)  ;  il  fallait  cependant  obtenir  une  pointe  aiguë, 
à  bords  tranchants,  pour  la  pénétration,  et  dont  l'axe  fut  à 
peu  près  rectiligne  pour  la  justesse  du  tir  ;  ces  résultats 
étaient  atteints  d'une  façon  remarquable  par  ces  retouches, 
dues  vraisemblablement  à  des  compressions  latérales  (voir 
en  particulier  fig.  5,  n"  45  et  50  ;  fig.  6,  n°»  1  et  2). 


Fig.  6.  —  Pointes  à  pédoncule.  —  La  Font-Robert  (Corrèze),  2/3  gr.  nat. 


Nous  devons  ajouter  que  deux  pièces,  au  lieu  de  pointe, 
portent  à  l'extrémité  un  petit  burin  latéral  à  un  grattoir 


—  :^25  — 

carré  (flg.  5,  n*  56).  Enfin,  un  éclat  informe  a  été  curieuse- 
ment retouché,  de  manière  à  obtenir  une  pointe  aigué  et 
une  sorte  de  cran  à  la  base  (fig.  5,  n®  57)  ;  il  pourrait  égale- 
ment être  rapproché  des  lamelles  à  dos  rabattu  avec  cran. 

La  présence  d'un  si  grand  nombre  de  pointes  à  pédoncule 
dans  un  gisement  paléolithique  est  jusqu'ici  des  plus  rares. 
En  France,  M.  Cartailhac  en  a  publié  une  de  Reilhac  ; 
M.  Breuil  nous  en  signale  plusieurs  de  Solutré,  venant  de 
la  surface  du  magma  à  chevaux,  sous  le  Solutréen  ;  M.  Ca- 
pitan  en  possède  une  ou  deux  de  Laugerie-Haute  ;  on  en  a 
trouvé  dans  plusieurs  fouilles  récentes,  à  des  niveaux  inter- 
médiaires entre  TAurignacien  et  le  Solutréen,  et  plutôt  tout 
à  fait  à  la  base  de  celui  ci  (La  Ferrassie,  fouilles  Peyron^  ; 
Combe-Capelle ,  fouilles  de  Villeréal  et  Chastaing,  etc.). 
Nous  mêmes  en  avons  trouvé  deux  ou  trois  à  Noailles,  in- 
complètes, et  que,  pour  ce  motif,  nous  n'avions  pas  remar- 
quées (1). 

En  Belgique,  on  sait  que  ces  pointes  ne  sont  pas  très  ra- 
res, surtout  celles  du  type  n^*  45  et  46  (fig.  5),  comme  M.  Ru- 
tot  a  bien  voulu  nous  l'indiquer;  elles  y  caractérisent  un 
niveau  que  les  historiens  belges  considèrent  comme  syn- 
chronique  du  Solutréen  français  (type  du  Pont-à-Lesse  : 
trou  Magritey  et  qui  se  superpose  en  effet  immédiatement  à 
une  industrie  analogue  à  celle  des  gisements  les  plus  anciens 
de  Tépoque  glyptique  de  France,  appelés  actuellement  auri- 
gnaciens. 

A  côté  de  ces  pointes  à  pédoncule  se  rangent  une  quinzaine 
d'éclats,  dont  une  extrémité  est  retouchée  par  dessous, 
comme  la  plupart  des  pointes  à  pédoncule,  c'est-à-dire  à  la 
manière  solutréenne ,  encore  assez  maladroitement ,  mais 
avec  soin  (fig.  8,  n°"  59  à  63).  L'autre  extrémité  est  restée 
brute,  en  général  ;  mais  sur  deux  exemplaires  elle  est  retail- 


(1)  Il  existe  aussi  des  pièces  à  pédoncule  dans  le  Magdalénien,  mais 
elles  n'ont  pas  du  tout  la  môme  allure  que  celles  de  Font-Robert. 
Comparez  par  exemple  celles  de  Teyjat,  grotte  de  la  Mairie  (Aeui/e  de 
VÉc.  d'Anthr.,  1908,  fig.  82). 

T.  XXX.  5-5 


—  326  — 

lée  en  pointe  amincie,  symétrique  de  la  première  (fig.  7,  n*2, 
et  fig.  8,  n*»  60)  ;  sur  d'autres,  il  y  a  comme  des  encoches 
pour  une  ligature  ;  sur  un  exemplaire,  enfin,  trouvé  récem- 
ment, la  pièce,  chose  inattendue  si  Ton  a  affaire  à  des  pointes 
de  traits,  se  termine  en  un  fort  beau  grattoir  (fig.  7,  n*  1). 


Fig.  7.  —  Pièces  à  retouche  d'allure  solutréenne.  —  La  Font-Robert  (Corréze). 

2/3  gr.  nat. 

Une  douzaine  de  fragments  de  fortes  lames,  en  silex  blan- 
châtre hydraté,  ont  été  frappés  latéralement  à  une  des 
extrémités,  qui  a  été  comme  mâchonnée,  écrasée  ;  ce  gros- 
sier travail  paraît  inachevé  le  plus  souvent  (fig.  8,  n*  58)  ; 
peut-être  est-il  le  tout  premier  essai,  encore  très  fruste, 
d'une  retouche  à  la  solutréenne. 

Vient  enfin  une  série  de  plus  de  90  lamelles  de  faible 
épaisseur,  dont  la  longueur  s'écarte  peu  de  4  à  5  centimèt. 
et  la  largeur  de  10  à  15  millimèt.  (fig.  8,  n^»  64  à  68). 

Elles  ont  été  retouchées  à  peine,  ou  plutôt 'raclées  pour 
ainsi  dire  sur  les  bords  de  manière  à  appointir  la  pièce,  à 
régulariser  ses  contours  et  à  lui  donner  la  forme  de  feuille 
de  laurier  ;  mais  il  n'y  a  plus  ici  de  retouche  solutréenne. 
Sur  ces  90,  55  sont  appointies  aux  deux  bouts  et  le  reste 
seulement  à  l'extrémité  opposée  au  bulbe. 

Il  est  difficile  de  voir,  dans  cette  curieuse  série,  autre 
chose  que  des  pointes  d'armes  de  jet.  A  Noailles  nous  avons 


—  327  — 

trouvé  des  pointes  analogues,  mais  en  petit  nojnbre  (fig.  3 
lie  notre  tirage  à  part).  Une  longue  lamelle,  bien  effilée,  aux 
bords  légèrement  ébréchés,  a  sans  doute  servi  pour  le  même 
usage. 


Fig.  8.  —58  à  63  :  pièces  à  retouche  d*allure  solutréenne.  —  64  à  68  :  pièces  lancéolées  A  fine  retou- 
che. —  60  à  74,  pièces  h  encoches  ou  tronquées.  —  75  A  81  :  perçoirs  ;  le  n»  80  est  A  relouche  solu- 
tréenne. —  La  Font-Robert  (Corrèze),  1/2  gr.  nat. 


PointeS'Perçoirs.  — On  en  compte  seulement  une  douzaine 
(fig.  8,  n*«  78  et  79)  ;  deux  ou  trois  sont  recourbées  (fig.  8, 
n**  81)  ;  l'une  d'elles  ressemble  à  un  pédoncule  de  flèche  dont 
l'autre  bout  n'aurait  pas  été  taillé  (fig.  8,  n^  75).  Il  y  a  enfin 
un  minuscule  perçoir  fort  délicat  sur  le  coin  d'une  jolie  lame. 

Pièces  sectionnées  ou  à  encoches.  —  Nous  nommons  ainsi 
une  série  de  30  pièces,  surtout  des  lamelles,  qui  portent  vers 


I 


I 


—  328  — 

rextrémité,,le  plus  souvent  à  gauche,  comme  une  encoche 
plus  ou  moins  profonde  (fig.  8,  n*»  69  à  71,  et  76),  ou  en  grat- 
toir rectiligne  ou  concave,  transversal  ou  oblique  (flg.  8, 
n*'  72  et  73),  sans  burin  latéral.  Toutefois,  l'extrémité  poin- 
tue a  été  plusieurs  fois  transformée  en  perçoir  (flg.  8,  n"  79). 
Un  exenoplaire  est  retouché  à  la  manière  solutréenne  sur  le 
reste  de  la  lame  (fig.  8,  n®  80).  11  y  a  quelquefois  plusieurs 
encoches  latérales,  ou  une  seule  très  profonde  (fig.  8,  n"  77 
et  74).  Les  pièces  de  ce  genre  sont  nombreuses  aux  Baoussé- 
Rousse. 

Lames  à  dos  rabattu.  —  Pour  terminer  cette  aride  énu- 
mération  il  nous  reste  à  parler  des  lames  à  dos  rabattu,  dites 
couteaux  ou  canifs. 

A  les  classer  suivant  leurs  dimensions,  on  en  peut  compter 
vingt-quatre  de  très  fortes  (fig.  9,  n*»  88,  101),  en  fragments 
sauf  deux  (flg.  9,  n°'  94  et  100)  ;  environ  60  (dont  un  grand 
nombre  complètes),  de  dimensions  un  peu  plus  réduites,  6  à 
8  centimètres  de  long  ;  une  quinzaine  de  pièces  plus  petites 
encore,  et  45  fragments  notables  ;  enfin,  il  n'y  a  guère  plus 
de  80  débris  de  minuscules  lamelles.  En  somme,  dominent 
les  pièces  de  dimension  notable,  dans  le  genre  de  celle  de 
la  Gravette,  quoique  moins  belles. 

Mais  on  pourrait  les  étudier  au  point  de  vue  morphologi- 
que ;  il  se  trouve  alors  que  chaque  série  contient  des  pièces 
de  toutes  dimensions  et  à  peu  près  en  nombre  égal. 

D'abord  les  pièces  sectionnées  transversalement  (flg.  9, 
n°«  88  à  96)  :  une  l'est  aux  deux  extrémités  (fig.  9,  n*^  96)  ;  les 
autres  le  sont  seulement  à  la  base,  et  l'autre  extrémité  se 
termine  généralement  en  pointe,  voire  même  fort  aiguë  :  un 
seul  bord  est  rabattu. 

Puis  viennent  celles  tronquées  obliquement,  ou  plutôt 
celles  dont  un  des  bords  est  rabattu  sur  toute  la  longueur, 
l'autre  ne  l'étant  que  vers  les  extrémités  comme  pour  les 
rendre  plus  acérées  (fig.  9,  no«  82  à  87,  et  97,  98). 

Il  arrive  même  que  les  deux  bords  ont  été  rabattus,  et  sur 
toute  la  longueur  (flg.  9,  n*  108),  souvent  en  sens  inverse 
(fig.  9,  n"  109  à  112). 


i 


—  329  — 

Le  dernier  type  enfin  est  celui  de  la  pointe  à  gibbosité 
(flg.  9,  n*»»  101  à  105,  107),  signalée  par  M.  Piette,  à  côté  de 
laquelle  se  rangent  des  pointes  à  pseudo-cran  (flg.  9,  n^»  100 
et  106),  analogues  à  celles  rencontrées  aux  Baoussé-Roussé. 


w    *«»     ^  ^  Tr    mi 

Fig.  9.  —  Lames  diverses  à  dos  rabattu.  —  La  Font-Robert  (Corréze),  1/2  gr.  nat. 

On  a  trouvé  aussi  à  Font-Robert  une  pièce  minuscule 
triangulaire,  avec  deux  côtés  rabattus  (fig.  9,  n°  99),  dans  le 
genre  des  silex  Tardenoisiens.  Nous  en  avons  deux  du  même 
type  de  Puy-de-Lacam  ;  il  en  est  plusieurs  de  fort  sembla- 
bles dans  les  niveaux  supérieurs  des  Baoussé-Roussé. 

Ces  pièces  étaient-elles  des  pointes  de  flèches  à  section 
triangulaire,  très  pénétrantes  et  pouvant  faire  des  blessures 
graves  ?  ou  bien  faut-il  y  voir  des  couteaux  ou  canifs  dont 


—  330  — 

on  utilisait  Je  tranchant  laissé  vif?  (1).  La  première  hypo- 
thèse paraît  la  plus  vi^aisemblable  dans  la  plupart  des  cas, 
mais  elle  est  inadmissible  pour  les  pièces  tronquées  volon- 
tairement aux  deux  extrémités.  En  revanche,  on  ne  saurait 
avoir  affaire  à  un  couteau  quand  les  deux  bords  ont  été  ra- 
battus sur  tout  ou  partie  de  la  longueur.  On  peut  encore 
voir  :  dans  certaines  lamelles  à  retouche  inverse,  de  petits 
tarauds  ;  dans  la  petite  pièce  triangulaire,  un  cran  en  silex 
que  Ton  pouvait  adapter  sur  une  flèche  en  os  ou  en  bois  ; 
enfin,  les  pièces  n*»  97  et  98  pouvaient  fort  bien  faire  des 
pointes  à  graver. 

Conclusion 

L'industrie  de  la  Font-Robert,  par  les  burins  et  les  lames 
à  dos  rabattu,  se  rattacherait  plutôt  à  l'Aurignacien  supé- 
rieur. Mais,  d'autre  part,  cette  station  a  donné  une  pièce  à 
retouche  solutréenne  nette,  sur  un  bord  de  lame  plane,  et 
un  bon  nombre  d'autres  où  la  retouche  parait  bien  être  de 
même  facture,  mais  d'exécution  inhabile.  On  assiste  pour 
ainsi  dire  à  la  naissance  de  cette  nouvelle  et  merveilleuse 
taille  du  silex,  qui  atteindra  bientôt  son  apogée. 

Les  pointes  à  pédoncule  participent  à  la  fois  de  la  lame  à 
dos  rabattu,  par  la  base,  et  de  la  feuille  de  laurier  par  la 
pointe.  Ce  n'est  qu'une  forme  transitoire,  mais  caractéristi- 
que des  niveaux  solutréens  inférieurs,  comme  on  l'a  reconnu 
en  Belgique  et  en  Dordogne.  Elle  se  retrouvera,  quoique 
modifiée,  dans  certaines  pointes  à  cran.  Plus  tard,  preuve  de 
l'utilité  de  cette  forme,  ces  pièces  abonderont  sous  les  aspects 
les  plus  divers  dans  le  Néolithique,  après  avoir  existé  à 
l'état  aberrant  dans  le  Magdalénien. 

En  définitive,  nous  plaçons  ce  gisement  à  la  base  du  So- 
lutréen; c'est  d'ailleurs  l'opinion  de  M.  l'abbé  Breuil  et  de 
M.  Rutot. 


(1)  On  peut  facilement  tailler  un  crayon  avec  telle  pièce  comme  celle 
fig.  9,  n»  94. 


—  331  — 

TABLEAU 

Grattoirs,  simples  ordinaires 190\ 

—  sur  lames  retouchées  et  divers 32>    268 

—  doubles,  ou  associés  au  burin 46; 

Burins  de  fortune 167 \ 

—  en  biseau 150>    587 

—  sur  bord  de  lame  à  troncature  retouchée .  . .  27o) 

NucLÉr 100 

Rabots  larges 35 1 

—  étroits  (passant  au  burin) 27>      74 

—  aplatis 12; 

Pièces  écaiJlées 105 

Lames  sans  retouches,  ordinaires 325/ 

—  à  crête  médiane  écrasée 215^ 

Lames  retouchées  sur  les  deux  bords,  en  pointe 25 

—  —        sur  un  seul  bord 21 

—  —       sur  un  des  bords,  au  revers 12^     91 

—  —        d'aspect  pseudo  moustérlen 28* 

—  —       avec  coches  (fragments) 5 

Lamelles  à  crête  retouchée  sur  toute  la  longueur 130, 


,    260 

sur  une  partie  de  la  longueur  130) 

Lames  à  base  étranglée  (fragments) 13 

Pointes  à  pédoncule,  complètes 31  \ 

—  —           fragments  notables 42/    ._g 

-—       sans  pédoncule,  avec  retouche  plate 13i 

—  —          à  flne  retouche  latérale 92/ 

Pointks-Perçoirs : 13 

Lamelles  sectionnées  ou  encoches 31 

Lames  à  dos  rabattu,  fortes  (fragments) .' 24i 

—  —             moyennes  (avec  fragments) 120-    227 

—  —            très  petites  (fragments) 83; 


Total 2.487 

•L.  Bardon,  a.  et  J.  BouYSSONiE. 


J 

I 

( 


REMPARTS  DE  BRIVE 


Le  Comité  de  rédaction  de  la  Société  historique  et 
scientifique  de  Brive  a  bien  voulu  nous  autoriser  à 
publier  dans  le  Bulletin  du  mois  de  juillet,  le  procès- 
verbal  de  la  visite  de  nos  fortifications  du  5  mai  1608 
et  Tordonnance  d'Henri  IV  du  24  avril  1610. 

Ce  dernier  acte  du  gouvernement  avait  été  déter- 
miné par  renvoi  d'un  nouveau  placet  des  consuls. 
Ils  réclamaient  l'établissement  de  nouvelles  tailles 
pour  la  réparation  des  murailles  qui  protégeaient 
l'indépendance  et  la  sécurité  des  habitants.  La  ville 
avait  été  deux  fois  prise  d'assaut  en  1577  par  le  sire 
de  Vivans  et  le  sire  de  Biron,  chefs  des  bandes  protes- 
tantes qui  parcouraient  le  pays.  Onze  ans  plus  tard, 
en  1588,  elle  avait  échappé  à  un  coup  de  main  tenté  sur 
la  porte  de  Corrèze  par  les  ligueurs.  Pendant  les  luttes 
religieuses,  comme  pendant  les  plus  sombres  jour- 
nées de  la  guerre  de  Cent-Ans^  toute  ville  ouverte 
était  alternativement  saccagée  par  les  soldats  indis- 
ciplinés de  tous  les  partis. 

Nos  pères  veillaient  à  la  conservation  de  leurs  rem- 
parts avec  un  soin  jaloux.  Ils  entendaient  relever 
du  roi,  c'est-à-dire  appartenir  sans  réserve  à  Tunité 
française,  quels  serments  qu'ils  eussent  été  obligés 
de  prêter  aux  seigneurs  de  Turenne  et  de  Malemort. 

La  politique  de  Henri  IV  avait  rétabli  la  paix  inté- 
rieure. Mais  ce  bien  inestimable  que  la  France  avait 


—  334  - 

cessé  de  goûter  depuis  La  mort  de  François  P^  ne 
pouvait  avoir  des  bases  bien  solides.  Les  protestants 
avaient  des  privilèges,  des  places  de  sûreté  et  une 
organisation  qui  créait  un  état  particulier  dans  le 
pays.  Aussi  ne  saurait-on  être  surpris  que  le  consulat, 
pour  hâter  les  résultats  de  la  visite  de  1608,  ait 
adressé  à  la  Cour  la  supplique  dont  nous  avons  parlé 
plus  haut  et  dont  nous  donnons  le  texte,  tel  qu'il 
existe  dans  les  archives  municipales  (FF-^). 

d  Au  roy.  Les  consuls  et  habitants  de  votre 
«  ville  La  Gaillarde  en  Limousin,  vos  très  hum- 
ai blés  sujets,  vous  remonti^ent  très  humblement 
a  que,  pendant  les  guerres  civiles  qui  ont  eu  cours 
«  en  votre  royaume  et  même  dans  la  province  du 
a  Bas-Limousin j  pour  se  maintenir  et  conserver 
((  en  votre  obéissance,  ils  se  seraient  tellement 
a  engagés  envers  plusieurs  personnes^  que,  du 
a  depuis,  il  n'a  été  en  leur  puissance  de  se  pou- 
a  voir  rédimer;  si  bien  qu'ils  ont  été  contraints 
€  (vuj  le  peu  de  revenu  de  ladite  ville Lés- 
ai quels  frais  et  dépenses  ayant  été  remontrés  au 
«  feu  roy  Henry  (troisième  dudit  nom)  en  l'année 
a  quatre-vingt-huit  (1588)  ClequelJ  aui^ait  fait 
«  don  à  ladite  ville  de  certaines  sommes  de  de- 
«  niers  à  prendî'e  sur  le  pais  de  Bas-Limousin; 

«  Maisy  au  moïen  du  don  et  remises  faites  par 
a  Sa  Majestéy  la  ville  ne  s'est  que  bien  peu  pré- 
€  valu  de  la  grâce  à  elle  faite;  si^  qu'à  raison  de 
a  ce,  lesdits  habitants  sonty  comme  dit  est,  enga- 
cc  gés  et  dénués  de  moïens  ; 

«  Que  n'ayant  pu  faire  aucunes  réparations  en 


-  335  - 

«  ladite  villes  la  plus  grande  partie  des  murailles 
((  d'icelle  sont  tombées  en  ruine,  ainsi  qu'a  été 
<r  remontré  à  Monsieur  le  comte  de  Schomberg^ 
«  votre  lieutenant  général  audit  pais;  à  cette 
d  cause j  ordonnant  (?)  auxdits  habitants  re- 
t  mettre  ladite  ville  en  son  premier  étaty  con- 
a  server  icelle  pour  votre  obéissance^  plaira  à 
a  Votre  Majesté  à  faire  don  aux  habitants  de 
a  ladite  ville  et  paroisses  d'icelle,  du  paiement  de 
a  toutes  tailles  pour  dix  années  à  venir^  pour 
a  icelles  être  employées  au  rachat  de  leur  dit 
«  revenu  et  en  outre  pour  suppléer  de  partie  des- 
a  dites  réparations^  nonobstant  la  remise  gêné- 
a  raie  desdits  restes; 

«  Ordonner  qu'ils  soient  payés  de  ce  qui  pourra. 
a  leur  être  dit  sur  les  remises  faites  par  les  rece- 
«  veurs  de  Tulle  et  de  Brive,  à  cause  des  tailles 
a  ordi7iaires  et  extraordinaires  de  mil  six  cent 

a  sept des  frais  du dudit  Brive  imposée 

a  Vannée  mil  six  cent  neuf  Si  ferès  bien.  » 

Cette  préoccupatioa  constante  des  consuls  de  se 
conserver,  en  nous  servant  de  leur  expression,  en 
Tobéissance  au  roi,  et  l'indépendance  vis-à-vis  de  la 
puissance  anglaise  et  des  seigneurs  féodaux,  a  été  le 
caractère  particulier  de  l'existence  de  la  ville  pendant 
toutes  les  phases  de  son  histoire.  Saint  Louis  avait 
rendu  au  roi  d'Angleterre,  par  le  loyal  mais  funeste 
traité  de  1259,  les  quatre  diocèses  de  Tulle,  Limoges, 
Périgueux  et  Cahors.  II  avait  cependant  excepté  cer- 
taines villes^  qu'il  nommait  privilégiées  et  sur  les- 
quelles il  maintenait  les  droits  de  sa  Couronne.  Brive 


—  336  — 

était  comprise  dans  la  liste  des  cités  conservées  à  la 
puissance  française,  conformément  à  plusieurs  lettres 
patentes  de  Philippe- Auguste  et  de  Louis  VIII.  Elle  ne 
pouvait  l'oublier. 

Jamais  sa  fidélité  ne  fut  plus  éclatante  qu'au  début 
de  la  guerre  de  Cent-Ans.  Nous  en  trouvons  la  preuve 
dans  le  compte  des  consuls,  que  nous  publions,  et 
qui  contient  des  renseignements  intéressants  sur  Tétat 
des  remparts  pendant  le  xiv*  siècle. 

En  1340  une  courte  trêve  interrompit  les  hostilités, 
qui,  commencées  dans  la  Flandre,  devaient  s'étendre 
sur  tout  le  territoire.  Les  provinces  qui  faisaient  partie 
ou  étaient  limitrophes  de  la  Guyenne  étaient  particu- 
lièrement menacées.  En  1342,  l 'évoque  de  Beau  vais 
fut  chargé  par  le  roi  de  parcourir  tout  le  sud-ouest 
de  la  France,  de  hâter  la  mise  sur  le  pied  de  guerre 
de  toutes  les  villes  et  de  lever  les  tailles  nécssaires  au 
paiement  des  frais  de  la  prochaine  campagne. 

Les  instructions  rovales  excitèrent  à  Brive  une  très 
vive  émotion.  Avec  un  enthousiasme  presque  fébrile, 
des  réparations  furent  faites  aux  nouvelles  portes,  aux 
fossés  et  aux  remparts.  Ainsi  put-on  voir  à  la  porte 
des  Prêcheurs  45  femmes,  unies  à  84  hommes,  a  far 
la  manobria  deus  pezicadors. 

Ailleurs  on  trouve  trace  des  sommes  dues  aux 
femmes  occupées  aux  mêmes  travaux  de  défense. 

«  Alors  a  les  consuls  euî^ent  mandement  d^ar- 
a  réter  et  faire  venir  tous  maçons ^  charpentiers  y 
a  couples  de  bœufs  et  chevaux  pour  réparer  les 
a  murs  et  portes  de  la  ville  et  que  chacun^  selon 
«  sa  condition^  eût  harnais  ». 

En  1351  les  consuls  et  les  prud'hommes  se  plai- 


—  337  — 

gnaient  (se  rancuravo)  des  dépenses  faites  per  la 
chausas  necessarias  a  la  vila^  pour  la  construction 
des  murs,  pour  établir  des  échafauds  et  des  passages 
(corredors)  derrière  les  parapets,  sur  les  tours  et  les 
remparts,  pour  faire  des  palissades,  formant  le  che- 
min couvert  et  les  places  d'armes,  autour  de  la  ville 
(per  far  palena  al  tory  de  la  vila),  pour  creuser  les 
fossés  et  faire  la  contrescarpe  (per  reparar  los  valats 
e  far  contrevalats),  pour  acheter  des  armes  (per  crom- 
par  canos,  arbalestas  et  tilharia)  et  pour  payer  une 
solde  aux  nouveaux  soldats  (e  per  pagar  subsidis). 

Nous  avons  traduit  le  mot  contrevalats  par  con- 
trescarpe, lui  donnant  le  sens  qui  nous  parait  le  plus 
exact.  Ailleurs  on  voit  encore  que  des  palissades 
étaient  placées  sur  les  glacis.  Le  système  de  nos  for- 
tifications se  rapprochait  donc,  en  considérant  les 
tours  engagées  dans  les  fossés  comme  la  première 
forme  des  bastions,  du  tracé  plus  moderne  que  Vau- 
ban  devait  porter  à  sa  perfection. 

La  ville  avait  sept  portes^  en  1350  comme  en  1608  : 
les  portes  de  Corrèze  (portai  de  Correza),  des  Frères 
Prêcheurs  (portai  deus  Prezicadors),  du  Salan  (portai 
Salem),  de  Puy-BIanc  (portai  de  Pech-Blanc),  des 
Sœurs  dénommée  (A  las  Sors),  et  ailleurs  (portai  de 
las  Menudetas),  porte  des  Sœurs  Clarisses,  Sœurs 
Minimes  appartenant  au  second  ordre  Franciscain,  de 
même  que  les  Cordeliers  du  premier  ordre  étaient 
appelés  Frères  Mineurs. 

Dans  l'état  de  l'armement  des  sept  portes  on  trouve, 
entre  celles  de  Puy-Blanc  et  de  Corrèze,  les  portes  de 
la  Branda  et  de  Lerneigey  qu'il  est  difficile  d'iden- 
tifier sans  faire  des  hypothèses. 


—  338  — 

Une  tradition,  dont  aucun  document  n'établit  l'exac- 
titude, laisse  supposer  que  les  troupes  anglaises  du  duc 
de  Lancastre  et  Tarmée  française  du  duc  de  Bourbon, 
entrèrent  dans  la  ville  par  la  porte  de  la  place  du 
Puits-du-Roi.  Cette  place,  aujourd'hui  disparue,  a  été 
connue  de  nous  et  de  tous  les  anciens  habitants.  Elle 
était  formée  par  la  réunion  des  rues  Barbecane  et  de 
la  Jaubertie.  On  considère  nos  porches  comme  les 
restes  des  anciennes  portes.  On  pourrait  donc  sup- 
poser qu'une  des  deux  portes,  dont  l'emplacement  n'a 
pas  été  fixé,  existait  au  point  où,  sous  le  dernier  de 
nos  porches,  la  rue  Saint-Ambroise  rejoint  la  rue  de 
la  Jaubertie,  près  du  Puits-du-Roi. 

Cette  hypothèse  aurait  pour  résultat  de  déterminer 
le  tracé  de  l'enceinte  en  1350,  de  la  porte  des  Sœurs 
à  celle  de  Corrèze,  par  les  rues  de  la  Jaubertie,  Bar- 
becane et  de  Corrèze,  laissant  au  dehors  la  moitié  de 
la  rue  Carnot,  tout  le  quartier  des  Carmélites  et  la 
rue  Jean  Mestre.  On  pourrait  en  conclure  que  Texten- 
sion  qui  fut  donnée  aux  ouvrages  fortifiés  en  1374, 
conformément  aux  lettres  de  rémission  de  Charles  V, 
aurait  suivie  la  ligne  actuelle  des  boulevards.  Mais 
naissent  des  objections,  dont  il  est  difficile  de  mé- 
connaître le  fondement.  Le  document  inédit,  dont 
nous  sommes  heureux  d'offrir  la  primeur  aux  lecteurs 
du  Bulletin^  mentionne  la  construction  des  murs. 
Mais  pourquoi  n'y  serait-il  pas  question  de  ceux  qui 
existaient  en  1608?  Les  fortifications  paraissent  défi- 
nitives puisque,  suivant  l'interprétation  donnée  au 
mot  contrevalatSj  des  contrescarpes  ont  été  établies. 
Des  palissades  ont  permis  la  circulation  à  couvert  sur 
les  glacis  de  tous  les  défenseurs  de  la  place.  Dans 


—  339  — 

Tune  ou  l'autre  supposition  le  nombre  des  portes  n'a 
pas  changé  et  celle  des  Sœurs^  quel  que  soit  le  nom 
qu'on  lui  donne,  la  Branda^  las  Sors  y  las  Menu- 
deltas,  Lerneige,  garde  un  emplacement  dont  on 
ne  peut  discuter  la  situation.  Tous  les  doutes  ne  peu- 
vent reposer  que  sur  la  place  de  la  porte  Barbecane. 
Or,  qu'elle  ait  été  à  la  place  du  Puits-du-Roi  ou  à 
l'entrée  actuelle  de  la  rue  Carnot,  la  tradition  qui 
nous  montre  les  Anglais  et  les  Français  entrant  suc- 
cessivement de  ce  côté  dans  la  ville,  est  confirmée,  car 
le  Puits-du-Roi,  séparé  du  boulevard  par  une  faible 
distance  de  cent  mètres  environ,  était  relié  avec  lui 
par  la  vieille  rue  Barbecane,  aujourd'hui  remplacée 
par  une  partie  de  la  rue  Carnot. 

On  pourrait,  il  est  vrai,  soutenir  avec  quelque  raison 
que  le  périmètre  des  remparts  a  été  étendu  et  que  les 
fortifications  ont  été  complétées  en  1374,  conformé- 
ment aux  lettres  patentes  de  Charles V.  Mais  cette  exten- 
sion peut  s'entendre  des  nouveaux  travaux  exécutés 
aux  portes  de  la  ville  qui  alors  furent  protégées  par  de 
nouvelles  murailles  formant  comme  des  demi-lunes, 
dénommées  éperons  dans  le  procès- verbal  de  1608. 

Des  modifications  nouvelles  furent  faites  après  la 
destruction  du  pont  du  Buis,  en  1405,  par  le  vicomte 
de  Turenne,  Raymond-Louis  de  Beaufort,  désigné 
quelquefois  sous  le  nom  de  Raymond  VUI.  Alors 
furent  bâtis  le  pont  de  treize  arches  et  le  quai  qui 
donnèrent  à  la  porte  de  Corrèze  l'importance  qu'avait 
auparavant  celle  des  Frères  Prêcheurs  L'agglomé- 
ration, dans  l'enceinte  des  murailles,  comprenait 
216  feux,  soit  1,100  âmes  environ  en  1178,  lorsqu'elle 
était  menacée  par  les  routiers,  maîtres  du  château  de 


—  340  — 

Malemort,  et  en '1184  lorsqu'elle  était  assiégée  par 
Raymond  III  de  Turenne.  Elle  en  conoptait  626,  soit 
environ  3,000  âmes  après  Textension  des  fortifications 
et  l'adjonction  des  anciens  faubourgs. 

Toute  la  population  valide,  hommes  et  femmes, 
travaille  avec  empressement  à  fortifier  la  cité.  Elle 
fait  des  fouilles  pour  les  fondations  des  murailles, 
elle  transporte  les  matériaux,  elle  creuse  des  tran- 
chées, elle  élargit  et  nettoie  les  fossés  remplis  de  tous 
les  immondices  de  la  ville,  et  d'une  eau  croupissante. 
La  défense  de  la  place  est  confiée  aux  hommes  en 
état  de  porter  les  armes.  En  compte-t-on  plus  de 
sept  à  huit  cents,  si  Ton  déduit  les  vieillards,  les 
malades  et  les  enfants? 

Soixante-dix  montent  la  garde  aux  portes  pendant 
la  nuit  et  soixante-dix  pendant  le  jour.  Un  poste  est 
établi  dans  le  clocher  de  Saint-Martin,  des  rondes  et 
des  patrouilles  circulent  sur  les  remparts  et  les  glacis. 
Deux  cents  hommes  environ  sont  sous  les  armes 
pendant  chaque  période  de  vingt-quatre  heures.  Cha- 
que citoyen,  noble,  bourgeois^  artisan,  est  de  service 
tous  les  quatre  jours,  il  est  menacé  d'une  pénalité 
s'il  ne  se  rend  pas  à  l'appel.  La  ville  trouve  encore 
des  recrues  pour  assiéger  les  châteaux  de  Juillac, 
d'Ayen  et  de  Comborn  occupés  par  des  partis  anglais, 
sous  les  ordres  du  maréchal  d'Aubeterre(l),  désigné 
sous  le  nom  de  maréchal  Dandenau  dans  le  compte 
de  la  gestion  consulaire. 

Un  spectacle  réconfortant  nous  est  présenté,  un 
exemple  viril,  qui  excite  notre  légitime  fierté,  nous 

(1)  Histoire  de  Brive,  par  quatre  citoyens,  page  141. 


—  341  — 

est  donné  par  cette  petite  cité.  Entourée  d'Anglais, 
elle  veut  rester  française.  Aux  prises  avec  les  puis- 
sants barons,  dont  les  possessions  louchent  ses  mu- 
railles, son  consulat  n'entend  ne  relever  que  du  roi. 
Elle  assiège  Turenne,  elle  prend  d'assaut  Malemort, 
Lachapelle  et  Lagarde.  Elle  mêle  l'offensive  à  la 
défensive,  tantôt  elle  attaque,  tantôt  elle  se  défend. 
Lorsque  la  France  est  prospère,  elle  est  forte;  elle 
est  faible  lorsque  les  batailles  de  Crécy  et  de  Poitiers, 
lorsque  le  traité  funeste  de  Brétigny,  courbent  le  pays 
sous  le  joug  des  Anglais. 

Sa  vaillance,  son  esprit  mâle  et  guerrier  ne  méri- 
tent-ils pas  le  nom  de  Gallia  ardens,  par  lequel  on  a 
parfois  traduit  celui  de  La  Gailla^'de? 

La  générosité  des  habitants  n^est  pas  moins  grande 
que  leur  courage  et  que  leur  mépris  du  danger.  Ils 
s'imposent  les  tailles  les  plus  lourdes  et  ils  paient  en 
outre  celles  qui  sont  taxées  par  les  représentants  du 
roi.  Les  consuls  font  des  avances  onéreuses  et  la  ville 
devient  la  créancière  du  seigneur  de  Malemort,  tenu 
à  son  égard,  soit  à  titre  d'inféodation,  soit  à  titre  de 
prêt,  de  20  écus  d'or  pour  un  palefroi;  de  Mathe  de 
L'Isle- Jourdain,  épouse  de  Bernard  de  Turenne (1),  de 
56  florins  d'or.  Ils  acquittent  à  Tévêque  de  Beauvais, 
représentant  du  roi,  un  fouage  de  380  livres.  Ils  re- 
mettent 161  livres  à  Aymeric  de  Roehechouart  pour 
les  frais  de  l'expédition  contre  les  châteaux  de  Com- 
born,  de  Juillac  et  d'Ayen,  expédition  qu'il  n'aurait 
pas  tentée  sans  ce  subside,  et  ils  sont  contraints  de 
prêter  personnellement  500  livres  à  ce  lieutenant  du 

(1)  Bernard  VII,  comte  de  Comminge,  veuf  et  héritier  de  Marguerite, 
vicomtesse  de  Turenne,  130i. 

T.  XXX.  5-6 


[ 


r 


—  342  — 

roi.  Il  leur  en  remet  une  reconnaissance  scellée  de 
son  sceau  ;  il  ne  la  remboursera  jamais.  Les  recettes 
de  la  ville  sont  nulles  pour  ainsi  dire.  Elles  se  com- 
posent de  quelques  droits  d'octroi,  barrage  et  corre- 
tage;  droits  de  place,  droits  sur  la  viande  avariée,  sur 
le  cuir  mouillé,  sur  les  poissons  qui  sont  vendus  sur 
la  place  publique  devant  Téglise  Saint-Pierre  (1). 

Nos  pères  n'avaient,  pour  ainsi  dire,  que  des  dé- 
penses ;  et,  pour  y  faire  face^  ils  s'accablaient  eux- 
mêmes  des  impôts  les  plus  onéreux.  Les  consuls  se 
croyaient  tenus  de  donner  l'exemple  de  la  générosité 
et  du  désintéressement.  Jean  Raynal  prend  à  sa  charge 
le  recouvrement  des  20  écus  d'or  que  doit  à  la  ville  le 
baron  de  Malemort  ;  il  s'expose  ainsi  à  la  vengeance 
de  notre  proche  et  trop  puissant  voisin. 

L'administration  municipale  veut  remplir  ses  enga- 
gements, dut-elle  prendre  les  sommes  qui  lui  sont 
nécessaires  dans  l'escarcelle  des  citoyens.  Elle  offre 
des  cadeaux  au  juge  royal,  au  sénéchal  et  à  son  fils  : 

a  Item  fazen  presen  a  la  couchada  del  senescal 
a.  31.  iOs. 

a  Item  per  3  torchas  que  ac  (eût)  Johan  Saret 
a  en  Vassiza  et  can  vent  lo  filh  del  senescalh,  18  s. 

«  Item  en  Vassiza  davan^  5*  Pierrey  tramezen 
a  {transmettons)  presen  al  Juege^  al  preuraire 
ce  (procurairejy  hi  al  chanseliery  de  pa  (pain)  et 
«  dé vi  ». 

Elle  achète  du  papier  pour  transcrire  les  délibéra- 
tions et  les  comptes  du  consulat^  pour  correspondre 


(1)  Église  Saint-Pierre,  aujourd'hui  maison  privée^  située  rue  Biaise- 
Reynal,  vis-à-vis  la  chapelle  du  vieux  Collège. 


—  343  — 

avec  toutes  les  villes  voisines,  Beaulieu,  Aubazines, 
Turenne,  Périgueux,  Tulle,  Sarlat,  Limoges. 

ce  Item  per  una  mas  papier  per  escrire  las  de- 
a  falhas  el  cossolat. 

a  Item et  per  7  mas  de  papier  que 

a  ai  costet  el  cossolat  ^ .  * 

Chaque  citoyen  convoqué  pour  monter  la  garde 
doit  être  armé  suivant  son  état,  et  sera  de  plus  por- 
teur d'une  épée  ou  d'un  glaive. 

a  Item  que  tots  homes  que  devran  gardar  la 
a  porta  estinga  armât  à  la  porta  segon  c/iascu  de 
a  son  estât. 

«  Item  que  chascu  portant  l'espaza  ho  glavi  en 
a  lors  mas  ». 

Mais  la  ville  fournit  l'armement  permanent  des 
portes  et  des  remparts.  Elle  achète  de  la  poudre  à 
canon. 

a  Item  que  payen e  per  lo  palvera  de 

«  cano  ». 

Elle  commande  des  pièces  de  canon  aux  forgerons 
de  Sainte-Féréole  et  de  Champagnac. 

a  Item  despendet  lo  faure  de  5*  Ferrials  can 
a  vent  far  los  canos  3  s. 

a  Item  que  pagen  a  il  de  Champagnac  per  las 
«  feradinas  dels  sauls  e  per  un  canOj  lo  divenre 
cf  (divendî'e)  d'avan  S  Michial  tout 

Nous  pouvons  aujourd'hui  sourire  en  pensant  à 
l'artillerie  du  xiv*  siècle,  dont  la  fabrication  était 
confiée  à  des  forgerons  de  la  campagne.  Mais  son 
emploi  à  Brive  avait  été  postérieur  à  celui  qui  en 


—  344  — 

avait  été  fait  dans  des  villes  plus  importantes  et  plus 
rapprochées  des  champs  de  bataille.  II  contredit  l'as- 
sertion de  certains  historiens  et  surtout  des  nom- 
breux manuels  scolaires  qui  prétendent  que  les  ca- 
nons ou  bombardes,  existant  à  Brive  en  1342,  plus 
meurtriers  parfois  pour  ceux  qui  s'en  servaient  que 
pour  les  ennemis  contre  lesquels  ils  étaient  braqués, 
ont  fait  leur  première  apparition  à  Crécy  en  1346. 

La  ville  en  possédait  cinq  en  1349.  Les  consuls  les 
avaient  placés  aux  portes  des  Prédicateurs,  de  Cor- 
rèze,  de  La  Brande,  de  Lerneige  et  de  Puy-blanc. 

Les  sept  portes  étaient  encore  défendues  par  des 
balistes  de  bois  et  de  cuir. 

«  Item  balista  de  cory^  una  autra 
de  fust 2  balistas.  » 

Les  consuls  donnaient  à  chaque  poste  cinq  douzai- 
nes de  traits  où  flèches  revêtus  de  laiton  :  «  Tilharia 
enponada  de  leto,  5  dozenas  »  et  vingt-deux  dou- 
zaines de  traits  plus  petits  :  «  Item  tilharia  petita, 
22  dozenas  »,  deux  massues  au  poste  de  la  porte  des 
Frères  mineurs,  une  à  celui  de  Lerneige  ;  six  fléaux 
garnis  à  la  porte  des  Prédicateurs,  à  La  Brande  et  à 
Lerneige. 

((  Item  flageladas 6  flageladas.  » 

a  Item  flageladas  garnidas. .     6  flageladas.  » 

Aux  Prédicateurs,  de^  carreaux  ou  projectiles  pour 
le  canon, 
a  Item  caros  per  cano  ». 

Les  principales  dépenses  de  la  ville  avaient  pour 
objet  la  construction,  la  réparation  et  la  garde  des 
remparts.  Elle  fournissait  du  vin  aux  travailleurs. 


—  345  — 

ce  Item  que  pagen  per  vi.  a  la  manobria  del 
a  trenchat  de  las  Mentidetas  que  es 

a  G.  Lajohanna ify  h.  u 

et  aux  hommes  de  garde  qui  recevaient  encore  des 
chandelles  pour  Téclairage  intérieur  des  postes  et  des 
torches  pour  l'extérieur. 

«  Item  que  pagetP.  B.  per  quatre  torchas  e  per 
a  lo  VI  e  las  chandelas  de  W  sers  e  per  far  las 
a  gachs 3  L  9  s, 

«  Item  per  una.  torcha 7  a.  » 

Ailleurs  les  torches  sont  payées  6  sols. 
«  Item  per  3  torchas  que  ac  Johan  Saret  en 
«  Vassiza  e  can  vent  lou  filh  del  senescalh..  ISs.  » 

Le  prix  en  parait  d'autant  plus  élevé  que  celui  de 
la  journée  d'un  homme,  travaillant  aux  fossés,  ne 
dépasse  pas  8  deniers. 

((  Ite77i  per  6  homes  que  tengueren  el  fbssat  3 
«  jours 12  sols.  » 

Une  livre  de  chandelles  coûtait  7  deniers  i/i- 
«  Item  per  2  liouvres  chandelas  an   Olivier 
c(  d'Antissac 15  d.  » 

La  dépense  de  l'éclairage  extérieur  était  coûteuse. 
a  Item  per  7  torchas  que  payet  B,  B.  en  2  neiz^ 
«  costuro 2  L  7  H.  1^ 

Des  pièces  de  bois  sont  achetées  pour  les  palissa- 
des. 

«  Item  que  payen  à  D^  d'Antissac  per  douas 
a  perpounchas. 

«  Item  que  payen  à  Pierre  Bernât  per  Ires 
«  perpounchas  ». 


-  346  • 

D  autres  étaient  employées  aux  marches  qui  ser- 
vaient à  monter  sur  les  passages  des  crénaux. 

((  liera  per  far  aportar  la  fti8ta{d\i  latin  fustis) 
«  de  per  la  vila  a  far  los  marchaus  els  corre- 
cf  dors  JD. 

On  répare  les  fossés  et  les  barrages  qui  y  condui- 
sent l'eau  de  la  rivière,  des  ruisseaux  de  Verdanson  et 
des  Gaulies. 

«  Item  per  6  homes  que  tengueren  el  fossat  3 
((  jours 12  s.  j> 

La  journée  était  payée  8  deniers. 

a  Item  que  payen  à  4  homes  per  adobar  laus 
((  fossats  dous  Praires  Menors ï  l.  6  s. 

ce  Item  payet  Jean  Soret  per  lo  gach  de  très 
a  portas  e  per  adobar  la  peichonaria  (lo  pei- 
«  chièroj iO  s.  t> 

Des  tranchées  sont  ouvertes  à  la  porte  des  Sœurs 
où  ont  travaillé  G.  Lajohanna,  P.  B.,  pendant  15 
jours,  44  hommes  pendant  2  jours,  des  manouvriers 
la  veille  et  le  jour  de  saint  Martin  «  la  vespra  e  joris 
de  S*  Marti  d. 

Mais  des  efforts  plus  grands  et  des  travaux  plus 
pénibles  étaient  faits  aux  portes  des  Frères  Mineurs, 
du  Salan  et  de  Puyblanc  et  les  préoccupations  les 
plus  vives  avaient  pour  objet  celle  des  Prédicateurs 
par  laquelle  était  ouvert  un  accès  sur  le  pont  du  Buis, 
le  seul  qui  existât  alors  sur  la  Corrèze.  Sur  ce  point 
les  femmes,  comme  nous  Ta  vous  déjà  dit,  rivali- 
saient d'activité  et  de  dévouement  avec  les  hommes. 

«  Item  per  logier  de  84  homes  et  de  45  femnas  à 
«  far  la  maiiobria  deus  Pezicadors. .  3  l.  ïï  s.  » 


—  347  — 

Le  document  que  nous  transcrivons  ci-dessous  nous 
donne  des  renseignements  incomplets  et  parfois  con- 
tradictoires sur  le  salaire  des  ouvriers. 

84  hommes  et  45  femmes,  soit  129  ouvriers,  re- 
çoivent 3  livres  11  sols^  soit  6  deniers  et  3  dixièmes 
pour  chacun  d'eux.  G.  Donna  reçut  15  s.  pour  15 
jours  de  travail,  soit  1  sol  ou  12  deniers  par  jour. 

«  Item  que  payen  a  G.  Donna  per  15  joris  que 
«  estet  a  la  manobria. . ., 15  s.  i> 

Quarante-quatre  hommes  pour  deux  jours  de  tra- 
vail ont  été  payés  1  1.  18  s.  6  d.,  soit  5  d.  2  1/10  par 
jour.  Six  hommes,  tenus  au  fossé  du  Salan  pendant 
trois  jours,  ont  reçu  12  sols,  ou  8  deniers  par  jour. 

Nous  n'entrerons  pas  dans  des  détails  plus  circon- 
stanciés pour  éviter  des  longueurs  et  donner  plus  de 
place  aux  mesures  prises  et  aux  dépenses  faites  pour 
la  garde  des  différents  postes. 

Des  escouades  de  dix  hommes  faisaient  le  service  de 
chacune  des  portes.  Elles  étaient  commandées  par  un 
dizainier,  qui  devait  laisser  un  de  ses  hommes  jus- 
qu'à l'arrivée  de  leurs  remplaçants.  Elles  répondaient 
à  l'appel  qui  était  fait  par  une  corne  ou  instrument 
de  cuir  :  a  Al  cory  corna,  al  dith  cory  cornât  d, 
et  se  réunissaient  sur  la  place  Saint-Martin.  Les  re- 
tardataires ou  ceux  qui  ne  se  présentaient  pas  étaient 
punis. 

d  Vide  lice  f  que  lo  gach  deves  lo  matdinas  parla 
«  de  sa  garda  de  mièza  nocthj  say  que  à  la  hora 
n  de  5  gros  ;  e  si  adonc  s'en  partia  que  lo  déze- 
«  nier  sia  tegut  de  laischar  un  home  de  sa  de- 
«  zeina  bo  e  sufficien  que  garda»  be  say  que 


—  348  — 

a  venha  la  garda  del  jory,  laquai  sia  legvda  de 
((  venir  al  cory  corna  ;  ho  sian  tégtit  à  la  pena  ». 

La  garde  de  jour  se  réunissait  aussi  sur  la  place 
Saint-Martin.  La  nioitié  des  hommes  de  service  atten- 
dait les  clefs  de  la  porte  qui  lui  était  attribuée,  l'au- 
tre moitié  devait  être  rendue  à  son  poste  à  Theure  de 
l'ouverture,  pendant  la  messe,  qui  était  dite  à  la 
chapelle  de  saint  Michel  (1). 

Chacun  des  hommes  de  service,  armé  selon  sa 
condition,  devait,  pendant  le  jour,  manger  au  corps 
de  garde  et  ne  pouvait  quitter  son  poste  sous  peine  de 
punition.  11  gardait,  le  jour  et  la  nuit,  soit  au-dessus, 
soit  au-dessous  des  portes,  ou  sur  le  clocher,  en  per- 
sonne et  ne  pouvait  être  remplacé.  La  garde  mon- 
tante de  nuit  devait  trouver  la  garde  descendante  de 
jour  devant  la  porte  fermée  et  le  dizainier  ne  pouvait 
se  retirer  avant  l'arrivée  de  son  collègue. 

Nous  avons  déjà  dit  que  les  hommes  de  garde  re- 
cevaient une  solde.  Ainsi  quatre  sols  furent  comptés  : 
l""  à  Jean  Reynal  pour  une  soirée  de  faction. 

«  Item  que  payen  à  Johan  Reynal  per  un  au- 
dc  tre  ser  que  fetz  lo  gach  {le  guet),  despendet  4  s.  » 

2°  A  S^  Clère,  Jean  de  Malhise,  Pierre  de  Bessac  et 
son  compagnon,  8  s.  chacun 1  1.  12  s. 

Pical  del  Sostre  et  Jean  Lecroc,  qui  étaient  restés 
sept  jours  à  la  porte  des  Prédicateurs,  ne  reçurent 
que  7  s.  Ailleurs,  24  journées  de  garde  ne  sont  payées 
que  1  1.  4  s.,  soit  i  s.  par  jour.  On  trouve  encore  que 


(1)  La  chapelle  de  saint  Michel  était  au  point  de  réunion  du  prieuré 
et  de  la  collégiale.  On  pourrait  l'identifier  avec  la  chapelle  de  la 
sainte  Vierge  ou  celle  des  fonls  baptismaux. 


-  349  — 

la  garde  des  sept  portes,  pendant  trois  nuits,  ne  donna 
droit  qu^à  une  rétribution  de  sept  sols.  Jean  La  Croz 
et  Bernard  Delpeuch  reçurent  cinq  sols  pour  la  garde 
des  portes  pendant  sept  jours.  Pour  douze  jours,  Le 
Clère  toucha  11  s.  10  d.  Pierre  Deljaral,  pour  22  jours 
de  service  à  la  porte  des  Sœurs  (de  las  Menudetas), 
reçut  1  1.  1  s.  4  d.,  soit  un  peu  moins  de  1  s.  par  jour. 
L.  Dinat  fut  payé  à  raison  de  8  d.  par  jour.  Les  postes 
des  portes  de  Corrèze  et  des  Prédicateurs  étaient 
payés,  pour  leur  présence  *du  25  novembre  à  Noël, 
pendant  trente  jours,  11.4  s.  Pical  del  Sostre  garda 
la  porte  des  Prédicateurs  de  Noël  au  5  mars,  et  reçut 
27  sols  que  lui  remit  Pierre  de  Prenhac  au  compte 
de  la  ville. 

Nous  trouvons  encore  trace,  dans  le  compte  des 
consuls,  de  plusieurs  sergents  (servientes)  ;  ce  mot 
peut  avoir  plusieurs  significations.  On  distinguait  les 
sergents  d'armes  qui  appartenaient  quelquefois  à  la 
noblesse,  officiers  du  sénéchal,  des  fonctionnaires 
attachés  au  tribunal  du  juge.  Ceux-ci  portaient,  comme 
insigne,  un  bâton  sur  lequel  était  gravées  les  armes 
de  la  ville  ou  de  la  juridiction  seigneuriale  à  laquelle 
ils  appartenaient.  Ils  exerçaient  souvent  les  fonctions 
des  huissiers.  La  transaction  de  1361  décide  que  trois 
sergents,  ou  même  un  plus  grand  nombre  s'il  est 
nécessaire,  seront  attachés  à  la  justice  ordinaire  de 
Brive  et  seront  élus  par  les  coseigneurs  et  les  consuls 
et  qu'ils  recevront  un  denier  Raymondin  pour  une 
citation  et  deux  pour  une  saisie. 

Le  compte  consulaire  que  nous  commentons  n'a 
pour  objet  que  les  frais  de  la  défense  de  la  ville.  Il 
parait  donc  probable  que  les  sergents  qu'il  mentionne 


—  350  - 

sont  des  sergents  d'armes,  peut-être  d'un  ordre  infé- 
rieur, auxquels  leur  expérience  militaire  faisait  con- 
fier une  partie  des  troupes  bourgeoises  ou  une  section 
des  remparts.  Leur  solde  était  plus  élevée  que  celle 
des  soldats  sous  leurs  ordres.  A  trois  d'entre  eux  et  à 
un  messager  chargé  de  réclamer  les  subsides,  une 
indemnité  de  cinq  livres  est  accordée. 

Les  évaluations  qui  précèdent  sont  discordantes  et 
ne  nous  laissent  aucune  indication  claire  sur  la  solde 
d'un  soldat  citoyen.  On  pourrait  peut-être  penser  que 
les  différences  se  rapportent  à  celles  de  la  force,  de 
l'intelligence  ou  de  la  durée  de  la  faction  de  chacun 
d'eux.  L'obscurité  est  d'autant  plus  grande  sur  ce 
point,  que  plusieurs  des  opérations  que  relate  ce 
compte  sont  inexactes.  Nous  le  publions  tel  qu'il 
existe  dans  les  archives  municipales,  sans  le  discuter 
davantage. 

Les  consuls  élus^  au  second  degré,  par  les  seize 
prudhommes  désignés  par  tous  les  habitants,  chefs 
militaires,  agents  administratifs,  judiciaires  et  finan- 
ciers^ cumulaient  toutes  les  fonctions  qui  leur  étaient 
dévolues  par  leur  dévouement  et  la  confiance  de 
leurs  concitoyens,  contrairement  à  la  théorie  moderne 
de  la  séparation  des  pouvoirs.  Ils  étaient  alors  à  la 
peine^  dans  le  trouble  et  l'anarchie  des  débuts  de  la 
guerre  de  cent  ans.  Ils  méritaient  la  gloire  de  comman- 
der à  leur  ville  natale  et  de  suppléer  à  l'insuffisance 
dos  anciens  pouvoirs.  Ils  présentaient  chaque  année,  à 
leurs  successeurs  désignés  le  jour  de  Saint-Pierreaux- 
Liens,  en  présence  de  cinquante  prudhommes,  leurs 
comptes  consulaires,  qui  établissent  encore  les  avances 
qu'ils  faisaient  habituellement  sur  leur  propre  for- 


-  351  - 

tune  et  dont  le  remboursement  était  pour  eux  incer- 
tain. 

Ils  construisirent,  pendant  la  première  moitié  du 
XIV'  siècle,  une  enceinte  fortifiée,  à  peu  près  identique 
à  celle  de  nos  boulevards  et  qui  fut  augmentée,  au 
point  de  vue  de  la  défense,  après  1374.  On  se  trom- 
perait cependant  si  Ton  croyait  que  toutes  les  exigen- 
ces militaires  aient  été  alors  remplies.  De  nombreuses 
maisons  ou  ayrages  étaient  contigus  aux  remparts  et 
mettaient  obstacle  à  la  continuité  des  chemins  de 
ronde.  Nous  avons  trouvé  dans  nos  archives  person- 
nelles des  notes,  dont  nous  transcrivons  quelques 
lignes  : 

a  r  Die  25  7^^^  i453,  nobilis  Thomas  de  Cas- 
a  teanœ  recognovit  se  tenere  in  feudum  a  prœdic- 
Œ  tis  condominis  villœ  Brivœ  quœdam  agralia 
«  sita  in  villa  Brivœ  juxtà  murum  dictœ  villœ  ; 

«  S**  Die  9  "  junii  ià96^  providus  vir  Joannes 
«  Laforestiay  mercator  et  burgensis  Brivœ^  prose 
a  et  suis  y  recognavit  tenere  in  feudum  a  dictis 
a  condominis  quasdam  domos^  hortum  et  fur- 
«  num  contiguos,  sitos  infrà  villam  Brivœ^  con- 
«c  fronlatos  cum  carrierâ  publicâ^  per  quam  itur 
«  a  Macellis  Brivœ  versus  partam  Fratrum  Mi- 
«  noi'um  et  cum  domo  et  de  forlicu  nobilis  Joannis 
«  de  Casteaux  et  cum  muralhâ  villœ  Brivœ  et 
«  cum  horto  et  domo  nobilis  domini  Guillelmi 
ce  de  CosnacOj  militis,  domini  de  Bordis.  » 

Deux  reconnaissances  de  1741  mentionnent  le 
même  fait,  et  la  seconde  dit  que  la  maison  de  M.  de 


—  352  — 

Cosnac,  seigneur  des  Bordes,  était  devenue  la  pro- 
priété de  M.  de  Gilibert. 

Quelle  qu'ait  été  de  ce  chef,  l'insuffisance  de  nos 
moyens  de  défense,  nos  anciens  consuls  ont  maintenu 
Taulorité  du  roi,  c'est-à-dire  l'union  française,  dans 
nos  murs.  Brive  a  été  considérée,  pendant  la  guerre 
de  cent  ans,  comme  une  place  frontière,  poste  avancé 
au  milieu  des  possessions  anglaises.  Jean-leBon  lui  a 
reconnu  ce  glorieux  privilège.  Elle  a  été  livrée  au 
duc  de  Lancastre  en  1373,  par  ses  consuls,  effrayés 
par  le  sac  et  le  pillage  de  la  ville  de  Limoges  par  le 
Prince  Noir.  Rendue  un  an  après  à  la  puissance  de 
Charles  V,  elle  a  gardé  ses  franchises  jusqu'à  la  Révo- 
lution. 

Elle  a  dû  sa  fidélité  et  sa  force  au  dévouement  dé- 
sintéressé de  ses  consuls.  Nous  pouvons  être  fiers  de 
notre  passé  et  être  assurés  que  nous  ne  connaîtrons 
jamais  les  difficultés,  les  dangers  et  les  souffrances 
de  nos  pères. 

Julien  Lalande. 


TITRES  &  DOCUMENTS  (1) 


Dépenses  faites  par  les  Consuls  pour  l'entretien 
et  la  garde  des  remparts  et  fossés  de  la  ville,  en  1344, 


Garde  de  la  ville. 

Item  que  pagen  à  Robert  de  la  Mainardia  per  Vincent  de 
Malmont  e  per  una  netz  que  anez  à  Torena  am  Johan  Ray- 
nal  e  per  lo  dommaige  que  la  vilha  Ihi  fetz  en  un  ostal  ser 
cair  on  y  fetz  un  agachier  montet  tout 2  L 

Item  que  pagen  à  Johan  Raynal  per  2  lioures  sera  e  per  2 
liouvres  chandellas  e  per  lo  vi  del  ser  del  premier  gach.    7  s. 

Item  que  pagen  per  vi  à  la  manobria  del  trenchat  de  la 
Menudetas  que  es  G.  Lojohanna 18  s. 

Item  que  pagen  à  Johan  Raynal  per  un  autre  ser  que  fetz 
lo  gach,  despendet 4  s. 

Item  que  pagen  à  Pierre  Malubier  per  un  servent  de 
Doma  (2)  e  per  lo  polvera  de  cano  e  per  una  torcha  que  iku: 
Johan  Rainaus 1  I,  1  s.  3  d. 

Item  que  pagen  à.  .  .  .  D*^  d'Antissac  per  douas  perpoiin- 
chas  e  per  anar  à  Torena  e  per  un  trave  als  sarh  e  per  far  3 
gach 3  L  2  s.  8  d. 

Item  à  la  manobria  del  trenchat  des  Las  MenudGtas  que 
es  P.  B.,  en  15  joris  costet 12  1.  Il  s.  8  d. 

Item  que  pagen  à  G.  Donna  per  15  joris  que  estel  à  la  ma- 
nobria       15  8, 

Item  per  44  omes  que  es  P.  B.  a  far  la  dicha  trenchada  en 
2  joris,  costèro 1  1.  18  s*  6  d. 

(1)  Archives  de  la  ville  de  Brive,  FF  7. 

(2)  Officier  du  sénéchal  du  Périgord  et  Quercy  résidant  à  Doinme, 


i 


-  354  - 

Item  per  2  torchas  que  ac  P.  B  per  far  los  gach  e  per  tra- 
mestre  un  massip  a  Labat  daubazina 15  s. 

Item  per  la  manobria  que  o  met  lo  premier  jour  als  Pezi- 
cadors  (1),  als  Praires  Minors,  a  Salem  (2),  hia  Puech- 
blanc  (3) 4  1.  15  s. 

Item  que  paget  P.  B.  per  quatre  torchas  e  per  lo  vi  e  las 
chandelas  de  40  sers  e  per  far  los  gachs 3  1.  9  s. 

Item  per  logier  de  84  homes  e  de  45  femnas  a  far  la  ma- 
nobria deus  Pezicadors 3  1.  1 1  s. 

Item  per  far  la  manobria  que  a  acom  à  las  Sors  (4)  per  far 
lo  trenchat,  la  vespra  e  joris  de  S^  Marti,  costet. .     2  1.  11  s. 

Item  per  lous  jornals  de  23  peiriers  e  per  lo  jornals  del 
valadié  e  des  amolher  al  dit  trenchat 2  1.17  s. 

Item  pagen  als  très  sirvens,  hia  un  nocbrier  que  vengo 
per  demandât  lo  subsidi 51. 

Item  per  un  massip  que  tramezen  a  Perigors  e  per  2  tor- 
chas que  agez  P.  B.  a  far  los  gachs 1  1.  16  s. 

Item  à  S.  Clère  hiumar,  hia  Jean  de  Molhise,  hia  peiret 
de  Bessac,  hia  so  companho  per  gardar  las  portas.     1  1.  12  s. 

Item  à  Pical  del  Sostre,  hia  Jean  Lecroc,  per  gardar  la 
porta  dous  Pezicadors  7  joris 12  s. 

Item  per  gardar  las  portas  per  vingt  quatre 
jornadas 11.4  s. 

Item  pagen  à  quels  que  gardavo  las  portas  del  jour  de  sus 
entre  lo  jour  de  S*  Jaime 1  1.  7  s. 

Item  per  une  torche  7  s.,  per  12  jornals  de  gardar  las  por- 
tas 12  s.,  e  pagen  al  trezaurier  a  cost  5  s.,  forma. . .     1  1.  2  s. 

Item  fazen  prezen  à  la  couchada  del  séneschal  3  1.  10  s., 
hia  quels  que  gardavo  de  noch  2  s.  2  d.,  tout 6  1. 

Item  que  pagen  à  Pierre  Bernât  per  très  perponchas  per  6 
laulachas,  per  6  lansas  e  per  8  torchas  per  far 
lo  gach 7 1.  12  s. 

(1)  Porte  des  Frères  Prêcheurs. 

(2)  Porte  du  Salan. 

(3)  Porte  de  Puyblanc. 

(4)  Porte  des  Sœurs. 


—  355  — 

Item  per  los  gachs  de  las  7  portes  par  3  nochs  7  s.  e  pré- 
zen  al  jusqe  à  mi  setembre  coster  3  8. 10  d..  tout.    10  1.  10  s. 

Item  per  4  sirvens  que  estero  à  las  portas  38  jours  en  tram- 
bedos  agra  10  d.  per  jor,  monthi  tout. 1  1.  Il  s.  8  d. 

Item  per  3  torchas  que  ac  Jâhan  Soret  en  lasiza  et  can 
vent  lo  fllh  del  senescalh 18  s. 

Item  per  una  corda  à  la  porta  coladisa  dels  Praires  Me- 
nors,  e  per  un  fust  al  dich  loc. 

Item  despendet  lo  faure  de  S*  Ferriols  can  vent  far  los  ca- 
nos  3  s.  et  2  s.  4  d.  per  un  gach,  tout 5  s.  4  d. 

Item  que  pagen  à  il  de  Ghampagnac  per  las  feradinas  dels 
sauls  e  per  un  cano  lo  divenres  davan  S'  Michial,  tout. 

Item  per  una  taula  à  far  lo  pàssaige  de  Puech  Blanc  3  s. 
6  d.  et  per  un  massip  per  anar  à  Sarlat  4  s.,  tout. .     8  s.  6  d. 

Item  per  una  torcha  que  despendet  Pierre  Raynaus  per 
far  los  gachs  et  per  un  cent  de  clavers  als  sauls 6  s. 

Item  per  7  jours  que  gardero  las  portas  Johan  La  Groz  et 
Bernart  Delpeuch 5  s. 

Item  per  2  liouvres  chandelas  au  Olivier  Dantissac  15  d.  et 
per  7  mas  de  papier  que  al  costet  al  cossolat. 

Item  per  lo  vi  et  las  chandelas  de  30  sers,  45  s.  et  per  4 
torchas  28  s.  can  fo  aco  dalbaroche. 

Item  per  7  torchas  que  paget  P.  B.  en  2  nets, 
costero 21.7  s. 

Item  que  pagen  à  Aymeric  Simo  et  so  que  presten  à  Ma- 
domna  de  Malemort  et  lettre  que  n'aven 19  1.  18  s. 

Item  que  pagen  à  L.  Glere,  hia  Pical  del  Sostre,  hia  Jean 
Lacrox  per  las  portas  gardar  13  jours 1  1.  12  s. 

Item  per  6  homes  que  tengueren  el  fossat  3  jours  12  s.  et 
10  s.  à  Guillaume  Borel  per  son  trebalh  de  la  talha, 
far  tout 7  1.  2  s. 

Item  per  los  gachs  de  doas  portas,  7  jours  et  per  laus  gachs 
de  la  vila  et  per  5  jours  que  L.  Glere  estet  a  las  portas, 
tout 1 1  s.  10  d. 

Item  per  los  gachs  dels  portais  e  de  per  la  vila  per  15  sers 
à  las  2  portas,  finis  à  23»  9»»" 16  s.  3  d. 


—  356  — 

Item  à  Pierre  Deljarat  per  22  jours  que  estet  al  portai  de 
Las  MenudetaSi  comte  fach  am  Vincent  Roche,  1  1.  1  s.  4  d. 

Item  per  25  jornals  de  mes  à  curât  lo  fossat  deprès  lo  por- 
ta/ Salen  mes  las  ji  B.  Nadals 16  s.  3  d. 

Item  à  L.  Dinat  per  gardar  lo  portai  deus  Praires  Me- 
nors  17  jours  à  8  d.  lo  jour 1 1  s.  4  d. 

Item  per  lo  gach  deous  Prézicadors  et  de  Corrèza  et  per 
la  vila  7  sers,  coslèro 7  s.  4  d. 

Item  que  pageren  à  Pical  del  Sostre  per  gardar  la  porta  13 
jours,  8  d.  per  jours 9  s.  4  d. 

Item  per  las  portas  deous  Prejsicadors,  de  Correza  et  300, 
et  per  lo  gach  de  la  vila  entro  à  Nadal,  tout.    1  1.  19  s.  10  d. 

Item  pagen  à  Pierre  Deljaret  a  3*  X^^  per  gardar  la  porta 
dis  Las  Menudetas  21  jours 14  s. 

Item  à  L.  Dinat  per  gardar  la  porta  deus  Praires  Menors 
entro  à  Nadal  et  fo  à  25  novembre,  tout l  1.  4  s. 

Item  à  Pierre  d'Algaric  da  4*  X*»»*®  entro  à  Nadal  per  la 
porta  de  Las  Menudetas 15  s. 

Item  per  lo  vi  et  las  chandelas  dels  portais  deus  Prézica- 
dors e  de  Correza  e  per  aquel  dels  gachs  de  per  la  vila,  de 
Nadal  entre  à  la  S*  Pierre  La  Cadienna, 
monte  tout 3  1.  17  s.  6  d. 

Item  en  l'assiza  d'avan  S*  Pierre,  tramezen  prezen  del 
juege,  al  preuraire  hi  al  chanselier,  de  pa  et  de  vi 

Item  despendet  Pierre  Bernât  per  lo  vi  et  las  chandelas  de 
84  sers  am  lo  gach  de  las  nochs 

Item  4  torchas  que  despendet  can  l'evesque  de  Beauvais  fo 
à  Briva 

Item  per  far  aportar  la  fusta  de  per  la  vila,  à  far  los  mar- 
chaus  els  corredors 

Item  que  pagen  à  4  homes  per  adobar  lous  fossés  dons 
Fraires  Menors 1  1.  6  s. 

Item  que  donen  à  Pical  del  Sostre  de  gardar  la  porta  dous 
Pré;2icadors  de  Nadal  entre  à  5  jours  de  mars  rebatus  20  s. 
quo  agut  de  Pierre  de  Prenhac  per  la  vila 1  1.  7  s. 

Item  per  las  portas  et  las  fenestras  que  hom  prendet  de 
lostal  de  Naurs,  fo  rebatut 7  s. 


—  357  — 

Tlem  paget  Jean  Soret  per  lo  gach  de  1res  portas  et  per 
adobar  la  peichonaria 10  s. 

Item  per  une  mas  papier  per  escrire  las  défalhas  e\  Gassa- 
lat 11.4  s. 

Item  perlos  gachsde  3  sers  als  Fraires  Menors  et  Salen 
et  la  Branda 3  s,  9  d. 

Item  per  lo  portai  de  Puech  Blanc  per  11  sers  desai  S^ 
Pierre 5  s.  6  d. 

Item  que  bailen  à  Robert  La  Meinardia,  hia  Ugo  Rocho, 
hia  N.  Clergos,  hia  Vincent  Maurizi  cossols  en  deuias,  los- 
cals  eren  en  4  Rolles,  tout 106  L  7  s.  4  d. 


Distribution  des  armes  pour  la  garde  des  7  portes 
de  la  ville,  1349(1). 

Portai   dos   Fraires. 

L'an  de  nostre  Senhor,  1349,  en  la  semana  de  S*  Marti 
D'ivery  Devizero  Ihi  Cossol,  la  thilaria  et  las  balistas,  Baylel 
à  N.  Clergos,  per  lo  portai  deus  Frayres  Menoi^s  : 

Thilaria  en  ponada  de  lito 5  dozeaas. 

Item  thilaria  petita 22  dozènas. 

Item  tos  aycho  es  de  la  vila.  Item  de  la  vila..     !  cano. 
Item  à  Pierre  La  Gruthalenia  que  Ihi  baylet 

une  baliste  maurizis  de  cory 1  balisLa. 

Item  2  massues  de  la  vila 2  massues. 

Portât  Satem. 
A  Hugo  Chabrier  per  lo  portât  Satem  : 

Tilharia  en  ponada  de  lito 5  dozenas. 

Item  Tilharia  petita 22  doïenas< 

Item  Balesta  de  Cory,  una  autra  de  fust 2  balistas, 

(1)  Archives  de  la  ville  de  Brive,  FF  7,  f*  24  du  registre. 
T.  XXX.  5  —  7 


—  358  - 

Portât  deus  Prezicadors. 

Item  à  Kerre  Rainai  per  lo  portai  deus  Prezicadors^  Bay- 
lero  Ihi  Cossol  de  la  vila  : 

1  Balesla  de  fust  et  de  Cory 2  balistas. 

Item  de  tilharia  en  ponada  de  lito 5  dozenas. 

Item  tilharia  petita 22  dozenas. 

Item  flageladas 6  flageladas. 

Item  de  la  vila 1  cano. 

Item  caros  per  cano 4. 

Portai  de  Correza. 

A  Jaime  del  Sadre,  baylero  Ihi  Cossol  per  lo  portai  de 
Correza  : 

1  balesta  de  fusit  et  de  cory 2  balistas. 

Item  tilharia  en  ponada  de  lito 5  dozenas. 

Item  tilharia  petita 22  dozenas. 

Item  flageladas 6  flageladas. 

Item  de  la  vila 1  cano. 

Portai  la  Branda. 

A  Marti  Donadieu  per  lo  portai  la  Branda  baylero  Ihi 

Cossol  de  la  vila 1  cano. 

Item  tilharia  en  ponada  de  lito 5  dozenas. 

Item  tilharia  petita  ...  ; 22  dozenas. 

Item  flageladas 6  flageladas. 

Portai  Lemeige. 

A  Jean  Rainai,  per  lo  portai  Lemeige,  Baylero  Ihi 
Cossol 1  cano. 

Item  tilharia  en  ponada  de  lito  per  la  granda 

balista  de  la  vila 5  dozenas. 

Item  tilharia  petita 22  dozenas. 

Item  à  la  grande  Balista  de  fust  dicha 1  balista. 

Item  flageladas  garnidas *. 6  flageladas. 

Item  massue  ...  « 1  massue. 


359  — 


Portai  de  Pech  Blanc, 


A  N.  Dantissac,  baylero  Ihi  Cossol  per  lo  portai  de  Pech 

Blanc 1  cano. 

Item  tilharia  en  ponada  de  leto 5  dozenas. 

Item  tilharia  petita 22  dozenas. 


Tailles,  1851  (Ij. 

Nota.  —  Dans  cet  acte  de  ville,  il  est  fait  mention  que 
pour  réparer  les  murs  de  ville  et  fossés,  pour  acheter  de 
Vartillerie,  pour  payer  subsides  et  autres  affaires  de  la 
villBy  on  avait  été  forcé  d'imposer  plusieurs  tailles. 

In  nomine  Patris  et  Filii  et  Spiritus  Sancti.  Amen. 

L'an  de  Nostre  Senhor  1351,  que  ero  Cassol  en  Jean  Ray- 
naus,  James  de  Sadre,  Marti  Donadieux  et  Robert  Castel, 
fo  fach  Cossolat,  de  grand  Re  de  prudhomes  et  de  la  major 
et  melhor  partida  de  la  vila  et  quar  aceu  prudhome  se  ran- 
curavo  et  dision  quel  temps  passât,  per  la  chausas  nécessa- 
rias  à  la  vila,  ces  assaber,  per  bastir  en  acuis  soc  los  murs 
et  per  far  ac  nous  (2)  echadafaut  et  corredors,  e  per  far  palene 
al  tory  de  la  vila  et  per  réparar  los  valat  et  far  contrevalat 
et  per  crompar  canos,  arbalestas  et  tilharia  et  per  pagar 
subsidis. 

Item  per  deniers  prestat  forsadament  a  Monsg'  de  Ro- 
choart,  500  1.  de  que  agro  Ihi  Cassai  que  ero  adonc  lettras  de 
son  scel  sayladas  et  per  maintas  autras  despesas,  elh  avio 
grand  re  prestat  à  la  vila. 

Item  disian  que,  per  raso  de  las  dichas  despessas  et  grand 
re  d'autras,  ero  estadas  fâchas  de  grandas  talhadas  et  de 
grossas,  de  lasquals  resta vo  mais  à  pagar. 

Est  grand  re  d'autres  prudhomes  dichero  que  o  era  be 
rasos  que  los  pageshom  et  que  li  encbareramen  que  lor  ero 
estât  autrogat  per  la  major  partida  de  la  Bonagen  de  la  vila 

(1)  Archives  de  la  ville  de  Brive,  FF  7,  (•  26  du  registre. 

(2)  Nouveaux. 


—  360  — 

se  Causselesso  quant  de  granda  soraa  vinsion  que  no  devihom 
ero  et  que  B.  Rochas  que  ero  estât  Cossol  en  Tan  passât  avio 
comptât  en  la  major  partida  daqueus  a  qui  erohom  obligat  et 
que  comteshom  am  los  autres  et  saubet  hom  que  devria  la 
viia  e  la  resta  de  las  talhas  de  cos  que  poyriahom  bonde- 
nen  tro  aliory  doy. 

Et  en  aquel  mis  Cossolat  preget  hom  Jean  Rainai  que  era 
Cossol  quelh  plagues  de  levar  deus  arreirages  de  las  talhas 
per  pagar  aqueus  cui  séria  degut  et  segon  que  levaria  sos 
salaries,  Ihi  fo  cregut. 

Et  a  qui  mis  J.  Rainaus  promes  que  el  auria  diligensa  en 
levar,  et  juret  et  promes  que  aquo  que  el  en  levaria,  no 
metria  en  degus  usacges,  mas  à  pagar  los  dich  deudes,  e 
so  que  encobaria  deviria  et  pagaria  à  castu  segon  que  Ihon 
escheyria  am  volontat  daqueus  am  cui  auria  hom  comtat. 

Fo  ordennat  peus  dich  Cossol  e  per  los  prudomes  e  la  bona 
gen  de  la  vila  per  complir  las  dichas  chausas  e  per  so  que 
saubet  hom  soque  la  vila  devria  e  los  arreyrages  de  las 
talhas  que  la  resta  deus  comtes  daqueus  am  losquals  B.  Ro- 
chos  avia  comtat,  debatut  lor  talhas  e  comtat  tos  con  lo 
devriahom  ni  elh  devrion  e  deus  autres  am  on  contrariahom 
que  en  aquest  papier  s'escria. 

Item  fo  ordenat  que  a  chastu  d'aqueus  am  cui  contra- 
riahom de  soque  Ihi  devriahom,  e  de  so  final  compte  Ihi 
donahom  acta  si  la  requer. 

Item  que  tuh  Ihl  arreirages  que  trobatahom  que  seram 
degus  siam  après  escrihs  en  aquest  papier. 

Lo  5*  jory  de  janvier  l'an  1351,  far  en  Cossolat  Johan  Ray- 
naus,  B.  Rochas,  P.  Rochos,  Marti  Donadieus,  P.  Domenc, 
P.  Debraedor,  Aymeric  La  Ruatier,  Martis  Nicolaus,  aux- 
quals  dévia  la  villa  aycbi  come  es  de  sus  escrih  en  los  com- 
tes, e  Pierre  Rainaus  ero  absens,  acui  dévia  ichamen  la 
vila,  e  aqui  mis  J.  Rainaus  disque  el  avia  cobrat  deus  dichs 
arreirages  76  escus,  deusquals,  de  volontat  de  tos,  payet  et 
bailet  a  qui  mis,  sus,  assaber,  à  B.  Rochas  32  escus,  à 
P.  Rochas  8  escus,  à  Martin  Donadieu  1  escut,  Aymeric 
Larua  6  escus,  à  P.  Domenc  8  escus,  à  P.  Dubraedor  3  escus, 


—  361  — 

e  per  se  restet  net  5  escus  et  a  M*  Marti  Nicolau  paye  ne 
5  escus  et  puey  après  fora  de  Cossolat,  Pierre  Rainaus  dit 
et  reconut  davant  me  et  B.  Rochos,  presen  J.  Raynal  que 
a  Ihui  n'avia  pagas  4  escus;  et  aquestas  somas  so  escrichas 
disas  en  la  fi  del  comte  de  chascu. 


Ordonnance  des  Consuls  pour  la  garde 
de  la  ville,  1858  (1). 

Hic  sunt  Ordinationes  quse  scribi  et  fieri  inceperunt  die 
mercurii,  post  festum  beatae  cathedrse  Sancti  Pétri,  anno 
Domini  1358,  per  consules  qui  dicto  festo  erant  de  novo 
creati,  videlicet  Joannes  Reynaldi,  Petrus  Dominici,  Mar- 
tinus  Donadei  et  Joannes  Yschartarii,  cum  consilio  et  vo- 
luntate  proborum  vivorum  qui  sunt  infrà  scripti. 

Videlicet,  que  lo  gach  deves  lo  matdinas  parta  de  sa  garda 
de  mieza  nocth,  say  que  à  la  hora  de  5  gros;  e  si  adonc  s'en 
partia,  que  lo  deszenier  sia  tegut  de  laischar  un  home  de  sa 
dezena  bo  e  sufilcien  que  garde  be  say  que  venha  la  garda 
del  jory,  laquai  sia  teguda  de  venir  al  cory  corna;  ho  siau 
tegut  à  la  pena. 

Item  que  la  garda  que  devran  gàrdar  lo  jory,  sian  al  dith 
cory  cornât  en  la  plassa  S*  Marti,  o  la  maitat  de  lous  per 
penre  las  clans  de  la  porta  que  se  devra  ubrir,  e  l'autre 
meitat  sia  venguda  à  la  dicha  porta  que  hom  ubrira  dins  la 
messe  S<^  Michel,  ho  lo  defalhens  sia  tengus  en  la  pena. 

Item  que  lots  homes  que  devran  gardar  la  porta  estinga 
armât  à  la  porta  segon  chascu  de  son  estât,  e  que  toutas 
aquelas  gardas  se  dinen  à  la  porte  et  d'aqui  que  tout  lo  jory 
nos  parto  de  la  porta  ;  lo  defalhen  si  nia  sio  tegut  en  la  pena 
dessus. 

Item  que  chascu  que  devra  gardar  ho  la  noch,  ho  lo  jory 
ho  sus  las  portais,  ho  dejos,  garde  en  sa  propria  persona, 
ho  si  garde  al  cluchier. 

(1)  Archives  de  la  ville  de  Brive,  FF  7,  f*  64  du  registre. 


—  362  - 

Item  que  tolas  lâs  gardas  que  lo  jory  auran  gardât,  sian 
al  sarrau  de  la  porta,  si  no  que  degues  fa  lo  gach  de  noich, 
que  adoDC  s'en  poscha  anar  quan  hom  sonara  lo  5  gros, 
à  laquai  hora,  tots  lo  gach  que  devra  velhar  de  sers,  venha, 
e  lo  deszenier  ne  se  parta  daqui  que  l'autre  deszenier  que 
devra  levar  a  matdinas  sera  vengut,  et  fach  lo  regach  dese- 
nieis  per  sa  banda. 

Item  que  chascu  portant  Tespaza  ho  glavi  en  lors  mas. 

Et  à  la  marge  dudit  registre  sont  les  noms  des  particuliers 
qui  étaient  du  Conseil  au  nombre  de  cinquante-un. 


Tailles,  1355(1). 

Et  ce  que  me  redet  Pierre  Raynal  consul  et  despessa  que 
avia  mes  e  despendut  aquel  dich  an  que  era  estas  Cossol  am 
SOS  dichs  autres  companhos  per  una  partida  del  palene  et 
per  lo  (?)  reparacion  del  mur  de  Puech  Blanc  et  d'aulras 
talasas,  ayschi  adapareis  per  sos  rolles  escrichs  (un  mot 
illisible),  loscals  redet  et  baylet  230  1.  11  s.,  e  per  las  autras 
despensas  592  1.  1  s.  2  d.»  e  deduch  la  pressa  e  la  despensa 
trobet  hom  que  det  lo  Cossolat  al  dich  Pierre  Rainai  10  1. 
6  s.,  8  escuts  d'aur  à  20  s.,  e  cum  M'  Jaubert  de  Malemort 
fo  tengut  per  un  palefer  à  la  vila  en  20  escus  d'aur  (2)  ledit 
Pierre  Raynals  ho  près  sobre  se  ;  aysi  que  los  auro  cobrato, 
cl  sera  tegut  el  Cossolat  en  9  écus  et  dous  tiers  d'escut. 

Et  redet  per  pessas  en  escrih  de  sa  ma  quel  avia  pagat  per 
la  iinansa  de  Combory  à  Monsg**  lo  mareschal  Daudenau  o  à 
sas  gens  161  escuts  à  20  s. 

Item  per  la  charitat 55  1.  5  s.  9  d. 

Item  per  la  resta  que  hour  li  dévia  aychi  come  era  con- 
tegut  el  papier  deus  affinât  e  per  sos  gatges  d'aquel  an,  e  per 
despensa  que  avia  fâcha  sus  murs  e  en  la  fortalizza  de  la 
vila,  e  en  maintas  autras  manieyras 20  1.  6  sols. 

Item  e  en  aysi  la  viela  noilh  der  niel  al  Cossolat. 

(1)  Archives  de  la  ville  de  Brive,  FF  7,  f*  28  du  registre. 

(2)  M.  de  Malemort  étail  tenu  envers  la  ville,  de  20  escus  d'or. 


—  363  — 

Tailles,  1848(1). 

L'an  de  Noslre  Senhor  1343,  estant  cossols  Pierre  La 
Rebière,  N.  Coissas,  Jean  Delcolh  e  Vincent  Raimon  Cler- 
gue,  fo  fach  prest  à  Madompna  Matha  (sic)  (2),  vicomtesse  de 
Turenne  per  los  dichs  cossols  e  per  la  viala,  e  preslero  à 
pagement  54  florys  ;  locals  perso  la  somme  de  33  1.  6  s.  6  d. 

Se  assaber  aquelh  que  s'en  sego,  e  fo  recobedor  quest  per 
se  Guillaume  Raymons. 

Nota.  —  A  la  suite  Ton  trouve  les  feux  qui  ont  contribué 
pour  parfaire  cette  somme  imposée  par  les  consuls.  Le  nom- 
bre des  feux  est  de  216,  sauf  erreur. 

Dans  le  rôle  de  la  taille  de  1374  Ton  trouve  626  feux. 


Extraits  de  divers  actes,  1884(1). 

Comment  Tan  1334,  les  consuls  dudit  lieu  eurent  un  cachet 
pour  signer  la  vaisselle  d'argent;  les  assises  furent  tenues  à 
Brive  par  diverses  fois  pa^  le  séneschal  du  Périgord  et 
Quercy,  auquel  fut  fait  plusieurs  présens  et  à  sa  femme 
aussi  ;  ains  qu'appert  folio  10. 

Ordre  du  Roi, 
Gomment  aux  dites  assises  vint  un  message  de  par  le  Roi 
qu'on  se  tint  en  point  d'armes. 

Fouage  payé  par  la  ville,  380  livres  (1342). 

Comment  ledit  temps,  l'évêque  de  Beauvais,  à  cause  des 
guerres  de  Gascogne,  fut  commis  à  lever  le  fougaige  à  Brive 
par  le  Roi;  et  en  eut  380  1.  par  composition. 

Ordre  pour  réparer  les  murs  de  i;i//e(1342). 
Comment  les  consuls  eurent  mandement  d'arrêter  et  faire 


(!)  Archives  de  la  ville  de  Brive,  FF 7,  f»  18  du  registre. 
(2)  Probablement  Mathe  de  L'IleJourdain,  épouse  de  Bernard  Vil 
de  Comminges. 
(1)  Archives  de  la  ville  de  Brive,  FF  7,  f»  29  du  registre. 


—  36'i  — 

venir  tous  maçons,  charpentiers,  couples  de  bœufs  et  che- 
vaux pour  réparer  les  murs  et  portes  de  la  ville,  et  que 
chacun,  selon  sa  condition,  eût  harnois. 

Taille  pour  gens  d'armes,  imposée  par  les  Consuls  (1375). 

Comment  à  la  Magdeleine  (1375),  les  consuls  et  ville,  pour 
lever  les  bleds,  étaient  contraints  tenir  gens  d'armes  et  pour 
iceuz  salarier,  imposèrent  taille. 


Monseigneur  François  de  Gain-Montaignac 

Évéque  de  Tarbes. 


FRANÇOIS  DE  GAIN-MÔNTAIGNAC 

Évéque  de  Tarbes  (1744-1812) 


D'après  deux  ouvrafet  récente  : 

Abbé  L.  Dantin,  François  de  Gain-Montaignac,  évêque  de 
Tarbes  (1182-1801),  et  son  diocèse  pendant  la  Révolution 
(Paris,  Letouzé  et  Ané,  1908,  gr.  in-8^  de  pp.  xv-257,  orné 
de  15  gravures  dont  deux  portraits.) 

Abbé  Ferdinand  Dufau,  Épreuves  d'un  Évêque  français 
pendant  la  Révolution,  —  Lettres  et  Mémoires  de  Mgr  de 
Gain-MontaignaCy  évêque  de  Tarbes  (Paris,  Poussielgue, 
1897,  in-12  de  pp.  270). 


François  de  Gain-Monlaignac  n'est  pas  ici  un  in- 
connu. Nous  avons  noté  nous-natênaie  son  rôle  lors  du 
Concordat  et  esquissé  sa  vie  aventureuse  (1). 

Il  nous  semble  que  ce  sont  autant  de  motifs  pour 
nous  engager  à  présenter  deux  ouvrages  qui  méritent 
d'être  connus,  à  son  sujets  dans  le  public  érudit  du 
Limousin.  En  outre,  Tauteur  du  livre  définitif  qui 
parait  écrit  sur  notre  compatriote,  M.  Tabbé  Dantin, 
nous  autorise  à  reproduire  en  réduction  un  des  deux 
beaux  portraits  qui  enrichissent  notre  iconographie 

(1)  La  Petite  Église  et  le  Clergé  limousin,  Bulletin,  1898. 

Aux  documents  sur  la  famille,  le  Nobiliaire  du  Diocèse  et  de  ta 
Généralité  de  Limoges,  des  abbés  Nadaud  et  Leclerc  (Limoges,  Du- 
courtieux,  1876-1880),  article  de  Gain,  à  la  Table  chronologique  et 
analytique  des  Actes  de  la  Maison  de  Montaignac,  cités  par  lui, 
M.  Dantin  ayoute  en  Pièces  justificatives,  I,  p.  503,  les  Notes  sur  la 
famille  de  Gain,  par  Ghérin.  M.  le  chanoine  Poulbrière  l'a  aussi  do- 
cumenté sur  les  origines  de  cette  famille. 


366 


provinciale  (I).  Quelques  développements  biographi- 
ques sur  le  personnage,  s'imposent  avec  toutes  les 
ressources  qui  nous  sont  offertes. 


^isn-^^-^ms 


ARMES  DE  MONSEIGNEUR  DE  GAIN-MONTAIGNAC 
(Cliché  communiqué  par  l'Abbé  Dantin.) 


Le  6  janvier  1744,  au  château  de  Montaignac,  pa- 
roisse de  Saint-Hippolyte  en  Limousin,  naquit  Fran- 
çois de  Gain -Montaignac^  ?•  fils  de  Henri-Joseph 

(1)  Celui  que  nous  donnons,  est  la  reproduction  photographique  d*une 
toile  appartenant  au  général  Privât,  petit-neveu  de  l'évéque.  Le  se- 
cond, que  nous  regrettons  de  ne  pouvoir  reproduire,  représente  Mgr 
de  Gain-Montaignac,  un  jour  de  réception,  d'après  un  portrait  du 
château  de  Cahuzac  (Gers),  appartenant  à  M.  le  baron  Gustave  de 
Saint-Julien,  et  qui  a  été  donné  à  son  arrière*grand*mère  par  Tévôque 
de  Tarbes  lui-même. 


—  367  — 

de  Gain,  marquis  de  Monlaignac,  et  de  Léonarde  Le 
Groing,  dame  de  Fage-Brunel.  Il  eut  deux  frères  : 
Tainé,  Jean-Marie,  qui  fut  écuyer  du  roi,  et  un  cadet, 
Marie-Joseph,  comte  de  Gain  —  sans  compter  ensuite 
deux  sœurs  :  Julie,  M"'  de  Monlaignac,  et  Gasparde, 
M"*  de  Rosier. 

Clerc  du  diocèse  de  Limoges,  il  fut  admis  au 
Grand-Séminaire  de  Saint-Sulpice,  à  Paris,  le  29  oc- 
tobre 1764  (I).  C'est  là  qu'il  se  lia  d'amitié  avec  Louis- 
Apollinaire  de  Latour  du  Pin-Montauban^  son  futur 
métropolitain  d'Auch  qui  partagea  son  exil  en  Es- 
pagne. 

Ordonné  en  1768,  le  jeune  prêtre  fut  investi 
aussitôt  du  bénéfice  d'abbé  commendataire  de  Qua- 
rante^ au  diocèse  de  Narbonne;  puis  il  reçut  Tabbaye 
de  Saint- Vincent-du-Mans,  une  des  plus  riches  du 
royaume,  et  maintes  autres  collations  qui  en  firent 
très  vite  un  grand  seigneur  ecclésiastique,  se  consti- 
tuant jusqu'à  100,000  livres  de  rentes. 

L'abbé  de  Gain  n'est  pas  moins  choyé  par  le  roi. 
En  1776,  lorsqu'il  alla  visiter  l'Italie,  une  lettre  per- 
sonnelle de  Marie-An  toi  nette  le  recommanda  à  sa 
sœur,  la  reine  des  Deux-Siciles.  El  à  Rome,  comme 
à  Naples,  l'accueil  le  plus  bienveillant  et  le  plus  flat- 
teur lui  est  réservé.  Ces  relations  lui  serviront  aux 
jours  d'épreuves,  quand  viendra  l'exil. 

Dès  1779,  le  14  août,  le  voilà  aumônier  du  roi,  et 
il  est  plus  lard  successivement  nommé  conseiller  du 


(Ij  Franciscus  Degain  de  Monlaignac,  clericus  Lemovicensis,  na- 
tu8  anno  ilûi  die  6  januarii.  —  AdmissiLSinSeminariodieoctobris 
176^  (Archives  du  Séminaire  de  Saint-Sulpice,  Registre  des  élèces, 
cité  par  M.  Dantin,  p.  5,  en  note.) 


—  368  -- 

roi,  commandeur,  grand-croix  des  ordres  de  N.-D.  du 
Mont-Carmel  et  de  Saint-Lazare.  A  ces  honneurs,  le 
cardinal  Charles- Antoine  de  La  Roche- Ai mond,  arche- 
vêque de  Reims  —  enfant,  lui  aussi,  du  même  diocèse 
de  Limoges  et  grand-aumônier  de  la  Cour^  —  ajoute 
celui  de  vicaire-général,  ce  qui  n'empêche  pas  Tabbé 
de  Gain  de  rester  étroitement  attaché  au  service  de  la 
maison  royale.  Il  est  aimé  de  Louis  XVI  et  jouit  de 
toutes  les  faveurs  de  Versailles. 

A  la  nomination  à  Angers  de  Mgr  Lorry,  le  roi 
nomma  son  aumônier  pour  le  remplacer  sur  le  siège 
épiscopal  de  Tarbes.  Le  nouvel  évêque  fut  sacré  à 
38  ans,  le  20  octobre  1782.  Deux  autres  Limousins, 
le  même  cardinal  de  La  Roche- Aimond  et  Pierre  II 
de  Sainl-Aulaire,  Pavaient  précédé  à  cet  évêché  du- 
rant le  XVIII*  siècle. 

Dès  son  arrivée  à  Tarbes,  Mgr  de  Gain  voulut  acqué- 
rir une  connaissance  complète  de  son  diocèse.  Dans  ce 
but  il  adressa  à  tous  les  curés  un  long  questionnaire 
dont  les  réponses  ont  été  conservées.  Il  eut  ainsi  tous 
les  renseignements  désirables  sur  ses  auxiliaires  et  sur 
la  situation  matérielle  et  morale  de  chaque  paroisse. 
M.  Dantin  analyse  ce  précieux  document  auquel  Tévê- 
que  donna,  en  corollaire,  des  instructions  confiden- 
tielles et  pratiques  :  cette  seconde  pièce  sera  ultérieu- 
rement publiée  (1). 

Les  ordonnances  du  nouvel  évêque,  ses  mandements 
sur  Téducation  ecclésiastique  au  séminaire,  sur  ren- 
seignement du  catéchisme  (1784  et  1785),  prouvèrent 

(t)  Note  en  addenda  à  la  fin  du  volume. 


—  369  — 

encore  son  zèle  éclairé  (1).  Président-né  des  Etats  de 
Bigorre,  sa  sollicitude  s'étend  aux  biens  temporels  de 
la  province,  avec  sa  générosité  :  en  1783,  il  fait  dis- 
tribuer 3,000  livres  aux  victimes  d'un  incendie  qui 
dévora  une  rue  entière  de  Tarbes;  en  1787,  c/est 
1,200  livres  pour  remédier  à  une  disette  générale; 
en  1789,  une  autre  somme  non  moins  importante 
aux  paysans  dont  la  récolte  est  ravagée  par  la  grêle. 

Arrivent  les  jours  critiques^  que  M.  Dantin  appelle 
«  la  Crise  du  Serment  ».  L'évêque  de  Tarbes,  au  début 
de  Tère  nouvelle,  dit  la  messe  sur  Tautel  de  la  Fédé- 
ration^ le  14  juillet  1790,  sur  une  place  publique  de 
la  ville;  il  est  très  conciliant,  mais  il  hésite  cependant 
devant  le  serment  imposé  par  l'Assemblée  nationale; 
pour  gagner  du  temps  il  passe  en  Espagne,  le  9  dé- 
cembre, et  de  Saint-Sébastien  il  fulmine  en  une  épltre 
contre  ce  fameux  serment. 

A  dater  de  cette  époque  (1790),  Mgr  de  Gain  écrit 
cette  série  de  lettres  que  publie  M.  l'abbé  Duffau  : 
«  Le  langage  du  polémiste,  bien  que  toujours  tem- 
péré par  la  charité  et  la  modération,  s'éleva  jusqu'aux 
accents  de  la  plus  haute  éloquence  »  pour  défendre 
l'autorité  de  l'Eglise. 

Ces  lettres  avaient  été  en  partie  réunies  en  deux 
volumes  par  son  vicaire-général,  compagnon  de  ses 
vicissitudes,  M.  de  Layrolle,  qui  ne  nous  est  pas  étran- 
ger, ayant  été  nommé  à  l'abbaye  de  Lesterps,  au  dio- 
cèse de  Limoges.  M.  Duffau  en  publie  les  premières  et 


(1)  Le  mandement  du  catéchisme  servait  encore,  il  y  a  quelques 
années,  de  préface  à  celui  du  diocèse  de  Tarbes.  C'était,  écrivait 
M.  Bilière  à  M.  Dufau  (p.  iv-v)  le  8  décembre  1896,  une  c  délicieuse 
introduction  »  que  «  ce  mandement  de  notre  évoque  limousin  ». 


—  370  — 

les  dernières,  qui  sont  les  plus  intéressantes.  Déjà,  les 
lettres  pastorales  adressées  à  son  diocèse  par  Mgr  de 
Gain  avaient  été  résumées  dans  les  Mémoires  qu'avait 
fait  paraître  sur  Tordre  de  Pie  VI,  à  Pise  en  1814, 
dernier  volume,  consacré  à  l'histoire  religieuse  de  la 
France  pendant  la  Révolution. 

Ce  bagage  littéraire,  déjà  important,  se  complète  : 
1  Me  136  lettres  particulières  écrites  à  Tabbé  de  Cas- 
teron,  réunies  par  Tabbé  Cusajoux,  un  érudit  local, 
et  utilisées  par  M.  Dantin;  —  2"  de  172  a  Lettres  de 
Mgr  François  de  Gain,  évèque  de  Tarbes,  à  ses  neveux, 
sur  la  religion  catholique,  écrites  pendant  la  Révo- 
lution de  France  n,  12  volumes  in-8%  actuellement 
en  possession  de  son  historien  et  dont,  en  bon  pré- 
curseur, M.  Duffau  avait  extrait  la  relation  de  ses 
voyages  durant  Texil  : 

ce  Ces  écrits,  dit  celui-ci,  forment,  dans  leur  ensem- 
ble, un  monument  des  plus  précieux  pour  le  diocèse 
de  Tarbes.  11  serait  à  souhaiter  qu'un  généreux  Mécène 
ou  qu'une  souscription  du  clergé  en  favorisât  l'im- 
pression. On  peut  espérer  qu'ils  tenteront  la  curiosité 
et  l'ardeur  d'un  écrivain  à  peindre  le  passé  et  qu'il 
les  mettra  en  œuvre  pour  raconter  la  vie  complète  de 
Mgr  de  Gain,  avec  l'histoire  de  son  diocèse  durant  la 
Révolution.  » 

Ce  dernier  vœu  est  aujourd'hui  réalisé  par  M.  l'abbé 
Dantin,  aussi  bien  qu'il  était  désirable  ;  maïs,  nous 
plaçant  au  seul  point  de  vue  limousin,  ce  qui  nous 
retient,  c'est  surtout  les  faits  personnels  qui  inté- 
ressent la  notoriété  de  notre  compatriote  épiscopal; 
aussi  faisons -nous  beaucoup  état  du  petit  volume 
de  M.  Dufau  qui,  en  somme,  est  un  pur  recueil  de  la 


—  371  — 

prose  de  Mgr  de  Gain,  à  peine  cinoientée  par  des  phra- 
ses essentielles  de  Téditeur  pour  renchalnement  des 
faits. 

La  prenoiière  lettre  de  Tévéque  de  Tarbes  fut  une 
réponse  à  Tinjonction  des  administrateurs  du  dépar- 
tement des  Hautes-Pyrénées,  pour  lui  faire  constituer 
un  Conseil  épiscopal,  conformément  à  la  Constitution 
civile  du  clergé  (10  septembre  1790).  Il  s'y  refusa, 
mais  avec  les  ménagements  voulus  par  l'espoir  qu'il 
avait  de  voir  modifier  cette  loi.  Il  se  montrait  néan- 
moins très  imbu  des  préjugés  gallicans^  si  bien  en 
cours  dans  le  clergé  de  Tancien  régime. 

Auprès  de  ses  prêtres,  Mgr  de  Gain  organisa  la 
résistance  en  adressant  une  première  lettre-circulaire 
à  tous  les  curés  du  diocèse.  A  Saint-Sébastien,  en- 
suite, il  attendit  l'extrême  limite  deç  deux  mois 
laissés  par  la  loi  aux  ecclésiastiques  résidant  en  pays 
étranger,  pour  prêter  le  serment;  il  espérait  toujours 
quelque  accommodement!  Exhortation  aux  fidèles^ 
protestation  contre  la  menace  de  nomination  par  les 
électeurs  d'un  successeur  en  son  siège  épiscopal,  tout 
fut  mis  en  œuvre  par  lui.  Il  vint  lui-même,  enfin, 
prononcer  un  vigoureux  discours  pour  montrer  une 
fois  de  plus  qu'il  était  inutile  de  lui  demander  de 
jurer,  de  prêter  serment  à  la  Constitution  civile. 
Ce  discours  fut  le  dernier  qu'il  fit^  le  dimanche 
13  mars  1791,  en  sa  cathédrale  de  Tarbes. 

Mais  rien  n'arrêta  la  marche  de  la  révolution  parmi 
son  clergé  :  les  Pères  Doctrinaires,  qui  régentaient  le 
Séminaire  et  le  Collège,  balancèrent  son  influence  et 
se  rangèrent  parmi  les  Constitutionnels,  prédisposés 
au  schisme  par  leurs  doctrines  jansénistes.  Le  rec- 


—  372  — 

teur  du  Collège,  Guillaume  Molinier,  —  qui  avait 
notamment  professé  à  Brive,  — accepta  le  rôle  d'évê- 
que  élu  des  Hautes-Pyrénées,  malgré  l'admonestation 
sévère  que  lui  envoya  Mgr  de  Gain.  Ce  prélat  fidèle 
n'eut  plus  qu'à  s'éloigner  devant  les  désordres  qui 
déjà  révolutionnaient  le  pays  (mai  1791). 

Il  alla  retrouver  son  métropolitain,  Tarchevêque 
d'Âuch,  qui  Tavait  précédé  dans  le  val  d'Aran,  au 
village  de  Lés  ;  mais  sous  la  pression  des  municipali- 
tés françaises  voisines,  les  deux  évêques  partirent  pour 
l'intérieur  de  l'Espagne.  L'abbé  de  Montserrat  les 
arrête  dans  son  monastère  bénédictin,  où  notre  com- 
patriote séjourne  jusqu'en  décembre  1792  et  d'où  il 
ne  cessa  de  correspondre  avec  les  catholiques  de  son 
diocèse.  Retiré  ensuite,  par  économie,  à  l'ermitage 
Saint-Onufre^  il  y  rédigea  ses  Lettres  sur  la  Reli- 
giouy  en  douze  volumes,  sorte  de  catéchisme  de  per- 
sévérance pour  ses  deux  neveux,  Marlian  et  Alphée 
de  Gain  de  Montaignac,  venus  au  monde  peu  d'années 
avant  la  Révolution  et  restés  en  France,  presque 
orphelins,  durant  la  tourmente  :  leur  père,  Jean- 
Léonard,  chevalier  de  Montaignac,  attaché  à  la  maison 
du  roi,  et  leurs  oncles,  erraient  à  l'étranger;  leur 
mère  était  en  réclusion,  leur  grand'mère  accablée 
d^âge.  Notre  évêque  chercha  de*  loin  à  exercer  une 
tutelle  paternelle.  L'un  d'eux^  qui  seul  semble  avoir 
vécu^  le  comte  Martian  de  Gain  de  Montaignac^  né  en 
janvier  1778,  chevalier  héréditaire  de  l'ordre  de 
Malte,  devint,  sous  la  Restauration,  gouverneur  du 
château  de  Pau  et  mourut  en  1819,  sans  laisser 
d'héritiers  de  son  nom. 

Mais  la  Terreur  sévit  à  Tarbes  durant  la  retraite  de 


—  373  — 

son  pasteur  exilé.  Son  clergé,  chassé,  emprisonné, 
recevait  toujours  de  lui  des  instructions  fortifiantes  et 
consolatrices.  La  guerre  avec  l'Espagne  le  força  encore 
à  s'éloigner.  Il  partit,  appelé  par  un  ami,  dans  les 
Etats  romains  (1794)  et  demanda  Thospitalité  au  pape 
qui  lui  assigna  le  couvent  des  Cordeliers,  à  Lugo, 
ville  de  la  Romagne. 

De  là,  encore^  mais  avec  toutes  les  précautions  pos- 
sibles, Mgr  de  Gain  envoya,  deux  années  durant,  ses 
instructions  à  ses  fidèles  diocésains  et  à  ses  clercs 
exilés.  Il  assiste  de  loin  aux  rétractations  des  asser- 
mentés, que  reçoit  son  vicaire  général  délégué,  l'abbé 
de  Chavalon. 

Mais,  en  1796,  Bonaparte  entre  en  Italie  et  mar- 
che sur  les  Etats  de  l'Eglise.  L'évêque  de  Tarbes 
et  ses  compagnons  fuient  encore  devant  les  armes 
françaises.  Dans  une  odyssée  très  pénible,  il  gagne 
succes.sivement  Rimini,  Capo  d'Istria,  Lorette,  Morro- 
valle  dans  la  Marche  d'Ancône  et  finalement,  par 
une  barque  de  pêcheurs,  le  royaume  de  Naples.  Là,  à 
Caserte,  il  revoit  Mesdames  de  France,  les  trois  filles 
infortunées  de  Louis  XV,  réfugiées  dans  une  rési- 
dence d'été  de  leur  royal  cousin  ;  elles  accueillent 
très  affectueusement  Tancien  aumônier  de  Versailles. 
C'est  vingt  mois  de  répit  où  la  correspondance  devient 
de  plus  en  plus  active,  avec  la  reprise  de  son  diocèse 
sur  les  Constitutionnels.  Les  missives  continuent  de 
plus  belle  encore  quand  Mgr  de  Gain  séjourne  dans 
l'abbaye  de  Sainte-Trinité  de  la  Cava,  où  l'hospitalité 
lui  était  accordée. 

L'armée  de  Championnet,  maîtresse  de  Rome, 
s'avance  sur  Naples.  Le  roi,  la  reine  et  son  ministre 

T.  XXX.  a  -  8 


—  374  - 

partent  pour  la  Sicile.  Notre  évêque  se  réfugie,  lui 
aussi,  sur  un  navire  portugais  que  commande  un 
ami^  Français  comme  lui,  le  comte  de  Puységur,  qui 
le  transporte  à  Palerme.  Mais  une  loi  sicilienne  inter- 
dit le  séjour  aux  émigrés.  Heureusement  qu'il  se  lie 
avec  le  jeune  amiral  de  la  flotte  du  Portugal,  le  mar- 
quis de  Niza,  qui  lui  fait  renoncer  à  un  projet  d'aller 
en  Russie  rejoindre  son  frère,  le  chevalier  de  Montai- 
gnac,  pour  lui  faire  accepter  Lisbonne  comme  rési- 
dence (27  mars  1800). 

Habitant  un  agréable  couvent  de  franciscains,  sur 
les  bords  du  Tage,  le  pasteur  put  s'adonner  encore,  en 
toute  sécurité  cette  fois-ci,  à  son  rôle  épiscopal,  admi- 
nistrant à  distance  son  diocèse  avec  une  sûreté  de 
main  égale  à  ses  principes  pleins  de  droiture.  Et  Dieu 
sait  si  les  questions  des  serments  exigés  des  prêtres, 
autant  que  l'organisation  des  Missions,  lui  offrirent 
des  difficultés  ! 

Il  avait  pour  ainsi  dire  gain  de  cause,  quand  sur- 
vint le  Concordat.  C'est  une  nouvelle  source  de  tribu- 
lations. M.  l'abbé  Dantin  explique  les  hésitations  du 
fervent  royaliste  à  accepter  le  contrat,  dont  les  pre- 
mières conséquences  étaient  d'entraîner  les  démis- 
sions des  évoques  restés  fidèles  impeccables  dans  les 
plus  mauvais  jours  ! 

Il  reçoit  enfin  un  bref  spécial  du  pape  :  Pie  VH 
demande  sa  démission  à  Mgr  de  Gain,  qui  la  donne 
avec  beaucoup  de  dignité,  en  faisant  naturellement 
profession  de  foi  gallicane  et  royaliste.  Mais  les  articles 
organiques  l'irritent  bientôt.  Ses  protestations  le  ran- 
gèrent parmi  les  mécontents  et  il  signa  le  manifeste 


—  375  — 

des  trente-sept  évéqiies  anticoncordataires,  les  pères 
de  la  Petite-Eglise. 

Sur  ces  entrefaites  (1808),  Lisbonne  était  troublée 
par  l'invasion  subite  des  troupes  françaises.  Privé  de 
tout  secours,  Tancien  évêque  connut  des  jours  de 
détresse.  La  pension,  dont  il  était  le  bénéficiaire,  ne 
put  plus  lui  être  payée  par  les  princes  portugais, 
enfuis  au  Brésil.  Son  dernier  recours  fut  de  se  réfu- 
gier à  Londres. 

11  était  attiré  en  Angleterre  par  la  présence  de  plu- 
sieurs évoques,  ses  amis,  et  celle  de  la  famille  royale 
de  France,  à  laquelle  il  fut  heureux  de  pouvoir  faire 
sa  cour  dés  le  lendemain  de  son  arrivée,  comme  il 
récrit.  C'est  dans  ce  milieu,  en  harmonie  avec  ses 
affections,  que  s'écoulèrent,  paisibles  et  sereines,  ses 
dernières  années.  Il  peut  achever  ses  Lettres  sur  la 
Religion^  qui  contiennent  son  autobiographie,  et  qu'il 
dédie  paternellement  à  ses  anciens  diocésains,  les 
soumettant  humblement  au  jugement  du  Souverain 
Pontife. 

Sa  santé  éprouvée  par  tant  de  vicissitudes  physiques 
et  morales,  ne  lui  permit  que  d'atteindre  le  seuil  de  la 
vieillesse  ;  il  mourut  le  mois  de  juin  1812^  à  l'âge  de 
68  ans. 

Ainsi  finit  l'existence  d'un  prélat  de  l'ancien  ré- 
gime, qui,  sans  jouer  un  grand  rôle  politique,  nous 
présente  une  curieuse,  originale  et  sympathique  phy- 
sionomie : 

Abbé  de  cour,  mais  doué  d'une  piété  sincère  et 
d'une  forte  instruction  ;  —  esprit  d'abord  fort  conci- 
liant pour  les  idées  nouvelles^  mais  s'affermissant 
dans  ses  principes  à  mesure  qu'ils  sont  davantage 


—  376  — 

menacés  et  persécutés;  —  grand  seigneur  et  mon- 
dain, affiné  par  Téducation  et  cependant  résistant  à 
toutes  les  épreuves  ;  —  chevaleresque  comme  soutien 
du  trône  et  de  l'autel,  et  mélangeant  ses  convictions 
gallicanes  et  royalistes  à  une  obéissance  tantôt  fière^ 

tantôt  humble  envers  le  pape 

Cet  évoque-gentilhomme  d'un  autre  âge  méritait 
d'avoir  un  aussi  digne  historien  que  M.  l'abbé  Dantin 
et  nous  avons  été  heureux  de  faire  connaître  son 
ouvrage.  Un  critique  de  valeur,  M.  A.  Mathiez,  juge 
ainsi  ce  livre  :  a  Excellente  monographie,  bien  docu- 
mentée, bien  conduite,  bien  écrite,  où  je  ne  trouve  à 
reprendre  qu'un  peu  de  partialité  pour  l'ultramonta- 
nisme  (1)  » 

C'est  une  bonne  fortune  pour  notre  compatriote 
d'avoir  à  son  actif,  pour  faire  revivre  sa  mémoire,  une 
telle  œuvre,  avec,  déjà,  un  commencement  de  publi- 
cation de  ses  nombreux  écrits. 

Non  seulement  son  intéressante  odyssée  et  son  ca- 
ractère gagnent  d'être  racontés  dans  ces  publications, 
mais  elles  nous  font  désirer,  à  notre  tour,  que  le 
bagage  de  l'écrivain  soit  édité. 

Notre  compte  rendu^  si  borné  qu'il  a  dû  être  au 
résumé  biographique^  ne  servirait-il  qu'à  appuyer  ce 
vœu,  que  son  but  doublerait  de  portée. 

(1)  Revue  Critique,  n*  du  16  juillet  1908,  pp.  35  36.  —  Ajoutons  cette 
indication  que  donne  à  juste  titre  M.  Mathiez  :  «  On  trouvera  dans 
ce  livre  des  détails  intéressants  sur  la  vie  des  évoques  et  des  prêtres 
émigrés,  sur  l'accueil  assez  froid  qu'ils  reçurent  en  Espagne  et  dans 
les  Etats  romains,  sur  les  différents  subterfuges  dont  ils  usaient  pour 
communiquer  avec  leurs  anciens  diocésains.  »  —  C'est  dire  la  portée 
générale  du  travail. 


—  377  — 

Et  nous  devons  savoir  déjà  beaucoup  de  gré  à  nos 
distingués  confrères  tarbais  du  monument  historique 
et  littéraire  qu'ils  érigent  à  Mgr  François  de  Gain- 
Montaignac.  C'est  une  importante  contribution  à  no- 
tre propre  domaine  limousin  d'érudition, 

Louis  de  Nussac. 


De\x3c  OlioixeirLS 

LE  CHEVALIER  DE  lONTIAUR  ET  LE  BARON  DE  COIIARQUE 


A  la  limite  du  canton  de  Vayrac,  en  bordure  de  la 
route  de  Martel  à  Saint-Denis,  non  loin  de  la  station 
des  Quatre-Routes,  se  dresse  le  petit  château  de  la 
Tulle.  C'est  une  construction  rectangulaire  que  flan- 
que une  tour  ronde,  véritable  tour  de  guetteur,  d'une 
forme  très  élancée.  De  loin,  on  dirait  une  personne 
vivante  qui,  au-dessus  de  la  route  et  derrière  le  rideau 
des  peupliers,  fixe  attentivement  la  ruine  de  Cazillac. 

Là  vivait,  en  1789,  un  ancien  garde  du  corps  du 
roi,  M.  Jean  de  Montmaur,  qualifié  seigneur  de  la 
Tulle,  avocat  en  parlement,  notable  de  la  ville  de 
Martel,  âgé  d^environ  soixante-cinq  ans,  époux  de 
dame  Anne  de  Marquessac  de  Croze.  De  leur  union 
étaient  nés  plusieurs  enfants  :  trois  fils  et  des  filles. 

L'aîné  des  fils,  Tiburce,  à  l'âge  de  18  ans,  était 
entré  comme  garde  du  corps  à  la  compagnie  écos- 
saise (I),  sur  la  présentation  de  M.  de  Lagrange,  gen- 
tilhomme du  Quercy,  sous-lieutenant  à  cette  compa- 
gnie, dont  le  capitaine  était  M.  le  duc  d'Ayen.  On 
retrouve  Tiburce  de  Montmaur  mentionné  aux  pièces 
du  procès  de  Louis  XVI  comme  figurant  encore  parmi 
les  gardes  du  corps,  aux  appointements  de  610  livres. 


(1)  La  compagnie  écossaise,  dont  Torigine  remontait  à  Louis  XI, 
avait  le  pas  sur  les  trois  autres  compagnies  de  gardes. 


—  380  — 

lors  du  licenciement,  opéré  en  1791.  Emigré  en  sep- 
tembre 1791,  il  fit  à  Tarmée  de  Condé  toutes  les 
campagnes  jusqu'en  1800.  Il  se  distingua  notam- 
ment à  l'affaire  de  Kramlach.  Lors  du  licenciement  en 
mai  1801,  il  servait  encore  au  régiment  d'Angoulême- 
Cavalerie,  lequel  avait  pour  colonel  un  Périgourdin, 
M.  de  Mellet,  et  pour  lieutenant-colonel  un  Limousin, 
le  maréchal-de-camp  vicomte  de  Brachet.  Une  pre- 
mière fois,  le  22  septembre  1788,  il  avait  épousé 
Madeleine-Marie  Vidal  de  Lapize^  d'une  famille  dis- 
tinguée du  Quercy.  Après  divorce  prononcé  le  25  plu- 
viôse an  II,  il  l'épousa  une  seconde  fois  le  2  novembre 
1812.  En  1815,  le  roi  Louis  XVIII  le  nomma  chef 
d'escadron  de  cavalerie  et  Tadmiit  à  la  retraite. 

Un  autre  fils  fut  l'abbé  Jean-Jacques-Philippe- 
Suzanne  de  Montmaur,  chevalier  de  Malte  et  du 
Phénix  de  Hohenlohe,  dont  il  sera  question  un  peu 
plus  loin. 

Un  troisième  fils^  le  chevalier  Joseph-François- 
Etienne  de  Montmaur^  dit  Montmaur  Lagilardie,  joua 
un  rôle  des  plus  actifs  dans  les  mouvements  roya- 
listes qui  suivirent  la  réaction  thermidorienne. 

Entré  aux  gardes  du  corps,  compagnie  écossaise,  le 
30  mars  1787,  à  Tâge  de  18  ans,  comme  son  frère  et 
sur  la  présentation  de  ce  dernier,  il  était  parti  pour 
l'émigration  en  septembre  1791. 

En  1792,  il  sert  dans  la  cavalerie  de  l'armée  des 
Princes,  et  prend  part  au  siège  de  Thionville. 

Après  la  retraite  dos  émigrés  sur  les  pays-bas  au- 
trichiens, en  avril  1793,  il  rejoint  le  corps  de  Condé 
et  prend  part  à  toutes  les  campagnes^  jusqu'en  1797. 

En  1798  il  rentre  en  France,  malgré  la  loi  qui 


—  381  — 

punissait  de  mort  les  émigrés;  il  y  revient  avec  des 
pouvoirs  spéciaux;  il  accompagne  le  marquis  de  Sur- 
ville, chargé  par  Louis  XVIII  a  d'organiser  le  Midi  ». 

C'est  une  figure  bien  curieuse  que  celle  de  ce  mar- 
quis de  Surville  et,  à  son  sujet,  on  peut  ouvrir  ici  une 
parenthèse. 

La  Terreur  était  alors  terminée.  Mais,  suivant  un 
mot  bien  connu,  les  morts  parlaient.  Un  vent  de 
représailles,  de  vengeances  parfois  atroces  et  de  ré- 
bellion, soufflait  sur  le  Midi.  Sous  un  gouvernement 
méprisé  et  sans  autorité^  le  Directoire,  les  anciennes 
provinces  du  Languedoc  et  de  la  Provence,  la  région 
du  Vivarais,  du  Velay  et  du  Forez,  voyaient  passer 
avec  leurs  masques  sombres,  leurs  cadenettes  et  leurs 
triques  redoutables,  ces  bandes  qu'on  appelait  les 
Compagnons  du  Soleil,  les  Ganses  Noires,  les  Chouans 
du  Gard,  les  Vengeurs  de  la  Nature  outragée,  les 
Compagnons  de  Jéhu. 

On  s'attaquait  aux  caisses  publiques,  aux  acqué- 
reurs de  biens  nationaux.  Des  rives  de  la  Méditerranée 
au  Plateau  central  régnait  une  grave  effervescence. 
Quelques  royalistes  s'offrirent  au  prétendant  pour 
aller  chouanner  sur  les  escarpements  des  Cévennes. 
Parmi  eux  il  ne  s'en  trouva  pas  de  plus  séduisant,  ni 
de  plus  audacieux  que  Jean-Louis-Armand  Tallard^ 
marquis  de  Surville  :  ce  fut  un  vrai  personnage  de 
roman. 

Né  à  l'Ile-de-France  vers  1760,  d'une  famille  ori- 
ginaire du  diocèse  de  Viviers,  il  avait  été  capitaine 
au  régiment  de  Pondichéry.  Une  première  fois,  au 
lendemain  du  9  thermidor,  il  était  rentré  en  France, 
et,  par  Lyon,  avait  gagné  son  pays  d'origine,  le  Viva- 


—  382  — 

rais.  Créole  comme  saint  Georges,  il  en  avait  la  sou- 
plesse et,  comme  lui,  c'était  une  épée  dangereuse. 
A  ses  heures  perdues,  il  rimait  sans  en  faire  la  con- 
fidence à  personne.  C'était  aussi  une  tête  folle,  dont 
se  défiaient  les  hauts  conseillers  de  l'émigration,  tels 
que  Précyqui,  de  Vérone,  devait  le  diriger.  Louis  XVIII 
et  le  prince  de  Condé  se  renvoyaient  ses  offres  de  ser- 
vices, qu'ils  encourageaient  sans  les  accepter  nette- 
ment. 

Dans  son  étude  remarquablement  documentée.  Le 
Prologue  du  iS  fructidor^  à  laquelle  nous  emprun- 
tons les  détails  concernant  Surville,  M.  Ernest  Daudet 
exprime  l'avis  que  ce  dernier  n'aurait  jamais  reçu, 
comme  il  l'a  prétendu,  le  brevet  de  commandant 
suprême  dans  la  Haute-Auvergne,  le  Vivarais  et  le 
Velay.  Le  contraire  paraît  ressortir  du  dossier  mili- 
taire du  chevalier  de  Montmaur  qui  fut  l'un  des  lieu- 
tenants de  Surville  et  dont  les  déclarations  sont  cer- 
tifiées par  plusieurs  émigrés,  le  vicomte  de  Montchal, 
le  marquis  du  Boscage^  le  vicomte  de  Lafaye  et  le 
comte  Louis  de  Clermont-Tonnerre. 

C'est  à  la  fin  de  1797  ou  au  commencement  de  1798 
que  le  marquis  de  Surville  et  le  chevalier  de  Mont- 
maur revinrent  en  France^  sans  qu'il  soit  possible  de 
mieux  préciser. 

Montmaur  avait  commission  pour  comfnander  une 
région  déterminée  du  Forez  et  du  Vivarais,  mais  il 
était  sous  les  ordres  de  Surville  qui  se  qualifiait, 
d'après  ses  papiers,  «  colonel  légionnaire  et  commis- 
saire départi  par  Sa  Majesté  très  chrétienne  dans  l'in- 
térieur du  royaume^  près  des  Français  amis  du  trône 
et  de  l'autel  d. 


—  383  — 

La  situation  des  royalistes  dans  les  montagnes  de 
la  Haute-Loire  était  alors  bien  mauvaise.  Ils  avaient 
éprouvé  plusieurs  échecs.  La  gendarmerie  et  les  corps 
d'infanterie  légère  les  traquaient  de  toutes  parts.  Un 
de  leurs  meilleurs  officiers,  le  chevalier  de  Lamothe, 
après  s'être  emparé  de  Pont-Saint-Esprit,  avait  été 
arrêté,  écroué  à  la  prison  du  Puy,  où  on  Tavait  trouvé 
égorgé  le  6  octobre  1797. 

Surville  et  Montmaur^  dans  les  gorges  et  les  forêts 
de  cette  région,  menèrent  pendant  quelques  mois  une 
existence  mystérieuse,  et  vraisemblablement  des  plus 
misérables. 

Ce  fut  une  femme,  Marie  Thiouleyre,  veuve  de  Jean- 
Pierre  Brun,  une  «  Messaline  »,  a-t-on  dit^  qui  livra 
le  premier. 

Voici  le  récit  de  son  arrestation  d'après  le  rapport 
du  général  de  brigade  Colomb,  commandant  la  T*  sub- 
division de  la  19"**  division  militaire  : 

a  Le  15  fructidor^  à  8  heures  du  soir,  la  gendar- 
merie de  Graponne  s'est  mise  en  marche  pour  se 
rendre  dans  la  commune  de  Saint-Pol,  avec  quarante 
chasseurs  de  la  16'"*"  demi-brigade  d'infanterie  légère, 
en  cantonnement  à  Craponne,  commandée  par  le 
lieutenant  Meusnier,  se  dirigeant  sur  une  maison 
située  dans  des  gorges  indiquées  comme  repaire  de 
prêtres  insermentés.  A  4  heures  du  matin,  la  troupe 
investit  la  maison  en  silence.  Au  moment  où  la  porte 
s'ouvre  au  jour,  comme  à  l'ordinaire,  par  une  femme 
de  l'intérieur  qui  ne  se  doutait  de  rien,  la  troupe 
entre  et  trouve  tout  le  monde  au  lit.  Elle  entend  du 
bruit  sur  sa  tête  et  un  mouvement*  précipité.  L'offi- 


—  384  — 

cier  demande  de  la  lumière  qu'il  n'obtient  (ju'après 
beaucoup  de  menaces. 

<r  Dans  cet  intervalle,  le  citoyen  Delaigue,  briga- 
dier de  la  gendarmerie,  aperçoit  par  une  ouverture  la 
clarté  d'une  lampe  qui  est  éteinte  sur-le-champ^  et, 
regardant  vers  Tendroit  où  il  l'avait  aperçue^  il  re- 
marque un  trou  par  lequel  un  homme  peut  passer  à 
peine.  Le  brave  Delaigue  entre  et  se  trouve  dans  une 
caverne  où,  aussitôt  qu'il  a  pénétré,  un  des  brigands 
—  l'ex-marquis  de  Surville  —  le  prend  par  les  che- 
veux et,  lui  tenant  une  espingole  sur  la  poitrine,  lui 
dit  : 

ce  J ...  f. ....  tu  es  mort  si  tu  parles  !  » 

«  Le  brigadier  s'écrie  : 

«  Chasseurs,  je  suis  perdu;  mais  faites  rôtir  tous 
les  gueux  qui  sont  ici.  » 

a  Dans  cette  caverne,  à  l'instant,  l'officier  Meusnier 
fait  braquer  toutes  les  armes  sur  l'ouverture  et  or- 
donne aux  brigands  de  lâcher  le  brigadier  s'ils  ne  veu- 
lent tous  périr.  Enfin,  sur  sa  promesse  et  celle  de 
Delaigue  de  leur  ménager  la  vie,  ils  sortent,  quoique 
avec  beaucoup  de  peine,  un  à  un,  de  leur  caverne, 
au  nombre  de  quatre,  et  sont  enchaînés  de  même,  et 
amenés  à  Craponne,  d'où  le  lendemain  ils  prennent 
la  route  du  Puy,  escortés  par  le  même  détachement 
et  vingt-cinq  hussards  du  9"'  régiment.  » 

Telle  est  la  version  officielle  sur  cette  affaire,  sui- 
vant le  rapport  qui  figure  au  dossier  Surville  aux 
Archives  nationales.  Mais^  comme  l'a  remarqué  M.  Er- 
nest Daudet^  en  réalité,  les  royalistes  épuisés  et  pris 
au  traquenard  s'étaient  rendus  sans  combattre. 


-  385  — 

Dans  les  papiers  de  Surville,  on  trouva  des  mani- 
festes, des  appels  aux  armes  adressés  «  à  la  brillante 
Jeunesse  ».  Transféré  à  la  prison  du  Puy,  il  s'y  con- 
cilia, par  sa  bonne  humeur  et  sa  belle  attitude,  toutes 
les  sympathies.  Il  reconnut  tout  ce  qu'on  lui  repro- 
chait, se  bornant  à  affirmer  qu'il  était  étranger  à  tout 
acte  de  brigandage,  à  toute  fabrication  de  fausse  mon- 
naie et  qu'il  s'appelait  tout  simplement  Tallard.  Le 
17  octobre  1798,  il  comparut  devant  une  commission 
militaire  comme  prévenu  d'émigration.  Il  suffisait  de 
constater  son  identité  pour  lui  appliquer  la  peine 
capitale  aux  termes  de  la  loi  du  19  fructidor  an  V. 
Dix  témoins,  sur  onze,  le  reconnurent.  Il  avait  en 
effet  une  physionomie  charmante,  «  une  figure  qu'on 
n'oublie  pas  quand  on  Ta  vue  ».  D'après  une  tradi- 
tion, il  se  rendit  sur  le  terrain  d'exécution  a  rose  et 
poudré,  son  mouchoir  à  la  main,  saluant  du  geste  la 
foule  accourue  sur  son  passage  ».  A  11  heures  du 
matin,  on  le  fusilla  sur  une  place  de  la  ville  que  do- 
mine le  rocher  Corneille,  en  présence  de  la  garnison 
et  de  la  population. 

Avant  de  mourir  il  avait  écrit  à  sa  femme,  lui  re- 
commandant les  poésies  d'une  personne  de  sa  famille 
qui  aurait  vécu  au  temps  passé,  et  qu'il  appelait  Clo- 
tilde  de  Surville,  œuvre  immortelle,  disait-il,  qu'il 
avait  confiée  à  des  mains  amies  et  qu'il  voulait  don- 
ner au  public. 

C'était  un  manuscrit  de  vers  dans  la  manière  an- 
cienne, non  sans  grâce,  mais  tout  entier  de  sa  com- 
position, comme  on  le  reconnut  plus  tard. 

A  la  directrice  du  journal  littéraire  de  Lausanne, 
il  avait  écrit  :  «  11  est  des  circonstances.  Madame,  où 


—  386  — 

l'on  ne  peut  écrire  que  des  billets.  Je  vais,  sous  peu 
d'instants,  me  faire  casser  la  tête.  Il  ne  me  sera  plus 
possible  d'avoir  quelque  légère  part  à  la  confection  de 
votre  journal  intéressant » 

Plus  heureux  que  Surville,  le  chevalier  de  Mont- 
maur,  après  la  mort  de  son  chef,  parvint  à  se  dérober 
à  la  police  du  Directoire.  Jusqu'en  1800,  il  erra  dans 
les  montages  du  Forez  et  du  Vivarais.  On  ignore  s'il 
prit  part  à  l'agression  dirigée  peu  de  temps  avant  la 
bataille  de  Marengo,  contre  la  Manufacture  d'armes 
de  Saint-Etienne. 

En  1800,  le  comte  de  Noyant,  venu  en  France  au 
nom  de  Louis  XVIII,  lui  donna  une  mission  d'inspec- 
teur dans  l'Agence  royaliste  de  Lyon  dirigée  précé- 
demment par  Imbert  Colomès(l),  puis  par  le  général 
Willot(2).  Il  y  demeura  jusqu'en  1801.  L'agence  roya- 
liste fut  alors  dissoute.  L'amnistie  des  émigrés  allait 
intervenir.  Montmaur  accepta  néanmoins  plusieurs 
missions.  Mais  une  nuit,  sur  les  quais  du  Rhône,  il 
se  trouva  en  face  d'agents  qui  lui  mirent  la  main  au 


(1)  Imbert  Golomès  (Jacques-Pierre),  né  à  Lyon  le  3  novembre  1729, 
mort  à  Bath,  en  Angleterre,  le  12  décembre  1809,  fut  premier  échevio 
de  Lyon  en  1788  et  commandant  de  la  garde  nationaJe  de  cette  ville 
en  1790.  Dévoué  à  Louis  XVI,  il  émigra.  Rentré  à  Lyon  en  1797,  il  y 
fut  nommé  député  au  Conseil  des  Cinq- Cents.  Au  coup  d'État  de  fruc- 
tidor, sur  le  point  d'être  arrêté  comme  royaliste,  il  se  réfugia  de  nou- 
veau en  Allemagne.  £n  juillet  1801,  le  premier  Consul  le  fit  arrêter  à 
Bayreuth  par  le  gouvernement  prussien.  Il  ne  fut  mis  en  liberté  qu'en 
1809.  Il  alla  aussitôt  retrouver  Louis  XVIII  en  Angleterre,  où  il 
mourut. 

(2)  Le  général  Willot,  ami  de  Picbegru  et  de  Moreau,  déporté  à  la 
Guyane  après  le  coup  d'État  de  fructidor,  puis  évadé  de  cette  colonie 
en  1798,  devait  en  effet  diriger  un  soulèvement  dans  le  Midi,  (d'après 
les  papiers  saisis  à  Bayreuth  et  à  Mende,  publiés  par  le  gouverne- 
ment en  l'an  X).  Dans  une  lettre  du  3  septembre  ISOO,  il  est  dénommé 
général  en  chef  pour  S.  M.  Louis  XVIII  et  il  a  pour  chef  d'état-major 
le  général  Danicau,qui  avait  pris  le  commandement  des  sections  roya- 
listes de  Paris  à  la  journée  du  13  vendémiaire. 


—  387  - 

collet.  Il  se  débattit,  réussit  à  prendre  la  fuite.  Dans 
Tobscurité,  on  tira  sur  lui.  Il  reçut  une  balle  dans  la 
jambe,  put  néanmoins  échapper  à  la  patrouille  qui  le 
poursuivait.  Recueilli  par  des  personnes  charitables, 
il  entra  sous  un  nom  supposé  à  THôtel-Dieu  de  Lyon 
et  y  resta  plus  de  quarante  jours  pour  se  faire  guérir. 
Mais  la  police  était  sur  sa  trace  et  sa  tête  avait  été 
mise  à  prix,  suivant  les  pratiques  inaugurées  par 
Fouché. 

L'amnistie  survint  heureusement  pour  lui.  Après 
dix  ans  d'absence,  il  regagna  le  Limousin.  Ses  biens 
de  Martel,  où  son  père  lui  avait  légué  une  maison, 
avaient  été  vendus  comme  biens  d'émigré.  Il  se  fixa 
à  Meymac  (l),  où  il  avait  épousé,  le  6  mai  1790, 
M"*  de  Segonzac. 

Là^  pendant  toute  la  durée  de  l'Empire,  il  fut 
l'objet  d'une  surveillance  attentive. 

En  1814,  il  ce  rejoignit  le  corps  »,  le  régiment  des 
gardes  licencié  vingt-trois  ans  auparavant.  Chevalier 
de  Saint-Louis  du  9  août  1814,  il  fut  incorporé  de 
nouveau  à  Versailles  dans  la  compagnie  écossaise  pla- 
cée sous  le  commandement  de  M.  le  duc  d'Havre  et 
de  Croy.  Il  fut  même  nommé  garde  de  la  Manche.  Ces 
derniers,  au  nombre  de  vingt-quatre,  étaient  les  plus 
rapprochés  du  roi  dans  les  cérémonies. 

Mais,  dans  sa  vie  aventureuse,  l'ancien  chouan  du 
Forez  avait  vieilli.  Il  avait  désappris  le  métier  mili- 
taire. Sur  la  proposition  du  duc  d'Havre  et  de  Croy, 
il  fut  admis  à  la  retraite  le  l*""  novembre  1815,  avec 
rang  de  capitaine  de  cavalerie. 

(1)  Une  branche  de  la  famille  de  Montmaur  était  établie  à  Brive 
même  au  xvii*  siècle.  Elle  possédait  en  outre  des  biens  à  Meyssac. 


-  388  — 

La  devise  des  siens  était  :  Dieu  et  le  Roi.  La  vérité 
oblige  à  dire  qu'il  y  était  resté  aveuglément  et  déses- 
pérément fidèle. 

L'abbé  Jean-Jacques-Philippe-Suzanne  de  Monl- 
maur,  troisième  fils  de  Jean  de  Montmaur,  seigneur 
de  la  Tulle,  et  frère  du  chevalier  de  Montmaur^  était 
né  à  Martel  le  T**  mai  1764.  Dans  sa  correspondance, 
il  rappelle  qu'il  avait  étudié  la  théologie  avec  un 
jeune  séminariste  du  nom  de  Joachim  Murât.  Vers 
1787,  ce  dernier  quitta  l'habit  religieux  et  s'engagea 
à  Toulouse  dans  un  régiment  de  cavalerie,  Ardennes- 
Chasseurs. 

On  sait  ce  qu'il  devint  :  époux  de  Caroline  Bona- 
parte, commandant  en  chef  la  cavalerie  de  la  Grande- 
Armée,  il  eut  en  partage  le  royaume  de  Naples. 

L'abbé  de  Montmaur,  en  une  existence  moins  bril- 
lante, mais  également  accidentée,  quitta  la  France, 
fuyant  les  lois  qui  frappaient  les  prêtres  insermentés. 
11  arriva  à  Worms  au  mois  de  juin  1791.  En  novem- 
bre de  la  même  année  il  fut  attaché,  comme  aumô- 
nier, au  quartier  général  de  l'armée  de  Condé.  Là,  il 
fut  adjoint  au  grand  aumônier,  Mgr  de  Conzie,  évo- 
que d'Arras  et  l'un  des  conseillers  les  plus  écoutés 
du  prince  (1).  De  1791  à  1801,  date  du  licenciement 
de  l'armée  Condéenne,  il  fit  toutes  les  campagnes 
auprès  de  ce  dernier^  supportant,  malgré  sa  santé 
délicate,  comme  les  combattants,  toutes  les  intem- 


(1)  Marie-Hilaire  de  Conzie,  d*une  famille  originaire  de  la  Bresse, 
d'abord  capitaine  de  dragons,  puis  entré  dans  les  ordres,  avait  été 
évoque  de  Saint-Omer  en  1766,  évoque  d'Arras  en  1769.  \\  mourut  à 
Londres  en  1804. 


—  389  — 

péries  des  saisons  et  la  vie  pénible  des  camps.  «  L'hon- 
neur de  servir  le  roi,  écrivait-il,  sera  pour  moi  la 
plus  belle  récompense;  je  n'en  demande  pas  d'au- 
tre. »  Sur  les  champs  de  bataille,  dans  les  hôpitaux 
militaires,  il  donnait  ses  soins,  écrivait-il  encore^ 
aux  patriotes  comme  aux  royalistes.  Après  les  événe- 
ments de  1815  il  exerça^  de  1822  à  1830,  les  fonctions 
d'aumônier  au  i'"'  régiment  de  Grenadiers  à  cheval  de 
la  garde  royale.  Le  colonel  marquis  Oudinot,  fils  du 
maréchal  Oudinot^  l'avait  en  haute  estime.  Il  connut 
la  veuve  de  Lescure,  la  marquise  de  la  Rochejaque- 
lein,  qui  lui  fît  part  des  souvenirs  de  sa  vie  aventu- 
reuse en  Vendée.  Enfin,  il  fut  lié  avec  le  personnage 
auquel  s'applique  la  seconde  partie  de  cette  étude^ 
le  baron  de  Commarque,  qui,  parti  de  la  Corrèze, 
devint  l'un  des  chefs  de  la  chouannerie  normande. 

Le  23  avril  1800,  il  écrivait  d'Augsbourg  à  Munich^ 
à  son  correspondant,  l'abbé  de  Lespine,  qui  fut  plus 
tard  bibliothécaire  adjoint  à  la  Bibliothèque  natio- 
nale :  a  On  dit  que  l'état-major  de  Monsieur  est 
nommé  et  que  ce  prince  doit  se  rendre  en  Bretagne 
avec  Mgr  le  duc  de  Bourbon  pour  y  réorganiser  l'ar- 
mée royale  (t).  La  mort  de  Frotté,  loin  d'intimider, 
y  a  exaspéré  les  esprits.  Le  baron  de  Commarque,  no- 
tre voisin  et  mon  intime  ami,  a  été  fusillé  avec  lui. 
Je  le  regrette  sincèrement.  » 

M.  de  Commarque  (Armand -Joseph),  Tintime  ami 
de  l'abbé  de  Montmaur,  était  d'une  famille  origi- 
naire de  la  Dordogne.  Mais  il  s'était  marié  à  Beau- 


ci)  On  voit  que  la  conduite  du  comte  d'Artois  à  nie-Dieu,  en  1795, 
et  lors  de  l'affaire  de  Quiberon,  n'avait  pas  découragé  les  espérances 
des  royalistes  et  leur  confiance  en  ce  prince. 

T.  XXX  3-9 


—  390  — 

lieu,  où  il  avait  épousé  sa  cousine,  M"*  Massoulié,  fille 
de  Jean-Pierre  Massoulié,  écuyer,  seigneur  de  la  Veil- 
lane,  subdélégué  de  Tintendant  à  Beaulieu,  et  de 
dame  Anne  de  Commarque.  Il  ne  semble  pas  qu'il  en 
ait  eu  des  enfants.  Sur  la  liste  des  émigrés  de  Tan  II, 
on  trouve  :  «  Commarque  (Armand-Joseph),  domicilié 
à  Beaulieu.  »  D'autre  part,  le  31  juillet  1792,  l'agent 
du  domaine,  séquestre,  affermait,  au  prix  de  1525 
livres  par  an,  les  biens  de  M.  Commarque,  à  Beau- 
lieu. 

D'après  la  savante  étude  de  M.  de  la  Sicotière  sur 
Louis  de  Protté,  ouvrage  où  se  trouvent  rapportés 
presque  tous  les  documents  ci-après  utilisés,  M.  de 
Commarque  aurait  été^  avant  la  Révolution^  capi- 
taine au  régiment  de  Beauce.  Il  ne  figure  cependant 
pas  sur  les  anciens  contrôles  de  ce  régiment. 

D'après  d'autres  sources,  qui  paraissent  exactes^  il 
sortait  des  gardes  du  corps. 

En  1792,  on  le  trouve  servant  dans  les  rangs  des 
Comdéens. 

Il  revient  ensuite  de  Témigration,  désabusé  sur 
cette  dernière  comme  Frotté.  Plus  tard  il  apparaît 
en  Vendée. 

En  1799,  il  est  devenu  le  premier  aide  de  camp  du 
comte  Louis  de  Frotté,  lieutenant  général,  comman- 
dant en  chef  l'armée  royale  de  la  Basse-Normandie. 
Ce  dernier,  qui  persista  à  combattre,  lorsque  Bour- 
mont,  d'Autichamp,  Cadoudal  et  les  autres  chefs 
angevins  ou  bretons  avaient  déposé  les  armes,  fat 
l'âme  entêtée  jusqu'à  la  mort  de  la  chouannerie  nor- 
mande. 

Dans  un  article  du  journal  normand,  La  Foudre^ 


—  391  — 

du  30  octobre  1821,  signé  Urbain  Guilbert,  on  seni- 
ble  placer  Commarque  au-dessus  de  son  chef,  Louis 
de  Frotté.  Le  3  septembre  1799,  il  commande  une 
importante  division  qui  opère  dans  l'arrondissement 
de  Falaise  et  qui  comprend  1425  chouans.  C'était, 
dit  M.  de  la  Sicotière,  un  homme  d'une  rare  intrépi- 
dité. Un  soir,  caché  au  château  du  Tertre  avec  d'Oil- 
liamson  et  de  la  Pivardière,  et  prévenus  qu'une  visite 
domiciliaire  aurait  lieu  dans  la  nuit,  à  trois  heures  du 
matin,  ils  se  couchèrent  en  disant  :  Dormons  jusqu'à 
deux  heures,  et  alors  nous  irons  faire  un  tour  dans  les 
bois.  Au  bout  d'un  certain  temps,  l'un  d'eux  touche 
sa  montre  :  elle  sonne  trois  heures.  Ces  messieurs  se 
hâtent  de  sortir  et  de  se  sauver  dans  les  bois.  Mais  le 
temps  était  froid,  la  nuit  toujours  sombre.  On  inter- 
roge de  nouveau  la  montre  qui,  cette  fois,  sonne 
minuit.  Ils  s'étaient  trompés  lors  du  premier  appel. 
«  Rentrons  au  château,  se  disent-ils,  nous  nous  chauf- 
ferons pendant  deux  heures,  puis  nous  reviendrons 
ici.  »  Et  les  voilà  qui  regagnent  le  château  du  Tertre. 
Ils  en  étaient  tout  proches,  lorsqu'ils  virent  à  l'en- 
tour  les  feux  de  bivouac  de  la  troupe  qui,  ayant  de- 
vancé l'heure  annoncée,  cernait  l'habitation  et  avait 
commencé  de  la  fouiller.  Ils  purent  heureusement  se 
replier. 

Au  début  de  Tan  VIII,  en  l'absence  de  Frotté  auquel 
il  servait  de  chef  d'état-major,  Commarque  prend  le 
commandement  des  quatre  divisions  de  l'armée  de  la 
Basse-Normandie.  Son  quartier  général  est  au  château 
de  Fiers.  Sa  vie  d'aventures  allait  se  terminer. 

Le  22  pluviôse  an  Vlll,  le  premier  Consul  lui- 
môme,  pour  en  finir  avec  cette  poignée  de  factieux, 


-  392  - 

écrit  au  général  Gardanne,  chargé  d'opérer  contre  elle, 
une  lettre  par  laquelle  il  naiet  à  prix  à  niille  louis  la 
tête  de  Frotté.  Celle  de  Commargue  était  cotée  cent 
louis. 

Ces  procédés  rappelaient,  il  faut  le  reconnaître,  les 
mœurs  de  la  Corse  et  les  pratiques  du  niaquis. 

Quoi  qu'il  en  soit^  les  volontés  du  premier  Consul 
ne  tardèrent  pas  à  être  exécutées. 

Quelques  jours  après.  Frotté,  Commarque  et  cinq 
autres  officiers  royalistes,  munis  cVnn  sauf-^conduit 
en  bonne  forme,  s'étaient  rendus  à  Alençon  pour 
conférer  au  sujet  d'un  armistice  avec  le  général  Gui- 
dai, commandant  le  département  de  TOrne,  le  même 
qui  fut  arrêté  en  181 '2  avec  le  général  Malet,  et  fusillé 
avec  lui  dans  la  plaine  de  Grenelle.  En  pleine  nuit, 
après  quelques  pourparlers,  à  Timproviste  et  sans 
explications,  les  officiers  Chouans  furent  arrêtés.  On 
les  transféra  immédiatement  à  Verneuil,  avec  ordre 
de  les  traduire  devant  une  commission  militaire. 
Dans  cette  affaire,  comme  à  la  suite  de  l'arrestation  du 
duc  d'Enghien,  les  pièces  de  la  procédure  et  la  sen- 
tence elle-même  ont  disparu.  Frotté  et  Commarque, 
a-t-on  dit^  invoquèrent  en  vain  la  parole  donnée  et  le 
bénéfice  de  leur  sauf-conduit.  11  n'y  eut,  ni  témoins, 
ni  défenseurs.  D'après  une  tradition,  Louis  Bonaparte, 
le  futur  roi  de  Hollande,  alors  colonel  du  S"*'  dragons 
en  garnison  à  Verneuil,  refusa  de  présider  la  com- 
mission militaire.  On  lui  prête  ces  paroles  :  «  Je  ne 
suis  soldat  que  depuis  peu  de  temps.  Mais  j'en  sais 
assez  sur  l'honneur  militaire  pour  ne  pas  compro- 
mettre mon  nom  dans  une  pareille  iniquité.  i>  Pendant 
la  délibération  du  conseil^  les  accusés,  sans  illusion 


-  393  — 

sur  leur  sort,  demandèrent  une  bouteille  de  vin 
qu'ils  burent  à  la  santé  du  roi.  Par  application  de  la 
loi  sur  rémigration,  ils  furent  condamnés  à  être  pas- 
sés par  les  armes. 

L'exécution  eut  lieu  à  Verneuil,  le  29  pluviôse  an 
VIII  (18  février  1800),  à  cinq  heures  du  soir,  sur  un 
tertre  aux  environs  de  la  ville,  en  un  lieu  qu'on 
appelle  encore  le  Clos-Frotté.  Les  condamnés  s'y  ren- 
dirent à  pied.  Ils  marchaient  deux  par  deux,  encadrés 
par  la  troupe.  Les  fenêtres,  sur  leur  passage,  s'étaient 
fermées  en  signe  de  deuil^  car  la  population  était 
royaliste.  Une  musique  militaire  jouait  le  Ça  ira. 
Frotté,  dans  la  marche,  vint  à  perdre  le  pas.  Com- 
marque,  ou  un  autre,  lui  en  fit  la  réflexion  :  «  C'est  ce 
maudit  air  qui  en  est  cause  »,  répondit-il  en  souriant. 
Devant  le  peloton  d'exécution,  les  sept  officiers  se 
prirent  par  la  main  et,  avec  une  calme  intrépidité 
qu'ont  reconnu  leurs  adversaires,  tombèrent  au  cri 
de  :  (T  Vive  le  Roi  !  » 

Voici  ce  que  contient  le  petit  portefeuille  en  ma- 
roquin rouge  de  Commarque,  tout  éraillé  et  usé,  tel 
qu'il  fut  saisi  sur  le  «  brigand  »  et  tel  qu'il  a  été  con- 
servé aux  Archives  nationales  : 

Passe-port  en  blanc  de  la  municipalité  d'Alençon, 
lettre  de  sa  sœur  lui  donnant  des  détails  sur  .ses  niè- 
ces, et  particulièrement  sur  Angélique^  sa  filleule, 
a  la  plus  jolie  des  trois  petites.  » 

Chiffon  de  gros  papier  renfermant  une  mèche  de 
cheveux  blonds,  fins  et  soyeux,  avec  ces  lignes  qui 
semblent  avoir  été  renvoyées  à  leur  auteur  : 

a  Madame,  je  n'ai  pu  vous  voir  sans  éprouver  pour 


—  394  — 

vous  les  sentiments  les  plus  tendres.  Je  sais  qu'il  est 
impardonnable  de  vous  en  avoir  fait  part.  Mais  je 
n'ai  pu  résister  au  désir  de  vous  apprendre  que  je 
n*aime  et  n'estime  que  vous.  Si  Tamour  respectueux, 
fidèle,  et  surtout  discret,  peut  ne  pas  vous  déplaire, 
je  jure  de  vous  adorer  toute  ma  vie.  » 

Notes  d'auberge,  recette  de  cirage,  liste  de  sobri- 
quets chouanniques  ;  billet  d'Auguste,  secrétaire  de 
Frotté,  mandant  Commarque  auprès  du  général  en 
chef;  deux  chansons,  l'une  :  a  f aimons  que  Voti 
chante  gaiement  coînme  faisaient  nos  pères  », 
l'autre,  sur  le  vin  et  l'amour  :  a  Las  !  je  sais  borner 
mes  désirs  ». 

On  voit  combien  était  léger  le  bagage  de  ces  hom- 
mes d'action.  Au  milieu  de  dangers  incessants,  non 
seulement  ils  restaient  pleins  de  confiance,  mais  ils 
trouvaient  encore  à  se  distraire  avec  les  sous-enten- 
dus de  la  joyeuse  chanson  des  départements  : 

Heureux  enfin  qui  te  découvre, 
0  département  du  Mont-Blanc  ! 

Frotté,  Commarque  et  leurs  compagnons  ont,  dans 
la  vieille  église  de  la  Madeleine,  à  Verneuil,  un  mo- 
nument en  marbre  blanc  qui  leur  a  été  consacré  par 
la  Restauration,  avec  un  remarquable  bas-relief  de 
David  d'-Angers.  On  y  lit  l'inscription  : 

Sicut  Machabœif  perierunt  hac  in  urbe  anno 
1800  die  XVIII  februar  Ludovicus  Cornes  de  Frotté^ 
Dux  primarius  7'egii  per  Neustriam  eœercitus 
ejusque  commilitones  B^  de  Comarc  (1),  /?**  d'Hu- 

(I)  Sic, 


—  395  — 

gon^  Saint  Florent,  Dv.  Verdun,  Cavalier  Duhuniy 

Paschal. 

Pro  Deo  et  rege. 

La  maquette  du  bas-relief  est,  avec  les  œuvres  de 
David^  au  musée  d'Angers.  Il  représente  les  sept  offi- 
ciers royalistes  devant  le  peloton  d'exécution.  Le  génie 
du  grand  statuaire  s'y  révèle  dans  sa  beauté  simple  et 
dans  tout  son  éclat.  Les  attitudes  sont  pleines  de 
noblesse.  Les  têtes,  où  les  yeux  semblent  agrandis^ 
sont  admirablement  expressives.  Commarque  est  à  la 
droite  de  Frotté,  qui  est  placé  au  centre. 

Rappelons  en  terminant  que,  du  rocher  de  Sainte- 
Hélène,  Napoléon  lui-même,  après  avoir  subi  à  son 
tour  les  injures  de  la  Fortune  et  reconnu  le  prix  de 
la  fidélité,  a  écrite  rendant  hommage  à  ces  braves 
qu'il  avait  envoyés  au  dernier  supplice  :  «  La  France 
donna  la  mort  à  leurs  actions  et  des  larmes  à  leur 
courage.  Tout  dévouement  est  héroïque.  » 

J.  DE  Saint-Germain. 


AUTRES  VÉNÉRABLES  DOCUMENTS  MONASTIQUES 

SUR 

TULLE  ET  ROCAMADOUR 

ÉDITÉS  AVEC  NOTES 

PAR 

(Suite). 


II 

Sequuntur    Census    et    Redditus. 

SsLncti  Hilarii  de  Fouissac. 

Imprimis  débet  prior  de  Afaensaco  6  librâs  turonenses  et 
2  solidos  solvendos  in  festo  omnium  sanctorum. 

Item  praepositus  de  Navis  débet  3  solidos  quos  habebat  ibi 
vicecomes  Ventodorus. 

It.  qui  tenent  affarium  de  Palagingas  debent  4  sextaria 
siliginis  ad  bonam  et  2  sext.  frumenti  ad  bo.  quae  habebat 
ibi  vicecomes  Ventodors  (1). 

SequWir  parrochia  de  Chameyrac. 

It.  in  manso  de  la  Chieza  d'à  Poissac  debent  decem  soli- 
dos solvendos  in  festo  beati  Martini  hiemalis  cum  mero  et 
mixto  dominio  et  jurisdictione  alta  et  bassa,  et  etiam  servi- 
tia  et  explectamenta. 

(1)  Seigneur  de  Sérilhac,  co-seigneur  de  Lagarde  et  environs,  ainsi 
que  d'Ârgentat,  suzerain  pour  Saint-Chamans,  etc. 

T.  XXX.  4  -  1 


-  398  — 

Sequitur  parrochia  SANCTiE  FoRTUxATiE. 

In  manso  de  Vaurs  (1)  debent  35  solid.  quos  habebat  ibi 
vicecomes  Ventadorus  solvendos,  medietalem  in  festo  beati 
Martini  hiemalis  et  aliam  medietatem  in  martio. 

Sequitur  parrochia  d'à  Orliac. 

In  manso  d'à  Crossac  debent  10  sezt.  aven.  a.  p.  et  3  sext. 
sil.  quse  ibi  habebat  vicecomes  Ventodorius. 

Praemissa  superiù?  scripta  levantur  cum  terra  Tutellensi 
et  non  computantur  de  facto  Sancti  Hilarii. 

Sequitur  parrochia  8.  Hilarii  d'à  Fouissac. 

De  Noualias  sotranas  debent  1  sext.  frum.  ad  mensur. 
viscontal  et  13  sext.  eyminam  silig.  ad  eandem  mensur.  ;  et 
8  sunt  calcati  ;  et  10  sext.  avense  ad  mensur.  Detglotonis 
(delglotonis  ??)  et  10  et  6  solid.  5  denar.  obolum  solvendos 
in  terminis  qui  sequuntur,  videlicet  in  festo  beati  Michaelis 
6  sol.  5  den.  obol.  it.  in  martio  5  solid.  it.  in  majo  5  sol.  ; 
item  debent  1  mutonem  et  3  gallinas  et  2  gallos  et  20  ova. 

It.  in  manso  d'à  Chabanas  sotranas  debent  1  sext.  frum. 

ad  mensur.  viscontal sextar.  silig.  ad  mensur. 

Gloton  (2)  et ad  mensur.  viscontal  et  11  sext. 

aven,  ad  mens.  Gloton  et  60  sol.  in  terminis  qui  sequuntur, 
videlicet  in  festo  b.  Mich.  15  sol.  in  festo  b.  Andréa»  20  sol. 
it.  in  marcio  10  sol.  it.  in  maicr  10  sol.  et  2  gallin. 

In  manso  d'à  Jo  debent  20  sext.  frum.  ad  mensur.  viscon- 
tal, calcatos,  et  7  sext.  et  1  quartonem  silig.  ad  mens.  vise, 
et  12  sext.  aven,  ad  mens.  Gloton,  et  50  sol.  solvendos  in  ter- 
minis qui  sequntur,  videlicet,  in  festo  b.  Mich.  20  sol.  ;  in 

festo  b.  Ândrese  18  sol.  et  in  martio  12  sol.  in  maio 

(siCf  en  blanc).  It.  1  mutonem,  it.  20  ova,  it.  5  gallin.  et  2 
gallos. 

(1)  Meyssac.  —  Vaurs,  31  hab.  fief.  Tous  ces  lieux  existent;  Job, 
43  hab. 

(2)  Egletons  ;  vicomtale  (de  la  vicomte  de  Ventadour,  éclipsée  de 
Comborn). 


-  399  — 

It.  in  affario  del  ChamboriSi  debent  2  sext.  frum.  ad  mens, 
viscontal  et  3  sol.  solvendos  in  festo  S.  Michaelis,  item  1 
gallinam. 

It.  in  manso  de  La  Borgada,  debent  1  sext.  frum.  ad  mens, 
viscontal  et  14  sext.  eyminam  silig.  5  sext.  ad  mens.  Gloton, 
et  2  sext.  calcatos  ad  mens,  viscon.  et  7  sext.  eymin.  ad 
eandem  mens,  viscon.  et  10  sext.  eymi.  aven,  ad  mensur. 
Gloton  et  54  sol.  4  den.  renduales,  in  terminis  qui  sequntur, 
videlicet  in  festo  b.  Mich.  20  sol.  ;  in  festo  b.  Andreae  14  sol. 

4  den.  ;  in  mai*tio  10  sol.  ;  in  majo  10  sol.  et  3  gallin.  et  2 
gallos  et  20  ova,  et  1  mutonem  in  maio. 

In  manso  d'à  La  Charlania,  debent  12  sext.  silig.  ad  mens. 
Glotonensem  et  18  sext.  aven,  ad  eandem  mensur.  et  24  sol. 
et  6  den.  rend,  in  terminis  qui  seq.  videlicet  in  festo  b. 
Mich.  10  sol.  ;  in  festo  b.  Andreae  10  sol.  in  maio  4  sol.  6 
den.  et  3  gallin.  et  60  ova. 

In  manso  d'à  La  Clercia,  debent  2  sext.  frum.  ad  mens, 
vise,  uno  calcato  et  13  sext.  eymi.  silig.  ad  dictam  mensur. 
et  6  sext.  sunt  calcati  et  una  tortada(i)  silig.  et  13  sext.  emin. 
aven,  ad  mens.  Gloton,  et  48  sol.  et  6  denar.  obolum  solven- 
dos in  terminis  qui  sequntur,  videlicet  in  festo  b.  Mich.  12 
sol.  6  den.  obol.  ;  in  festô  b.  Andr.  15  sol.  ;  in  martio  11  sol.  ; 
in  maio  10  sol.  et  3  gallin.  et  unam  albergam. 

In  affario  de  Malfon,  debent  1  sext.  silig.  et  1  sext.  aven, 
totum  ad  mensur.  viscon.  et  12  den.  rend,  in  festo  B.  Mich. 
et  2  gallinas. 

It.  in  bordaria  de  La  Massonia  (2)  et  d'à  La  Clida,  debent 
1  sext.  frum.  calcatum,  ad  mensur.  viscon.  et  8  sext.  silig.  ; 

5  calcatos  ad  mensur.  viscon.  et  2  tortadas  silig.  et  6  sext.  et 
duas  partes  unius  eyminae  aven,  ad  mensur.  Gloton  et  13  sol. 
turon.  2  den.  solvend.  in  term.  qui  seq.  videl.  in  festo  b. 


(1)  Mesure  usitée  pour  la  cendre  uniquement  à  Corrèze,  soit  un 
comble  panier  {paillaasoa)  à  a  tourte  »  de  pain.  Chambort,  signalé 
1771  et  1451  d'après  série  B.  721,  Archiv.  de  la  Corrèze,  près  Char- 
lane  de  Saint  Hilaire,  distinct  de  la  Charlane,  haute  et  basse,  de  La- 
pleau,  25  hab.  ;  Clercie,  38  hab.  ;  Bourgeade,  haute  et  basse,  143  âmes. 

(2)  Une  autre  Massonie  que  celle  de  Soudeilles,  cela  va  sans  dire. 
Clida,  porte  clôture  eu  bois  tressé. 


—  400  - 

Mich.  5  sol.  ;  in  festo  b.  Andr.  2  sol.  G  den.  ;  in  mârtio  2 
sol.  6  den.  ;  in  maio  3  sol.  minus  2  den.  et  unam  gallin. 

In  bordaria  d'at  Poch  et  d'à  Lâusedat  et  pro  loco  de  Las 
Vaus  Sobranas,  P.  Lasvaus  débet  (debent?)  11  sext.  eymin. 
silig.  ad  mens.  yisc.  et  6  den.  ave.  ad  mens.  Gloton  et  in 
festo  b.  Andr.  20  sol.  7  den.  ;  in  maio  20  den.  et  10  ova  et  2 
gallin.  et  unam  albergam. 

In  affario  d'à  La,  Chatgeyria  Sancti  Hilarii,  debent  1  sext. 
frum.  ad  mens.  vise,  et  7  sext.  et  1  quartonem  sili.  ad  eand. 
mens,  et  3  sint  calcati  et  9  sext.  et  1  ras  aven,  ad  mens.Glo- 
tonen.  et  24  sol.  9  den.  solvend.  in  terminis  qui  sequntur, 
videl.  in  festo  b.  Mich.  9  sol.  9  den.  ;  in  festo  b.  Andr.  5  sol.  ; 
in  martio  5  sol.  ;  in  maio  5  sol.  et  3  gallin.  et  1  albergam. 

It.  in  bordariis  d'à  Lasvaus  sotranas  S.  Hilarii  et  d'à  Las 
Bordas,  debent  eyminam  frum.  ad  mens.  Glot.  et  7  sext.  sili. 
ad  mens.  vise,  quorum  2  sext.  sunt  calcati,  et  6  sext.  aven, 
ad  mens.  Gloton  et  18  sol.  et  7  den.  rendual.  solvend.  in 
term.  qui  seq.  videl.  in  festo  b.  Mich.  8  sol.  7  den.  et  in  festo 
b.  Andr.  4  sol.  ;  in  martio  4  sol.  ;  in  maio  2  sol.  ;  et  1  gallin. 
in  festo  nativit.  Domini  et  1  albergam. 

Item  6  den.  turon.  pro  molendino  Saraiur  (farnier??)  de 
novo  aedificato  et  1  den.  de  accaptamento  in  mutatione  do- 
mini utriusque  (1). 

It.  d'à  La  Mauria  debent  1  sext.  frum.  ad  mens,  viscon. 
et  4  sext.  frum.  ad  mens.  Glot.  et  11  sext.  sili.  quorum  3 
sunt  calcati  ad  mens.  Glot.  et  1  sext.  ad,mens.  Glot.  et  resi- 
duum  ad  mens,  viscon.  et  12  sext.  et  1  ras  aven,  ad  mens. 
Glot.  et  28  sol.  et  9  den.  rend,  solven.  in  term.  qui  seq.  videl. 
in  festo  b.  Mich.  10  sol.  9  den.  ;  in  festo  b.  Andr.  8  sol.  ;  in 
martio  5  sol.  ;  in  maio  5  sol.  ;  item  7  gallinas. 

Item  Joannes  et  Alaida  et  Bartholomaeus  Lamoria  debent 
2  sext.  sili.  ad  mens.  vise,  et  5  ras  aven,  ad  mens.  Glot.  pro 
affario  de  Las  Vaus  Sotranas  et  d'al  Poch-à-la-Rocha  ;  item 
12  sol.  minus  duos  den.  rend,  in  term.  qui  seq.  videl.  in 

(1)  J'écarte  Sarcueil,  1577  ;  Sercuer,  1406,  paroisse  de  Laval,  dépen- 
dant de  Saleys,  près  la  Jarrige  ;  il  a  disparu. 


—  401  - 

festo  B.  Mich.  4  sol.  ;  in  festo  B.  Andr.  4  sol.  ;  in  martio  2 
sol.  ;  in  maio  22  denarios  etc....  (sic). 


Actum  Tutellse,  die  12  mensis  Junii,  anno  Domini  1487, 
praeseutibus  testibus  infra  scriptis,  existens  et  personaliter 
constitutus  Joannes,  aliàs  Joanisso  Demarses,  aliàs  Ptc- 
vert  (1),  laborator  Tutellse,  coram  venerabili  et  religioso 
viro  fratre  Martino  de  Campo,  eleemosinario  ecclesiae  cathe- 
dralis  Tutellensis,  tamquam  domino  fundali  et  directo  horti 
infra  confruntandi,  etc.  (sic). 

Cuiquidem  domno  eleemosinario  dixit  et  explicavit  quod 
ipse  acquisiverat  titulo  permutationis  et  excambiaverat 
quoddam  nemus  suum,  situm  in  lerritorio  de  Saumieyras, 

cum  quodam  horto  ipsius  germani qui  dictus  Ger- 

mani  (sic)  eidem  de  Marses  sibi  diviserat  dictum  hortum, 
quiquidem  hortus  est  situs  in  territorio  de  Las  CostaSy  con- 
fruntatur  cum  quodam  alio  horto  haeredum  quondam  Pétri 
Pierre  (sic,  probablement  pour  Petit-Pierre)  et  cum  quàdam 
vineâ  dicti  Marses  et  cum  quodam  itinere  publico  per  quod 
itur  de  Barrio  de  la,  Barrieyra  ad  Crucem  de  Bar,  tran- 
seundo  per  Bassiam,  et  cum  quodam  alio  horto  illorum  de 
Vernia,  aliàs  Bedde,  quadam  parva  via  intermedia,  cum  suis 
aliis  confruntationibus. 

De  quoquidem  horto  dictus  dominus  eleemosinarius  est 
dominus  fundalis  et  directus  et  eidem  pertinet  jus  vestiendi 
et  divestiendi  ;  quare  gratis  recognovit  ipse  Marses  tenere 
ab  eodem  domino  dictum  hortum,  tamquam  à  domino  suo 
fundali,  promisitque  et  juravit  alium  non  advoare  alium 
(sic)  iii  dominum.  Et  cum  praemissis  dictus  dominus  eleemo- 
sinarius, tamquam  dominus  fundalis  dicti  horti  investi  vit 

(1)  Marseix,  fief  (Yigeois)  ;  Ëgletons,  Latronche.  Saumières  (Tulle- 
Saint-Julien),  non  loin  de  Poissac.  La  Barrière  et  la  Racsie,  quartiers 
de  Tulle,  continus  ;  le  deuxiènoe  en  1510,  peu  distant  du  pont  de  la 
Barrière.  —  Ceindriat,  près  la  Ghèze  et  Chanac  ;  le  Charlat,  aliàs 
Feix,  1600  (Tulle).  —  Croix-de-Bar  (Tulle),  62  hab.  ;  Mazaleyrat,  95  h. 
(Pradines)  ;  Peyrelevade  (Chameyrat). 


—  402  — 

dictum  Marsès  de  dicto  horlo  praeconfruntato,  cum  juribus 
et  pertinentiis  suis,  per  traditionem  notse,  et  recognovit  ha- 
buisse  et  solulum  fuisse  de  capissolido,  laudimio  et  investi- 
tione,  et  eundem  quittavit  penitus  cum  paclo  etc.  (sic).  De 
quibus  premissis  omnibus  et  singulis  dictae  partes  petierunt 
instrumentum  et  instrumenta  in  meliori  forma,  etc.  praesen- 
tibus  Petro  Mathaeo  et  Joanne,  aliàs  Joanot  de  Peiralata, 
lignifabris,  Tutellœ  habitantibus,  testibus  ad  haec  vocatis  et 
rogatis.  —  De  Chieza,  notarius,  qui  praemissa  recepit. 


Actum  Tutellae,  die  22  nov.  1488....  testibus  :  domino 
Joanne  de  Jos  et  Martino  Pouly,  qua  die  personaliter  cons- 
titutus  coram  fratre  Martino  de  Campo,  eleemos.  eccl.  ca- 
thedr.  Tut.  dominoque  juridiquo  et  fundali  et  directo  man- 
sorum  infrascript.  videlicet  :  Joannes  de  Cendriac,  aliàs 
Penel,  mansi  de  Cendriac,  parrochiae  de  Chanaco,  qui  eidem 
explicavit  et  insinuavit  arrenduationem  et  assensam  eidem 
factam  per  Anthonium  del  Mazaleyrac,  mercatorem  Tutellae, 
de  sexta  parte,  partim  pro  divisoet  partim  pro  indiviso  man- 
sorum  de  Cendriac,  d'à  la  Bachelaria  et  de  la  Meyrandia, 
ad  invicem  contiguorum,  sitorum  in  parrochia  de  Chanaco, 
confrontantium  cum  pertinentiis  mansorum  d'à  La  Chiesa 
de  JoSy  de  Vedrenas  et  d'aZ  Trecht^  cum  suis  aliis  confrun- 
tationibus,  sub  annuo  censu  seu  redditu  50  sol.  monetae  cur- 
rentis,  rendualium,  et  sub  intraggio  40  librarum  monetae 
currentis  semel  solvendarum,  quod  quidem  pratum  [pro 
pactum  seu  pretium]  et  intraggium  confessus  fuit  et  reco- 
gnovit se  habuisse  et  realiter  récépissé  et  ipsum  Joannem 
praesentem  solvit  et  quittavit,  cum  pacto,  etc.  (sic)  et  quod 
de  praemissis  se  divestiverat  et  ipsiim  investiverat,  et  per 
praefatum  dominum  Eleemosinarium  investiri  voluerat, 
eidemque  supplicaverat  quatenus  dictam  arrendationem  lau- 
daret  et  confirmaret,  et  ipsum  de  praemissis  investiret  et 
investire  vellet,-  quia  erat  praesto  et  paratus  facere  deverium 
suum. 


—  403  — 

Et  qui,  inquam,  dominus  eleem.  audila  requesta,  eandem 
arrendationem  modo  praedicto  factam,  laudavit  et  ratificavit, 
etc et  ipsum  Joannem  Penel  de  prsemissis,  tamquam  do- 
minus fundalis  eorundem  investivit  per  traditionem  notulse 
arrendationis,  jure  suo  et  quolibet  alieno  semper  salvis,  et 
salvis  sibi  censibus,  redditibus,  aliisque  juribus  ad  causam 
praemissorum  debitis,  et  recognovit  habuisse  cappissolidum 
et  laudimiencium  et  jus  investiturae  pro  prsemissis  débita  et 
eundem  Joannem  presentem  solvit  et  quittavit  cum  pacto,  etc. 

Et  ibidemmet  ipse  Joannes  Penel  de  Cendriac  gratis,  etc. 
confessus  fuit  et  recog.  se  tenere  à  dicto  elee.  prœs.  tanquam 
à  dno  juridiquo,  fund.  et  direc.  dictam  sextam  partem  ipso- 
rum  mansorum  superiùs  confrunt.  et  se  debere  anno  quolib. 
et  perpet.  census  et  reddit.  ad  causam  ejusdem  debitos  et 
consuetos  et  quos  solvere  promisil  et  convenit  lerminis  et 
pactis  debitis  et  consuetis  sub  obligat.  et  hypotheca,  etc., 
renuntians,  etc.,  juri,  etc.,  comp.  noluerunt,  etc. 

De  quibus  praemissis  ipse  Joannes  Penel  petiit  pro  se,  et 
dictus  dominus  expensis  dicli  Joannis  etiam  petiit  instru- 
mentum  et  eorum  quilibet.  Datum  pro  copia  extrada  ab 
originali  notula  receptum  per  B.  Solerii,  r. 


29  janvier  1528.  Les  tenanciers  del  Trecht  (Chanac)  ont  été 
condamnés  par  sentance  du  séneschal  au  siège  de  Tulle, 
à  cause  du  tènement  de  Jos  (Chariâc),  à  payer  2  sestiers 
seigle,  une  eymine  d'orge,  une  de  froment  à  petite  mesure 
de  Tulle,  4  sesliers  avoine  à  bonne  mesure  de  Tulle  et 
32  s.  ts.  d'argent  et  2  gelines  de  annuelle  et  perpétuelle 
rente.  [Je  résume.] 

10*  déc.  1529.  Sentence  dud.  sénéch.  condamnant  ceux  de 
Bessas  (Espagnhac)  à  payer  in  futurum  aud.  aumônier  de 

rente  sur  Bessas à  petite  mes.  de  Tulle,  avec  dépans. 

2  septemb.  1529  contre  ceux  de  la  Chkse  (Chanac)  de  2  ses- 
tiers seigle,  sentence  donnée  à  la  cour  de  TAumonerie  tenue 


-  404  — 

au  village  de  Gendriac  (Chanac)  par  M.  Anth.  Agrafeuil, 
juge  d'icelle.  Est  écrit  au  papier  de  la  cour  de  lad.  jurid. 

21  mars  1529.  Contre  ceux  de  BouUse  (Corrèze),  par  le 
juge  de  Vantadour,  pour  payer  à  Taumôn.  4  cestiers  seigle, 
petite  mesure.  28  aoust  1556.  Contre  Jean  Pinhot  Chadabec, 
meusnier,  paroisse  S*-Germain-les-Vernias,  par  B.  de  Loyac, 
lient'  partie,  de  Tulle,  pour  payer  rente  4  cestiers  seigle, 
mesure  Tulîe,  à  l'aumo.  sur  le  Moulin  de  Chad&bec, 

14  juillet  1556.  Sentence  du  sénéc.  de  Tulle  contre  ceux 
d'Aujsière  (Rosiers)  pour  rente  sur  Auzière,  de  20  s.  ts.  à 
chaque  Noël,  et  continuer  in  futurum  avec  dépans  tels  que 
de  raison.  Signé  dud.  B.  de  Loyac. 

20«  fév.  1592  contre  Ant.  Dupuy,  dit  fort  espeix,  de  Tulle, 
par  le  juge  ordin.  de  Tulle,  rente  d'un  cestier  seigle,  mezure 
Tulle,  payab.  entre  les  2  fêtes  N.-D.  d'août  et  sept,  pour  un 
bois  assis  au  Charlat  (S*  Julien  de  Tulle). 

G.  de  Coderc^  commis  du  greffier. 

Compulsoire  du  livre  entier  dont  les  directeurs  raportent 
l'original  pour  justifier  que  les  rentes  sur  lesquelles  le  pré- 
vôt Rajaut  a  fondé  l'aumône  du  caresme,  de  40  cetiers  de 
seigle,  dans  l'acte  de  1216  ont  esté  toujours  joijes  par  l'au- 
monier  et  pour  justifier  que  les  mêmes  rentes  de  Bussières, 
d'Aubes,  de  Maugenès,  de  Rochepaluc,  de  la  Jutzia  et  de 
Longmànteil  sont  contenues  dans  ce  livre  comme  apparte- 
nant à  Taumonerie.  —  Cote  O. 


Déposition  à  Venquête  de  1671  (\). 

lo  Tutela  civitas  est  sita  in  parte  inferiori  provinciae 
Lemovicensis,  in  territorio  satis  fertili  respectu  montium 
circunstantium;  in  ea  fluunt  Cur7'etia  et  SoJanafluvii;  sunt 
in  ea  24,000  animarum,  aut  circiter,  et  sicut  episcopum  in 
spiritualibus  dominum  cognoscit,  ita  et  illi  subjacet  in  tem- 
poralibus;  hsec  scio  quia  in  ea  natus  sum  et  fui  educatus  et 

(1)  Papiers  Talin. 


—  405  — 

sum  cadonicus  in  Ecclesia  cathedrali  Sancto  Martino  Turo- 
nensi. 

2^  Episcopo  dedicata,  arte  magniôca  sedificata,  et  inter 
alias  regni  cathédrales,  insigni  mememorata  (sic),  in  qua 
Dovemdecim  sunt  a{(ana  bene  ornata  in  quibus  singulis 
diebus  ut  plurimum  sacra  mysteria  celebrantur;  multis 
tamen  indiget  reparationibus,  tum  quia  est  antiqua,  tum 
quia  valdé  pauperes  sunt  illius  ministri  ;  fornix  multis  in 
locis  ruinae  proxima  est,  sicut  et  clsLUStrum  et  refectorium  : 
campanilis,  pyramidœ  admirandae  eletationis  super  4  co- 
lumnas  promptissima  indiget  reparatione,  sine  qua  opus 
illud  (arlis  miraculum  existimatum)  brevi  ruens  civitatem, 
imo  regnum  maximo  privabit  ornamento.  Libri  cantus  et 
ornamenta  deficiunt  et  numéro  et  qualitate.  Haec  scio  quia 
vidi. 

3**  Bituricensis  archiepiscopatus  suffraganea  est  eclesia 
Tutelensis,  hoc  scio  :  1®  quia  legi  ;  2®  quia  dum  vocat  suffra- 
ganeos  archiepiscopus  Bituricensis  ad  deliberandum  de  ne- 
gotiis  cleri  et  ad  eligendum,  unum  ex  primo  ordine,  alte- 
rum  ex  secundo,  qui  deputentur  ad  Comitia  Cleri  Gallicani 
vocatur  episcopus  Tutelensis;  3^  quia  sententiae  officialis 
ordinarii  Tutelensi,  per  appellationem  devolvuntur  ad  ar- 
chiepiscopum  Bitur.  quemadmodum  ego  vidi. 

4^  In  dicta  ecclesia  4  dignitates  existunt,  quarum  una 
decanatus,  que  est  major  post  pontificalem,  alia  autem  prae- 
positatus  quœ  secunda,  alia  thesauraria  loco  sacristae  quae 
tertia,  quarta  denique  cantoria,  cuilibet  earum  annexa  est 
praebenda.  Sunt  insuper  12  canonicij  qui  modicos  mensâe 
capitularis  fructus  cum  4  dignitatibus  praedictis  simul  divi- 
dunt,  excepto  quod  decanus  duplici  gaudens  praebenda  du- 
plicem  accipit  portionem. 

Unicum  est  propriè  beneficium  in  inferiori  (ut  vocant), 
choro,  quod  t^icaria  S.  Benedicii  nominatur;  illius  titularis 
officiis  diurnis  et  nocturnis  interesse  tenetur  :  non  sic  de 
multis  ejusdem  ecclesise  (olim  abbatialis)  sive  offlciariis  sive 
beneficiariis,  nuUus  enim  illorum  ex  quo  ex  regularibus 
facti  sunt  saeculares  divinis  officiis  interesse  tenetur. 


-  406  — 

Hœc  sunt  nomina  eorura  quorum  nunc  recordor,  iofficia^ 
olim  et  adhuc  claustralia  nuncupata,  eleemosinaria  scilicet, 
cameraria,  infirmaria  et  celeraria.  6  prœpositatus  :  de  Va- 
letta,  de  CapelJa  8.  Joannis  de  Genesta,  de  Navis,  de  Gler- 
gorio,  de  Seilliaco,  de  Planis. 

12  prioratus  :  de  Rupe,  de  Liloo,  de  Bougayrous,  de 
Ussaco,  de  S.  Clémente,  de  Guzancia,  d'Autoy,  de  Meyri- 
niaco,  de  Floiraco,  de  Banieiris,  de  Meyssaco.  de  Gapella- 
TEspinassa,  quibus  nulla  animarum  cura,  nisi  per  vicarios 
perpétues  ;  qusedam  capitule  sunt  unita. 

Est  alia  vicâria  domini  Ademari,  quorum  omnium  titu- 
lares  (servi  veré  inutiles)  ecclesise  substantia  pingues  facti, 
pauperrimos  irrident  Ganonicos,  servosque  suos  vocant,  dum 
pondus  et  aestus  eclesiae  sustinent,  divinis  offîciis  sine  adju- 
torio  magno  cum  iabore  vacando  :  durum  enim  est  et  inau- 
dilum  ecclesiam  cathedralem  cernere  amplis  reditibus  fun- 
dalam  à  praefatis  beneûciariis  destitutam  qui  bonis  ejus 
utuntur  nihilque  servitii  illi  prsestant,  dum  parvus  ille 
numerus  16  canonicorum  quantate  (sic)  potest  assiduitate 
ministrat,  verùm  quia  non  respondet  splendori  tantœ  eccle- 
siae  defectus  beneficiariorum,  vicariorum,  vel  sacerdotum  in 
ea  ministrantium,  sanctissimus  Papa  Julius  3  decrevit  in 
buUa  data  Romae,  apud  S.  Petrum,  8  calend.  martii,  ponti- 
ficatus  anno  I.  ut  mensse  capitulari  qusedam  bénéficia  uni- 
rentur,  quorum  fructus  applicarentur  partim  16  canoniciSi 
partim  4  aliis  canonicis  instituendis,  hebdomadariis  nuncu- 
pandis,  12  vicariis  manualibus,  et  6  pueris  chorealibus  cum 
eorum  magistro,  qui  omnibus  horis  canonicis  et  Missis 
majoribus  interesse  tenerentur,  quse  incepta  nondum  per- 
fecta,  facienda  incumbunt  episcopo  designato  :  intérim 
bedellum  habent  praesbyterum  et  4  alios  praesbiteros  vica^ 
nos  de  Sanct  Marsal  vulgo  appellatos. 

Prima  dignitas  post  pontificalem  est  decanatus,  cui  an- 
nexus  est  praepositatus  de  Marquelatour;  reditus  illius  cum 
duplici  prsebenda  non  excedit  1000  libras.  Prsepositatus^ 
secunda  dignitas,  cum  praebenda,  circiter  2000  libr.;  thesau- 
raria  cum  praebenda  et  emolumentis  sacristœ  octingentas 


—  407  — 

libr.;  cantoria  quae  est  quarta  et  ultima  dignitas  annezum 
habet  prioratum  A'Auriolt  cum  quo  et  prœbenda  septin- 
gentas  libras  redditus  annui  percipit. 

12  canoaici  vix  habent  200  libr.  pro  quolibet,  nec  suffi- 
ciunt  pro  média  anni  parte  :  vicaria  S.  Benedicti  100  lib.  ad 
summum;  bedellus  60  1.;  4  vicarii  de  Sanct  Marsal  debent 
habere  pro  singulis  eorum  75  lib.;  ex  12  prsebendis  una  est 
theologalis;  pœnitentiaria  ûulla  est. 

5*  Neque  in  ea  exercetur  cura  animarum,  neque  est  fons 
baptismalis. 

6®  Tenuem  habet  supellectilem  in  sacrario,  3  tantum 
calices  argenteos  modici  valoris,  dalmaticas  paucas,  âI6âs 
nullas,  circiter  20  casulas  vetustate  et  longo  usu  laceratas, 
quarum  aliquae  sunt  ex  CamelottQ,  pluvialia  ex  damasceno 
serico,  sed  non  in  sufficienti  quantitate  pro  omnibus,  nec 
sunt  nigri  coloris,  neque  violacei  ornamenta  necessaria,  qui- 
bus  maxime  indiget  ecclesia  sicut  plurimis  rébus  aliis  ad 
divinum  cultum  pernecessariis  :  quorum  habet  amplum  et 
peristromatis  ornatum  sed  non  sanctuarium  quod  valde  de- 
deret  (dedecet)  augustissimum  templi  locum  esse  sine  orna- 
mento  :  fuit  organum^  locus  et  ligna  adhuc  rémanent,  sed 
organa  desunt.  Campanile  habet  admirandum,  et  campanas 
magnitudine  et  harmonia  maxime  laudatas.  Cœmiienum 
reliquit  parochiœ  vicinae.  Haec  scio  quia  vidi. 

7<>  Sunt  in  ea  corpora  4  sanctorum  in  thecis  argenteis 
religiosé  asservata,  primum  est  S.  Ciari,  martyris,  cujus 
caput  in  theca  argentea  peculiari  reclusum  septimo  quoque 
anno  publiée  exponitur  veneratioui  populorum,  qui  ex  lon- 
ginquis  regionibus  religionis  ergo  conveniunt;  secundum 
corpus  est  S .  Laudi ,  episcopi  Gonstantiensis  ;  tertium 
S.  Baumadi,  confessoris;  quartum  S.  Lyphardi. 

Praeter  illa  sunt  reliquise  multae  in  minoribus  thecis 
reconditae.  Sunt  adhuc  3  cruces,  quarum  prima  est  aurea 
lapidibus  pretiosis  et  praecipué  saphiro  nuce  majori  insi- 
gnito;  secunda  crux  est  ex  cristallo;  tertia  vero  ex  jaspide, 
bis  aut  ter  tantum  in  anno  illis  utitur  capitulum.  Hœc  scio 
quia  vidi. 


—  408  — 

8'  Palatium  habet  episcopus  salis  amplum,  ecclesiae  ad- 
jacens,  ab  ultimo  episcopo  reparatum,  et  haec  vidi. 

9«  Redditiis  mensx  episcopalis  10,000  lib.  annuatim  vix 
exccdit.  Constat  dominio  civitatis,  4  furnis  in  eadem  civi- 
tate,  4  beneficiis  annexis,  nempe  abbatia  Rupis  Âmatoris  in 
Cadurcensi  diœcesi,  praepositatibus  de  Aquina,  S.  Ferreola 
et  de  Veyraco.  Tenetur  quolibet  anno  soivere  capitulo  Tutel- 
lensi  sexcentas  et  quinque  libras,  7  asses  et  1/2,  pro  parte 
pensionis  canonicorum  :  300  libr.  pro  reparatione  ecclesiae, 
150  1.  pro  2  pueris  chorealibus  et  eorum  magistro  et  alia 
quorum  non  recordor. 

10^  2  sunt  eclesiae  parochiales,  quaelibet  illarum  habet 
fonlem  baptismalem.  In  prima  S.  Petro  dicata,  sunt  30  sa- 
cerdotes,  et  in  secunda  6.  Juliano  dicata,  sunt  50  sacerdotes, 
4  sunt  monasteria  virorum,  primum  et  maximum  est  RecoZ- 
leciorum,  ordinis  S.  Francisci;  secundum  Patrum  societatis 
Jesu,  qui  600  juvenes  soient  in  coUegio  suo  docere;  tertium 
est  patrum  Fulliensium;  quartum  est  Patrum  Carmeli- 
tarum  discalceatorum. 

5  sunt  monasteria  mulierum  :  primum  est  monialium 
S.  Ursulspf  quae  docent  adolescentulas  ;  secundum  est  ordi- 
nis S.  Francisci  beatae  Clarse  dicatum;  tertium  ordinis 
S.  Bemardi;  quartum  Visitationi  B.  Mariœ  dedicatum  ; 
quintum  denique  S.  Benedicto.  Nulla  eclesia  coUegiata.  Duae 
sunt  confraternitates  pœnitentium  et  1  hospitale;  non  est 
Mons  pietatis.  Haec  vidi  et  audivi. 

11^  Ad  10  leucas  extenditur  longitudo  diœcesis,  latitudo 
ejus  est  mullo  minor  ;  4  habet  civitates  :  Tutelam  scilicet, 
Argentacum,  Curreiiam  eiAquinam,  Aliquas  supra  50  habet 
parrochias.  Haec  vidi  et  audivi. 

12®  Non  est  in  ea  erectum  seminarium,  eadem  causa 
scientiae. 

13®  Scio  ecclesiam  Tutelensem  vacare  per  demissionem 
reverendissimi  et  illusirissimi  D.  D.  Ludovici  de  Rechigne- 
voisin  de  Guron,  ultimi  episcopi  factam,  die  8  januar.  anni 
praesen.  1671,  ut  ab  ipsomet  sicut  et  ab  aliis  audivi. 


—  409  — 

I 

(Sans  titre  ni  signature;  sur  papier  libre;  écriture  du 
temps.) 


Factum  des  unions  pour  Messieurs  du  Chapitre  (i). 

Le  faict  est que  le  monastaire  bénédictin  de  Tulle 

ayant  été  érigé  en  evôché,  ses  religieux  demeurèrent  rei- 
guliers,  et  l'évôché  toujours  séculier  comme  est  encores. 
Ensuitte  de  ce  et  en  1514  Louis  XII  auroit  supplié  Léon  X 
de  voUoir  séculariser  le  monastaire  et  relligieux  tout  ainsin 
que  Tabbé  auroit  esté  sécularisé.  Ledit  pape  auroit  concédé 
ses  bulles  de  sécularisation  avec  délégation  et  commission 
ad  partes.  Sur  Texécution  desquelles  bulles  se  seroit  rendu 
opposant  ung  nommé  M*  Annet  Joubert,  lors  prieur  clostral. 

Quoy  nonobstant  le  commissaire  exécuteur  de  la  bulle 
Tauroit  fulminée  et  exécuté  le  rescript  de  sécularisation.  En 
conséquence,  les  relligieux  y  auroient  délaissé  leurs  fros  et 
habits  réguliers  et  prins  les  habits  des  Chanoines  séculiers 
qu'ils  ont  gardé  despuis. 

D'où  procédures  au  parlement  de  Bourdeaux  et  Conseil  du 
Roy,  sur  l'opposition  de  Joubert,  jusqu'à  son  décès,  1547. 
Après  lequel  l'évêque  et  chappitre  se  seroient  adressés  à 
Henri  II,  et  la  mesme  année  lui  auroit  représenté  qu'à  la 
supplication  de  feu  Louis  XII  ils  auroient  obtenu  ledit  res- 
cript, à  l'exécution  duquel  Joubert  s'estoit  opposé  seulle 
partie  en  ceste  cause. 

Et  auroient  l'évêque  et  chapitre  demandé  qu'il  pleust  à 
Sa  Majesté  déclairer  lad.  église  séculière.  A  quoy  inclinant 
elle  donne  ses  lectres  patantes,  y  déclairant  avoir  faict  voir 
à  son  conseil  le  rescript  et  autres  pièces,  et  n'y  avoir  rien 
treuvé  contrevenir  aux  sainctz  décrets  et  privillèges  de  Tei- 
glise  gallicane,  mandant  à  ses  procureurs  généraux  de  Tho- 
louse  [pour  les  biens  quercynois]  et  Bourdeaux,  dans  le 

(t)  Je  résume  cette  pièce  Talin,  d'environ  1600,  sans  date  ni  signa- 
ture. 


—  410  — 

I 

ressort  desquelz  est  scitué  le  monastaire  et  bénéffices  en 
deppendans,  qu'il  entend  et  veult  que  Tegl.  calhéd.  de  Tulle 
soict  servie  par  personnes  séculières,  selon  Bulle  de  Léon  X, 
et  que  sillence  perpétuelle  leur  soict  imposée  et  qu'ils  ayent 
à  requérir  la  publication  desd.  lettres. 

Le  rescrit  publié  et  enregistré  à  Thoulouse  sans  aulcun 
contredict  trouva  opposition  (seconde)  au  parlement  de  Bor- 
deaux, qui  nonobstant  vériffîa  lesd.  lettres  patantes  sans 
préjudice  desd.  oppositions,  pour  lesquelles  il  renvoya  les 
parties  pardevant  le  sénéchal  de  Lymosin. 

Durant  la  poursuitte  et  avant  faire  vuider  les  oppositions, 
l'évoque  et  chappitre  prient  Henry  H  volloir  supplier  Sa 
Saincteté  d'unir  tant  à  la  Table  épiscopalle  que  capitulaire, 
certains  bénéf.  simples  de  leur  Église,  fondés  sur  le  peu  de 
revenu  d'icelle  et  sur  ce  que  les  chanoines  servans  ne  jouis- 
soient  que  de  simples  portions  monacales,  insuffisantes  à 
leur  entretènement,  veu  mesme  la  dignité  où  ils  estoient 
constitués,  et  d'ailleurs  que  par  la  Bulle  de  sécularisation 
ils  auroient  institué  12  vicaires  portés  par  icelle,  qui  y  fai- 
soient  journellement  le  service  divin,  estans  estipandiés  sur 
les  dictes  portions  monacales,  qui  leur  venoit  à  grand  pau- 
vreté. 

Pol,  papCi  inclinant  à  la  supplication  d'Henry  2*,  auroit 
uny  plusieurs  bénéf.  simples  tant  à  la  mense  épisc.  que  ca- 
pitulaire, et  ce  tant  per  cessum  quant  decessum.  Lesquelles 
bulles  auroient  esté  deslivrées  soubz  lé  siège  de  Julie,  J548. 
[Tous  ces  conditionnels  valent  du  certain.]  Sur  leur  exécu- 
tion se  rendirent  appellans  comme  d'abus  aulcuns  cwnmen- 
dataires  pourveus  des  dicts  bénéf.  unis  et  tant  feust  procédé 
que  toutes  parties  feurent  renvoyées  au  parlement  de  Paris; 
devant  lequel  les  appellans  voyans  ne  pouvoir  empescher 
que  la  Bulle  d'union  ne  sortist  son  plein  effect,  se  vont 
adviser  de  s'attacher  à  la  bulle  de  séculari.  et  demandent 
à  estre  subrogés  audict  feu  Joubert.  A  quoy  ils  feurent 
receus  appuyés  de  l'authoritté  du  feu  s'  Président,  de  Rouf- 
finhac  et  de  Miliars,  conseiller  au  Grand  Conseil,  qui  jouis- 
soient  de  quelques  bénéf.   unis,   bien  que   Joubert  feust 


f 


-  411  - 

relligieux  quand  vivoict  et  qu'eux  ne  feusent  que  Commen- 
dataires. 

Estant  doncques  subrogés,  se  rendent  appellans  de  la  vé- 
rifiBcation  et  publication  desd.  patantes  d'Henry  2*  pour 
empescher  Tunion,  en  en  détruisant  le  fondement  qui  estoit 
la  sécularisation.  Les  parties  -plaident  au  long  là  dessus, 
escripvent  et  produisent  de  part  et  d'autre.  Enfin,  1561,  le 
parlement  de  Paris,  gens  du  roy  ouys,  déclare  bien  recep- 
vables  les  bénefficiers  particuliers  opposants  à  publicat.  des 
patantes,  et  nonobstant  icelles,  déclaire  abusives  l'exécution 
et  fulmination  des  Bulles  de  sécularis.  et  d'union,  et  pour 
le  surplus  des  autres  appellations  interjetées  comme  d*abus, 
la  Céur  met  les  parties  hors  de  cour  et  de  procès. 

Quelques-uns  ont  escript  que  les  Bulles  avoient  esté  cas- 
sées, mais  cella  n'est  pas,  c'est  seullement  l'exécution.  Après 
lequel  Arrest,  qui  ne  se  treuve  pas,  ny  mesme  la  dicte  pro- 
cédure, le  chappitre  présente  Requette  Civille  qui  feust 
signiffiée  à  toutes  parties,  lesquei^  consantirent  par  leurs 
responces  et  procurations  expresses  à  la  sécul.  mais  non  pas 
à  l'union,  qu'ils  ûssent  vollontiers  accordée  per  decessum, 
en  retranchant  la  clause  per  cessum  (1). 

Le  dict  Arrest  n'ayant  jamais  esté  ny  levé  ny  mis  au 
greffe,  l'église  de  T.  a  toujours  demeuré  séculière,  tous  ses 
bénéf.  lorsqu'ils  ont  vacqué,  soit  par  résignation,  par  mort 
ou  autrement,  ont  esté  comférés  in  titulum  à  des  séculiers 
et  sont  encore  remis  soubs  mesme  tiltre  sans  contestation 
quelconque,  et  le  Roy  a  jouy  sur  cet  évesché  du  droit  de 
régalle  et  maintenu  les  nommés  par  arrest  de  parlement  de 
Paris. 

A  présent  le  chappitre  désirant  reprendre  la  poursuitte 
des  unions,  demande  s'il  sera  expédiant  résumer  le  procès 
de  lad.  requette  civille,  ou  s'il  faudroit  recourir  à  aulcunes 
expéditions  des  cours  de  Rome  pour  valider  les  précédentes 
—  ou  bien  d'obtenir  Lettres  du  Roy  pour  procéder  de  nou- 


(1)  Tous  ces  ergotages,  manigances  ou  tergiversations  nous  ont  paru 
savoureuses,  utiles  môme  à  connaître. 


—  412  — 

veau  à  Texécution  de  lad.  bulle  d'union,  taisant  lesdictes 
poursuittes  et  arrest,  attandu  qull  ne  se  treuve. 

Et  sy  le  Conseil  jugeoit  qu'il  y  eust  trop  de  contestation 
et  qu'il  falleust  de  grandz  frais  à  cause  des  parties  qui  s'y 
pourroient  opposer,  à  quoy  le  chapitre  ne  pourroit  fournir 
veu  sa  pauvreté,  il  se  contenteroict,  quant  à  prèsant,  d'ob- 
tenir l'union  desd.  bénéf.  vacquans  per  decessum,  retran- 
chant la  clause  per  cessum. 

Ils  ont  une  grande  raison  pour  eux  que  leurs  chanoines 
sont  de  fort  petit  revenu,  duquel  ils  n'ont  moyen  de  vivre  et 
fere  le  service  et  résidence  qu'ils  doibvent  en  lad.  église, 
leur  qualitté  en  estant  mesprisée,  et  veu  l'Ordonnance  d'Or- 
léans et  Bloys  favorisans  les  unions,  et  mesme  que  le  Colla- 
teur  desd.  bénéf.  ne  s'y  oppo(seoit  ?)  pas  et  encore  y  a  divers 
préjugés  en  faveur  des  egl.  cathéd.  de  ce  royaulme,  mesmes 
dans  la  primace  de  Bourges,  comme  Sarlat  et  autres;  et 
d'ailleurs  que  l'union  doibt  de  nécessité  suivre  la  sécula- 
risation de  lad.  église  pour  pouvoir  entretenir  le  nombre 
des au  cœur  d'icelle. 

Plaira  au  Conseil  de  donner  advis  sur  le  tout. 


Factum  pour  Vévêque  de  Tulle  contre  celui  de  Cahors; 
après  1633  (vers  1650),  [abrégé]. 


J.-B.  Champeval. 
(A  suivre.) 


UN   SOLDAT   DE   L'AN  I 

Pierre   LALANDE 


Lorsqu'après  la  campagne  de  1792,  les  éclaireurs 
de  Tannée  de  Custine^  ayant  franchi  la  frontière  à  la 
suite  de  l'ennemi  qui  battait  en  retraite,  s'avancèrent 
dans  le  Palatinat,  ils  trouvèrent  sur  une  porte  ces 
mois  inscrits  à  la  craie  :  Adieu,  braves  Français  !  Ce 
qui  va  suivre  n'est  qu'une  courte  notice  concernant 
un  des  bons  soldats  qui  méritèrent  cet  hommage,  et 
qui,  formés  par  les  cadres  solides  de  l'ancienne  armée 
royale^  mieux  que  les  volontaires  peu  disciplinés  de 
1792,  arrêtèrent  l'invasion  austro-prussienne. 

Pierre  Lalande  était  né  à  Brive  le  9  novembre  1763. 
Il  était  le  septième  des  treize  enfants  de  Libéral- 
Martin  Lalande,  négociant  en  draps,  dit  Lalande  de 
la  Place,  et  de  Marguerite  Sigalas.  Le  14  décembre 
1787,  il  s'était  engagé  au  1*'  régiment  de  carabiniers. 

Les  deux  régiments  de  carabiniers  formaient  alors 
brigade  dans  le  commandement  des  Trois-Evêchés. 
Leurs  garnisons  étaient  en  Alsace  et  en  Lorraine^  avec 
dépôt  à  Metz.  Ils  constituaient  un  corps  d'élite.  On  les 
considérait  comme  les  grenadiers  des  troupes  à  che- 
val. Le  1*'  régiment  avait  pour  lieutenant-colonel  un 
officier  Limousin  de  beaucoup  de  distinction  et  d'une 
parfaite   bienveillance,   le   marquis   Urbain-Pierre- 

T.  XXX.  4-2 


—  414  —  . 

Louis  de  Lasteyrie  du  Saillant,  gendre  du  marquis 
d'Aubery,  seigneur  de  Saint-Julien-Maumont.  Lors- 
qu'éclata  la  Révolution,  les  officiers  émigrèrent  en 
grande  partie  :  les  soldats  et  les  sous-officiers,  dont 
l'avancement  était  mieux  assuré  par  le  nouvel  ordre 
de  choses,  se  prononcèrent  énergiqueraent  en  faveur 
des  idées  qui  se  propageaient.  On  a  manifestait  x)  alors 
de  toutes  manières  dans  les  régiments.  Lauzun-hus- 
sards  criait  :  a  Vive  le  roi  !  Au  diable  la  nation  !  » 
Les  hussards  de  Saxe  devaient  suivre  leurs  officiers 
dans  rémigration.  Au  contraire,  à  Strasbourg^  les 
carabiniers  allaient  au  club  des  Amis  de  la  Constitu- 
tion. Ils  y  juraient  de  mourir  pour  la  patrie.  «  Si 
nous  avons  ce  bonheur,  déclarait  le  carabinier  Hugue- 
nin  en  juillet  1791,  nos  froides  cendres  ne  cesseront 
de  répéter  en  leur  langage  muet  :  nous  sommes  les 
restes  d'hommes  qui  ont  vécu  et  combattu  pour  la 
liberté  et  qui  ont  été  martyrs  pour  établir  son  règne  : 
suivez  leurs  traces.  »  En  janvier  1792,  le  carabinier 
Cariet  offrait  à  la  Société  des  Amis  de  la  Constitution 
le  sixième  de  sa  paie,  et  il  ajoutait  :  (c  II  viendra,  ce 
jour  heureux,  où  le  Français  reprendra  son  audace  et 
sa  noble  fierté  ;  il  s'armera  pour  exterminer  le  des- 
potisme.  Qu'il   s'arme,  qu'il   porte  dans  le  camp 
ennemi  la  mort  et  l'effroi  !  Je  sacrifierai  volontiers  ma 
vie  pour  seconder  ses  efforts  guerriers.  Vivre  libre  ou 
mourir,  c'est  le  cri  unanime^  et  les  carabiniers  n'au- 
ront jamais  d'autres  sentiments.  » 

Les  représentants  applaudissaient  ce  langage  tenu 
par  de  simples  soldats  et  où  apparaît  un  reflet  de  l'élo- 
quence enflammée  de  Vergniaud.  Nous  devons,  écri- 
vaient les  commissaires  de  l'Assemblée  législative. 


—  415  - 

Prieur  de  la  Marne,  Carra  et  Sillery,  rendre  particu- 
lièrement justice  au  "civisme  pur  des  carabiniers  :  ils 
ont,  des  premiers*,  crié  :  Vive  la  nation  !  Vive  la  liberté 
et  l'égalité!  Ces  sentiments  n'étaient  pas  partagés  par 
toute  la  cavalerie,  et,  se  plaçant  à  divers  points  de 
vue,  le  9  août  1793,  Bouchard,  commandant  en  chef 
l'armée  du  Nord,  demandait  qu'on  lui  envoyât 
a  l'étonnant  régiment  des  carabiniers  de  l'armée  de 
la  Moselle.  j> 

Lorsqu'éclate  l'insurrection  militaire  de  Nancy,  en 
1790,  les  carabiniers  obéissent  tout  d'abord  aux  ordres 
du  maréchal  de  camp  de  Malseigue,  qui  veut  une  ré- 
pression vigoureuse  ;  ils  chargent  et  dispersent  les 
mutins  du  régiment  Mestre-de-Camp.  Mais  ensuite 
ils  font  cause  commune  avec  les  soldais  rebelles.  Fina- 
lement, après  la  mort  héroïque  du  jeune  Desilles, 
qui  s'est  interposé  entre  les  combattants,  ils  viennent 
à  résipiscence  et  se  soumettent  au  général  de  Bouille, 
qui  leur  témoigne  plus  d'indulgence  qu'aux  Suisses 
de  Château  vieux. 

En  1792,  au  moment  de  la  déclaration  de  guerre 
à  l'Autriche,  Pierre  Lalande  était  brigadier-fourrier. 
Son  régiment  fut  incorporé  à  la  réserve  de  l'Armée  du 
Centre,  rassemblée  sous  Metz  au  camp  de  Frescaty, 
aux  ordres  du  maréchal  de  camp  Valence  (1),  le  gen- 
dre de  M"*  de  Genlis,  lequel  était  placé  sous  le  com- 
mandement supérieur  de  Kellermann. 

Dès  le  début  des  opérations,  les  carabiniers  eurent 

(1)  Cyrus  de  Timburne-Timbroune,  comte  de  Valence,  né  à  Agen  le 
20  août  1757,  colonel  de  Chartres- Dragons,  puis  lieutenant-général, 
pdr  de  France,  mort  à  Paris  le  4  février  1822,  fut  Tun  des  meilleurs 
généraux  de  la  Révolution  et  de  l'Empire.  «  Valence,  a  dit  Napoléon, 
fut  très  bien  ;  il  fut  national. 


-  416  - 

à  échanger  des  coups  de  sabre^  soit  avec  les  hussards 
autrichiens  de  Waldeck  et  de  Hohenlohe-Kirchberg, 
soit  avec  la  cavalerie  des  émigrés*  venue  de  Thion- 
ville  qu'assiégeaient  les  Princes.  Dans  les  rangs  de 
cette  dernière  combattaient  deux  officiers,  originaires 
de  Brive,  que  le  jeune  Pierre  Lalande  avait  certaine- 
ment vu  venir^  dans  sa  ville  natale,  de  TAlsace,  où, 
comme  lui,  ils  avaient  tenu  garnison.  C'étaient  les 
neveux  du  subdélégué  de  Tintendance  de  Limoges, 
MM.  Raymond  et  Marc  de  Salés,  Tun,  ancien  capi- 
taine dans  Royal-Cavalerie,  chevalier  de  Saint-Louis^ 
devenu  à  Coblentz  brigadier  des  mousquetaires  lors 
de  la  reconstitution  de  la  Maison  du  Roi  ;  l'autre,  an- 
cien capitaine  aux  hussards  de  Chamborant,  servant 
alors  comme  simple  maître  ou  cavalier  sous  le  mar- 
quis de  Jaucourt(l),  à  l'escadron  d'avant-garde  Cham- 
borant et  Lauzun. 

Le  31  août  1792,  une  attaque  ou  plutôt  une  recon- 
naissance du  prince  de  Waldeck  sur  Ladonchamp  et 
la  Maison-Rouge  fut  repoussée.  Les  carabiniers,  avec 
le  surplus  du  corps  de  Valence,  furent  alors  dirigés 
sur  l'Argonne  pour  renforcer  l'armée  de  Dumouriez 
qui  barrait  la  route  de  Paris.  Ils  devaient,  avec  une 
partie  des  troupes  de  Kellermann,  prendre  la  pre- 
mière place  dans  cette  armée  et  essuyer  devant  le 
tertre  de  Valmy  le  premier  choc  d'un  ennemi  formé  à 
l'école  et  suivant  les  méthodes  du  gr;and  Frédéric. 

A  la  veille  du  20  septembre,  Kellermann  plaça  le 
corps  de  Valence  sur  la  hauteur  de  la  Lune,  en  avant 
de  la  position  de  Valmy. 

(1)  Le  beau  Jaucourt.  Gomme  il  était  très  grand  et  très  pftie,  on 
rappelait  Glair-de-Lune  (d'Allonville,  Mémoires  secrets). 


-  417  — 

Quand  s'engagea  la  fameuse  canonnade,  dont  Técho 
devait  se  prolonger  dans  toute  l'Europe,  les  carabi- 
niers étaient  là,  formant,  avec  quatre  bataillons  de 
grenadiers  et  des  détachements  de  dragons,  une  masse 
immobile,  imposante. 

Au-dessous  d'eux  et  vers  eux  s'avancèrent  en  pre- 
mière ligne,  dans  le  brouillard  de  la  vallée,  les  esca- 
drons des  cuirassiers  de  Weimar,  dans  les  rangs  des- 
quels le  grand  poète  allemand,  Gœthe,  avait  pris 
place,  «  galopant,  selon  ses  propres  expressions,  dans 
le  gris  et  dans  l'inconnu.  »  L'artillerie  de  Valence, 
tirant  à  toute  volée  au  lever  du  soleil,  fit  reculer  ces 
manteaux  blancs.  Mais,  immédiatement,  les  batteries 
prussiennes  ripostèrent,  et  le  feu,  de  part  et  d'autre, 
devint  extrêmement  vif. 

Les  carabiniers  français,  d'après  ce  qu'a  rapporté  le 
prince  de  Massau-Siegen,  n'en  éprouvèrent  pas  le 
moindre  désordre.  L'un  d'eux,  un  officier  égaré  dans 
le  brouillard  et  fait  prisonnier,  fut  amené  au  roi  Fré- 
déric-Guillaume et  tout  l'état-major  prussien,  d'après 
les  récits  des  officiers,  admira  sa  haute  taille,  avec  sa 
figure  martiale  ombragée  du  bonnet  à  poil  (1). 

Ce  fut  seulement  à  une  heure  assez  avancée  dans 
la  matinée,  qu'après  avoir  couvert  les  mouvements 
par  lesquels  Kellermann  prenait  ses  positions  de  com- 
bat, tout  le  corps  de  Valence,  grenadiers,  dragons, 
carabiniers  et  canon niers,  se  replia  sur  le  gros  de 
Tarmée. 


(1)  Royal-Allemand,  le  premier  des  régiments  de  cavalerie,  avait 
porté  le  bonnet  à  poil.  Lors  d'une  inspection  à  Metz,  Monsieur,  comte 
de  Provence,  colonel-général  des  carabiniers,  fut  si  enchanté  de  cette 
coiffure  qu'il  la  fit  adopter  pour  les  carabiniers. 


—  418  — 

Dans  1  après-midi,  les  Prussiens  aperçurent  de 
nouveau  les  carabiniers  dans  la  plaine.  Les  boulets 
s'enfonçaient  autour  d'eux  dans  la  boue  qu'ils  fai- 
saient jaillir  de  tous  côtés  (1).  Les  ordres  de  Dumou- 
riez  étaient  de  se  maintenir  strictement  sur  la  défen- 
sive. Les  cavaliers  français  observaient  une  menaçante 
immobilité.  Quelques-uns  donnaient  tranquillement 
l'avoine  à  leurs  chevaux  ou  maintenaient  les  bêtes 
cabrées.  Derrière  eux,  les  musiques  françaises  jouaient 
le  Ça  ira  (2)^  et,  sous  la  pluie  de  fer,  s'élevait  le  cri 
de  :  Vive  la  nation  !  Le  généralissime  Brunswick  se 
tourna  vers  son  état-major  :  Voyez^  Messieurs,  dit-il, 
à  quelles  troupes  nous  avons  affaire  :  ces  Français 
attendent  que  nous  soyons  sur  eux  pour  monter  à 
cheval  et  nous  charger.  »  Dans  sa  correspondance, 
Kellermann  relate  également  que  les  carabiniers  fu- 
rent des  modèles  de  courage  et  de  tranquillité. 

On  sait  que  le  lendemain,  21  septembre^  Dumouriez 
et  Kellermann,  se  trouvant  trop  en  l'air,  prescrivirent 
un  mouvement  rétrograde.  Les  carabiniers,  placés  à 

(1)  Gœthe  a  analysé  d'une  façon  bien  curieuse  ses  impressions  sur 
cette  canonnade  :  «  Le  bruit  qu'ils  font,  a-t-il  écrit,  parlant  des  bou- 
lets, est  bizarre  :  on  dirait  à  la  fois  le  bourdonnement  d'une  toupie, 
le  bouillonnement  de  Teau  et  la  voix  flûtée  d'un  oiseau.  Bientôt  je  pus 
remarquer  qu'il  se  passait  en  moi  quelque  chose  d'extraordinaire, 
mais  je  ne  puis  exprimer  que  par  des  images  la  sensation  que  j'éprou- 
vais. On  croit  être  dans  un  endroit  très  chaud,  et  il  semble  qu'on  se 
sente  entièrement  pénétré  de  la  même  chaleur  et  comme  en  parfaite 
harmonie  avec  l'élément  qui  vous  entoure.  Le  regard  ne  perd  rien  de 
sa  force  et  de  sa  netteté,  mais  le  monde  prend  pour  ainsi  dire  une 
teinte  rouge&tre  et  parait  absorbé  dans  cette  fournaise.  » 

(2)  Ce  fut  seulement  huit  jours  après  que,  Kellermann,  ayant  pro- 
posé de  chanter  un  Te  Deiem  à  la  cérémonie  organisée  pour  le  29 
septembre,  le  ministre  Servan  lui  répondit  que  la  mode  en  était  pas- 
sée, et,  pour  y  substituer  quelque  chose  de  plus  utile  et  de  plus  con- 
forme à  l'esprit  public,  lui  envoya  VHymne  des  MarseillaiSy  paroles 
et  musique,  «  qu'on  pouvait  chanter  solennellement  et  avec  la  même 
pompe  qu'on  eût  mise  au  Te  Deum.  » 


-  419  — 

l'arrière-garde,   furent  au   nombre  des  troupes  qui 
couvrirent  ce  mouvement. 

Le  29  septembre,  lorsque  commença  la  retraite  de 
Brunswick,  ils  suivirent  de  près  les  Prussiens.  La 
cavalerie  de  Valence,  après  avoir  repris  possession 
de  Verdun,  menaça  Tennemi  au  passage  de  l'Aisne  ; 
mais  sur  Tordre  formel  de  Dumouriez,  qui  avait 
engagé  des  négociations  secrètes  avec  le  général  prus- 
sien^ elle  neTattaqua  point.  Elle  se  contenta  d'inquié- 
ter sa  marche  et  de  faire  mine  d'un  enveloppement 
par  la  droite.  Les  ordres  ainsi  donnés  furent  amère- 
ment reprochés  par  CoUot  d'Herbois  et  Camille  Des- 
moulins à  Dumouriez,  lorsqu'avec  son  habituelle 
désinvolture,  il  se  présenta  au  Club  des  Jacobins  et 
vint  donner  l'accolade  au  président  Robespierre. 
L'excuse  du  général  diplomate  est  qu'il  espérait  déta- 
cher les  Prussiens  de  la  coalition.  «  On  ne  fauche 
pas  une  armée,  a-t-il  dit  pour  sa  défense  dans  ses 
mémoires,  comme  on  fauche  un  |)ré  :  les  Jacobins, 
passés  de  la  plus  grande  consternation  à  la  plus 
grande  insolence,  croyaient  qu'on  prend  une  armée 
avec  autant  de  facilité  qu'ils  assassinaient  un  aristo- 
crate dans  les  rues  de  Paris.  » 

Quoi  qu'il  en  soit,  les  Prussiens  ne  regagnèrent 
l'Allemagne  que  dans  le  plus  triste  état.  Un  grand 
nombre  succombèrent  aux  maladies  et  aux  fatigues 
de  la  retraite. 

A  la  suite  de  cette  première  campagne  à  l'Armée, 
dite  du  Centre,  Pierre  Lalande  fut  nommé  sous-lieu- 
tenant au  IS"'  dragons,  ci-devant  dragons  de  Fimar- 
<;on. 

C'était  assurément  bien  débuter.  Mais,  comme  on 


—  420  — 

le  verra  plus  loin,  il  n'était  pas  né  en  réalité  sous 
une  heureuse  étoile.  Sa  carrière  devint  dés  lors  dif- 
ficile, et,  malgré  de  beaux  états  de  services,  elle  fut 
marquée  par  une  série  de  déconvenues. 

A  la  date  du  28  février  1793,  son  père  écrivait  au 
citoyen  Lidon,  député  de  la  Corréze  à  la  Convention 
nationale  et  président  du  Comité  de  la  guerre,  pour 
lui  signaler  que  son  fils  n'ayant  pas  encore  reçu  son 
brevet  ne  pouvait  quitter  le  corps  des  carabiniers. 
d  La  saison  approche,  disait-il,  et  la  campagne  va 
s'ouvrir  :  jugez  du  désagrément  qu'éprouverait  mon 
fils  si,  par  la  lenteur  des  bureaux,  il  ne  pouvait  obte- 
nir ce  qu'il  désire  depuis  longtemps.  J'aime  à  me 
persuader  que  vous  ne  m'oublierez  point  et  je  suis, 
dans  cette  cruelle  attente,  votre  concitoyen  et  votre 
égal  en  droit,  d 

Le  4  mars  1793,  Lidon  signala  l'urgence  de  cette 
requête  au  Ministère  de  la  guerre.  Mais,  alors  même 
que  les  régimes  et  les  ministres  changent,  les  bureaux 
demeurent  ce  qu'ils  sont  :  une  lente  et  lourde  ma- 
chine. Ce  fut  seulement  le  6  mai  1793  que  le  sous- 
lieutenant  Pierre  Lalande,  en  possession  de  son  bre- 
vet, fut  reçu  au  13""*  dragons,  à  l'Armée  du  Nord, 
commandée  par  le  général  Dampierre.  Le  5  avril 
précédent,  après  la  fuite  de  Dumouriez,  le  maréchal 
de  camp  Henri  Picot,  ci  devant  comte  de  Dampierre, 
sur  la  proposition  des  représentants  Bellegarde  et 
Leguinio,  avait  été  investi  du  commandement  en 
chef.  11  avait  alors  37  ans.  D*umouriez,  contre  lequel 
il  s'était  violemment  prononcé,  a  dit  que  Dampierre, 
homme  de  qualité  et  fait  pour  bien  penser,  avait  trahi 
sa  confiance.  C'était  en  réalité  un  entraîneur  d'esca- 


—  421  — 

drons,  un  vaillant  sabreur  et  rien  de  plus.  Il  adressait 
à  ses  troupes  de  grandiloquentes  apostrophes  :  a  Je 
te  salue,  armée  victorieuse.  Ressouviens- toi  sans 
cesse  de  Jemmapes  où  tu  fis  rougir  la  terre  du  sang 
des  esclaves  des  tyrans,  et  que  nos  épées  soient  tou- 
jours consacrées  à  faire  respecter  les  lois  et  la  sainte 
humanité....  Mères  républicaines,  élevez  vos  filles 
pour  ces  guerriers;  à  leur  retour  courez  au-devant 
d'eux,  le  myrte  à  la  main  ;  que  la  joie  du  triomphe 
les  console  des  fatigues,  et  que  la  plus  belle  soit  des- 
tinée au  plus  brave  !»  Un  de  ses  officiers  a  dit,  non 
sans  exagération,  qu'il  eût  étonné  un  gardien  d'alié- 
nés. 

Le  chef  d'état-major  général  de  l'Armée  du  Nord, 
Des  Bruslys,  qui  appartenait,  comme  Pierre  Lalande, 
à  une  famille  de  Brive  (1),  attacha  ce  dernier  à  sa  per- 
sonne, et,  aidé  notamment  de  ce  jeune  collaborateur 
qui,  d'après  sa  correspondance,  était  en  même  temps 
son  ami,  s'appliqua  à  réparer  un  désordre  que  Des 
Bruslys,  moins  exubérant  et  moins  confiant  que 
Dampierre,  ne  cessait  de  signaler.  Les  bataillons, 
écrivait-il,  étaient  confondus  ;  on  ne  pourrait  débrouil- 
ler ce  chaos. ..  Un  esprit  d'hostilité  s'était  établi,  d'au- 
tre part,  entre  les  anciennes  troupes  de  ligne,  imbues 
du  vieil  esprit  militaire,  et  les  bataillons  de  volon- 
taires^ qui  répandaient  la  désolation  dans  les  campa- 
gnes, comme  le  reconnaissait  Carnot,  et  avaient 
amené  jusqu'à  3,000  femmes  dans  les  casernes  de 
Douai.  Le  corps  dont  faisait  partie  Pierre  Lalande,  les 


(1)  Il  était  né  à  brive  le  7  août  1757  et  avait  été  nommé  général  de 
brigade  provisoire  le  7  avril  1793.  11  sortait  du  corps  d'artillerie. 


—  422  — 

dragons  regrettaient  Duraouriez.  A  Avesnes,  en  mai, 
ils  avaient  cessé  de  porter  la  cocarde  tricolore,  et  à 
l'observation  qu'on  leur  en  avait  faîte,  ils  avaient 
répondu  par  des  huées.  La  gendarmerie  elle-même 
montrait  une  grande  indiscipline. 

Le  8  mai  1793,  en  essayant  de  débloquer  Condé 
qu'assiégeaient  les  Impériaux,  le  général  en  chef 
Dampierre  tomba  frappé  par  un  boulet  qui  lui  em- 
porta la  cuisse.  Il  mourut  le  lendemain  à  Valencien- 
nes.  On  lui  fit  d^imposantes  funérailles.  Des  Bruslys, 
les  autres  chefs  de  brigade  et  Tétat-major  entouraient 
le  cercueil,  a  L'ombre  de  Dampierre,  proclama  le 
représentant  Leguinio^  vous  accompagnera  partout; 
elle  vous  donnera  de  nouvelles  forces,  elle  sera  la 
terreur  des  hordes  d'esclaves  liguées  contre  vous.  » 
La  Convention  décerna  au  général  tué  à  l'ennemi  les 
honneurs  du  Panthéon.  Mais  finalement,  comme 
Dampierre  n'était  qu'un  ci-devant,  sa  conduite  parut 
suspecte^  sa  mémoire  le  devint  et  le  décret  ne  fut 
pas  exécuté. 

Le  23  du  même  mois,  à  la  suite  d'une  série  de 
combats  qui  furent  défavorables  aux  Français,  le 
camp  de  Famars  et  la  position  d'Angin  furent  évacués. 
Des  Bruslys  dirigea  la  retraite.  On  perdit  beaucoup 
de  monde. 

Le  27  mai,  le  nouveau  général  en  chef,  Custine, 
arriva  à  Cambrai.  Le  lendemain,  il  passa  l'armée  en 
revue  et  la  trouva  profondément  désorganisée. 

Pendant  les  mois  de  juin  et  de  juillet  1793,  il  s'ap- 
pliqua à  la  reconstituer  et  à  la  remettre  en  haleine 
par  une  série  d'opérations,  qui  ne  furent  pas  toujours 
heureuses.    Le   4   juin    notamment,    aux   environs 


—  423  — 

d'Orchics,  Blûcher^  alors  colonel,  fit  tomber  dans  une 
embuscade  la  cavalerie  française.  Le  colonel  Montjou, 
du  régiment  de  Pierre  Lalande,  13*  dragons,  fut 
blessé  à  mort  ;  le  lieutenant-colonel  Geffroy,  8  offi- 
ciers, 11  sous-officiers  furent  faits  prisonniers. 

Blùcher  fit  enterrer  solennellement  le  colonel  fran- 
çais, et  la  population  fut  bien  étonnée  de  le  voir  infli- 
ger lui-même,  suivant  les  habitudes  prussiennes,  une 
correction  manuelle  au  menuisier  qui  s'était  permis 
de  faire  un  cercueil  trop  exigu. 

A  TArmée  du  Nord,  les  espions  des  Comités^  les 
Clubistes^  les  journaux  jacobins  ne  cessaient  de  dé- 
noncer et  d'attaquer  les  généraux  de  l'ancienne 
armée  qui  défendaient  la  France  et  qui  avaient  résisté 
aux  sollicitations  de  l'émigration.  Des  Bruslys  était 
un  aristocrate.  A  la  date  du  30  juin,  il  avait  donné  un 
mot  d'ordre,  Condorcet-Constitution,  qui  dénonçait 
un  esprit  fédéraliste,  car  il  signifiait  adopter  la  Con- 
stitution de  Condorcet.  Son  état -major  offrait  le 
spectacle  <r  d'un  luxe  asiatique.  »  Dans  le  Bulletin 
de  V Armée  il  avait  essayé  de  justifier  l'arrestation  de 
Colliez  et  Compère,  deux  émissaires  du  ministre  Bou- 
cholte,  qui  avaient  été  surpris  distribuant  aux  soldats 
des  journaux  remplis  d'insultes  contre  le  général  en 
chef  Custine. 

Dans  le  Père  Duchesnej  Hébert  appelait  ce  dernier 
Dumouriez-Cadet,  bandit,  pilier  de  biribi,  espion 
royaliste  et  demandait  qu'on  lui  donnât  de  la  pelle  au 
c...  Le  12  juillet  1793,  Custine  fut  mandé  à  Paris. 
Le  25  août  1793,  il  montait  sur  l'échafaud. 

Des  Bruslys  à  son  tour  fut  suspendu  de  ses  fonc- 
tions, puis  mis  en  état  d'arrestation  le  12  août  1793; 


—  424  — 

Emprisonné  à  TAbbaye,  —  vingt-quatre  généraux  se 
trouvaient  dans  le  mênae  cas,  —  il  n'en  devait  sortir 
que  le  19  frimaire  an  III. 

L'aide  de  camp  Pierre  Lalande^  ayant  ainsi  perdu 
son  chef  direct,  rentra  dans  le  rang  au  13°*  dragons^ 
qui,  sous  le  colonel  Chanoine,  couvrait  la  place  de 
Douai. 

Le  22  octobre  1793,  à  Marchiennes,  dans  un  pays 
coupé  de  fossés  et  de  marécages^  il  fut  grièvement 
blessé  d'un  coup  de  feu  à  la  cuisse.  Une  fois  rétabli 
de  cette  blessure,  il  revint  immédiatement  à  son 
corps.  Il  y  prit  part  à  toutes  les  campagnes  qui  suivi- 
rent jusqu'en  1800. 

Pour  ne  pas  lasser  la  patience  du  lecteur,  nous  allons 
en  donner  la  rapide  énumération.  Ce  ne  sont  que 
coups  de  sabre  largement  distribués,  largement  ren- 
dus. Les  hommes  de  ce  temps  agissaient.  Leurs 
impressions  étaient  simples  et  brèves. 

Moscou  !  jolie  ville  !  devait  écrire  tout  simplement 
dans  son  journal  le  brave  Coignet,  en  arrivant  devant 
la  ville  sainte. 

Le  18  février  1794,  combat  avec  les  dragons  autri- 
chiens de  Latour.  Le  25  mars  1794^  rencontre  avec  la 
cavalerie  anglaise;  le  17  avrils  échange  de  coups  de 
pistolets  avec  des  cavaliers  hessois  :  un  général  ennemi 
est  fait  prisonnier.  Le  10  mai,  nouveau  combat  à 
Baizieux  avec  les  hussards  anglais.  Trois  capitaines 
français  sont  tués  ou  blessés. 

En  septembre  1794,  le  régiment  rattaché  à  la  6"*' 
division  que  commande  le  général  Delmas,  un  autre 
Corrézien,  part  pour  l'expédition  de  Hollande.  Le  19, 
engagement  à  Graves,  puis  investissement  de  Bois-le- 


—  425  - 

Duc  :  la  division  Delmas  opère  à  l'Est  de  la  place  ;  la 
division  du  général  Souham,  encore  un  Corrézien,  est 
à  rOuest.  Le  24  décembre,  reconnaissance  des  ouvra- 
ges de  Bréda  :  un  brigadier  du  13"*  dragons  est  dé- 
puté à  la  Convention  pour  présenter  des  drapeaux 
pris  à  Tennemi.  Le  27  décembre,  combat  devant 
Nimègue,  où  Ton  fait  plusieurs  prisonniers.  Puis, 
une  série  de  cantonnements  en  Hollande.  Finale- 
ment, la  paix  est  signée  à  la  Haye,  en  mai  1795. 

Le  13  du  même  mois,  de  Delft  le  régiment  est  dirigé 
sur  la  Vendée,  où  il  doit  opérer  sous  les  ordres  de 
Hoche,  le  plus  illustre  des  généraux  de  la  République. 
Une  année  se  passe  dans  la  Vendée  que  sillonnent  les 
colonnes  mobiles.  Mais  le  pays  se  prête  peu  aux 
mouvements  de  la  cavalerie.  Le  13"'  dragons^  placé 
sous  les  ordres  du  général  Canuel,  à  Challans,  est 
peu  engagé.  Au  blocus  de  Montaigu,  on  fait  passer 
des  vivres  aux  Chouans  affamés,  conformément  d'ail- 
leurs aux  vues  conciliantes  du  général  en  chef,  qui 
sera  le  pacificateur  de  la  Vendée. 

Au  commencement  de  1796,  le  commandement  de 
Hoche  est  étendu  à  toutes  les  côtes  de  l'Océan,  et,  à 
la  fin  du  mois  de  mars  1796,  le  régiment  passe  en 
Normandie  où  il  va  tenir  garnison  à  Saint-Lô,  aux 
ordres  du  général  Lemoine.  En  juillet  1796,  Hoche, 
nommé  général  en  chef  de  l'armée  d'Irlande  et  pré- 
parant une  expédition  par  mer^  écrit  de  Paris  à  Ren- 
nes à  son  chef  d'état-major  à  l'Armée  des  Côtes  de 
l'Océan,  le  général  Hédou ville,  pour  le  charger  de 
faire  au  plus  vite  l'appel  de  125  nouveaux  officiers 
«  d'une  bravoure  à  toute  épreuve  et  d'une  bonne 
a  santé,  devant  compter  sur  un  avancement  et  une 


-  426  — 

«  fortune  rapides.  »  Le  sous-lieutenant  de  dragons 
Lalande  est  compris  dans  cet  appel.  On  saitTavorte- 
ment  de  cette  expédition,  qui  fut  contrariée  par  les 
tempêtes.  Une  partie  des  troupes  désignées  ne  put 
partir,  de  sorte  qu'en  septembre  1796,  ce  fut  sur 
Strasbourg  que  se  dirigea  le  tS""*  dragons,  pour  faire 
partie  de  l'Armée  de  Rhin  et  Moselle. 

C'était  après  la  fameuse  retraite  de  Moreau.  Le  ré- 
giment fut  attaché  à  la  réserve  de  cavalerie  et  can- 
tonné, pour  la  défense  de  l'Alsace,  à  Sarrebourg, 
Reichshoffen,  Halten,  Pont-à-Mousson  et  environs. 

En  janvier  1797,  cantonnements  à  Sarreguemines 
et  Puttelange  jusqu'en  avril. 

Les  20  et  21  avril  1797,  reprise  des  opérations, 
passage  du  Rhin  à  Diersheim  qui  est  défendu  par  les 
Autrichiens  ;  le  régiment,  déployé  en  avant  de  Dier- 
sheim, pousse  vigoureusement  l'ennemi.  Sous  le 
commandement  d'un  nouveau  chef  de  brigade,  Roget 
de  Belloguet,  il  enveloppe  le  régiment  autrichien 
d'Alton  et  le  fait  prisonnier  avec  son  colonel  et  ses 
drapeaux  ;  Offenbourg  ouvre  ses  portes.  Le  22  avril, 
le  13"'  est  attaché  à  la  division  du  Centre  que  com- 
mande le  général  Davout.  Une  forte  colonne  enne- 
mie, comprenant  plusieurs  régiments  d'infanterie, 
un  régiment  de  dragons^  des  escadrons  de  hussards 
attaque  l'arriére  de  cette  division.  Résistance  achar- 
née des  dragons  français,  qui  méritent  les  éloges  du 
général  en  chef  Moreau.  Le  23  avril,  arrive  la  nou- 
velle des  préliminaires  de  paix  de  Léoben,  signés 
par  Bonaparte,  qui  arrêtent  l'action.  En  août,  can- 
tonnement à  Salzbach.  Le  monument  élevé  à  la  mé- 
moire de  Turenne  est  solennellement  rétabli.  Tous 


—  427  — 

les  corps  se  cotisent  pour  subvenir  à  cette  restaura- 
tion. On  installe  là^  avec  une  petite  dotation,  un 
vétéran,  qui  servira  de  gardien. 

Le  l**"  vendémiaire  an  VI,  revue  et  fêtes,  anniver- 
saire de  la  fondation  de  la  République,  dans  la  plaine 
d'Offenbourg.  En  passant  sur  le  front  du  régiment 
rangé  en  bataille,  le  général  Duchesne  lui  adresse  les 
paroles  suivantes  :  or  Braves  dragons,  vous  avez  com- 
mencé la  campagne  par  un  coup  de  maître  :  le  der- 
nier passage  du  Rhin  sera  mis  au  compte  de  vos  plus 
glorieuses  journées.  » 

En  1798,  campagne  d'Helvétie,  passage  du  Rhin 
grossi  par  les  crues  au  gué  de  Hag,  le  6  mars  1799, 
charge  commandée  par  le  général  Oudinot.  Le  25  mai, 
après  concentration  ^es  armées  du  Danube  et  du  Rhin^ 
combat  de  Frauenfeld  contre  les  troupes  de  Tarchiduc 
Charles  et  du  général  Hotze,  charges  conduites  par  les 
généraux  Soult  et  Humbert;  puis,  du  2  au  4  juin, 
bataille  indécise  de  Zurich,  où  le  régiment  est  en 
réserve.  Le  25  septembre,  passage  de  la  Limmat,  vic- 
toire de  Zurich,  où  Masséna  se  couvre  de  gloire  ;  le  13* 
poursuit  l'ennemi  vers  Winterthur  ;  le  chef  de  brigade 
Levasseur  est  blessé.  En  octobre,  cantonnement  à 
Obernofferen.  En  décembre,  garnison  à  Saint-Dié. 

Lieutenant  depuis  le  18  messidor  an  VII,  Pierre 
Lalande  est  repris  vers  la  même  époque  comme  offi- 
cier de  correspondance  et  porteur  d'ordres  par  le  gé- 
néral de  brigade  Des  Bruslys,  à  la  division  Souham. 
En  cette  qualité  il  fait,  à  TArmée  du  Rhin,  la  cam- 
pagne de  1800,  qui  se  termine  les  2  et  3  décembre  par 
les  glorieuses  journées  de  Hohenlinden.  Le  général 
en  chef  Moreau  a  conduit  son  armée  jusqu'à  vingt- 


—  428  — 

cinq  lieues  de  Vienne.  L'armistice  de  Steyer  et  la 
paix  de  Lunéville  terminent  la  campagne. 

Réintégré  dans  son  régiment  en  vertu  de  disposi- 
tions nouvelles  sur  l'organisation  de  Tarmée,  le  20 
messidor  an  IX,  Pierre  Lalande  est  à  Bruxelles,  siège 
de  la  24"'  division  militaire. 

Le  19  nivôse  an  X,  le  général  Des  Bruslys,  qui  Ta 
de  nouveau  repris  comme  officier  d'ordonnance  et 
qui  est  à  Paris  désigné  pour  un  commandement  à 
l'Ile-de-France,  écrit  au  Ministre  de  la  guerre  la  let- 
tre suivante  : 

Citoyen  Ministre, 

Vous  avez  bien  voulu  me  donner  une  preuve  de  confiance 
et  d'intérêt  dans  la  destination  coloniale  à  laquelle  vous 
m'avez  fait  nommer  ;  elle  remplit  mon  vœu. 

La  justice  et  l'intérêt  que  je  porte  à  mes  aides  de  camp 
me  font  un  devoir  de  vous  demander  pour  eux  le  grade  de 
capitaine  auquel  ils  ont  d'ailleurs  droit  par  le  zèle,  le  dé- 
vouement et  l'intelligence  avec  lesquels  ils  ont  rempli  leurs 
fonctions  militaires  pendant  toute  cette  guerre. 

Mon  départ  de  Rochefort  étant  fixé  au  l**"  du  mois  pro- 
chain, il  me  serait  bien  agréable  d'être  près  de  mes  deux 
aides  de  camp  (1)  l'organe  immédiat  de  votre  bienveillance. 

J'ai  l'honneur  de  vous  saluer  avec  respect. 

Des  Bruslys. 

Mais  Des  Bruslys,  général  de  brigade  depuis  1793 
et  qui  ne  passera,  malgré  l'abnégation  dont  il  a  tou- 
jours fait  preuve  et  Tingrate  mission  qu'il  a  acceptée, 
général  de  division  qu'en  1808,  est  peu  en  faveur, 

(1)  Le  général  Des  Bruslys  eut,  comme  aide  de  camp,  avec  M.  Pierre 
Lalande,  son  neveu,  le  lieutenant  Dalvimart  {L'Ile-de-France  sous 
Decaen,  H.  Preutout,  Paris,  1901). 


-  429  — 

comme  Souham,  comme  Delmas,  comme  plusieurs 
officiers  généraux  de  TArmée  du  Rhin  qu'on  appelle 
les  derniers  républicains  et  qui  se  groupent  autour 
du  général  Moreau. 

Le  ministre  de  la  guerre,  Berthier,  ne  répondra  à 
la  lettre  qu'on  vient  de  transcrire  que  le  8  brumaire 
an  XIII,  par  l'intermédiaire  du  Ministre  de  la  marine 
et  des  colonies  : 

J'ai  l'honneur  de  vous  prévenir,  Monsieur,  écrira-t-il  au 
gouverneur  de  l'Ile-de-France,  que,  sur  ma  proposition, 
l'Empereur  a  rendu,  le  26  du  mois  dernier,  un  décret  qui 
élève  au  grade  de  capitaine  le  s""  Lalande,  aide  de  camp  du 
général  de  brigade  Desbruslys  ;  je  vous  adresse  la  lettre  et 
commission  pour  cet  officier,  je  vous  prie  de  la  lui  faire  par- 
venir. 

J'ai  l'honneur  de  vous  saluer. 

M.  Berthier. 

Embarqué  à  Rochefort  sur  la  frégate  La  Thémisy 
le  16  pluviôse  an  X,  Pierre  Lalande  est  arrivé  à  l'Ile- 
de-France  en  juin  1802,  avec  son  général  et  une  com- 
pagnie de  la  15""*  demi-brigade  légère. 

Dans  une  excellente  étude  qu'a  publiée  le  Bulletin 
de  Tannée  1903,  le  regretté  Marcel  Roche  a  dit  ce  que 
fut,  dans  la  colonie,  la  vie  du  général  Des  Bruslys, 
lieutenant  gouverneur  à  Tîle  de  la  Réunion^  alors  île 
Bonaparte^  et  celle  de  ses  compagnons,  comment  ils 
résistèrent  à  Tinvasion  anglaise  de  1809  et  dans  quel- 
les conditions  Des  Bruslys,  comme  Beaurepaire  à 
Verdun  en  1792,  se  donna  la  mort  plutôt  que  de 
souscrire  à  une  capitulation.  Le  25  septembre  1809, 
après  avoir  essayé  de  se  faire  sauter  la  tête  avec  des 

T.  XXX.  4-3 


—  430  — 

gargousses  de  poudre  pendues  à  son  cou,  après  s'être 
inutilement  blessé  avec  la  pointe  de  son  sabre  en 
pleine  nuit,  dans  son  cabinet  de  toilette,  il  se  coupa 
la  gorge  d'un  coup  de  rasoir.  Sa  veuve  obtint,  en  1811, 
une  pension  de  1.000  livres. 

Après  avoir  veillé  le  corps  de  celui  qui  avait  été  son 
chef,  son  protecteur  et  son  ami,  le  capitaine  Lalande, 
dont  l'avancement,  contrarié  par  d'aussi  tragiques 
événements,  eût  été  mieux  assuré  sur  les  champs  de 
bataille  de  l'Europe,  se  détermina  à  regagner  la 
France.  Le  16  novembre  1809,  il  s'embarqua  sur  la 
flûte  L'Espérance^  commandée  par  le  lieutenant  de 
vaisseau  Bourgoin  et  destinée  à  se  rendre  dans  un  port 
de  l'Empire.  Le  petit  bâtiment,  au  nom  plein  de 
promesses,  réussit  à  forcer  le  blocus  des  Anglais; 
mais,  comme  le  dit  l'Anthologie  grecque,  FEspérance 
flotte  sur  une  mer  de  mensonges.  Pierre  Lalande  était 
de  ceux  sur  lesquels  s'acharne  la  fatalité.  Le  12  avril 
1810,  après  une  traversée  de  plus  de  quatre-vingt  dix 
jours,  une  frégate  anglaise,  qui  croisait  sur  la  côte 
de  France^  captura  le  navire  qui  le  portait.  Il  fut  con- 
duit sur  les  pontons,  puis  interné  en  Angleterre  jus- 
qu'à la  paix,  c'est-à-dire  jusqu'en  1814. 

Enfin,  le  9  mai  1814,  il  débarqua  au  Havre  du 
cartel  anglais  «  Lady  Wellington  » .  Il  courut  au 
bureau  de  l'état-major  au  Ministère  de  la  guerre  ;  il  y 
reçut  l'ordre  de  se  présenter  au  lieutenant  général 
Dupont-Chaumont,  inspecteur  de  la  T*  division  mili- 
taire. Ce  dernier^  en  réponse  à  sa  demande  de  mise 
en  service,  l'invita  à  se  rendre  dans  ses  foyers  à  Brive 
en  demi-solde. 

Ainsi  se  termina,  comme  pour  beaucoup  d'autres 


—  431  — 

officiers  à  la  môme  époque^  la  carrière  militaire  du 
capitaine  Lalande.  Malgré  Tappui  du  maréchal  de 
camp  Sainte-Suzanne,  commandant  le  département 
de  la  Corrèze,  qui  l'avait  connu  et  apprécié  aux  colo- 
nies, il  ne  fut  pas  admis  à  reprendre  du  service. 
Vainement  il  sollicitait,  en  1817,  la  croix  de  Saint- 
Louis,  «  cette  honorable  marque  qui  distingue  les 
enfants  de  mars  »  et  que  méritaient  tout  au  moins 
ses  bons  et  longs  services.  Le  gouvernement  de  la 
Restauration  fit  la  sourde  oreille.  Peut-être  faudrait- 
il  en  chercher  la  cause  dans  cette  correspondance 
qu'avait  échangée  son  père  avec  le  conventionnel 
Lidon,  en  1793,  et  qui  était  restée  dans  son  dossier 
aux  Archives  de  la  guerre  ? 

Quoi  qu'il  en  soit,  définitivement  fixé  au  pays  na- 
tal, il  y  épousa,  le  23  août  1816,  Suzanne-Louise 
Choumeils  de  Saint-Germain,  fille  de  François  de 
Saint-Germain,  ancien  militaire  au  régiment  d'Aunis, 
inspecteur  des  contributions  directes,  et  d'Anne-Marie 
Gramond.  Un  lien  de  parenté  assez  rapproché  unissait 
sa  femme  à  M.  de  Martignac,  Tillustre  homme  d'Etat, 
qui  devait  être  le  plus  sage  et  l'un  des  derniers  con- 
seillers de  la  légitimité  expirante,  puis,  devant  la 
Chambre  des  pairs,  et,  avant  de  mourir,  le  généreux 
défenseur  d'un  adversaire  politique,  M.  de  Polignac. 
En  1826,  par  un  billet,  tout  entier  de  son  écriture  fine 
et  élégante,  le  vicomte  de  Martignac,  alors  ministre 
d'Etat  et  directeur  général  des  Domaines,  demanda 
pour  le  capitaine  d'état-major  retraité,  Pierre  Lalande, 
la  croix  de  la  Légion  d'honneur. 

Le  Ministre  de  la  Guerre,  considérant  qu'il  s'agis- 
sait d'un  officier  depuis  longtemps  hors  de  fonctions. 


—  432  — 

parait  avoir  renvoyé  la  demande  à  la  Grande-Chan- 
cellerie, 
f  Sur  ces  entrefaites,  Pierre  Lalande  mourut^  le  26 

mars  1827  (1). 


9f 


J.  DE  Saint-Germain. 


f 
f 


t 


(l)  Sources  ;  Ghuquet,  Les  Guerres  de  la  Révolution  ;  —  Mémoi- 
res de  Mallet'Dupan  ;  —  Historique  du  13*  Régiment  de  Dragons, 
par  le  capitaine  Miron  ;  —  Chassin,  Les  Pacifications  de  VOuest  ;  — 
L'Armée  au  temps  de  la  Récolution^  par  M.  d'Uauterive  ;  —  Goethe, 
Campagne  de  France;  —  Archives  du  Ministère  de  la  Guerre;  — 
Archives  de  la  Mairie  de  Brive. 


LES  AÉROLITHES 


En  lisant  dernièrement  un  article  dans  le  journal 
La  Science  au  XX^  siècle^  sur  les  aérolithes,  il  m'est 
revenu  le  souvenir  de  faits  qui  ont  eu  lieu  dans  les 
environs  de  Brive. 

En  1853,  j'étais  alors  dans  une  administration  et 
je  devais  par  mon  itinéraire  aller  vers  le  15  juillet  à 
Allassac.  Étant  monté  à  MorioUes  voir  mes  parents, 
je  revenais  la  veille  coucher  à  Brive;  je  repartais  à 
9  heures  du  soir;  la  nuit  était  noire,  mais  sans  nua- 
ges. Arrivé  à  350  mètres  environ  du  château,  je  suis 
très  vivement  et  subitement  éclairé  par  une  lumière 
intense  très  blanche.  Je  tourne  sur  ma  selle  et  je  vois 
un  bloc  lumineux  tombant  à  plomb  du  ciel.  Il  ne 
devait  pas  avoir  pris  feu  à  plus  de  500  mètres  au- 
dessus  de  moi.  Il  a  dû  tomber  dans  une  rangée  de 
peupliers  bordant  un  chemin  de  service  à  50  mètres 
environ  de  la  terrasse  nord-est  de  Thabitation.  Je 
pensai  bien  à  faire  une  recherche  à  mon  retour  de 
tournée,  mais  je  Tai  oublié,  et  quand  Tidée  m'en  est 
revenue,  on  ne  voyait  plus  de  trace  de  pénétration  en 
terre.  Je  fus  très  étonné  de  ne  pas  entendre  une  déto- 
nation ou  au  moins  un  sifflement  dans  Tair. 

Cet  aérolîthe,  car  cela  ne  pouvait  être  autre  chose, 
devait  avoir  pris  feu  par  le  frottement  à  500  mètres 
environ  au-dessus  de  terre;  Tair  plus  dense  dans  cette 
partie  de  l'atmosphère  avait  été  suffisant  pour  l'en- 


—  434  — 

flammer,  car  sa  course  n'était  pas  très  rapide.  Je  le 
vis  tomber  pendant  6  à  8  secondes,  franchissant  une 
hauteur  d'environ  300  mètres,  il  n'avait  guère  que  la 
vitesse  d'un  corps  qui  tombe  sans  propulsion,  tandis 
que  les  aérolithes  arrivent  avec  une  vitesse  extraor- 
^dinaire  acquise  dans  l'espace  céleste,  presque  vide.  Il 
est  possible  que  la  flamme  qui  Tentourait  l'ait  re- 
tardé dans  sa  chute. 

Ayant  donné  ma  démission  deux  ou  trois  ans  après 
ce  fait,  j'avais  à  m'occuper  de  la  propriété  de  MorioUes 
et  de  celle  du  Ryz  en  Poitou,  passant  mon  temps  entre 
ces  deux  endroits,  environ  un  mois  de  suite  dans  cha- 
cun d'eux.  Dans  l'une  et  l'autre  un  domestique  intel- 
ligent me  remplaçait  dans  mes  absences. 

Un  jour,  avec  quatre  paires  de  bœufs,  l'un  d'eux  à 
MorioUes  faisait  labourer  le  champ  dit  le  Puy-Pertus. 
Mes  bouviers  entendirent  au  Levant  une  forte  déto- 
nation, et  presque  aussitôt  des  pierres  vinrent  s'en- 
foncer dans  la  terre  de  ce  champ  ;  celles  qui  étaient 
plus  hautes  dépassèrent  la  crête  et  furent  s'enfoncer 
dans  la  petite  colline  de  MorioUes-Haut.  Aucune  de 
mes  bêtes  ne  fut  touchée.  D'après  ce  qui  me  fut  dit, 
la  direction  étant,  venant  chez  moi,  du  milieu  de  l'es- 
pace entre  Noailles  et  Nazareth,  c'est-à-dire  Est-quart- 
Sud-Est.  Pas  un  seul  de  mes  domestiques  n'eut  l'idée 
de  ramasser  de  ces  pierres  pour  moi. 

Cela  fît  que  l'un  deux  me  raconta  que  revenant  la 
nuit  de  Puy-Jarrige  à  MorioUes  et  passant  dans  le 
lieu  dit  le  Grand-Bois,  dans  un  petit  vallon,  la  pla- 
nète (c'est  ainsi  que  les  paysans  nomment  les  étoiles 
filantes  très  rapprochées  de  terre)  coupait  les  bran- 
ches de  châtaigniers  au-dessus  de  sa  tête. 


r 


—  435  — 

Je  crois  avoir  trouvé,  ii  y  a  plus  de  cinquante  ans, 
un  aérolithe  ramassé  dans  un  tas  de  pierres  venant 
d'un  champ  auprès  de  Lissac  —  appelons-le  Pierre, 
sa  compagnie  nous  y  oblige.  Cette  pierre  donc,  était 
ronde  et  creuse,  d'un  diamètre  de  12  à  14  centi- 
mètres, cassée  à  peu  près  par  moitié;  sa  nature  pa- 
raissait être  composée  d'une  partie  de  matière  ferru- 
gineuse roussâtre  foncé,  rempli  d'une  quantité  de 
quelque  chose  de  noir,  comme  du  pyroxène  ou  de 
l'amphibole,  sans  cristallisation  bien  visible. 

L'épaisseur  de  cette  demi-coquille  pouvait  être  de 
25  à  30  millimètres. 

On  m'en  a  demandé.  J'en  ai  donné  si  souvent  que 
je  ci'en  ai  plus.  Je  le  regrette  vivement  pour  notre 
Musée. 

Gaston  de  Lépinay. 


PRESENTEE  AU   ROY 


Par  RIRI.  les  Députés  de  la  VIcompté  de  Turenne 


Le  Bulletin  de  la  Société  d'Archéologie  d'octobre- 
décembre  1881  publiait,  grâce  à  Tobligeance  de  M.  de 
Bosredon,  un  document  d'un  grand  intérêt  pour  This- 
toire  du  Limousin  :  Tacte  de  cession  de  la  Vicomte 
de  Turenne.  Le  8  mai  1738^  très  haut  et  très  puis- 
sant prince  Mgr  Cliarles-Godefroy  de  la  Tour-d'Au- 
vergne, par  la  grâce  de  Dieu  duc  de  Bouillon,  vicomte 
de  Turenne,  duc  d'Albret  et  de  Château-Thierry, 
comte  d'Auvergne,  d'Évreiix  et  du  Bas-Armagnac, 
baron  de  La  Tour,  Montgacon  et  Cazillac,  seigneur  de 
Créqui,  etc.,  etc.,  cédait  au  roi  de  France  pour  la 
somme  de  4,200,000  livres  sa  terre  de  la  Vicomte  de 
Turenne  dans  l'étendue  des  provinces  du  Limousin  et 
Quercy.  Cette  vente,  qui  faisait  entrer  dans  le  domaine 
royal  un  des  rares  fiefs  indépendants  qui  existaient 
encore,  ne  se  fit  pas  sans  soulever  de  graves  diffi- 
cultés et  des  protestations  énergiques  de  la  part  des 
ayant-droit.  Nous  publions  aujourd'hui  la  protesta- 
tion des  députés  de  la  Vicomte  contre  la  vente  de 
ladite  Vicomte.  Ce  curieux  document,  que  M.  Del- 
mont,  directeur  de  l'École  primaire  d'ftillassac,  a  bien 
voulu  nous  communiquer,  éclaire  d'un  jour  lumi- 
neux les  privilèges  des  vicomtes  de  Turenne  et  les 


—  438  — 

immunités  des  feudalaires.  Nous  avons  respecté  et 
Torthographe  et  la  ponctuation  de  cette  requeste 
présentée  au  roi  au  nom  des  gentilshommes  et  des 
habitans  de  la  Vicomte.  Nous  ne  voulons  même 
pas  relever  certaines  erreurs  historiques  dont  les  lec- 
teurs s'apercevront  facilement. 

J.    ESPÉRET. 


Sire, 

Les  gentilshommes  et  les  habitans  de  la  Vicompté  de 
Turenne  en  Limosin  et  Quercy,  prouince  de  Guienne,  repré- 
sentent très  humblement  à  Voslre  Majesté  quils  ont  apris 
que  M.  le  duc  de  Bouillon,  vicomple  de  Turenne,  auoist 
proposé  à  Vostre  Majesté  de  luy  vendre  les  tittres  et  domaines 
de  cette  Vicompté,  et  que  dans  lestât  des  reuenus  ordinaires 
ou  casuel  sur  le  pied  desquels  il  se  propose  den  faire  faire 
les  évaluations  il  comprend  les  dons  gratuits  que  les  habi- 
tants de  la  Vicompté  ont  volontairement  faits  tant  a  ses 
encestres  qu'a  luy  ennuellement  ou  en  certaines  occasions 
par  le  seul  motif  de  la  reconnoissance  quils  ont  creû  deuoir 
au  vicompté  pour  la  protection  quil  leur  auroit  accordée  et 
quils  espéroient  de  Sa  Majesté  et  des  roys  ses  prédécesseurs. 

Vn  article  aussi  intéressant  pour  touts  les  habitants  de  la 
Vicomte  dont  M""  le  duc  de  Bouillon  met  la  bonne  volonté 
purement  gratuite  au  rang  des  reuenus  du  domaine  et  sei- 
gneurie quil  se  propose  de  vendre  a  Vostre  Majesté  que  les 
dons  quils  ont  bien  voulu  faire  au  vicompté  ne  sont  pas  un 
patrimoine  dont  il  aye  droit  de  disposer  comme  de  son 
dommaine ,  mais  les  dons  purement  uolontaire  et  absolu- 
ment gratuits  qui  selons  les  loix  de  la  justice  ne  sont  point 
dans  le  commerce,  quils  ne  peuuent  y  estre  mis  que  de  leur 
consentement,  qijils  n'ont  de  valeur  que  celles  que  les  su- 
pliants  peuuent  leur  donner  et  dont  eux  seuls  auroint  le 
droit  de  toucher  le  prix  sils  estoint  susceptibles  destre  apré- 
ciés  et  que  Vostre  Majesté  voulut  les  y  assujettir. 


—  439  — 

Quoy  que  touls  les  peuples  soummis  a  la  souuerenelté  de 
Vostre  Majesté  contribuent  aux  impositions  quil  luy  plaît 
leur  donner  pour  soutenir  les  charges  de  lestât,  cepandant 
les  habitants  de  la  Vicompté  de  Turenne  ont  eu  jusques  a 
présent  laûantage  particulier  detre  aussi  que  leur  vicompté 
libres  et  exempts  de  toutes  inpositions,  leuée  des  deniers, 
subcîdes,  et  autres  charges  réelles,  personnelles  et  mixtes 
comme  le  duc  Dacquitaine  dont  les  roys  prédécesseurs  de 
Votre  Majesté  ont  reuny  les  tittres  a  la  Couronne,  ont  reco- 
gnu  en  tout  le  temps  quil  devoist  en  estre  exempt. 

Cette  exemption  et  immunité  est  establie  par  toutes  nos 
istoires  comme  un  fait  vniuerselement  recognu,  Paipin  pre- 
mier des  roys  de  la  seconde  race  ayant  conquis  en  764  la 
Guienne  sur  Geffre  qui  en  estoit  le  duc  laissa  suivant  les 
istoires  de  ce  temps-là  les  peuples  du  payis  dans  leurs  priui- 
leges,  libertés,  sans  y  donner  aucune  atteinte  et  s'est  con- 
seruer  par  ce  moyen  les  leurs  et  lobeissance.  Ea  771  ce 
prince  la  donna  a  Louïs  le  Débonnaire  son  fils  ayné,  pour 
son  entretien  en  le  mariant  auec  Immongarde,  fille  Dingrene 
duc  Dangers.  Louïs  le  Débonnaire  la  laissa  de  son  vivant  a 
Paipin,  l'un  des  fils  de  son  premier  mariage,  duquel  elle 
passa  a  Guilhaume  duc  Dacquitaine,  un  de  ses  descendants, 
et  de  luy  a  Eleonor  sa  fille,  qui  la  porta  en  dot  en  11 28  au  roy 
Louis  7"'  qui  la  luy  rendit  lors  de  la  dissolution  de  leur 
mariage,  après  quoy  elle  la  porta  a  Enry  roy  Dangleterre, 
duc  de  Normandie,  quelle  épousa  en  1149.  Les  vicomptes  de 
Turenne  possedoint  dans  le  Limousin,  Perigord  et  Quercy, 
vne  estanduë  asses  considérable  de  payis  detfandu  par  sa 
situation  seule  pour  ce  temps-la.  Les  peuples  de  la  Vicompté 
le  recognoissoint  en  quelque  sorte  pour  leur  souverain  immé- 
diat parcequil  leur  faisoit  rendre  justice  et  quil  les  mainte- 
noit  dans  laifranchissement  de  toutes  inpositions  dont  ils 
auoint  toujour  jouis,  et  quil  faisoist  battre  mounoye  blanche 
et  noyre  a  son  effigie  qui  auoit  cours  dans  le  dioceze  de 
Caors,  Limoges  et  Perigeux,  mais  sil  eut  fait  quelque  entre- 
prise contre  les  libertés  et  franchises  dont  ils  jouissoint 
depuis  plusieurs  ciecles  ils  eussent  eu  recours  au  duc  de 


—  440  — 

Guienne  auquel  ils  estoinl  subordinés  pour  la  souverenetté, 
hommage  et  le  ressort. 

Tant  que  la  Guienne  feust  dans  la  prospérité  masculine 
de  Paipin,  fils  de  Louis  le  Débonnaire,  c'est  a  dire  depuis 
818,  jusques  en  1128,  les  vicomptes  de  Turenne  reconnurent 
le  duc  de  Guienne  de  cette  race  pour  souverain,  quand  a 
Ihommage  et  au  ressort  seulement.  Quand  elle  fut  passé 
dans  la  main  de  Louis  7°*'  par  son  mariage  avec  Eleonor,  ils 
reconnurent  Louis  7°*'  de  la  même  manière  et  quand  elle 
feust  entrée  en  1149  en  la  pocession  de  Enry,  roy  Dangle- 
terre  et  duc  de  Normandie,  ils  luy  rendirent  le  même  hom- 
mage en  conséquence  du  traité  de  Londres  en  1163,  et  le 
reconnurent  en  même  termes  sans  troubler  les  peuples  de  la 
Vicompté  de  Turenne  dans  les  libertés  et  franchises  dont  ils 
auoint  toujour  jouis  tant  auant  que  Paipin,  père  de  Charle- 
magne,  se  feust  randu  maitre  de  Guienne  que  depuis  quil  le 
feust  devenu. 

Saint-Louis  ayant  confirmé  ce  traité  en  1269  et  assuré  a 
Enry,  roy  Dangleterre,  les  terres  au  délia  de  la  Guaronne 
avec  le  Quercy  et  le  Limousin,  et  Saintonge,  jusques  a  la 
Charante,  sous  Ihommage  lize  de  la  Couronne  de  France,  les 
peuples  de  la  Vicompté  de  Turenne,  aussi  que  les  vicomptes, 
continuèrent  de  jouir  des  mêmes  libertés  et  franchises.  Ces 
droits  ne  feurent  altérés  que  peu  a  peu  par  les  différents  sei- 
gneurs de  la  Guienne,  pour  suivre  les  interesl  des  roys  pré- 
décesseurs de  Vostre  Majesté. 

Le  vicomte  de  Turenne,  qui  esloit  vn  des  plus  puissants, 
vn  des  premiers,  et  les  peuples  de  la  Vicomte,  tant  gen- 
tilshommes quaulres  qui  esloint  subjets  libres,  suiuirent 
lexemple  de  leur  seigneur,  et  comme  il  estoit  naturel  que  la 
Vicomte  de  Turenne  estant  rentrée  dans  la  mouuance  immc- 
diatte  des  roys  prédécesseurs  de  Vostre  Majesté,  conservât 
les  droits,  immunités,  libertés  et  franchises  dont  elle  jouis- 
soit  depuis  plusieurs  ciecles,  le  roy  Philippe  le  Hardy,  fils 
de  Saint-Louïs,  en  donna  des  lettres  patantes  du  mois  d'aoust 
1280.  Ils  est  exposé  par  ces  lettres  que  la  Vicomte  auoist  fait 
prensenter  a  Philippe  le  Hardy  toutes  les  lettres  données  de 


—  441  — 

temps  immémorial  par  ses  prédécesseurs  duc  de  Guienne, 
lesquelles  contenoit  la  reconnoissance  des  droits  du  Vicomte 
et  de  ceux  des  habitants  de  la  Vicomte  que  ceux  du  Vicomte 
auoint  toujour  été  dauoir  le  droit  de  reconnoissance  de  tout 
ce  qui  concernoit  les  eaux,  les  fleuues  nauigables  dans  les- 
tandue  de  la  Vicompté,  pors  pessieres  et  moulins  y  estants, 
les  grands  chemins,  le  port  darmes  et  les  crimes  qui  cy 
commetoint  dans  sa  mouvance  et  les  vtiles  des  fiefs  nobles, 
avec  la  haute-justice,  et  la  permission  aux  noms  nobles  d'en 
posséder,  quil  auoist  droit  de  donner  des  sauues  gardes,  et 
den  punir  les  infracteurs,  de  sobliger  tous  les  subjets  de  la 
Vicomte,  de  comparoistre  devant  sa  cour  avec  armes  ou  sans 
armes,  sans  toutes  fois  les  y  pouuoir  contreindre  par  amande, 
ce  que  le  duc  de  Guienne  nauroit  pas  pue  exiger  deux,  et  dy 
repondre  sur  touts  contrats,  délits,  ou  considelix,  ou  nature 
mixte  que  les  vicomtes  auoint  droit  de  connoistre  en  pre- 
mier ressort  de  toutes  les  appellations  des  juges,  des  sei- 
gneurs mouuants  deux  et  de  faire  battre  mounoye  blanche  et 
noyre.  De  bonne  loy  a  laquelle  les  ducs  de  Guienne  estoint 
tenus  d'en  donner  cours  dans  les  diocezes  de  Limoges,  Peri- 
geux  et  Caors,  que  Tun  des  principaux  droits  des  vicomptes 
de  Turenne  et  du  territoire  de  tous  les  habitants  de  la 
Vicomte  estoit  désire  et  de  avoir  toujour  été  libres  et 
exampts  de  toutes  impositions  et  contributions,  payement 
des  subcides  et  charges  réelles,  personnelles  et  mixtes,  que 
les  ducs  de  Guienne  ne  pouuoint  exiger  sous  prétexte  de 
guerre  ou  autres  causes  dans  lestandûe  de  la  Vicomplé, 
quoyquils  enleuassent  dans  les  autres  parties  de  leur  duché 
de  Guienne. 

Quoy  les  officiers  de  la  justice  du  Duc  de  Guienne  ne 
pouuoint  faire  citer  devant  eux  les  habitants  de  la  vicomte 
ny  tenir  leurs  assiges  si  non  dans  la  ville  de  Martel  dans 
laquelle  il  ne  pouuoint  auoir  que  deux  sergents  que  les 
chcneschaux  et  les  autres  officiers  du  Duc  de  Guienne 
estoint  obligés  de  faire  le  scrmt  aux  vicomtes  de  Turenne 
dentretenir  les  libertés,  franchises  et  immunités  de  luy  et 
des  habitants  de  la  vicomte  sur  la  suplique  du  vicomte  de 


Turenne  a  Philipe  le  Hardy  son  souverain,  de  conserver, 
valider  et  confirmer  ses  libertés  et  franchises  tant  pour  luy 
que  pour  les  habitants  de  la  vicomte,  le  dispositif  de  ces 
lettres  feut  que  sur  la  considération  des  faits  y  exposés,  le 
Roy  de  sa  pleine  puissance  et  gré,  gardoit,  y  maintenoist, 
confirmoit  et  conseruoit  La  Viconsté  et  les  habitants  de  la 
vicomte,  dans  ses  libertés,  franchises  et  immunités  pour  en 
jouir  de  plein  droit  pour  eux  et  leurs  successeurs  commils 
auoint  toujours  fait  pour  le  passé. 

Ce  titre  émané  par  un  des  Roys  prédécesseurs  de  Votre 
Majesté  il  y  a  plus  de  quatre  cents  cinquante  ans  qui  annonce 
une  pansion  qui  estoit  delors  de  plus  de  cinq  ciècles  a  été 
suiuie  depuis  une  contante  et  parfaite  exatitude  dans  toutes 
ses  parties  a  légard  des  habitants  de  la  vicomte. 

Les  Chartres  qui  ont  précédé  celle  de  1280  pour  ordonner 
la  continuation  de  cette  franchise  et  immunité  absolue  doi- 
uent  être  dans  la  Charité  de  M'  le  Duc  de  Bouillon  au 
château  de  Turenne  ou  il  est  cité  de  les  vérifier;  elles  es- 
toint  aussi  dans  les  greffes  des  Estats  dont  M'  le  Duc  de 
Bouillon  a  fait  emporter  touts  les  tittres  et  papiers  d'autorité 
depuis  quatre  ou  cinq  ans,  les  supliants  n'ont  peu  recouvrer 
que  celles  qui  ont  suiui  les  titres  de  1280,  Lon  y  voit  que 
Philippe  de  Valois  en  1330  ordonnée  a  ses  seneschaux  et 
receveurs  de  Toullose,  Carcassonne,  Périgord  et  Quercy 
dentretenir  des  libertés  sans  exiger  des  subjets  de  la  vicomte 
aucuns  subcides  pour  cause  de  la  guerre  de  Flandre  auec 
enjonction  de  rendre  ce  qui  pourroist  en  auoir  été  exigé. 

Que  le  Roy  Jean  renouvela  la  confirmation  portée  en  la 
chartre  de  philippe  le  hardy  de  1242  presque  dans  les  mêmes 
termes  tant  pour  les  habitants  de  la  vicompté  que  pour  les 
vicomtes  que  Louis  de  France,  Duc  Danjou,  lieutenant  gé^ 
néral  du  Roy  Charles  5  son  frère,  en  Guienne,  et  L'anjou 
confirma  les  droits,  franchises  et  immunités  aux  vicomptes 
de  Turenne  et  aux  habitants  de  la  vicomte  par  lettres  de 
1314,  lettres  qui  ont  été  suiuies  de  celles  de  Louis  duc  Dan- 
gers, régent  du  royaume  sous  Charles  6,  du  mois  doctobre 
1342;  de  Charles  7,  du  mois  de  may  1446;  de  Louis  11,  du 


—  443  — 

mois  de  9^^  1469;  de  Charles  8,  en  juillet  1484  ;  de  Louis  12, 
1499;  de  François,  en  avril  1522;  denry  deux,  en  octobre 
1547,  en  octobre  1556;  de  Charles  9,  en  aoust  1564;  D'enry  3, 
en  x^ï-e  1574;  Denry  4,  en  8bre  1593;  œoust  et  octobre  1619; 
de  Louis  13,  en  aoust  1641  ;  en  1646. 

Toutes  ces  lettres  pattantes  qui  portent  la  reconnaissance 
et  confirmation  faites  par  les  roys  prédécesseurs  de  Vostre 
Majesté  de  ses  libertés,  franchises  et  immunités  tant  des 
peuples  habitants  nobles  et  non  nobles  de  la  vicomte  de 
Turenne  que  de  vicomte  même  ont  été  rappellées  dans  les 
hommages  randus  par  les  vicomtes  de  Turenne  aux  ducs  de 
Guienne,  a  la  couronne  toutes  les  fois  que  les  s"  intendants 
et  autres  commissaires  de  Vostre  Majesté  ont  voulu  com- 
prandre  les  vicomtes  les  habitants  nobles  ou  non  nobles  de 
la  vicomte  au  rang  des  contribuaux  impositions  ordinaires 
entières,  nouuelles  et  extraordinaires,  les  vicomtes  et  les 
habitants  se  sont  opposés  par  voye  de  droit  et  de  représen- 
tation des  lettres  de  chartre  qui  viennent  d'être  exposées 
sur  les  vuees  desquelles  ils  ont  été  maintenus  dans  leurs 
libertés,  franchises  et  immunités  de  touls  subcides  ou  droits 
ou  par  les  s"  intendants  mêmes  ou  autres  officiers  ou  com- 
missaires de  yostre  Majesté  ou  par  Vostre  Majesté  même  en 
son  conseil;  en  sorte  que  les  habitant  supliants  joignent  aux 
lettres  quils  viennent  de  rapporter  une  pention  de  plus  de 
huit  ciecles  de  la  Liberté  immunité  franchise  de  toutes  im- 
positions subcides  levées  des  deniers  dans  tout  le  temps  et 
pour  quelque  chose  que  ce  soit. 

Par  une  suitte  de  cette  immunité  franchise  consacrée  par 
une  si  longue  pocession  et  autorité  par  la  reconnaissance 
expresse  du  duc  de  Guienne  et  des  roys  prédécesseurs  de 
Vostre  Majesté,  les  habitants  nobles  et  non  nobles  de  la 
Vicomte  ont  tenue  leur  Assemblée  ei  forme  Detats  par  les 
députés  de  villes  et  paroisses  pour  les  affaires  communes  et 
comme  la  plupart  de  ces  états  ne  pouuoint  se  faire  que  sur 
les  yieux  du  vicomte  ils  ne  manquoint  pas  dy  représenter 
par  ses  officiers  les  puissants  effets  que  les  habitants  ressen- 
toint  de  la  protection  que  leur  accordoit  auprès  des  rois 


—  444  - 

prédécesseurs  de  Vostre  Majesté  pour  les  faire  maintenir 
dans  les  libertés,  franchises  dont  ils  auoint  jouis  et  jouis- 
soint  actuellement  que  le  Roy  naccordoit  cette  grâce  quaux 
grands  et  importants  services  quil  leur  rendoit  a  gros  fraix 
pour  les  Guerres  et  les  besoins  de  Lestât  que  tout  cella  me- 
ritoit  considération  de  la  part  des  Estats  et  une  marque  de 
gratitude  par  un  don  volontaire. 

Sur  ces  pareilles  représentations  les  Estats  se  portoint  en 
arrestant  les  Leuées  des  deniers  nécessaire  pour  la  dépance 
de  leur  Assemblée  et  pour  leurs  affaires  accorder  au  vicomte 
dindemniser  des  fraix  quil  disoit  faire  pour  leurs  intérêts,  et 
pour  luy  témoigner  leur  reconnaissance  une  somme  qui  se 
leuoit  en  même  temps  sur  les  habitants  de  la  vicomte. 

Ces  sommes  qui  furent  une  fois  payée  et  pour  cette  fois 
seulement  ayant  été  accordés  au  vicomte  sur  tout  lors  des 
lettres  quils  obtenoint  de  nos  roys  furent  tantost  plus  tan- 
tost  moins  fortes  selon  quelles  estoint  plus  ou  moins  fré- 
quentes, mais  toujour  données  volontairement  et  réglées 
uniquement  par  la  délibération  de  l'Assemblée  des  estats. 

En  1550  le  payis  ayant  receu  des  seruices  importants  du 
vicomte  luy  accorda  par  sa  délibération  du  2  feurier  six  mil 
ecus  une  fois  payés  et  mil  ecus  par  an  pour  lavenir  aux  con- 
ditions (?)  que  cette  sommje  serait  imposée  sur  touts  les 
habitants  par  les  députés  des  États  pour  Estre  déliurée  au 
Tresaurier  du  vicomte  tant  quil  les  feroist  maintenir  dans 
les  immunités  et  franchises,  et  que  des  quils  cesseroint  den 
jouir  ils  ne  seroint  plus  tenus  de  payer  les  mil  ecus  par  la 
partie  de  la  Vicomte  de  Quercy,  ne  voulut  pas  entrer  dans 
cette  charge  annuelle  que  les  seuls  habitants  de  la  partie  qui 
est  dans  le  Limousin  voulurent  bien  slmposer  de  ceux  du 
Quercy  donnèrent  seulement  aux  vicomtes  des  fois  et  autres 
des  sommes  plus  ou  moins  fortes  selon  leur  volonté  et  tou- 
jour auec  protestation  que  cestoit  de  pur  Don  et  sans  obli- 
gation ny  conséquence  que  le  pays  fust  tenu  a  aucune  sub- 
uention  Enuers  les  vicomles  et  a  la  charge  d'estre  maintenus 
dans  leur  exemption. 

Cette  fixation  a  trois  mil  livres  par  an  réglée  en  1550  feusl 


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augmentée  en  diuerses  reprises  jusques  en  1607  et  portées  a 
9,000  livres  par  an  a  savoir  :  6,000  livres  pour  la  partie  du 
Limousin  et  3,000  pour  celle  du  Quercy  parceque  largent 
estoit  devenu  plus  commun  et  que  le  vicomte  ne  cessoit  de 
représenter  les  soins  quil  se  donnoit  et  les  grands  fraix  quil 
faisoint  pour  soutenir  les  interest  du  pays. 

Enfin  federic  Mauville  de  La  Tour  Dauvergne  Duc  de 
Bouijlon  souverain  de  Sedan,  Racours  et  vicomte  de  Tu- 
renne  représenta  luy  môme  aux  Etats  de  la  Vicomte  assem- 
blée en  1649  ses  grandes  dépances  quil  estoit  obligé  de  faire 
pour  soutenir  son  rang  et  la  dignité  de  sa  naissance  les 
effets  puissants  de  sa  protection  pour  maintenir  les  habitanls 
de  la  vicomte  dans  les  pocessions  libertés  et  franchises  et 
immunité  dont  ils  jouissoint  depuis  plusieurs  siècles  et  la 
justice  quil  auoint  de  luy  accorder  un  don  annuel  propor- 
tioné  a  ce  que  les  Roys  levaient  dans  les  autres  pays  de  leur 
dommination  qui  navoint  pas  la  même  immunité  pour  Estre 
ce  don  de  même  qualité  que  l'immunité  sur  quoy  il  feust 
accordé  par  les  États  de  la  Viconsté  que  le  pays  lui  paye- 
roist  annuellement  la  somme  de  3,200  livres  scauoir  la  par- 
tie du  Limousin  2,100  et  celle  du  Quercy  3,100  livres  et  ce 
au  lieu  de  9,000  livres  que  Ion  avoist  accoutumé  de  lui 
donner  annuellement  et  de  touts  les  dons  extraordinaires 
qui  auoient  ete  plus  ou  moins  forts  selon  le  temps  et  quils 
ne  seroint  plus  levés  a  lavenir  le  tout  en  considération  des 
priuileges  franchises  et  immunités  dont  il  auoist  pieu  au 
roy  daccorder  la  confirmation  a  tous  les  habitants  de  la 
Vicomte  avec  conuention  expresse  que  cette  somme  ne  pour- 
roist  estre  augmentée  et  sous  la  condiction  que  la  leuee  nen 
dureroist  que  tant  et  si  longuement  que  le  vicomte  les  feroist 
jouir  de  ses  priuileges  franchises  et  immunités  ce  que  M.  le 
duc  de  Bouillon  vicomte  de  Turenne  accepta  et  promit  auec 
clause  quau  cas  de  manquement  les  habitants  du  pays 
seroint  et  demeureroint  déchargés  de  la  promessie  et  obliga- 
tion quils  contractoint  et  encore  sous  la  condiction  que  si  les 
roys  prédécesseurs  de  Vostre  Majesté  reduisoint  les  tailles 
au  même  pied  quen    1607,   3,000  livres  des  dons  seroint 

T.  XXX.  4-4 


—  446  — 

réduits  aux  3,000  livres  qui  auoint  lieu  alors  et  seroint  dimi- 
nuées a  proportion  a  la  diminution  des  charges  qui  se- 
roint mises  sur  les  autres  peuples  du  royaume  par  Vostre 
Majesté  quoy  que  cette  flxation  de  don  annuel  a  3,400  livres 
deut  estre  invariable  et  tenir  droit  de  touts  autres  dons  sui- 
vants les  conventions  de  1642. 

Cependant  a  mesure  que  les  besoins  de  lestât  ont  obligé 
le  feu  roy  Louis  14  de  mettre  sur  le  peuple  du  royaume  des 
nouvelles  impositions  dont  ceux  de  la  vicomte  ont  été  exâmpts 
les  officiers  et  agents  du  vicomte  en  ont  prix  occasion  de 
demander  encore  des  dons  et  présents  extraordinaires  quils 
ont  profité  de  lestablissement  du  Controlle,  des  actes  du 
papier  timbré  pour  les  actes  de  notaire  ou  de  justice  de  la 
capitation  et  enfin  de  la  liberté  que  le  pays  auoint  de  la  plan- 
tation du  tabac  pour  son  usage,  ils  en  ont  même  pris 
auantage  pour  faire  porter  haut  des  nouueaux  donts  beau- 
coup plus  haut  que  touts  ceux  qui  avoint  été  faits  auant  le 
don  de  34,000,  ce  qui  a  fort  surchargé  les  habitants. 

Quand  Vostre  Majesté  a  jugé  en  1734  de  leur  interdire  la 
liberté  de  faire  du  tabac  M'  le  Duc  de  Bouillon  au  lieu  de 
maintenir  par  sa  protection  auprès  de  Vostre  Majesté  la  poces- 
sion  ou  le  pays  auoit  été  jusques  alors  traité  auec  les  fer- 
miers Généraux  de  Vostre  Majesté  moyenant  une  pention  de 
1,200  livres  pour  consentir  a  tenir  luy  même  la  main  par 
ses  officiers  a  lexecution  de  cette  suspanlion  il  a  continué 
de  jouir  de  cette  pention  pour  le  prix  de  labandon  quil  fai- 
soist  de  linterest  du  païs  sur  cet  article  et  de  receuoir  en 
même  temps  annuellement  Lentière  somme  de  3,400  livres 
qui  ne  lui  estoint  données  que  pour  maintenir  les  mesmes 
interests  pour  la  conseruation  desquels  le  païs  venoist  luy 
même  faire  un  don  extraordinaire  de  10,000  livres  qui  n'es- 
toint  pas  encore  achevé  de  payer. 

Les  leuées  que  les  agents  de  M'  de  Bouillon  seftbrcoient 
de  multiplier  sur  les  habitants  de  la  vicomte  ayant  donné 
lieu  a  des  murmures  et  même  a  des  résolutions  des  habi- 
tants les  plus  sénés  de  représenter  a  M*"  le  duc  de  Bouillon 
que  de  pareilles  exactions  pouroint  porter  les  peuples  de  la 


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vicomte  qui  sont  libres  et  exampts  des  charges  a  recourir  a 
Ihautorite  de  Vostre  Majesté  pour  lobliger  a  leur  laisser  la 
liberté  dont  ils  doiuent  jouir  ils  ont  apris  auec  douleur  que 
M'  le  duc  de  Bouillon  ayant  résolu  de  vendre  a  Vostre 
Majesté  la  vicomte  de  Turcnne  parce  qu'il  ne  le  voyait  plus 
en  cet  estât  ny  en  la  volonté  de  luy  faire  de  pareils  dons 
avoient  compris  ceux  que  ces  peuples  luy  ont  faites  volon- 
tairement par  pure  affection  aux  rangs  des  reuenus  fixes  et 
certains  quil  propose  a  Vostre  Majesté  pour  former  le  prix 
quil  demande  du  dommaine  De  la  vicomte  quil  lui  avoist 
porté  le  don  ordinaire  des  supliants  pour  33,225  livres,  les 
dons  extraordinaires  pour  1723  de  la  pantion  de  12,000  livres 
quil  reçoit  des  fermiers  Généraux  de  Vostre  Majesté  en  con- 
séquence qui  a  ete  faitte  de  la  defance  faitte  aux  habitants 
de  la  vicomte  de  planter  du  tabac  ce  qui  forme  a  ces  yeux 
un  revenu  de  51,998  livres  dont  il  demande  a  Vostre  Majesté 
le  dernier  ce  qui  monteroit  a  3,116,880  livres  sans  y  com- 
prendre les  autres  exagérations  des  reuenus. 

Un  euénement  aussi  extraordinaire  dont  le  projet  avoit 
été  déjà  projette  du  uiuant  de  Godefroy  Mauville  duc  de 
Bouillon  vicomte  de  Turenne  auoit  déterminé  les  habitants 
de  la  vicomte  a  venir  se  jetter  aux  pieds  de  Vostre  Majesté 
leur. unique  souuerain  ;  et  y  réclamer  la  puissance  suprême, 
et  célla  non  seulement  pour  arrester  les  exactions  inouïs  que 
les  agents  de  M"  le  Duc  de  Bouillon  voudroint  exercer  sur 
un  païs  dont  les  roys  prédécesseurs  de  Vostre  Majesté  ont 
maintenu  conserué  la  franchise  immunité,  mais  encore  afin 
qu'un  seigneur  auquel  ils  ont  dans  touts  les  temps  prodigué 
si  libéralement  leur  bien  pour  peure  reconnaissance  de  leur 
protection  quil  disoint  leur  donner  auprès  de  Vostre  Majesté 
et  des  roys  vos  prédécesseurs  ne  vande  a  prix  Dargent  a 
Vostre  Majesté  les  mêmes  franchises  et  immunités  dont  il 
nest  pas  propriettaire  dont  il  ne  peut  disposer  au  préjudice 
des  habitants  de  la  vicomte  a  qui  elles  sont  propres  et  per- 
sonnelles. 

Les  supliants  reconnoissent  par  la  seule  puissance  que 
Vostre  Majesté  tient  de  Dieu  seul  quelle  est  maîtresse  abso- 


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lue  de  les  assujettir  au  même  droit  charge  et  imposition 
quil  lui  plait  dimposer  sur  les  autres  subjets  de  sa  Dommi- 
nation  et  que  sil  luy  plaisoist  de  le  faire  les  vicomtes  de 
Turenne  leur  seigneur  nauroist  comme  eux  que  la  voye  de 
la  plus  respectueuse  représentation  a  Vostre  Majesté  pour 
obtenir  de  sa  bonté  et  de  sa  clémence  la  conseruation  des 
immunités  et  franchises  dont  lui  et  les  habitants  jouissent 
depuis  plus  de  dix  ciecles  cette  immunité  dont  touts  les 
peuples  de  la  Guienne  jouissoint  des  le  S"*  ciecle  lorsque 
Paipin  premier  de  la  seconde  race  reunit  sous  sa  dommi- 
nation  par  la  conqueste  qu'il  en  fisl  sur  Geffre  fils  Deudon 
qui  s'en  estoit  emparé  et  qui  privait  (?)  les  peuples  qui  jus- 
ques  la  avoint  été  libres  sest  conseruéo  entière  dans  la 
vicomte  de  Turenne. 

Les  peuples  de  cette  vicomte  qui  est  au  milieu  des  mon- 
tagnes de  Limousin  et  Quercy  dans  un  pays  dont  la  pros- 
périté leur  interdit  toute  sorte  de  éommerce  ont  conserué 
toutte  la  pluralité  de  leurs  meurs  et  ont  eu  le  bonheur  destre 
gouvernés  par  des  seigneurs  qui  ont  randu  des  seruices 
signalés  a  leur  souuerain  et  a  lestât  attaché  à  leur  vicomte 
quils  ont  suiui  dans  toutes  les  Guerres  ou  il  estoit  obligé  de 
servir  la  couronne  ils  ont  mérité  comme  luy  que  les  roys 
prédécesseurs  de  Vostre  Majesté  leur  conseruassent  les  im- 
munités et  franchises  auec  lesquelles  ils  estoint  entres  avec 
luy  sous  lobeissance  de  Papain  père  de  Charlemagne  et 
auoint  conserué  de  viure  libres  sous  celles  des  Ducs  de 
Guienne  et  des  roys  de  France  ce  pays  a  toujour  fourny  et 
fournit  encore  a  proportion  de  son  eslandue  aux  armées  de 
Vostre  Majesté  autant  doflciers  et  de  soldats  quaucune  autre 
partie  de  vostre  royaume,  ses  dfoits  reconnus  mentionnés  et 
confirmés  dans  la  chartre  de  philippe  le  hardy  de  1280  sont 
les  droits  des  habitants  de  la  vicomte  ainsi  que  ceux  du 
vicomte. 

Le  Vicomte  qui  esloist  seigneur  en  cette  qualité  le  pre- 
mier des  habitants  de  son  pays  a  demandé  pour  luy  comme 
pour  eux  la  conseruation  de  leur  immunité  ce  que  les  roys 
prédécesseurs  de  Vostre   Majesté   eussent  peu  refuser  en 


I 

J 


f 


-  449  — 

usant  a  la  rigeur  de  leur  puissance  absolue,  ils  ont  creu  de 
leur  bonté  et  de  leur  magnificence,  et  les  supliants  osent 
dire  de  leur  justice  de  les  leur  conserver. 

C'est  sous  la  protection  des  roys  prédécesseurs  de  Vostre 
Majesté  que  les  habitants  de  la  vicomte  de  Turenne  jouissent 
depuis  près  de  mil  ans  de  limmunilé  et  franchise  de  toutes 
impositions  et  subcides.  Les  viconles  nont  été  que  lorgane 
de  leur  vasseaux  et  tenanciers  quand  ils  ont  demandé  la 
confirmation  des  privilèges  pour  les  habitants  de  la  Vicomte 
comme  pour  eux  et  Votre  Majesté  permettant  depuis  son 
règne  quils  continuassent  de  jouir  de  leur  liberté,  na  fait 
que  suivres  les  traces  des  roys  ses  prédécesseurs  et  de  son 
auguste  bisoyeul  qui  a  creu  se  deuoir  à  luy  même  plus 
encore  qu'à  la  maison  quil  possède,  sa  vicomte  de  ne  donner 
aucune  atteinte  a  des  immunités  et  franchises  aussi  an- 
ciennes et  si  authantiquement  lecognues  et  confirmées  suc- 
cessivement par  touls  nos  roys  pendant  plus  de  150  ans  par 
la  suilte  dune  pocession  qui  remontât  encore  a  un  plus 
grand  nombre  de  ciecles  et  dans  une  antiquité  qu'on  ne 
peust  connoistre  que  par  les  istoires  et  dont  la  loogeur  du 
temps  n'a  pas  permis  que  les  lettres  vinssent  jusques  a  nous. 

Mais  il  suffit  aux  supliants  den  trouuer  les  traces  claires 
dans  la  chartre  de  1 180  qui  est  le  plus  encien  des  tittres  de 
la  vicomte  quils  y  connoissent  ou  Philippe  le  hardy  ne  con- 
firme aux  habitants  de  la  vicomte  les  privilèges  franchises 
et  immunités  que  sur  la  voie  de  trouver  les  lettres  précé- 
dantes des  enciens  ducs  de  Guienne  qui  les  auoint  recon- 
nues et  confirmées. 

Après  un  aussi  grand  nombre  de  mouuementsde  la  justice 
et  de  la  Bonté  de  nos  roys  qui  ont  maintenu  cette  pocession 
d'immunités  de  leur  subcides  et  impositions  dont  les  habi- 
tants de  la  Vicomte  ont  loujour  jouis  et  jouissent  encore 
annuellement  sous  le  règne  glorieux  et  fleurissant  de  Vostre 
Majesté  ils  peuuent  dire  auec  confiance  quils  sont  propriai- 
taires  de  ses  libertés  franchises  et  immunités  quelles  leur 
appartient  comme  leur  bien  propre  et  non  au  vicomte  de 
Turenne  qui  ne  peust  ny  leur  otter  ny  en  disposer  a  leur 


—  450  - 

préjudice  par  une  attantion  ou  donnation  et  quils  ont  autant 
de  droit  d'en  jouir  sous  la  puissance  de  Vostre  Majesté  que 
le  vicomte  de  Turennc  du  Domaine  de  sa  Vicomte,  s'il  estoit 
donc  possible  qu'un  bien  aussi  précieux  que  le  sont  leurs 
libertés  franchises  et  immunités  peust  estre  vendue  et  mise 
a  prix  elle  pourroist  lestre  que  par  les  supliants  a  qui  seuls 
elles  appartiennent  quils  sont  les  seuls  propriai taires  et  non 
le  vicomte  qui  na  ny  la  proprietté  ny  la  pocession  si  non 
pour  ce  qui  le  concerne  seul  et  non  pour  ce  qui  concerne 
les  habitants  qui  possèdent  les  franchises  et  immunités 
comme  il  possède  la  sienne. 

Il  est  vray  que  les  vicomtes  de  Turenne  qui  ont  toujour 
été  des  seigneurs  de  grande  considération  et  du  grand  crédit 
auprès  de  nos  Roys  ont  demandé  et  obtenu  la  confirmation 
de  ses  libertés  pour  les  habitants  de  la  Vicomte  ce  que  les 
habitants  ont  témoigné  a  leur  vicomte  la  reconnaissance  et 
cette  protection  par  les  dons  que  les  agents  des  vicomtes 
ont  aumanter  peu  a  peu  par  sucession  de  temps. 

Mais  les  dons  accordés  volontairement  par  les  États  de  la 
vicomte  uniquement  pour  marquer  leur  reconnaissance  dune 
protection  puissante  auprès  du  Souuerain  ne  font  une  lettre 
en  la  personne  du  vicomte  pour  leuer  des  deniers  sur  ces 
vasseaux  et  tenancier  de  sa  seule  authorité  sil  voulait  les 
obliger  a  payer  ce  qui  ne  luy  est  pas  accordé  de  leur  pure 
et  franche  volonté  ou  plus  qu'ils  ont  voulu  luy  accorder  ils 
luy  resisteroint  avec  justice  et  recourrait  au  pouuoir  suprême 
de  Vostre  Majesté  Son  souuerain  et  le  leur  de  qui  ils  sont 
également  subjets  pour  les  deffandre  de  loppression  quil 
voudroist  exercer  contre  eux  ils  luy  diroint  auec  justice 
qu'estant  francs  de  louts  subcides,  impositions  enuers  Vos- 
tre Majesté  leur  seul  souuerain  ils  le  sont  a  plus  forte  raison 
envers  luy  que  quand  ils  luy  ont  fait  un  don  de  finance  et 
pour  cella  assis  et  leués  sur  eux-mêmes  des  deniers,  sa  a  ete 
un  acte  de  nature  purement  volontairement  quil  neust  peu 
exiger  deux  sils  neussent  pas  voulu  les  donner  que  touts  les 
pretandus  que  touts  les  vicomtes  ont  pris  pour  ce  faire 
accorder  par  les  États  du  pays  des  dons  gratuits  quils  ont 


—  451  — 

converty  a  une  somme  annuelle  dont  la  leuée  se  fait  article 
par  article  et  imposition  comme  la  taille  dans  les  autres 
pays,  ne  leur  ont  pas  donné  un  peuple  libre,  et  que  tout  ce 
quils  ont  recueilli  a  ete  de  receuoir  les  présents  que  les  États 
leur  faisoint  volontairement  par  reconnaissance  de  leur  pro- 
tection et  bons  offices  qu'ont  eu  a  leur  faire,  quon  peut  cas- 
ser dès  quon  ne  voudra  plus  faire  de  pareils  présents  et 
quon  a  raison  de  ne  vouloir  plus  les  leur  faire  des  qvie  au 
lieu  de  protéger  et  de  deffandre  les  immunités  des  habitants 
de  la  Vicomte  il  veust  vendre  les  droits  de  leuer  les  deniers 
sur  eux  comme  si  cestait  un  bien  qui  leur  appartint  Les 
habitants  pour  soutenir  une  deffance  aussi  naturelle  deuant 
Vostre  Majesté  nauroint  besoin  que  des  lettres  mêmes  que 
le  vicomte  porte  pour  marquer  les  grandes  prérogatives  de 
la  vicomte  quil  veust  vandre  puisque  ces  lettres  annoncent 
leurs  libertés  commes  les  siennes. 

Les  supliants  portent  donc  auec  confiance  leurs  très  hum- 
bles représentations  auprès  du  trône  de  Vostre  Majesté  sur 
cette  vente  proposée  par  M' le  duc  de  Bouillon  et  ils  sous- 
tiennent  auec  la  plus  parfaitte  soummission  pour  Vostre 
Majesté  et  sans  sescarter  du  respect  quils  conseruent  pour 
M' le  duc  de  Bouillon  leur  vicomte  quil  ne  peust  comprandre 
au  rang  des  reuenus  de  la  vicQnité  quil  veust  vandre  les  gra- 
tifications des  marques  de  reconnaissance  quil  a  reçue  deux 
que  parcequils  ont  bien  voulu  les  luy  donner  sans  quil  eut 
aucun  droit  et  tittre  pour  les  exiger. 

Si  M' le  duc  de  Bouillon  ne  veust  pas  a  lexemple  de  ses 
pères  user  de  laxés  quil  a  auprès  de  Vostre  Majesté  pour 
obtenir  la  confirmation  de  leur  libertés  pour  les  y  faire  main- 
tenir ils  espèrent  de  la  bonté  et  de  la  justice  de  Vostre 
Majesté  quelle  voudra  bien  les  escouter  eux  mêmes  dans  les 
très  humbles  suplications  quils  lui  en  font. 

Ils  espèrent  conseruent  depuis  près  de  dix  ciecles  les 
libertés  si  précieuses  pour  eux  par  la  bonté  des  roys  pré- 
décesseurs de  Vostre  Majesté  qui  au  nombre  de  plus  de  vingt 
les  ont  sucessiuement  confirmées  si  le  vicomte  par  des  veues 
contraires  a  celles  de  ses  pères  qui  les  ont  protégés  auprès 


_  452  — 

des  roys  pour  les  leur  faire  conseruer  les  abandonne  et 
qu'en  vendant  la  vicomte  il  veuille  aussi  vandre  comme  son 
bien  les  marques  quils  luy  ont  volontairement  donnés  de 
leur  reconnaissance  et  les  mest  en  estât  de  les  plus  deuoir 
qua  Vostre  Majesté  seule. 

C'est  dans  cette  situation  que  munis  de  tant  de  lettres  ils 
se  prosternent  en  toute  humilité  deuant  elle  pour  luy  de- 
mander la  conseruation  et  quils  lui  représentent  que  si  elle 
veut  reunir  les  lettres  de  la  viconste  a  sa  couronne  elle  na 
point  de  prix  a  payer  a  M'  le  duc  de  Bouillon  pour  luy 
acquérir  de  luy  un  droit  quil  na  point  qui  ne  luy  a  jamais 
appartenu  et  dont  ils  sont  seuls  propriaitaires  que  leur 
liberté  sont  leur  bien  propre  et  personnels  et  dans  la  poces- 
sion  desquels  les  roys  prédécesseurs  de  Vostre  Majesté  con- 
tinue de  les  y  maintenir  comme  ils  espèrent  de  sa  clemance 
et  de  sa  justice  ils  regarderont  de  luy  donner  volontairement 
les  mêmes  marques  de  leur  reconnaissance  quils  donnoint  a 
leur  vicomte  sans  quil  aye  coutté  a  Vostre  Majesté  a  con- 
quérir cet  empire  sur  les  cœurs. 

L'Intantion  de  Vostre  Majesté  ne  peust  estre  danéantir  en 
un  estant  pour  satisfaire  linlerest  seul  de  M*"  le  Duc  de 
Bouillon  ce  que  ks  roys  prédécesseurs  de  Vostre  Majesté  ne 
voudrointque  des  subjets  deu«us  ses  vasseaux  et  tenanciers 
immédiats  pour  lacquisition  quelle  auroist  faitte  de  la  sei- 
gneurie du  pais  quils  habitent  deuinssent  d'une  condition 
pire  que  celle  dont  ils  estoient  sous  le  vicomte  leur  encien 
seigneur  et  quayant  toujour  esté  francs  et  libres  de  touts 
subcides  et  impositions  par  la  bonté  et  justice  des  roys  vos 
prédécesseurs  tant  quils  nauroient  point  d'autre  seigneur 
immédiat  quun  vicomte  vassal  de  Vostre  Majesté  ils  per- 
dissent toutes  les  libertés  et  franchises  au  moment  quils 
seroint  passés  sous  la  mouuance  dun  roy  aussi  grand,  aussi 
bon,  aussi  juste,  Vostre  Majesté  ne  voudroil  pas  jouir  de  la 
vicomte  de  Turenne  autrement  quen  ont  jouï  les  vicomtes  de 
La  Tour  dauvergne  et  auant  eux  ceux  de  la  maison  de  Beau- 
fort  Commises  et  les  anciens  vicomtes  qui  les  ont  précédé 
ny  faire  perdre  aux  peuples  de  cette  vicomte  les  libertés 


—  453  — 

que  les  roys  vos  prédécesseurs  ont  conserué  souà  les  anciens 
vicomtes. 

Les  Estats  du  pais  demeurés  francs  et  libres  de  touts  sub- 
cides  6t  impositions  sous  le  vicompte  de  Turenne,  représen- 
teront a  Vostre  Majesté  que  comme  les  libertés  dont  ils 
jouissent  nont  point  ete  vanduôs  au  vicomte  ni  a  ses  pères 
il  ne  peust  les  vandre  ny  entrer  de  Vostre  Majesté  a  aucun 
prix  que  leurs  libertés  sont  toutes  anciennes  a  eux  quil  ny 
a  aucun  droit  et  que  si  contre  leur  espérance  et  la  confiance 
qu'ils  ont  en  la  bonté  et  en  la  justice  de  Vostre  Majesté  sa 
volonté  estoit  de  le  leur  oster  et  de  les  soummettre  a  toutes 
impositions  comme  ses  autres  subjets  il  ne  seroit  pas  juste 
que  Vostre  Majesté  payât  pour  cella  un  prix  au  vicomte 
puisquil  ne  luy  appartient  pas  den  disposer. 

Ils  espèrent  au  contraire  que  si  Vostre  Majesté  acquiert 
de  M""  le  Duc  de  Bouillon  la  vicomte  de  Turenne  elle  ne 
voudra  pas  permettre  quil  comprenne  dans  les  reuenus 
quelle  produit  et  dont  il  propose  leualuation  des  sommes 
que  les  Estats  du  pays  ont  bien  voulu  payer  de  leur  franche 
volonté  et  sans  y  estre  obligés  ny  par  les  douze  mil  livres 
quil  tire  des  fermiers  généraux  de  Vostre  Majesté  pour  la 
supression  de  la  plantation  du  tabac  dont  les  seuls  habitants 
ont  soufert,  ils  espèrent  aussi  que  Vostre  Majesté  voudra 
bien  si  elle  acquiert  la  vicomte  permettre  aux  Estats  du  pais 
de  sassembler  en  la  manière  ordinaire  pour  pouvoir  sous 
son  bon  plaisir  a  la  conseruation  de  leurs  libertés  dont  les 
habitants  de  la  vicomte  ont  toujours  jouï  et  luy  présenter 
leurs  cayets  et  ils  continueront  leurs  veufs  et  leurs  prières 
pour  sa  santé  et  prospérité 

De  Vostre  Majesté. 


Faye-I-ieLOlièze 


ET 


LES  DÉBUTS  DE  LA  RÉVOLUTION  A  BRIVE 

'    (d'après  des  docmnents  inédits) 


Les  curieux  documents  contenus  dans  les  archives 
municipales  pourraient  servir  àcompléter,  sinon  même 
à  renouveler  l'histoire  des  débuts  de  la  Révolution 
à  Brive.  Nous  nous  proposons  seulement  ici  d'en 
extraire  les  détails  qui  se  rattachent  à  la  biographie 
du  docteur  Pierre -François  Lachèze,  dit  Lachèze 
jeune,  et  Faye-Lachèze(l),  député  à  l'Assemblée  na- 
tionale législative,  puis  chef  du  Bureau  des  Consulats 
au  Département  de  la  Marine,  commissaire  diploma- 
tique près  l'armée  d'Italie  et  consul  général  à  Gênes, 
enfin  directeur  de  l'Enregistrement  et  des  Domaines 
à  Aquila  (royaume  de  Naples),  ayant  peut-être  rempli 
d'autres  fonctions  encore  dans  des  villes  différentes 
d'Italie. 

Ce  personnage,  par  lui-même  assez  médiocre,  type 
assez  caractéristique  de  Varriviste  au  commence- 
ment de  la  Révolution,  se  trouve  occuper  une  place 
aussi  importante  que  singulière  dans  l'histoire  du 

(1)  Faye  parait  avoir  été  à  Forigine  le  nom  de  quelque  petite  pro- 
priété de  famille,  ajouté  au  nom  patronymique  pour  distinguer  le  frère 
cadet  du  frère  aine,  suivant  un  usage  devenu  assez  commun  dans  la 
bourgeoisie,  à  la  fin  de  Tancien  régime. 


—  456  - 

général  Antoine  Marbot,  sur  laquelle  une  publication 
récente  de  notre  distingué  compatriote,  M.  Louis  de 
Nussac,  a  fourni  de  si  piquants  renseignements  (1). 
11  a  aussi  une  petite  place  dans  Thistoire  de  Mirabeau, 
Cabanis  se  Tétant  adjoint  pour  soigner,  comme  mé- 
decin, le  grand  orateur  dans  sa  dernière  maladie,  et 
celui-ci  lui  ayant  donné  dans  son  testament  une  mar- 
que de  souvenir  et  de  reconnaissance. 

Nous  ne  reviendrons  pas  ici  sur  ce  qui  concerne 
les  rapports  d'amitié  très  étroite  établis  entre  le  gé- 
néral Antoine  Marbot  et  François  Faye-Lachèze,  à 
compter  de  leur  élection  simultanée  à  l'Assemblée 
législative,  comme  députés  de  la  Corréze,  et  du  ma- 
riage du  second  avec  une  jeune  protégée  de  M"'  de 
Condorcet,  Rose  Dupré  de  Geneste,  la  Rosette  des 
lettres  écrites  sous  la  tente  par  le  général  Antoine 
Marbot.  Nous  nous  bornons  à  renvoyer  à  cet  égard 
nos  lecteurs  à  la  brochure  de  M.  de  Nussac,  et  au 
commentaire  que  lui  a  donné  Tun  de  nous  dans  un 
article  de  la  Revue  des  Questions  historiques^  de 
janvier  1908(2). 

Nous  allons  remonter  un  peu  plus  avant  dans  la 
vie  de  François  Lachéze^  et  raconter  les  origines  de 
sa  carrière  politique. 

I 

Un  mot  d'abord  sur  la  famille  dont  il  est  sorti. 
C'était   une   famille   de   petite   bourgeoisie  campa- 


(1)  Études  historiques  militaires,  —  Le  général  Antoine  Marbot, 
amitiés,  amours  et  guerres,  par  L.  de  Nussac.  —Paris,  Picard.  1905. 

(2)  Marbot  garde- du- corps  et  général  de  la  République,  par  Gh.  de 
Loménie, 


—  457  — 

gnarde,  originaire  de  Voutezac  ou  d'Orgnac,  dont  le 
chef,  à  la  fin  de  Tancien  régime^  François  Lachèze, 
époux  de  Marianne  Lacoste,  avait  le  titre  d'avocat  en 
Parlement,  mais  était  surtout  l'homme  d'affaires  au- 
quel la  famille  de  Lasteyrie  du  Saillant  accordait  toute 
sa  confiance.  11  est  fréquemment  question  de  lui  dans 
la  correspondance  inédite  entre  le  marquis  de  Mira- 
beau, ÏAmi  des  HommeSy  et  son  gendre  le  marquis 
du  Saillant.  Successivement  procureur  d'office,  puis 
lieutenant  de  juge,  puis  juge  de  la  juridiction  sei- 
gneuriale d'Allassac,  il  habitait  le  Saillant.  Son  lils 
aîné  Pierre-Remy,  légiste  comme  lui,  et  qui  devait 
finir  ses  jours  juge  au  Tribunal  de  cassation,  était 
pareillement  à  la  fin  de  l'ancien  régime  juge  d'une 
autre  justice  appartenant  à  la  famille  du  Saillant, 
celle  du  Saillant,  Comborn^  Saint- Viance  et  Objat. 

Ayant  amassé  une  jolie  fortune  bourgeoise  pour  le 
pays  et  Tépoque,  une  centaine  de  mille  francs  envi- 
ron, après  avoir  commencé  avec  très  peu  de  chose, 
ayant  assuré  des  emplois  à  ses  fils  (1)  (le  second  Pierre- 
François  était  devenu  médecin  après  avoir  obtenu  une 
des  six  bourses  de  la  ville  de  Brive  dans  les  collèges 
de  l'Université  de  Toulouse),  le  vieux  Lachèze  ache- 
vait avec  bonne  humeur,  au  Saillant,  une  vie  assez 
longue  qu'il  devait  terminer  en  1791,  entre  ses  deux 
filles,  la  Margoutou,  ménagère  experte,  et  la  Pou-- 
lettej  très  entendue  en  affaires  (2).  Il  était  très  res- 


(1)  D'après  le  relevé  des  actes  notariés  et  d'état-civil  relatifs  à  la 
famille  Lachèze.  relevé  donné  par  M.  Louis  de  Nussac  dans  la  bro- 
chure précitée,  l'homme  d'affaires  de  la  famille  du  Saillant  aurait  eu 
six  enfants  lui  ayant  survécu,  dont  trois  fils. 

(2)  Les  lettres  de  Lachèze  à  son  ami  Antoine  Lalande  nous  montrent 
la  Margoulou  faisant  exécuter  des  travaux  pour  ses  amis  de  Brive 


—  458  — 

pectueux  de  Tautorité^  et  d'un  voltairianisme  prudent 
à  l'égard  des  gens  d'Eglise. 

Les  premiers  événements  de  la  Révolution  à  Brive 
allaient  donner  à  ses  deux  fils  établis  tous  deux  dans 
cette  ville,  et  âgés  alors  l'un,  l'avocat,  de  trente-six 
ans,  l'autre,  le  médecin,  de  trente-trois,  l'occasion  de 
se  créer  d'emblée  un  rôle  politique. 

Brive  et  le  Bas-Limousin  étaient  éloignés  des  in- 
fluences aristocratiques  et  parlementaires  qui  ont 
commencé  la  Révolution.  Ni  la  lutte  des  Parlements 
contre  le  ministère  Brienne,  et  le  projet  apporté 
de  Bordeaux  par  un  conseiller  au  Parlement  de  cette 
ville,  seigneur  de  fiefs  en  Bas-Limousin,  M.  de  Pois- 
sac,  en  vue  de  reconstituer  les  Etats  de  Guienne  (au 
lieu  des  assemblées  provinciales  instituées  par  le  gou- 
vernement); ni  les  élections  aux  Etats- Généraux  qui 
ont  provoqué  tant  de  désordre  dans  d'autres  régions, 
ni  même  les  premières  discussions  entre  les  repré- 
sentants des  trois  ordres^  le  serment  du  Jeu  de  Paume, 
la  séance  royale  du  23  juin  n'ont  ému  beaucoup  la 
population  du  Limousin.  V anarchie  spontanée  par 
laquelle  Taine  a  caractérisé  la  première  phase  de  la 
Révolution  n'a  pas  existé  chez  elle.  C'est  un  point 
qu'il  n'est  pas  inutile  de  mettre  en  lumière,  les  pré 
cédents  historiens  locaux,  M.  de  Seilhac  notamment, 
ne  l'ayant  pas  assez  dégagé. 

Jusqu'au  14  juillet  1789,  Brive  en  particulier  a  joui 
d'une  tranquillité  parfaite,  non  exempte,  il  est  vrai, 


par  les  fileuses  du  Saillaivt.  Quant  à  M"*  Poulette,  la  marquise  du 
Saillant  s'adresse  à  elle  en  1791  pour  écrire  les  lettres  délicates  que 
son  frère,  le  procureur-syndic  du  district,  peut  être  embarrassé  de 
faire  lui-même. 


-  459  — 

d'engourdissement.  Cette  ville  était  administrée  par 
un  maire  perpétuel,  lequel  était  en  même  temps 
lieutenant -général  de  la  sénéchaussée,  un  lieute- 
nant de  maire,  quatre  échevins,  et  quatre  con- 
seillers de  ville  en  titre;  à  ces  officiers  municipaux 
s'adjoignaient,  dans  les  occasions  importantes,  un  cer- 
tain nombre  de  notables  ou  fonctionnaires  formant 
avec  eux  ce  qu'on  appelait  le  Conseil  politique  (i). 
Dans  la  plupart  des  villes  de  France  les  charges 
municipales  électives  avaient  été  transformées  suc- 
cessivement, on  le  sait,  en  offices  qui  s'acquéraient 
et  se  transmettaient  moyennant  finances  et  étaient 
recherchés  à  cause  des  prérogatives  honorifiques 
ou  autres  qu'ils  conféraient  à  leurs  titulaires.  Il  y 
a  à  la  fin  de  V Ancien  régime  et  de  la  fiévo- 
lulioUj  de  Tocqueville^  une  note  particulièrement 
instructive  sur  Une  administration  de  ville  au 
XVIIP  siècle.  Cette  ville  qui  est  celle  d'Angers  avait, 
comme  certaines  autres  (2),  racheté  à  différentes  re- 
prises les  offices  plusieurs  fois  créés  par  le  gouverne- 
ment, c'est-à-dire,  comme  le  dit  un  mémoire  de  1764, 
cité  par  Tocqueville,  a  payé  de  ses  finances  pour  con- 
server la  liberté  de  ses  élections  (d'ailleurs  peu  démo- 
cratiques), et  faire  jouir  ses  officiers  élus^  les  uns 
pour  deux  ans,  les  autres  à  vie,  des  différentes  préro- 

(1)  Le  Conseil  politique,  en  1789,  était  composé  de  MM.  de  Maledent 
de  la  Bastille,  maire  perpétuel;  Mayjonade,  lieutenant  de  maire;  Man- 
tet,  avocat;  Bachélerie,  procureur;  Déjean,  négociant;  Delpeuch,  no- 
taire, échevins;  Delbos  du  Bousquet,  Antignac,  Laborderie,  Maie- 
peyre,  conseillers  de  ville;  de  Gilibert,  curé  de  Saint-Martin;  Crozat, 
Lemas,  Goulmy,  Rogemond,  de  Rivaud,  Guittard,  Laulerie,  Rebière, 
de  Corn,  du  Peyron;  de  Lavareille,  chanoine;  de  Lansade,  receveur 
des  tailles;  de  Vielbans,  lieutenant  particulier;  Védrenne  de  Lacha- 
pelle. 

(2)  Celle  de  Limoges,  notamment. 


—  460  — 

gatives  attachées  à  leur  charge  ».  A  Brive  la  transfor- 
mation en  offices  remonte  à  1692,  malgré  une  autre 
indication  donnée  dans  un  document  ci-après,  et  les 
mêmes  sacrifices  n'avaient  pas  été  faits  pour  main- 
tenir un  régime  municipal  électif.  La  flscalité  du 
gouvernement  avait  su  donner  une  satisfaction  à 
Tamour-propre  de  la  bourgeoisie,  en  créant  ainsi  des 
charges  soustraites  à  Tobligation  féodale  d'hommage- 
lige^  genibus  flexis  et  capuciis  amolis^  laquelle 
existait  précédemment  au  profit  des  ducs  de  Noailles 
devenus  seigneurs  des  deux  tiers  de  la  ville.  Les 
anciens  consuls  ayant  été  d'abord  maintenus  à  côté 
des  nouveaux  officiers  municipaux,  avec  des  attribu- 
tions réduites  à  des  objets  spéciaux,  comme  la  répar- 
tition ou  le  recouvrement  de  Timpôt,  nous  voyons,  le 
15  mai  1770  encore,  le  duc  de  Noailles  obtenir  contre 
eux  du  Parlement  de  Paris  la  reconnaissance  de  cette 
obligation  féodale.  Depuis  lors  les  consuls  avaient 
cessé  d'exister  et  le  duc  de  Noailles  s'était  trouvé  sans 
action  contre  les  nouveaux  officiers  municipaux. 

Les  transformations  dont  nous  parlons  sont  pour- 
tant au  nombre  des  causes  q.ui  ont  le  plus  contribué 
à  affaiblir  l'organisation  administrative  de  l'Ancien 
régime.  Des  municipalités  électives  ne  se  fussent  pas 
effondrées  devant  les  premières  insurrections  popu- 
laires, comme  nous  allons  voir  s'effondrer  la  munici- 
palité de  Brive,  constituée  en  offices  héréditaires. 
II  ne  faudrait  pas  croire  pourtant  que  les  personnes 
revêtues  de  ces  fonctions  en  1789,  M.  de  Maledent  de  la 
Bastille,  maire,  et  les  collègues  qu'il  présidait,  fussent 
animées  d'un  étroit  esprit  de  caste  ou  inspirassent 
de  l'antipathie  à  la  population.  Nul  ne  leur  refusait 


—  461  — 

au  contraire  Testime  qu'ils  avaient  méritée  par  le 
désintéressenient  de  leur  administration;  et  les  suc- 
cesseurs qui  leur  furent  donnés^  le  7  septembre  1789, 
leur  rendirent  cet  hommage  significatif,  par  une  déli- 
bération consignée  dans  les  registres  municipaux  : 
a  Lorsque  la  communauté  a  cru  devoir  exprimer  son 
a  vœu  (pour  le  renouvellement  de  la  municipalité), 
«  elle  n'a  eu  d'autre  raison  que  Tillégalité  de  la  nomi- 
«  nation^  et  la  réclamation  d'un  droit  qui  lui  avait  été 
oc  usurpé.  La  conduite  des  anciens  officiers  munici- 
«  paux  et  du  Conseil  politique  étant  à  Tabri  de  tout 
«  reproche  pendant  leur  administration,  il  serait  in- 
«  juste  de  laisser  le  moindre  nuage  sur  le  personnel 
«  d'honnêtes  gens  qui  ont  bien  mérité  de  la  chose 
«  publique.  Il  a  donc  été  délibéré  unanimement  qu'il 
a  serait  fait  une  mention  honorable  sur  les  registres 
a  de  l'Hôtel-de-Ville,  et  que  particulièrement  M.  May- 
«  jonade,  ancien  lieutenant  de  maire^  serait  remer- 
«  cié,  au  nom  de  la  communauté,  d'avoir  fait  em- 
«  bellir  à  ses  frais  nos  promenades  publiques  et  donné 
«  des  preuves  en  toutes  occasions  de  son  zélé  et  de  sa 
a  générosité  envers  la  patrie.  j> 

Les  précieux  registres  de  délibérations  du  corps 
municipal  de  Brive  transcrits  par  M.  Julien  Lalande, 
l'un  de  nous,  montrent  ces  officiers  municipaux  con- 
sciencieusement occupés  de  leurs  petites  affaires  admi- 
nistratives, sans  diversion  politique  jusqu'au  19  juillet. 
Le  calme  des  esprits,  et  parmi  eux  et  dans  la  popu- 
lation^ commence  à  être  atteint  lors  de  la  réception 
des  lettres  par  lesquelles  M.  Malès,  député  du  Tiers- 
Etat  aux  Etats-Généraux,  représentant  plus  particu- 
lièrement  la   sénéchaussée   de   Brive,    raconte   aux 

T.  XXX.  /i  -  5 


—  462  — 

officiers  municipaux  les  événements  des  12,  13, 
14  juillet  et  jours  suivants.  Mais,  comme  la  présence 
de  Necker  (M.  de  Necker  comme  on  dit  à  Brive)  à  la 
tête  du  gouvernement  est  ce  à  quoi  la  population 
attache  alors  le  plus  d'importance,  comme  la  nou- 
velle de  son  rappel  arrive  presque  tout  de  suite  après 
celle  de  son  renvoi^  le  premier  effet  produit  est  sur- 
tout un  effet  de  joie  dans  toutes  les  classes  de  la 
population. 

Cette  joie  se  manifeste  d*abord  par  des  cérémonies 
religieuses  :  grand'messes  solennelles  à  Téglise  collé- 
giale, Te  Deum  chanté  à  deux  jours  différents^  ser- 
vice célébré  a  pour  le  repos  des  âmes  des  généreux 
citoyens  de  Paris  qui  ont  sacrifié  leur  vie  pour  la 
défense  de  la  patrie  ».  Le  jeudi  23  juillet,  après  la 
première  grand*messe  solennelle,  trois  drapeaux,  des- 
tinés à  la  future  garde  nationale  de  Brive^  Tun  blanc, 
l'autre  blanc  et  bleu,  le  troisième  rouge  et  bleu,  sont 
présentés  par  les  maire  et  échevins,  en  robes  et  cha- 
perons, à  la  bénédiction  de  M.  Sapientis,  chanoine  et 
hebdomadier.  Ensuite,  le  dimanche  26  juillet,  à  huit 
heures  du  matin,  sur  convocation  régulière  des  offi- 
ciers municipaux,  et  aux  sons  de  la  grande  cloche,  se 
réunit  à  THôtel-de-Ville  une  de  ces  assemblées  de 
tous  les  habitants,  qu'on  formait  encore  parfois  dans 
les  derniers  temps  de  l'ancien  régime,  conformément 
à  de  vieux  usages,  pour  délibérer  sur  des  questions 
extraordinaires  d'intérêt  municipal.  On  y  établit  les 
bases  d'organisation  d'une  milice  bourgeoise,  ou  plu- 
tôt, comme  l'ont  demandé^  à  Tulle,  les  gentilshommes, 
pour  pouvoir  y  entrer  sans  déroger,  d'une  milice  ci- 
tovenne  à  l'instar  de  celle  de  Paris;  on  nomme  des 


—  463  —       • 

officiers,  avec  les  maire  et  échevins  comme  comman- 
dants généraux;  —  le  tout^  comme  il  est  dit  dans  la 
délibération  arrêtée  séance  tenante,  sous  le  bon  plai- 
sir du  Roi  et  de  Monsieur  V Intendant. 

C'est  seulement  quatre  jours  après,  le  jour  de  la 
Peur^  c'est-à-dire  à  Brive  le  30  juillet,  que  l'état 
révolutionnaire  commence.  Une  lettre  arrivée  d'Uzer- 
che  a  annoncé  que  la  province  du  Limousin  était  in- 
festée par  une  troupe  de  brigands,  au  nombre  d'en- 
viron douze  mille,  qui  pillaient  et  incendiaient  tous 
les  lieux  où  ils  passaient,  La  même  nouvelle  a  été 
apportée  par  des  députations  d'Allassac,  Objat,  Don- 
zenac,  Sarrazac  et  autres  localités  environnantes.  Tous 
les  hommes  en  état  de  porter  les  armes  sont  assemblés 
en  hâte  sur  les  deux  ponts  de  la  ville,  sous  les  ordres 
des  officiers  municipaux,  dit  le  procès- verbal^  mais 
sous  l'autorité  effective  de  MM.  de  Géogéghan,  ancien 
colonel  d'infanterie;  de  Lansade  de  Lardimalie,  an- 
cien gendarme  de  la  garde,  et  Grivel,  avocat,  nommé 
major-général  de  la  milice  bourgeoise.  Un  conseil, 
comprenant  pour  la  première  fois  des  personnes 
étrangères  à  l'ancienne  municipalité,  au  nombre  de 
treize,  se  réunit  à  l'Hôtel-de-Ville.  L'aîné  des  deux 
frères  Lachèze,  l'avocat,  fait  partie  des  treize  nou- 
veaux venus  (1),  qui  s'introduisent  ainsi  dans  la  mu- 
nicipalité pour  la  supplanter. 

Huit  membres  de  cette  réunion  restent  en  perma- 
nence jusqu'à  quatre  heures  du  matin^  et  sont  relevés 
par  huit  autres.  Toute  la  nuit  la  garde  bourgeoise 

(1)  MM.  de  Lavarde»  Lachèze,  Malepeyre  fils,  de  Géoghégan,  Male- 

Eeyre,  de  Gorrèze;  Sapientis-Favars,  chanoine;  Sahuguetde  la  Roche, 
lalande  père,  de  Gorrèze;  Sapientis-Chauffengeal,  cTîanoine;  La  He- 
naudie,  Malès  père,  des  Bruslys,  Maillard. 


demeure  en  armes  et  fait  des  patrouilles  autour  de  la 
ville.  On  ne  dort  guère  à  Brive  toute  cette  nuit-là. 
Dès  le  lendemain  matin  pourtant  les  alarmes  com- 
mencent à  se  dissiper.  Une  lettre,  apportée  par  deux 
députés  de  Terrasson,  fait  connaître  que  les  pillards, 
au  nombre  de  soixante-quinze  environ  (au  lieu  de 
douze  mille),  sont  cantonnés  et  observés  dans  la  forêt 
de  Confolens,  sur  les  confins  de  TAngoumois;  et  la 
terreur  panique  disparaît  aussi  vite  qu'elle  est  venue, 
a  II  paraît  dit  le  procès-verbal  du  corps  municipal, 
«  que  cette  terreur  panique  passe  du  côté  du  midy, 
«  mais  on  espère  qu'elle  cessera  bientôt,  au  moyen 
«  des  conseils  et  des  avertissements  que  le  conseil 
a  permanent  a  eu  le  soin  de  faire  répandre.  » 

Deux  résultats  politiques  importants  restent  acquis  : 
sans  l'intervention,  réservée  jusqu'alors,  des  repré- 
sentants de  l'autorité  royale,  la  garde  nationale  est 
constituée;  elle  a  un  commandant  supérieur  dévoué 
aux  idées  nouvelles,  et  disposé  à  l'indépendance  en- 
vers l'ancienne  municipalité;  et  d'autre  part  le  noyau 
d'une  administration  future  ayant  un  caractère  popu- 
laire est  formé  dans  le  sein  même  de  celle-ci.  Com- 
ment douter  qu'une  panique  se  propageant  avec  cette 
régularité  dans  toute  la  France,  du  nord  au  midi,  et 
produisant  partout  les  mêmes  effets,  puis  cessant  aus- 
sitôt qu'ils  ont  été  assurés,  réponde  à  un  dessein  et 
à  un  mot  d'ordre  de  ceux  qui  ont  intérêt  à  provo- 
quer ces  effets? 

II 

La  panique  a  cesssé,  mais  la  surexcitation  des  es- 
prits persiste;  et  il  suffira  de  peu  d'efforts  encore  pour 


—  465  — 

faire  disparaître  complètement  lancienne  municipa- 
lité. Tout  d'abord  les  membres  nouveaux  du  Conseil 
permanent  institué  le  30  juillet  sont  portés  de  treize 
à  vingt-six.  Ce  Conseil  se  subdivise  en  comités  où 
figurent  encore  les  anciens  officiers  municipaux,  mais 
où  dominent  les  nouveaux  venus,  bourgeois  encore, 
jaloux  d'autres  bourgeois,  mais  ouvrant  la  route  aux 
chefs  d'émeutes  et  de  clubs. 

Le  6  septembre^  sur  l'initiative  d'un  personnage 
appartenant  à  cette  dernière  catégorie,  et  qui,  étran- 
ger à  la  municipalité,  a  écrit  pourtant  la  minute  de 
la  convocation,  Després  (duquel  nous  reparlerons), 
les  habitants  de  Brive  sont  convoqués  pour  un  enrô- 
lement définitif  dans  la  garde  nationale,  ensuite  du- 
quel ils  auront  à  prêter  serment  d'obéissance  à  la 
municipalité. 

Réunis  d'abord  sur  les  fossés  de  la  ville,  puis  dans 
les  cloîtres  des  Jacobins,  les  miliciens  se  rangent  en 
bataillon  carré.  On  bat  un  ban  pour  leur  faire  lecture 
du  règlement  établi  par  le  nouveau  commandant  géné- 
ral^ M.  de  Géogéghan.  Alors  deux  d'entre  eux  :  l'homme 
même  qui  a  écrit  la  convocation,  Després  (1),  fils  na- 
turel du  prince  de  Soubise,  destiné  à  devenir  un  des 
agitateurs  et  terroristes  les  plus  en  vue  à  Brive,  et  un 
cousin-germain  des  deux  Lachèze,  Serre  de  Lacoste, 
sortent  des  rangs,  et  déclarent  que  ni  eux,  ni  la 
troupe  au  nom  de  laquelle  ils  parlent  ne  veulent 


(1)  Proche  parent  de  Lachèze-Faye  par  son  mariage  avec  une  nièce 
de  Marianne  Lacoste.  Cette  alliance  explique  dans  une  certaine  me- 
sure la  tuneste  influence  qu*a  exercée  Després,  aussi  aristocrate  d'al- 
lures que  démocrate  de  position,  sur  la  bourgeoisie  très  pacifique  de 
Brive  de  1789  à  1794. 


—  466  — 

servir  sous  les  ordres  de  MM.  les  officiers  municipaux 
actuels. 

L'échevin  qui  préside  la  réunion,  M.  Bachèlerie, 
fait  observer  que  l'autorité  des  officiers  municipaux 
sur  la  nouvelle  garde  «  est  un  droit  attaché  aux  places 
de  ceux-ci,  et  qu'ils  ne  peuvent  y  renoncer  sans  por- 
ter un  préjudice  notable  au  corps  municipal  ».  On  lui 
répond  que  la  nomination  des  officiers  municipaux 
n'ayant  pas  été  faite  par  la  communauté  ne  peut  être 
regardée  comme  légalement  faite.  «  Et  (Després  et 
Serre)  ayant  demandé  Tavis  de  la  troupe  là-dessus  », 
la  majeure  partie  donne  par  acclamation  son  consen- 
tement à  la  déclaration. 

L'échevin  ôte  son  chaperon  (1)  pour  lever  la  séance, 
et  se  rend  à  THôtel-de-Ville  pour  se  concerter  avec 
ses  collègues.  Ceux-ci  décident  de  donner  collective- 
ment leur  démission.  Ils  convoquent  pour  le  27  une 
nouvelle  assemblée  générale  des  habitants,  devant  la- 
quelle ils  réitèrent  cette  démission,  «  pour  prouver 
«  à  la  communauté  le  sincère  désir  qu'ils  ont  de  faire 
a  tout  ce  qui  pourra  lui  être  agréable;  ils  la  requiè- 
«  rent  de  nommer  tout  de  suite  d'autres  personnes 
<r  pour  les  remplacer.  » 

On  élit  un  nouveau  Conseil  permanent  de  vingt-six 
membres  (2),  auxquels  s'adjoindront  pour  délibérer  en 
Conseil  patriotique,  les  officiers  élus  de  la  garde  na- 
tionale. Cette  nouvelle  municipalité  qui,  en  raison 

(1)  Le  chaperon,  comme  de  nos  jours  l'écharpe,  était  le  signe  dis- 
tiuctif  des  officiers  municipaux.  Aujourd'hui  les  présidents  se  couvrent 
pour  lever  les  séances  ;  alors  c'était  l'inverse. 

(2)  MM.  de  Lavarde,  Lachèze.  Malepeyre  fili»  de  La  Henaudie,  Malès 
père,  des  Bruslys,  Maillard,  ancien  conseiller  :  de  Géoghégan  ;  Male- 
peyre, de  Corrèze;  Sapientis-Favars.  chanoine;  de  la  Roche;  Lalande 
père,  de  Corrèze,  et  Sapientis-Chauffengeal,  chanoine,  auxquels  furent 


—  467  — 

d'autres  démissions  dans  son  sein,  n'est  définitive- 
ment constituée  qu'à  la  fin  de  septembre,  comprend 
les  deux  frères  Lachèze,  et  Lachèze  aîné,  l'avocat,  en 
est  le  premier  président.  Les  délibérations  pour  la 
formation  de  cette  municipalité  sont  prises  «  sous  le 
bon  plaisir  de  l'Assemblée  nationale  et  de  Sa  Majesté  »  ; 
il  n'est  plus  question  de  l'Intendant. 

L'ancien  maire,  M.  de  Maledent  de  La  Bastille,  reste 
lieutenant-général  de  la  sénéchaussée.  Il  conserve  à 
ce  titre  des  pouvoirs  de  police  créés  en  1699.  Voici  en 
quels  termes  le  nouveau  Conseil  patriotique  le  somme 
de  les  exercer  conformément  à  ses  vues  propres  : 

a  Monsieur, 

et  Un  grand  nombre  de  citoyens  se  plaignent  de  la 
a  négligence  avec  laquelle  la  police  est  administrée 
ce  dans  cette  ville. 

oc  C'est  vous  qui  êtes  chargé  de  la  faire Nous 

«  n'ignorons  pas  quels  sont  les  droits  imprescrip- 
a  tibles  d'un  peuple  à  des  fonctions  qui  Tintéressent 
a  de  si  près;  nous  n'ignorons  pas  non  plus  que,  dans 
ce  cette  cité,  les  magistrats  populaires  les  avaient 
ce  exercées  de  tous  temps  jusqu'à  l'époque  où  le  gou- 
«  vernement^  sous  la  dernière  régence  (1),  par  une 
a  avide  spéculation,  les  usurpa  sur  la  communauté. 


adjoints  MM.  Bachelier,  médecin;  Mayjonade,  de  Lintillac;  Lacroix, 
curé  de  l'Hôpital;  Lafeuille,  des  Sœurs;  Lidon,  procureur;  Aubert, 
notaire;  Bessot  fils;  Marbeau,  greffier;  Orcel,  bourgeois;  Peyralade, 
serrurier;  Chassaing,  perruquier;  Lalande,  de  la  place,  et  Roque  aîné. 
On  trouve  ensuite,  avec  les  noms  qui  précèdent,  ceux  de  Lachèze 
jeune  et  de  Després,  soit  en  vertu  d'élections  complémentaires,  soit 
à  titre  d'officiers  de  la  garde  nationale. 

(1)  Plus  exactement  en  1699,  après  la  création  des  offices  municipaux 
en  1692. 


—  468  — 

<r  Instruits  que  TAssemblée  nationale  va  s'occuper 
a  incessamment  des  municipalités,  nous  n'anticipe- 
«  rons  point  sur  ses  décisions,  à  moins  que  le  salut 
a  du  peuple  ne  l'ordonne,  mais  en  attendant  nous 
ce  remplissons  envers  la  communauté  tous  les  devoirs 
«  que  nous  impose  la  qualité  de  ses  représentants  : 
a  c'en  est  un  bien  essentiel  de  veiller  à  ce  que  les 
«  magistrats  chargés  de  telles  ou  telles  fonctions  s'en 
(c  acquittent  avec  exactitude.  Nous  vous  requérons 
a  donc.  Monsieur,  au  nom  du  Conseil  patriotique, 
«  et  nous  vous  sommons  expressément,  au  nom  de 
a  la  communauté,  de  mettre  plus  de  soins  et  de  vigi- 
«  lance  dans  l'exercice  de  la  police. 

ce  On  se  plaint  spécialement  de  ce  que,  depuis  plu- 
«  sieurs  mois,  la  viande  est  au  même  taux,  quoique 
a  le  prix  du  bétail  de  toute  espèce  ait  diminué  consi- 
«  dérablement,  de  la  qualité  et  de  Tétat  des  animaux 
flf  qu'ils  Csic)  tuent,  de  ce  qu'ils  laissent  leurs  tueries 
«  dans  un  état  de  malpropreté  capable  de  corrompre 
<(  la  salubrité  de  l'air,  de  ce  que  les  rues  ne  sont  pas 
«  balayées.  On  se  plaint  encore  de  ce  que  la  visite 
a  des  poids  et  mesures  chez  les  marchands,  artisans, 
a  bouchers,  boulangers,  cabaretiers,  n'a  pas  été  faite 
a  depuis  longtemps. 

a  Nous  vous  avons  vu,  Monsieur,  dans  d'autres 
((  temps,  remplir  avec  éloge  les  mêmes  fonctions  que 
a  vous  négligez  aujourd'hui  ;  nous  espérons  que  vous 
a  ranimerez  votre  zèle,  dans  les  moments  où  il  est 
a  aussi  important  pour  le  peuple,  et  pour  les  magis- 
a  trats  eux-mêmes,  de  rendre  aux  lois  leur  activité. 

a  Nous  vous  prévenons  du  reste  que  l'approvision- 
ne nement  de  la  ville,  sa  sûreté  intérieure  et  extérieure 


—  469  — 

«  sont  d'un  intérêt  majeur  qui,  dans  les  circonstances 
«  actuelles,  ne  peuvent  CsicJ  être  confiés  à  la  vigi- 
«  lance  d'un  seul  homme;  nous  continuerons  donc  à 
«  nous  en  occuper;  cela  n'empêchera  pas  que  vous 
«  puissiez  concourir  avec  nous  à  des  soins  si  impor- 
«  tants,  en  nous  communiquant  les  vues  que  vous 
a  pourrez  avoir,  comme  tout  citoyen  est  en  droit  de 
«  le  faire. 

«  Vous  voudrez  bien,  Monsieur,  nous  faire  une 
«  réponse  prompte  et  précise,  pour  que,  d'après  vos 
4  intentions  connues,  la  communauté  sache  si  elle 
«  doit  se  reposer  sur  vous,  ou  aviser  aux  moyens  qui 
«  lui  paraîtront  le  plus  convenables  pour  rétablir 
«  l'ordre  qu'elle  désire. 

a  Nous  sommes  très  parfaitement,  Monsieur,  etc. 

«  Les  membres  du  Conseil  patriotique  : 

«  Signé Lachèze, président; Le Clère, vice- président; 
«  Després,  secrétaire;  Mailher,  secrétaire-greffier.  » 

M.  de  La  Bastille  n'ayant  fait  aucune  réponse  à  une 
telle  lettre,  le  Conseil  patriotique  nomme  quatre  com- 
missaires pour  s'occuper  de  la  police,  et  se  saisit  de 
la  question  des  subsistances. 

Pour  maintenir  les  grains  et  le  pain  à  un  prix  qui 
ne  soulève  pas  de  réclamations,  il  est  décidé  que  la 
Ville  fera  elle-même  au  dehors  des  achats  de  grains 
en  vue  de  sa  consommation.  Où  prendre  les  fonds 
nécessaires  à  ces  achats?  Le  Conseil  patriotique  décide 
de  les  demander  à  une  souscription.  Les  Brivistes 
généreux  et  patriotes  sont  invités  à  devenir  a  action- 
naires dans  un  Comité  de  subsistances  ».  Ces  a  ac- 
tionnaires »  d'une  espèce  assez  particulière  ne  doivent 
toucher  aucun  bénéfice,  ni  même  aucun  intérêt  de 


-  470  — 

leur  argent.  La  Ville,  représentée  par  le  Conseil 
patriotique,  se  porte  seulement  garante  envers  eux 
des  pertes  auxquelles  pourront  donner  lieu  les  opé- 
rations du  Comité  de  subsistances.  Ces  pertes  seront 
réparties  entre  les  habitants  «  au  marc  la  livre  des 
a  fortunes  de  chacun  ».  Le  produit  total  de  la  sous- 
cription ne  nous  est  pas  donné  ;  il  est  probable  qu*il 
ne  fut  pas  bien  élevé.  Parmi  les  souscriptions  de  quel- 
que importance  mentionnées  dans  les  vieux  registres 
des  délibérations  municipales^  nous  notons  celles  du 
chapitre  de  Saint-Martin  pour  300  francs,  et  de  Caba- 
nis pour  200. 

Au  reste  la  famine  ne  s'est  pas  fait  sentir  en  1789 
dans  le  Bas-Limousin  comme  dans  d'autres  provinces, 
et  l'insurrection  des  campagnes  va  donner  de  bien 
plus  graves  préoccupations  aux  autorités  et  aux  gardes 
nationales  récemment  constituées. 

Cette  Jacquerie^  pour  reprendre  le  mot  de  Taine, 
qui  ne  Ta  étudiée  en  Bas-Limousin  qu'un  peu  plus 
tard,  cette  Jacquerie  a  été  évidemment  facilitée  par 
les  alarmes  de  la  journée  de  la  Peur,  et  les  excitations 
communiquées  ensuite  des  villes  et  des  bourgs  dans 
les  campagnes.  «  C'est  ainsi  que  le  peuple  a  appris 
«  à  s'attrouper,  écrira  quelques  mois  après  Faye- 
<r  Lachèze,  dans  un  mémoire  consacré  pourtant  à  la 
a  défense  des  chefs  d'émeutes.  » 

Mais  la  cause  directe  des  soulèvements  dans  les 
campagnes  résulte  de  l'équivoque  sur  la  portée  du 
décret  rendu  par  l'Assemblée  constituante,  dans  le 
bel  enthousiasme  de  la  nuit  du  4  août,  et  sanctionné 
seulement  le  5  octobre  par  le  Roi. 

L'article  l*'  de  ce  décret  commençait  par  déclarer 


—  471  — 

le  régime  féodal  entièrement  aboli.  Il  faisait  ensuite 
une  distinction  assez  peu  précise  entre  les  droits  féo- 
daux tenant  à  la  main-morte  réelle  ou  person^ 
nelle,  et  à  la  servitude  personnelle^  lesquels  étaient 
abolis  sans  indemnité,  et  les  autres,  c'est-à-dire  les 
rentes  perpétuelles  foncières,  champarts^  etc.,  décla- 
rés  rachetables.  Il  y  avait  en  effet  un  grand  nombre 
de  ces  rentes  constituées  par  les  conventions  les  plus 
libres  et  les  plus  favorables  au  développement  de  la 
petite  propriété,  et  à  des  dates,  pour  quelques-unes^ 
très  récentes.  Mais,  pour  préciser  la  distinction,  il  a 
fallu  un  autre  décret  de  juin  1790;  et  puis,  les 
événements  ayant  marché,  la  Convention  a  sup- 
primé cette  distinction  d'une  manière  aussi  radi- 
cale qu'injuste.  Elle  n'entrait  pas  dans  l'esprit  des 
paysans.  Ceux-ci,  oubliant  que  les  constitutions  de 
rentes  en  censives,  comme  on  disait  alors,  avaient 
été  pour  eux  un  moyen,  le  principal  peut-être,  d'ac- 
céder à  la  propriété,  ne  voyaient  qu'une  chose,  c'est 
que  le  moment  d'affranchir  cette  propriété  de  toute 
redevance  était  venu,  et,  suivant  une  autre  expres- 
sion de  Faye-Lachèze,  a  qu'ils  avaient  gagné  leur 
procès  contre  les  seigneurs  ». 

D'où  violences  contre  les  seigneurs  qui  essayaient 
encore  de  percevoir  des  redevances  féodales,  même 
rentrant  dans  la  catégorie  des  droits  rachetables,  et 
contre  les  voisins  qui  consentaient  à  les  payer.  L'agi- 
tation en  ce  sens  commence  à  se  manifester  en  Bas- 
Limousin  dès  le  mois  de  septembre,  à  Pompadour  et 
à  Saint-Julien-Maumont.  En  novembre,  M.  deLaporte 
de  Lissac,  ancien  officier  supérieur  du  génie,  est 
menacé  dans  son  château,  et  sa  femme  demande  pro- 


—  472  — 

tection  à  la  nouvelle  municipalité  de  Brive.  Celle-ci 
lui  envoie  des  commissaires  qui,  ne  se  trouvant  pas 
suffisamment  bien  reçus  par  les  châtelains,  s'en  vont 
et  ne  reviennent  plus.  Les  paysans,  que  la  maré- 
chaussée, seule  force  militaire  existant  alors  dans  la 
contrée,  est  tout  à  fait  impuissante  à  contenir,  dres- 
sent une  potence  à  la  porte  du  château  le  6  décembre, 
et  en  attaquent  les  issues.  Le  vieux  châtelain  est 
maltraité  et  meurt  de  saisissement.  C'est  le  prélude 
des  scènes  sanglantes  qui  vont  se  produire  le  mois 
suivant,  notamment  au  château  de  Rouffîgnac,  chez 
M.  de  Lamaze,  et  dans  le  bourg  même  d'Allassac; 
au  Glandier,  chez  les  Chartreux  ;  à  Favars,  près  de 
Tulle,  chez  les  Dubois  de  Saint-Hilaire.  Ces  événe- 
ments ont  été  racontés  et  par  M.  de  Seilhac  dans  son 
ouvrage  :  Scènes  et  portraits  de  la  Révolution  en 
Bas  Limousin j  et  par  M.  Victor  Forot,  dans  une  bro- 
chure plus  récente  :  V Année  de  la  Peur  à  Tulle, 
Très  favorable  à  la  Révolution,  cette  dernière  ne  mo- 
difie pourtant  pas  les  données  générales  sur  les  faits 
qu'elle  raconte  avec  plus  de  détail. 

Il  y  a  deux  particularités  assez  curieuses  dans  la 
Jacquerie  limousine.  Tout  en  cherchant,  comme  par- 
tout, à  détruire  les  terriers  ou  autres  titres  de  droits 
féodaux,  nos  paysans  se  sont  en  outre  attaqués  spé- 
cialement à  deux  choses.  D'abord  les  bancs  honori- 
fiques dans  les  églises,  ce  qui  prouve  à  quel  point  en 
ce  temps-là  l'église  est  encore  le  centre  de  la  vie 
sociale.  Les  bancs  pour  les  seigneurs  et  pour"  leurs 
officiers  y  sont  le  symbole  des  inégalités  de  castes. 
Aussi,  dès  qu'ils  apprennent  qu'il  y  a  des  décrets  res- 
treignant les  prérogatives  des  seigneurs,  les  paysans 


—  473  - 

cherchent  à  enlever  ces  bancs  et  à  les  brûler  sur  les 
places.  C'est  ainsi  qu'ont  commencé  les  émeutes 
d'Allassac. 

Puis  les  étangs.  Nous  savons  par  des  incidents 
récents,  dans  notre  pays  de  Limousin,  quelles  con- 
voitises et  quelles  discordes  soulève  encore  cette  forme 
de  propriété  qui  n'a  plus  rien  de  féodal.  En  1789^  elle 
se  rattache  aux  droits  qui  étaient  réservés  aux  sei- 
gneurs sur  les  petits  cours  d'eau.  Les  émeutes  les 
plus  sanglantes  de  1789-1790  en  Bas-Limousin,  celles 
de  Favars,  ont  commencé  par  des  tentatives  pour 
ouvrir  l'étang  du  seigneur,  afin  d'en  prendre  le  pois- 
son. Le  fait  s'est  plusieurs  fois  renouvelé  par  la  suite. 
Taine  a  fait  un  récit  coloré,  dans  le  second  volume 
de  son  grand  ouvrage  (1),  de  l'assaut  donné  à  l'étang 
de  Sédières,  le  17  avril  1791.  «  Vers  la  fin  de  sep- 
tembre 1791,  dans  tout  le  département  (de  la  Corrèze), 
écrit-il,  toutes  les  chaussées  sont  rompues;  à  la  place 
des  étangs  il  reste  des  marais  infects  ;  les  moulins  ne 
tournent  plus;  l'arrosage  manque  aux  prairies.  Mais 
les  démolisseurs  emportent  des  pannerées  de  pois- 
sons, et  le  sol  de  l'étang  rentre  dans  leurs  commu- 
naux. »  Ces  souvenirs  peuvent  être  utilement  rappelés 
aujourd'hui  à  l'Administration  des  Eaux  et  Forêts,  se 
faisant  inconsciemment  l'auxiliaire  de  passions  sem- 
blables. 

Contre  la  Jacquerie  que  nous  venons  de  caracté- 
riser, les  administrations  plus  ou  moins  régulières  de 
deux  •des  chefs-lieux  de  districts  créés  dans  le  nou- 
veau département  de  la  Corrèze,  Tulle  et  Dzerche, 

(1)  La  Révolution,  1. 1,  livre  III.  LaConslUution  appliquée,  chap.  II. 


—  474  - 

ont  manifesté  au  début  beaucoup  d'énergie  ;  elles  ont 
provoqué  et  secondé  les  poursuites  du  tribunal  pré- 
vôtal  composé  du  présidial  de  Tulle,  sous  la  prési- 
dence du  grand-prévôt  de  la  maréchaussée,  M.  de 
Gillibert  de  Merlhac,  contre  les  atteintes  aux  per- 
sonnes et  aux  propriétés.  A  Brive  la  municipalité  et 
ses  agents  furent  moins  décidés.  La  troupe  de  garde 
nationale  briviste  envoyée  à  Allassac  pour  secourir 
M.  de  Lamaze,  et  qui  s'y  rencontra  avec  vingt  hom- 
mes de  la  garde  nationale  d'Uzerche,  se  contenta  de 
protéger  le  départ  du  châtelain,  de  sa  famille  et  de 
ses  amis,  et  se  retira  ensuite,  laissant  le  champ  libre 
aux  insurgés  qui  envahirent  et  pillèrent  le  château 
sous  les  yeux  des  vingt  gardes  nationaux  d'Dzerche, 
impuissants.  Brive  était  alors  dominée  par  quelques 
jeunes  ambiteux  comme  les  frères  Lachèze,  leur  cou- 
sin Serre,  le  futur  procureur  de  la  commune  Chignac 
des  Ailleux,  ou  des  personnages  pires  comme  Després, 
dont  nous  avons  déjà  parlé,  et  le  tambour  de  la  garde 
nationale  Durieux.  Ce  dernier^  ancien  soldat,  auber- 
giste et  maître  de  billard,  après  avoir  successivement 
organisé  Tinsurrection  à  Lissac,  à  Allassac,  ailleurs 
encore,  eut  la  malechance  de  se  faire  arrêter  à  Tulle, 
au  lendemain  des  événements  de  Favars.  La  munici- 
palité de  Brive  fît  réclamer  sa  mise  en  liberté  par 
deux  délégués.  Tulle  la  refusa.  Ce  fut,  depuis  février 
1790,  le  point  de  départ  d'un  antagonisme  assez  pro- 
noncé entre  les  deux  municipalités  ou  les  personnages 
parlant  en  leur  nom. 

En  janvier  et  février  avaient  eu  lieu  les  élections 
pour  la  constitution  de  municipalités  régulières,  con- 
formément à  la  loi  votée  par  l'Assemblée  constituante. 


—  475  - 

Au  cours  des  opérations  électorales,  Faye-Lachèze,  à 
qui  ses  adversaires  reprochèrent  ensuite  de  n'être 
même  pas  citoyen  actif  (1),  trouva  moyen  de  se  faire 
désigner  pour  une  mission  délicate,  par  une  assem- 
blée générale  d'habitants,  dont  la  régularité  fut  d'ail- 
leurs contestée  dans  des  protestations  couvertes  de 
nombreuses  signatures.  Il  s'agissait  de  se  rendre,  avec 
son  cousin  Serre,  auprès  de  l'Assemblée  constituante 
pour  obtenir  d'elle  la  suspension  des  poursuites  con- 
tre les  auteurs  des  derniers  troubles  en  Bas-Limousin. 
C'est  ainsi  qu^il  arriva  à  Paris  à  la  fin  de  février, 
entra  en  rapports,  probablement  par  l'entremise  de 
Cabanis,  avec  Condorcet  et  ses  amis,  et  parvint  à 
faire  appuyer  par  la  Commune  de  Paris  la  prétendue 
réclamation  de  Brive  auprès  de  l'Assemblée  nationale. 
L'abbé  Mulat,  à  la  tête  d'une  députation  de  la  muni- 
cipalité parisienne,  vint  le  6  mars  présenter  et  sou- 
tenir la  pétition  des  Brivistes,  à  la  barre  de  l'Assemblée 
nationale  (2).  Faye-Lachèze  avait  précédemment,  le 
2  mars,  adressé  au  journal  Les  Annales  patriotiques 
et  littéraires^  une  lettre  dans  laquelle  il  rejetait 
entièrement  sur  les  aristocrates  la  responsabilité  des 
troubles  du  Bas-Limousin.  Cette  lettre,  signée  de  lui 
et  de  Serre,  est  insérée  au  supplément  du  numéro  55 
de  ce  journal  (6  mars  1790).  Nous  en  extrayons  les 
passages  caractéristiques  ci-après  : 

a  Ne  pouvant  dans  un  court  espace  faire  le  récit 
«  des  faits,  nous  nous  bornerons  à  attester  au  public 


(1)  C*e8t-à-dire  payant  l'impôt  égal  au  prix  de  trois  journées  de  tra- 
vail au  moins. 

(2)  Cette  pétition  fut  appuyée  par  M.  Malès,  député  de  Brive,  avec 
le  concours  de  M.  Charles  de  Lameth. 


-  476  - 

a  que  les  paysans  de  notre  province  sont  en  général 
ce  d'un  bon  naturel,  que,  dans  tous  les  temps,  ils  ont 
a  été  cruellement  vexés  ;  que,  malgré  les  calomnies 
a  qu'on  a  débitées  contre  eux^  ils  n'ont  encore  tiré 
«  aucune  vengeance  de  ces  vexations  ;  que,  dans  les 
a  paroisses  où  les  seigneurs  ont  été  tant  soit  peu 
«  modérés  dans  leurs  prétentions,  ils  n'ont  pas  fait 
«  le  moindre  mouvement,  si  ce  n'est  pour  planter 
«  des  mais,  et  se  réjouir  en  l'honneur  de  la  liberté  ; 
€  que,  dans  les  paroisses  où  le  désordre  a  régné,  ce 
«  désordre  a  été  le  fruit  ou  de  l'imprudence  ou  de 
«  la  cruauté  des  ci-devant  privilégiés;  qu'aucun  de 
«  ces  derniers  n'a  été  tué  ni  blessé;  qu'aucun  châ- 
«  teau  n'a  été  incendié  ni  pillé,  proprement  dit  Csic)^ 
«  et  que,  du  côté  des  paysans,  on  compte  plus  de 
a  30  hommes  morts  et  Un  plus  grand  nombre  de 

«  blessés (Lachèze  accuse  ensuite  les  seigneurs 

«  d'avoir  publié  la  loi  martiale  sans  le  concours  et 
a  Taveu  des  municipalités,  et  d'avoir,  pour  la  mettre 
a  à  exécution,  tiré  des  coups  de  fusil  sur  un  peu- 
a  pie  désarmé  assemblé  uniquement  dans  Vinten-- 
ce  tion  de  brûler  les  bancs  d'une  église;  d'avoir 
«  cherché  à  amuser  le  peuple  par  de  vaines  caresses, 
«  jusqu'au  moment  où  ils  ont  été  assez  forts  pour 
«  l'attaquer  avec  plus  de  sûreté.....)  Mais,  poursuit-il, 
«  de  tous  les  désastres  qui  affligent  notre  malheu- 
cc  reuse  province,  le  plus  cruel  de  tous,  aux  yeux  des 
«  bons  citoyens,  est  de  voir  que  le  triomphe  de 
a  l'aristocratie  est  consacré  de  la  manière  la  plus 
ce  effrayante  par  le  tribunal  prévôtal  de  la  ville  de 
«  Tulle.  De  60  infortunés  qui  ont  été  traînés  dans 
ce  ses  prisons,   2  ont  subi  déjà  une  mort  ignomi- 


-  477   - 

«  nieuse;  d'autres  ont  été  condamnés  par  contumace, 
a  2  fouettés  et  marqués,  et  nous  apprenons  que  le 
a  tribunal  se  prépare  à  renouveler  ces  scènes  d'hor- 
((  reur  une  fois  chaque  semaine,  jusqu\à  ce  qu'il  n'y 
«  ait  plus  de  victimes.  On  fait  courir  le  bruit  que 
a  TAssemblée  a  envoyé  des  ordres  secrets  pour  pres- 
a  ser  les  jugements.  Qm  sont  cependant  ces  infor- 
cc  tu  nés  qui  sont  immolés  ainsi  aux  ressentiments 
«  des  riches?  Peut-être  que  ce  sont  des  vagabonds, 
«  de  mauvais  sujets;  non,  Messieurs,  ce  sont  pour  la 
«  plupart  des  pères  de  famille,  petits  propriétaires 
«  aimés  et  estimés  dans  leur  canton.  Un  surtout  de 
a  ceux  qui  sont  dans  Tattente  de  leur  sort  (M.  Du- 
«  rieux)  est  notre  camarade,  nous  nous  faisons  gloire 
«  de  l'avouer,  et  membre  de  la  garde  nationale  de 
a  Brive,  qui  le  reconnaît  comme  un  des  plus  zélés  et 
a  des  plus  braves  citoyens  qu'elle  renferme  dans  son 
«  sein » 

Les  faits  étaient  ainsi  dénaturés  d'une  manière  trop 
impudente,  et  la  municipalité  de  Brive,  administra- 
tion assez  timide  dans  son  ensemble,  ayant  alors  pour 
chef^  comme  maire,  un  ancien  procureur  de  Brive 
et  juge  seigneurial  de  Malemort,  M.  Saiviat(l),  ne 
crut  pas  pouvoir  se  dispenser  de  protester  et  de  désa- 
vouer ses  prétendus  délégués.  «  J'ai  lu  dans  un  jour- 
ce  nal  connu  sous  le  nom  de  Journal  de  Mercier ^ 
a  disait  Salviat  dans  sa  réponse,  une  lettre  signée  de 
«  MM.  Paye  et  Serre,  députés  extraordinaires  de  la 
«  commune  de  Brive.  Je  pense  que,  si  ces. messieurs 


(1)  M.  Salviat  fut  emprisonné  pendan-  la  Terreur.  U  est  mort  con- 
seiller à  la  Cour  de  Limoges,  laissant  une  réputation  très  honorable. 

T.  XXX.  4-6 


-  478  - 

a  l'avaient  signée  comme  particuliers,  nous  n'aurions 
a  rien  à  dire,  mais  que,  signant  en  qualité  de  dé- 
«  putés  extraordinaires  de  la  commune  de  Brive,  ils 
a  sont  tenus  d'être  nos  organes^  de  ne  parler  qu'à 
«  notre  instigation  et  en  notre  nom,  ou  au  moins 

«  d'après  nos  instructions Je  suis  bien  éloigné  de 

a  croire  que  la  cruauté  des  oi-devant  privilégiés  soit 
a  la  cause  du  désordre  qui  a  régné  dans  nos  pro- 
«  vinces,  puisque,  d'après  les  procès-verbaux  dépo- 
«  ses  en  notre  greffe,  ce  sont  les  non-privilégiés  qui 
ce  ont  commencé  par  s'attrouper  pour  enlever  les 
ce  bancs  des  églises  et  les  brûler,  et  pour  dévaster 
a  les  étangs.  Pouvons-nous  permettre  de  hasarder 
«  le  moindre  récit  de  ce  qui  se  passa  dans  l'autre  en- 
«  droit  dont  parle  cette  lettre  (Favars),  sans  connaître 
«  la  vérité  des  faits,  qui  ne  peut  réellement  être  éta- 
«  blie  que  par  la  procédure  instruite  à  Tulle?  Le 
a  pouvons-nous  même  sans  inculper  la  milice  natio- 
a  nale  de  cette  ville,  et  sans  manquer  de  respect  aux 
«  représentants  de  la  nation  qui  ont  approuvé  la 
a  manière  dont  elle  s'est  comportée  dans  cette  occa- 
«  sion?  Pouvons-nous  aussi  nous  permettre  d'aecu- 
«  ser  messieurs  de  la  juridiction  prévôtale  de  Tulle, 
<t  contraints  par  leur  devoir  à  faire  des  exemples  né- 
«  cessaires,  sans  lesquels  la  tranquillité  publique  ne 
a  se  serait  peut-être  pas  encore  rétablie?  Nous  ne 
a  pouvons  pas  nous  dissimuler  que  notre  province 
a  était  menacée  des  plus  grands  dangers  par  des  bri- 
cr  gands  qui  avaient  commis  bien  des  désordres,  et 
a  que  nous  devons  notre  salut  en  partie  à  la  juridic- 
«  tion  de  ce  tribunal.  » 
La  municipalité  de  Tulle  nomma  à  son  tour  une 


—  479  - 

députation  formée  de  MM.  Melon  de  Pradou  et  de 
Saint-Priest  pour  demander  à  l'Assemblée  d'accorder 
à  la  commune  de  Tulle  a  une  réparation  aussi  pu- 
blique et  éclatante  que  Tinjure  et  la  détractation  »,  et 
cinquante-cinq  communes  du  département  unirent 
leurs  protestations  aux  siennes.  Dans  cette  bourgeoisie 
du  Bas-Limousin,  un  moment  enivrée  par  le  rêve 
d'une  régénération  sociale,  accomplie  avec  une  con- 
corde universelle,  il  y  avait  bien  des  éléments  de 
résistance  courageuse  et  sage  à  Tanarchie.  Mais  il  leur 
manqua  Tappui  d'en  haut  sur  lequel  la  monarchie  de 
l'ancien  régime  avait  habitué  plusieurs  générations  à 
compter.  Dès  le  6  mars,  comme  suite  à  la  démarche 
faite  auprès  d'elle  par  les  représentants  de  la  com- 
mune de  Paris,  l'Assemblée  nationale  avait  décrété 
que  a  son  président  se  retirerait  s ^u-- le- champ  par 
devers  le  Roi,  pour  le  supplier  de  suspendre  toutes  les 
procédures  dirigées  par  les  prévôts  du  royaume  ». 
Malgré  toutes  les  bonnes  raisons  exposées  dans  le 
mémoire  qui  lui  fut  remis  ensuite  par- les  députés  de 
la  commune  de  Tulle  (annexe  au  procès-verbal  de  la 
séance  du  2  juin  1790)^  mémoire  mal  réfuté  dans  une 
réponse  signée  cette  fois  par  l'autre  frère  Lachèze,  et 
par  le  procureur  de  la  commune  de  Brive,  Chignac 
des  Ailleux,  les  prévenus  non  encore  jugés  pour  les 
affaires  d'Allassac^  Favars  et  Tulle  furent  renvoyés 
devant  le  tribunal  du  district  de  Bordeaux.  Durieux, 
notamment,  fut  défendu  devant  ce  tribunal  par  Ver- 
gniaud,  le  7  février  1791,  et  tous  les  prévenus  furent 
acquittés. 


—  480  — 


III 


En  définitive  Faye-Lachèze  avait  eu  gain  de  cause. 
II  n'était  pourtant  pas  revenu  habiter  Brive,  et  il 
avait  même  laissé  son  frère  aîné  et  son  ami  le  pro- 
cureur de  la  commune  Chignac  des  Ailleux  prendre 
la  suite  de  la  mission  qu'il  avait  engagée  à  Paris. 
Comme  nous  Tavons  dit,  Cabanis  avait  fait  de  lui  le 
médecin  en  second  du  grand  orateur  révolutionnaire, 
frère  et  beau-frère  de  ses  anciens  seigneurs.  Dans  le 
testament  de  Mirabeau,  en  date  du  l*""  avril  1791,  veille 
de  sa  mort,  se  trouve  une  disposition  ainsi  conçue  : 
«  Je  donne  et  lègue  au  sieur  Lachèze  une  bague  de 
a  cinquante  louis,  ou  pareille  somme  en  deniers  à 
a  son  choix  ;  je  recommande  à  mon  ami  La  Marck  de 
«  faire  placer  cet  excellent  sujet.  »  Le  legs  dut  être 
acquitté  par  la  piété  amicale  de  M.  de  La  Marck,  la 
succession  de  Mirabeau  n'ayant  pu,  comme  on  sait, 
suffire  à  payer  ses  créanciers.  La  sœur  qui  n'avait 
jamais  cessé  d'être  unie  d'affection  à  Mirabeau,  M"*  du 
Saillant,  rendit  témoignage  du  reste  au  zèle  de  son 
jeune  médecin.  Nous  trouvons  le  passage  suivant  dans 
une  lettre  écrite  le  17  avril  1791  par  M™'  du  Saillant 
à  Lachèze  aîné,  devenu  procureur-syndic  du  district 
de  Brive,  duquel  elle  sollicitait  l'appui  pour  faire  re- 
connaître le  droit  à  indemnité  qu'invoquait  son  mari, 
à  raison  de  la  perte  de  la  jouissance  traditionnelle 
appartenant  aux  seigneurs  de  Comborn  sur  les  terres 
épiscopales  d'Allassac  et  Voutezac,  pendant  les  va- 
cances de  Tévêché  de  Limoges  :  «  Je  ne  vous  dis  rien 
«  du  malheur  affreux  que  je  viens  d'éprouver^  et  qui 
«  restera  à  jamais  gravé  dans  mon  cœur.  Vous  le 


-  481  — 

a  partagerés,  mon  cher  La  Chèze,  et  sçavés  mieux 
«  qu'un  autre  retendue  d'une  tplle  perte.  Je  ne  m'en 
^  consolerai  de  ma  vie,  j'ai  perdu  un  frère  et  plus 
«  encore  un  ami,  il  m'est  doux  de  voir  les  témoi- 
«  gnages  publics  donnés  à  sa  mémoire^  mais  ils  ne 
«  m'en  font  que  mieuK  sentir  ce  que  je  perds.  Votre 
<(  frère  lui  a  donné  des  soins  et  des  preuves  d  alta'^he- 
«  ment  que  je  ne  croirai  jamais  assez  pouvoir  recon- 
«  naître,  et  que  je  n'oublierai  jamais.  » 

Mais  ce  qui,  mieux  encore  que  le  souvenir  des  soins 
donnés  à  Mirabeau,  assura  à  «  cet  excellent  sujet  » 
les  places  auxquelles  il  n'avait  pas  cessé  d'aspirer 
depuis  juillet  1789,  ce  fut  son  habileté  à  profiter  des 
circonstances  :  prépondérance  acquise  en  1791  parles 
divers  clubs  d'omis  de  la  Constitution  formés  dans 
la  Corrèze;  mort  tragique  et  mystérieuse  de  Chignac 
des  Ailleux  en  novembre  1790(1),  épisode  qui  donna 
un  nouvel  aliment  aux  passions  révolutionnaires  sem- 
blant près  de  s'éteindre  à  Brive.  Il  fut  élu  à  l'Assem- 
blée législative  avec  Germiniac,  Brival,  Borie,  Chas- 
saignac,  Marbot,  administrateurs  du  département,  et 
Bardon,  juge  du  district  de  Brive.  Et  deux  mois  après 
il  contractait  son  étrange  mariage  avec  la  jeune  pro'- 
tégée  de  M*"*  de  Condorcet,  Rose  Dupré  de  Geneste. 
M.  de  Nussac  nous  parle  des  discours  et  des  travaux 


(I)  Rentrant  de  Paris  à  Brive,  en  novembre  1790,  fier  du  succès 
obtenu  par  la  mission  qu'il  avait  remplie  avec  Lachëze,  Chignac 
des  Ailleux  disparut  soudain.  Pendant  dix  jours  on  le  chercha  sans 
pouvoir  arriver  à  savoir  ce  qu'il  était  devenu.  On  finit  par  découvrir 
son  corps  dans  la  retenue  d'un  moulin,  à  un  kilomètre  de  la  ville. 
Sans  pouvoir  établir  qu'il  y  eût  crime,  plutôt  qu'accident  ou  suicide, 
on  accusa  les  aristocrates  de  cette  mort.  Survenu  à  la  veille  du  renou- 
vellement de  la  municipalité,  cet  événement  exerça  une  influence 
fâcheuse  sur  les  élections,  alors  et  plus  tard. 


—  482  - 

de  Faye-Lachèze  «à  IWssemblée  législative  :  ils  ont 
laissé  peu  de  traces.  En  revanche  son  court  passage 
à  cette  Assemblée  lui  a  valu  les  divers  postes  dont 
nous  avons  parlé  au  début  de  cet  article.  Il  a  reçu  le 
dernier  soupir  du  général  Antoine  Marbot  pendant  le 
siège  de  Gènes,  et  rapporté  d*Italie  la  traduction  des 
Animaux  parlants,  de  Cesti.  C'est  tout  ce  qu'il  est 
possible  d'ajouter  à  sa  biographie;  la  date  même  de 
sa  mori  reste  incertaine. 

(^H.     DE    LOMÉMR    et   JuLlEN    LaLANDE. 


U  BOIARDE  DE  fiRIYE-LA-HAHUlE 


Depuis  bientôt  trois  années,  je  recherche  les  docu- 
ments nécessaires  pour  reconstituer  Thistoire  des 
ancieanes  fortifications  de  Brive.  Après  un  pénible 
labeur,  je  suis  parvenu  à  relier  ensenibie  les  diverses 
phases  de  Texistence  des  murs,  fossés,  bâtisses,  etc., 
aujourd'hui  disparus.  —  Je  suis  à  la  veille  de  publier 
mon  travail,  qui  est  actuellement  sous  presse. 

Au  cours  de  mes  recherches,  j'ai  rencontré  un  docu- 
ment, daté  de  1344,  qui  prouve  que  la  ville  de  Brive 
possédait  alors  six  canons,  huit  arbalètes  de  différen- 
tes formes,  trois  massues,  vingt-quatre  fléaux,  deux 
cent  quarante  traits  empennés  et  mille  huit  cent 
quarante-quatre  petits  traits. 

Des  massues,  arbalètes,  fléaux  et  autres  engins,  je 
n'en  parlerai  pas  ;  mais  il  n'en  sera  pas  de  même  des 
canons,  car  ces  objets  là  étaient  de  véritables  nouveau- 
tés, à  cette  époque,  et  méritent  aujourd'hui  une  des- 
cription spéciale. 

Si  j'en  crois  les  Tablettes  chroiiologiques  uni- 
verselles de  Girault,  «  l'invention  définitive  de  la 
c(  poudre  à  canon  date  de  1325  »,  bien  que  chacun 
sache  que  cette  poudre  était  connue  depuis  longtemps 
en  Chine.  Toujours  d'après  le  même  auteur,  «  en  1346 
«  on  commence  à  faire  usage  des  canons,  qui  ne  fu- 


-  484  - 

(t  rent  dans  Torigine  que  des  feuilles  de  cuivre  ou  de 
«  fer  battu  roulées  les  unes  sur  les  autres  et  liées 
a  avec  des  cercles  de  fer.  Les  Anglais  s'en  servirent 
«  pour  la  preniière  fois  à  la  bataille  de  Crécy.  » 

Or,  cette  fameuse  bataille  se  livra  le  26  août  1346, 
et  les  documents  que  possèdent  les  archives  de  la 
ville  de  Brive  démontrent  que  la  cité  gaillarde  se  ser- 
vait de  canons  déjà  en  1344  (1).  Je  lis  en  effet  ce  qui 
suit  se  rapportant  à  cette  même  année  1344  : 

Item  que  pagen  a  Pierre  Maie  per  lo  polvera 
de  cano  et  per  un  a  torcha  y  i  l.  1  s. 

Plus  loin,  le  même  document  porte  : 

Item  que  pagen  a  Pierre  Maluhier  per  un  ser- 
vent de  doma  et  per  la  polvera  del  cano,  i  L  i  s. 
3  d.  (2). 

Il  est  donc  certain  que  deux  ans  avant  que  les  An- 
glais se  soient  servis  de  canons  pour  battre,  à  Crécy, 
les  orgueilleux  chevaliers  de  Philippe  VI,  la  ville  de 
Brive  employait  les  bouches  à  feu,  alors  plus  bruyantes 
que  terribles.  Mais  voici  qui  est  plus  caractéristique  : 
non  seulement  Brive  possédait  des  canons  avant  la 
bataille  de  Crécy,  mais  encore  il  est  certain  que  les 
consuls  de  cette  ville  faisaient  fabriquer  ces  engins 
dans  leur  ville  même.  Le  registre  consulaire  en  donne 
une  preuve  irréfutable  : 


(1)  Archives  de  la  ville  de  Brive,  série  F.F.  6.  Document  cilé  par  le 
Bulletin  archéologique  d'avril  juin  1908. 

(2)  Traduction  du  patois  :  Item  que  nous  avons  payé  à  Pierre  Maie 
pour  la  poudre  à  canon  et  pour  une  torche,  1  livre  1  sol. 

Item  que  nous  avons  payé  à  Pierre  Maluhier  pour  un  servant.  .  .  . 
el  pour  la  poudre  à  canon,  1  livre  1  sol  3  deniers. 


—  485  — 

Item  (en  1344)  despendet  lo  fauve  de  St  Ferriole 
can  vent  far  Los  canos  3  «.,  et  2 s.  4d.  per  un  gach, 
tout  5  s.  4d. 

Item  que  pagen  a  il  de  Champanhac  per  la 
feradinas  del  sanhs  et  per  un  canOy  lo  divenre 
davan  SI  Michial (1). 

Longtemps  je  nie  suis  demandé  quelle  pouvait 
bien  être  la  forme  de  ces  canons,  de  même  que  les 
matières  employées  et  encore  la  manière  de  les  fabri- 
quer. 

Larousse  dit  que  ces  engins  étaient  de  «  simples 
tubes  en  fer  forgé,  de  dimension  médiocre,  de  petit 
calibre  et  dont  la  volée  était  soutenue  sur  toute  sa 
longueur  par  des  frettes  de  fer.  On  les  nommaient  des 
veuglaires  (glaive  aveugle).  Dans  ces  veuglaires,  ou 
dans  ces  bombardes  du  type  primitif,  la  culasse  ou- 
verte laissait  pénétrer  une  boite  à  charge  qui  s'assu- 
jettissait par  un  étrier  à  queue.  Comme  elles  n'avaient 
pas  de  tourillons,  ces  pièces  étaient  fixées  sur  un 
plateau  creusé  d'une  longue  rainure,  où  elles  étaient 
maintenues  par  des  arceaux  de  fer.  » 

Je  ne  citerai  pas  les  autres  auteurs  qui  ont  décrit, 
plus  ou  moins  exactement,  les  premières  bouches  à 
feu  ;  ils  sont  trop  nombreux  et  varient  aussi  dans 
leurs  descriptions,  quelquefois  fantaisistes.  Je  préfère 


(1)  Le  document  n'indique  pas  la  somme  qui  fut  payée  pour  ce  tra- 
vail. 11  est  vrai  que  ce  document  n'étant  qu'une  copie,  le  scribe  a  pu 
oublier  de  mentionner  cette  somme. 

Traduction  du  patois  :  Item,  dépensé  par  le  forgeron  de  Sainte- 
Féréole  lorsqu'il  vint  faire  les  canons,  3  sols  ;  et  2  sols  4  deniers  pour 
un  guet,  en  tout  5  sols  4  deniers. 

Item  que  nous  avons  payé  à  celui  de  Champagnac  pour  les  ferre- 
ments de  laffùt  et  pour  un  canon,  le  vendredi  avant  la  Saint-Michel.... 


—  486  — 

décrire  ici  celle  qui  est  conservée  au  Musée  de 
Brive  ;  elle  a  servi,  au  xiv'  siècle,  à  la  défense  de  la 
ville. 

Tout  d'abord,  voici  la  photographie  de  la  pièce  et 
aussi  la  notice  explicative,  mise  sur  Taffùt  de  la  boni- 
barde,  par  M.  Ernest  Rupin,  le  savant  conservateur 
du  Musée  de  Brive  : 


BOMBAUDE  DU  XIV  SIECl.E 

AYANT  SERVI    A    LA    DÉFENSE    HE   LA   VILLE    OE   IIRIVE 


Lacabane,  dans  la  Bibliothèque  de  V École  des 
Chartes,  2'  série,  T.  1*%  p.  46,  s'exprime  ainsi  : 

((  Après  le  désastre  de  Crécy,  se  fit  sentir  le  besoin 
de  perfectionner  le  moyen  de  guerre  auquel  les  An- 
glais avaient  dû  la  victoire.  On  inventa  un  canon 
appelé  CoNNAiLLE.  Les  villes  libres  se  pourvurent  de 


-  487  — 

poudre  et  de  bouches  à  feu.  Dès  1348,  Brive-la-Gail- 
larde,  en  Limousin,  possédait  cinq  connailles  ou 
bombardes  sur  ses  murs.  » 

On  lit  aussi  dans  Louis  Figuier,  Vai'tillerie  an- 
cienne et  moderne,  p.  319  : 

«  Chaque  ville  voulut  avoir  à  sa  solde  son  maître 
d'artillerie  et  ses  artilleurs.  Dès  1348,  Brive-la-Gail- 
larde  était  défendue  par  cinq  canons,  d 

Bien  qu'en  ait  dit  Térudit  Lacabane  et  après  lui 
le  non  moins  savant  Louis  Figuier,  Brive-la-Gaillarde 
avait  son  maître  d'artillerie,  ses  artilleurs  et  ses  ca- 
nons avant  1348.  Les  documents  municipaux  de  cette 
ville  le  prouvent. 

La  bombarde  qui  est  au  Musée  de  Brive  dato-t-elle 
exactement  de  1344?....  Ce  serait  bien  osé  de  l'affir- 
mer, il  est  même  probable  que  non...  Il  faudrait  pour 
cela  que  ce  fut  la  première,  ou  l'une  des  premières, 
dont  la  ville  se  fut  servie.  11  est  très  probable,  cepen- 
dant, que  cette  pièce  a  été  fabriquée  au  milieu  du 
xiv"  siècle.  En  effel,  ce  canon,  de  forme  toute  spé- 
ciale, répond  bien  aux  descriptions  qui  sont  faites  par 
divers  auteurs  spécialistes  en  ce  qui  concerne  les  pre- 
mières bombardes;  mais  il  n'est  pas  cependant 
comme  la  veuglaire^  décrite  par  Larousse,  dont  «  la 
culasse  ouverte- laissait  pénétrer  une  boite  à  charge 
qui  s'assujettissait  par  un  étrier  à  queue.  » 

Voir  ci-contre  le  dessin  de  la  bombarde  briviste  : 

Sa  culasse  est  fixe  et  forme  une  véritable  boite  à 
charge  pour  la  poudre.  Elle  a  185  millimètres  de  lon- 
gueur et  un  diamètre  de  60  millimètres  en  queue  ;  à 


lautre  extrémité,  ce  diamètre  est  de  68  millimètres. 
L'âme  de  cette  culasse  a  un  diamètre  de  45  milli- 
mètres. 

Dans  son  entier,  la  bombarde  est  faite  avec  des  la- 
mes de  fer  forgé,  superposées  les  unes  sur  les  autres 
et  solidement  soudées  à  chaud  ;  sa  longueur  totale 
est  de  65  centimètres.  La  bouche  a  un  diamètre  inté- 
rieur de  90  millimètres.  Depuis  la  bouche  jusqu'à  la 
culasse,  le  corps  de  ce  canon  est  renforcé  par  des  ner- 


J^ljtn  elùro/il  Je  U  BomOArae  dui  a  servi i  (a.  aé^nse  Je U  ifule  Je  ffrn/ 
^  ^  AU  y/ ^^  sied f 


^^^^M^miiMm^v^^^^ 


vures  variant  de  8  millimètres  à  12  millimètres  de 
largeur,  avec  un  relief  de  2  millimètres  à  5  millimè- 
tres. Ces  nervures  sont  au  nombre  de  cinq,  non  com- 
pris celle  formant  le  pavillon  de  la  bouche. 

L'âme  est  conique  et  va  en  s'élargissant  depuis  la 
sortie  de  la  culasse  jusqu'à  la  gueule. 


—  489  — 

Celte  bombarde  a  été  trouvée,  dit-on,  dans  une 
cave  de  Brive. 

C'est  M.  de  Lépinay,  propriétaire  actuel  de  cette 
maison,  qui  a  fait  don  de  la  bombarde  au  Musée  de 
la  ville. 

M.  E.  Massénat  reconstitua  Taffût  de  cette  pièce  (1), 
qui  se  compose  d'un  madrier  de  99  centimètres  de 
longueur  et  70  millimètres  d'épaisseur.  Sa  largeur 
en  tête  est  de  24  centimètres  et  en  queue  de  155  mil- 
limètres. La  queue  est  garnie  d'une  frette  en  fer  et  de 
deux  pitons  d'amarage.  Une  sorte  de  crémaillère  en 
bois,  percée  de  quatre  trous^  est  placée  à  l'arrière 
afin  d'aider  au  pointage  rudimentaire  de  la  pièce. 

Le  tout  est  supporlé  par  deux  roues  en  bois  fer- 
rées, de  25  centimètres  de  diamètre  et  8  centimètres 
d'épaisseur,  montées  sur  un  petit  essieu  en  fer  carré 
de  22  millimètres  de  côté. 

Le  canon  est  fixé  sur  Taffût  par  des  frettes  en  fer 
plat  de  28  millimètres  de  largeur. 

Le  travail  de  soudage  des  lames  formant  le  corps 
de  la  b3mbarde^  de  même  que  le  soudage  des  ner- 
vures, est  fait  d'une  façon  remarquable.  La  bouche 
de  cet  engin  primitif,  qui  est  déchirée  par  la  force  de 
la  poudre  et  des  projectiles,  laisse  voir  combien 
étaient  solidement  amalgamées  toutes  ces  lames  de 
fer.  Certes  nos  excellents  canonniers  du  siècle  dernier, 
à  la  manufacture  d'armes  de  Tulle,  ne  soudaient  pas 


(1)  D'après  la  gravure  publiée  par  Victor  Gay,  Glossaire  archéolo- 
gique, I.  p.  171,  qui  reproduit  un  dessin  de  bombarde  extrait  de  Pail- 
las Sandinus  (vers  1460).  Bibliotheca  Richelieu,  mss.  latin  7.239, 
folio  98,  verso. 


-  490  ^ 

mieux  leurs  canons  de  fusils  que  les  faoures  de 
Sainte-Féréole  et  de  Champagnac  au  xiv'  siècle. 

Il  m'a  paru  intéressant,  pour  mes  collègues  et  lec- 
teurs du  Bulletin  historique  de  la  Corrèze^  de 
détacher  ces  quelques  lignes  de  mon  travail  sur  Les 
Guerres  et  les  Fortifications  de  Brive-la-Gail- 
larde. 

Victor  Forot. 


MONOGRAPHIE  DE  SÉGUR 


Au  fond  d'un  entonnoir  formé  par  les  pentes 
abruptes  (lui  dévalent  des  derniers  plateaux  du  Haut- 
Limousin  est  bâtie  l'antique  cité  de  Ségur(l). 

Nous  n'en  ferons  pas  la  description,  car  nous  vou- 
lons nous  attacher  surtout  au  côté  historique  et 
économique. 

Et  la  première  chose  que  nous  noterons,  parce  que 
nous  sommes  curé  de  Saint-Eloi,  c'est  que  Ségur 
servit  à  désigner  notre  petite  paroisse  qui,  s'appelant 
d'abord  <r  Las  Fargeas  y>,  prit  ensuite  le  nom  du  bien- 
heureux évêque  de  Noyon. 

Mais,  le  diocèse  de  Tulle  n'existant  pas  encore,  il 
y  avait  déjà,  dans  le  diocèse  de  Limoges,  dont  nous 
faisions  partie,  un  autre  Saint-Eloi,  situé  aujour- 
d'hui dans  la  Creuse. 

Pour  éviter  la  confusion,  l'on  désigna  donc  notre 
paroisse  sous  le  nom  de  :  Saint-Eloi-de-Ségur. 

On  dit,  dans  certains  écrits  : 

Saint-Eloi  «  prope  Securium  »,  c'est-à-dire^  près 
Ségur. 

On  peut  traduire  :  de  Ségur,  môme  en  y  mettant 
une  idée  d'appartenance,  car  Saint-Eloi  fut  de  la 
châtellenie  (2)  dudit  Ségur,  dont  furent  vicomtes  les 

(1)  M.  Lavialle,  Lemouzi  d'octobre  1901. 

(2)  Châtellenie  =  seigneurie. 

On  lit  dans  Pantagruel  :  «  Ha,  ha!  tu  est  gentil  compag^on...  Je  te 
donne  la  châtellenie  de  Salmigondin.  » 


¥ 


» 


—  492  - 

Des  Cars(l)  et,  ensuite,  les  Hautefort  comme  nous 
l'avons  noté  ailleurs. 

..  .Le  mot  de  châtellenie  éveille  l'idée  de  château, 

Ségur  est,  en  effet,  dominé  par  les  ruines  impo- 
santes d'une  ancienne  construction  féodale,  sur  les 
quelles  se  trouve  aujourd'hui  une  maison  bourgeoise 
(appartenant  à  M'"'  de  Lavareille). 

Mais^  à  en  juger  par  le  nombre  des  touristes  qui 
viennent  chaque  année  le  visiter,  a  le  château  »  est 
assez  connu  pour  que  nous  n'ayons  pas  à  rééditer  son 
histoire  (2). 

Nous  nous  contenterons  de  rappeler  sur  Ségur 
quelques  faits  isolés. 

En  1290,  on  cite  un  Pierre  de  Saint-Julien,  da- 
moiseau, qui  consent  une  vente  à  Gardin,  chevalier 
dudit  Ségur. 

En  1373,  les  gentilshommes  limousins  expulsent 
les  Anglais  de  la  terre  de  Ségur  (communication  de 
M.  Dutheillet  de  Lamothe). 

En  1454,  Guillaume  de  Bretagne,  comte  de  Péri- 
gord  et  vicomte  de  Limoges,  fait  son  testament  dans 
le  château.  Nous  avons  noté  au  cours  des  monogra- 
phies respectives  de  Saint- Eloi  et  de  Saint- Julien, 


(1)  Dicton  populaire  : 
«  Pompadour,  pompe! 
Des  Cars  (a),  richesse! 
Bonneval.  noblesse  ! 
Châteauneuf,  pas  si  neuf  que  ça!  » 

(a)  Le  comte  François  des  Cars,  baron  de  Juillac,  Ségur,  Aixe,  fort 
attaché  aux  vanités  et  au  fasie  de  la  cour,  aimait  la  bonne  chère  et  la 
fortune.  —  1576. 

Les  Des  Cars  devinrent  seigneurs  de  Ségur  par  achat  à  Henri  IV. 
(Note  de  M.  Lavialle,  instituteur  à  Sanas.) 

(2)  La  chapelle  de  ce  château,  à  cause  de  l'importance  de  ses  restes, 
est  monument  historique. 


à 


493  — 


que  cet  acte  contenait  certaines  libéralités  aux  églises 
de  ces  deux  paroisses. 


Maison  Henri  IV,  a  Ségur. 

Voici  maintenant  un  fragment  qui  intéressera,  peut- 
être. 

a  ...Le  23  octobre  1520,  a  été  présent  noble  homme 
«  Reynaud  du  Mas,  seigneur  du  Repaire  du  Mas(l), 


(1)  Jacques  du  Mas,  écuyer,  fit  hommage  de  ce  repaire  en  1541,  au 
roi  de  Navarre,  alors  vicomte  de  Limoges  et  seigneur  de  Ségur. 

En  reconnaissance,  le  roi  de  Navarre  lui  céda  le  droit  de  justice  sur 
Saint-£ioi  tout  entier  et  partie  de  Saint-Julien. 


T.  XXX 


'i  -  7 


—  494  — 

ce  chaptelenie  de  Ségur,  lequel  reconnaît  devoir  des 

«  rantes  sur  certains  terrains...  au  conte  d'Autefort, 

«  rantes  constituées  par  Eymeric  Pinet,  seigneur  du 

«  repaire  du  Mas,  au  profit  de  Messire  Gauthier  de 

«  Pey russe  des  Gars...  gouverneur  de  la  vicomte  de 

a  Limoges,  comme  tuteur  de  damoyselle  Françoise 

«  de  Bretaigne... 

«  Signé  :  Teyssière.  » 

...Une  pièce  que  nous  avons  partiellement  tran- 
scrite, dans  notre  travail  sur  Saint- Eloi,  nous  apprend 
que  Ségur,  qui  y  est  qualifié  du  titre  pompeux  de 
((  ville  »,  eut  une  «  cour  ordinaire  de  la  vicomte  ». 

La  même  pièce  nous  montre  que  cette  cour  était 
composée  d^officiers,  de  procureurs,  d^avocats,  de 
sergents  (1). 

Au  point  de  vue  judiciaire,  précisément,  Ségur  est 
célèbre  par  sa  susdite  «  cour  des  appeaux  »,  fort  im- 
portante à  répoque  d'Henri  IV. 

Un  ouvrage  parfaitement  docuiùenté,  de  Téminent 
M.  René  Fage,  traite  cette  question.  Il  est  intitulé  : 

«  Une  ancienne  justice  :  les  appeaux  de  Ségur.  » 

Aux  environs  de  1748,  Ségur  fut  dépossédée  de  ses 


Ces  du  Mas  se  faisaient  inhumer  à  Saint-Éloi,  devant  le  grand-autel 
de  l'église. 

La  tradition  de  se  faire  enterrer  dans  cette  paroisse  s'est  toujours 
conservée  chez  les  châtelains  de  Ségur^  qui  ont,  au  cimetière  de 
Saint-Éloi,  leur  sépulture  de  famille. 

((  La  Jarrousse  »  fut  aussi  un  repaire  noble.  Idem  pour  o  la  Groi- 
sille  »,  tout  près  de  Saint-Julien. 

La  Croisille  dépendit  longtemps  du  temple  maltais  de  MagnaC 

(1)  Sergent  =  officier  de  justice  remplissant  les  fonctions  de  nos  huis- 
siers actuels.  D'autres  fonctionnaires,  qui  percevaient  les  impôts,  por- 
taient ailleurs  le  même  titre  : 

0  Gomme  il  fut  à  la  barrière  des  sergents...  » 

Cardinal  de  Hetz  (Mémoires). 


—  495  - 

«  appeaux  »,  qui  avaient  duré  quatre  cents  ans,  et  qui 
furent  supprimés  par  notre  compatriote  limousin,  le 
chancelier  d'Aguesseau. 

En  1749,  et  comme  dédommagement,  on  constitua 
Ségur  en  paroisse,  sous  le  patronage  de  saint  Léger  (1). 

Saint  Léger  avait,  du  reste,  une  chapelle  au  lieu  du 
Baillargeau^  et  c'est  sur  l'emplacement  de  cette  cha- 
pelle que  Ton  construisit  Téglise  paroissiale. 

Cette  église  fut^  primitivement,  desservie  par  le 
clergé  de  Saint-Julien  (2). 

Mais,  pour  se  constituer  en  paroisse,  Ségur  prenait 
quelques  territoires  environnants,  surtout  sur  Saint- 
Eloi. 

C'est  ainsi  que  ledit  Saint-Eloi  possédait  sur  les 

(1)  Saint  Léger,  archidiacre  de  Poitiers,  ensuite  abbé  du  monastère 
de  Saint- Maxence,  fut  évêque  d'Âutun  pendant  dix-neuf  ans,  et,  spé- 
cialement^ au  temps  de  Childéric  II,  dont  il  éiaii  le  ministre.  Ëbroîn, 
maire  du  palais  et  adversaire  du  saint,  lui  fit  crever  les  yeux  et  or- 
donna même  de  le  décapiter.  Meymac  garde  la  tète  de  saint  Léger, 
ainsi  que  ses  deux  mains 

(2)  Ensuite,  Ségur  eut,  non-seulement  son  église,  mais  encore  son 
curé,  n  y  eut  même  des  sommes  imposées  t  pour  les  honoraires  d'un 
vicaire  auxiliaire  et  d'un  régent  ».  Cette  imposition  commença  en  1770 
et,  à  cause  du  régent,  fut  étendu  aux  paroisses  a  de  Sainct-Julien, 
Beyssenat  et  Sainct-Éloy  ». 

Peu  après,  ces  quatre  paroisses  s'imposent  de  môme  jusqu'à  con- 
currence de  100  livres  pour  une  régente  a  qui  fasse  la  leçon  aux  (llles  • 
et  devra,  tout  comme  le  régent,  demeurer  à  Ségur  0  où  les  autres 
paroisses  aboutissent  ». 

Puis  il  se  passa  «  nombre  d'années  »  qu'il  n'y  eut  ni  régent  ni  ré- 
gente. En  vertu  de  quoi  les  habitants  de  Saint-Éloi  "  négligèrent  de 
se  cotiser  ».  Et  si  les  autres  paroisses  tributaires  de  Ségur  firent 
preuve  de  générosité,  Saint-Éloi  fit  montre  de  bon  sens. 

Mais  la  chose  surprit  douloureusement  les  «  supplians  »  signataires 
d'un  certain  papier  qui  nous  a  été  communiqué  par  M"'  Octavie  Renau- 
die,  lesquels  supplient  donc  «  Mgr  l'Intendant  de  la  Généralité  de 
Limoges  »  de  faire  cotiser  leurs  voisins  de  Saint-Éloi. 

Mgr  rintendant  y  réussit-il  ?..  Je  me  permets  d'en  douter...  Il  aura, 
sans  doute,  soufilé  aux  «  supplians  »  de  se  procurer  un  régent  et  une 
régente  ;  après  quoi  les  voisins  de  Saint-Éloi  se  seront  cotisés  tout 
seuls,  sans  obliger  les  Ségurins  de  l'époque  à  prolonger  leurs 
supplications... 


—  496  — 

bords  du  Haut-Vézère,  un  oratoire  dédié  à  saint  Lau- 
rent. 

Or,  Ségur  s'en  emparait. 

Sous  la  doniination  de  Ségur^  il  est  vrai,  cet  ora- 
toire conserva,  tout  d'abord,  sa  destination  religieuse. 
Mais,  en  1791,  il  fut  désaffecté  et  transformé  en 
corps-de-garde. 

C'est  à  cette  époque  troublée  que  disparut  égale- 
ment la  chapelle  de  Saint-Médard,  au  faubourg  de 
TAumôniére. 

Depuis  la  Révolution,  Tancien  oratoire  de  saint 
Laurent,  devenu  corps-de-garde,  était  resté  plus  ou 
moins  abandonné.  Mais,  en  1819,  il  fut  transformé 
en  maison  d'habitation  ;  il  est  occupé  aujourd'hui  par 
M"'  Octavie  Renaudie. 

Comme  curé  de  Saint-Eloi,  nous  avons  eu  la  pieuse 
curiosité  de  visiter  ce  lieu.  On  nous  a  prouvé  que  la 
cheminée  qu'on  y  a  ménagée  marque  la  place  de 
l'autel. 

A  gauche  de  cette  cheminée,  on  nous  a  montré 
une  excavation  où,  selon  une  tradition  incontestée, 
on  mettait  les  burettes  nécessaires  à  la  célébration  de 
la  messe. 

Une  statue  provenant  de  l'oratoire,  aurait  été  re- 
cueillie par  un  voisin,  M.  Dufour,  boulanger. 

C'est  avec  plaisir  et  émotion  que  nous  avons  écouté 
tout  cela  (1). 


A  l'époque  de  la  Révolution,  le  curé  de  Ségur  était 
M.  Meynardie. 

(1)  De  celte  chapelle  et  de  la  dévotion  qui  s'y  manifesta,  le  pont 


—  497  — 

En  1790,  fut  imposé  au  clergé  de  France  le  ser- 
ment de  la  Conslitution  civile;  mais  l'abbé  Meynardie 
le  refusa  courageusement  et  prit,  en  1791,  le  chemin 
de  Texil. 

Il  fut  imité  par  son  confrère  de  Saint-Eloi,  M.  Tabbé 
Fournier,  et  on  croit  que  tous  deux  gagnèrent  l'An- 
gleterre (1). 

Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  qu'ils  furent  rem- 
placés par  des  prêtres  assermentés  et,  partant,  schis- 
matiques. 

L'abbé  Reix,  curé  de  Villemaux,  devint  curé  de 
Ségur,  tandis  qu'on  intronisait  à  Saint-Eloi  un  Ségu- 
rin,  M.  Bardon  de  Brun. 


Après  la  Révolution,  les  curés  de  Ségur  furent,  en 
même  temps,  desservants  de  Saint-Eloi  (2),  et  cela 
dura  jusqu'à  la  mort  de  M.  l'abbé  Roux,  décédé  à 
Ségur  en  1880. 

A  cette  époque,  Saint  Eloi  obtint  un  curé,  et  put 
se  passer  momentanément  des  services  des  voisins. 

Plus  tard,  Saint-Eloi  étant  venu  à  vaquer  de  nou- 


voisin  fournit  encore  un  témoignage  :  on  l'appelle,  en  effet,  «  le  pont 
Saint-Laurent  ». 

il)  Beaucoup  de  prêtres  français  de  cette  époque  passèrent  en  ce 
pays.  Qui  sait  si  le  réveil  de  foi  catholique  se  manifestant  actuelle- 
ment outre- Manche  n'est  pas  le  résultat  et  la  récompense  de  l'hospi- 
talité que  ces  proscrits  y  trouvèrent?... 

(2)  Notre  compatriote  et  ami,  M.  liOuis  de  Nussac,  dans  son  ouvrage 
sur  Saint-ÉIoi  (sa  légende  et  son  culte),  relate  que  les  habitants  de 
Ségur,  jaloux  de  la  cloche  de  Saint-Éloi,  avaient  suscité  de  vrais  com- 
bats pour  la  disputer  (page  247}.  Cela  n'était  pas  d'une  délicatesse 
achevée.  Aussi  les  Ségurins  ont  reconnu  qu'il  y  avait  mieux  à  faire; 
et,  en  1905,  grâce  à  M.  l'abbé  Farges  et  à  M.  le  comte'de  Fleurolles, 
on  baptisait  une  cloche  qui,  sans  être  aussi  puissante  que  celle  de 
Saint-Éloi,  peut  consoler  la  paroisse,  et  même  l'honorer. 


—  498  — 

veau,  un  autre  curé  de  Ségur  accepta  le  binage,  mais 
pour  le  résigner  bientôt. 

Nous  voulons  parler  de  M.  Tabbé  Dallet,  un  des 
pasteurs  dont  Ségur  garde  le  meilleur  souvenir,  et 
auquel  nous  ferions  une  large  place  dans  cette  notice, 
si  nous  n'étions  obligé  de  nous  restreindre. 

Le  successeur  de  M.  Dallet,  qui  était  nommé  doyen 
de  Juillac,  fut  M.  l'abbé  Vitrac,  lequel  resta  peu 
d'années. 

Le  successeur  de  M.  Vitrac  est  M.  Dominique 
Farges^  qui  a  vu  à  Ségur  la  fin  du  régime  concor- 
dataire, et  saura  inaugurer  le  nouveau  régime  du 
culte  avec  intelligence  et  dévouement. 


11  y  a  seulement  quelques  années,  les  foires  de 
Ségur  étaient  encore  célèbres  et  justement  renom- 
mées. Cette  importance  commerciale  n'est  malheu- 
reusement plus  qu'un  souvenir.  Et  les  foires  actuelles 
n'en  méritent  pas  même  le  nom.  On  m'excusera  de 
le  constater. 

...Ségur  est  une  «  ville  morte  ».  Et  l'on  y  trouve^ 
plus  que  de  raison,  des  bras  inoccupés.  De  moins  en 
moins,  cependant;  pour  le  motif  tout  simple  que  le 
chiffre  de  la  population  diminue.  Les  annuaires  n'ac- 
cusent que  modérément  cette  dinainulion.  Elle  est 
réelle^  cependant. 

Pour  mettre  fin  à  l'oisiveté  de  pas  mal  de  Ségu- 
rins^  on  devrait  faire  attention,  il  me  semble,  que 


—  499  — 

Ségur  possède  une  rivière  assez  considérable  (le  Haut- 
Vézère  ou  Auvézère).  Je  ne  croirais  pas  impossible 
d'y  établir  une  usine^  une  manufacture,  un  atelier 
important.  Les  ouvriers  seraient  nombreux  sur  place  ; 
et  leur  apprentissage  se  ferait  peu  à  peu. 

Cela  vivifierait  Ségur  et  mettrait  du  bien-être  dans 
beaucoup  de  familles  indigentes.  Gela  retiendrait, 
surtout,  dans  leur  pays  intéressant  et  pittoresque, 
tant  de  jeunes  gens  des  deux  sexes  qui  s'en  vont 
tenter  la  fortune^  ou,  du  moins,  trouver  une  occu- 
pation à  Paris. 

Mais  aller  à  Paris,  c'est  abandonner  la  famille, 
déserter  le  foyer,  se  séparer  du  pays  natal.  Et  la 
capitale  qui  est;  je  le  veux  bien^  la  ville  des  rêves, 
épuise  cependant  les  corps  et  tue  les  âmes. 

...Dans  les  premières  années  de  notre  pastorat  à 
Saint-Eloi,  nous  avions  un  Bulletin  Paroissial  qui 
a  disparu  avec  les  besoins- qui  l'avaient  fait  naître,  et 
dans  un  numéro  duquel  nous  disions  : 

a  ...Sans  vous  laisser  éblouir  par  un  mirage  déce- 
«  vant  et  vous  laisser  tromper  par  de  dangereuses 
a  apparences,  restez  sur  ce  terroir  natal  qui  a  su 
«  nourrir  vos  ancêtres,  les  rendre  robustes  et  ver- 
ce  tueux  et  qui  traitera  aussi  bien  les  générations 
(t  futures  si  elles  ont  confiance  en  lui...  » 

Mais  cela,  je  le  disais  aux  habitants  de  Saint-Eloi. 
Et  je  n'aurais  pu  le  dire  aux  émigrants  de  Ségur.  Car 
a  il  vaut  mieux  rire  loin  que  pleurer  près  », 
assure  le  proverbe. 

Cependant,  qu'on  trouve  aux  Ségurins,  comme  nous 
le  désirons,  une  occupation,  une  situation  sur  place^ 
et  nous  leur  tiendrons  le  même  langage. 


-  500  — 

Car  :  «  Les  quatre  cinquièmes  des  provinciaux  qui 
viennent  en  la  capitale^  nous  écrivait  un  jour  Pierre 
l'Ermite,  oublient  les  devoirs  les  plus  essentiels  du 
chrétien  et  les  pieuses  traditions  qu'ils  apportent.  » 

Nous  avons  donc  cru  faire,  jadis,  œuvre  sacerdotale 
en  écrivant  des  articles  et  donnant  des  conférences 
qui  pouvaient  se  résumer  par  ce  conseil,  qui  est, 
comme  on  le  sait,  le  titre  d'un  ouvrage  connu  : 
«  Restez  chez  vous!  » 

Depuis,  d'autres  devoirs  plus  pressants  ou  plus  par- 
ticuliers nous  ont  empêché  de  continuer,  mais  nous 
avons  suscité  des  jeunes  gens  dévoués  qui  s'emploient 
à  cette  œuvre  et  font  beaucoup  mieux  que  nous. 

...Cependant,  nous  voilà  loin  de  Ségur. 

Revenons-y  en  constatant  que  le  nombre  des  per- 
sonnes qui  désertent  cette  localité  augmente  chaque 
jour,  comme  nous  l'avons  insinué  plus  haut. 

Ces  Ségurins  vont  à  la  grande  ville,  qui,  selon  notre 
formule  (ne  craignons  pas  le  mot)  épuise  les  corps  et 
tue  les  âmes. 

Il  y  a  donc  là  une  question  de  vitalité  physique  et 
de  santé  morale. 

La  première  regarde  positivement  les  autorités  civi- 
les; la  seconde  ne  leur  est  certainement  pas  indiffé- 
rente. 

Nous  n'avons,  évidemment,  la  prétention  de  dicter 
son  devoir  à  personne.  Mais  il  nous  semble  que  les 
autorités  qui  président  aux  destinées  de  Ségur  auraient 
bien  mérité  de  la  commune  si  elles  dirigeaient  leur 
activité  dans  le  sens  que  nous  leur  indiquons  hum- 
blement; c'est-à-dire  en  cherchant  à  établir  un  cen- 
tre industriel  qui  ressusciterait  la  localité. 


—  501  — 

Je  sais  bien  quMl  y  aurait  là  une  question  subsi- 
diaire de  chemin  de  fer  ou  de  tramway,  mais  cette 
question-là  doit  être  précisément  englobée  dans  Tétude 
que  je  propose.  Elle  est  même  tout  à  fait  d'actualité. 

En  attendant,  je  souhaite  que  Ton  fasse,  de  plus 
en  plus,  connaître  Ségur  pour  son  pittoresque,  et  que, 
de  plus  en  plus,  y  viennent  les  touristes. 

Ce  sera  de  l'agrément  pour  le  visiteur  et  du  profit 
matériel  pour  Thabitant. 

C'est  précisément  pour  le  faire  connaître,  que  la 
Fédération  des  Ecoles  limousines  félibréennes  se  pro- 
pose de  tenir,  en  1910,  à  Ségur,  une  assemblée  gé- 
nérale. 

Nous  avons  appris  la  nouvelle  de  ce  projet  avec 
grand  plaisir  et  en  verrons  la  réalisation  avec  plus 
de  plaisir  encore. 

P.    J.-B.    JOFFRE. 


EN  SOUVENIR  D'UN  NATURALISTE 


Dans  son  étude  sur  la  Société  d'agriculture  du  Li- 
mousin, créée  par  Tordonnance  royale  du  12  mai 
1761  et  qui  se  divisait  en  trois  sections  s'adminis- 
trant  et  se  gouvernant  elles-mêmes,  à  Limoges,  Brive 
et  Angoulème,  TAngoumois  avait  été  exceptionnelle- 
ment réuni  au  Limousin,  feu  M.  Taillebois,  auteur 
de  ce  travail  vivement  applaudi  à  la  Sorbonne^  nous 
parle,  dans  la  4"*  livraison  du  Bulletin  de  la  Société 
archéologique  de  Brive,  de  la  venue  et  de  Taccueil 
de  la  pomme  de  terre  dans  notre  Bas-Limousin  : 

a  11  dit  que  le  duc  d'Hamillon,  qui  séjourna  long- 
a  temps  à  Brive  sous  le  nom  de  chevalier  de  Binet, 
a  introduisit  la  pomme  de  terre  dans  cette  ville  (il 
«  n'en  donne  pas  la  date)  ;  on  la  propagea  peu  à  peu 
(f  et^  en  1768,  un  pain  fait  d'un  mélange  de  cette 
a  racine  et  de  seigle  ou  de  froment  fut  expérimenté 
c(  successivement  à  Brive  et  à  Limoges.  La  société 
«  d'agriculture  de  Rouen  avait  déjà  donné  l'exemple 
«  en  1762. 

<x  La  première  récolte  importante  fut  faite  par 
a  M.  de  Saint-Hilaire  fils  (à  Favars),  qui  en  ramassa 
a  soixante  quintaux,  regrettant  de  ne  pas  avoir  donné 
«  plus  de  terrain  à  ce  produit  qui  remplaçait  la  châ- 
«  taigne  dont  il  y  avait  disette  et  l'année  suivante  il 
a  en  récolta  plus  de  soixante  charretées  ». 


—  504  — 

Nous  avons  entendu  dire  qu'eu  1773,  les  char- 
treux du  Glandier,  affermant  un  domaine  à  un  cul- 
tivateur, mettaient  comme  condition  qu'il  ferait 
annuellement  une  sétérée  (soit  vingt-et-un  ares 
passés)  en  pommes  de  terre,  qui  leur  seraient  toutes 
remises.  Je  sais  que  Tacte  se  trouve  chez  M'  Colin, 
notaire  à  Troches. 

Vers  1850,  trois  illustres  membres  de  TAcadémie 
des  Sciences,  MM.  de  Quatrefages,  Milne  Edwards  et 
Blanchard,  étaient  partis  ensemble  pour  une  tournée 
scientifique  en  Sicile,  ramassant  tout  ce  qui  pouvait 
être  utile  à  connaître  ou  à  posséder  dans  nos  Musées. 
Ils  ont  reconnu  Tétat  stationnaire  de  cette  lie  admira- 
ble et  constatèrent  que  la  pomme  de  terre  y  était  in- 
connue, car  pendant  tout  leur  séjour  ils  n'ont  pu  s'en 
procurer  une  seule. 

M.  de  Quatrefages  le  consigne  à  la  page  7  du 
deuxième  volume  de  ses  Souvenirs  d'un  7iatura- 
liste  et,  à  la  page  420,  il  donne  la  note  suivante 
que  je  m'empresse  de  reproduire,  car  elle  est  très 
instructive  : 

v((  Les  botanistes  appellent  cette  plante  précieuse 
((  la  morelle  tubéreuse  {solanum  tuberosum).  Nous 
«  rappellerons  ici  que  les  tubercules  qui  se  mangent 
«  ne  sont  pas,  comme  on  le  croit  généralement,  les 
a  racines  du  végétal,  mais  bien  de  véritables  tiges  ou 
«  des  branches  souterraines,  renflées  par  places  et 
a  qui  doivent  leurs  propriétés  nutritives  à  la  grande 
c(  quantité  de  fécule  qu'elles  renferment.  Nous  em- 
«  pruntons  à  M.  Duchartre  les  détails  historiques*sui- 
((  vants,  sur  l'origine  et  les  progrès  de  la  culture  des 
a  pommes  de  terre  en  Europe  : 


—  505  - 

«  La  moreDe  tubéreuse  est  connue  de  temps  immé- 
«  morial  au  Pérou,  dont  les  habitants  la  connaissent 
ce  sous  le  nom  de  papas.  Mais  on  n'a  pu  déterminer 
«  d'une  manière  précise  le  vrai  lieu  de  son  origine, 
ce  Son  introduction  en  Europe  remonte  à  moins  de 
ce  trois  siècles.  Au  milieu  des  versions  diverses  qui 
ce  ont  été  publiées  sur  ce  points  la  plus  probable  est 
((  celle  qu'a  fait  connaître  le  docteur  Putsche.  D'après 
a  ce  savant,  le  capitaine  John  Hawkins  aurait  le  pre- 
«  mier  apporté  en  Irlande,  en  1565,  quelques  tuber- 
a  cules  pris  à  Santa-Fé  de  Bogota  et  qui  furent  com- 
ce  plètement  négligés. 

a  Le  célèbre  navigateur  Francis  Drake,  qui  avait 
«  été  le  compagnon  de  Hawkins,  comprit  de  quelle 
ce  importance  cette  acquisition  pouvait  être  pour 
ce  l'Europe,  et,  dans  un  de  ses  voyages,  il  trasporta 
«  des  morellos  dans  la  Virginie  où  elles  furent  culti- 
ce  vées  avec  succès.  Plus  tard,  il  emprunta  à  ces  cul- 
ce  tures  qu'il  avait  provoquées  les  tubercules  qu'il 
«  porta  à  Londres  en  1586  et  cette  circonstance  a 
a  fait  croire  que  la  pomme  de  terre  était  originaire 
«  de  Virginie.  Drake  remit  ses  exemplaires  à  son  pro- 
ce  pre  jardinier  et  à  quelques  autres  personnes,  entre 
vt  autre  au  botaniste  Clusius^  qui  le  premier  a  fait 
«  connaître  botaniquement  la  plante  dont  il  s'agit, 
a  Le  nouveau  végétal  était  d'ailleurs  entièrement 
«  oublié,  lorsque  l'amiral  Walter-Raleigh  le  retrouva 
a  en  Virginie  et  en  rapporta  en  Angleterre  une  assez 
«  grande  quantité  dans  les  premières  années  du  xvu* 
cr  siècle.  Cette  fois,  l'acquisition  fut  définitive. 

«  Toutefois,  la  culture  de  la  pomme  de  terre  ne 
a  se  répandit  que  bien  lentement  et  ce  qui  prouve 


—  506  - 

«  leur  rareté^  il  en  fut  servi  un  plat  sur  la  table  du 
a  roi  de  France  comme  une  rareté  de  haut  prix,  en 
«  1616.  Ce  ne  fut  qu'en  1650  qu'elle  pénétra  en  Aile- 
«  magne  et  jusque  vers  la  fin  du  xviii*  siècle.  Cette 
a  plante,  aujourd'hui  si  commune,  ne  fut  cultivée 
a  que  sur  quelques  points  très  limités.  On  sait  que 
«  c'est  un  français,  à  la  fois  savant  et  homme  de 
a  bien,  qui  se  dévoua  à  en  propager  la  culture.  Tous 
«  les  efforts  de  Parmentier  eussent  été  peut-être  in- 
«  fructueux,  si  la  disette  qui  suivit  les  premières 
«  guerres  de  la  Révolution  ne  fut  venue  en  aide  à  ses 
«  efforts.  Sous  la  pression  de  la  nécessité,  les  préjugés 
a  se  dissipèrent;  tout  le  monde  comprit  de  quelle 
«  ressource  pouvait  être  ces  tubercules^  qu'on  avait 
a  jusque-là  déclarés  bons  tout  au  plus  pour  les  pour- 
«  ceaux.  Sur  divers  points  de  notre  territoire,  quel- 
«  ques  hommes  intelligents  et  animés  du  même 
a  esprit  que  Parmentier^  se  firent  les  apôtres  de  ses 
a  idées  et,  en  quelques  années,  la  pomme  de  terre 
«  pénétra  jusque  dans  le  moindre  de  nos  hameaux, 
a  Soumise,  par  suite  de  cette  extension  de  culture, 
a  à  une  multitude  d'influences  très  diverses,  elle  a 
a  donné  naissance  à  une  infinité  de  variétés  dont  le 
a  nombre  s'augmente  encore  chaque  jour,  de  sorte 
«  que  l'histoire  de  cette  seule  espèce,  si  longtemps 
a  méprisée,  exigerait  aujourd'hui  des  recherches 
ce  spéciales,  approfondies  et  fournirait  la  matière 
«  d'un  gros  livre.  » 

G.    DE   LÉPINAY. 


Les  Marguilliers  des  Mathurins 

EN    LIL^IOXTSIIT 


Parmi  un  tas  de  vieux  papiers  achetés  Tan  dernier 
chez  un  des  brocanteurs  qui,  les  jours  de  foire^  tien- 
nent leur  étal  sur  le  quai  de  Tancien  Collège  de  Tulle, 
j'ai  trouvé  quelques  documents  qui,  sans  avoir  une 
grande  valeur,  méritent  d'être  conservés.  Entre  toutes 
ces  paperasses  j'en  cueille  aujourd'hui  quelques-unes 
absolument  inédites,  parce  qu'elles  sont  restées  dans 
les  greniers  d'une  des  plus  vieilles  familles  du  Bas- 
Limousin  jusqu'au  jour  où  un  de  ses  descendants  les 
a  livrées  el  Piliare. 

Sauf  quelques  lacunes^  ces  vieux  papiers  vont  me 
permettre  de  retracer  un  historique  sommaire  d'une 
vieille  institution  qui  avait  de  profondes  racines  en 
Bas-Limousin.  Je  veux  parler  de  la  «  Rédemption 
des  ch7'étiens  esclaves  y  captifs  dans  les  états  ba?'- 
baresques  »^  dont  trois  de  nos  compatriotes  tullois 
ont  été  les  procureurs-généraux  pour  les  diocèses  de 
Limoges  et  de  Tulle. 

Je  crois  tout  d'abord  utile  de  rappeler  au  lecteur 
ce  qu'était  VOrdre  de  la  Rédemption  des  Chrétiens. 

Le  fils  d'un  gentilhomme  provençal^  Jean  de  Matha^ 
fut  le  fondateur  de  cet  ordre.  Il  était  né  en  1160  à 
Faucon,  autrefois  paroisse  de  Barcelonnette,  aujour- 
d'hui chef-lieu  de  commune  du  canton  et  de  l'arron- 


—  508  — 

dissement  de  Barcelon nette,  département  des  Basses- 
Alpes.  Il  fit  ses  premières  études  en  Provence  et  reçut 
le  bonnet  de  docteur  en  théologie  à  Paris.  Presque 
aussitôt  après,  il  résolut  de  se  consacrer  au  rachat  des 
nombreux  chrétiens  que  les  musulmans  tenaient  en 
captivité  depuis  la  première  croisade  (1095).  Dans  ce 
but,  il  se  rendit  à  Meaux  où  Hugues  de  Vermandois 
s'était  retiré,  après  avoir  vendu  tous  ses  biens.  Jean 
fit  part  de  son  projet  à  Hugues,  et^  bien  résolus 
d'aboutir,  les  deux  moines  s'acheminèrent  vers  Rome 
en  1197.  Ils  obtinrent  du  pape  Innocent  III  l'auto- 
risation de  fonder  ï Ordre  de  la  Sainle- Trinité  pour 
la  rédemption  des  chrétiens  captifs. 

Le  costume  des  nouveaux  moines  fut  une  simple 
robe  blanche,  sur  le  devant  de  laquelle  était  attachée 
une  croix  rouge. 

Par  ordre  du  Pape,  l'évêque  de  Paris  et  l'abbé  de 
Saint-Victor  rédigèrent  les  premières  règles  de  l'ordre. 

De  retour  en  France,  en  1198,  les  deux  innovateurs 
établirent  leur  maison-mère  à  Cerfroid,  paroisse  de 
Brumetz,  actuellement  chef- lieu  de  commune  du 
canton  de  Neuilly-Saint-Front,  arrondissement  de 
Château-Thierry.  Ils  se  firent  connaître  dès  lors  sous 
le  nom  de  Trinitaires. 

Le  roi  Philippe-Auguste  les  protégea  et  bientôt 
l'ordre  prit  une  extension  considérable,  tant  en  France 
qu'en  Italie  (dans  la  Lombardie  surtout),  en  Espagne, 
et  même  dit-on  a  au-delà  des  mers  ». 

Albéric,  moine  cistercien  de  l'abbaye  des  Trois- 
Fontaines,  près  de  Châlons-sur-Marne,  écrivait  qua- 
rante ans  après  la  fondation,  qu'ils  avaient  déjà  plus 
de  six  cents  maisons,  parmi  lesquelles  se  trouvait 


—  509  — 

celle  de  Saint-Mathurin,  «  qu'on  appellait  auparavant 
VAumônerie  de  Saint-Benoît  ».  —  Cette  importante 
maison  leur  fut  donnée  par  le  chapitre  de  TEglise  de 
Paris,  en  1209.  La  chapelle  de  cette  aumônerie  était 
sous  le  vocable  de  saint  Mathurin,  aussi,  peu  après, 
les  Trinitaires  furent  désignés  sous  le  nom  de 
Mathurins. 

L'ordre  nouveau  prenant  de  l'extension,  Jean  de 
Matha  se  rendit  plusieurs  fois  dans  les  états  barba- 
resques,  et,  à  chaque  voyage,  il  ramena  bon  nombre 
de  chrétiens  qu'il  avait  pu  racheter. 

Le  fondateur  de  cette  admirable  congrégation  mou- 
rut à  Rome  en  1213^  il  fut  canonisé  quatre  siècles 
plus  tard,  en  1679,  par  le  pape  Innocent  XI. 

Hugues  de  Vermandois  avait  cessé  de  vivre  une 
année  avant  son  compagnon  (1212),  il  fut  aussi  cano- 
nisé à  la  même  époque  sous  le  nom  de  saint  Félix  de 
Valois. 

La  règle  d'origine  des  Mathurins  était  d'une  grande 
sévérité  et  d'une  austérité  trop  absolue  pour  vivre 
longtenjps.  En  1261  les  frères  de  l'ordre  demandèrent 
différentes  modifications  et  le  pape  Urbain  IV  ne 
refusa  pas  de  faire  étudier  leur  requête.  En  1263,  il 
commit  l'évêque  de  Paris  et  les  abbés  de  Saint-Victor 
et  de  Sainte-Geneviève  pour  modifier  et  mitiger  leur 
trop  dure  règle.  Quelques  adoucissements  y  furent  ap- 
portés, et  le  pape  Clément  IV  les  approuvait  en  1267. 

Les  nouveaux  statuts  portaient  entre  autres  choses, 
que  les  frères  réserveraient  la  troisième  partie  de  leurs 
biens  pour  la  rédemption  des  captifs. 

Le  «  ministre  supérieur  général  »  de  l'ordre  devait 
toujours  être  né  Français,  et  devait  être  nommé  par 

T.  XXX.  4-8 


-  510  — 

la  réunion  des  «  ministres  français,  italiens^  portugais 
et  espagnols  ». 

Les  armes  de  Tordre  étaient  : 

D'argent  à  une  croix  pattée  de  gueule  et  d'azur, 
à  une  bordure  d'azur  chargée  de  huit  fleurs  de 
lys  d'or  ftrois  à  dextre,  trois  à  sénestre^  une  en 
chef  y  Vautre  en  pointe)  ^  Vécu  timbré  de  la  cou- 
ronne de  France^  et  deux  cerfs  blancs  pour  sup- 
ports. 

A  une  époque  assez  difficile  à  préciser  les  supports 
furent  supprimés,  et  les  armes  qui  timbraient  les 
ordres  des  chefs  devinrent  simplement  comme  le 
dessin  ci-dessous,  que  je  relève  sur  un  document  de 
mes  archives  de  Bourrelou. 


Afin  de  procurer  à  leur  ordre  les  sommes  considé- 
rables nécessaires  pour  le  rachat  des  malheureux  cap- 
tifs^ en  esclavage  chez  les  musulmans,  les  Mathurins 
avaient  organisé  des  quêtes  dans  chacune  des  paroisses 


—  511  - 

de  la  catholicité.  Ils  avaient  à  cet  effet  nommé  des 
marguilliers  choisis  parmi  les  hommes  les  plus  ho- 
norables, et  les  plus  riches,  et  dont  surtout  la  protec- 
tion pouvait  être  utile  à  leur  œuvre. 

Ces  messieurs  ne  faisaient  pas  les  quêtes  eux- 
mêmes,  cela  va  de  soi.  Ils  ce  bornaient  à  recom- 
mander Tœuvre,  et  se  montraient  dans  les  grandes 
cérémonies.  —  Ils  confiaient  le  soin  de  recueillir  les 
aumônes  à  des  affiliés  subalternes,  à  des  gens  âgés 
plus  souvent,  ce  qui  avait  occasionné  la  chanson 
satirique  des  Mathurins  dont  le  refrain  était  : 

Vieux  mathurin, 
Passez  votre  chemin. 
Vous  reviendrez  demain. 

Après  cet  exposé  sommaire,  indispensable  pour  la 
compréhension  de  ce  qui  va  suivre,  je  n'ai  plus  qu*à 
donner  copie  des  documents  .que  j'ai  sauvés  du  pilon 
des  papetiers. 

En  première  ligne,  en  raison  de  leur  date,  vien- 
nent les  lettres  patentes  du  roy  sur  double  feuille 
avec  le  timbre  à  trois  fleurs  de  lys  et  couronne  royale 
de  la  Généralité  de  Paris.  Ce  document  imprimé  porte 
diverses  annotations  manuscrites  et  la  signature  auto- 
graphe du  ce  conseiller-secrétaire  du  roi,  pour  sa  mai- 
son, la  couronne  de  France  et  les  Finances  »  Lepetit. 

Voici  la  copie  textuelle  de  ce  document  qui  va  nous 
faire  connaître  les  avantages  accordés  à  MM.  les  mar- 
guilliers : 


—  512  — 

LETTRES  PATENTES  DU  ROY 

Du  mois  de  raay  1720 
En  faveur  de  /a  Rédemption  des  Chrétiens  Esclaves 

LOUIS,  par  la  grâce  de  Dieu  Roy  de  France  et  de  Navarre, 
à  tous  présens  et  à  venir  :  salut.  Nôtre  cher  et  bien  amé  le 
Père  Claude  de  Massac  Général  de  l'Ordre  de  la  Sainte  Tri- 
nité et  Rédemption  des  Captifs,  Nous  a  fait  remontrer  con- 
jointement avec  les  Religieux  du  môme  Ordre,  que  leur 
Institut  étant  de  travailler  au  rachapt  et  à  la  délivrance  des 
Chrétiens,  délenus  en  captivité  chez  les  Infidèles,  suivant 
les  Bulles  que  plusieurs  Papes  leur  en  ont  accordées  :  Ils 
ont  en  conséquence  obtenu  en  ditferens  tems  les  Lettres 
Patentes  des  Rois  nos  prédécesseurs;  notamment  de  Fran- 
çois I.  Henry  II.  Charles  IX.  Henry  III.  Henry  IV.  et 
Louis  XIII,  qui  leur  ont  non  seulement  permis  de  faire  par 
eux-mêmes  ou  personnes  préposées,  des  questes  à  cette  fin 
dans  toutes  les  Villes,  Bourgs  et  Villages  de  nôtre  Royaume, 
mais  qui  ont  encore  accordé  divers  Privilèges  à  ceux  qui 
seroient  par  eux  employez  à  la  récolte  de  ces  questes,  et 
entre  autres  la  facuUé  d'être  pendant  le  temps  de  leurs  com- 
missions exempts  de  toutes  gardes  et  séquestration  de  biens 
meubles  et  immeubles,  de  Tutelles,  Curatelles,  Collectes, 
logements  de  gens  de  Guerre,  et  autres  charges  publiques  : 
que  même  pour  terminer  les  difiBcultés  qui  s'étaient  élevées 
entre  les  Exposans  et  les  Religieux  de  Nôtre-Dame  de  la 
Mercy  qui  avoient  également  comme  eux  la  permission  de 
faire  les  mêmes  questes  par  toute  la  France,  et  en  prévenir 
de  nouvelles,  il  auroit  été  par  arrêt  du  six  août  1638  fait  un 
partage  et  distribution  entre  les  uns  et  les  autres  des  diffé- 
rentes Provinces  du  Royaume,  en  sorte  que  celles  de  l'Isle 
de  France,  du  Gâtinois,  de  TOrleanois,  de  la  Beauce,  du 
Perche,  du  Maine,  de  l'Anjou,  de  la  Touraine,  Picardie, 
Normandie,  Champagne,  Bourgogne,  Auvergne,  et  la  Mar- 
che du  Nivernois,  Lionnois,  Forest,  Beaujolois,  Dauphiné, 
Berry,  Bourbonnois,  Poitou,  Limousin,  Perigord  et  Agenois 
seroient  tombées  en  partage  aux  Exposans,  les  autres  ayant 


-  513  — 

été  réservées  pour  lesdits  Pérès  de  la  Mercy,  et  les  disposi- 
tions et  privilèges  portez  par  lesdites  Liettres  et  Arrest,  ont 
été  depuis  confirmez  par  les  Lettres  Patentes  des  feus  Roys 
nos  très-honorez  seigneurs,  Trisayeul  et  Bisayeul  de  glo- 
rieuse mémoire,  des  5  janvier  1643,  et  19  de  septembre  1654; 
cependant  comme  lesdits  Exposants  ont  intérêt  d'y  être  main- 
tenus, d'obtenir  à  cette  fin  de  Nous,  à  Toccasion  de  nôtre 
avènement  à  la  Couronne,  nos  lettres  de  confirmation  pa- 
reilles à  celles  que  Nous  avons  déjà  bien  voulu  accorder 
ausdits  Religieux  de  la  Mercy  au  mois  de  May  1716,  il  nous 
ont  très  humblement  fait  supplier  de.  leur  octroyer  celles 
sur  ce  nécessaires  :  A  quoy  ayant  égard,  et  voulant  favo- 
riser en  ce  qui  peut  dépendre  de  Nous,  un  établissement  si 
saint  et  si  louable,  et  participer  autant  qu'il  est  possible  au 
mérite  de  la  délivrance  et  rédemption  des  Chrétiens  réduits 
en  captivité. 

A  CES  CAUSES,  après  avoir  fait  voir  en  nôtre  Conseil  les 
Lettres  Patentes  cy-dessus  mentionnées  des  5  janvier  1643, 
et  19  septembre  1654,  et  celles  des  Pères  de  la  Mercy  du 
mois  de  May  1716,  avec  l'arrêt  du  6  août  1638;  le  tout  cy- 
attaché  sous  le  contre-scel  de  nôtre  chancellerie,  de  l'avis 
de  nôtre  très-cher  et  très  amé  oncle  le  Duc  d'Orléans  Régent, 
de  nôtre  très-cher  et  très-amé  Oncle  le  Duc  de  Chartres, 
Premier  Prince  de  nôtre  Sang,  de  nôtre  très-cher  et  très-amé 
Cousin  le  Duc  de  Bourbon,  de  nôtre  très  cher  et  amé  Cousin 
le  Prince  de  Conti,  Princes  de  nôtre  Sang,  de  notre  très-cher 
et  très-amé  Oncle  le  Comte  de  Toulouse,  Prince  légitimé,  et 
autres  Pairs  de  France,  Grands  et  Notables  Personnages  de 
nôtre  Royaume,  nous  avons  les  Dispositions,  Privilèges  et 
Exemptions  portées  par  lesdites  Lettres  Patentes  et  arrêts, 
approuvez,  autorisez  et  confirmez,  approuvons,  autorisons  et 
confirmons  par  ces  présentes  signées  de  nôtre  main,  reves- 
tues  de  nôtre  scel,  avons  permis  et  permettons  ausdits  Expo- 
sans  de  pouvoir  continuer  à  faire  dorénavant  par  eux-mêmes, 
ou  faire  faire  par  des  personnes  par  eux  préposées  lesdites 
questes  en  la  manière  accoutumée,  dans  les  Villes,  Bourg, 
Villages  et  Parroisses  de  nôtre  Royaume,  et  notamment 


—  514  — 

dans  lesdites  Provinces  et  lieux  qui  sont  cy-dcssus  spéci- 
fiez. Voulons  pareillement  que  ceux  qui  seront  par  eux  com- 
mis et  employez  dans  nosdites  Provinces  à  faire  la  récolte 
desdites  quêtes  et  aumônes,  soient  pendant  le  temps  de  leur 
commission  exempts  comme  nous  les  exemptons  par  cesdites 
Présentes  de  toute  Gardes,  séquestration  de  bien  meubles  et 
immeubles,  Tutelles,  Curatelles,  Collectes,  Logemens  de  Gens 
de  Guerre,  et  autres  charges  publiques,  pour  par  lesdits 
Exposans,  et  ceux  qui  seront  par  eux  préposez,  joiiir  des- 
dites Permissions,  Exemptions  et  Privilèges,  ainsi  que  de 
la  manière  qu'ils  en  ont  joui  et  dû  jouir  pendant  le  Règne 
du  feu  Roy  nôtredit  Seigneur  et  Bisayeuh  SI  DONNONS 
EN  MANDEMENT  à  nos  améz  et  féaux  Conseillers,  les  gens 
tenant  nos  Cours  et  Parlemens,  Cours  des  Aydes,  Baillifs 
et  Sénéchaux,  leurs  Lieutenans,  et  à  tous  autres  nos  Justi- 
ciers et  officiers  qu'il  appartiendra,  que  ces  Présentes  ils 
fassent  lire,  publier  et  enregistrer,  et  du  contenu  en  icelles 
jouir  et  user  lesdits  Exposans,  et  ceux  qui  seront  par  eux 
commis  et  préposez  à  la  récolte  desdites  Questes  et  Au- 
mônes, pleinement,  paisiblement  et  perpétuellement,  ces- 
sant et  faisant  cesser  tous  troubles  et  empêchements  con- 
traires; Et  d'autant  que  desdites  Présentes  les  Exposans 
pourroient  avoir  en  même  tems  besoin  en  divers  lieux,  Vou- 
lons qu'aux  Copies  d'icelles  dùément  collationnées  par  l'un 
de  nos  amez  et  féaux  Conseillers-Secrétaires,  foy  soit  ajoutée 
comme  à  l'Original,  Car  tel  est  notre  plaisir  :  Et  afin  que 
ce  soit  chose  ferme  et  stable  à  toujours.  Nous  avons  fait 
mettre  nôtre  Scel  à  cesdites  Présentes.. 

Donné  à  Paris  au  mois  de  may  l'an  de  Grâce  mil  sept'  cent 
vingt  et  de  notre  Règne  le  cinquième. 

Signé  LOUIS. 

Et  sur  le  replis,  Par  le  Roy,  le  Duc  d'Orléans  Régent 
Présent. 

Signé  Phelypeaux. 

Et  a  costé  Visa  signé  D'Aguesseau  pour  permission  de 
faire  des  questes  aux  religieux  de  la  Trinité,  signé  Phely- 


«  515  — 

PEAUX  et  scellé  du  grand  sceau  de  cire  verte  sur  lacs  de 
soyes  verte  et  rouge. 

Collationné  sur  l'Original  par  Nous  Conseiller  Secrétaire 
du  Roy,  Maison,  Couronne  de  France  et  de  ses  Finances. 

Lepetit. 

Ce  document  est  très  explicite  au  sujet  des  préro- 
gatives accordées  aux  membres  de  TOrdre  de  la  Tri- 
nité, ainsi  qu'à  tous  ceux  qui  les  représentaient  dans 
le  royaume  de  France.  Il  démontre  en  outre  que  le 
Limousin  était  compris  dans  les  provinces  qui  étaient 
échues  aux  Trinitaires  à  l'exclusion  de  leurs  concur- 
rents les  frères  de  la  Merde. 

Afin  de  propager  leur  œuvre  en  Bas-Limousin,  ils 
avaient  choisi  un  des  hommes  les  mieux  placés  pour 
cela  :  Bernard  de  Lagarde,  conseiller  du  roi  en  la 
Sénéchaussée  et  Siège  Présidial  de  Tulle,  fils  d'un 
bienfaiteur  de  l'hôpital  de  Tulle. 

Le  général  de  l'Ordre  lui  donna  la  procuration  sui- 
vante que  j'ai  dans  mes  archives  : 

Pardevant  les  Conseiller  du  Roy  Notaires  au  Châtelet  de 
Paris  soussignez,  fut  présent  Reverendissime  Père  en  Dieu 
Frère  Claude  de  Massac,  Docteur  en  Théologie  de  la  Faculté 
de  Paris,  Conseiller  du  Roy  en  ses  Conseils,  Aumônier  et 
Prédicateur  ordinaire  de  Sa  Majesté,  général  et  grand  Mi- 
nistre de  rOrdre  de  la  Sainte  Trinité  et  Rédemption  des 
Captifs,  demeurant  au  Couvent  des  Mathurins  de  Paris,  rue 
des  Mathurins,  Parroisse  de  S'  Severin;  lequel  audit  nom 

de  général  et  grand  Minisire,  a  fait  et  constitué  son  Procu- 
reur général  et  spécial  M'  M*  Bernard  de  Lagarde,  Seigneur 

du  Suc,  Conseiller  du  Roy  en  la  Sénéchaussée  et  Siège  Pré- 
sidial de  Tulle,  déjà  nommé  pour  établir  des  Marguilliers 
dans  les  Diocèses  de  Tulle  et  de  Limoges  pour  ramasser 
l'Argent  et  les  Aumônes  destinez  à  la  dite  Rédemption  des 
Captifs,  et  auquel  il  donne  d'abondant  pouvoir  pour  luy 


—  516  — 

ezdils  noms  de  poursuivre  les  Redevables  des  Quêtes  qui 
ont  été  faites  par  toutes  voyes  dues  et  raisonnables,  leur 
faire  rendre  compte  desdites  Quêtes,  arrêter,  clore,  débattre 
ou  contester  leurs  Comptes,  les  allouer  ;  et  à  refus  de  rendre 
lesdits  Comptes,  faire  contre  lesdits  Redevables  toutes  pour- 
suites, contraintes  et  diligences  nécessaires,  pour  les  y  faire 
contraindre,  poursuivre  le  tout  jusqu'à  Jugement  définitif, 
le  mettre  à  exécution,  faire  toutes  Saisies,  Arrêts  et  Oppo- 
sitions, en  donner  mainlevée,  plaider,  opposer,  appeler,  élire 
domicilie,  constituer  Procureur,  les  revocquer  et  en  consti- 
tuer d'autres,  et  généralement  faire  pour  parvenir  au  recou- 
vrement desdites  Quêtes  ce  qu'il  appartiendra;  promettant 
avoir  tout  ce  qui  sera  fait  par  ledit  Sieur  Procureur  constitué 
pour  agréable,  approuvant  et  ratifiant  en  tant  que  besoin 
seroit  les  Procurations  à  luy  cy-devant  données  entendant 
qu'elles  subsistent,  obligeant,  etc 

Fait  et  passé  a  Paris  audit  Couvent  des  Mathurins  le 
vingt-cinquiesme  février  mil  sept  cens  trente  trois. 

Signé  Fr.  de  Massac, 
Faiveguive  et  Valet,  notaires. 
Et  sellé  ledit  jour. 

Après  de  nombreuses  nominations  (1)  de  marguii- 
liers  en  Bas-Limousin,  M.  Bernard  de  Lagarde  en  fit 
une  qui  eut  une  véritable  importance,  étant  donné  la 
personnalité  du  titulaire  et  la  restriction  qui  lui  est 
imposée  de  faire  les  quêtes  «  par  luy -même  ».  En 
voici  la  copie  textuelle  : 


(1)  Les  nominations  et  Tenregistrement  des  commissions  des  mar- 
guilliers  pour  les  diocèses  de  Limoges  et  de  Tulle  figurent  aux  archives 
de  la  Corrèze  à  la  série  B.  n»'  3,  4,  5,  6,  7,  9,  10,  Il  et  suivants,  173, 
229,  416,  692,  693,  694,  698,  708,  710,  714,  717,  720,  721,  723.  724,  726,  728, 
730.  733,  735,  1199,  1327.  1754,  1786.  —  Série  C,  n*  83  —  Série  H,  n*  3. 
On  y  trouve  les  noms  des  principales  familles  du  pays,  dans  toutes 
les  classes  de  la  société.) 


—  517  — 

Nous  soubsigne  Bernard  de  Lagarde  sieur  du  Suc  advocat 
en  la  cour  et  procureur  de  Tordre  de  la  très  S*'  Trinité, 
rédemption  des  captifs  dans  les  diocèses  de  Limoges  et  de 
Tulle.  En  vertu  des  lettres  patentes  du  roy,  arrest  d'enre- 
gistrement, dont  cy  dessus  est  copie  et  de  notre  commission 
et  mandement  du  très  révérend  père  Claude  de  Massac,  doc- 
teur en  théologie  de  la  faculté  de  Paris,  conseiller  du  roy 
en  ses  conseils,  aumônier  et  prédicateur  ordinaire  de  sa 
Majesté,  général  et  grand  ministre  de  tout  Tordre  de  la 
S**  Trinité  et  rédemption  des  captifs,  avons  estably  Messire 
Dominique- Jean- Joseph  Bardoulat  de  La  Salvanie,  écuyer 
pour  faire  courir  un  bassin  toutes  les  festes  et  dimanches 
dans  Tesglize  de  S*  Julien  de  Tulle  pour  lesd.  captifs,  et  ce 
par  luy  même  et  non  par  procureurs  ou  commis  à  peine 
d'estre  par  nous  destitué  ipso  facto,  pour  par  luy  ce  faisant 
jouir  des  privilèges  et  exemptions  exprimées  aux  susdites 
lettres  patentes  de  Sa  Majesté,  auxquelles  fins  nous  luy 
avons  donné  la  présente  copie  pour  s'en  servir  comme  de 
raison,  à  la  charge  aud.  marguillier  de  nous  rendre  fidel 
compte  du  provenu  de  sa  quête  chaque  année,  et  nous  rece- 
voir et  défrayer  lorsque  nous  faisons  la  levée  des  deniers, 
le  tout  aux  mêmes  peines  que  dessus. 

Fait  à  Tulle  le  vingtcinq"'  jour  du  mois  d'octobre  mille 
sept  cent  trente  quatre. 

Lagarde  du  Suc. 

Il  semble  que  le  produit  des  quêtes  faites  dans  les 
diverses  paroisses  des  deux  diocèses  n'était  pas  tou- 
jours versé  régulièrement  dans  la  caisse  du  Procureur 
général,  car  j'ai  dans  mon  dossier  un  imprimé  ainsi 
conçu  : 

Le  retardement  que  vous  avez  porté  à  rendre  vôtre  Compte 
ne  peut  plus  être  supporté,  ainsi  vous  aurez  la  bonté  de  vous 
rendre  en  cetle  ville  dans  le  mois  datte  de  la  présente  pour 
m'y  porter  le  Produit  de  vôtre  Quête,  vous  y  êtes  engagé 
par  la  déclaration  que  vous  m'avez  donnée  lorsque  je  vous  ay 


—  518  — 

mis  en  place,  quand  même  je  n'en  aurois  pas,  vous  n'en 
seriez  pas  moins  tenu  à  une  reddition  de  compte,  la  charité 
d'un  côté  pour  de  pauvres  malheureux  Esclaves  qui  gémis- 
sent dans  les  fers,  et  vôtre  honneur  à  ne  pas  garder  le  bien 
d'autrui  sont  de  pressants  motifs  à  devoir  vous  mettre  en 
règle  de  porter  chaque  année  ce  que  vous  avez  ramassé  ou 
dû  ramasser;  j'espère  donc  que  vous  viendrez  incessament, 
à  ce  deffaut  ne  trouvez  pas  mauvais  que  je  vous  fasse  assi- 
gner conformément  a  ma  Procuration  et  suivant  les  mé- 
moires particuliers  que  j'ai  reçu  en  conséquence,  je  suis 
persuadé  que*vous  ne  me  mettrez  pas  à  même  de  plaider, 
et  que  tout  sera  dans  le  bon  ordre  par  vôtre  assiduité  à  rem- 
plir une  fonction  dont  vous  avez  bien  voulu  vous  charger. 
Je  suis 

A  Tulle  ce juillet  1733. 

Je  n'ai  rien  trouvé  qui  puisse  me  permettre  d'éva- 
luer le  produit  des  quêtes  faites  dans  les  diocèses  de 
Limoges  et  de  Tulle,  sauf  la  quittance  dont  je  donne 
ici  copie  et  qui  fait  partie  de  mon  dossier  : 

Nous  soussigné  Bernard  de  Lagarcte  sieur  du  Suc,  conseil- 
ler du  Roy  Magistrat,  en  la  sénéchaussée  et  siège  Presidial 
de  Tulle,  Procureur  général  de  l'Ordre  de  la  Sainte  Trinité 
Rédemption  des  Captifs,  commis  pour  établir  des  Marguil- 
liers  pour  ladite  Rédemption  des  Captifs  dans  les  Diocèses 
de  Limoges  et  de  Tulle,  et  recevoir  l'argent  et  aumônes 
qu'ils  auroilt  ramassé  dans  leur  Parroisse,  déclarons  avoir 
reçu  de  M""  de  La  Salvanye,  écuyer,  Marguillier  de  la  Pa- 
roisse de  S*  Julien  de  Tulle,  Diocèse  de  Tulle,  la  somme  de 
six  livres  du  Provenu  de  la  Quête  qu'il  a  faite  dans  ladite 
Paroisse.  En  foy  de  quoy  nous  luy  avons  donné  la  présente 
Quittance.  A  Tulle  le  huitième  jour  de  février  mil  sept  cens 

trente  huit. 

Lagarde  Du  Suc, 
pour  quittance  de  6  II. 

Ce  reçu  porte  en  tête  les  armes  de  Tordre,  mais  je 


—  519  — 

constate  que  les  fleurs  de  lis  en  bande  ne  sont  plus 
placées  de  la  même  façon  que  précédemment  ;  je  vois 
ici  :  trois  fleurs  de  lys  en  chef  y  deux  à  dextre^ 
deux  à  senestre  et  deux  en  pointe.  Voici  la  repro- 
duction de  ces  nouvelles  armoiries  : 


Après  la  mort  de  M.  de  Lagarde,  vers  la  fin  de 
Tannée  1740,  M.  de  La  Salvanie  sollicita  Toffice  de 
procureur  général  de  Tordre  pour  les  diocèses  de  Li- 
moges et  de  Tulle;  satisfaction  lui  fut  donnée  en 
février  1741.  Voici  copie  de  la  commission  qui  lui 
fut  envoyée  et  que  j'ai  retrouvée  chez  le  chiffonnier  : 

Nous  Frère  Claude  de  Massac,  docteur  en  théologie  de 
LA  FACULTÉ  DE  Paris,  Conseiller  du  Roy  en  ses  conseils,  Au- 
mônier et  Prédicateur  ordinaire  de  Sa  Majesté  ;  Général  et 
grand  Ministre  de  l'Ordre  de  la  S**  Trinité  rédemption  des 
captifs.  A  M"  Dominique  Jean  Joseph  Bardoula  de  la  Sal- 
vanie Ecuyer.  SALUT  en  notre  Seigneur  J.  G.  rédempteur. 

NOTRE  principale  attention  suivant  qu'il  est  du  devoir  de 
notre  charge  étant  de  procurer  par  tous  les  moyens  que  nous 
pouvons  le  salut  et  la  délivrance  de  nos  frères  Ghrétiens 


-  520  — 

captifs  parrny  les  infîdels  ;  Etants  de  plus  dûement  informé 
de  votre  zèle  et  de  votre  Piété.  Nous  vous  avons  choisis 
comme  de  fait  par  ces  présentes  nous  vous  choisissons,  nom- 
mons et  établissons  pour  recevoir  et  ramasser  les  Aumosnes 
et  legs  pieux  pour  cette  fin  dans  les  diocèses  de  Limoges  et 
de  Tulles  sous  le  bon  plaisir  de  nosseigneurs  les  Evesques. 
Vous  donnons  pouvoir  d'établir  en  votre  place  des  questeurs 
qui  vous  rendront  compte  de  leurs  questes  chaque  année  : 
avec  cette  clause  et  obligation  d'envoyer  à  Notre  Procureur 
général  pour  la  rédemption  demeurant  icy  à  Paris,  auprès 
de  nous,  les  deniers  que  vous  aurés  ramassé  pour  être  par 
nous  employé  audit  œuvre  charitable  de  la  rédemption.  Ces 
présentes  valables  pour  cinq  ans.  Vous  exhortons  à  vous 
acquiter  avec  tout  le  zèle  possible  de  cette  sainte  et  charita- 
ble fonction.  Prions  notre  divin  rédempteur  d'être  luy-méme 
votre  récompense  et  de  vous  combler  de  ses  grâces  et  béné- 
dictions. DONNÉ  à  Paris  en  notre  maison  de  S^  Mathurin 
sous  notre  seing  manuel,  celuy  de  notre  secrétaire  et  le  scel 
de  notre  administration  generalle  L'AN  de  notre  seigneur 
mil  sept  cent  quarante  un  le  premier  jour  du  mois  de  fé- 
vrier. 

F.  C.  DE  Massac, 
généraL 

Par  commandement  de    M.  notre  Reverendissime  Père 

général. 

F.  Paffe, 
secrétaire. 

Au-dessous  de  la  signature  du  général  est  appliqué 
le  sceau  de  Tadministration  générale  sur  papier  et  à 
sec. 

Au  dos  de  cette  commission  est  écrite  la  mention 
suivante  : 

ce  Enregistré  au  greffe  du  juge  sénéchal  de  Tulle,  en 

vertu  de  Tappointement  du  dit  juge  du  dix-sept  mars 

1741. 

ce  SuDOUR,  greffier.  » 


—  521  — 

M.  de  La  Salvanie  n'attendit  pas  l'expiration  de 
son  mandat  pour  le  faire  renouveler  ;  il  prit  ses  pré- 
cautions d'avance  et  dès  le  mois  d'avril  1744  (neuf 
mois  avant  le  terme)  il  fît  intervenir  auprès  du  minis- 
tre général  de  l'ordre,  en  écrivant  à  un  de  nos  com- 
patriotes, M.  Boudrie^  secrétaire  de  révèché  de  Tulle. 

Ce  prêtre  était  alors  à  Paris.  Selon  les  usages  de 
cette  époque,  les  évêques  résidaient  le  moins  possible 
dans  leur  diocèse  (1). 

Or,  à  ce  moment,  le  diocèse  de  Tulle  était  aux  mains 
de  Mgr  François  de  Beaumont  d'Autichamp  et  ce  pré- 
lat était  à  Paris,  faisant  sa  cour  au  roi  quelquefois, 
aux  ministres  souvent,  à....  d'autres  chaque  jour. 
L'évêque  avait  son  secrétaire  auprès  de  lui.  Il  fît 
cependant  attendre  sa  réponse  pendant  quelques 
jours;  j'ai  eu  la  bonne  fortune  de  la  trouver  parmi 
mes  vieux  papiers  et  comme  elle  me  paraît  intéres- 
sante au  point  de  vue  historique,  je  vais  la  donner 
in  extenso,  bien  qu'une  partie  sorte  du  cadre  de 
cette  notice  : 

Monsieur, 

Je  vouiois  avoir  Thonneur  de  vous  écrire  par  le  dernier 
courrier,  un  maltieureux  rhume  qui  m'occasionna  un  peu 
de  fièvre  m'en  empêcha,  et  m'ota  pendant  deux  jours  j'ose 
dire  la  force  de  penser.  Enfin  m'en  voilà  presqu'entièrement 
debarassé  au  moyen  d'une  légère  purgation  que  je  pris  ces 
jours  passez. 

J'ai  eu  l'honneur  d'écrire  a  Mad*  votre  mère  d'amples 

(1)  A  ce  sujet,  je  citerai  un  acte  des  archives  du  département  de  la 
Corrèze,  portant  la  date  de  1651,  par  lequel  Pierre  Dumyrat,  clerc 
tonsuré  et  curé  de  Chanac,  fait  sommation  à  Jean  de  Genouillac.  évo- 
que de  Tulle,  pour  obtenir  «  les  ordres  ou  des  lettres  démissoires 

pour  les  pouvoir  prendre  ailleurs ,  à  cause  de  l'absence  continue 

dudit  seigneur  evesque.  m 


—  522  — 

nouvelles  de  M.  de  Lissât  (1),  il  étoit  ici  jeudi  et  je  passai 
encore  une  heure  avec  Lui  dans  ma  chambre,  ce  soir  juste- 
ment le  jour  de  ma  médecine,  ce  qui  m'empêcha  de  le  suivre 
chez  M.  de  Chaunac  ou  il  alloit  souper. 

Je  compte  vers  la  penlecôte  retourner  à  Versailles  ou  il 
m'a  promis  de  me  bien  promener. 

Vous  recevrez  aujourd'hui,  Monsieur,  la  réponse  du  géné- 
ral de  la  Trinité.  Je  n'ai  pu  voir  que  son  secrétaire  qui  m'as- 
sura que  son  Supérieur  vous  prolongeroit  avec  plaisir  les 
patentes  qu'il  vous  avoit  déjà  accordé,  dez  que  vous  vouliez 
bien  continuer  de  vous  charger  de  cette  commission,  per- 
suadé qu'elle  ne  scauroit  être  en  meilleures  mains. 

La  Bague  que  vous  m'avez  envoyé,  Monsieur,  n'a  pas  en- 
chéri depuis  ma  dernière  lettre,  les  connoisseurs  trouvent 
tous  des  taches  dans  la  pierre  et  ne  l'estiment  que  deux 
Louis  ou  soixante  francs  avec  la  monjûre.  Aucun  prélat  ne 
veut  s'en  accomoder,  on  la  trouve  trop  mal  montée  et  la 
pierre  trop  longue  et  trop  peu  large  pour  la  faire  remonter. 
Je  la  ferai  encore  voir  à  d'autres  bijoutiers  et  j'attendrai  que 
vous  me  marquiez  l'usage  que  j'en  dois  faire. 

Il  y  a  cinq  ou  six  jours  que  je  n'ai  eu  l'honneur  de  voir 
M.  de  Chaunac  ;  je  l'ai  été  chercher  deux  ou  trois  fois  sans 
le  trouver,  vous  scavez,  Monsieur,  que  dans  les  beaux  jours 
il  habite  plus  le  Luxembourg  et  le  palais  Royal  que  son  chez 
lui.  Vous  n'avez  pas  besoin  de  me  recommander  de  lui  faire 
votre  cour,  vous  ne  sçauriez  trop  lui  écrire,  quand  la  ma- 
tière vous  manquera,  jettez  vous  sur  les  embellissemens  du 
château  de  Lagarde,  vous  êtes  sûr  de  plaire  (2).  Rien  de  plus 
prudent  que  tout  ce  que  vous  me  faites  l'honneur  de  me 
marquer  sur  la  famille,,  vous  caractérizés  a  merveille  les 
petits  riens  qui  la  divisent.  Je  ne  manquerai  pas  de  lui 
communiquer  cet  article  de  votre  lettre  qui  le  ramènera  sans 
doute,  et  le  fera  revenir  de  l'idée  qu'il  avoit  conceu  d'une 
mésentelligence  absolue. 

(1)  M.  de  la  Salvanie  de  Lissac  (voir  ma  Monographie  de  la  coni' 
mune  de  Naves  à  son  sujet). 

(2)  Pour  ce  qui  concerne  les  Chaunac,  voir  mon  Étude  historique 
sur  Une  Seigneurie  du  Bas- Limousin  (Chaunac). 


—  523  — 

Je  suis  bien  sensible  à  Thonneiir  du  souvenir  de  vos  Da- 
mes voulez  vous  bien  Monsieur,  que  je  leur  offre  ici  mes 
respects.  Je  sçais  peu  de  nouvelles  qu'on  puisse  contier  au 
papier.  Vous  sçavez  déjà  que  nos  affaires  vont  on  ne  peut 
pas  plus  mal  en  Bavière  ;  on  n'a  encore  aucun  détail  de  nos 
derniers  échecs,  on  sçait  seulement  que  nous  avons  perdu 
plus  de  trois  mille  hommes.  Le  Roy  ne  cache  plus  son  gouL 
pour  Mad*  Detiol  (1),  on  l'a  dit  déjà  grosse.  On  croit  qu*il 
part  lundi  ou  mardi,  ou  jeudi  au  plus  lard  ;  M.  le  Dauphin 
partira  en  même  tems  ou  bientôt  après. 

J'ai  l'honneur  d'être  avec  les  sentiments  les  plus  respec- 
tueux et  la  reconnoissance  la  plus  parfaite,  Monsieur,  votre 
très  humble  et  très  obéissant  serviteur. 


BOUURIE. 


Paris  ce  1"  may  1744. 


Après  lecture  de  cette  lettre,  Tévêque  y  ajouta  ce 
qui  suit  de  sa  main  : 

Je  consens  avec  plaisir.  Monsieur,  que  vous  fassiés  placer 
un  banc  dans  l'Eglise  paroissialle  de  S'  Julien,  et  dans  la 
situation  dont  vous  conviendrés  avec  M'  le  Curé  et  M"  les 
sindics  Marguilliers  ;  vous  devés  estre  persuadé  de  mon  em- 
pressemant  a  vous  obliger  dans  tout  ce  qui  pourra  dépendre 
de  moy  ;  j'y  suis  porté  d'inclina